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10^ volume. — 1905
REVUE . ^"WmScs
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L'ORIENT CHRÉTIEN
RECUEIL TRIMESTRIEL
DIXIEME ANNÉE
PARIS
LIBRAIRIE A. PICARD ET FILS
82, Rue Bonaparte, 82
1905
TABLE DES MATIERES
CONTENUES DANS CE VOLUME
Pages.
I. - QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE BYZANTINE, par J. B. Re-
bours I
II. — HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE L'ARMÉNIE, par Fr.
Tournebize, S. J 15, 135, 365
III. - VIES ET RÉCITS D'ANACHORÈTES, par Léon Clugnet 30
IV. — LE DOGME DE L'IMMACULÉE CONCEI'TION ET LA DOCTRINE
DE L'ÉGLISE GRECQUE, par D. Placide de Meester, O. S. B. . . 57, 154
V. — SIVAS, HUIT SIÈCLES D'HISTOIRE, par D. M. Girard, S. J. 79, 169,
283, 337
VI. — DANS QUELLE MESURE LES JACOBITES SONT-ILS MONOPHY-
SITES? par F. Nau 113
VIL — LES CONSTRUCTIONS PALESTINIENNES DUES A SAINTE HÉ-
LÈNE, D'APRÈS UNE RÉDACTION DU X» SIÈCLE 162
VIII. — DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE, par
A. Mallon, S. J 182, 251
IX. — TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE .JACQUES d'ÉDESSE
(EXÉGÈSE BIBLIQUE), par F. Nau 197, 258
X. — L'ORIENT LATIN CENSITAIRE DU SAINT-SIÈGE, par C. Daux. . . 225
XI. - TRAITÉS LITURGIQUES DE SAINT MAXIME ET DE SAINT GER-
.MAIN TRADUITS PAR ANASTASE LE BIBLIOTHÉCAIRE, par S. Pétri-
dès, A. A 289, 350
XII. — LE CHAPITRE IIEPI ANAXOPHTQN AriQN ET LES SOURCES DE LA
VIE DE SAINT PAUL DE THÉBES, par F. Nau 387
XIII. — LES VERSIONS ARABES DU « TESTAMENTUM DOMINI NOSTRI
•JESU CHRISTI », par P. Dib 418
VI TABLE DES MATIERES.
Pages.
XIV. — LE PASTEUR D'HERJMAS, FRAGMENTS DE LA VERSION COPTE
SAHIDIQUE,. par L. Delaporte 424
MELANGES
I. — CIIRYSIPPE PRÊTRE DE JÉRUSALEM, par S. Vailhé, A. A m
II. — LE CONGRÈS INTERNATIONAL DES ORIENTALISTES (I9-2G avril
1905), par F. Nau lÔU
III. — CÂRION ET ZACHARIE, MOINES DE SCÉTÉ (COMMENCEMENT DU
IV^ SIÈCLE), par F. Nau 209
IV. - RABBAN DANIEL DE MARDIN, AUTEUR SYRO-ARABE DU XIV' SIÈ-
CLE, par F. Nau 314
V. — LES BIENS DE L'ÉGLISE ARMÉNIENNE, LE DIVORCE ET LE REPOS
DOMINICAL EN RUSSIE, LES MASSACRES DU CAUCASE, par N. Lon-
gueville 319
VI. — XPrSANeOS O SIBHPIQTHS = CHRYSANTHE LOPAREV, parX. . 434
VII. — LETTRE REL.\TIVE A LA CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN.
PAR SA BÉATITUDE M^^ RAHMANI, PATRIARCHE DES SYRIENS CA-
THOLIQUES 435
BIBLIOGRAPHIE
A. Audollent, Carlhage romaine (Louis Bréhier) 105
René Basset, Le synaxaire nrahe jacobile (V. ^a.u) 108
C. Fouard, Les origines de V Église. SctinlJean et la fin de l'âge aposlolir/uo
(F. Nau) IIO
Le Père Camille Bcccari, S. J., iXolizia esaggi di opère e documenli inedili
riguardanti la storia di Eliopia (René Bas.sct) 213
E. W. Crum et N. Riedel, The canons of Alhanasius of Alexandrin (F. Nau). 215
P. Pautigny, Justin, apologies (F. Nau) 216
Gaston le Hardy, Histoire de Nazareth (F. Nau) 220
Le Père H. Lammcns, S. J., Le Pèlerinage de la Mecque en VX)2. (P. Dauby). .326
A. Dufourcq, Saint Irénée (P. Dauby) 326
C. Terlindcn, Le pape Clément IX et la guerre de Candie (F. Nau). .... 327
G- Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient (F. Nau) 328
TABLE DES MATIERES. VII
Pages.
M»' Ralimani, Chronicon civile et ecclesiasticum (F. Nau) 439
Dom C. Butter, The Lausiac Hislory of Palladius {F . Nau). 440
A. Mallon, Grammaire copte (F. Nau) 441
Le P. Constantin Baclia, Traités de saint Jean Chrysostome et de Théodore
Abou-Kurra (F. Nau) 442
Livres nouveaux 221 à 223; 330 à 336; 442 à 448
Sommaire des revues 112, 223, 336, 4'18
Tables de la première série.
I. Table des matières de cliaquo fascicule 451
II. Table des matières par ordre alphabétique • 461
III. Table alphabétique des auteurs 466
QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE
BYZANTINE
(Suite) (1).
Dans cette seconde partie du premier traité (ms. 332. Jéru-
salem), on s'occupe surtout des tons. Malheureusement, la
clarté fait absolument défaut. On ne s'en étonnera pas; c'est
ciiose habituelle dans tous les traités similaires, mais on le
regrettera, car, il faut bien l'avouer, la question des r;/zi est
de beaucoup la plus importante dans la musique byzantine.
Les gammes, c'est du moins notre humble avis, n'ont pas
été aussi altérées qu'on a bien voulu le penser. Elles n'ont pas
subi à tel point l'influence turque, qu'elles ne soient plus en
îHen identiques aux gammes des -^'/cr, byzantins. D'ailleurs,
ici, nous ne pouvons que répéter ce que nous avons écrit déjà :
on confond la pratique et la théorie. Lorsqu'on écrit sur la
musique grecque, on ne distingue pas assez, ce nous semble,
entre population hellène, c'est-à-dire, actuelleuient hors de
toute influence musulmane, et population arabe de rite grec,
habitant les États du Sultan, Turquie, Syrie, et Egypte. Toute
réserve faite sur la question d'origine de ces populations, il est
certain qu'actuellement leur musique est identiquement celle
des Turcs qui les dominent, ou des Arabes, à côté desquels elles
vivent. Or, qu'est-il arrivé? On sait que les Grecs de Syrie font
usage indifféremment dans les offices liturgiques, de l'arabe
ou du grec. Ils chantent également dans les deux langues, et
alors, à moins d'études spéciales de la psaltique (elles sont
rares!) les chantres, et cela naturellement, hai)illent les mélo-
(1) Voy. 1!;MJ4. |>. -m.
ORIENT CHRÉTIEN. 1
2 REVUE DE L ORIEXT CHRETIEN.
dies grecques à l'arabe, d'où jugement porté par les musiciens
européens de passage : « rintluence turque a été néfaste à la
musique grecque ».
Nous ne voulons pas nier qu'il y ait eu quelque altération dans
les gammes; toutefois, et nous ne sommes pas seul de cet avis,
l'histoire de ces altérations successives, n'est pas facile à écrire
Nous ne nous en chargerons pas.
Quant à la question du rythme, une longue discussion s'est
élevée ces temps derniers sur ce sujet; discussion intéressante,
mais pas pleinement satisfaisante comme résultat; car ici en-
core la question est difficile. Nous ne pensons pas cependant
que Ton puisse prouver que le chronos (ne pas confondre avec
le rythme) ait existé de tout temps dans le chant ecclésiastique
grec. Nous devons cette malheureuse innovation aux réforma-
teurs du commencement du siècle dernier (1819).
Assurément, s'il eût- existé quelque chose de précis pour la
mesure, les traités très détaillés que nous avons entre les mains,
en eussent parlé; or, nulle part il n'est fait allusion à ce fameux
clironos. On parle de longues et de brèves, de certains retai'ds
ou au contraire d'allure plus rapide sur certaines notes ou sur
les neumes : c'est tout. Point de temps divisé ou subdivisé;
point de dlgorgon ou de trigorgon, point de tripii ou ietrapli.
Le Klasma lui-même n'a aucune valeur déterminée. Villo-
teau (1), nous le savons, se sert de nos notes européennes pour
assigner aux sept signes rythmiques, une valeur déterminée;
mais il a soin aussi de nous avertir que ce n'est qu'une com-
paraison, et que ces valeurs ne sont qu'approximatives. Nous
pensons donc qu'avant le xix® siècle, la musique ecclésiastique
grecque, était purement rythmique; nous ne saurions mieux
la comparer qu'à notre plain-chant actuel, avec lequel, d'ail-
leurs, elle a beaucoup de parenté.
La même objection reviendra toujours : comment a-t-il pu se
faire qu'une telle réforme ait été accomplie en si peu de temps,
et ait été admise plus vite encore par toutes les églises du
rite'? Assurément il y a là quelque chose qui peut surprendre;
mais, outre que la réforme n'a pas été admise sans conteste, on
peut cependant expliquer sa prompte admission en constatant
(Ij État actuel de l'art musical en Egypte. ■
QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE BYZANTINE. 3
qu'effectivement, la nouvelle méthode, en simplifiant l'an-
cienne, offrait aux chantres une plus grande facilité pour arriver
à la pratique de leur art.
Et serait-il téméraire de penser qu'il en était, il y a cent ans,
comme il- en est maintenant, c'est-à-dire, que le nombre do
ceux qui savaient réellement la musique grecque, surtout en
Palestine et en Egypte, était plus qu'insignifiant? On peut
même dire qu'il devait être beaucoup plus restreint autrefois,
étant donné la plus grande difficulté des traités. A preuve, ce
bon moine Gebraïl, le grand mélode pourtant, et qui laisse. Vil-
loteau, devenu son élève, ignorant sur une foule de points,
qu'il s'avoue impuissant à expliquer. Donc, on peut dire qu'il
y a cent ans, comme aujourd'hui, on ne tenait pas grand
compte du véritable chant ecclésiastique que l'on ignorait,
pour se livrer au contraire aux inspirations du moment, propres
aux Arabes et, en général, aux peuples de l'Orient. Mais, ne
l'oublions pas, ces improvisations arabes (ce mot a son expli-
cation dans ce qui a été dit plus haut) ont leur mesure régu-
lière, correspondant parfaitement au chronos. Et alors, de là
à faire passer dans le vrai chant ecclésiastique, cette mesure
régulière, il n'y avait qu'un pas, les chantres y étant si bien
préparés.
Et qu'on ne dise pas : « Nulle part dans leurs ouvrages, les
maîtres susnommés ne parlent du chronos comme d'une in-
vention récente, ignorée encore d'un grand nombre de chan-
teurs ils en parlent, au contraire, le plus simplement du
monde, comme on parle d'une chose connue, pratiquée de
tout temps et dans toutes les églises du rite grec (1). » — C'est
très vrai, mais que de points dans leurs ouvrages en sont là;
et cependant, on ne peut nier qu'ils soient absolument nou-
veaux. Prenons un exemple. Les réformateurs nous parlent, le
plus naturellement du monde, des trois genres : diatonique,
cliromatique et enharmonique. Or, il faut pourtant bien admet-
tre que tout ceci, si ce n'est pas une création, c'est au moins
une résurrection; car dans toute la période byzantine, il n'est pas
question de ces genres; et si dans l'antiquité on les trouve, il
faut avouer aussi qu'on ne les trouve pas tels qu'ils sont actuel-
(1) R. P. Dechevrens, Le rythme grégorien.
4 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
lement; tellement bien, qu'on a pu dire avec raison, que ce
que Ton nomme chromatique ou enharmonique, n'a de chro-
matique ou d'enharmonique que le nom (1).
De même, les réformateurs nous présentent certains signes
dont il est impossible de se rendre compte de la signification
si on n'est pas au courant des traités anciens. Nous dirons,
après le R. P. Thibaut, que l'sTspov actuel, par exemple, est un
non-sens. Les réformateurs nous expliquent-ils d'où il vient?
pas du tout, et le plus naturellement du monde ils ont sup-
primé le signe chironomique r.y.pxAÔCkza\>.oL, pour ne laisser que
l'i-spov ■Trapay.iAsGiJi.a, OU mieux ÏTEpov tout court. Nous disent-
ils aussi qu'ils sont les inventeurs de l'âvSâîwvcv? toujours
non, etc. etc. On peut donc conclure a pari pour leur silence
sur l'introduction du chronos.
On a trouvé très étrange aussi que le chronos qui se rencon-
tre partout dans les mélodies populaires, qui est pour ainsi
dire naturel aux peuples de l'Orient, ne se soit introduit qu'au
commencement du xix' siècle dans le chant ecclésiastique.
Ici encore, il y a, ce nous semble, confusion. Il faut bien
distinguer en effet, entre le chant mondain, à'cr;j.a. et le cliant
ecclésiastique, àv'.o-sXir/;;. L'un pouvait avoir le chronos, s'en-
suit-il que l'autre l'avait"? Si un jour, par impossible, on arrive
à donner au plain-chant les mesures usitées dans la musique,
sera-t-on plus tard en droit de conclure que toujours le plain-
chant a été mesuré? Or il est certain, et le traité qui suit en
fait foi, qu'il y a une différence entre rà'c7s^.a et l'àYior.oAt--/;?,
quant au nombre des gammes, et, jusqu'à preuve certaine du
contraire, quant au rythme.
Le mot rythme, il est vrai, peut prêter à discussion; c'est une
expression suffisamment vague, pour signifier tantôt une chose,
tantôt une autre, en un mot, pour permettre à chacun de s'en
servir pour le besoin de sa cause. Pour nous, quand nous disons
que la musique byzantine était essentiellement rythmique,
nous entendons parler du rythme tonique, c'est-à-dire basé
sur l'accent.
Et si l'on nous demande sur quoi nous nous fondons pour
incliner plutôt vers la non-existence du chronos dans la mu-
(1) Boui'gault-Diicoudray, Études sur la mus.eccl. grecque.
QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE BYZANTINE. 5
sique byzantine, nous répondrons qu'outre les raisons déjà
données, nous nous appuyons encore sur les signes de chiro-
noniie. En elïet, ces signes qui n'ont aucune valeur tonique,
sont destinés à marquer les différentes expressions particulières
à chaque neume. Et comme nous en avertit le Hiéromoinc
Gabriel dans un des traités du manuscrit 332 de Jérusalem
(811 du Métochion-Phanar), « chacun de ces signes tire son
nom de sa propre énergie ». C'est-à-dire que pour savoir ce
qu'il produit dans la mélodie, il suffit de recourir à sa signi-
fication. Or, il est certains neumes qui semblent bien exclure
tout temps régulier. Ce rythme des neumes était indiqué,
comme nous l'enseigne encore Gabriel, par le doiiiesticos : « En
voyant tous la main du domesticos, nous caantons avec en-
semble, c'est pour cela que la chironomie est très utile, » t.ç>V->
"^(xp xv)V Toû oo,y.£crTizou X^^P^ axavTcç aTCo8X=TCov7îç a-j[X90)vsu;j.£V; y.7.1
Stà xauTa yp'qtjiifM'àxr^ èai'tv rnxXv ■'(] '/zipovc[JÂx.
Outre cela, comme nous l'avons déjà dit, certains signes
marquent un retard; mais nulle part nous ne trouvons indiquée
la valeur de ce retard. Par exemple, au sujet des oûs à-6cr-pc^:i,
on lit dans un traité : « oî es oùo à-ba-pcooi, el 7.21 [xis. 6-ia":ac7',ç
k-(évzxo, àXX ïyonai vrxl cpojvr,v 7.:zc àpYî'':zv, y.y). yzipovz\uœ) . — Du
même pour la onCkf^. « Kal -Jj oi-'kt^ r.yXv/ où -:y;v àp'(v.xv èYÉVcTC
7:a-J]v oà ^wvrjv gjz, è''/£i, cûo y^P i^îisti G'jrq^([j.ivoi'. è'AaSov ocp^^iixv, y.xI
TYjv àpYîiav à-coXsffav ty]V -lirrjv xal xy;v o'Jva[xtv ». Il serait facile
de multiplier les citations, et toujours on trouverait ce terme
àpyziy., sans plus de précision; On embrasse donc volontiers
l'opinion de Villoteau, qui d'ailleurs écrivait avant la réforme,
à savoir que les signes, marquant retard ou accélération, non
pas dans la mesure, mais sur une note, avaient une valeur
indéterminée. Ce qui permettait, à l'aide de la chironomie, de
donner au chant une expression autrement belle que celle qu'eût
produit le martellement du chronos.
La question n'est pas tranchée; nous n'avons pas cette pré-
tention. Nous avons simplement montré qu'il n'y avait jusqu'ici,
aucune donnée positive permettant de conclure à l'existence
du chronos dans la musique byzantine. Que si de nouvelles
découvertes nous apportent le document désiré, nous ne ferons
aucune difficulté pour changer notre opinion.
Disons un simple mot de la question de notation : « Le chant
6 R-EVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
grec, a-t-on écrit, n'a rien à perdre à être transcrit suivant
notre notation moderne L'unité de notation facilitant aux
artistes de tous pays l'accès des différents genres de musique,
serait, pour l'art musical lui-même, le principe de nouveaux et
utiles progrès (1). »
Nous sommes loin de méconnaître les difficultés réelles de la
notation actuelle; nous ne pensons pas cependant que l'on
puisse la remplacer par notre système de portée.
Outre l'inconvénient de n'être pas accessible aux musiciens
de tous les pays, la difficulté principale est peut-être celle-ci :
un même signe peut indifféremment représenter une note quel-
conque de l'échelle ; tantôt un ré, tantôt un soi ou un la, etc. Avec
notre notation, la difficulté disparaît assurément; mais aussi,
surgissent des inconvénients, selon nous beaucoup plus graves,
et dès maintenant, nous disons que si l'on veut conserver au
chant grec son véritable caractère, il faut, avant tout, lui con-
server sa notation. En effet, on sait que plusieurs signes ont à
la fois une valeur tonique et un caractère distinct comme signes
de modulation de la voix. Or, ces modulations, tout cet ensem-
ble de coups de gosier que l'on peut appeler la glose en psal-
tique, tout cela disparaît. Quel mal dira-t-on? Le mal, nous le
savons, sera plutôt un bien pour nous, qui sommes si étrangers
au génie musical des Orientaux, et qui nous accoutumons si
difficilement à ces ritournelles nasillardes si pleines de charme
pour eux! Mais ici, question de goût, et ce n'est pas à nous
à nous imposer.
Passe encore, si nos gamines européennes étaient identiques
aux gammes grecques; ce que nous appelions ci-dessus la
glose, pourrait à la rigueur être suppléé par une quantité pro-
digieuse de notes d'agrément. Ajoutons toutefois, que ces notes
d'agrément ne rendront jamais parfaitement le laisser aller
produit par ces enjolivures si naturelles.
Mais comment rendre exactement sur notre portée soit le
deuxième authentique, soit son plagal le sixième? Il suffit
d'avoir essayé pour être convaincu de la difficulté, ou plus
exactement, de l'impossibilité. Oui, il y a certains intervalles
impossibles à rendre. Soit par exemple, dans le deuxième
(1) Thibaut, Les nulaliuns byzantines, mars, 1901.
QUELQUKS MANUSCRITS DK MUSIQI.K HY/.AXTINi:. 7
authentique, rintervalle v.z-Zo). Ce n'est pas un ton, mais un Ion '
forcé; or pour rendre ce ton forcé, on a trouvé le moyen, assez
ingénieux assurément, de mettre le signe f devant la note. Très
bien; mais un Européen qui chantera cette note forcée, la for-
cera tellement, qu'il vous servira, ni plus ni moins, un ton et
demi. Or, l'intervalle est dénaturé, ce n'est i»lus du second ton.
Voilà, selon nous, un des inconvénients (il y en a d'autres)
qu'offrirait aux Européens, qui voudraient s'occuper de musique
grecque, cette notation sur portée. D'ailleurs, qu'on nous per-
mette cette remarque : Si un Européen veut étudier la musique
orientale, il ne le fera utilement qu'en Orient. A ce compte, il
aura vite fait d'apprendre la notation telle qu'elle est, il aura
de plus ce que nous jugeons indispensable : Véducalion de
l'oreille. Si au contraire, il ne veut s'en occuper qu'en passant,
ou, comme on dit, s'il veut en avoir une simple idée, alors,
qu'il se contente des essais de traduction qu'on a faits de quel-
ques morceaux grecs, arabes, etc.. Mais alors, qu'il se per-
suade qu'en eflét, il n'en a qu'une idée. Le morceau qu'on lui
présente ainsi, n'est, si l'on veut, que l'ossature d'un morceau;
c'est un tableau sans les ombres.
Nous ne pensons pas être contredit, du moins par ceux qui,
en Orient, s'occupent de musique. Qu'ils se souviennent des
difficultés de leurs débuts, et du temps qu'il leur a fallu pour
entendre avec plaisir ce qu'au principe, ils qualifiaient peut-
être de faux, ou au moins, de très drôle. Ces préventions ne
sont tombées, qu'après ce que nous nommions plus haut, l'é-
ducation de l'oreille. Donc, pour en revenir à notre notation,
et à cause de ce qui vient d'être dit, ce serait en somme ren-
dre un mauvais service aux musiciens de tous les pays, que de
leur présenter la musique grecque sur une portée. Quant aux
Grecs, nous ne pensons pas qu'ils en éprouvent le moindre
désir.
Un exemple pour finir. Supposons qu'on ait à traduire trois
ou quatre àxicj-potpoi consécutifs portant y.Xâaij.a (notons que
c'est un des groupements les plus traduisibles), nous écrirons
ainsi :
îi
01 .K\) • ùi
8 REVUE DE l'orient CHRKITIEX.
C'est là, à notre avis, et de Tavis d'un maître en musique
grecque (1), l'interprétation la plus proche de la réalité; et
cependant, il faut bien l'avouer, ce n'est pas l'effet réel. Chanté
avec Tcxactitude que demande notre notation, ce groupement
ne serait certainemont pas admis par nos Grecs.
II serait facile de multiplier les exemples. Nous nous arrê-
tons là, en faisant toutefois une dernière remarque : c'est que
les Russes n'ont admis la portée, que parce que leur chant est
essentiellement diatonique à l'heure actuelle, et a pris com-
plètement le caractère européen, même quant à l'harmonie.
Suite du 1" traité (Ms. 332. Jérusalem).
'Ep(ÔT. T{ ïg-i v/cç ;
7:apà TroXÀcov, */^yc'jv r, £/,/.po'Js;j.évrj, •/,y.l vuawxoO ipY^vou r.zp\ tou
Ofôpxy.sç '/.7.1 TtOV p'-VWV.
EpwT. Kal 7:i(7a do-q xwv r()^(i)v C^?) ;
W.-by.p. OxTà), TjYOUV zpwTcç, os'JXcpiç, -piTor, -i-xp-zq, y.al zi
kz aùxwv 'Khiyizi.
Epii)-. Tî IcTTi y£'.pcvc|j,{a ;
'xV-6y.p. Xzipzvz[jJ.x kij-l vi;j.c^ -apaccoo;/sv:ç twv ôc^[uùv TraXipwv,
Tou 5' «Yicj Kc7[j.x -si -cr^TOîj, y.a'. tcj aYiou Itoàvvou toîj oaixaay.r^-
voD' r,vr'/.a y^? k'^ipyt'x'. r, ocovy; tcj [j.i'kz'j-zq 'bi'hKziv -i, zapau-
TÎy.a /,y.l r, y£'.p:vc;j.{a, w^ ïva -apaoîr/.vj-/; r, ysipovoixia xb [/.éXoç*
'Kh^t-y.i zï y.y). aAMoç, ysip t:j ('ôy.iu to i^ov, Btà ~o èxvsXsTaOai
"V' yî'~pa Î7CV TCJ (ôj^.c'j s'.; 7Y;;;,ic',a ;j.£piy.â' ypîr, zk Y'-^'^^ijXstv (3),
';■:'. ; -p(oTc; V/-^?- ^'jxto hi^'t-xi -pwT^ç, où xb -ptoosûsiv. r,TOi
xpyz'./ TO)v à'AAojv r,yM'^- Tb os ;vo;j.a tojt;u \i^^'e-y.i zltôptor, tcjx'
(]) Nous voulons nommer le R. P. Couturier, professeur de liturgie et de
chant au séminaire grec de Sainte-Anne à Jérusalem. Nous sommes heureux de
lui témoigner ici toute notre reconnaissance, poui' les services qu'il nous rend
au cours de nos études.
(■2) La définition précédente du mot Ion (-^/o;) ne saurait convenir ici. Il est
clair, en ellét, que précédemment l'auteur parle de ton. dans le sens de voix
(çwvri). Jlaintenant, au contraire, il va parler des ri^oi, c'est-à-dire des huit
modes.
(3) Ce ypr, oï yivwffXEiv devrait logiquement l'aire suite à la réponse précé-
dente, et ne pas être rangé sous la rubi'ique ■< x£'povo(iîa ». Ce manque d'ordre,
si l'on n'j' était habitué, tendrait à prouver que nous sommes en présence de
plusieurs traités dont les morceaux sont mal cousus.
QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE BYZANTINE. 9
ia~\ è/. Twv oojptéwV Aojptîî; yàp XsYovxai o'. Mov£[j.5a(jtwxat, où
Tvîi-o YOJV /viY^"^^ oo)pioç' y.ai kv. toD toicjtcj Tzvsûixaxcç sûpsô-r] s
UTCiGtôp',!?, f^T^t S u'.bç TOU TUpwTCU, tout" saTiv 5 TïXâY'.s;. Kaf, £•/. -:•?;;
Auoaç s Xûouç;, TiYO'JV 6 $E'jT£po;' Austa yàp ASY^xat X(ov NîCv,a7Tpo)V
ô T2-SÇ, o; ôvc[Ji,â^îTai /.ai l^-r/pi xou viiv, -•?;; xVucta; 6 7.a[/T:;-;* y.aî.
è; ajTOu o UTroAÙoioç, v/'^'-''' = -Xà^^icq. Kai è/. r^; <I>p'JY''5;ç, ti)piHr,
b ^pù^ioq, Vi'C'JV 6 xpiTSç. 'I>puY''a Y^? Asy^"»^ ^ x-^ç Aacor/.ciaç
t6t:3;" où xouTO -(ou'i \é-[Z^.M cppÛY^oç, wç £•/. ■:f,q ^l'pu-^^iaq' 7,a\ s;
aùxoD c ÛTïscpp'JY^^?) f/Y^uv o TxXaYioç tou ipixcu' tsjt' èaxlv o ^ap'j^.
Kal èy, T^ç MiX'/iToa 6 \).CK-qGioq' rfp'JV 6 TxXaYtoç toD TStapTOu (1)
£7. Twv TotoÙTwv Y^P "^^^^^'^ £Ûp£Orj(jav xà ij.fkTt x(ov r,yMy. Olov IXeyov
cî owpi£îç xà [J!,£Xy; xoD a' 'O/ou, o'. Auoioi xûîj aucicj, ci <I»pÛYiot xoîj
(jppuYiou, 7.(xl 0'. [j,iÀr|Xioi xou MiX-/)xiou. 'EXOcov oè nxoA£[j,aïo; 6 l^ajiAEÙ;
xat 0 [j.ouffixcç àXXà y.ai ipaviirôelç, -îrpoaÉOrjy.E y,axà xoùç xÔtcouç xar,
xà ov6[J-axa xauxa xwv y^/wv (2).
'Ep(î)x. Kai 7:6701 'fiyoi;
(1) Nous ne serions pas éloigné de penser qu'il y a ici faute de copiste, car
dans le texte il n'est pas parlé du quatrième authentique, et l'auteur nous donne
le milésien comme plagal, ce qui semble une anomalie, les plagaux étant tous
précédés du préfixe \jko. D'ailleurs Villoteau corrige cette lacune en disant : « Le
Milésien est venu de Milet; de celui-ci s'est formé l'hypomilésien ».
Autre difficulté. Pourquoi ce quatrième mode s'appelle-t-il milésien? « Kat iv.
xrj; MiXt^tou ô (itXriaioç >•■, répond notre traité. Milet, on le sait, fut, bien avani
Athènes, le foyer le plus brillant de là civilisation hellénique; rien ne s'oppose
donc à ce que la grande ville ait tenu à honneur d'avoir un système musical
à elle, comme la Phrygie, la Lydie, etc., ses voisines. On serait presque forcé
de se rendre à cette hypothèse, si dans quelques autres traités on trouvait men-
tionné ce ton milésien. Malheureusement, le seul passage cité, fait mention de
cette dénomination. C'est un témoignage trop seul, pour entraîner une complète
adhésion.
Villoteau veut voir dans le mot milésien une corruption de mixolydien. « Au
lieu de mixolydien, dit-il, on aura pu prononcer d'abord, par syncope, milydien;
et comme les Grecs modernes adoucissent beaucoup la prononciation de leur ô,
on aura dit, sans doute, milysien; de là le ton milésien et son origine supposée
de Milet. » L'explication peut s'admettre; ce qui est certain, nous le répétons,
c'est qu'on ne trouve nulle part ailleurs ce ton milésien. — Le ms. 11389,91 de
la bibliothèque royale de Bruxelles, cité par Dom Gaïsser, donne les modes comme
il suit : ô TrpwTo; ),£Y£Tai ôwpio;, ô Sôûispo; X-jôtoç, ô tptTo; çp-jyto:, ô TÉTapToç (ai^oaû-
cioç, ô irXây'O'î * ÛTroSupio:, ô irXàyio; [i ' ùttoX-jôioç, 6 :t),àYto; y' "/îyo'J^ à ^apù; Oifo^pv;-
yioç xai 6 Tt^âytoi; S ' ÛTro|xt?OAiJSio;.
D'ailleurs notre traité nous parlera plus loin, lui aussi, du mixolydien.
(2) L'auteur ne confondrait-il pas ici Ptoléniée Aulètes (80-52) avec Claude Pto-
lémée (u^ siècle apr. J.-C.)? Voici d'après ce dernier les dénominations des tons :
Dorien, Hypolydien, Hypophrygien, Hypodorien, Mixolydien, Lydien, Phrygien
(Clément, Uisl. de la mus., p. 170).
10 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Xzbv.p. 'H)^c( zIgi v.'jpÎM^ -iarjy.pzz y.y.l Tiîjapîç -'hx^iizi' 7.7.1 oùz
à-rj'/Tjij.a^a (1) , -q-ci çpOipai, xb vsvavo) /.al -o vavvi' o'. tcicjtci 'r,'/^i
'hcn'iXzv'.OLi î'.ç xbv àYiO':roXiT'/)v Trcpia-aô-uspcv (2).
'Epon. nio-;i v/oi 'bi'ù.zv'y.'. tl: -Iv âYi^TrsAiTr^v, /.ai -i 'i.i'it-y.'.
àyior.o'/J.vr,q (3) ;
'A-ixp. II^oi ;j-Èv 'liXXcvTa', oxid'»' Cf^'.OTZo'/.ivr,: o ÏTUiJ.z'/.c^'ii-y.i.
cià -b Tiov àvtwv p.apTÛpojv, S7(tov T£ y.a'i t(ov 'AOf::())v -EptÉysiv -;"/,i-
Tciav, -i^ où TO èv t'^ aYÎa tïÔAîi à-b t(ov «Yicov TiaTÉptov tôv Tioir^-
TO)v, Tsy 03 aYiou 'Iwâvvou toj oajj.aay.rjvoj, v.al STÉpojv ttoaXwv ^y^ov
s'/.TîOîTvai.
EpcoT. riocrct •^)^oi y.jpioi;
'ATcoy.p. Téatjapsç" -ponoç, osJTcpoç, xp'lTCç, iftapTOç. 'A7:b oè
à-oppo'^ç To)v Tsuffaptov toij-o)v iy-''^''''^^ ^'- '-'fîpof, TÉaaapsç ziXâYioi,
y.xl (oijTïîp àzb TO)v Tî(jjâp(.)v tojv Tïpco-oxj-ojv £Yîvvr,0rj7av o'. tî'a-
capîç zX^Yioi, Tov ajTOv or, -poTïCv, xa; à^b twv Tîaaâpojv T:XaY''wv
£Y-VVYj6*^aav oî Tsaaapsç [xe^ci, (ôaaijxtoç /.at à^b twv iscj^âpcov p.suojv
èYsvvrjOvjaav oct Teaaapsç «fOopal, y.al àvî6i6a<70-/)!jav -^^joi iç ' outoi
(1) Villoloaii fait dcM'iver ce mot du verbe èTnxEuw, je verse sur. Dans le ma-
nuscrit qu'il avait entre les mains, on lisait, parait-il, kmyyit.'xxaL. Le mot n'existe
pas; il est avantageusement remplacé par à7riîx''l[Jiaj écho.
Ci) Il faut entendre ici par HagiupoUle,\o chant ecclésiasti(iue, par opposition
•au chant mondain, àTtAa. Ce dernier comprend 14 ou 15 tons (on ne s'entend
pas sur le nombre), alors (lue le chant d'église n'en a que 8.
Dans son Hymnographie de V Église grecque (Rome, 18(57, p. 61) le cardinal
Pitra fait naître ràYioTto).ÎTyi; entre le xr^ et le xiu" siècle. « En même temps que
le typicon de Jérusalem, un système musical qui porte le même nom (c'est-à-
dire Hagiopolite), arrive jusqu'au mont Athos. » Ailleurs, dans les Analecla
sacra, I, p. lxix, l'éminent cardinal insinue la même chose. « Vereor ut apud
Graecos et gravior et frequentior sit melodiarum tumultus. Vereor ut in
priscis quoque eorum codicihus sœc. X et XI (vix enim prœler leclionaria raro
apice nulala anliquiores sunt) occurrant alla hieroglyphica tironiana, quœ lyn-
ceis ociilis impervia sint. Vereor ut velustis 'mclodiis maie perceperint scolx
musicœ sseculi XIII, quorum (ji.£)oupYot jam se mulla novasse glorianlur, qui
ausi sunt. ut aiunt, Cosmam et Damascenum et priscos pulchiores efficere (£)ca),>w-
7t(ff0yi Ttoî-ojJ-a TtaXaiov x t. i.), ut alibi fusius exposai. >• Remarquons d'abord qu'il
ne i^eut être question d'un système absolument nouveau, car les 8 tons de
rilagiopolite existaient dès longtemps. Ensuite, on a voulu voir dans ce « nou-
veau système musical » une corruption de l'ancien; corruption due à l'influence
de la tonalité arabe. Pour nous, nous préférons voir dans les paroles du Cardi-
nal, une allusion à la réforme, ou mieux, aux nombreuses additions de Kou-
kouzélès qui vivait au mont Athos vers le xn° siècle. Rien n'empêche en effet
qu'un disciple du mélode ait apporté ses théories à Jérusalem.
(3) Certains traités ajoutent ici,: xal ti È(tti ^x°'> — L'auteur a supprimé cette
question à laquelle il a répondu plus haut.
QUELQUES MANUSCRITS DE .MUSIQUE BYZANTINE. 11
ouv y. iq' ihà'k'hcvxoLi zlç 'b Oia\j.x Y.y.l z'r/l i\q tbv â^iiz-Kz^irr^v.
Epo')T. riwç à'px'f/ iv TO) [JÂKtvf fj£ 'biX'kziv r^ oioâ^at. ti ;
'Azôy.p. Mt-'oi hr,'/rt'iJ.ix-oz.
'Ko('i)z. Tr' ècTTiv vrr^'/riiJ.x',
Xr.ôy.p. 'ErqyriiJ.i ÈaT'-v y; toj V/;'j i7:i5cA-r;, ol^v àvTt toJ '/.i^'iv/,
à'vx vè à'vîç, r,Y;'jv av:zç 3cv£ç(l).
'Epo'jT. 0 osuTîpo; TCwç sv^yiLî-ai;
'A^^ôxp. Ne i'vsç.
Ep(i')T. Tl SŒTl vè àvîçj,
'A7î6/,p. "Hyouv K'jpr.; açsç.
EpwT. 0 §£ -piTOç tim; vrr,yi'C,ZTy.i',
ÀTT^xp. Navvi, r,YOUv T^apT/Xr,it ajYy^ojprjaov.
'Ep(.')T. '0 TÉrapTO? TCO)Ç £V/]yiC-'^3'-'' )'
A';ri/,p. "Ayia, r,Y;uv Ta 7.sp2'j5t;j., xal Ta aspas'i;;-, tsjt" kaxh r,
«YU Tpià; -r) 7:ap" aÙTWv !jp.vou[j.£vr/ /.al 3oçaÇo[j.£VY], à'vsç, acp£ç,
G\jyyMpr,(30'i xà[j.ci, TCîi oo^âi^siv y.ai ' àv'j[;-v£Ïv ij[xvov àç',iyp£Ci)v, ty;v
aï;v àota''p£TOv ©siTYjTa.
'Ep(.')T. nitra 7:v£'J[j,aTa, y.al oià ti Xiyovzai 7CV£J;xaTa;
ATîi/.p. Atà Tb çwvà^ à7iOT£X£Tv. Xtopi^ oè y.a'- cT£po)v Tovtov ;xr,
<jUVt(7TâiJ,£Va.
"Epo)T. Tl âsTi 90)vr, ;
'Att6/.p. 'Ï>ojvy) A£Y£Tat ctà to çwç sîvai voo; (vcOç), a y^P ^ ^^^^
vc£t, Taî)Ta •/; ©(ovï) ô'.ç «poiç è^XY^^" '^ ^'-^ '^ô èv xaîç ço)vaï;; 'Z-'-''
TO thaC obyrq yV 3:-iT£X£(7[j,a toj èv r^ixïv T£GYja-aupia[J,£VO'j 'iuv£tj[;.a-
Toç otâ Tivoç àpT'^pia^ '::pca-0£0[;,svcv.
'Ep(.')T. T{ èaTi -jra-aor.y.r^ ;
'ATîoy.p. M;u(7',xY] T£'/vr,.
Ep(t')T. IIo);; £7:svo;xâLCVTai o'. v/ci;
'ATlixp. llpCOTO.;, Sî'JTcpOÇ, TpÎTÎÇ, T£TapTSC, Y.y). Z\ Ï\\Z' O'jy. V.'3\
y.'jpû.)ç 5vo[;,d£T(iiv sxtÔ) "(/'/(ov, to y^P sI'kSÎv, a, (3, y, 5, |jaS[/c( £'.jt,
y.al O'jyi 2vii;-aTa' £Ï7:o) aci f,YO'JV 5 -JTpwTCi; ocopic^, 6 0£'jT£poç Xûcicç,
6 tp'Ito? çpÛYio^, 0 Téxapto^ [j.uoAijîtoç, ô TrXaYt^ç toî) •ÂiptoTiu
û-octopi:;;, 5 TCAaYts? tou o£'JT£pcu Û7:oA'jO'-2ç, 6 TiXaYioç toj TpÎTCu,
(1) Ces îvyiyiô(i.aTa ont rloiiin^ liou déjà à bion des discussions. Pour nous, il nous
semble i^ue c'est remonter un peu loin, que d'en rechercher l'origine jusque
dans rassyrioIogie..Les efforts qu'on a faits pour les expliquer, sont assurément
très sérieux, mais, il faut l'avouer, jusqu'ici sans résultat ; aussi, jusqu'à preuve
nouvelle, on peut continuer à y voir de simples syllabes de vocalise diversifiées
selon les tons. ■< 'Evr.yvjjj. à èanv f, toO •/î/oy èjitêoXr). »
12 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Tf^OM^/ b ^xpbq, \)-KO'fpù\'io:. '/S.'. 5 iCtA^[\.zz, toj -t-.xp-y^ 'J-cija^caûoioç*
Tau-â cîo-i xà y.jpia ivs[j-3:-a twv ôy.xo) v/ojv, y.al à/.p'.6îA:Yr(;j,£va
'A7:iy.p. Asy.a-ÉVTS.
'Epcox. llc(jx TTVî'jiJ.aTa;
'Airôxp. TsGffapa.
Ep(.')T. Ilcffa Tji/iTiva;
'A7:i>:p. név-s.
'EpwT. Ti iîTt. -ivoi, y.a'. ti Y);j,{':sva, y.al tî -vs^ixaTa;
'A-iy.p. Tivo'. [j.£v ûrjV) C'j-ci(l), to ïaov, to cai'ycv, •/; i;£ta, y;
ZExaa-TY), TÔ à::i3sp[Aa (5), 5 àzôîTpOiyGç, r; jiapsïa, xb àvxr,y.£V(i)[xa, xb
y.pax'/;[j,a, y; Bi-a-^ (3), xb àvâ7xa;j.a, xb 7î(aa[j.a, xb /.axâ5a7[j-a, xb
xpiTTAbv rjXOt xb a£f!7[J.a y.al xb 7:apay.â"A£-;j.a" xà oà è'x£pa, cicv xb
çr,'ff,7xbv, wç ^^y;9t(jxcy.axâ5a(j[Ji.a, ày.axpe-xbv, [^-sAr^ s'icrt, y.ai ojyî. xivoi.
'Htj.ixcva (4) ce î'.ff'- xauxa, xb èXaœpbv, xb y.Xaap-a, xb y.côçpiJ[J.a, y;
7:apay.XY]xiy."J;, xb ^•''•/jcpiaxoy.axaôaafAa, xb è^axpsxxoy.axdcSaafxa" Aeyovxai
03 y.a'. [j.iX-/;. IlvîûîJ.axa oi v.zi xajxa, xb û'VfjXbv, xb -/aiJ.TjAbv, xb
sAacppbv, xb àTcbospiJ.a, xb y.£vx"/;[j.a. ('::£pl 7:v£'j;j.axwv) 7:v£Ù[j,axa cà
\b'^zv-oi\^ Zib-i çwvàc à7:;x£A:jï'., /jwpW °- ^-^ci k'.ipiù-^f xbvojv [;,r,
3"jvijxa[j.£va, y.aî yàp )(ojpî; à-c^xpiçcu cj jjvtaxaxai xb yy.^.rj.i^i^
C'joè auvx(0£xa'.. IIàX'.v '/toplç ôXi'yo'j r^ c^£i'a^ r^ 7:i~(XQ-riq c'jc£[j,iav
£'jpo[j.£V ùdir^Ar^v, b[j.o(wç TraXiv cvx;; x:îj à-co-xpiçcu ex/ £'jpcjj.£V
iXaçipbv, r^ ya[j.'/;Abv, £'.C£ y.al £Jps;j.£/ xgjxiv, 6£y,xbv r,YCÛ[j.£Oa ctvat,
xb y.£vxr,;j.a, y.al '/wp'.ç âxspwv xivwv cj 7'Jvi7Taxa'., çwvàç ;a£v à-o-
(1) Il est clair qu'il y a ici confusion. — Confusion qui vient, connue le re-
marque Villoteau, de ce que les Grecs n'ont pas idée de la méthode. Do là, ex-
plications vagues ou fausses qu'ils donnent souvent! — La plupart des signes
appartiennent à la chironomie et sont par conséquent muets.
(•2) L'apodorma ne saurait être rangé parmi les <j7i{j.âota Ifjiïw-a tels que à),iYov,
TiETaoT/i, etc., ni même, comme on le trouve dans un autre traité, parmi les es-
prits; c'est un pur signe rythmique, équivalant à 5t7t),ri ou à xpâxYKJia.
(3) Le xpàr/ijxa et la ôiTrXfj ne diffèrent (jue par la chironomie; l'un et l'autre
marquent le relard.
(4) Il ne serait pas exact de donner au mot T|(jLÎTova le sons de deaii-ton, mais
bien de demi-voix. Nous avons vu, en effet, que le mot xévoç est pris souvent
dans le sens de (pwvii, voix. Et cette acception, dans le cas présent, se conçoit
aisément, étant donné que la mélodie grecque est essentiellement basée sur
l'accent. Or, ces divers Yii^tTova se rencontrent précisément sur les syllabes brè\es,
s'il s'agit de signes toniques comme xoOçiafxa et iXa?p6v, ou dans les passages qui
ont une chironomie indiquant l'abaissement de la voix, comme t]>ï)çi(TToxaT(ji-
êadfjia, etc.
QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE BYZANTINE. 13
TsXst, [j.ôvov oà CL) (TUvfoTa-:ai(l). Ta âè sxspa rfj'O'Jv otà ::vsu[j.xt(.)v,
a xat slat xaDta, to ;j.èv yàp û'^^TjXbv ïyzi ©wvàc; (2) xéffaapaç, tc> [j.èv
y.ÉVTY;;j.a ey^si çxovxç àvicjjaç oùo. c;j-oio); xat xo èXâçpbv y.ai ib
)^at;//;Xov, to ;j,£v ^ip ya;j.r]Xbv lysi stç èXà-Ttoaiv owva-; -sj^apaç,
Tb ce èXacppbv stç èXaTtoiuiv çojvàç ojo* è[j-Ciojç oè y.al cl etspci tovoi (3),
cTcv TO y.pâTY;;j,a, i^ BittX^, to ^-^povAAàaixa, ib àvjc-p{yia[m, ib Tziy.Gim,
y.aî xà STspx oo-a staî xotaijTa, toç 7:ps£cpr,|j,£v, Xé^fz^xai gùvOcTOi tsvci,
ffûvOîTOt oè Xs'YOVTai, oià tb auviGTao-Oai otà oùo xai xpiôv tÔvojv (4),
r,Y0uv •/] o'-X^, Bià cûo ôçsiwv, ib èXaopbv, xb -(aa[j.a, oià 5uo pa-
pîiwv, Tb àvâa-:a;/a oià oittay;?, y.ai TîSTacTvjç, v.al '.ooit Xo'.Trbv w-
£ç-/;;j.£v 07a sîcjr, , TC.auTa, (jôvOsto', tovoi À£Y0V-ai(5). Kai tocù l'iJ.aOsç,
(I) ày.poaTa, -zi ia-:'. tivot y.a'i ti -rjiJ.i-rova, y.ai t'. TTVSÛy-aTa y.ai oia
xoiov Tpô'ïrov Xi'YSxa'. xb y.aOsv. Tôacr, y,a'. xôos y-at èy. twv Ttpo-
XsyôÉvxwv ctai Tps^s Tovot, riY^'-*'^ "^'^ oaiy^v, r, o^sfa, y.ai ■/] K^xac-c-J;,
à'xiva xai statv îaoçcova (6)' xb oè bcv ©wvJjv eux 'éyj.i, àXX' saxr.
xwv •:iâvxojv xaTrsivcuiJ.îVcV otïou sùpsOYj xb îasv, y.avxs eiq o^stav
<j?a)VY;ç, y.avxc elq yoi.\).r^\bvrt-j., ày.îî oéyz-a'. xy;v çiovyjv, xwv oè xso-
(japtov xivwv xwv cpojvoûvxwv, f^YOUv Tïsxaax^ç, c>a'YOU, o^siaç, y.a'.
à'ïrojxpoçpou, xal xwv xstJtrâpwv Travxwv ■jrpoX£y6£vxo)v, r^Ycuv xoj
>lir/jiiaxou , xou yay//)ÀO!j, xoj y.svxTjp.axoç, xai xcj àXaç'poj, oia-cpw;j,£v,
~z\jq ôy.xw iv xoîç èxèpoiç xovo'.ç, è;j-ç(ovou^ aùxcù;; aTCOOî'.xvjovxE^ y.a'.
(1) Il eût été plus simple et plus clair de résumer tout ce qui précède en cette
simple phrase : Les signes de la catégorie des esprits ne se rencontrent jamais
seuls, mais sont toujours joints à un des signes de la catégorie des corps.
(2) Le mot qpwv^ a ici évidemment le sens d'intervalle ou degré. Nous avons
dit ailleurs pourquoi le mot ton ne serait pas exact.
(o) Tout ceci ferait naître une réelle confusion, si nous ne savions par d'au-
tres traités, et même par quelques passtiges de celui-ci, que le xpâTyifjia, la ùm'/.r,,
le îripovxÀaajAa, etc., sont simplement des signes aphones, employés, les uns pour
le rythme, les autres pour la chironomie.
(4) Le mot tôvo; prend ici le sens de signe.
(5) Ce passage a trait, non plus à la seule chironomie, mais au.x neumes, ou
réunion de pUisieurs signes toniques. Ces groupes reçoivent une dénomination
spéciale, telle que : àvâdtafia, àvarpixiffi^a, y^ctiçexi'ju.Ô!;, etc. En étudiant l'exercice
chironomique de Koukouzélès, on peut remarquer que certains de ces neumes
n'ont aucune chironomie spéciale; le -/aipsxiajxôç est dans ce cas. C'est ce qui a
conduit le R.P.Thibaut à diviser les neumes byzantins en deux classes : 1° Ceux
qui ont une chironomie spéciale. 2° Ceux qui ont seulement une dénomination
spéciale.
(G) Ces trois signes sont appelé isophones, parce (pie chacun d'eux indiqui'
que la voix s'élève d'un degré. On peut y joindre les x£vx%aTa, ce que fait d'ail-
leurs notre auteur dans la première partie du traité « îffoçwvst tô o),iYov, rj oÇsîa,
■^1 mxoLavri, v.oi là. Suo xîVTT^iAaia ».
14 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
evçpvoDvTaç' "/ojpiç y^P ~2'Jt(i)v r.hny. à7.iVY;Ta y.y.1 àvzvépyqxà staiv,
Cl Y^p 'V' ^^yy^C* "^V' -x-aor/.'Jjv à7:i.7Tâ;xîvi', ày.piêwç, cïBaai y.at ty;v
IvepYsiav tcutwv. Téojç oùv [j.'.y.pbv ozs;o);XiV ti [j.sp'//,w;;. •ttwç oçpsi-
A0'J7iv IvspYïïv 0'. Tîvci ;x;-:3: twv -veu'j.xtwv sic -àç àvappoi; y.al t"^^
0-;ppoY;^, y.x9(oc /.a', 6 ép'x-^vs'j-/;^ ajTà; à/.piSwç èoioaSî -sp'; tîov
IvaAAaYwv twv f^yj.<y>. à'va vè â'vcç, à-âvw Bè toD a°" v/-'J? -'■ -t'^î'/Î^Ti?
[j.iav ç-ojvjjv, ^[bn-3.\ ^. c'jtw oà , ava v£ avs; vs avsç, 5[x:»o; ■;:âX'.v
àvwôsv TOJ i3°"' oîliTOj; rf/ou, £'. à^'/;-/iJY;; ;j,tav cpo)vr;v, -(v/z-xi y"^ C'jto)
ce, àvE; àv£ avsç aYia' c;j.c{a)ç à'vcoOsv tcj A"" r,x-'-' ^'^^XOs ;j.{av
ço)v/;v Y^'''-''3ci a°^
"EptoT. Iltoç es' 'fVitTy.1 oCt. -0 àva6i6à^civ iwç tcj TîTapTCU
V/c'j ;
'A-iy.p. KaOo)ç i -cv^^a-; tcjç V/^'J? Ts'o'japa^, -ia^xpo^z V/^"''
lo£(7;j-£U3-ôv, f(YC'Jv TÉo-o-apa; scovàç, cjtwç oà l'vi 5 d"^ '^X^?? àYtit-
Bien que le traité continue encore pendant quelques pages,
nous le terminons ici, à cause des difficultés graphiques; tout
ce qui reste consistant surtout en exemples. Nous aurons
d'ailleurs occasion d'y revenir dans la suite de nos études.
jL'i'iisalein, 10 octobi'O l'.tUt.
J.-B. Rebours,
des Pères Blancs.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE
DE UÂRMÉNIE
{Suiie) (1).
I II. — Ambassade de Grégoire Dgha au pape; sa foi re-
connue intègre; prescriptions disciplinaires. — Pendant que
les liens incomplètement renoues par Nersès avec les Grecs se
relâchaient un peu sous son successeur, les relations avec la
papauté, qui crailleurs n'avaient jamais été positivement rom-
pues depuis Grégoire III, devenaient plus actives. A partir des
Croisades surtout, les Arméniens se sentaient beaucoup plus en
communion de sentiments et d'idées avec les Latins qu'avec les
Grecs. Quelques-uns de ces derniers, plus jaloux peut-être de
séparer les fdsde Haïg des Francs, que de corriger les tendances
schismatiques de leur propre Église, avaient profité de quelques
rapprochements passagers entre Byzance et Rome pour repré-
senter aux Occidentaux les Arméniens comme des monopliy-
sites avérés. Des paroles agressives, on passait facilement aux
voies de fait. Vartan le Grand raconte que, dans trois diocèses
1600 prêtres furent maltraités, parce qu'ils ne voulaient point se
conformer à certains usages religieux des Grecs.
Pour détruire l'effet de ces rapports malveillants, autant que
pour exprimer ses propres sentiments et ceux d'une grande
partie de son Église, Grégoire Dgha, ajoute le contemporain
Vartan, « se tourna vers le pape, et, comme le faisaient les an-
ciens, sollicita son secours et sa bénédiction ». Il envoya Gré-
goire, évêque dePhilippopolis vers, Lucius III. Le messager rejoi-
gnit le pape à Vérone (II84); il était porteur d'une lettre qui
expliquait le but et l'objet de l'ambassade : Le catiiolicos pro-
(1) Voy. vol. VII, VMyi, p. 26, 2:7, ôUS; vol. VIII, l'JUiJ, p. 206, 577; vol. IX, 1VJU4,
p. 1U7, 212,393,537.
16 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
testait de sa filiale soumission envers le pontife romain; il
priait celui-ci d'intercéder auprès de l'empereur en faveur des
Arméniens persécutés, lui démasquait l'injustice de quelques-
unes des récriminations des Grecs contre la Foi arménienne et
lui demandait enfin un exposé de la discipline de l'Église ro-
maine. — La réponse du pape nous a été conservée; elle est
pénétrée d'une onction toute paternelle.
Lucius reconnut que la foi du catholicos était intègre; il lui
conseilla seulement d'améliorer ce qu'il y avait d'imparfait dans
sa liturgie, de mélanger un peu d'eau avec le vin à l'autel, de
bénir, à son exemple, les saintes huiles le jeudi saint, et de
célébrer la Nativité le 25 décembre.
En signe de sa particulière bienveillance, il fit remettre au
catholicos un anneau, le pallium et la mitre qu'il avait lui-
même portée (1). (Quatre ans plus tard, cette importante corres-
pondance de Lucius était rappelée par Clément III écrivant à
Grégoire Dgha et au baron Léon. Les lettres de ce dernier pape
sont animées du souffle qui suscita les Croisades; elles respirent
aussi une bienveillance vraiment paternelle pour « son bien-
aimé fils, l'illustre prince montagnard » et pour le catholicos.
Ce surnom de montagnard est celui que donne Clément III au
grand politique qui ceindra dix ans plus tard la couronne en
Cilicie (2).
§ 12. — Déposition et fin tragique de Grégoire V Qaravêj.
— Le catholicat, illustré depuis un siècle par des hommes de
grand mérite, déchut un peu sous le successeur de Grégoire
(1) Le pallium est une bande de laine blanche, qui se place sur les épaules et
dont les extrémités sont retenues en avant et en arrière par deux plaques de
plomb recouvertes de soie noire. La veille de la fête des saints Piei-re et Paul, le
pape bénit les palliums, qu'on dépose dans une urne sous le maîti-e-autel, au-
dessus de la tombe de saint Pierre. — Grégoire Dgha, par sa science et son zèle
pour l'union, était digne de cet honneur. Outre plusieurs lettres sur l'union reli-
gieuse, il a laissé une élégie sur la prise de Jérusalem par Saladin. Voir Vartan,
cil. xi.ix, dont le récit contient de manifestes exagéi-ations; Sarbanalian, Mémoires,
p. 500.
La lettre de Lucius 111 datée du 3 décembi'e 1184 est reproduite par Asgian
{Bessarione, septembre-octobi'e 1902, p. I!t0-191): voir aussi Alishan (Léon le
Magnifique, pp. 161-1G5); Balgy, 54-55; Tchamitch, 111, 142, où est reproduite la
version de la Lettre par Nei'.sès de Lampron. Recours de Grégoire Dgha au pape
Lucius d'après Vartan, dans Dulaui'ier, Docurn. armén.. 438.
(2) Alishan, p. 163-165, d'après la Version arménienne de Nersès de Lampron.
HISTOIRE POLITIQUE ET, RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 17
Dglia. Grégoire V (1193-1191) était le fils de Vahram, frère de
Grégoire IV. Il fut surnommé Manough (jeune homme) à cause
de son extrême jeunesse; après sa mort, on l'appela aussi Qa-
ravêj (précipité d'un rocher). Il dut, dit-on, ce dernier sur-
nom à une tentative imprudente dont il fut la victime. Soit qu'il
eût contre lui de justes sujets de plainte, soit qu'il fût circon-
venu par les rivaux du Patriarche et un parti de mécontents à
la tête desquels était Grégoire Toutévordi, abbé de Sanaliin, le
prince Léon fit enfermer Grégoire Manough dans la forteresse
de Gobidara, près de Sis, et convoqua les évoques pour le
déposer : c'est encore l'un de ces innombrables faits qui mettent
en évidence les inconvénients de la mainmise du pouvoir civil
sur l'autorité religieuse. A défaut de vices entachant son élec-
tion, les évêques, d'après Nersès de Lampron, trouvèrent dans
la jeunesse d'âge et de caractère de Grégoire V, un prétexte
pour le déposer. Cependant, le jeune captif céda, semble-t-il,
aux instances de quelques-uns de ses partisans qui lui conseil-
laient de s'échapper. 11 descendit le long des murs de sa prison,
au moyen de draps attachés l'un à l'autre; mais les nœuds
s'étant défaits, il se brisa la tête sur les rochers.
§ 13. Grégoire VI Abirad et V union religieuse : elle est
favorisée par le Roi et surtout par Nersès de Lampron. —
Peu de temps après, sur la recommandation du prince Léon,
Grégoire VI Abirad (le Méchant) fut élu catholicos (1195-1202).
Il était fils de Schahan, frère de Nersès IV Schnorhali et de
Grégoire III. Le surnom injurieux d'Abirad lui fut probablement
donné par les tenants du schisme; car il imita la conduite con-
ciliante de ses illustres oncles. Si l'union religieuse, surtout
avec les Latins, devint officiellement plus complète que sous
ses devanciers, ce résultat fut dû en partie à ses efforts. Deux
autres personnages, il est vrai, y contribuèrent plus encore que
lui : ce furent le prince Léon II et l'évêque Nersès de Lampron.
Nous connaissons le premier, dont nous avons essayé d'analyser
le génie politique et raconté le règne brillant. Le second, tout
aussi remarquable par les dons naturels et les qualités acquises,
offrait avec Léon un vif contraste qui ^— nous le verrons plus
loin — n'était pas à l'avantage du roi. C'était, dans toute
l'acception du mot, l'homme de l'Église, dont les principes
larges et élevés, inspirés surtout par l'amour du Christ et du
ORIENT CHRÉTIEN. 2
18 • REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
prochain, vinrent se heurter plus d'une fois aux plans du pru-
dent politiquo, qui envisageait toute chose du point de vue de
l'intérêt temporel de son royaume et de sa dNiiastie.
Nersès de Lampron (Lampronatsi) appartenait à la famille
des princes Héthoumiens de Lampron. Il était le second fds
d'Oschïn II, seigneur de Lampron et, par sa mère, le neveu de
Nersès Schnorhali. Apparenté au catholicos Grégoire VI et au
futur roi Léon II, il réunissait toutes les distinctions de la nais-
sance, du cœur et de l'esprit.
Il naquit en II53, étudia au couvent de Sguévra sous le doc-
teur Jean, puis reçut le sacerdoce des mains du catholicos, son
oncle. Celui-ci, à cette occasion, lui donna le nom de Nersès,
au lieu du nom de Sempad qu'il avait porté jusque-là. Il l'en-
voya ensuite compléter ses études dans un couvent de la Mon-
tagne Noire sous la direction du docteur Etienne Diratsou ou Le
Clerc. En peu de temps, le jeune prêtre acquit la connaissance
du grec, du latin et du syriaque. Ses qualités se révélèrent avec
tant d'éclat que Grégoire Dgha, le successeur de Nersès Schnor-
hali, le consacra évêque de Tarse, à l'âge de vingt-trois ans.
Peu de temps après, les moines de Sguévra le choisissaient pour
leur supérieur. C'était, en effet, au témoignage du connétable
Sempad, un prélat orné de toutes les perfections et également
admiré des Arméniens, des Grecs, des Syriens et des Latins,
pour sa science et sa vertu (1). Poète, comme son gracieux
homonyme, il composa les hymnes sur le Saint-Esprit que les
Arméniens chantent le jour de Pâques, le dimanche in Albis et
le jour de l'Ascension. Orateur surtout à la parole véhémente,
imagée et nourrie de doctrine, il sera, pour ainsi dire, Fàme du
concile de Tarse.
(1) Sempad (ad ann. 646 =: 31 janv. 111I7-30 janv. 11!>8).
Nersès composa à vingt-quatre ans. au monastère de Saglirou, son livre : Ré-
flexions sur les InsLitiUions de VÉylise et mystère de la Messe (Venise, 1817) en
extraits dans Hist. arm. des crois. (I, 569-578). L'année suivante, il composait un
Comment, sur les Ps. et explic. du livide de Salomon et des douze petits prophètes.
Ses Lettres et panégj-riques ont été publiés avec les Lettres Dogmatiques de
Grégoire Dgha (in-24, Venise, 1838). Dulaurier a publié, loco cit., p. 579-603, sa
fameuse lettre à Léon II que nous analj'serons plus loin. On lui attribue aussi la
traduction des Dialogues de saint Grégoire le Grand, celle de la Vie de ce pontife
et des Vies des Pères du Désert. Mais il est bien douteux que la traduct. armén.
du texte latin de la Règle de S. Benoît, et des lettres de Lucius III et de Clé-
ment III à Grégoire Dgha soit de Nersès.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l' ARMÉNIE. 19
Tel était, à la fin du douzième siècle, le plus brillant cham-
pion de l'union religieuse. Les circonstances voulurent qu'il
déployât d'abord son zèle et son éloquence pour sceller l'accord
depuis longtemps projeté des Arméniens avec les Grecs. Mais la
portée de ses paroles, dépassant de beaucoup la sphère étroite
d'une Église particulière, élèvera et dirigera naturellement
l'esprit de ses auditeurs vers l'Église catholique et son centre
de gravité, qui est la Chaire de Pierre.
§ 14. Concile de Tarse ; Discours de Nersès : unité néces-
saire, la formule chalcédoîiienne sur Vlncarnation est con-
ciliée avec le latigage des Arméniens les plus éminents. —
La mort de Manuel Comnèiie (1180) avait ralenti, sinon arrêté,
les négociations de Grégoire Abirad avec le haut clergé grec.
Elles furent reprises avec plus d'activité sous son troisième suc-
cesseur Isaac II Angeles (1185-1195), qui écrivit une lettre au
catholicos arménien (1). Bientôt, l'intelligente politique de
Léon II vint donner un nouveau stimulant à ces tentatives de
rapprochement. Alexis III Angeles (1195-1203), sachant que le
prince arménien sollicitait la couronne des mains du pape
Célestin III et de l'empereur Henri IV d'Allemagne, se hâta de
les prévenir. Il offrit à Léon une couronne avec un titre dont il
ne pouvait le frustrer (119G). Léon, de son côté, favorisa de tout
son pouvoir la convocation longtemps différée des évêques
grecs et arméniens au concile de Tarse. Avec l'historien armé-
nien contemporain déjà cité, nous pensons que ce concile s'ou-
vrit le dimanche des Rameaux de l'an 1196, et non l'an 1179,
comme on l'a cru communément.
Quoi qu'il en soit de sa date exacte, il marque l'un des der-
niers et des plus vigoureux efforts pour renouer les anciens
rapports de l'Église arménienne avec l'Église greque. Cet effort
est représenté surtout par le grand nom de Nersès de Lampron.
11 fut l'âme du concile, et, s'il se trompa, en cherchant un
remède au schisme dans une Église travaillée elle-même de
ce mal, il eut, du moins, le singulier mérite de montrer la
nécessité de l'unité dans l'Église fondée par le Christ et d'en
indiquer les conditions. — S'adressant particulièrement aux
(1) Ed. pr. A. Papadopulos Korameus, MaypoYopSâTsto? P(6^., 'Ave'xSoTa i\\t\\
Constant., 1884, p. 59-63.
20 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
évêques arméniens, dont plusieurs avaient assisté au synode
de Hromgla : « Pères et pasteurs des âmes dispersés dans toute
l'Arménie, leur dit-il, vous êtes arrivés avec le Christ versSion,
la cité de l'éternel salut; vous voilà à même de réédifier le tem-
ple spirituel qui fut fondé sur Pierre (1). » Il félicite en parti-
culier le catholicos Grégoire IV et le nouveau Zorobabel (Léon)
de s'être mis à l'œuvre; il fait appel à « la charité, fruit de l'Es-
prit-Saint » ; il flétrit les principes des partisans obstinés du
schisme; il en dénonce les funestes conséquences pour sa re-
ligion et sa patrie : « Loin de nous, dit-il, l'envie et les préjugés
qui engendrent l'aveuglement d'esprit et la discorde et nous
séparent de la communion avec les autres nations chré-
tiennes. »
Abordant ensuite les questions en litige, il montre « que re-
connaître Jésus-Christ comme Dieu et homme et confesser
qu'il existe en lui deux natures, ce sont deux formules équi-
valentes, également éloignées du monophysisme et du nesto-
rianisme ». « Quant à la fameuse locution : inie nature du Verbe
incarnée, ajoute-t-il, elle a été employée par les docteurs ar-
méniens, entre autres par le patriarche Jean le Philosophe (Jean
Odznetsi?), par Ezr (Ezdras), par Grégoire de Nareg, cet ange
revêtu d'un corps mortel, et par Nersès Schnorhali qui nous a
formé; mais, par ces termes, ils voulaient exprimer l'étroite
vuiion des deux natures en une seule hypostase, et non point
faire entendre que l'une de ces natures est anéantie ou confon-
due avec l'autre. » 11 maintient d'ailleurs la doctrine de Nersès
comme étant à l'abri de tout reprociie : avec cet éminent catho-
licos, il admet que les deux natures gardent après l'union leurs
différences et leurs propriétés; bref, comme les catholiques, il
défend l'union des natures, non la confusion des Eutychiens;
et la distinction de ces natures unies, non la séparation des
Nestoriens. Il justifie ainsi la foi des Grecs touchant l'Incarna-
(1) Ouor hymnetsa^^■ i wierah Bedrossi {np i^fiifhhifujL f> i/fibptàjj
^Iiuipnu^), Discours synocl. (Venise, 1812), p. 71... I>An%fiQii Considérations surla
Hiérarchie ecclésiastique, Nersès do Lampron déclare que l'Église de Rome, bien
que la troisième seulement dans l'ordre chronologique des fondations faites
l)ar saint Pierre, est la première quant à la puissance, zorouthiamp aradschin
q^opnLpbiuifp lun.ujÇfiii . voir Balg}', Le siè(/e de Pierre (en armén.), p. 241;
Bessarione, t. III, p. 148.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 21
tion et fait observer que les évêques arméniens réunis en synode
à Tovin, à Manazgherd, aussi bien que les docteurs Etienne
de Siounie, Ananias de Schirag et Paul de Daron ont eu tort
de ranger parmi les nestoriens ceux qui ont souscrit aux dé-
cisions dogmatiques de Chalcédoine. — 11 conclut enfin que
l'union est tellement nécessaire, que, s'il en était besoin, il fau-
drait, pour la réaliser, modifier les usages disciplinaires et
changer la date fixée pour la célébration des fêtes (1).
§ 15. Suite du concile de Tarse : conditions imposées par
les Grecs. — Les représentants de l'Église grecque admirèrent
ce sage libéralisme, mais l'imitèrent peu. Ils formulèrent à
nouveau les conditions d'union que Théorianos avait déjà pro-
posées à Nersès. Nous demandons, dirent-ils aux Arméniens,
1" que vous anathématisiez ceux qui ne reconnaissent en Jésus-
Christ qu'une seule nature : Eutychès, Dioscore, Timothée
Aelure et tous leurs partisans; 2° que vous reconnaissiez en
N.-S. une seule personne, à la fois Dieu et homme, ayant, par
conséquent, deux natures, deux sortes d'opérations, deux vo-
lontés, Tune humaine, l'autre divine, parfaitement concor-
dantes; 3" que vous retranchiez du Trisagion l'addition : « qui
as été crucifié pour nous ». Ils exigèrent de plus des Arméniens
l'acceptation des sept conciles reconnus par les Grecs; la célé-
bration des fêtes de N.-S., de la sainte Vierge, de saint Jean-
Baptiste et des Apôtres aux jours fixés dans l'Église catholique;
l'Annonciation, par exemple, à la date du 25 mars, la Nativité
au 25 décembre, la Circoncision au 1*"" janvier, TÉpiphanie au
G janvier. Ils exigeaient enfin que le saint chrême fût préparé
avec le fruit de l'olivier, non avec le sésame; que le pain em-
ployé pour le saint sacrifice fût fermenté et non azyme ; qu'on
mêlât quelques gouttes d'eau chaude au précieux sang, immé-
diatement après la consécration ; que tous les clercs et les fi-
dèles, sauf les pénitents qui en étaient exclus temporairement
par les saints canons, fussent astreints à rester dans l'église
pendant toute la durée du saint sacrifice. — Enfin, une dernière
clause, plus onéreuse pour les Arméniens que toutes les
(1) Orazione sinodale (éd. Aucher, armén. et ital., Venise, 1812), pp. 84, 88-94;
ot Venise, 1865; importants extraits dans Balgy, op. cit., p. 48 et siiiv.; Tclia-
mitch, II, 2-28.
22 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
autres réservait à l'empereur la nomination du catliolicos (1).
§ 16. Suite du concile de Tarse. Les Arméniens condam-
nent les monopliy sites, expliquent ou corrigent quelques
formules et usages suspects. — Des conditions précédentes
imposées par les Grecs, les unes étaient lég-itimes, les autres
mal fondées, ou, du moins, excessives. En tout cas, l'Église
grecque schismatique était mal venue d'exiger l'abolition de
certaines pratiques aussi anciennes et aussi vénérables que
les siennes. — Néanmoins, les Arméniens firent, presque sur
tous les points, les concessions qui semblaient raisonnables :
« Nous condamnons, dirent-ils, Eutychès et Sévère. » Quant à
Dioscore, ils déclarèrent ne point savoir qu'il eût été disciple
d'Eutychès; mais ils s'engagèrent à le condamner, dès qu'on
leur montrerait son accord avec cet hérésiarque. Ils expliquè-
rent ensuite qu'ils employaient la formule une nature du
Verbe Incarnée smYâni le sens admis par Athanase, les Gré-
goires, et surtout Cyrille d'Alexandrie. A leur suite, ils pro-
clamaient Jésus-Christ Dieu et homme et répudiaient énergi-
quement l'absorption de l'une de ces natures dans l'autre après
l'union, ou leur anéantissement. Comme les Grecs ne parais-
saient point entièrement satisfaits de cette explication, les
Arméniens ajoutèrent que, par amour de la paix, ils n'emploie-
raient plus désormais les termes ambigus de la nature une du
Verbe Incarné et les remplaceraient par ceux de deux natures,
deux volontés, deux opérations.
L'addition « qui as été crucifié pour nous », continuèrent-ils,
n'a point, dans notre bouche, un sens hérétique : nous ne nous
adressons, en effet, ni au Père ni au Saint-Esprit, ni au Fils en
tant qu'il est Dieu, mais au Verbe fait homme, au Christ souf-
frant. Et, ici encore, pour dissiper, conformément à votre
désir, toute équivoque, nous modifierons ainsi les paroles du
Trisagion : « Dieu saint, saint et fort, saint et immortel, qui
vous êtes incarné et avez été crucifié pour nous, ayez pitié de
(1) Concile de Tarse: Mansi, Collecl. Concil, t. XXII, p. 197-206: Héfélé, Concll.
gesch-il"" éd., Fribourg-en-Brisgau, 1863), p. 629-631; — cd. franc, (trad. Delarc,
Paris, 1872), t. VII, p. 498-199. — Galan., pars I, p . 326 et scqq. — A défaut des actes
du Concile, qui n'ont pas été conserves, on trouve aussi dans Balgy (appendix VI)
les conditions posées par les Grecs pour l'union ainsi que les réponses des Armé-
niens et leurs réclamations.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 23
nous ». — Tout en observant qu'ils ne se croyaient point tenus à
de telles concessions, ils consentirent, toujours par amour de la
paix, à célébrer la Nativité de N.-S., l'Annonciation et la Puri-
fication, aux jours demandés par les Grecs. C'étaient, d'ailleurs,
les seules fêtes dont la date ne coïncidait pas avec celle
adoptée par l'Église grecque. Ils promirent, avec plus de
bonne grâce encore, de préparer l'huile sainte avec des olives
et de mêler un peu d'eau pure avec le vin du sacrifice; mais
ils refusèrent de substituer au pain azyme le pain fermenté,
alléguant pour se justifier, l'usage suivi « par la chaire apos-
tolique de Pierre ».
Quant à la coutume des fidèles de rester hors des églises
pendant le saint sacrifice, les évêques arméniens la blâmèrent
comme les Grecs. Elle s'était introduite peu à peu, dirent-ils,
parce que les églises étaient trop petites et trop peu nombreuses
pour contenir le peuple et que, d'autre part, les églises grec-
ques lui restaient fermées.
§ 17. Suite du concile. Les Arméniens acceptent le concile
de Chalcédoine et, sous condition, les trois suivants; nomi-
nation et juridiction du catholicos. — Les Pères arméniens
réunis à Tarse ayant constaté que les décisions de Chalcédoine
étaient d'accord avec celles des trois conciles précédents, y
souscrivirent de bon gré. Ils se déclarèrent aussi prêts à recon-
naître les trois conciles suivants (V% VF et VIP), dès qu'on leur
en aurait montré les décrets, les définitions et l'harmonie avec
les trois premiers conciles œcuméniques.
Quand vint l'examen de la condition la plus importante
imposée par les Grecs, la nomination du catholicos par l'em-
pereur, les Arméniens ne la rejetèrent pas; ils considérèrent
même cette clause comme la meilleure garantie d'une récon-
ciliation durable. Mais, en retour, ils exigèrent des Grecs une
grave concession. Il faut, dirent-ils, que l'autorité du catholi-
cos arménien s'étende sur le siège d'Antioche et les églises de
son ressort; il deviendra ainsi l'intermédiaire autorisé entre
tous les Arméniens et l'empereur, et sera plus à même de ré-
concilier leur Église avec l'Église grecque.
I 18. Réformes disciplinaires exigées par les Arméniens ;
protestataires arméniens; exagérations des Grecs: ils rebu-
tent Nersès. — Outre le siège d'Antioche pour leur catholicos,
24 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
les Arméniens demandèrent aux Grecs la correction de plu-
sieurs usages disciplinaires, dont quelques-uns étaient, en effet,
abusifs. Ils voulaient que tout sujet grec coupable fût jugé
selon la rigueur des saints canons; que nul ne fût admis aux
Ordres sans un sérieux examen; que les honneurs de la clé-
ricature fussent interdits aux manchots et aux mutilés; que
tout sujet promu aux Ordres fût, s'il était convaincu de quelque
crime, déposé après un jugement public. — De plus, les évê-
ques Grecs devaient s'engager à ne plus laisser garder sous
terre les restes du saint sacrihce; à ne plus permettre aux
religieux et aux clercs de rompre le jeûne, en faisant usage de
vin et de poissons; à défendre aux prêtres de mêler de l'eau
chaude au précieux sang, après la consécration. Enfin, on de-
mandait aux Grecs de préparer la sainte hostie avec du pain
azyme, « suivant la vraie tradition » suivie par l'Église armé-
nienne et « la grande Église des Romains ».
On voit qu'à des exigences outrées les Arméniens répon-
daient par des demandes également excessives (1). Au reste,
l'unité de discipline n'était point nécessaire pour arriver à
l'union dans la foi et la charité. Les bases d'un accord présen-
tées par Nersès de Lampron dans un esprit extrêmement libéral
furent adoptées par l'assemblée des Pères. Néanmoins, une
certaine confusion, faite par les historiens entre le concile de
Tarse et le synode de Hromgla, laisse planer des doutes sur la
nature des conditions ratifiées de part et d'autre. Ce qui est
certain, c'est que l'accord, bien que signé par les principaux
représentants des deux Éghses, ne devint jamais effectif. Dans
les deux camps, les partisans de l'union se heurtèrent à des
résistances opiniâtres, acharnées. Du côté des Arméniens, les
opposants se recrutaient surtout parmi les moines de Zorogt,
d'Ani, de Sanahin, d'Aghpad(2); ces monastères, situés sur la
rive gauche de l'Araxe, étaient, nous l'avons dit, hors du cercle
d'influence des princes chrétiens; et, favorisés parles princes
infidèles intéressés à la désunion entre chrétiens, ils combat-
taient de parti pris tout projet de réconciliation. Ils étaient
restés sourds aux exhortations de Nersès Schnorhali, comme
(1) Balgy, appendix YI.
(2) Le monastère d'Aghpad était voisin de Sanaliin , près de la vallée des Sé-
vortieris (aujourd'hui rivière Bortchalo), sur les limites de la Géorgie.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 25
plus tard à celles de Nersès de Lampron. Ils avaient même
rompu avec le catholicos Grégoire Dgha et lui avaient opposé
un anticatholicos, Basile » d'Ani (1195-120G), fils de Grégoire,
né lui-même d'un frère de Basile V. Peu après surgissaient
deux autres anticatholicos, Anania Sebastatzi (1205-1209) et
David III Arkaghnétzi (1107-1210).
Tandis que ces esprits travaillaient à détruire l'accord bien
incomplet, si péniblement élaboré par les derniers synodes,
certains Grecs ne montraient pas moins d'étroitesse d'esprit.
Ils poussaient la prévention jusqu'à soumettre à un second
baptême les Arméniens qui passaient au rite grec. A de telles
animosités, Nersès de Lampron lui-même ne pouvait porter
remède, bien que son esprit fût enclin à juger avec la même
bienveillance toutes les divergences purement rituelles. L'an
1197, Léon II l'envoya avec trois princes arméniens à la cour
d'Alexis l'Ange, afin de conclure l'union religieuse tant de fois
projetée. Mais ses pourparlers avec les prélats grecs n'aboutirent
pas. Ceux-ci maintinrent les conditions posées à Tarse et
exigèrent que le catholicos arménien fût désormais sacré
par le patriarche grec de Constantinople. Nersès répondit en
réclamant quelques-unes des concessions déjà formulées par
les évoques arméniens, notamment la cession du siège d'An-
tioche au catholicos. Les Grecs refusèrent, et la conférence fut
rompue. Nersès, n'ayant pu atteindre au but si passionnément
poursuivi, jugea sévèrement ses interlocuteurs grecs : « Dans
les discussions que nous avons eues avec eux, raconte-t-il, ils
se sont montrés ignorants, grossiers, matériels, obstinés comme
des juifs, fermés à l'Esprit de vie et esclaves de la lettre. »
Est-il surprenant que, se voyant impuissant à rapprocher et
à vivifier Tune par l'autre les deux Églises, il ait tourné les
regards de ceux qui l'entouraient vers le tronc d'où ces deux
puissantes branches avaient été détachées, et qu'il ait invité à
nouveau ses antagonistes « à se conformer eux-mêmes à la
discipline du Siège apostolique de Pierre et à se' soumettre aux
lois delà grande Église romaine » (1) ?
(I) Cr. la dispute avoc les Grecs altribuco à Nersès de Lampron (Constantiiioijle,
1757); Léon Alishan, Léon le Magnifique, p. 159; Balgy, le S-iège de saint Pierre,
p. 241; voir aussi le livre des Conc. Armén., les Lettres de Nersès et Grégoire IV;
citations dans Azarian, op. laud.
26 ' REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
% 10. Union religieuse avec l'Église Romaine. Léon II, en
recevant la couronne, souscrit aux conditions du pape, avec
les évêques présents. — L'union vainement tentée avec Byzance
devait, en effet, pleinement aboutir avec Rome. Le pape qui,
sous le catholicat de Grégoire Manough, avait continué d'être
pour le peuple arménien un allié et un protecteur, allait être
reconnu avec tous ses droits et tous ses privilèges, sous le
patriarcat de Grégoire Abirad. Le couronnement de Léon II en
fournit naturellement l'occasion. Le baron d'Arménie, comme
on l'appelait alors, avait demandé à Célestin III de l'admettre
expressément dans le giron de l'Église catholique et de lui
octroyer la couronne royale (I). Le pape fut heureux d'obtem-
pérer à sa double requête, moyennant certaines conditions,
qui sont racontées avec quelques variantes par les anciens his-
toriens.
Avant la cérémonie, et sur le désir du pape, le délégué
apostolique exigea du catholicos Grégoire VI Abirad (1194-
1203) la réforme de quelques points disciplinaires. Il désirait
que le jeûne fût observé par les Arméniens, la veille de Pâques
et de Noël; que cette dernière fête fût célébrée le 25 décembre
comme dans l'Église latine; qu'il fût interdit aux fidèles de
sortir de l'église avant la fin du saint sacrifice; que le catholi-
cos fût tenu d'envoyer à Rome, à époque fixe, un légat pour
rendre en son nom hommage au pape. Enfin, au dire de Vin-
cent de Beauvais, le légat pontifical aurait, en outre, exigé que
l'étude de la langue latine fût introduite dans les écoles ar-
méniennes. Comment ces demandes furent-elles accueillies?
D'après un récit, dont un contemporain, Guiragos, s'est fait
l'écho, Léon II, s'aperce vant que les observations du légat
étaient écoutées très froidement de la majorité des évêques, se
serait tourné vers ceux-ci et leur aurait dit : « Ne vous inquiétez
pas de ses réclamations, je vais le satisfaire, pour le moment,
par une soumission apparente. » Et puis, s'adressant à l'ar-
chevêque latin, il aurait ajouté : « Nous nous conformerons sans
(I) Langlois a publié le premier une monnaie en argent représentant, d'un
côté le roi couronné, à genoux devant le Christ qui lui donne la croix; au revers,
deux lions adossés, ^vec une croix entre eux, avec la légende ordinaire : « Lévon,
roi d'Arménie, par la puissance de Dieu ». Num. de l'Arm. au Moyen Age, p. 38,
pi. I, n. 1. , '
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 27
restriction et sans délai aux ordres du grand empereur et du
souverain pontife. » Conrad a3"ant exif^'é que douze évêques scel-
lassent rengagement par un serment, Léon persuada à douze
prélats arméniens de prêter ce serment, et ils en jurèrent la
formule (1).
Telle est la version de Guiragos. Elle nous semble suspecte;
car il n'est guère vraisemblable que les évêques présents aient
souscrit par serment à des engagements que le roi, au vu et
au su des prélats assemblés, aurait eu l'intention de ne point
tenir. Bien que les règles disciplinaires proposées par le pape
ne fussent point des conditions indispensables pour l'union reli-
gieuse, nous croyons que la plupart des signataires les acceptè-
rent sincèrement. En retour de ces concessions, ils demandè-
rent seulement que nul concile ne fût célébré en Orient sans la
participation du catholicos arménien, et que le pouvoir d'ex-
communier les Arméniens fût réservé au pape.
§ 20. Léon II et Grégoire Abirad confirment par leurs
lettres leur foi en la suprématie réelle du pape sur V Église
universelle. — Au reste, peu après le couronnement, Léon II
et Grégoire VI Abirad adressèrent au nouveau pape Innocent III
plusieurs lettres, où ils confessaient nettement la primauté de
juridiction et la suprématie réelle du pontife romain (2). Dans sa
première lettre, Grégoire appelait Innocent III « le chef, après
le Christ, de l'Église catholique romaine, mère de toutes les
Églises » et « fondement de toute la chrétienté ». Je suis, ajou-
tait-il, « le fils de votre Église »; avec nos archevêques, nos
évêques, nos prêtres et tous nos clercs, je vous sais gré de nous
avoir rendu la couronne royale dont nous étions privés depuis
longtemps; et « bien volontiers nous avons écouté et voulons
observer les prescriptions (vestra pra;cepta) ei la loi (legem)
de la sublime Église romaine, mère de toutes les Églises ». Un
peu plus tard, le catholicos Grégoire Abirad renouvelait cet
hommage de soumission filiale envers celui qu'il nommait « le
(1) Guiragos (éd. Osgan, Moscou, 1858), p. 92; p. 78 de la traduction Brossot :
Bibl. des Crois.; Doc. Arm.; I, 423: Alishan, Vie de Léon, p. 1G5; Vincent de Beau-
vais, Spccul. hisl., xxxr, 29; Vartan, ch. 82: voir aussi Ilayton, IMicliel le Syri(Mi
et Samuel d'Ani.
(2) Rer/. Innoc. 111, lib. Il, ep. 217-2-20; dans .Migne, CCXIV, 775, etc., Baiuze.
AcUi Innoc. III, cxiv; Baronius, ann. 1197, n. 10; ann. 1198, n. 65-70 (éd. Thei-
ner}; Rer/., 1. V, ep. 15.
28 rf:vue de l'orient chrétien.
chef suprême de toute l'Église », « le successeur du Bienheureux
Pierre, prince des apôtres », « le pape universel assis sur le
siège suprême de la Ville romaine » : Parce que vous êtes le
père de la chrétienté, répétait-il, nous avons tous reçu avec
amour votre prescription (mandatum). En témoignage de notre
gratitude, <^ tant que nous conserverons notre charge de catho-
licos, nous maintiendrons sous votre autorité le roi, les barons
et tous ses fidèles ». Une autre fois, après avoir assuré Inno-
cent III de sa prompte obéissance aux décisions du S. Siège,
il priait le pape de lui envoyer l'anneau, la mitre et le pallium
en signe de son affection pour le siège de Pierre et de l'autoriser,
en même temps, à faire bénéficier des avantages spirituels
accordés aux croisés les soldats de Léon en lutte avec les infi-
dèles.
Le 23 mai de l'an 1199, le roi Léon II témoignait la même
gratitude et .le même dévouement à l'égard d'Innocent JII,
auquel il donnait le titre de pape universel. Il affirmait « son
désir de ramener à l'union avec la sainte Église Romaine tous
les Arméniens, quelque dispersés qu'ils fussent » ; et il implorait
le secours du pontife pour l'aider dans cette tâche et le soutenir
contre les ennemis du nom chrétien.
^ 21. Le pape envoie le pallium au catholicos, un éten-
dard de S. Pierre au roi. Celui-ci ne pourra être excommunié
que par le pontife romain. — Ces hommages qui nous sem-
blent sincères affermirent encore les bonnes dispositions du
pape envers Grégoire Abirad et Léon IL Au premier il témoi-
gnait sa vive satisfaction de lui entendre dire que le pape était
le chef de tous les fidèles et que le catholicos avec les évèques
étaient les fils de cette Église romaine, mère de toutes les
Églises. Il loua son humilité, la pureté de sa foi, le proclama
un organe important (magnum membrum) de l'Église de Dieu;
et par l'intermédiaire de ses deux nonces les cardinaux Sof-
fred (Geoffroy) du titre de Sainte-Praxède, et Pierre du titre de
Saint-Marcel, il envoya au catholicos le pallium, cet insigne,
disait-il, de la plénitude du pouvoir épiscopal.
Innocent III, dans une lettre datée du 24 novembre, félicita
également le roi de reconnaître chez le pontife romain cette
« primauté de juridiction que Dieu avait fait passer de Pierre à
ses successeurs » ; il lui annonça qu'à la voix du père de la
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE UE l'aRMÉNIE. 29
chrétienté de nombreux soldats avaient pris la croix et allaient
lui prêter main forte contre les Sarrasins. Peu de temps après,
un officier du roi, Robert de Margat, envoyé en ambassade au
pape, l'assurait de nouveau que son maître s'était fidèlement
conformé aux prescriptions du Siège apostolique, et qu'il for-
mait le projet d'arracher la Terre Sainte aux Sarrasins (1).
Aussitôt, le pape chargea Robert de Margat de remettre un éten-
dard de saint Pierre au prince arménien (2). Ce fut pour celui-
ci une nouvelle occasion de protester de « son immuable atta-
chement au Saint-Siège, dont il désirait ne jamais se départir ».
A preuve de sa sincérité, il rappela que, dans toutes les affaires
importantes, il avait recours au pontife romain. Aussi, chaque
fois qu'il marchera contre les ennemis de la Croix, il veut que
l'étendard de saint Pierre soit porté devant lui, en témoignage
de son respect et de son affection pour la chaire apostolique.
Cependant, à travers toutes ces protestations réitérées d'obéis-
sance, le fin politique poursuivait son but, qui était de se rendre
indépendant, au point de vue politique et religieux, dé ses plus
proches voisins. Les liens qui l'unissent à la chaire de Pierre,
ajoute-t-il, sont si étroits qu'il ne veut ni ne doit être placé
sous la juridiction d'aucune église latine particulière. En con-
séquence, il supplie le pape de le soustraire à l'autorité de tout
autre pontife, en sorte que nul, hormis le chef de l'Église uni-
verselle, n'ait le pouvoir de lancer l'excommunication, soit sur
lui, soit sur le^ Latins de son royaume. Cette requête de Léon,
présentée par son ambassadeur le chevalier teutonique Garner,
qu'il appelle son cher et fidèle soldat, fut agréée du pape; par
l'ordre d'Innocent III, tout pouvoir d'excommunier le roi d'Ar-
ménie ou quelqu'un de ses sujets fut réservé au pape seul ou
au nonce du pape (I20I).
A moins de vouloir taxer de pure hypocrisie la ligne de con-
duite suivie par le roi à l'égard du pape, il faut en conclure
que sa profession de foi catholique fut sincère. Si la reconnais-
(1) Reg., ep. 1., II, ep. 252-255, 259; Migne, pp. 775-819.
(2) La bannière de saint Pierre était un drapeau, sur lequel étaient représen-
tées deux clefs surmontées de l'image de saint Pierre ou d'une croix. — La for-
teresse de Margat (aujourd'hui Markab) est sur les côtes de la Syi-ie, à mi-che-
rnin entre Antioche et Tripoli. Après qu'elle eut été cédée aux Hospitaliers (le
1" février), Robert de Margat s'était mis au service de Léon (Rej-, ouv. cité,
p. 32).
30 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
sance publique et réitérée de la suprématie réelle du pape sur
l'Église universelle n'empêcha pas certains lieurts entre le
prince arménien et le pontife romain, il est juste d'observer que
ces conflits, dont nous parlerons plus loin, eurent pour causes,
non point quelque difl'érend d'ordre doctrinal ou même disci-
plinaire, mais seulement des querelles politiques entre le roi
d'Arménie d'une part, le prince d'Antioche et les Templiers
de l'autre; querelles c^ue, par la force des choses, les légats
du pape furent amenés à juger, et pas toujours dans un sens
agréable à Léon.
§ 22. Mo7H de Nersès de Lampron. Ses dernières luttes
pour runion contre les dissidents. Sa défense présentée au roi
prévenu coidre lui. — L'illustre Nersès de Lampron avait vu
poindre le conflit entre le roi et le chef de l'Église. Il n'en con-
nut pas ici-bas la période aiguë. Il venait de mourir le 14 juillet
111)8, à l'âge de quarante-huit ans. Il avait disparu au moment
où la cause de l'union religieuse pouvait le plus espérer de
sa vertu, du prestige de son nom et de son éloquence (1). Il est
vrai que, s'il avait gagné la sympathie et l'admiration des La-
tins, de beaucoup de Grecs et de la plupart des Arméniens, il
avait aussi rencontré dans les rangs de ces derniers un parti
absolument rebelle à ses principes de conciliation. La lutte de
l'éloquent et saint évêque contre ces fougueux séparatistes est
trop honorable pour lui; elle jette un trop vif jour sur l'état
politico-religieux de l'Arménie, pour ne point fixer un moment
notre attention. Le plus souvent, nous laisserons parler celui qui
en fut le héros, soit qu'il se justifie auprès de Léon II, indisposé
contre lui par les accusations de ses adversaires, soit qu'il
accable ces derniers et atteigne le roi lui-même des traits de sa
parole tour à tour familière, ironique, véhémente et indignée.
Léon II estimait sans doute et admirait Nersès. Informé de
l'approche de Frédéric Barberousse, il avait désigné l'évêque
de Tarse pour aller, avec Grégoire Dgha, au-devant de l'empe-
reur. Nersès avait d'abord été arrêté au delà de Marasch par
les Turkomans et avait vu massacrer une vingtaine de moines
(1) + 647 = 31 janvier 1198 à 30 janvier 1199. Le ménologe arménien ct'lèbre
sa fête au 9 août et au 17 juillet. — Vies des saints Arméniens, t. V. p. 344 et
suiv. La lettre de Nersès à Léon, que nous résumons plus loin, a été publiée à
Venise, 1865; elle est clans Dulaurier, t. 1 des Duc. Armén., pp. 579-603.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 31 '
et de laïques qui raccompagnaient. Un peu plus tard, au mo-
ment où il se mettait en route avec le roi, on avait appris la
mort du prince allemand. Les années suivantes, Nersès semble
avoir été, tantôt approuvé, tantôt désapprouvé par le roi. Après
l'élévation de Grégoire Manougli aucatholicat, il fut écarté de son
siège de Tarse; puis il rentra en faveur auprès de Léon et
prit part à la déposition du patriarche, dont il regardait l'é-
lection comme irrégulière et funeste à son Église. Néanmoins
sa bienveillance envers les Grecs et surtout les Latins, la faveur
dont il jouissait auprès d'Amaury de Lusignan, roi de Chypre,
et de Henri de Champagne, roi de Jérusalem, son zèle à ré-
former quelques points de la foi et même de la liturgie armé-
nienne avaient excité contre lui de violentes hostilités. Les prin-
cipaux opposants étaient surtout groupés sur la gauche du
moyen Araxe, autour d'Ani. L'ancien évêque d'Ani avait, pen-
sons-nous, comme les évêques de Tovin, d'Édesse, de Kars, etc.,
signé les décrets du concile de Tarse. Mais les réfractaires
avaient opposé au catholicos qui siégeait à Sis Tanticatholicos
Basile et l'avaient intronisé à Ani. Autour de lui s'étaient
rangés des auxiliaires aussi entêtés que remuants. C'étaient
Grégoire Doudêorti, du couvent de Sanahin et plus tard de
Haghpad, Jean de Sanahin, David de Kopaïr (dans le Daschir),
les vartabeds Ignace, VartanetMékhitar de Khoraguerd; enfin
les religieux de Tzoroked, voisins d'Ani et placés sous la juri-
diction de l'archevêque de cette ville. Ces hommes, retenus
sous l'étroite dépendance de princes infidèles, loin du cercle
d'influence des puissances chrétiennes, pouvaient moins faci-
lement que Nersès connaître et surtout approuver les raisons
et la nécessité d'une union religieuse. N'écoutant que leurs
préjugés, ils écrivirent à Nersès trois lettres, où il était violem-
ment attaqué; ils dénoncèrent, en outre, à Léon II l'évêque de
Tarse comme un dangereux novateur. Le roi craignit de s'a-
liéner un parti influent, en ne tenant pas compte de ces griefs.
D'ailleurs, il était trop enclin à subordonner les choses reli-
gieuses à ses vues politiques pour applaudir au zèle brûlant du
grand évêque. Il lui dit nettement que son ardeur excessive à
poursuivre, coûte que coûte, l'union des Églises était le seul
mais grave obstacle qui avait écarté de sa tête la dignité de
patriarche. Il lui manifesta plusieurs fois son mécontentement
32 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
de le voir faire céder les barrières d'un nationalisme étroit,
exclusif, devant les intérêts supérieurs de l'unité religieuse. Un
jour, Nersès célébrant devant des Grecs le service divin voulut
lire l'évangile en leur langue; le roi qui était présent le lui
interdit.
Léon II était donc un peu prévenu contre l'évêque de Tarse,
quand lui parvinrent de nouvelles et plus violentes accusations
de la part des moines de l'Arménie orientale. Aussitôt, il en-
joignit au frère de Nersès, Héthoum, seigneur de Lampron,
d'aller le trouver et de lui interdire, sous peine de déposition,
toute réforme disciplinaire dans l'Église arménienne.
Mais le saint évêque, qui avait puisé dans la prière et l'étude
les principes inspirateurs de sa conduite, était inaccessible à la
peur aussi bien qu'à l'ambition. Il adressa au roi, qui était son
parent, une réplique à la fois ferme et respectueuse. Cet écrit,
composé vraisemblablement vers le printemps de 1198, fut le
testament religieux du grand évêque.
§ 23. Hauteur de vues, caractère de V apologie de Nersès;
tout mérite, où qu'Use trouve, provoque sa sympathie ; paral-
lèle entre sa tenue ecclésiastique, sa conduite et celles de ses
détracteurs. Ce qui importe, c'est l'unité dans les dogmes,
non dans la discipline; autorités en faveur de Nersès; il
rétorque les objections du roi: — La marque caractéristique
de sa lettre est une largeur et une élévation de vues qui con-
trastent avec l'étroitesse d'idées de ses adversaires. Il n'est pas
choqué de voir les prêtres occidentaux se raser la barbe. Il
apprécie les hauts motifs qui leur ont fait imposer le célibat,
grâce auquel ils peuvent se dévouer corps et âme aux fonctions
sacerdotales. Ce n'est pas, certes, que les Francs soient à ses
yeux sans défauts. Mais, ajoute-t-il, ce qu'on imite d'eux, c'est
leur manque de retenue, non leur foi active, non leur générosité
et leur zèle à élever des églises, à fonder des paroisses dans
tous les lieux où l'on peut réunir des fidèles. Eux seuls, pour-
suit-il, ont érigé un évêché et une église à Marasch et à Kessoun,
bien que les Arméniens y fussent établis longtemps avant eux;
ces mêmes hommes, à mesure qu'ils se sont installés autour de
ces deux villes, ont élevé des églises dans tous les bourgs qui
en dépendent. Peut-être Nersès pousse-t-il un peu trop loin le
contraste au détriment des Arméniens, quand il représente
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 3o
leurs évêques retirés dans des monastères, et ne s'occupant que
d'ordinations, tandis que Sis est sans évêque et sans évèché,
Anazarbe dépourvu de zélés pasteurs, et qu'Édesse, Samosate,
bref toute la Mésopotamie manque d'églises et de prêtres dé-
voués.
Il s'excuse ensuite de prendre à partie ceux qui prétendent le
juger. Excommunié par eux, il ne les excommunie pas. Cepen-
dant, il a été blessé au vif de leurs violentes injures, de leurs
graves accusations. Déjà, sur les plaintes du roi, il avait fait
parvenir à celui-ci une première défense; mais Léon semble
n'en avoir guère tenu compte; et il paraît toujours ému par les
mêmes allégations. Aussi, le ton du prélat indigné monte par
degrés et il s'anime jusqu'à éclater. Il adjure Léon II de com-
parer sa vie et ses actes à ceux de ses adversaires. S'il trace un
tel parallèle, ce n'est pas, sans doute, pour avoir la triste et
stérile satisfaction de décrier des rivaux, mais pour justifier sa
doctrine; cette doctrine qu'il ne veut pas laisser avilir et pour
laquelle il est prêt à mourir comme saint Jean-Baptiste, décapité
par Hérode; comme saint Houssig, assommé par le roi Diran;
comme saintNersès I", empoisonné par le roi Bab. Vient ensuite
le tableau de sa vie sacerdotale : 11 offre tous les jours et publi-
quement le Cbrist en sacrifice à son Père. Pendant la céré-
monie, il se tient tète nue, revêtu des habits sacerdotaux, con-
formément aux prescriptions de saint Paul et des saints Pères.
L'évêque d'Aghpad, au contraire, célèbre la messe, revêtu de
la pelisse, la tête couverte du capuchon long de deux empans.
Ses adhérents offrent le saint Sacrifice, vêtus de la saccoula
grégorienne et d'un manteau noir ou violet (philon), séparés des
fidèles par un rideau, n'observant pas plus les anciennes règles
de la liturgie que les lois de la hiérarchie.
Mais on ne lui reproche pas seulement d'avoir changé, pour
la célébration de la messe, le vêtement des anciens. On lui fait,
de plus, un crime d'être en communion avec tous les chrétiens.
Loin de s'en excuser, il s'en glorifie. Peu lui importe, dit-il, les
divergencespurementdisciplinaires, les usages et les observances
diverses qui ne sont pas d'institution divine. Ce qu'il cherche
chez les Égyptiens, les Syriens, les Grecs et les Latins, c'est
l'accord dans l'unité de foi. Il maintient contre ses détracteurs
que sa ligne de conduite est bien conforme à celle des plus illus-
ORIENT CIIHÉTIEN. Q
34 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
très catholicos de T Arménie ; et il se réclame de la profession de
foi, des exemples et des institutions de Grégoire Vgaïacer et de
son neveu Grégoire, que le premier, en quittant l'Egypte (1076),
avait établi, sous le titre d'Aradchnort, directeur spirituel de
ses compatriotes. C'est d'eux qu'il emprunte l'ordre et la forme
de la liturgie et les règles essentielles qui conviennent aux
religieux : consécration à Dieu, pratique de la pauvreté et de la
vie commune; à leur exemple, il veut que les prêtres séculiers
soient soumis à une direction vigilante, à des examens et des
confessions fréquentes, et s'occupent avec zèle à décorer les
églises et à célébrer solennellement les fêtes. Sans doute, ces
règles austères ne peuvent trouver grâce devant Basile d'Ani
et ce « ventru de Doudêorti qui aiment à faire bombance, en
compagnie de séculiers ou même de chanteuses » ; le dernier
néglige de remplir les fonctions sacrées, ne forme aucun dis-
ciple, se révolte contre son supérieur ; et si grande est son indif-
férence religieuse, qu'il traite plus volontiers avec les Turcs
qu'avec des chrétiens de rite différent.
A ces adversaires qui sont, d'après lui, aussi bavards qu'i-
gnorants, Nersès oppose l'autorité des graves personnages qui
approuvent sa conduite, en Cilicie, dans la Montagne Noire,
dans le Vasbouragan et, en particulier, au couvent de Varak.
Les évêques et les prêtres de Daron, d'Éghéghiatz, son maître
Etienne Diratsou sont ses défenseurs; le catholicos Grégoire
Abirad, comme jadis Grégoire Dgha, pense comme lui. Il
compte, enfin, de nombreux partisans de ses idées jusque dans
l'Artsakh et l'Albanie, au nord-est de la Grande Arménie; et il
s'attend même à voir bientôt son fidèle disciple, Joseph, devenir
catholicos des Aghouans.
Pour tous ces motifs, le roi, poursuit-il, doit s'attacher à con-
sidérer, au milieu des divergences disciplinaires, l'unité dans
les dogmes et reconnaître, comme le proclame l'une de leurs
hymnes, que l'Église arménienne a été bâtie sur le fondement
posé à Rome. Et puis, Léon II, par son exemple, ne l'auto-
rise-t-il pas à garder quelques usages latins, qui d'ailleurs n'in-
téressent pas la foi? Que le roi, en effet, abandonne, le premier,
lui dit-il, les coutumes féodales empruntées aux Franks : « Ne
tenez point la tête nue, à l'instar des princes et des rois franks;
mais coiffez plutôt le charpouche (turban) de vos aïeux; laissez,
HISTOIRE POLITIQUE ET RELKUEUSE DE l'aRMÉNIE. 30
comme eux, croître les cheveux et la barbe; revêtez le large
et épais toura (manteau en poils de chèvres) et non le pilon
(manteau de pourpre) et les habits serrés autour du corps.
Montez des coursiers couverts du caparaçon (djouschan) et
non des chevaux couverts de la housse franque (lehl). Prenez
les titres d'émir, de hadjeb (gouverneur de ville ou chambel-
lan), de marzban (gouverneur des provinces frontières), de
Espalassar (commandant), et non pas les titres usités chez les
Latins : Sire, Proximus (assesseur^, lieutenant, intendant), con-
nétable, maréchal, chevalier. — Rétablissez l'ancienne éti-
quette des Perses et des Arméniens, et nous célébrerons la
messe, comme les gens de Tzoroked, avec la saccoula, le ve-
larium (capuchon noir de forme conique placé sur la saccoula) ,
nous revêtirons la pelisse grossière au lieu de la longue tunique
de lin prescrite à Aaron par le Seigneur. A l'imitation de ces
moines et de leur ami Basile, nous boirons dans des coupes
ornées de petites sonnettes et nous nous plairons à banqueter
au milieu des Turks. Mais, puisque Votre Majesté ne veut pas
abandonner ces habitudes raffinées des Franks, pourquoi re-
jetterions-nous les règles admirables que nous leur avons em-
pruntées, pour la gloire de la sainte Église? Tel l'usage de
chanter sept fois le jour, à l'église, le divin office; tel encore,
l'usage de distribuer, le mercredi et le vendredi, du pain et
des fèves à des centaines de pauvres. — Quant aux pratiques
disciplinaires qu'il accepte, comme la séparation de la Nativité
et de l'Epiphanie de N.-S. et la licéité des troisièmes noces,
il est prêt à en montrer l'accord avec les livres arméniens.
Léon II fut persuadé, semble-t-il, par ces raisons; et il im-
posa silence aux détracteurs de Nersès. Mais les opposants
ne furent désarmés ni par l'ordre du roi, ni par la mort de
l'évêque de Tarse. Ils continuèrent une agitation qui, en relâ-
chant les liens des diverses parties de l'Arménie, soit entre
elles, soit surtout avec le centre indestructible de la catholi-
cité, contribueront puissamment à entraîner la. ruine du petit
royaume.
§ 24. Le catholicos Jean le Magniftr/ue, son caractère; son
opposition contre Léon II, (jui fait mettre à sa place David;
autre anticatholicos à Sébaste; Jean fortifie Hromgla et finit
par se réconcilier avec le roi. — Cinq ans après Nersès de
3G REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Lampron, mourut le vieux patriarche Grégoire Abirad. Avec
lui s'éteignit la familledes Pahlavounis (4 mars 1203). Sur l'avis
du roi, la dignité de catholicos fut conférée à l'archevêque de
Sis, Jean VII. Ce personnage présente un singulier mélange de
grandeur mondaine, de faste, d'humeur belliqueuse, avec des
aspirations élevées, un sens droit, religieux et même catholique;
assez semblable, au demeurant, à certains évêques, à ces
batailleurs du moyen âge que leur allure de grand seigneur,
d'homme de guerre ou d'homme de cour n'empêchait pas, le
cas échéant, de se prononcer énergiquement pour l'union re-
ligieuse contre toute sorte de schisme. Les Arméniens, accou-
tumés à caractériser par un surnom la qualité ou le défaut do-
minant de leurs catholicos, appelèrent celui-ci Medzabaro, le
Magnifique. Il était de la famille des seigneurs de Lampron,
et cousin de Nersès et de Héthoum-Élie, auquel, nous l'avons
vu, le roi avait déloyalement enlevé sa principauté. Comme
tous les princes de sa famille, Jean était un linguiste et un
lettré. Actif, entreprenant, il tenait par ses talents le premier
rang après Nersès. Son savoir l'avait fait désigner par Léon
comme chancelier du royaume et juge des différends entre les
Occidentaux établis à Sis. Le roi, si habile à s'entourer d'utiles
auxiliaires, s'était jadis servi de lui pour enlever Grégoire le
Qaravêj de Ilromgla et le remettre entre ses mains.
Cependant, l'accord entre Léon et Jean devenu catholicos ne
se maintint pas longtemps. Nous l'avons dit: Jean Medzaparo
avait l'allure d'un prince séculier plus encore que d'un prince
ecclésiastique. Fastueux, libéral jusqu'à la prodigalité, tenant
une table qui pouvait rivaliser avec celle du roi, il ne craignait
pas, non plus, quand ses intérêts ou sa conscience l'exigeaient,
d'entrer en conflit avec l'autorité royale. L'an 1207, on ne sait
pour quels motifs, Léon fit saisir et tenir en prison pendant un
an le sébaste Henri, seigneur des châteaux de Camardias et
de Nor-pert (dans la vallée de Séleucie), avec ses trois fils
Constance, Josselin et Baudoin. Or, le sébaste Henri était le
beau-frère du catholicos. Celui-ci intercéda pour ses parents;
puis se voyant rebuté, il se détourna du roi et laissa paraître,
en maintes circonstances, son vif ressentiment. Léon irrité
outrepassa les limites de son pouvoir. « Il déposa le catholicos,
avec le consentement des prélats et des barons de la Cilicie »,
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIflIEUSE DE l'auMÉME. 37
et fit élire à sa place David, archevêque de JMissis et abbé
d'Arkagahni, le prélat qui tenait le premier rang, après le
catholicos Grégoire, au sacre de Léon. David établit s-a rési-
dence à Sis (1207-1210).
Tous les Arméniens, néanmoins, n'acceptèrent point comme
légitime le nouveau catholicos. La division, ce mal endémique
de l'Arménie, en fut accrue. Déjà, après Basile d'Ani, Ananie,
évêque de Sébaste, s'était déclaré indépendant. S'appuyant sur
la protection du sultan et s'autorisant d'une prétendue parenté
avec Pierre Kedatardz, il érigea son siège épiscopal en un
patriarcat, qui devait subsister quatre ans. — Quanta Jean VII,
il se retira à Hromgla; et, toujours défiant à l'égard de Léon,
il acheva de faire de cette forteresse une place formidable.
Malheureusement, pour subvenir aux frais de ces fortifications,
il dépouilla l'église de ses objets les plus précieux, or, perles
et diamants; et, au scandale des contemporains, comme en
témoigne le connétable Sempad, il fit disparaître jusqu'aux plus
magnifiques souvenirs laissés par les catholicos Pahlavounis,
notamment le reliquaire en or et argent, monté de pierres pré-
cieuses, légué par Nersès Schnorhali, etc. — Comme s'il n'était
pas encore suffisamment protégé par les épaisses murailles de
Hromgla, il excita contre le roi le sultan d'ikonium, Keï-
Khosrow, qui, à son instigation, s'empara du fort de Pertous
(1208). — Pourtant, deux ans plus tard, le catholicos David étant
mort, Héthoum-Élie, abbé de Trazargh, parvint à réconcilier
Léon avec Jean VII et à faire rendre à celui-ci son ancienne
dignité (1209-1210).
§ 25. Hommages de Jean le Magm'fit/ue à la primauté
du pape; il reçoit le pallium; visite ad limina; présence
aux conciles cis-marins. — Il est assez piquant de constater
que l'accord de Jean VII avec le pape Innocent III (1198-1216)
et son successeur Honorius III (1196-1227) fut, en dépit de
quelques malentendus, plus intime et plus constant. Dès le
mois d'octobre 1201, étant archevêque de Sis et chancelier du
roi, il écrivait à Innocent III qu'il « reconnaissait la primauté
et le magistère du Siège apostolique » ; il s'engageait à pousser
de tous ses efforts le roi, les barons et le peuple d'Arménie à
l'union avec TÉglise romaine. Enfin, il sollicitait instamment
deux faveurs, en témoignage de l'affection qui l'unissait au
38 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Saint-Siège apostolique. C'était de lui accorder l'anneau, la
mitre et le pallium, avec l'autorisation de confirmer, en faveur
(le soldats de Léon, les indulgences concédées par le pape à
tous ceux qui passaient la mer pour aller combattre les musul-
mans. Innocent III félicita le catholicos de « son ferme atta-
chement au magistère et à la primauté du Siège apostolique »,
« de la pureté de ses croyances » et de « sa résolution de ramener
à la foi catholique tous les Arméniens ». Il lui annonça, en
même temps, que ses deux nonces, les cardinaux Geoffroy, du
titre de Sainte-Praxède, et Pierre, du titre de Saint-Marcel,
lui porteraient le pallium, « cet insigne de la plénitude de la
charge pontificale (1) ».
La remise tlu pallium au catholicos Jean eut lieu en 1205.
La cérémoni'e fut précédée de longues délibérations entre les
nonces apostoliques et les évêques arméniens, pour amener le
plein accord de l'Église arménienne avec l'Église romaine.
Grâce aux efforts du roi et du catholicos, les Arméniens ac-
ceptèrent enfin tous les points essentiels qui leur étaient
proposés. En leur nom, le catholicos, comme on le voit par la
lettre de Léon et celle de Jean VII au pape, prêta le serment
« d'obéissance à la sainte Église romaine, en présence du car-
dinal Pierre ». Puis, ayant reçu le pallium des mains du nonce,
il promit de visiter tous les cinq ans, en personne, ou par dé-
légués, le centre de l'Église romaine, comme étant la mère
et la maîtresse de toutes les Églises. Jean VII promit aussi d'as-
sister, ou en personne, ou par ses délégués, aux conciles qui
se tiendraient en deçà de la mer; et l'on convint de part et
d'autre que ces conciles n'auraient point lieu , sans que le
catholicos fût invité à y prendre part, en personne ou par ses
envoyés.
{A suivre.)
Fr. TOURNEBIZE.
(1) Rer/., 1. V. 47 et 48; VIII, 119, liO. Raynaldi, ann. 1205, n. 30-40. aligne,
t. CCXVI, p. 692; Baluze, Gesla Innoc, cxvii; Balgy, p. 64-65. Il est regrettable que
le livre de Ter-Mikélian, bien documenté au point de vue exclusivement gré-
gorien, le soit si peu, à un point de vue plus large. Il ignore les nombreuses
lettres écrites au pape par les rois et les catholicos arméniens; cf. Die Arme-
nische Kirche..., p. 115 et 116.
VIES ET RÉCITS D'ANACHORÈTES
(IV^-VIP SIÈCLES)
I. — ANALYSE DU MS. GREC DE PARIS 1596
PAR
F NAU
II. — TEXTES GRECS INEDITS
EXTRAITS DU IIÉIIE MS. ET PUBLIÉS
PAR
Léon CLUGNET
{Suite) (1)
Le scholaslique d'Ascalon,
dont les œuvres de charité sont miraculeusement encouragées par Dieu.
1 . — * <ï>t>.oy picToç Tiç cyo'ko'.aTiy.hq yayovsv iv A'j/.a'Xcovt l'y wv * p. 370
^è Yjv aÙTOu r. cu^y^TrocGeia, ojcxe tov olx,ov aÙToO ^£vor^oy_£Tov x.aTa-
(j/teuaGoci, )tal Ù7ve^£)(_£T0 xxvTaç, £^aip£TOj^ ^à Toù^ [7/jvay_o'Jç. ï'/^wv
5 c)è x,Tri(7i.v 'KoXk'/iv, TaoTviv ^izanci^i zlq t'/iv (pi,'Xa()£7v^iav àv7i'Xi.<7'/£, /,ai
où p,rJV0V ToTç £7ri071[XOU(7lV £VT0TT101Ç TTjV fiÙaTClayy Viav £7Tr£0£flx.VUTO,
àXXà xal Tolç £tcI Ç£VOt.? [7/jva<7T-/ipiotç 7C£7rovri[/,£votç.
2, — 'Ev olq ï'vxiyv^ aùrov Trorè tw y.aipoî £V w £[J.£'X'X£ toI^ i-\
^iv'r\q TC£[j.iV£i,v 'XsiipÔviva!. x.y.xa'XÉTTTtov, xal io P^^ (~) ^'^"^ to-jtw ïva
10 po sjxtto^igG-^ Tviç 0 ia^O'7£tO(; . xal Iv to) /.aOé^^ecBa'. aùrov £v tw o'txw
(j'jvvouv, àvÉpyexai ô p£(JTiy.pcoç T-Eyo^v 7rp£'jé'ÙTViv Tivà ()£7;£iv aÙTOv
(1) Voy. vol. VII, 1902, p. GOl et vol. YIII, 1903, p. 91.
(2) Sans doute èôuacpopeu
40 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
C'jvTuyEÎv, x.y.1 èx£Tp8(];£v àvsT^Oeîv aÙTo'v. '/iv 8ï UporpeTC'/i; rw sï^ei.
•/.ai cîiç £/.à6i(7£v 7;£y£i 7:poç aOrov « ti 'X'j7:7i«7ai, xûpi G^rAacxi/.s ; »
6 Se (pTiGf (C dix Ta; «[xapriaç jaou ». oÛTcoç yàp si/^sv à'Ooç ").al£lv.
./.al T^zT-iv £X. ^£UT£pou 7.£y£i aÙTÛ* « val, val, yXkx alV/iv X'jxyjV
£y__£i(; ». à 8e tzvXw tov aùrov àTTExpiO'/i VJyov. -/.al 'X£y£i aÙTw to 5
TpiTOV « x,al T;^-/] eI-ov (701 OTt oXkri'i £)(_£i.ç 7.'JTCYiv t( O'Jv [;-£pt[xvaç
/.al GTuyvz'C^'? j Q'^"''- oi(^a<; oti ô Osdç Ittiv ô [X£pt.[;.vcov /.al (ppovTi{^iov
TixT'/iç TTvovi'ç; » /.al £|£V£y/.aç £x, Tou /.o7>7vou aÙTOu àivo/.oy-êiov <^£'-
^(o/.£v aÙTco }iycov « tàoù £y£i; Tpiax,o<7iwv vo{X[G{ji,aTcov /.aTxXexTa,
xoiviTov O'Jv Tr,v xarà Guv/îO£iav Sia/.oviav ». ei^jeIÔwv oè ô cj^^o'XaGTt/.oç lo
£0-/;/.£ TO à7:o/.o[xét,ov £iç TO àp[;.àpiov, xal è^eT^Gwv où^Éva sOpe, /.al
vîp^aTO àyava/.T£Îv /.aTa twv sv tû oi/.w Tcapaytop'/jçàvTcov xaT£>.6£'.v
TOV 77p£G&JT71V TTplv '/) TCOl'/l'(j£l EUJÇ^rlv. ol §£ ^l£ê£é'atOllVTO [/.eQ' Op/.WV
j7//l^£va £(opa/.éva!, to C'jvoVjv. /.al /.a'XETaç tov ocTiapiov rîpçaTo
/.à/.cîvov È-iTï^./iTTciv (î)ç TraoaywprjCavTa àx£7.0£Îv tov ayiov. ôixoitoç 15
o£ /.al oÛTOc Ta aÙTa toîç xpÔTOiç à7r£l£'y£T0. t6t£ guvieIç £/. Ofiiaç
ouva[7,£toç y£vov£vai tyjV ot/.ovojxiav, -£(7cov £-1 rpoGtoxov [/.£Ta oa-
p. 371 /.p'Jtov ToiaoTaç* vpui «piovaç* « tiç £t[;.i 6 oi/.Tpo; /.al à[J.apTC'Ao;,
xup'.£, OTI ToiauTa ot/.ovo[X£i; £iç £[7.£ TOV ava<;iov; »
3. — Kal yàp alT^OTe y^v.oLç aùxw tic, t-/iv TOia'JT-/iv 0'!/-ovo[i.iav 20
y£Vojx£vr,; Sûo y.ovayo'jç £(pr,G£V £'G£7v0ovTa; à£àco/.£vai aÙTw )(^pi)Gtou
/.avviv TCo<7oV/;Ta. to? ^£ y.à/.£ivou; 7uap£/.àl£i TroiTjGai soyviv /.al àyâuviv
[A£t'' aÙToO ^iyo'jGiv aÙToj" « £i; toÙç âytou; AtyuTTTiouç /.aT£7vû(7a|/.£v,
àWy. TVi copa 8r,\oi<jov ». 77£'[7.t];a; oùv t'^ wpa ev tù [xapTupuo oùy
£'jp£. /.ai £;coTr,'7avT£; to'jç £v toj [/.apTupuo ei, £ioov touç o'jo [7,ova- 2»
)(^où;, àx£/.ptOr,Gav |j//]^ajxwc toutouç £wpa/.£vat,, /.al £v t^ xo"X£i ô|/,otw;
'Çvir/i''javT£ç où(^c'va £ijpov. tot£ o'jv cuv/îxev £/, ToO 0eoo 6au[J!.aT0'jpyiav
y£yov£va: /.al £f^o^a(7£ tov Osov.
i. — "\7^>,ot£ ^3 TO'j TC160U £V w TO È'T^aiov Tviç Sairzvviç >,£i']^avTOç
OEwp'/iTa; ô ■AcXky.o'.r-rç Ig/.suteto eÎ'TteIv tw [7.axapÎT-/i ilatou çpovTîSx 30
7:oi-/,c7a(70ai /.al £7:i"Xa06'J.$vo; Tcpo; /.aipov, to'j Oeoù ôoviyoOvTOç, tWn'yJiz
§t,à yp£Îav Tivà £v tw /.E'XT.apûo x,al eûpiV/.Ei tov xpô oXiyo'j /.£vùv
77tGov x£77'X'/ip(0[7.£vov /.al 0" £p£/./£ovTa TO l'iaiov. TO'JTO o£, oùy aTTa^,
à)Jà /.al 77oX7.axi; D.£y£ yivza^ai. /.al èXOcov à-*/}yy£iX£ tw £v âyioiç.
/.al y.aTav'jy£lç £i^a/.pu(7£v, ÈT^u-riBvi ô£ oti àv/{yy£'.l£ tivI, Xéyoiw 35
(( èvcTvdoïicra; Tvi oiXiOVO[j,ou[7.£VY| £Ù).oyta ».
VIES ET RÉCITS d'ANACHORÈTES. 41
. 5. — TaOra ne ôiriyYi<7z[X'/iv, àosX^pol, 6au[/.îc(^cov tt/V to'j Oeo'j
àya6oT'/)Ta, ^toç [a.i/.pà(; à^poppiàç \ai]j£'ki()iv Û7i:èp [xsxpov iia^éyei xà
yapif7[7.aTa. xa'Xov oùv s>c tcjccviç rWa[j,sojç eTCiSsixvuaOai, ttjV sic à>.-
V/l7>ouç (jufATVicOeiav.. . toû' Geoû ^'â^^-ov £7i:i)(_opyiyo0vTOç tîoÔç tviv £x.a(7Tou
TCpo'Geaiv.
Le moine jaloux d'un de ses confrères.
1. — * 'Hv TTOxè [j.Qvayoq àvaj(^(op-/lTviç tuzvi» (^laxpiTixoç. xal * P- 371
TiÔele [/.sivai etç xà xs'X'Xia, x.al où/C £upt.c7/.£ Tupôç xo Trapov xax' îr^tav.
r.v ^£ l/CEt ys'pojv £X.wv xzXkiov Tvapà [/-spoç xoù 7vap£/.zl£'7£V aùxov
"kéycov (( d£'jpo [j-£Îvov £Ïç xo X£7^>.iov )) , y.cà à7v/i'X0£V. •/îpyovxo oùv
10 xivèç àf^£'X(pol xpoç aùxôv wç icpoç ^évov, (pÉpovxsç aùxw xo xax£uo-
oo'j[X£vov ïva toçp£7v-/i6coat. /.al aùxoç £<pt.7^o^£V£i, aùxooç.
2. — Kal •/ipçc.xo 6 ysptov <pGov£Îv xal x.axo7^oy£Î'v aùxov "Xfiycov
a £yto TToca â'xv) £yw £/,£i £v à(7/.7i(7£i 'TCo'XT^yi, x.al oùrnlç £py£xat.
Trpo'; [/■£, * xal oûxoç ô ÈTriOsxyi; oliyaç /i[X£pa.; ^y^^i ^•''-'' togoùxoi â'p- * 1'- 372
15 X.°vxai TTpô; aùxdv; » x.al 'X£y£i xcp [AaOvix'^ aùxoO* « uT^ays, £t7V£
aùxw* àvaj(_(opri«70v £vG£v ô'xi /_p£iav sjfoj xoD /.e'X'Xiou ». xal à7V£"XG(îjv
0 [xaOvix-/iç 'XÉyEt, aùxû* a ilTzzv o âêêaç [/.ou* Tcôiç £/£^; » ô ^è
£l7i£V (( ïva £Ù'y*/i ÙTTsp £[a.ùO' ». xal £7.6è)v ô à^£*X<po£; Tcpo; xov àêê'av
>,£y£i' « £Î7:£, TTzxep, ô'xi "^'XéTCw y.e'X'Xiov x,al ù— ayto ». iza.'kiv [X£xà
20 oùo •/i[/.£paç "kéjtv « y7vay£, £ITC£ aùxw Ôxi iàv ir/i à^ccyio^'/iri-fiq,
£yà> ï^yo[j.a\ Y.cn rz-êoclco c£ £v pxêow ». à7ï'^^^G£ r^£ xpo; aùxov x,al
>.£y£i aùxcV « TiXOU'jfiv 6 àêêaç [j.ou ô'xi àa6£V£Îç /,ai tczvu IutteT-
xai, /.al àTC£(7X£i'X£ \j.z £7i:ir7y.£'|acOai ae ». /.al \iyzi aùx(o" « £ix£
aùxw" oià xwv cùyCi'^ cou /aAw; syw ». /al àTV£pj(^£xat. /al "kéyu
25 aùxw 7r£pl aùxoù' « £t7r£V â'ojç xvji; /upia/Tiç, /al £/êaivco G£V/i'[j.axt,
xoO ()£0Ù ».
3. — Clq oùv •/i'XG£v VI /upia/T; /al où/ £Qrj'X6£, 'ka.^jio'j x'/jv pa'-
ê^ov ô yÉpcov àiT'^'XQs xoù (^vipai aùxov. /al 7;£y£i aùxài ô y.y.^r,Tr,ç
aùxo'j' a [7-£Îvov, TTpo'Xaêco £yô>j T^xxsp, [J//;77W.; £Ùp£6cO<7tV £/£Î XtVÈç
30 /al c/av^aXiOwn!, ». /al TrpoXaê^ojv X£y£i xoi yspovxi' « ùWj, o
àêêà; [J.OU £py£xai 7rapa/a7^£(jai a£ /al }^aê£Îv £t; xr^v /£*A};av au-
42 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Tou ». wç ol vix.ou(7£ Tvjv àyx-*/iv ToG yépovTOç, ■fî\bev ai; à7ravTr,(jiv
aÙToO, j^yA'Xwv aÙTÔi [i.cTavotaç aTiro [/,ax.po6£v xal "Xsycov « p//i T/CuV
V/îç (1), xupi à^Sa, eyco £p-^o[J.ai. Tcpôç ttiv àyicoTuvYiV cou, x.al auy-
ycopTiCrov p-oi ^tà tov x.upwv ». xoçl sl^ev ô Geo; tyîv èpyaGtav toO
V£{o-£pou /.al x,aT£Vu^£ Tov àêêav aÙTOû. xal pivj^aç t-/iv paé^ov £to£- ^
y£v £tç TOV aTTTaGaôv tou y£povToç, >tal xpocpOsccaç aÙTov -/iTTCzcraTO,
xai T.'K'/iya.yev elq to x£>>7.îov aÙTOù wç [j,r,^£v àx,ou(javTa.
i. — Asyei oùv ô yspwv tw [AaGviT-^ aÙTOO" « où^lv £l7V£ç aÙToJ
wv EtTTov (Tot, ; )) 0 o£ eiTTev « o'jyi ». xai eyapvi 7:avu. iiaccycc-
ytbv oùv TOV yÉpovTa àv£7rau(7£v aÙTov, y.al k'yvco ôti tou «^laêoXou 10
YIV 6 ^GoVOÇ, Xxl 7VpOCXt7UT£l TW [7.aG*/lT'?î aUTOU 'XÉyOJV « (TU [XOU £Î
TraTYip (XTiàpTi,, xàyco aou [xaGv;Tyi!;, ô'ti ^iz t^'ç èpyaaia; cou a[ ij^uy^al
Twv à[^(poT£p(ov ècciÔvicav ».
Vie abrégée d'Euphrosynus, le cuisinier.
p. 400 i- — * Bîo; cuvTOjv-oç Eùcppocùvou [/.ayaipou. oûtoç ô £v àyioiç iza-
T-/ip •/îawv Eùcppo'cuvoç £v x(oj7//i Tivl ysvvviGelç xapà. tcictwv yo'vecov 15
x.al àypoiVaoi; àvaTpa^elç, ypa[x[xaTa [7.vi [;-£[AaG"/iy.wç, ào'xvwi; Taç ev-
TOlzÇ TOU GsOU £7rOt£l. SIC T£"X£iav ^£ (pGxCaÇ ■ffklY.ioiV TOV )to'(7{/.OV
à7:coc7.[X£V0(; Tïpôç xoivo'êiov £Spa[X£, to ^£ àyy£>tx.ôv y.al àytov ayri^xa.
àu.(Lia.a^t\ç, T/jV tou ypicTou Ta7r£tvcoct,v £V£/,o7.7rw(jaTO wç oùS£lç à*X-
>;o;, /caGwç TO xÉpa; £^£t^£. >caTa(ppovr,G£lç yàp wç iouotyi; à£l ttiv 20
TOU [j,ay£ipiou cppovTiSa [xovo; évEiricTeuETo, xal TzoXkki; [7-àv /cpuuTaç
Èpyactaç y.aG' éauTov £'I7£t-/i<'ΣU£v, olov vvicTeiav, àypuiirvixv, irpoceu-
y/iv, yajAauoiTia.v, Tvpo ^i toutcov xal [j.£T5C toutcov àya-rtviv xpo^
xzvTaç y.otl ijTCay.or,v xal capy.o; y.aGapoT*/îTa, àaxpuov oè àoizTvau-
I7T0V, àfl yàp Tviv tou TCupô; àvGpay.i5cv pX£7ro)v val £tç to aùoviov 25
p. 401 TTÛp cuyy.pivwv y.al àvaTUTrtov où oU'kzi'KS, xocç 7ra p£i.àç tt'Xuvwv toïç
r^ay.ouciv. •/icêo'Xwvivoç èï côv s/, Tviç tou [/.ayeipiou ^laxoviaç T'/i'v Te
czpy.a x.al tov yiTiova £Ùy.aTacppovviTOç toi; Traciv iTuyyoï.'iZ'^ .
(1) Cod. (Txu).£t;, avec un deuxième X ajouté au-dessus du mot.
VIES ET RÉCITS d'aNACHORÈTES. 43
ovraç TOÛTOv [xei,ovw>; £ooi;aa£v. '/iv oà £v tw aÙTw xotvoêuo tcqe-
cê'jTepoç eù'ka.ëéaxxTOç xal iixn-/]^ àpsTYi; à7ïpor70£r,ç, x>al T,7/J£v aùxw
TTOxè â'vvoio. waT£ TrpoGOsîvai si^ 'kS.gccv Tr,v y.G7.riGi^ aÙTOû £v tciti.
5 ypovot^ Ô(jr,ç ouvzjJ-Ewç £ly£v È/AixapEÎv t£ to 6£rov -/.xl 7.£y£t,V*
« x.upi£, ofiî'^ov [j-oi à "kéyzi ô Oeioç àTTOGToT.o; àyaGà à ■}\xoi]j.riGy,ç
TOtç àyaTTcoGi ce ».
3. — Toutou ^à [j//] |7-ovov £vGu{/.yi9£VT0ç TauT-/iv ttiV è'vvoiav àT,!'
•/l'oYl /.xl TeXo^ XaêoUGYlÇ Tviç TOiaUTTlÇ SÙy^Ç X.a6£UO0VT0Ç aÙTOU £^
^^ TÔi /,);ivi^uo aÙTOu, ■ôpTCxy/i ô vouç aùxoO xal £Ûp£'6-/i' £V 77apao£ic7co
olov oij^£7t:ot£ out£ aÙToç etS£V 0'jT£ oiXkoq Tiq ^eoiaccG^cci vi^uv/i^-/).
£lj(_£ yàp oe'v^pa n:o).là /.al iroixiT^a xai TCa[;-(X£y£Or] x-xi -jvaaviç o^|;£wç
TrappïiTvT^ayjxsva. "£y£[j.ov ^à xitavra tov xapuôv uxèp tviv twv cpul-
Itov x'Xvic[xov/i'v. TOiouTOv ^£ xxpTTOv dyov £'j^pouv /.al £Ù[X£y£6yi xal
15 suoTi^ov côç [;!,7i^£'7roT£ ppoToî'ç ôexG-flvai ToiauTa. ùttoxxtco c^£ twv
ToiouTtov ^sv^pojv uf^xTa TCoT^là 'l'uypx xxl ^lEt^ÉcTara xai irav £t(^oç
[AUpifTTl/CWV £X,eîC£ TC£(pUT£U[X£VOV "/IV. TCXCa 0£ £ÙOJ^ta £K£iO£V £^£-
x[£[x]7r£T0 ô)q ho'AS.l'^ TûV écTTCOTa £V XOlTÔivi {7.Up£(|^t/-W OcGpOCOÇ eiCTC'/l- •
orlcavTX. £V toutoiç tôv ^ievoeTto X£ycov « àpx xivoç ô tvi'Xdcoùtoç
20 Tîapx'èo^oç y.ai (poêepoç xxpa^e'.TOç xxl ti; o toutov cpu'Xxcfjtov ; »
y.al wç Taûra xxO' éauxôv è'T^eye, ^léizei £V to) [7.£(jcp écTWTa tov
Eùçpocuvov £X£Î'vov 7C£pl OU vi[xtiv Ô T-Oyoç, xxl coç eio£v xÙtov è^£-
TïXzyvi x,al cpïiGl xpôç aùxo'v « ti xoietç wo£; » ô ^l (7->cy£t.poç Tupoç
aÙTOv £l';r£v (( £1 Ti Tuoulç, 0 TraTTjp [xou, xàyoS ». o t£p£Ù^ d-Ke'
25 C( TIVOÇ ô 77apaO£l'70.; OÛTOÇ; )) ô EÙ<pp0C7UV0.; HTÏB' (( TOU 0£OU ».
■/.xl TTz'Xi.v 0 îepeuç* « xxl xi; as vîyxysv IvxxuOa ; » ô oè àxsxpt-
vxxo" (( ô'cxtç Tcavxwç xr.v àyiav ^j^uy^TiV aou y.à[7.£ ». xal ttx'Xiv ô i£-
p£Ùç xpô>; xùxo'v * (( syco [jiv, àc)£}^(p£, ôiç y'.v(orr/,£t(;, £i xxl àvx^uoç, * p. 402
'xkV oùv xal Σp£uç £Î[7,i /.xl où xwv TCoT^lôiv àX>.à xwv Èxicpavcôv, /.xl
30 où xouxo [j.o'vov y.W TiO'/] crr,[X£pov xpixov ypovov TrexT^Tipcoxa [x-/] /.opé-
Gx? XTiV /.oi>.{av [7.0U [j//i'x£ xpxou [;//ixe ù^xxoç, [7//{x£ xoïç {i^Eipapo!,;
[7,ou vuaxxyi^-ôv f^ûùç [7//i^£ scvaTCauTiv xoTç /.poxa(pot(; {/.ou /.xxx xov
[;-a/.apiov TrpocpvfxTiv , cù-V xsl vu/cxoç xxl •/ip.spx; £àed[j(,7iv xou OcoO
OsxcracGxi [J-époç X'. £Q (Ôv •/Îxoi[7,xg£v 6 Geoç xol^; àyaTTÛciv aùxov, /.al
^-"^ ùîoù [j,o)^i.; TilGov ÈvxxOOa /.al r,9£>.ov [7.a6£îv xapa xivoç £l oùxo^
£(7Tiv ô £xoi{/,acGet(; xo'xoç xolç x^/axcoçi xov Gsov ». o r^s Eùcppocuvd^
11 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
•"pyici Tipoç Tov îspea" (( h,'i'i piv, tîixie TTOCTep, w^ yivcôa/ctr, à[7jj-/iToç
Xe'yei o aTrocTù^o;* « z o o'^ÔxXjj/j; o'j/. eii^e /,xl ô o-jç où/. Y,y.o'jc£
« xal £7rl /.apr^iav àv6pw7ro'j oùx, àvéêr, y. •/Îtoi[xx'7£v o Oeôç toîç àya-
« TTcorjiv aÙTo'v ». eTTSif^/j ^è vî[xeîç [xt,x.pov ti Tzy.^t^iy.noL^tv éauToùç, 5
£vex.£v Tviç TO'.auT'/iç ÛT:o6érjzoiç i^^oiayj^j.ihix [i,£poç ti £^ otv ô (izhq -/ÎTor
(7.a(7£ Totç àyaTCwciv aÙTov y.al */îjxaç Tiavraç (3£êauov xal tov àxo'-
CToXov àV/;6-^ çpu>.àTTcov. où yàp (^uvaxai tiç £v Gapx.i wv tt'Xeîov ti
GEctcaTOai ». y.al ô TrpEGêuxepo; waliv irpoç aÙTov « xo zTra^ pjvov
'/jT^Oeç ÈvraOÔx -^i xai alAoxc ; » ô Eù(ppo'ai»vo? elTvev' « èyw yzptxi Ôeou lo
àsl àvTaOÔa (^izyw ». y.al ô Σp£'J;* « x.al Tt ipya'C*/) woe £pydp.£-
voç; » EùcppoGovoç £t7r£' (( (pu>.a^ £Ï[;.l twv évTaOôoc ». ô Σp£Ùç eIt^e*
« y.cà 0 sàv xïWtw aoi £/£i; È^ouctxv ^o'jva( [j.oi; » ô Se a7rey.p1-
V£TO' (( il ri Os'Xeiç aiTTiTOV, y.al otocoiy.i goi ». y.xt «pYi^i rpoç aù-
To'v (( 00; [xot, Tpia ey. toutwv [XTiltov ÙTro^Ei^aç aùxà. t*?) /£ipt' »• 15
ô oÈ EÙGstoç y.o'-j'scç Slocoxev aÙTw rpia i/,-^la, Osiç aura eîç àv pipo;
ToO ';ra"X}a'oi» aùxou. Ti^av yàp [X£yz7^a aço'r^pot xal eùsi^-^ xal ^ev/jv
• eùwotav £>tTC£y7rovTa, y.al T£0£iy.coç Tr,v y.£cpa.'Xy;v aÙToO Itu/.vw tojv
[;//i},cov (bcrçpaivETO ày.opÉGTcoç.
i. — Rai w- Tauxa ojcçpaiveTO '£(p6a'7e tÔ (;'J'Xov t'^ç àypurviaç, 20
y.al (jUGTzy.abd^ £^oy.£i ovap P'Xétueiv ô 7rp£(jouT£po;, y.al à7r7.w'7aç t'/jv
p. 403 eùwvu[7.ov* Y£Îpa aùxou £c;(o tou Tra'X^^iou éy.pzTVj'jc xà [AYi7.a a'!GGr;Xt6ç,
y.al £^£(7xr,Gav ai çp£V£ç aùxoij. OeIç r^k aùxà £U xo y.T^ivif^tov EÙ^p-jok
Èay.ETïaGE, y.al yj.zico!.^ x'/iv Ôupav £Çr,'XO£, y.al aTTfiT^Ôojv £i; xô GxaGioiov
xoù [xayEipoi» £Ùp£v aùxôv écxioxa y.al xviv «py/jv xr;? ào^o"Xoyia^ 25
7:poG[7-£Vovxa. y-al TrpoGiwcCwv aùxio 7^£y£i' « xov Ôsov gÙ, avGp(077£ xo'j
Geou ov àel f^ou7.£'J£tç, ô £pwxô) COI à-nroy-piGïixt p.01 ». 0 oè 7:poç aùxov
£Î7U£V « £'l7w£, TTaXSp, £1 XI y.£l£'J£i; ». 0 UpE'JÇ "X£y£l- (( XO'J VIÇ XaÛXV)
x-Ig vuy.xl, r^tà xov x'jpiov àvzyy£i7^ov p-oi ». 6 ^s àTC£y.pivaxo* « iy,zi
•/î|7//iv, Trzxep, oTTOu [X£ £up£ç ». xal — x7.iv 0 Σp£u;* «. y.al -oO g£ 30
£Ùpov, SoO'Xe XO'J Gsoij, àvayyElVjv [7.0'. ». ô Eùippoauvoç eIttev « £v
xô) xapa^£iG{o w zlèz: ». y.al ô [£p£Ùç TuaAiv xpôç a'jxov « y.al d 7.\r,bri
"kéyeiç, zi [j.oi 6i8viy,y.ç] » ô Eù(ppoGuvoç £It:£* « xavxfoç £l' xi -/iXTiGaç ».
0 8ï Σp£Ù; TïpocTTEGwv "xapEy.yAEi aùxov lÉycov (( ôpy.ii^w g£ xov OeÔv,
XI <70i */îx'/iGa; » ô ^£ à77£y.3ivaxo* (( xpia [7/ô7^a T,x-/iGa? y.al oi^orAx 35
çoi ». y.al 6 p.àv UpEÙç (ialôiv (/.sxxvoiav à7;Yi>.6£V eî^ xov xo'ttov aùxo'j
VIES ET RÉCITS d'aNACIIORÈTES. 45
£Ùco(^Lotv SX ToO xa'XT.iou atc6o[7,£vo; aXko; tc, aXko'j syivsxo.
5. 'O EÙCppOCUVOÇ r^2 ï(JTaTO ^xXkiùv coc, "/_0è^, /.al TpÎTnv
•Â[J.£pav T6>.er76eii7y;; ^è t"!^'^ àypuTrv-aç TCpos^sT^Owv ô Tûpedêurepoç l'iaês
5 Ta Tpia [jS/Çka y.ai £ir;ri7.Ô£V £v Tto vato I'ti T(Ôv ào£Vp(iv £/.cra£
(HJvyiy[j,£vcov, /.ai «pviGi xpo; aùro'jç* « E'j^aaÔE /.al cuyycopvî'caTE [j.ot,
7raT£p£ç àyiot, [7.apyaptT-/iv 7roA'JTt,|i.ov £yovT£ç £v tco {j-ovaiTTyiouo
•^[xôv Tov /.'jfpiv Eijcppo'cruvov /.aTaiçpovo'j[/.£v aÙTOv 7ravT£; (oç àypziy,-
[j.aTov, /.ày.£Îvoç X,^-?'"^'- ^^^^'^ vJTC£p£/£!. Tcàvraç •/î[7-àç ». tcov ^è £77t[X£'Xw;
10 £7vax,poto[X£vcov £^viy/i<7aT0 xavxa /.aOà).; £Ïp*/i'Tai. ÛTTO^ei^aç ^à aÙToTç
xà jj.rfka. ■7:'kiiov va toutcov siziaTVJGxv aùrov. Ticav yàp, w; TrpostpY)-
Tai, £^ct) T^^ <p'j(j£Wi; TravTo; ijM'Ko'j tou /.axa tov /.ogixov (p7.ivo[7.£Vou
èv [XEylGfii /.al /poiz /.al £Ùcooia. £[7/pop7iO£VT£(; r^è Travxsç t'^; fiùoK^ia;
TCOV ToiouTtov [7//i7.(j)V aivov os'^w/.av tw 0£S). xoîj/avTE.; Sk ic, aÙTwv
15 <^£^tf)/.av TOK àcO£voij(Ji, /.al E'jOs'coç * ttxvtsç lc/.br,GX'i. ru §£ Xotuà * p. 404
7v£77TOfX£ptcavT£ç /.al £v àyûo 8iay,oi iijfjx^rjvxi; ^là '/ji^o; to'j 7:pop'/i-
ÔSVTOÇ 7wp£<7êuT£pOU TÙU Ta'JTa â'TTOX.Of/.tGaVTOÇ T'^ 7Tapay.'X-/i'G£l TTZVTCOV
{j.£T£"Xaêov a7TavT£(; ttlgtsco; £V£/.a, wç '/l^vi SC aÙTÔÎv {)yta"!^o[X£voi f^tz
TO, ôiÇ £tp-/iTai, £/. TOU ^cTTCOTl/.oij Tû0l.0y.Szif70U chÙtcx. £^£V/i'XuG£vat,.
20 6. — o o£ Eù<pp6(Juvoç £>c£Î'vo<; {;.zy£ipoç, tou 7up£<7ê'uT£po'j àpça-
t7-£V0U TaÛTTlÇ TT,; <'HViyr,G£{OJ, TTZVTCOV S" t[J-£};Û(; £/.£ÎG£ TTpOCrîpajy/jVTtOV
/.XI (ô; à7;"Xa j^piGTOu EÙayyalia £TCaxpo(«>{/.£'vwv, àv'jt^a; t-/iv rrlaysiav
O'jpav T7ÎÇ è/.>cV/)(7iaç è^-^IÔe, [7.vi cpavelç xojtcote [-«.éj^pt Triç T'/iyspov
Ç£'jytOV TVjV TWV àvOpCOTCOJV «^O^aV. 7ip.£tÇ Sa TaUTO. à/.OUG'a.VT£Ç £V [X£-
25 yà>.Yi £/.77l-^Ç£i y£y6va[i.£v, ^o^à'ÇovTSç xal £Ù};oyoijvT£; TCaT£pa, uiov
xal àyiov irvE'jjj.a, vjv xal à£l xal £t; toÙ; aiwvaç twv aù-jvtov. à|r/iv.
Nicon, père du Sinaï,
accusé à tort de fornication.
1 . * '4à£*X'p0Ç '/ipcÔT'/li7£ Tivà TCOV ITaTc'pCOV "kéyOi^ OTl « 77Co; 0 * p- 437
fJiaéoVj? <p£p£t, Toù; 7r£ipa'j[j,0'j; £7ïxvco tûv àylo)V » ; xal 'X?y£i aÙTw
d yépcov oTi r,v Tiç Toiv 7waT£pcov ov6p.aTi. Nlxcov £iç to opo; to S-.va.
46 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
y.aî Tiç aTTslGcov zlq Gy,riV/]^ xivo; çapîcvtTou vtal sùpwv x'/jv Oûy-arepa
aÙTou [xov7(V ETTSTs [j,£t' aÙT"^;. x,al 'Xsysi, aùrr,* « zItzI on 6 àva.- ■ .
y(_cop-/iT-/içô àé'êa; Nr/,wv £7ror/iG£ [xot touto ». -/.ai vîvixa rj7.0£v à uarvip
aÙTviç /-al £[/.aB£ to 7:pây[i.a, Xaêcov to ^i<po; HGÎrfkbiy £7rzvco toù
yÉpovToç. xai /.poucavro^ aùxoG £^rAÔ£V o yÉpwv. £>cx£iv7.vxo; oè aùxoû 5
xô ^t(|>o; l'va cpov£U(j-/i aùxov, àTTE^u'XojGvi vî j(_£lp aùxou. xal cctteXOcov ô
(pxpavtXTiÇ £Î; X71V £)t"/clvicriav £t7ïe xot; Tcps'jêuxepoi;, y.al £77£[7-i|;av It:
aOxov, /.al r;l6£v o yÉpwv. /.al £77i6£vx£ç aiixw 770*XXàç xV/iyà; rI6£'Xov
^wô^ai. /.al 77ap£/.a"X£'7£V aùxoùç )v£ycov « acp£X£ [X£ w࣠[j-exavo'^aai ».
/.al sycopwav aùxôv xpîa â'x'/i, x.al âowxav £Vx67;yiv iva [xr;0£lç aùxw lo
xapaê/A'/). xal £770r/iG£ xà xpia â'xrj £p/oy.£vo; /.axà /.upia^c-^v xal
tjLexavoûv, 7rap£/.a''X£i 'XÉywv « e'jçacOE ÛTirèp laoù oià xov xupiov ».
2. — "Ycx£pov ^£ £^aip.ovtaO-/i o 770i'/fç7a; x'/jv âjj.apxlav /.al pa7iov
xov 77£'.par7[xàv £7^avoi xoO àvay(op'/ixoO, /.al co[j.oXoy*/i(j£v stç xr,v s/.- 15
xV/iclav dxi* (( £yio £TTOiviGa x'/iv à[jt.apxiav, /.al eiTra t'va G'j/.ocpavxriCrv)
xov ^0'j"Xov xou Ôeo'j ». /.al ztûeIÔwv 7rà^ 6 ^^aoç [xexevovias xco y£-
povxi 7^£yovx£ç' « <7tjyy(^wpyi(70v 7Î[J!,î'v, àêÇâ ». xal 'Xéy£i aùxoi"?' « xo
piv Guy^iù^-riCOLi cruvx-sjç^wpvixai u[xTv xo ^è [xeîvai, où/, â'xi [j.£vw
^eO' Ojxwv, oxi oùy lùùib'ri elç £^ ûfJLtôv â'ywv oia/.piTiv xoij (jUfJ-TraOxaai 20
|xoi ». /.3(l oOxwç àv£ycGp7j(7£V ô yÉptov ÈxsTÔfiv. /.al eîtte- « OîwpsTç w;
d ^laéoVjc ^£p£i xo'jç X£t,paa[;.0'jc £77y'vo) xcov àyuov » .
Le moine, ancien préfet du prétoire, qui se faisait passer pour un ancien esclave,
p. 504 1. — ^EiTTEV ô àêê'aç 'ItoG-/i(p 0 xoO fl'/i'Xo'jcto'j ôxi /.aO'/',|X£vo'j
p. 505 u.oO *£iç XO opo; xo S'.va, r,v à6£'X(poç £/.£t /caT^oç àc/.y]X7iç, àXkx xal
£Ù£i'^'Oç xw Gwy.axi, /.al -nr/^zzo £1; xr,v Guva^iv çopwv iroTv'jpacpov yi- 25
xcova xal y.ixpov f7-a<poûi.ov Tra^.aio'v. xal buooù aùxov xaGa—a^ o'jxwç
£pyo'a£Vov £i; xtiv iAy.\'riGiy.v, xal "Xfiyw aùxw" « ào£l<:p£j où p,£7r£tr
xo'j;, -Traxssaç — coç à'yyiVji £igIv elç x-/;v auva^iv xtiç :/.x')//iGia;; ttcoç
c'j TcavxoxE O'jxwç sp/."/;; » 0 o£ £<prj* « cuyywp-ziGOv [xoi, abba,
0x1, oùx â'yco a'X'Xo » . xal 'Aaêov aùxov £v xû x£a7;Uo aoi», xal è'owxa 3o
aùxô T^fiê-^'xova xal il xi alT^o ïy^pri^Ev, xal r,py£xo £iç xr,v cuva^iv
oopwv, xal -/iv ù!)£Îv aùxov w; ayyET^ov.
VIES ET RÉCITS d'aNACIIORÈTES. 47
23. — 'EyévsTO 8ï X.^s.iix xoiq ■Kaz^y.Gi'^ oinek(foùq àxoGTsî'Xai xpoç
Tov ^aaïKécc y.cà e<|yi<pi,(7X|X£Ôa y.cà aÙTOv. ô oï ôiç rlxoijcs, rapeKa'Xscs
TO'jç xaTÉpa; 'Xsywv « c)tà tov xuptov cuyytopvfGaTe [j-oi, oxi bou")>.o^
£Î[xi Tivoç [j.sya'Xou èxst, xal sàv yvwpiVi^ [A£, à7ro(j^vi[/,aTt^£i [X£ y.al
5 <p£3£l [J-£ IzéXlV sic TO O0u'X£U£lV aÙTÔJ )) . [J.£Tà OÙV TO 77£lG6viva'. TOÙ^
TZXTépcc; x.al (7uy/wr^'(7a'. aÙTco, uuT£pov xocpa Ttvo; àx,piêcô^ Itzi/ïtol-
f/,£vou a'jTov £|7,aOo[7-£v OTi 0T£ 7]^ £v T(o y-0(j[x:o, fixap^oç 7rpa!.Tcopuov
ÛTC^py^E. /cal ïva [7/Ài yvcopiaO-^, x.al ô^V/iTiv s-jp'/i £/, tcov àv9pfo-6Jv,
TOuTo TrpoEfûxatTaTO. ToaauT'/i yjV cr-O'ji-V/i tûv TvaTspwv (pE'jysiv t'/iv
10 oo^av x,ai t-/iv àvxxauGtv tO'j /.ogiaou to'jto'j ^tz rriv xooç 0;ov
ày /.TC-/1V .
15
L'anachorète Paul qui, s'étant laissé tromper par le démon, va faire
pénitence dans un monastère de la Thébaïde.
1. — *r£yov£ Tt; ITauloç £v ©viêaiSt (piloirovot;, ôç 7i>to>.oijO£i t-^ * p. 505
àyi'a £;cx,>/icia -/ly^epaç x,al vuxtoç, xai t'/jv }^oi7V'/}V aùx-^ç à/.oXouOiav
C7rouoz(^ojv éiTcTsXsi. îoovTSÇ o£ aiiTOV 0'. crùv aÙTW cpiloTTovoi };£you-
civ a'jTw* (( yjjpt naOXe, o'jt£ yaveî"!? £)(_£i;, out£ yuvxTx.a ÔeXeiç
^aêfiîv, f^iaxî où y'v/i y,ova^o'ç; » ô ^ï Xs'yei aÙToîç* « xalôç axaTS,
ûxzyto xal yîvo|7-oci i^j.ovoLyéç » . ocTZS.'kBiùV oùv -riOvy^oLGev dq -/.eXkiov
[xovoç Tïi ài7X.'/,G£t /.al ToTç XoiTuoî; ttovoiç cyykx^tov . -/jv <^£ tti yvwy.Yi
à/.£pat6T£poç.
2, — ToÛTOv ïocov 0 Trovvipo; à'a,;;j.tov toioûîtov scpàvra^Ev aùrov
(j)ç oiyyzloç Tirpolsycov Tivà zaï j(^l£uz(^cov aùxo'v. * wç ^è â'yvw o 8x1- * P- 506
jj,wv ÔTi e^£i a'jTÔv {)7r-/]'/.oov Isysi aÙTCc « 6 yoKjzoç ioxaHv.q cou
Tf,<; 7ro}^t.T£''aç £py^£-:ai Tupo; crà a-jpiov Soyvaî coi. yxpicax '7ro)aT£taç.
cù oùv £Q£>.Ocbv £■/, Toù /«eaKou xpoc/.ùv/icov aùrÇ) xyà 'ka.ij.^oivziq tô
25 y apicy.a, -xal xxT^iv £ÎC£p^*/i £cç to )C£X>^iov cou » . tTi k^rii; oùv é^vilBsv
£)c TOÙ /.£XXtou y.otl pX£TC£i TCapxTa^iv côç àyysXoJV >.a|j,TCa^-/l(popcov -/.al
TOOy^ôv irùptvov, xy.l Iv ;/,£C(;) toù xpoyoù cyviy.aTOÙy.svo'v Tiva, ov
ÛTCsvovicsv Eîvai TOV ypiCTo'v. tô; as sy.sl'Xs yjj.vy.i tov aùys'va sï; to
7vpocx,uvYicai, £ÙO£œ; àcTpayaAoç /stpôç (>{^tociv aÙTÛ ozxtcaa xat
20
48 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
(orôvicrsv auTov dç Ta àiziao) ha y-Yi TirpoG/tuv/ifT'/i, xa.1 tcscwv etç Tr,v
Y'flv Tioocéaj^e xal oÙ/,£Ti toÙ^ );a;j-7ua.oriCp6pou; iy,v.wo'j; siàsv oùos tov
TDoyôv Tou TCuodç. TOTE siriyvoùç T'/]V y^^^EUTiV TOu ôaîy.ovoç S;X£tV£V èv
TÛ aÙToJ TOTTTco Y.XyJxov ÈttI ouo vuyG"/i|X£pa >,£ytov ÈvwTirtov Toij ôeoû"
(( 017.01 TÔ) àaapToAw, ■riiJ.y.^T'ny.x y,al àTrwAeTX Tuacrav ttiv {^to/iV aou, 5
x,al Ti TiroiTiVio où/w, oio X » .
3. — 'Hv f^è à)40uà)v £v T'^ àvwTspco 0-/iêai6i, yépovTa àvajç^wp'/i-
T'/iv àxo ypovcov ttoT^Iûv y.o'vov iv àypcp (^tzyovra. x.ai sêou^^sucaTO
aTTï'XBEÎv TTOo; a'jTOv xal àva^IscÔai aÙTw toc GuaêzvTa a'jTÔi. w; oè
s— V/icia<7£ Tw TOTTo) Too àyîou ptTCTEi a'jTOV £xl 'Mikiav ilç tÔ â'oaooç lo
y.Aaûov xal T^éycoV « ■ri[J-y.^x-f\y.cL , (7uyj(^t<')p-/l(7ov |7.oi xai Eu^at ÛTvèp
£'j,o'j ». ô ^£ y£piov £xpa"(ev a'jTÇ)* « oùx àiz^iyri w^£ /)^£uvi tojv
^ai'xovwv; vz/i Èrvicviç w^£ », iu.^ovjxoij.t'^oc (li aÙTw. ô oè £TC£a£V£v
£Îç TO £^a(po; /.£t[j,£voç xXaîcov. cu^-TraO-ziGaç oùv aÙTco ô àyioç "Xs'yEi.
a.ÙTÇ)' (( £t àTTvilGsç [j.aGîî'v T£yv/iv TTiv oiav oyi'ttote, oÙx £i/£; 7:po; 15
T£^viT7]v àTC£)vG£ïv xal jj.aGEîv Ta T'^ç T£yv/iç; cù Se à';r^).G£ç éauTÔ
xaTa v.ovaç ot/.(ov y.al ;x-/;o£vl Ta xaTà cEauTov àvaOÉjxEVo; ; xal £'!
7//; 6 Gsoç ifjO-ri^riCi cot xal vî ^E^ià tou àyiou àyy£7.ou, xpo(7£Xtj-
VA^aç àv Tw ^aiy-ovt xal tov voûv cou àTutoAEcaç, xal £tX_EÇ TTEpiz-
p. 507 ysiv Txq Tzô'ktiq * wç Et; Ttov ^at|xovi{^o;j-E'va)V. àXT^à to'j Aoitïo'j eu- 20
yapicTviGOV tôî Geô tco poviGr^cavTÎ <>£, xal oEÛpo eI'ge'XGe eîç to
xoivoêiov ». •
A. — Rai >,aêà)v aÙTOv ô yÉptov Etç ev tcov xoivoêtcuv 07i€at()oç,
xapÉGETO aÙTOV tw àêêa 'XÉytov « ^o; aÙTÔ to y,ay£ip{ov IV/î (^ ,
ïva rîoDls'JCri TYi' EVToXvI TOG ypiCTOλ xal GEpaTTEUCYl TOÙÇ àoEl^ouç ». 25
eItiï ^e tco TTa'jAto o^r « y.sTà ÉXTa IV/; Ep^ojj-ai xal Aa)vto goi ».
7rA-/ipt6(7avTO!; os aÙToG tx ÉTiTa et?) yAOev ô yÉpwv xal Is'yEi toj àéêa'
« ^o; auTÙ x£l)>iov È'^to toO xoivoêîou ». (l'yo-jci yàp Ta xoivoota
Tïiç ©'/i^aiSoç [j.ixpà, àvaycop'/iTixà XE^Xta, iva ÔTav yvipicdWTÎ tiveç
TV) à(7X7j(jEi £v aÙTOîç ^làycodi Txç TTEVTE '/îaspa^ TTi'ç sê^ojj.ai^oç' tÇ) 30
^è caêêicTW xal t*^ xupiaxY, EÎcEpyovTat £t; to xoivoCiov |j.ETà twv
à^£l(p(Ov). xal ELTTEV ai»T(p 0 yEptov « 7rOt-/l<j0V ÉTTTà ET'/l O'.XÛV £V TÔ
àvaycopviTixco '/.û.V.io xal ïpy o'xai xal ^va'Xw coi ». ox; ^^è xal TauTr,v
T*/iv EVTO^/jV E—AripcocEV , TiXGev ô yEotov xal lÉyEi aÙTÔi ô àééa; llaO-
(1) Cod. È(ji.êpi(Aoû(iEvo;.
VIKS ET RÉCITS d'aNACIIORÈTES. 10
Irjc,' (( TixeT^eusiç -oi'/;'i7<«) ; » to'ts Xéyii y.ÙTw ô yspcov « où-/. Iti ;j.o'j
/osiav £Y£'-?" TO àyiov xvEuaa t6 ot/.ouv sv toI c^i-ox^ei cre xavra »,
3. — OoT^V^ç oùv Tiy/?iç. YSVO[/,£'v/iç aÙTÔJ SX Toû Vjyou TOUTO'j scpuysv
£iç cY.Yixry. è);6ovTsç (^s oï to'j /.oivoGwu TCpo- aÙTov tzck.^xy.cjIgxvtî:
■^ aÙTOv slaêov aÙTo'v, ocTrs'XSovTo; f^s aùroO y.y.! Tr,ç T'-aYiç irXsovai^O'JcrT,;:
aÙTco Tuapà T'?i; àrîe7.<poTr,Toç, -zXtv l'fpuysv eiq Gv/fix-riv. [j.eivavro: (iï
aÙTOÛ £V TW £p*/f[i,W Tviç 'j/,"/i't£(0^, CUVi^yt] £[X£ )cxl a*X7.oi»^ TosTç TÔiv
xaTî'pcov xapxê'aT^fiîv aÙTw, £v o'i; '/iv o àêêa? f7/j'j 7:p£'j€ijT£po; àvvfp.
ouT£ àpTOv o'jT£ /'jTpav o"jT£ aX//. Ti TCûo^ T'/iv TO'J 'Twy.aTo; £l-/_£ yoeiav,
10 à^^V ojç £'7i£'.(j£v '/îi^.a- 6 y£iTcov ocÙTOU ("Tirpô^ aÙTOv yicp iizoïTiaaij.i^ tt,v
V'Jxxav £X,£IV71V £X, ToO /.OTCOU T"^(; ÔOOO) , OTl 6 àêêx^ OaùXoç ÔTTOU
à7rT,pj(_£T0 OÙr^èv £ly£ TOU X.0'717.01) TOUTOU, OUTt £pyo'yf£ipOV £/.paT£t. OUT£
(ji.ê>.iov, ouT£ Tivoç £y£U£TO ikç "Khit •/î'j-£paç, * Y^v oï x,ai [J.iyy.; tw
TWJXaTl, £t,'-770|;,£V (^£ TCO àosXfpÇ»' (( TU oùv i^XOTùC^O^ £•/. TOÙ '/.ÛCkiou TOU
^"'' ^i.à TYjv àyy.77"/iv wv y^ziav £yo[7-£v, ïva £up(of/,£v [i.£Ta'Xaê£Tv Tupôç tov
x.a7.oy/ipov ' ». i^jxaxxÇs.'J oùv Ta; y^Z'.y.ç, y.yj. •?iXG£ [jleÔ' vîaoJv T^poç
aÙTOV. ÏX£y£ Ô£ •/ip.l'v ÔTl (( oÙT£ ÙoO)p £ijy£ 770T£ £V TW ■/.zWioi xSj-r/j.
Trapaêa'Xo'vTwv i^è aÙTwv tcot£ tivcov èv tco xaipôJ toO x.xù[i,xToç rUà
T'^ç 77xv£p-/ifxou Y.cà T^âvu àn|;covTCov, (/.'/i s/_wv ù<^wp G T:\xyyy iG^^ûç àvx-
2^ GTîcç Tiu^aTO /.ai £•/. TOÙ xapxooi^ou £tco'//)(7£v ù ()£o- ùôwp ïvhx ry sùyo'-
[j.svo; 7.7.1 TTiovTsç /,aT£^|;uç,av ». à77£'X06vT£; oùv /.al àTTTacrajJLJVot. aÙTov
xal £Ù<ppavO£VT£? £771 T'?i xpoTpo—Y,' auTOÙ /.a!. £-1 TOÏç /.aropOojjxaTiv,
£Ù7.0y/lÔ£VTeÇ ij77£'7Tp£'i^a[7.SV EÙyap'.GTOÙVTô; TCO 0£W TOJ fJO^ZTaVT'. TOÙç
£iliy.pivcoç laTp£ÙovTaç aÙToJ. oç /.al '/iiv-aç ài;itÔT'/] ' toîç ïyyzai twv
25 sùaoETT'/TjavTojv aÙToi à/.o"XouOoùvTaç xuyvlv Tr(<; a-lcoviou (^covic.
Miracle opéré par l'abbé Marcien ou par l'abbé Théodore, et qiio clianin
(les deux refuse de se laisser allribuer.
1 . — ■ * E'.Tûi Tiç TWV TraTï'pwv TC£pl TO'J ào€a Mao/.tavoù toù sv
Tr, âyia B7,0'X££[7, Ôti TT/.VTaç èçe'^ohoyii EiTîpyoy.svou; £;ç aÙTOv, aa'-
);>.(7Ta £v Toî; Èy/taivioiç, £V ol; G'j^ièr, tov àooâv ©soootiov tov /.otvo-
fiiy.yyry tov [Asyav Trapaé'aAeî'v aÙTw, £Trav£pyoy.îv(;j à~Q ttÏ; xyiy.ç
1. Cof/. y.a>,ôyr(pav. Un grattage a changé l'a en o. — 2. Corf. à;iu)'îît.
ORIENT CHRÉTIEN. 4
'.08
p. 508
50 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Tro>.£(D^ [Jt-srà twv i^ûov [xaO-/îTùv, /.al iGrr/.s TpzTTs'Cav /.arà to eOoç,
€oikm £^|/r,fi.a <paxoO xal Tp(i)^i[j.a\ xai Ta (/,'jia/.ia. coç 8ï l'jJLEivav
fjMxpôv, x.al oùoa[/.oG apTOi, 'Xéyei toï; [j,a6viTaî'ç aOroO ô àêêaç 0£Od6-
CT'.o;- (( où ^xkv. ^j;to[x{a; » ol ^à sîTrov (( àpa £i £''"/£V, où/, àv ïêaXs.; »
xal >.£Y£f (( £p£UV7Î(7aT£ Ta SiGpcîtia, /.al Ô(jOu; apTOu; eG^ete, TvapâOETE ^
£Îç Ta; TpaTTs'Ca;, y,cà [J-z-ol to yEucacrOai, TTOiyifjavTEÇ £Ù/r,v avto £Ç£l-
2. — RaT' or/.ovo[7.{av Gsou ^^oaéjjôi ô âêêaç ©EO^oTtoç tov Trwywva
TO'j àêêà Maû/.'.avo'j, xal )^£Y£t. aÙTw' (( xou 7^sy£iç oùx, £5(_0ij gîtov, i(^où
w^£ Giroç xpuTTTo; ». [j-£Tà oùv T'^ç Tip 0 cr) /COU G VI ç aÙTw y.yix.~r,; t:i- lo
GTEUGaç, oi8v. tÔv x.Ôx/.ov Tto /.ElT^apiT"/) T^Éyœv « xve'XOe pî<];ov aÙTOV
p. 509 Eïç T-,ov GiToêolôJva * xal -/.T^Efcov ». 6 ^è •AzXkoi^iT'/i<; ûtuo OsoO /.'.vr,G£lç
(XTr-fl'XOE y.STa r^ixEca; T7îpr,<7ai £Î; tov ciroêo'Xàivx tov -/.o/.y.ov, /.al Oî'lcov
àvoi^ai TOV ciToÇoXùva, £'jp£V aÙTOv [aecttov ctîtou, wtte y.vi S'JvacÔai
àvoiyvîvat Tr.v Bupav £Î [xyi jj-etz Pta;, xat opa[;-cov àuvi'lOE irpoç tov 15
àêêav Map/.iavûv, /.al 'XÉyEt aÙToi to cujatcxv. o oè [X£TE77£[A<I/aTO xpo;
TÔv àêêàv ©îooo'jtov T^s'ywv « r^ià tov Osôv r;y,'j'kbr~i ew.; t(ov ev-
TaOÔa » . /al wç tiXGev eI; to [xovacT"4piov, "kéyei aÙTw ô àêêaç Map/ia-
vo';* (( i8o\j Ti ETCOÎYiGav al £Ùj(_a( cou, xijp'. àêêa. 6 yàp ciToêolojv lys-
[j-icÔvi £)c Too /o'//ou o'j E^toxa-; ei; t/jv /^EÏpâ (xou ». /al àxE/Jwv ô 20
àêêàç 0£o5o'ccoç /al ol cùv auTw, eIoov to "K^rfioç toO citou /al
è^d^acav tov Oeov, /al l£y£i Trx'Xtv 0 àêêaç Map/iavo'ç" « îiîoù ti
ETTOiTiGav ai EÙ^ai <jou /al vi eùloylv. Tfjç yEipd; cou ». /at lÉyEt aÙTw
0 âêêxç ©EO^dcio;;' « Èyw xpày^y-a où/ e/co, è/ tou xioywvôç cou ilaêov
auTo'v ». /al 7rx)av T^syEi aÙTO) b à€êà; Map/iavoç- « /al {7//1 ri ttote 25
STTQl'viCEV ÔTE '/JV EIÇ TOV Ttwywva {/.OU ; » To'tE 01 loÔVTEÇ /al à/oucavTEÇ
TO yEyovoç Gaù[Aa, l^o^acav tov Geov tov âvEpyouvTa ev toi; àyîoi;
aÙTOu /aTà to yEypa[j!,p,£'vov* « GauaacTOç ô 6eÔ; ev toi; âyioiç aÙTOÙ » .
OL^uoG'ri' oï /al vîjJLa; ô /upioç /aT' ïyvo; aÙTOu à/oT^ouOvicai, yzp'.Ti
TOU OECTCOTOU y(^ptCTOu TOU Geoj rjji.cuv. a[j//;v. •*"
1. Corf. Tpw^Ti(xa. — 2. Cod. 'A$iwff£t.
VIES ET RÉCITS d'ANACHORÈTES. 51
10
Le sophiste Sophronios qui, ayant marié sa fille, au lieu de la consacrer à Dieu,
est effrayé par un songe horrible et se retire dans le désert pour expier sa faute.
\. — *n7.psêxXoy-£v syw /,al ô GOCpidTVjç Swcppovio; £v 'A-Xsçav- p. 511
ops-a TÔi àêéôc flauXco s^ovTt [y-ovacrx'/fpiov ilç xo >>t6a(^6[7-evov, y.cà
wcpslviOsvTsç TTxp' aùxoij xavu Isyoasv aùrû* « etTwà "/îi^-Tv, xaTsp,
TTÙiç ysyovaç p.ovay^oç ». ô oà yspcov GTSva^aç ixsya Isysi* « tckttju-
TTIGTIV -/.al TCoGoV sly^OV EÎÇ TOÙ? [JLOVa^O'J^* /.al OTÏOU o' àv £Upi(7/.0V
[j.ova^ôv xwlouvTa to Ipyo/stpov aOxou £X3C[7.êavov aùxov /.al 0 xt. o'~àv
ïyj^'f\C,t xapEîy^ov aùx(o. cuvÉêv; ^à sv [xta xûiv Tjjxspûv (XGÔcvviGai xyjv
Ô'jyax£pa |xoij /.al ûtco xcov taxpwv àxoyvwfïGriVai /.al iravxcùv vîjxcov,
xoiv x£ 'juyy£vôv xcov x£ çîXwv /.al ystxovojv ctfjp£u6rivai. xpoç 'iîaaç,
/.al /.latovxEi; 7îap£[j.u6ouvxo •/îy-âç.
2. — Aa'ysi oùv xpoç [7.è ô yJn'kc^ôç, [xou" (( aTrslôs, (s^doYrinw xov
cxa!jpo(pula/.a OTrojç uor/{(j"/i aùx'^ llacjj.ov, iva lot-yio"^ eoyY) vi 4'^}(^ri
aùx'^; /.al [xy] /.p^vr/xat, ' £xi )> . £^£X96vto; ai [7-ou cuv4vxv](7£ [xoi ô
15 àêé^àç Za/.^aîoç /.al ÔEojpvfcyaç xoùç o(pOa}.|7,ou; j;-oo àiro ^a/.puojv >v£y£t
aoi" « xî /,lai£t; ; xt £)<£i; ; » )^£yoj aùxco* « x£/,vov p.ovoyevèç l'j^w
/.al à-TToGvfl'G/.Ei, /.al 7:op£uo|j,ai xpôç xov cxaupo'^uXajca ô'xw; s>.Oojv
TTOf/fc"/) IXaG^-ôv ixxvct) aùxviç, iva xayiov TrapaSû' où yàp <p£poa£v
dpav aùx"/iv /.t,vouv£uoucav ». )tal X£y£t jjloi 0 yÉpwv* (( i>TCd(jxp£(|^ov Ôtucoç
20 aùx'/iv ï^w /.àyco ». /.al uTC0(Jxp£^|>a; >iy£t [j,oi' « làv eîc' xiv£ç ïaia
icé^eyy,z aùxouç ». /,al eiceXôwv éxoi'/iGa xoù.; 7rapa/.a6r,[X£vouç ottwç
aTO'XOcoct.v £iç xo aXlo 6gtc7ixi.ov. £tc;£lOtûv * 0£ 0 y£pwv /.al à<|/a;x£- 'p. 512
vo.; X7ÎÇ X^'P^-*^ aùxTiÇ 'kéysi |7.o'.* « eIç Geoç, îooù xOp /.aîov /coplç ^'jltov
/.al "XaaTTTpôv ». /.al è.^(fMVjr:ci.q ô y£'pwv )^£y£i [v-oi* « ^ulaxxEiç a Ifiyw
25 /.al ^api^Exat coi ô Osôi; x'/iv (^coviv aùxvj;; » lyw ^è T^poGSTrsGa xoT;
TTOGiv aùxoj Guv6£|X£voç aùxw . /.al laé^wv ûotop /.al £Ù^a[/.£Vo; /.al
GcppaytGaç aOxo, l'ppavEV dq xo TrpoGwuov x-^ç /.opviç, /.al cbç ItcI x.u-
piou x-^; So'i^r.ç àv£xaGiG£V yj Tuaîç w; y//) ëyouGcc Xyyoç ocaOi'iiictç.
/.al >iy£t j7,oi' « i^où ô Geoç ^i' eùjç^wv xwv xax£pa)v xojv cpilo^£V'/iÔ£v-
1. C'od. xpiv... i. Deux ou trois lettres ont disparu.
52 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Tcov £v T(p oï/.a) cou lyoL^'.fjOL'ù G(ji y.Ù7ri^. y.WÎk u/h 'ù6çr; aÙTV]V àv-
opl, cùXoc V'jy.cps'JcaTî aùrÀv tco àA-/i8ivo') vuacpuo ypicrroj tw Oeto
T^y.ôiv ». xal £^j)vGcov 6 yspwv STïops'JS-/]. iyw Ss xal •/) [7.r;T-/ip aùx'^ç x.ai
xzvTs; ol à/.o'JcavTsç è^o^y.caasv tov 6sov sttI tco Tuapar^ocw Ga'Jy.aTt.
3. — 'JIv ol TO zopaciov (o; otcov o)ctol). sV.TOTe oOv riV(oy louv ty; 5
yuvar/.'! [xou ô~(oç àxîvsyy.coy.sv aù-'ôv eiç — aoOsvwva. aùrr, ^è sXeys
[j.of « ai^s; aÙT'/iv ewç àv ysv/ixai vojxîaou 7Î>.i-/.{aç ». ysvov.evvi; fîs
aÙT7;ç £T(ov '^EX.aTSCcxpcov, Isyw t'7| yz/iTpi a'jTTi'ç' « î^où ysyovs vo-
p.îy.o'j •/ÎAi/.taç* Ti oùv x,paTO'ja£v a'jT'/iv ; » y.al ).£y£t, [xot '/î TÛjAêioç
y/j'j oO't(');- « £y(o où/, àcpico aÙT/jV [xovacai, à^Aà Csuyvjto aÙTViv 10
àvopi ». y.7.\ ïjy.civîc iviauTOV oylwv y.al /toXaxs'jwv, xa-! ttotî [viv
eruxTOV aÙTTiv tocxe sIOeÎv '/i[Aàç eiç c£xp£TOV. è/.piOyijxev Sa otio tou
C'jy)C£llo'j xoil ToO (7Taupo(pu>.a/.o; hx spcorviOvi vi iralç -/.al èv ÏKloyri
TÛv O'jo yi^rr-ai. -ri rJè [r/irrjp kùttiç •7,£0' Éxipojv yuvaiy.wv ^n^àc/.O'jcra
a'jTr,v ïva eIV/i ôti « à'vopx ôiAco » , oTTEp xal ysyovs. tot£ l£y£i ixoi 15
6 cTaupocpÙAa^* « [x-/i }oj77'/iO'^ç àlli aTr£AO£ xai àyopacov x.opviv irap-
Osvov x,al [iz).£ aÙT'/jv àvx' au—?,; £!ç p.ovaTT'/iptov, -/.al ô Oeo; ISs-
çaTO ». £y(o bh y.Erà xpoOj7,'!a; r^£^a[j,£voç tov AÔyov y.77£A0tov r/yo-
parra -y.rba — apO£vov stojv ïv^zy.x £iç vo|xtc;[xaTa £t/.oc;t, /.-/l £!CV]'v£yx.a
aÙTTiv £iç jv.ovacr^'piov, £'.t:(ov ttî àêêx rJpo/.oxia- « <'^££ai ttjV Trxl^a 20
I'. 513 Tau— /iv x,xl * Tûap' iaou ê/_£Î; ttiv Tpocpviv xal t'/jv svi^ucrtv aùr^ç
TTxcraç Ta; 7Îtj-£paç t-^; Cwvi? |v,ou, xal £i; tov OzvaTov [j.O'j "kzya.zv'jci'i
aiiTr,v voj/.iTiy-XTx oybo'/f/.ovTa ». -/.y.i £'C£u^aa£v Tr,v GuyxTspa •/itj.àjv.
•4. — Kal [XETa 7rV/ip(o(77.i TTjV oyf)or,v 7;[j,£pav ToO yzaou £tàov
)taT' ôvap oTt à~£^/iv ' [X£tz tivo; Aaii,7rpo<pdpou zl: "I^.p-sTav, y.al £v 25
Tw à-TUtEvai */ijxac rilOoy.Ev £1; 77£f)t7.r^a Tivz T| Tt 6£cop£i ôi^Oxlaoç.
y.ai 'X£y£!, 0 [7.£t' £aoO* « £icr£7v6cofX£v £Î: to Tvavviyupiv toOto otvco^ ti
y.£pori(j£i; r, ç<up7.'7£iç ». (pOy.<7avT£r Sï £ia7,A()o[X£v y.al Oswiw tzç y.a-
luêaç y.al tz; à77o6r;y.ai; y.al xàç pup.aç Tvi'ç 7vo'};£coç £y.£iv/iç ysp-oucra;
AtOiOTua;. Ticav 03 oî 7r).£Î(7T0i twv AiGiottcov £y.£tvcov T£'y.TOV£; TTayu^a^ 30
7i7;£y.ovT£ç. y.ai £()£(6pouv Toù; [j.àv aÙT(ov (jpoyour y.aT£'yovTa; xal
àvGpwTtOu; ppo/f^ovrar, alloi f^£ [iôOpou; wpucTOv " y.al àvOpcoTTouç
£Go6puov, àXAour Ty.sAi'^ovTy.ç àvOpwTTOuç y.al TiTpwcy.ovTaç aÙTOÙç,
«aIou; Tïa'liv Ç/opêeaç {jzAAovTa;'' y.al Gu:ov7a: aÙToù; £iç }.''avr,v
1." Pour àitr]£tv. — 2. CofZ. opucrsov. — 3. Cof/. pâXovraç.
VIES ET ilÉCITS d'anachorètes. 53
popêopou, eTSfouçoè àvaioyuvTgTv [/.Exà yuvaTy.ofç o<pOa7^[7.o<pavo); £TC£iOov.
•/;'7av f^è TuzvTSç éx.ou'ïia tv; yvcoy//! /.y.i yaiGO[X£voi à/.o'Xo'jOo'jvTeç tjÎ;
AïOio'^t, x-al aTvltoç sittsîv, oj rVjvaTat, ylvOpwTvoç àp'/Jjv-xTa!, xà; jxafjo-
àgiaç /.ai TTiV aT/'/if^OTUv/iv /,v j/csiv;!!, £f^{r^a'>/.ov. riOyovTO f)3 tivc; tcov
^ AiOiOTTOiV £X,£iv('j>v xocl •/i'7ra^''^vT0 as, /.àyco aÙTOoç riTTra^oy-riV -/îr^sojç.
•/.al â'T^eyov [j.of « ttots tvo'.'si;; tov yy.[7/jv îva r,[xzç y apo— or/far,;; »
y.al >.£yfo aùroît;* « ir^où 0£(op£ÎT£ 071 àycovi^O[xat, ». /.'/l 7r£pi,r77r(6[X£vo;
y.al wç T'jVTiOpoirrG-/] 0 7.ao; xal oî Tvapa'vujxcpoi £yovT£; tov f){'ppov £[7,-
7ïpof70£v ToO rr'Aôivoç, ÈityiXOov iyco /.ai -/i g'j[7.?!.o; [7-ou /.al £^yiv£'y/,a|7-cv
10 xviv OuyaT£'fa r,[xwv /.al r.v to TCpo(7(07rov a'jTïii; /.al 0 Tpx/'/îVjç zal
TO CTTiGoç /.al ol [ipayiov£; aÙTViç xai al TraXxfj.at. tcov yzi^ôi'^ £{o; t-^^
(^(6<j£co; aÙT'^ç ocpi^ia [y.i/pà [7,£yzla £VT£Tu'Xiy[7.îva /.al /.£/-o>.'Xy.z apTi aycojxsv l'va [xovarrco[j.sv xai jt^.auTWj^.ev Ta;;
àjj.aoTiaç r;[xtov ». xai 'Xsyei [xov « èyco t) aÔXta /.al xaT^aiTTCopoi;
eêoÔptaa ttjV OuyaTe'pa [j.ou, -/.ai apTi ttwç Èxgw a'jTTjv, ovtcoç toûto où
ytvexat » .
6. — 'Ava^xàr oùv syw to rpcoi àirvil^iov xpoç tov àêêâv Zaxyatov 5
/.al oùx. 'h^iX-nni jj.£ hic^'XG^rj.v àXkcf. ypa/psi [xot sic Trtvax.i^iov oGtox;-
« r)'jyywpr,cov [ao-, àoeX^s, 6 yàp Oeoç àTTcTTpzcp'/î gs, /.àyt) où (^ùva-
p. 515 [xaî TS * ^sEariOai ». -o'ts àTïTJlOov sic tV/V [xov/;v toO otyîou EùO'j[A'>j'j,
/.al ^tV)yrj(7z[7.riV tw à^oa naij7.(o tw èvapsTC;) xà G'jp.êocvxa [xoi, /.al
>.£y£i [xot 0 yî'pwv « ovxtoç èx^xav/fOriÇ oo'jç Tr,v /.«-.'p'/jv àv^pl, /.al ô lo
cujj.Ço'j'Xeùcra-; coi où/. -/lOsls T7)v c(OTr;p'!av aou. •/î'-^uvaTO yàp ô 'Aê'paàji.
ors si— £v aÙTw ô Qsoç g'|)x£^-!' '^o'' '-'l^-'"^ aÙTOû oouvai àvx' a'jTO'j rîi/.a
^où"Xouç" /.al 'leoOzE, ei y^si oti touto T^poG^sysTai ô Oeoç, £ty£
(jcpa'^ai àvTi TYJç Ouya-po; aÙTOU £ix,ocrt, èoû"Xoitç* /.al o 'la/.wê T-flç
Pa"/-/]^ ÈpacOslç, /.al àvx' aùxxç t'/jv Aiav ev tw Oa'Xzfxw £'jpti)v où/, i^
YlvÉGyexo, à);Aà /.a.l xv' Aiav où/. £ ' xal xrjv Payvi>. oùx àç{-/i-
ctv. 6 yàp 6£0ç x'/iv Traloa i/. goù "...^axo /.al x-/iv Ouyaxlpa gou
àxatx£u /.al [X£l>.£X£ /.al g'j /.al -/; GÙy.êto- rjou xco alcovuo ttudI ra-
pa^oG'^vai (o; -Kapaêâxai. £TC''Gxac6£ yàp oxi 6 Oso; où [xu/.x*/)p('(£xai.
ysypaxxat, yàp* « xà £/.';rop£uo[X£va hix xàiv yiikéoiv [xou où {/,•/) à6e- 20
xvi'gco ». àXka a77£>.0£, x£/.vov, yj.auay.i xx^ â(;.apxîaç gou ». xox£
Gxpa''p£lç £v xcjj o'î/.co [j.o'j »x£xà xpslç -^[XEpaç cupov [^.ovayoùç ilq xo opoç
xo Sivà, /.al Gi»vwo£i)Ga aùxoiç /.al ysyova yzpixt. ypiGxo'j p.ovayo'ç* /.al
t^où syw 7v6 £xyi vùy,xav xal r,(Xî'pav 'TCapay.a>.oiv xôv Ofôv si' -wç
Guyywp-/;G£i. [7,ot xàç TColT^â; [xou à[j!,apxtaç ». 25
7. — TaOxa à/.ouGavx£ç 7Î[J.£Ï(; àr^o^âGajxsv xov Ofiov. £ypx'];a[X£v oà
aùxà xooç x-/)v xcov xuyyavovxcov oj(pO.£iav.
Le moine orthodoxe qui, pour prouver à des moines hérétiques qu'il possède
la vraie loi, se tient pieds nus sur des charbons ardents, sans être brrtié.
p. 541 * 'Hv xi; /.lovixr,; £iç xà p'.£pvi xviç AGiaç ttzvj èvzpsxoç /.al 6au-
1. Deux syllabes ont été efï'acées. — 2. Le commencement de ce mot, une seule
syllabe, semble-t-il, est illisible.
VIES ET RÉCITS d'ANACHORÈTES. 55
[/.acTo;- riv Se £/_wv -/.zto) [i,ovar>T7fpiov. j^petaç oOv yavofAsV/^ç tivôç
TlvaY/Cocjav aÙTov oî àosXcpol àvs'XGsîv sv KwvGTavTivouTcoT^st, /«al aiTTÎTa-.
Tov paaiXsa. x,al «^'•^ àvsXOcov ■/.axs'Xucsv e^ to ^svoôoyeî'ov toO op(pa.vo-
Tpo^psio'j. TiV fîs XoiTTOV yeiij.oiv, y.y.\ sV.siTO à'pou'XXx tcXyiP'Iç ' àvBpxxoiv.
5 S/caOïivTO ^£ Tive; aïpsx'./.ol y.ovxyol 9ep;7-7-iv6[X£Vùr ivAHint h\ -/.al
aùxôç TOG Ôepjj-avO-ôvai. x,at -/ip^avTO xxraGTrgtpsiv aÙTO) r/. tvÎç oI'av.Uç
cc'.çéaeoiç. y.7.1 "kéysi aÙTOÎç" « iyvi opOio; tci'jTEuoj, eî oà ûjj.'dç •/.psî'TTOv
[/.ou xkjTS'jste, TTOir'TaTS oiç 7i:oiw ». /,al àvac-àç ïct/] àvj-oôSToç sî;
TO TC'jp â-Tvl TzoXkTiV (opav, y.al où/, s^ployiaOy). ïôovtsç oà sx-eivoi
10 ■/.aTri'jyuvO-/iaav èxTrXayévTsç s-l tw Trapa^oEo) Oau[7.ocTi. xal oî à/.ou-
cavTsç sào^acav tov Qeov.
10
L'anachorète qui, ayant édifié des chrétiens par l'abnégation avec laquelle il accep-
tait ce qu'on lui ofl'rait pour le produit de son travail, meurt bientôt après et
dont la mort est suivie de celle d'un autre anachorète, son voisin.
1. — • ^ 'Ev Als^av^psia Ty;; AiyjTCTOu èv tw ol'xw -viç àyiaç Mapîa; * p. 6o4
ipiXoTïovoi xivîç y.al oikôy^iGxoi à'vdpsç £Î(7cpy6[J!.£vot £t; T'/jv £-/./.};ri'7''av
x.al £^cpyo[X£voi k'ê'XsTrov Tiva yspovTa [xovaj^ov xaO'/ijxsvov s^w toîÏ
15 Tïultovoç xal 7ït7rpa(7/'.ovTa CTTupiSaç. sItcov r^à T^pô; àlV/ilouç* « eç où
p>.£-OJJLcV TOV yî'pOVTO. TO'JTOV TTwlo'JVTX TZÇ (77;:'jp'!àa; O'JX, 7i/.0U'7ay,£V
aÙToO 'pi'Xovcr/.o'jvTo; £v ou;> f^/]7V0Tc 'Xo'yo- ^£0t£ hoy,iijJ.GOi^j.ev a'jTÔv ».
"/.xl £yy{'7avT£ç 'XsyouTiv aÙTtV « eiTCs, y£'fcov, Tzoi'kzTq TauTx » ; ô os
''^viTi' (( voc' ». 01 8é' « 7r6(70D » ^•/iciv. 6 ^s XéyEi aÙToTç* « à~o
20 ^£)cx voufx'xuov ». 7;£You<7iv aÙTÔ)' (f T:oXkou Ei'jlv, àXlà. 'Xxê'e àxo
— £VT£ vo'jij-y.icov ». /.al 7;£y£t aÙTOÎç" « w^ 6£"X£T£ 'Xy.bsTc ». /.ai
77x>.tv Ac'youaiv aÙTw* « à"XXà tcoI'Xou eiatv iàv ^ùcnç xtzo voujj.- * p. 605
[tJ.ou >;aj;.êxvop.£v aÙTz ». y.xl "Xiysi aÙTOïç" « wç ôiXaTc "XaêsTS »• /.al
^sSw/.oTEç a'jToJ Ta vo'jt7.[X''a Daêov ô'Xa Ta cxupif^ia. ô os yspcov
■J5 Aaêtov T'/-,v {îa/.Tïio(av a-jTovi £— opi=u£TO £t^ to /.sXliov aùroO.
•2. — Q.Ç, §£ Eyvwaav t'^v àpsT'/iv aÙTO'j y.oLTT.Xy.u.oy.vouGiv aÙTOv
/.al Xî'you'7'.v a'jTor « à€êa, t*' sTror/iTaç ; » /.al Isyei aù-olç* ce ti
1. C'orf. TilriÇiSiç.
p. ma
10
15
56 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
£77'ji.7,'77. ; » ÀôYour*!. "/.ai aoTO'." « OTi ciiraç r,[xi.v a7;o oa/.a vou[jL[xtwv
£iç Ta GTT'jc'^^ia* -/.a!, $Ï770[7,£v COI oTt ûoT^Xoû eîciv, xXkk T^zêe xtco
7:£VT£ voup-»7-''cov x,7.l £Ï'7U£ç* (oç 0£')'>£T£ 'Xa^ETe* xal TiàT^iv £Ï7ïO[7,£v Gor àuo
vouujjj.rju iy.v OîXr.ç >vàé^£ /,al vivacyoo '^[mv /.al slaêeç àTCO voup-[/,iou )>.
xal P7.A7.01JGIV aÙTio fA£Tavo!,av X£yovT£;" « o'.z tov y/joiov zi-KÏ vîjv.î'v
Ti toOto ÏT:oi-/]fjy.ç )K ':ot£ 7^£y£i a'jTOlç* « o'jtwç è'^co ïOoç Xc'yEiv Tr,v
T'.u'/iv, -/.al el Ti (^oOvi ' [JOi Aa[;-Çav(o ». /.al 7rap£/.y.>.£<7av aùrov àrfiA-
(Jeîv [X£t' aÙToO Etç to y-tWiov a^ToO. /.al à7:£};(ldvT£; £'jpî'j/.ouG'.v £/.£l
xi'Xt/.'/l'ciov u()aToç /.al yJTpav, /.al }.£yo'j'7iv aùxôr « /.£X£'j£'.ç TroioOfxev
p.i/.ûzv à8'/i|Cav Iva y£'jr7a)[i,£0a |7.£tz goO /.al £''jloy'.';0(ot7,£v 5 » /.al £iTr£v
« TCoi7,(7aTc ». cl Si iTTOircav. r,v r^è TO v.tX}.w) aÙTOu £i; tô (j-f'ya
TEToz'jru'Xov. (oç àï liîfr'.rtGav , "kiyei aÙTolç 6 y£pwv « y.izé'khcf.zî cl:
Xry {Ùtrjr^Qaiw, /.al £()pi'7/.£T£ £/.£Î y£povTa TToAo'JVTy. CTïfiipo/.uOpia,
/.al cl7ïaT£ aÙTw" lsy£i ô cuvy£piov cou* f^£Opo ïva çzyr.ç tviv àOvipav
acTa Twv ào£7.'pc7)v ».
3. — 01 (^ï à77£7.0ovT£Ç £{>ptax.ouci TÔv yepovTa /.aOcoç sItïev aÙTOl;
0 /.a}.oyTipo;, /.ai À£yo'j'7'.v auTco' « £ipri/.£v 0 c7uvy£poiV cou* o£upo iva
ozyr.ç T'/jv àO'/ipav y.cTa twv ào£'X<pcov » . /.al };£y£i a'jTo'i;* « ov/,
£1— cv ïva (pay(0[7-£v ; où'/.ouv £T£7.£'JTr;C£v, » oî oè iTapzyÔr/Tav ettI tco
T^oyco. £Aaé'ov o'jv tov xr^ikoov /.al Ta cTT'jpif^ia, /.al £>,Oovt£i; £Ùpov tov
''£oovTa Tc7.£UT'/;GavTa. /.al Gyr,iJ.x~ir;y.v-i^ aÙTOv /.al /."Xau'7avT£; èxl
~o7;'j £Oa^|;av aÙTo'v. /.al -77ap£/.z7.f.Gav tov jî^rmy. 7^£yovT£ç* « ^iz
TOV /.'JOIOV /.zOoU £i; TO /.£7;7v'.'0V GOU, /.7.1 'fl[J'i^Ç d^ZOO^UV GOl TOV £(p7[;.£-
pov zpTOv, * l'va vjyr, Û7r£p r,[xcov ». 0 ^s 7>c'y£i aÙTOï;- « ^iùn tt,
éê^oy-T; 'h^A^a. /.al iàv £{>p£T£ [X£ (wvTa, ':Tot£iT£ /.aGwç £i7raT£. 7vo'yov ^-^
yào £7 0) {i-eTà toO' Ma/.apiou yfpovToç, /.à/.£Î'vo; [^.£t' £[/.où, ïva ô •rcpo-
T£A£'JTÙv 7:apa/.aX £Gr, tov Oeov /.al tov a7.7;Ov -apa7;aê£îv t-!^ £€§o'|j./i
r,|X!'ca » .
4. — Kal 770i'/;GavT3; o-jtw; 01 f^iXoypiGTOi r/.îïvoi avt^pôç TiIOov
TTi dér^oari ryp.£pa /.al £'jpov aÙTOv x,oi[r/iO£VTa. /.al è'Oa'j/av aùxov 30
■::7v7iGiov ToO a7v7.ou yspovTo;, 7roir,GavT£ç /.otïstov p.s'yav /.al ooupp.ôv
^là Taç T£A£ia; toutwv àp£Tâ;. /.al àv£ywpr,Gav tùyapiGToOvTs; tco
6£w, TOI <pav£pcoGavTi aÙTOî; T-/]7.i/.a'JT-/iv àpsT^/jv /.E/.pup.pivviv.
1. Cor/. orMX.
20
LE DOGiME DE L'IMMACULEE CONCEPTION
ET
LA DOCTRINE DE L'EGLISE GRECQUE
{Suite) (1)
IV
L IMMACULEE CONCEPTION CONSIDEREE DANS LA SYNTHESE
DU DOGME CATHOLIQUE.
Les vérités de Ja théologie catliolique sont toutes intime-
ment liées les unes aux autres. Si ce jugement est vrai,
pris dans son ensemble, à plus forte raison trouvera-t-il son
application dans le dogme de l'Immaculée Conception, dans
ce dogme qui par sa nature touche tout à la fois à Dieu et à
la créature et qui, tout en étant implicitement contenu dans
la tradition, est la déduction logique et nécessaire d'autres
vérités incontestablement établies et reconnues.
C'est cet aspect de notre dogme que nous nous proposons
d'exposer ici, après avoir parlé des principaux éléments de la
tradition. A la différence des trois chapitres précédents, celui-ci
présente un côté plus spéculatif; mais, puisqu'il s'agit de
démontrer la doctrine de l'Église grecque, nous n'avons pas
pu nous départir de la méthode adoptée, c'est-à-dire de citer
les passages des Pères grecs qui témoignent de leur enseigne-
ment.
Il résultera plus d'un avantage à mettre le dogme de l'Im-
maculée Conception en contact avec les autres vérités de notre
fui.
(1) Voy. 1901, p. 1, 1«(), 51:.'.
58 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
Et d'abord, la doctrine que nous étudions en acquerra une
confirmation éclatante. De même, en effet, que la solidité d'un
édifice dépend de l'union étroite de tous les matériaux qui le
composent, ainsi cette doctrine, mise en relation avec toute
l'économie de la théologie catholique, sera puissamment étayée
et corroborée.
En outre, il se dissipera aussi bien des objections et des
difficultés qui proviennent de ces mêmes vérités. Nous aurons
aussi l'occasion de voir que les arguments de convenance de
nos traités théologiques, parfois peu convaincants au premier
aspect, non seulement se retrouvent dans la tradition, mais
encore sont mis davantage en relief et reçoivent une force plus
grande, s'ils sont entourés des vérités dont ils dérivent. Enfin,
la tradition de l'Église grecque, objet principal de ce travail,
dont nous avons montré seulement quelques côtés, se mon- '
trera sous un jour nouveau, et sera exposée d'une façon plus
complète.
Ces observations faites, en quoi consiste le cadre synthé-
tique dont nous parlons ?
Si nous considérons la personnalité de Marie dans la théo-
logie catholique et au point de vue de sa conception immaculée,
elle se présente sous un triple aspect. En premier lieu, on peut
examiner la place lui ressortissant dans la hiérarchie des êtres
raisonnables : l'homme, l'ange, Dieu. Ces trois différentes
natures devront tour à tour servir de point de comparaison.
La place de Marie une fois déterminée, il reste à examiner sa
personnalité en elle-même et à se rendre compte de ses diffé-
rents privilèges et prérogatives depuis sa prédestination jus-
qu'à son titre de Reine et de Dominatrice de l'univers. Enfin,
comme ceux-ci, en définitive, gravitent autour de son élection
à la maternité divine, il faut mettre son incomparable figure
en regard avec le mystère de l'Incarnation. Ces trois points de
vue s'enchaînent si étroitement que, s'il fallait les exprimer
par une figure géométrique, ils formeraient comme trois
cercles concentriques dont le dernier, celui de Marie rappro-
chée du mystère de l'Incarnation, aurait pour centre Jésus-
Christ lui-môme.
Examinons à présent dans l'ordre mentionné ces trois as-
pects, qui serviront aussi de divisions à ce chapitre.
LE DOGME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION. 59
1. Marie dans la hier are hie des êtres.
Les êtres raisonnables forment trois catégories distinctes :
l'iiomme, l'ange, Dieu.
Le premier élément de cette trilogie présente une histoire
des plus mouvementées, car Thomme peut être considéré avant
sa chute et après sa chute. Dans ce dernier stade encore, il
passe par plu-sieurs états successifs, celui de l'infection du
péché d'origine, celui de sa réhabilitation dans la justice ini-
tiale, dans lequel il demeure comme pèlerin errant ici-bas pour
y être confirmé au ciel.
Voyons la place que la tradition grecque a donnée à Marie
dans ces différentes étapes de riiumanité.
De nul mortel il n'est écrit qu'après la chute d'Adam il ait
réalisé complètement la perfection reçue au jour de sa créa-
tion. Cette perfection consiste dans l'état de justice originelle
et dans la parfaite conformité du composé humain avec l'arché-
type divin. Marie, au dire des Pères, non seulement réalise cet
idéal dans sa perfection, mais elle y est constituée, elle appa-
raît au monde avec cette beauté naturellement complète, sans
être astreinte à l'atteindre au moyen de pénibles et continuels
efforts. On voudrait peut-être trouver des textes explicites où il
est dit que la Vierge bénie est juste et sainte de cette justice
première. Mais cette sainteté originelle n'est-elle pas rappelée
par les saints Pères, quand ils donnent à Marie, comme nous
l'avons vu (1), les épithètes de paradis terrestre, de terre non
encore frappée de la malédiction divine, etc.? N'est-ce pas
exprimer l'état d'innocence en termes assez explicites, quand
ils rapprochent constamment Marie de la première femme ?
Ce rapprochement a deux aspects ; il est positif ou négatif,
selon que dans leurs écrits ils font ressortir les traits de res-
semblance ou les motifs d'opposition entre les deux créatures.
Pour le moment il suffit de parler du premier point de vue.
Marie est souvent par les Pères de l'Église mise sur le même
rang qu'Eve, au moment oii elle sortit des mains du Créa-
il) Revue de l'Orient cbrélien, aiinéo 1904. p. 196 et suiv.
60 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
teur, comme elle commence à s'en éloigner après son péché.
Citons seulement ce texte de Théodote d'Ancyre, dont le sens
est assez explicite pour suffire à prouver notre assertion. Sup-
posant dans la bouclie de Nestorius l'objection qu'Eve ne fut
pas créée à l'état d'innocence -(1), le docte évêque lui oppose ce
langage : Il Bè -rb va't (j'j;;,9'//;ç, ii kvzr^ii>)z Baçpîp-/; irpoç ty;v àAr/)c',av,
■/.a', à'i-r;viâçciç y.y\ àrcava'Iv/; "'J^v sùooy.îav toj Bsou, rrjv £V •îïavaYÎa Ilap-
Ofv(|) £7:1 y,:iv/;v a(OT'/;p{av c'.7.vVC[rr/iîÏ7av ; i y^P 5'';[j.t;upY'''/7a? t-zjv tJxk'jx
Ti^tpOévov àvucpto-Twç, a'jTs; y.aî. tv' c'.ç oe'jTsp^v £":îy,rf/vaTO àva[j,(oixojç '
y.ai 5 r.zir^7xq to £ço)0£v wpaîojç, ajTs; y,at xo è'irojOîv y.aTîy.ôay.'/;-
c£v c'.ç y.aTciy.'Of/^p'. ov 'l>j'//i]: ili7.';C<)ç (2). « Quod si affirma-
veris, quid stulte a veritate dissentis, Deique placitum in sanc-
tissima virgine ad communem salutem provide dispositum
detrectas atque renuis? Qui enim antiquam illam virginem
(Evam) sine probro condidit, ipse et secundam sine nota et
crintine fabricatus est ; quique quod est deforis pulchre fecit,
etiam quod intus est, ad domicitium sanctc perornavit. »
Nous pourrions citer encore d'autres textes, de saint André
de Crète (3), par exemple, et de saint Isidore de Salonique (4);
mais continuons notre enquête.
Si d'un côté Marie rappelle nos premiers parents encore à
l'état d'innocence, elle les rappelle aussi après leur prévarica-
tion, mais pour bien d'autres raisons. C'est le second point de
vue auquel se placent les écrivains de l'Église grecque : il nous
fait entrer aussi dans la seconde phase du genre humain.
Rapprochée d'Eve après sa chute, Marie ne participe pas à
ses misères ni à ses châtiments. Telle est la pensée constante
(les Pères. En effet, l'on y rencontre à chaque instant des
(1) L'hcri'siarque recourait à ce subtorfufje, précisément parce que les défen-
seurs de la vérité catholique objectaient à ses erreurs la comparaison de Marie
avec la première femme. Cette circonstance ajoute donc plus de poids au tcnioi-
gnagc de Tliéodote.
(2) Sermon sur la Mère de Dieu et saint Siméon. Galland., t. IX.
(3) Sermon pour la Dormition de Marie. Galland., t. XIII.
(4) Sermon pour l'Annonciation. Maraccius, vp. cit., p. 83.
LE DOfiME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION. 61
expressions comme celles-ci : Marie n'a pas été séduite, elle
ïi^pas été trompée par le serpent (1).
Théodote d'Ancyre, traçant le portrait de Marie, relève entre
autres ces traits : « Virgo muliebri comprehensa sexu, at
liiulicribus exors nequitiae..., oinni culpa vacans... sancta
animo et corpore... non docta Evae mala, non muliebri vanitate
foedata... Spiritu sancto mala delibuta, divina gratia ut palliolo
ariiicta... Deo corde nupta... (2) »
Enfin, et toujours dans le même ordre d'idées, qu'il nous
suffise de rappeler ce qui a été dit au <hapitre précédent sur
l'opposition qui règne dans les rôles d'Eve et de Marie : Tune
est cause de la corruption du genre humain, l'autre le relève
et le réhabilite.
Tout cela regarde le péché d'origine dans sa cause et à ses
débuts. Mais il y a plus encore. Tandis que les autres hommes,
même après leur justification, ressentent les effets du péciié
originel, la Mère de Dieu en est complètement libérée. Chez
elle, rien des souillures du monde, rien des misères naturelles
aux humains; nulle trace du péché quel qu'il soit. Ojoè vàpscst,
dit Georges de Nicomédie, -oi; pj-ciç -cD -/isij.cu to y.aOapojta-cov
axivZiyx- 3.1^3.1 c"/.'/]V(j)[xa ■ sosi à[/r;£>; twv àv0ptO7:ivo)v '^Owv -o àv.'qkiHM-ov
5uXa/G"^vai G'^aaupio'iJ.a ' 'éozi à/.otv(ov^TOV t'^ç àixccpxiaq to otau-j'à^ rr;p'^0-^-
vai àYtacr[j.a (3). « Neque enim decebat ut tabernaculum illud
mundissimum in mundi sordibus versaretur... Decebat ut in-
contaminatus thésaurus ab humanarum consuetudinuni con-
tagio immunis custodiretur. Par erat ut pellucidum illud sanc-
tuarium ab omni peccati communione liberum servaretur. »
La concupiscence n'a pas de prise sur elle; et il existe une
parfaite harmonie entre la nature inférieure et supérieure de
son être.
\•^^ky.l■q vw -/.y). ']^uy?i y.yX Gypvj. i)7:i.pyti^ wpaia, COmme s'exprime
à son tour PselluS, -/.ai sap-zà ;x£v. wç Twv -/.y-' vnp';iiy.y y.ydypfizX^y
zavTOiwv xaftwv 7.a\ -oXq -pbzzi^ 7.oa-[r^6£Ïca twv àpsTwv ' 'Au'/^ es, dyq
T.y.ar,^ cpajX'rjç oma'kKy^rzXGy. k-if}'j[j.iaq -/.yJ. -cT^ Xô'(oiq wpaïa-Oîïo-a -wv
(1) Cf. entre autres saint Jean Dainascène (sermon pour la Nativité de Marie);
Théodote d'Ancj-re (sermon pour la Nativité du Christ) ; les deux Cyrille, etc.
(Catéchèse XIP et 'Eyxwfjita £Îç tiqv ©eoto'xov).
(2) Sermon sur Marie. Migne, P. G., t. LXXVII, col. 1 127.
(3) Quatrième Sermon pour la Présentation. Combel". Auct. I.
62 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
IvToAojv' vo) oè, û)q v.y.1 -wv (juXwv èvvoiœv èXeuôepwOsTaa v.oà \ai).7:p\>vo\jÀY(]
£v aol-îri £YYUç [j.ou ycVO[;.cv/; cià TSAsiÔT'/jTa (1).
« Mente nimirum et anima et carne pulchra es : carne qui-
dem, ut per actionem a vaniis perturbatiotiibus pur gâta et
virtutum moribus excellens : anima autem ut ab omni ini-
proba ciipiditate sejuncta et sermonibus decorata manda-
torum : inente vero ut ab exilibusetiam cogitationibus liberata
ac splendida et per gratiam in Spiritu sancto divina effecta. Et
propterea macula non est in te, quae milii ob perfectionem pro-
pinqua es. »
De son côté, l'âme est toujours portée vers le bien et sent la
plus grande horreur pour le péché. 'Q ôeîov 'é\v]^\jyQv (X'(a\]j.a, èç'
(0 b o-/)[;Ac;'jpYGç îjçpavO-r; ©sb?, yoX>'^ p.èv îyo^ 6£03t'j6£pvr]-cv v,xl jj.ovw
0£w nzpocoLviyov-y.' è.~i 0'j;x(av à'zaa-av x£-:a[j.;x£vr,v 7:pbç to ;;.2viv sçeTÔv
-£ y.ai à^iépaaxcv ■ Tiv 0'j;j.bv "/.aTa ;x2v^ç t-^ç «[xapTia^ zal tcj Taj-C'^v
7.uY;ffavTc>;(2). « 0 divinum vivumque simulacrum,cuius conditor
Deus pulchritudine delectatusest, quod mentem quidem divinitus
gubernatam habet, Deoque soli addictam; cupiditatem vero
oninem ad id quod sotuni expetenduni est et amore dignum
intentam; iram autem erga peccatum dumtaxat eiusque pa-
rentein. »
Je ne parle pas des autres effets du péché originel qui regar-
dent plutôt le corps, comme la mort, les douleurs d'enfante-
ment, les maladies; les auteurs ecclésiastiques n'ont pas
manqué d'en parler.
Il vaut mieux les citer pour répondre à l'objection déjà mise
en avant plus d'une fois.
Nul ne conteste que Marie ait été remplie de la grâce divine
qui a effacé en elle le péché originel et anéanti ses effets per-
nicieux, bien qu'ils continuent à subsister chez les autres mor-
tels; la question est de savoir si elle a été saisie de ce privilège
dès sa conception.
On peut répondre à cette difficulté de différentes façons :
Plus haut, nous avons fait observer que les saints Pères,
comparant Marie à Eve au moment même de sa création (donc
(1) Comm. trium pati'uni in Cant. GalL, t. YI. CIV. aussi saint Germain, Sermon
pour la Dormition de Marie.
{;l) Saint Jean Dam., 1" sermon pour la Nativité.
LE DOGME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION. 63
avant sa chute), insinuent clairement que cet état malheureu-
sement transitoire pour la première femme, est Tétat propre
de la Mère de Dieu. Or, sans les mettre en contradiction, serait-il
possible d'affirmer encore que celle-ci fut créée avec la faute
originelle?
Ensuite, il ne manque pas de textes où est proclamée l'im-
munité de Marie à l'endroit de la prévarication et de ses effets
dès l'instant même de sa conception. Témoin ces paroles de
Georges de Nicomédie, dans son homélie sur l'annonce de la
conception de Marie (1) :
r.Ç)0\):qvùzi jbXaaTr([J(.a":a.
oc Hodierna praedlcatione radicis bonorum in sterili utero
nasciturae, fore praenunciatur ut hominum natura quae vitio
exaruerat, virentia pietatis germina producat. »
En troisième lieu, un examen plus approfondi du langage
des Pères conduit à la même conclusion. Fréquemment, en
effet, ils insistent sur cette idée, que Marie possède la même
nature que toute la race d'Adam, que sa chair est la chair com-
mune à tous les hommes. Mais si malgré fout cela cette nature
n'est pas viciée, si sa chair est immaculée, n'est-ce pas dire
que, dans sa conception même où elle reçut cette nature et
cette chair, elle n'a pas éprouvé les atteintes du vice orginel?
'Q (J^JKk■^^<blc, %(x<. tôxoç 'ml Pps'çoç, dit l'empereur Léon, oi wv 5 t-^ç
àjj-apTiaç oXsôptoç Molq àTC-/^[;.6X(j!), xal -f^c, acoTT^piaç -^ tzoXw^ovioc lyvo)-
piifi-q' oj (ip£ço>;, u -qç r^ 7,aT:ixyrtp^^'^'^'^ ^^l^ aiV/ei tyjç •Aocvlaç Ç^^crt;;, xatvbv
àAAa^a[j.év^ xaAÂoç èçwpafcra-rc {'2).
« 0 conceptionem partumque ac infantem, quibus exitiosus
peccati partus elanguit salutisque multa proies innotuit. 0
infantem, per quam natura quae malitiae ac vitiositatis turpi-
tudine consenuerat, novum induta decorem praeclare exorna-
tur! »
Et le moine Épiphane n'est pas moins explicite, quand il dit:
Où Y^P ^'^y,^ '^■'iv TcapOîvtav xairà k^cz-pâxtiav /.ai àycova, wazsp twv yjyoci-
(1) Combef. Auct. I. Sur la légende qui a trait à l'annouce delà conception de
Jlarie, voyez notre article : La festa délia Concezione di ÎMaria SSma nella
Chiesa greca, dans le BesscnHone, fasc. 80, sept.-oct. 1904, p. 98-99.
(•2) W sermon pour la Nativité. Combef. I.
64 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
7.WV al ■AOG[xu>)xépy.i y.xl 'f^q GMopocùvr^q k7:i[J.z\où[J.zvy.i, àXX iv. (^ùgzm:,
OTTsp saxiv èîar'psTiv 7:a7(ov twv yjvy.i:/.(<yj v.y.l çsvov t-^ç àv6po)7:ivr;ç
çjaewç (1). « Nec enim habebat virginitatem cum abstinentia et
tentatione, ut mulieres modestiores ac de temperantia solli-
citae; sed e.v natura illam habebat quodeximiuin est ac singu-
lare supra omnes leminas, et ab liumana natura alienum. »
Enfin, ceci est encore confirmé par le fait que, dans les écrits
des Pères de l'Église grecque, la personne de Marie tranche sur
tout le genre humain à tel point d'être mise comme en opposi-
tion avec celui-ci. Sévère, patriarche d'Antioche dit ces paroles
remarquables : « Quamquam enim Maria de terra est, et huma-
nam naturam nobisque consubstantialem sortita, attamen
intemerata est omnique macula carens (2) ».
En résumé, si Ton consulte la tradition de l'Eglise grecque,
on verra que la nature de Marie constitue comme une nature
à part, qui n'avait peut-être son égale qu'avant la chute des
premiers parents. Aussi bien y est-elle représentée comme
étant la seule créature qui soit sans péché; sa sainteté, y est-il
dit, est absolument parfaile, son âme a toujours brillé de
l'éclat de la justice.
A la considération de l'homme avant sa chute fait suite celle
de l'homme réconcilié avec Dieu par la justification.
Au chapitre précédent (3), nous avons déjà vu que Marie est
exaltée au-dessus des justes de l'Ancien Testament. Nous ne
voulons pas parler des saints de la nouvelle alliance, qu'elle
surpasse de loin, au dire de Basile de Séleucie : Ti; luv or/, ht Oau-
[j.iasis Tr,v [j-sy^Ar^v -f^q ©scTiy.cJ 2jva;j.',V y.at dj^v b~zpy.vi'/ti tojç 'susur
Ti[J.w;j.3v aYtouçJ zl \'yp toï^ oojXciç s Xpiaxoç xzixJ~r,y oÉoojy.s '/apiv,
Tiva ypr, vop/'i^etv ty] M'/)-pi t-Jjv 'ia-)^'JV ; 'Apy cl>y\ tSÙm [j-si'ucva twv bizr^-
yitov; r.y^râ xcu ov;Xov (4). « Quis non miretur magnam Dei geni-
tricis virtutem : et quantopere superemineat quotquot hono-
ramus sanctos? Nam si Christus servis suis tantum impertitus
est gratiae...... qualem matri virtutem inesse cogitabimus?
(1) De vita Deiparae, C. x,p. -^"i. Ed. Dresselii.
(•2) Homélie sur la Mère de Dieu. Mai. Spicil. Rom., t. X.
(3) ROC. 1904, p. 521 et 522.
(4) XXXIX" sermon, pour TAnnouciation de .^larie.
LE DOGME DE l'iMMACULÉE CÛXGEPTION. G5
An non maiorem multo quam ei subjectis? Cuivis notum
id est. »
Mais, si la justification de Marie dilïere de celle du reste des
hommes par son intensité, s'en éloigne-t-clle aussi quant au
temps? En d'autres termes, regarde-t-elle déjà l'instant de sa
conception, au dire des saints Pères? Ici une difficulté même
que l'on objecte souvent servira de réponse.
Nul n'ignore que l'Église grecque, comme d'ailleurs la tradi-
tion latine aussi (1), vénère dans saint Jèrémie et saint Jean-
Baptiste deux justes sanctifiés dès le sein de leur mère. Les
livres liturgiques sont explicites pour le premier d'entre
eux (2). Quant à saint Jean-Baptiste, ce qui est plus fort, sa
conception est appelée sa/^^e, illustre, divine même (3).
Comme raison de ce privilège, l'on avance leur relation spéciale
avec le Messie, puisqu'ils ont eu la mission de le prédire et de
préparer ses voies. Or, dit-on, Marie aussi, en sa qualité de
Mère, est unie à son fils; rien d'étonnant donc qu'elle ait été
justifiée de bonne heure, sans qu'il soit pourtant nécessaire
qu'elle ait été immaculée dans sa conception.
Fort bien, mais si Jérémie et le Précurseur ont été justifiés
dès le sein de leur mère en prévision de leur haute destinée
d'annoncer le Messie, qu'en sera-t-il de la Mère de Dieu dont la
sainte mission de donner le jour au Messie est infiniment plus
sublime? La loi de proportion exige que sajustification, reposant
sur un titre plus noble et plus élevé, soit plus radicale encore.
C'est bien, semble-t-il, le sentiment implicite des Pères affir-
mant que la justification de Marie dépasse en sainteté tout ce
qui existe dans la nature. "Eoîr. vàp ty;v j-sp Tràaav T-r^v oJaiv
àYiacOîTcjav ty) /.aOapÔT-^jTi, 7,al oixaLWÔstaav £7. [XYjTpaç, [j.y) vi[.>.o'j
SouA£U£r,v ^apùr/)!'. (4). « Decebat enim eam, quae supra omnem
(1) Saint Thomas, .S. Theol.lU, qu.xxvii, ad l.Nous prenons lo fait on soi, sans
vouloir discuter si oui ou non il est conforme à la saine exégèse biblique.
("2) llpà Tcù (TE 7t),aT6v)vai itpOYvwo'Ttxwç \Lf\xpbz iy. xoiXta; rjYiâaOvic; (T' trojiaire di'
la 1'* ode du canon, à l'office de l'aui'ore au l" mai).
lù TrpoxaOYiyiaia; tèv \moYr,zr\y aou, AliaoTa, Ttpô toxîtoîj (!''' tropairi^ de la 'A'' ode,
ibid.).
(3) Dans les tropaires du 24 juin (Nativité de saint .J(\in-Haptiste) :
"2* stichaire aux vêpres; Menées. Ed. romaine, p. oi:î.
3'^ stichaire aux laudes; ibid., p. 349; et de même, dans roffice du 2 1 sept. (Con-
ception de saint Jean-Baptiste).
(4) Théophylacte de Bulgarifi, l. c.
ORir.JJT CIIUÉTIE-N. 5
GG REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
naturam sanda erat et pura atque ex ipso utero justificata,
liaudqiiaquam subdi oneri legis. »
Ces considérations du reste seront confirmées, si nous exa-
minons plus intimement la nature de la justification de Marie.
La doctrine des Pères de l'Église grecque nous amène à faire
les conclusions suivantes :
1. Marie nous est représentée comme \di premièi^e des créa-
tures justifiées, comme les prémices du genre humain trouvées
vraiment dignes d'être offertes à Dieu depuis la prévarication.
T-?;c Tct» yivo'jq -rjiJ.wv xzxpyr;:; oi àp-apTiav 7.axay.piQsiV/)ç, dit en effet
Basile de Séleucie, osuiépaç £-/p7^Ço[ji.£V àizapyj^ç àvapiapr/^-su y.al
Traaav "TLK'qpoÙGr^ç otxaicauvr^v " oi ■?;: x-xv -o GW[j.a (7Uvap;j,oA070'j;-;.sviv,
7:pci7V,'îT0 zih.v ■ïzXq àv6po)7:ciç (1).
« Quum generis nostri primitiae per peccatum fuissent con-
demnatae, primitias alias innoxias et quae justitiam omnem
implerent, necessarias habebamus, per quas totum corpus
capiti coaptatum commissumque hominibus iterum redde-
retur. »
2. Comme l'indiquent les paroles mêmes « prémices du
genre humain », il s'agit bien de la nature limnaine justifiée,
c'est-à-dire lavée de la tache originelle qui contamine la nature
de l'homme.
3. Cette justification de la nature humaine, dont Marie est les
prémices, est due à la vertu du Verbe incarné, car par ses
forces la créature ne peut être constituée dans cet état. Saint
Germain appelle Marie : 'II -pwr/; tcu TrpwTou Tu-iwiJ.a-oç xôîv zpoYÔ-
vo)v àvay.A-/;(ji,ç, •/) Tipoç àzâOs'.av toj ttîtîovOÔtoç yavouç è-âvcooç (2).
« Prima primi 'lapsus primorum parentum revocatio, lapsi
generis in rectum statum restitutio. »
4. Le résultat final de cette justification est de faire de Marie
les a prémices des fonmes », comme Jésus-Christ est « les
prémices des hommes (3) ».
5. Cette justification donc affecte la nature humaine de
Marie, ou directement et radicalement ou bien seulement
d'une façon accidentelle, c'est-à-dire comme celle des autres
(1) Sermon sur la Mère de Dieu.
(2) Sermon pour la Nativité de Marie. Combef. I.
(3) OI[Aat )>ÔYOv i"/îiv àvôpwv (aèv xaOapôraxov xi;; èv àYVEta aTrap/î)? y-YOVÉvai tov 'Ir-
aoùv -yuvaixwv oivfi'i Mapiâa. (Origène. In Mattli., t. X.)
LE DOGME DE l'iM.MACULÉE CONCEPTION. 67
justes, après avoir été un certain temps atteinte du vice originel.
Le second terme de cette alternative n'est pas compatible avec
le langage des Pères, car Marie est appelée simplement et pu-
rement prémices, comme Jésus-Christ lui-même, dont la na-
ture n'a pu passer d'un état à l'autre; et du reste comment
constituerait-elle les prémices du genre humain, si elle ne se
distinguait pas du genre humain, dont tous les membres sans
distinction sont sujets à la souillure d'origine? Il faut donc
que sa nature soit justifiée radicalement, dès l'origine de son
existence même, c'est-à-dire que Marie soit justifiée dès sa con-
ception.
De la nature humaine passons au monde angélique.
Nous avons vu plus haut (1) que Marie est proclamée par les
Pères plus sublime que les anges, plus élevée en dignité que
les ordres angéliques les plus parfaits , et nous avons même
tiré cette conclusion que, puisque les anges doivent leur si
grande pureté à l'intégrité de leur nature, il faut que l'àme de
Marie n'ait jamais pu être un seul instant atteinte de la faute
originelle (2). Mais la doctrine des écrivains ecclésiastiques
est plus expressive encore; notons-en ces deux traits caracté-
ristiques.
1. La nature de Marie, selon Isidore de Salonique (3), est
supérieure à celle de l'homme; elle est en quelque sorte une
nouvelle créature, TO/.aivbv OT^^.izùç)^('q\}.x -/.y), h 6-èp voùç avOpoj-
zoç, ûTTcpçusuTaToç %oa ôeoupYtxw-caxoç av0po)7:oç; elle doit doiic trou-
ver sa place entre l'homme et l'ange, étant créée d'après le type
de celui-ci, xa-:' àv^sAcu:; o-(]\xiouç)'frf^zXijy..
2. Tout en participant à la nature de l'ange, elle en diffère
cependant. Il faut distinguer deux choses, dit avec grande jus-
tesse Sophrone l'Ancien, la nature et la grâce. La nature angé-
{\)ROC. 1004, p. 14 et 15.
(2) Un rapprochement semblable se retrouve dans un sermon attribué à saint
Grégoire de Nazianzo. 'ATrsffxâXvi ôoùXo; àawfxaxo; upô; uapOÉvov à(x<^),uvTQv, à7ie(TTâ),y)
ôâ[AapT£ai; IXeiiÔepoî Tïpôç tv); (p6opà; àvETt to jxtov. (3'" sermon pour l'An-
nonciation. Inler opp. Grég. Naz., t. II.)
(3) Sermon pour la Pi-ésentation de Jlarie.
68 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
lique, dit-il, est plus élevée en dignité que celle de Marie, mais
la grâce de celle-ci est plus grande. Elle possède toute la grâce
propre aux anges, et plus encore. C'est pourquoi elle est d'au-
tant plus élevée au-dessus des anges que les grâces lui ont été
données plus abondamment. « Nam angelorum quamvis celsior
natura sit, non tamen gratia major, quiaetipsi gratuita gratia
ne corruerent sunt salvati. Credendum est ipsam ampliora
promeruisse virtutum privilégia, et percepisse gratiam ab an-
gelis etiam collaudatam. Hinc et Maria cunctis tanto venerabi-
lior, quanto gratiosior » (I).
Mais, pour être si considérable, la grâce de Marie ne doit-elle
pas nécessairement comprendre la justice originelle?
Dans le cours de ce ti-avail, plus d'une fois nous avons déjà
relevé le langage des Pères attribuant à Marie des épitliètes et
des expressions qui ne se retrouvent appliquées qu'à Dieu ou
à son Fils. Nous pourrions encore citer nombre de textes où
Marie est appelée divine, amie, fille, épouse de Dieu, où un la
déclare l'image parfaite de la divinité, retraçant les traits de la
similitude divine d'une manière plus complète qu'Adam au
moment de sa création. Mais nous prèli'rons nous en tenir à
l'idée (lui dominera t(.>ut ce paragraphe, c^st-à-dire à la consi-
dération de sa nature proprement dite, considération qui
entre plus directement dans les conclusions de notre thèse,
puisque, s'agissant d'un péché qui souille notre nature, il est
clair que prouver l'existence en Marie d'une nature incompa-
tible avec cette souillure, c'est prouver l'immunité même du
péché originel.
Nous avons vu jusqu'ici que la nature humaine de Marie est
au fond la même, mais plus parfaite que celle d'Adam et d'Eve
avant leur chute; qu'en tout cas cette nature n'a aucun des ca-
ractères de la nature déchue. Elle a été justifiée, mais cette jus-
tification s'écarte eSîentiellement de la justification propre aux
saints et aux justes. La nature sanctifiée de Marie, selon le
sens et avec les réserves faites au paragraphe précédent, dé-
(1) Sur rAssomptioa dft Marie. Œuvres de saint Jérôme t. XI.
LE DOGME DE l'IMMACULÉE CONCEPTION. 09
passe en grandeur et en éclat la nature angélique. Bref, elle est
sui generis. Que sera-t-elle en comparaison de la nature di-
vnie
La conclusion est claire : la nature de Marie vient immédia-
tement après celle de Dieu, elle est inférieure à Dieu seul.
'Kizsic-q lajTYjV Scuxipav [v.èv ©ôou, où ypcnvMq 'hi^(ii),-fi ob^lr^ os, 7:p('<)--qv
Tôâvxwv àopix-ii)^ TE /,izi cpaxwv y.ir.ai^.âxwv ctvai TCiaT£uo;x£v (1).
« Etenim hanc secundcwi quidem post Deum, et priiiiain,
non tempore dico, sed gloria, inter invisibiles omnes visibi-
lesqite creaturas credimus ». Plus loin il dit encore : « sed uni
Deo inferior, omni autem creaturae superior ».
Isidore de Salonique (2), avec sa précision dogmatique ha-
bituelle, prévient toute objection : Aéyo) oà a-Kzpub-qxa. i^.sv -ml
zvOpoWoiç ayzZo^ a(fpaGT:a,, Bto\jp\'v/.ot. v.al -aùir, Trpoffîîvai T:'Kî.cys.'/,z-f][J.y.-:y..
0c(o o' £Ç ïffYjç cùo£7uct£, àXXâ yz TTpb:; [J.àv iiiJ.xq, Seov av cÏtcoiç" t-J^v
■TïâvaYVOV, XYj xaô' ÙTïspSoXr^v aùi-^ç àp£r?i, Tpoç oè ©sbv, toDt' aùxô
oTCEp £ffT!.v, à'vBpo^xoç -rj izapOévoç. « Contendo sane mente incom-
prehensas et hominibus propemodum ineffabiles ac deificas
ipsi {Mariae) dotes inesse; absit tamen ut eam Deo parem tan-
quam habueris. Sed purissimam illam DeUm dixeris propter
virtutis ejus eminentiam, si nobiscum ipsam compara\eris;
sin vero eam cum Deo contuleris, lioc quod reipsa est, Virgo
apparuerit, scilicet homo. »
Après cela, supposons qu'aux Pères grecs réunis en conseil
l'on eût posé cette question : Marie a-t-elle été un seul instant
de son existence entachée de la faute originelle? Qui pourrait
douter que leur réponse eût été négative?
2. La personnalité de Marie considérée en elle-niênie.
Nous entrons dans un autre ordre d'idées.
Après avoir considéré Marie dans la synthèse des êtres, il
convient de reporter son esprit uniquement sur elle-même
et de voir comment les prérogatives, qui forment l'apanage de
sa sublime personnalité, ne trouvent leur raison suffisante et
(1) Pierre de Sicile, 2' Sermon contre les Manichéens. Jlai, Xova Pabum Bibl.,
t. V, p. m.
(2) L. c.
70 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
leur plein <''panouissement que dans son immaculée conception.
Commençons par connaître de plus près sa prédestination.
1. La prédestination de Marie, au dire des Pères grecs, con-
siste dans la pvéélection que Dieu en fit de toute l'étei-nité, pour
devenir la Mère de son Fils incarné. De fait, l'on rencontre sou-
vent des expressions semblables à celles-ci, tirées d'une homélie
de saint Jean Damascène : Xaipiic r, T.pcMpi7'^.iTQ [vtr-'Cip Ws^D*
yaipoiq -^ 7:psc7.ÀîAS7;x£vT, -f, r,pl a-.wvwv [iouAr^ 'Ou ©scj, vyjç OsiOTaTCV
|3Xâc7T-/; [j.a (1). « Ave qui\e prae destina ta es Dei mater. Ave quae
consilio Dei ante saeculâ praeelecta es, ut divinissimum terrae
germen ».
2. Cette préélection suppose différents actes de la part de la
divinité : la prescience divine, son amour pour l'objet pré-
connu, enfin le décret de prédestination. Le succession logique
de ces différents moments est admirablement résumée dans les
paroles suivantes du grand Docteur de Damas : 'Q àxa-raX-r^Tr-oiv
7.01.1 àTroàpTjTwv Oaujxâtoiv" aè TcpcYvoiJ? b twv cawv Qibç «Hav T^YâT:"/]ac
7.7}. x';7.-rt(y(xq Tupctopiae, xal è::' ia'/aTœv twv ypôvwv s'.ç to sîvai Traprj-
vays, y.al 0scT6y,:v [j:r,~époc 7.~jX TiOr,vbv tcj o'.y.sîcj 'j'.cu y.ai /.ôyca àvé-
G£i;£ (2). « 0 miracula mentis captum et sermonem excedentia!
Dignitatem tuain /)rrtecop'nosce?<s universorum Deus, teproinde
dilexit, ([\\ecXdin\q\iQ 2waedestinavit atque extremis temporibus
ad esse perdiixit, ac Deiparam matrem suique Filii et Verbi
nutritiam effecit. »
3. Pour être l'objet de la singulière prescience et de l'amour
divins, il fallait que la nature de Marie en fût tout spécialement
digne. Cette dignité particulière forme la raison dernière de sa
prédestination, et n'est nulle autre que celle de sa future ma-
ternité. Or, le contenant doit être en rapport avec le contenu ;
et, si le contenu est ici la pureté même, le contenant, la per-
sonne de Marie, doit donc être d'une absolue pureté. En vertu
de ce principe, peut-on concevoir en elle, ne fût-ce qu'un seul
instant la tache originelle qui ternirait cette intégrité néces-
saire?
4. Aussi bien le décret de prédestination renferme-t-il deux
actes concomitants que les Pères grecs çà et là nous décrivent
(1) 3" Sermon pour la Dorinition de 31aric.
(2) I" Sermon pour la Nativité.
LE DOCiME DE L'iiMiMACULÉE CONCEPTION. 71
minutieusement, et qui sont de la plus haute importance à
noter pour la conclusion de cette enquête.
Tout d'abord, il faut relever la sélection par laquelle cette
sublime créature a été comme distraite de ses semblables et
choisie parmi elles, comme l'on sépare une pierre précieuse des
scories où elle est enfouie. Cette idée nous est répétée sous les
formes les plus variées, telles les appellations suivantes : ax7.\j-
^oq... Y) TiavTbç à-(-(ouq £;wx,ia[;iv/). « Vas ab omni vase secre-
ium (1) ». « Eledum vas quod Deus sibi se posiiii (2). »
Ainsi choisie, cette créature privilégiée reçoit encore une
préparation toute spéciale en harmonie avec sa destination.
L'acte du Créateur la distingue, si l'on peut ainsi parler, du
reste des hommes; il lui façonne du moins une nature humaine
exceptionnelle, tranchant sur celle de toutes les générations
par je ne sais quoi de spécial qui la met, vis-à-vis d'elles, pres-
que dans l'isolement. Ces paroles de Tarasius sont remarqua-
bles à cet égard : Ai' aù-cbv oè Tbv 7ïpoarjAr,cp6xa y.ai t^ç iv/^zÙQr^q coq
zavayvou tç/ z.ly.bv2 'lxÙ. -b Trpcarjy.cv a£6s[J.s6a" b.'^fiy. ^{h.^ cvto); ajT-/;, ù)q
-bv p.ovcv «Yiov àpprjTt))ç àKCV.u-^^aaaa" v. yàp h ©sbç -w ASpaà;/ èvîvy.çfv
7:pot7£-a^£ oà[j.aA',v xpiETiucua-av xal a'.ya Tpi£':tî^ouaav T:^''''^q /.a6xpi(7[j.bv
Twv di'J'/wv , T.^q -q 'îzxpOiyoq -f] TrpoopiaOcîaa à-rzo 'AxiGZMq y.6a[J,0'j
xal £X TyaGÎôv ^(zvzM^ 7:poe.y.\v/JitX(j(x zlq y,aTcr/,-/;x7]piov «[j.oXuvtov, v.cà
-Kpoaivey^^ilGa elq vabv àviov Tw riavToy.pàtopi, obyl zi\jÂoc r.od xaôapà y,al
à\J.bh'jvzcq y.y.Ma-r^'A.t^ xal zpoaçopà a[j.oi[;.cç if^q à^Opiù^irriq o'jff£0)ç (3);
« Propter ipsum autem qui carnem adsumpsit, etiam geni-
tricis ut omnino immaculatae effigiem eo quo deeet cultu vene-
ramur. Ipsa enim vere sancta quae eum qui unice sanctus est
arcana ratione concepit. Si enim Deus Abraham um jussit
afferre vitulam triniam et capellam trimam in animarum pur-
gationem, quomodo Virgo a creatione mundi praedestinata et
ex omnibus générât ionib us praeelecta in impoUutum domi-
cilium et omnipotenti oblata in templo sancto, non honore
digna et pura et impolluta exstet, et oblatio immaculata hu-
manae naturae ? »
5. Arrêtons-nous un moment à considérer la nature de Marie
telle qu'elle doit être dans les archétypes divins, selon la doc-
(1) Saint Jean Dam. 2" Sermon pour la Nativité de Marie.
(2) Saint Germain, Sermon pour la Présentation. Marucciiis, ujj. c.
(3) Sermon pour la Présentation de la Mère de Dieu.
72 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
trinr des Pères de l'Église grecque. De tout ce qui précède il
ressort à résidence que Marie, étant dans sa prédestination
choisie comme Mère de Dieu, et, pour le devenir, y étant
spécialement préparée, doit posséder une nature digne des
complaisances de la sainte Trinité. Ce caractère d'ex-
ceptionnelle sainteté écarte donc toute idée de souillure ou de
péché.
0. Nous en venons maintenant à la prédestination dans
y ordre cVc:vêcution. Quand intervient l'acte du Créateur, cette
nature ainsi conçue, ainsi constituée dans le décret de prédesti-
nation, reçoit l'existence. Mais, si elle est créée telle qu'elle est
dans les archétypes divins et que dans ces archétypes- elle est
absolument pure et sans tache pour les raisons développées plus
haut, elle sera telle dès sa conception, qui est le moment pré-
cis où elle reçoit l'existence.
Que cette doctrine soit bien celle des Pères grecs, le passage
suivant emprunté à Photius le démonti'c clairement. En effet,
le fameux Patriarche, en i)arlant de la virginité de Marie, con-
servée intacte durant toute sa vie, ajoute aussitôt que sa pré-
élertion, autre insigne privilège, est restée de la même façon
absolument indemne. Or, la préélection embrasse et l'éternité
et le temps. Donc, peut-(»n inférer, Marie dès sa conception
possédait sa sainteté et sa pureté incomparables. Et l'ab-
sence du péché originel y est certes comprise, puisque Photius
relève spécialement son immuable horreur pour le mal et sa
constante inclination vers le bien pai'fait. « "O-ct zl [xivcv tt^v 7:ap-
Osvuv à'ypavTOV ot£-f,p'r;(jsv, àXXâ ye /.al T-rjv TrpcaipîJiy à[j,6Xuv-GV auvs-
r(^p-/;c7sv * Ôti ïy. ^pé<^z\jq y,oi-r,\'i(X'7()r, Qsm, Aabç ï[)jboyoq xal àXâcsu'Oç t(o
T7;ç TtapOîvîaç ùrspXaiA-pcv , cià 10 r^ç hpizioLC àixiXuviov , oià xb ■z■f^q
T.pc7.ipi(JHùq •/.aOap(.')TaTCV , cià 10 tïjç <i'J*/^ç Trpbç rr;v à[J.ap-(av àppuzàç
7,r. TcD y.pz'—ovzç c(ixz-y--M-zv (1). « Neque enim solam virgini-
tatem servavit intemeratam, sed et praeelectionem custodivit
il/aesam, quoniam ab infantia consecrata Deo, lapis animatus
et non incisus extitit régi gloriae propter corpus illibatum,
propter supersplendidam virginitatem, propter innocentiam
inviolatam, propter purissimam praeelectionem, propter ani-
(1) Conini. in Luc, I, 30. Mai, Scrij)!. vett. I, L\.
LE DOGME DE l'fMMACULÉE CONCEPTION. 73
mam adversus peccatum immutabilem et erga id quod optimum
est constantissimam. »
Nous avons déjà anticipé sur les considérations suivantes
qui regardent la conception et la naissance de Marie. Et d'a-
bord il faut observer que, dans le langage des saints Pères, ces
deux stades, que nous sommes habitués maintenant à distin-
guer avec tant de soin, sont très souvent confondus; et l'un
est pris pour l'autre, ou même l'un est signifié par l'autre (1).
Néanmoins il y a dans la conception de Marie tout un ensemble
de circonstances qui indiquent quelque chose d'extraordinaire
en la comparant à celle des autres mortels.
Marie naît de parents stériles, elle est le fruit de leurs prières
et de leurs jeûnes, le germe de la grâce plutôt que de la
nature (2). Eux-mêmes se font remarquer par une sainteté
supérieure à celle des autres justes (3).
On parle de sa conception à venir, de sa conception même,
comme de celle d'une créature dans la facture de laquelle Dieu
seul est intervenu, et elle est dépeinte dans ce stade de son
existence, absolument comme dans sa prédestination et dans
le reste de sa vie.
'Q, \):(]Tpa vqq "Avv/;ç àotoi[xs, dit saint Jean Damascène, iv fi -o
xatà [xv/.p'ov è; ot.'JvriÇ ■KpOG^TiV.aiç rfjçrfi-q y.a\ or,a[xcpço)Osv k^éybr, [ipé<fzq
Tzâvoc'^^to^r M ^(ao-r^p ojpavbv èv aùt?) y.'JosopTjaaaa £[;.(|iU)(ov, vr^q o'jpavwv
c'jpu)(O)p{aç7:Xa-JT£poV{ï)0au[j.â-ro)v 0aû[;.aTa,y.aÎ7îapa8i^wv TzapâZoza (4).
« 0 praeclarum Annae sinum, in quo tacitis incrément i s
auctus ex.ipso atqueformatus fuit foetus sanctissimus ! 0 uterum
in quo animatum coelum coelorum latitudine latius concep-
(1) Voyez par exemple Théodote d'Ancyre, dans son sermon sur la Mère de
Dieu. Galland, t. IX ou Migne, l. c.
(2) Tô Tïj; yâpixoç pXâ<îTyi|xa, expression de saint Jean Damascène dans son 1" ser-
mon pour la Nativité de Marie.
(3) ... Kai ôv] Tï)(; àfrexrjç ôjaoti'ijlwç xat ô[j,o'|iû-/(o; àfiçôxcpot i^oi.av.ria(x.'Jtti oO-^ :^ixov
Oàxepo; ôaxépou itâvxa; xoù; y.oct' èxeîvou -/.aipoO h/ xaùxi;), ôitôdov oOx r^v sîixsïv, pa&tw;
OTtepyjxôvTiTav. ■< Ibi sane virtutem aequo concordique animo utrique exercentes,
aeque unusac altéra omnes illius aelalis homines, quantum vix dicti potest, facile
excesserunt ■<. Pierre d'Argos. Sermon pour la conception de sainte Anne.
(4) Premier sermon pour la Nativité de Marie.
74 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
tum fuit ! 0 niirarulorum miracula, et reruin niirabilium res
maxime mirabiles ! »
C'est pourquoi enfin Georges de Nicoméclie n'hésite pas à
dire que la conception de Marie dépasse les limites de l'intel-
ligence humaine (1).
Il en est de même de la virginité perpétuelle de Marie. Dans
le langage des Pères, elle indique plus que ce qui est compris
ordinairement par ce mot, plus même que l'insigne privilège
d'être devenue Mère en dehors des voies ordinaires de la
nature. A ce langage, il faut trouver une raison suffisante et il
n'y en a pas d'autre que celle de supposer en elle Timmaculée
conception.
Celte proposition, forcée au premier aspect, est appuyée sur
l'analyse du concept de la virginité de Marie, tel que se le sont
formé les saints Pères.
Remarquons au préalable que l'idée de virginité impliquant
(sans réciprocité toutefois) l'idée de pureté, il ne faut pas les
séparer en étudiant la doctrine patristique.
1. Or bien, pour la décrire, les auteurs ecclésiastiques s'in-
p'nient à nmltiplier les synonymes et à trouver les épithètes les
plus expressi\"es, comme si rien ne pouvait donner une idée
exacte de la grande chasteté de Marie.
2. C'est que cette pureté est telle qu'il n'en a jamais existé de
semblable. Ojoà vàp r.ûir.o-é Ttr, dit saint Germain de Constanti-
nople, YÉycvsv •?, -;z^rr,'7Z~xi -oixjTç, vSKLovfi oiyj.y.iJ.T.o'j'jX (2) . « Nulla
sane cjusmodi fulgens pulchritudine inventa unquam est aut
invenietur. »
3. Elle est même au-dessus des forces de la nature humaine,
au dire du moine Jacques : '0 to ûr.epaukq t^; èv aùx^ xaivoTC[j,oj-
lj.£v/;ç èvopwv y.apTsptaç [Qtôq]... (3). « Novam illam naturaque
potiorem aiiimi virtutem in ea spectans (Deus)... »
4. Elle dépasse la pw^eté angélique, comme s'exprime Pierre
(1) li^|jisç.ov Y) àotôSciyXo; toO pacriXe'wç èpetôofiéwi TtùXvi, aCiToû [làv tïj ÛTiÈp ëvvoiav
TtposxiiJii^etai ôcôoco. Sermon sur l'annonce de la Conception de Marie.
(i) Sermon pour la Présentation.
(3) Sermon pour la Présentation.
LE DOGME DE l'IMMACULÉE CONCEPTION. 75
de Sicile : Il T^oi^iy.'(ici. IlapOevoc, y; 'I'U/TiV /.al aM[icf. û-kp tàç olpy^iv.^
c'jvaij.si; /.Ey.aOapijivYj (1). « Sanctissima Virgo, cujus anima et
caro plus quam coelestes virtutes fuerat purificala. »
5. Cette pureté extraordinaire n'est pas le résultat d'efforts
personnels. Dieu en est l'auteur ; il l'a voulue môme dans pré-
destination. Elle est le fruit de la grâce divine qui était en
Marie avant de recevoir la vie et «près elle ne l'a jamais
quittée, dit saint Isidore de Salonique.
'0 zupio? \}.t-7. aoj, oç aot T^apïjv z,al -rpo -oj j^tou, y,y.l Ysvv/]Oîf'o'"f;, y.a',
■rrpô •'£ TOÛ àaxa(7[^.oO, y,al vca-:' exstvov oy), xai j;.£t' ly.sTvov xpozov
« Dominus tecum qui tibi adfuit et ante vitam, et quum ge-
nita es, et ante salutationem et cum illa, alioque modo post
illam. »
6. La virginité, dit Théophylacte, comprend non seulement
le corps, mais encore et surtout la partie spirituelle (3). Mais
Marie seule a toujours été vierge et d'esprit et d'âme et de
corps... T-^v [jivrjv v.ai vw y.jci '!/uyfj /.xi (7w;xa-'. àîf.-^ipOîVsuoucrav (4).
7. Sa pureté résulte encore delà parfaite harmonie subsistant
entre la chair et son esprit. L'esprit immobilement fixé dans
le bien, attirait la chair dans la même direction.
'H yàp o-àp^, dit saint Germain de Constantinople, oux £[;.TCoo(C£t
-r, G'jvâ[;.£i y,al svapysia loXi TîVS'JiJ.a'ôç ffcu ' OTiTrep OkSU OTasi tcvsT acu xo
7:vsD[Aa, è7:cio-/) xaôapbv touto xal auAov, àçOap-ov xal àxr^Xicoj-cov, xal
Tcu -VEÛiJ.axo;; Tou «Yicu a'jvoiaTiy.bv -v£U[xa /,at tv;ç [xov^yîvsu; OîÔtTj-oi;
Èy.y.Asy.TOv (5).
K Nihil enim caro virtuti atque efficaciae tuispiritus obest,
quippe tuus ille spiritus ubi vult spirat, quum mundus sit et
vacans materia, incorruptus et incontaminatus, sanctique spi-
ritus sodalis, et Unigeniti deitoti delectus. »
8. Aussi bien, la chair de Marie mérita-t-elle de devenir la
(1) Adv. Manich. Cette expn^ssioii yexaÔapjjLÉvYi signifie certes que Mario a été
purifiée, car Dieu seul est pur par lui-niènie ; mais comme elle n'assigne aucune
limite de temps, on ne peut a p»7ori mettre cette purilication après sa conception.
(2) Sermon pour la Nativité de Marie. Ces paroles pourraient être ajoutées aux
textes des saints Pères citées plus haut à propos de la prédestination de Marie.
(3) Oùx àpxïï (Ta)|j.aTa elvai àfîav, àXXà Seî xal irveûfiaTa... i-Kti itoXXat tô (Twjxa
àyvai xat àjJiôXyvTot oôaai xax£<JirtXa)[A£vac da\ 'zr^-i 'l'y/^v. Comm. ad I Cor., vu, 31.
(4) Saint Jean Damascène, premier sermon pour la Dormition de Marie,
(b) Sermon pour la Dormition de Marie.
76 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
■chair du Qlirist. Si on ne peut concevoir celle-ci le moins du
monde souillée, pourquoi n'en serait-il pas de même de celle
de la Vierge?
Ncîiv -/S.'. 'ii'jyrjV "/.ai ay.Çi-/J:,q 10 iji'jpajAa T:poffîiÂr,9(Oi;, Bsstiy.e, iv. œyjç
[xr^tpaç à'/pâvTCu z Oeb; A6yoç y-xx' aArjôsiav à'vOpioTcoç ov^Or, (1).
« Mcntcm etanimam carnisqueinassam, o Deipara, eximma-
culato tuo sinu Deus Verbum accipiens verus homo visus est. »
En résumé, il faut conclure que la virginité de Marie est un
fait exceptionnel, absolument inouï. Mais en quoi consisterait
cette exception, si le péché originel avait troublé la limpidité
virginale de son âme?
Nous avons déjà fait allusion au privilège de Vassomplion
corporelle de Marie en parlant des effets du péché originel. Ce
sujet comporterait d'amples développements à cause de son
actualité et de l'intérêt qui s'y rattache. Nous ne parlerons
pas donc du témoignage de la tradition en faveur du fait, que
nous tenons pour indéniable (2); mais seulement de ce qui peut
jeter (juelque lumière sur le dogme dont nous nous occupons
présentement.
L'assomption corporelle de Marie suppose une question préa-
lable : Marie a-t-elle subi la mort? En consultant la tradition,
il semble qu'on puisse y répondre par cette distinction : Si, par
mort, l'on entend la disjonction de l'àme et du corps par voie
de dissolution, non ; si, au contraire, l'on n'y voit que leur
simple séparation, rien ne s'y oppose, parce que, sans répu-
gnance aucune, les deux éléments du composé humain, tout en
restant intacts, peuvent à un moment donné se réunir. Que tel
soit bien le sentiment des Pères grecs, on peut l'affirmer d'une
façon générale.
1. Ils ne peuvent admettre que le corps de Marie puisse être
sujet à la corruption. Tv;v zâvayvcv se, dit saint Siméon de Salo-
nifjue, £'. xal [;//jC£vl Twv --(vniihiw ty]V xoiaûr/jv à^â.yy.T,Y (l'orateur
parle ici de la corruption du corps) oiasuYsïv èv^v, -iOcv â'v ~i;
TOÛTO) '[S uTiOTTiK-siv T(T) TTCtôci BoiY) ciy.ai'wv, "^ç Y£vo[j,£V/]i;, à.'hrfir^q 7:aatv
(1) 'Oy.Twr5)(04, t^d. cit., p. 42, col. 2.
("2) Consulter à ce proi)os le R. P. Renaudin, De la Définition dogmatique de
l'Assomption de la T. S. Vierge, Angers, 1900,
LK DOliME DI-: l'i.MMACULÉE CONCEPTION. 77
àvaTrXatjiç èzvivO-^as y.al 'Cmt, (1). « Vei'um etiamsi iiulla e creatis
rcbus liuic se necessitali {corruptionis) subduceret; quis uii-
quam concesserit huic malo innocentissimaiii quoque illam
fuisse obno.viam, qim exoriente vera reformatio ac vita omnibus
eflloruit...?
2. Cette incorruptibilité constitue la partie surnaturelle de sa
mort ; tandis que, par le fait de son trépas en lui-même, elle
est soumise aux lois générales de la nature.
C'est ridée exprimée en ces termes par saint Côme Thymno-
graphe : Nt7.r,Tty.à [j,sv [3pa6sîa -i^po) xaO' à -i-qq '^ùczMq, àyvq ©sbv
y-'j-qaxaoL, 0[J.a)ç \).i.\).ou\).évr, oï tcv '::oi-r;Tr,v gou xal ultiv ùizkp çuaiv, û-o-
y.Û7:-£iç Toïç TYjç çjuswç v6[j.otç' 010 fh'fiGy,o\>GX (j'jv TO) uto), sy-'-PT/ ^''^''~
oiaiwvi^ouaa (2). « Victricia tropaeade natura oxtulisti, puraDeum
enixa, simulque factorem et filium imitata tuum supra natii-
ram naturae succumbis legibus. Idcirco aeque ac filius mor-
tua, excitaris simul semper victura. »
3. Ces derniers mots donnent un nouvel aperçu sur la mort
de Marie. La Mère meurt comme le Fils; comme celle du Fils,
la mort de la Mère est suivie d'une victoire : victoire par ce que
la mort ne peut achever son œuvre qui est de réduire le corps
en poussière.
4. Et puisque sa mort est le signal de Tincorruptibilité de
son être, il n y a plus rien qui la distingue de la nature angé-
lique de ce côté. Elle possède l'immortalité au même degré
que les chœurs célestes.
Saint Isidore de Salonique s'exprime ainsi:... îozi... vévîaiv
[J.5VCV àci TO /,«"' 0£'JTr,v /.ai sivai xal ôvcf^.a^scOat y.xxk y.yX x^('[t'Koi, wv
'j-£pT£pa /.aôio-TaTai, y^TOVotsç, àOcévaioi [ji.evoua-1 xal çôopaç àvwTspoi (3).
« ... ipsidebebatur... ut sicipsa semper quamviscreataexisteret,
non secus ac angeli quibus ipsa praecellit, postquam seniel facti
sunt, immortales permanent et supra corruptionem evecti. »
5. Tel est donc, d'après les Pères, le caractère de la mort de
Marie : mort sans dissolution du corps, suivie de l'assomption
de celui-ci. Pour trouver la raison suffisante de l'assomption
corporelle de Marie, il faut évidemment tenir compte de sa
(1) Sermon pour la Nativité de Marie. Cf. saint Germain, premier sermon pour
la Présentation.
(2) Cité par Glycas dans sa lettre à Alypius.
(3) Luc. cit.
78 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
divine maternité, parce que, comme dit saint Germain, il con-
venait que celle qui donna la vie au monde la reçût pleine-
ment en partage (1).
Mais ce ne serait pas s'appuyer suffisamment sur la doctrine
des Pères, que de ne pas invoquer un autre motif. D'après eux,
en effet, l'assumption corporelle est en relation directe avec le
péché originel. Saint Isidore de Salonique a écrit encore sur ce
sujet avec toute la clarté dogmatique désirable : wç y^p oùSsvbç
Ttov ojy. £7:aivc'j|j.£vo)v àvOpoWct^ ososiy.Tai xsivwvbç, àXXà xat «yy^^^wv
aYtwTspa [J.Wq, v.ai [j.zvr,'j è"/p*^v \i-q toïç aX)vOtç t^ç xoivwveïv ouaxXr,-
pîaç (2). « Sicut enim exsors apparuit eorum prorsus omnium
quae in liominibus non censentur laude digna, immo etiam
sola apparuit ipsa angelis sanctior; ita oportebat ut sola a
commun! reliquorum omnium miseria eximeretur. »
Grâce à tout le contexte dont nous avons [irécédemment déjà
cité différentes parties, Ton parvient à établir ce raisonnement.
Le péché est la cause de toutes les misères humaines, dont la
mort est la principale. Marie, non seulement n'a contracté
aucune souillure conunune aux autres hommes, mais sa sain-
teté est supérieure à celle des anges. Donc à fortiori a-t-elle
droit à leur immortalité.
Mais la mort est l'effet direct du péché originel. Donc son
absolue sainteté est incompatible avec lui. Donc son assomption
corporelle est la conséquence de son immunité à l'égard de la
faute d'origine.
D'ailleurs, en quoi consisterait le triomplie obtenu par Marie
à sa mort, dont nous parlait Côme l'hymnographe, s'il ne s'a-
gissait pas de la cause (le péché originel) aussi bien que de
son efïet ■? Finalement, comme couronnement de son assomption
corporelle, Marie est constituée Reine et Dominatrice des anges
et des hommes. Les écrits des saints Pères abondent en témoi-
gnages de ce genre. Or, comment serait-il possible que Dieu
déclarât souveraine de l'univers une créature qui eût été,
même un instant, sous le joug du démon, perturbateur de
l'ordre et de l'harmonie par lui créés ?
[A suivre).
D. Placide de Meester, 0. S. B.
(1) Pi-cniier sorinoa pour la Dormition de Marie. Conibef. Auctar.. I.
(-2) Loc. cil.
SIVAS
HUIT SIECLES D'HISTOIRE
1021-1820
Lorsque j'étais à Sivas, il y a quelques années, j'eus entre les
mains un manuscrit qui me parut intéressant. C éi'AitV Histoire
du monastère de Sainte-Croix écrite par S. G. M*-'' Jean, qui y
résidait avecle titre d'archevêque. Ce prélat, mort vers 1827, a
en 1801 entrepris ce travail, qu'il a conduit jusqu'en 1820.
A cause des documents relatifs surtout au xvii" siècle et au
xviii% qui s'y trouvent assez nombreux et proviennent des ar-
chives du monastère, je regrette de ne pas en avoir fait prendre
une copie. Je ne croyais pas en avoir le temps et me suis con-
tenté d'employer tout celui dont je pouvais disposer à écrire à
la dictée la traduction que m'en faisait un de nos professeurs.
J'espère néanmoins intéresser les lecteurs de la Revue par le
travail que j'entreprends à l'aide de ces notes.
Je n'ai pas la prétention de dissiper tous les doutes, ni de
trancher toutes les questions qui se présenteront; j'aurai plu-
sieurs fois cependant l'occasion d'éclaircir des points obscurs,
de rectifier un certain nombre de dates et d^identifications
locales, voire même de corriger quelques erreurs. Si j'ai pu le
faire, je le dois tant à un séjour de dix-huit ans dans le pays
dont je parle, qu'au bienveillant concours de plusieurs amis. Ils
ont cru, eux aussi, que huit siècles de l'histoire d'une ville située,
comme l'est Sivas, tout à fait au centre de l'AnaloIie, est un
morceau assez rare pour être publié.
PREMIERE PARTIE
Sènèkorim s'établit à Sébaste. — Expédition do Basile II. — Le successeur de Sènè-
kèt"im. — Ruine du rojaume d'Ani. — Dernières années de Pierre Kédatartz.
— Ruine de Sébaste. — Les deux Kakig. — Expéditions passant par Sébaste.
CHAPITRE PREMIER
sÈNÈKÈRiM s'Établit a sébaste.
1° Origine de Séljaste. — 'i" État de l'Arménie à la tin du x» siècle. — 3° Causes de
ri'niigration. — 4" Ambassade du prince David. — .^" La Sainto-Croix à Sébaste.
§ P''. — Origine de SébasteJ
On ne connaît pas le nom primitif de Sivas (Sébaste) ; car,
malgré l'assertion de quelques écrivains, il est certain qu'elle ne
fut jamais Cabyra-Diospolis. Lorsque Rome, presque au début de
l'ère chrétienne, réduisit laCappadoce en province romaine, un
camp militaire dut occuper le sommet de la colline isolée qui
se trouve à l'ouest de la ville, et le nom de Sébaste qu'elle reçut
dans la suite semble autoriser la conjecture que le camp lui-
même fut désigné sous celui de Castrum Sebasteum.
Sans doute, à proximité de cette colline et probablement à
l'est de la ville actuelle , sur la rive gauche du cours d'eau au-
jourd'hui appelé Mismil, devait exister une localité dont le nom
est resté complètement inconnu. Deux choses le persuadent :
d'abord l'établissement d'un camp permanent, — ce que les
Romains ne faisaient pas dans les lieux déserts; — puis la
situation de Sivas au carrefour des routes d'Erzeroum, de
Diarbékir, de Malatia, de Césarée, d'Angora, d'Amasia et de
Niksar.
Elle dut à cette position l'établissement de son camp et plus
tard la présence d'un gouverneur. Dès lors et tout naturellement
la localité prit de Timportance et se développa, une ville se
SI VAS. 81
forma et du Castrum Sebastou prit le nom de Sebasteia. Comme
le reste de la Cappadoce, cette ville reçut la foi chrétienne de
fort bonne heure : elle a des évêques connus depuis le second
siècle; au v^ siècle, son siège est métropolitain, il devient exar-
chat au xiii'" siècle.
§ 2. — État de l'Arménie à la fui du X'' siècle.
Pour comprendre l'histoire des Arméniens à cette époque, il
y a deux choses surtout qu'il ne faut pas perdre de vue : le mor-
cellement de leur pays et son état de dépendance vis-à-vis de
l'empire grec.
Les auteurs arméniens semblent dissimuler, et les étrangers
ignorer qu'au xi" siècle, il y avait longtemps que les pays chré-
tiens du Caucase étaient vassaux de l'empire. Les généraux et
les troupes qu'il y entretenait n'étaient fort probablement pas
envoyés à titre purement gracieux pour défendre ces minus-
cules royaumes contre leurs agresseurs. D'ailleurs, pour deviner
cet état de vassalité, il suffit de lire d'une manière attentive
les historiens de l'époque et de noter au passage tous les titres
dont les rois et les grands se glorifiaient d'avoir été honorés
par les empereurs.
Dès le IX' siècle, on trouve un roi d'Arménie, Achod le Grand,
revêtu de la dignité de Curopalate, titre qui, à la cour de Byzance,
venait immédiatement après ceux de César et de Nobilissime.
Il y eut aussi des Patrices, des maîtres de la milice et des Vestes
ou Chambellans.
Je ne prétends pas toutefois que les rapports de ces vassaux
avec l'empire grec aient été identiques à ceux que la féodalité
avait éta^blis en Europe. Leur éloignement et la difficulté d'aller
dans leurs pays contraindre leur mauvais vouloir, devaient sou-
vent leur permettre d'affecter des airs d'indépendance. Il n'en
est pas moins vrai que l'attraction, le prestige, la fascination
que la dignité impériale exerçait sur eux, était grande. A leurs
yeux, elle miroitait de toutes les splendeurs du passé et de l'éclat
de l'autorité suprême rendue sacrée par un caractère religieux.
Depuis, les haines accumulées en ont fait disparaître le sou-
venir; mais, au xi^ siècle, il n'en était pas encore ainsi, nous le
OKUÎNT CHRÉTIEN. 6
82 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
verrons bien dans Thomas Ardzrouni. Déjà Matthieu d'Édesse,
dans sa chronique, tout en traitant les Grecs de « nation cruelle
et perfide » et de « race perverse d'hérétiques ■> (n°' 65, 67), parle
couramment du saint empereur Basile... enterré à côté des saints
monarques ses prédécesseurs {n° 38). Si Samuel d'Ani est moins
lyrique, on remarque facilement néanmoins la place prépondé-
rante que, dans sa chronique, il donne à l'empire.
Quant au morcellement du pays, c'est un fait constant : à
partir du ix" siècle, la nation arménienne s'était à peu près com-
plètement désagrégée. Les grands vassaux briguaient les pré-
rogatives royales et souvent, pour les obtenir, ils avaient recours
à l'infidèle et par le fait se mettaient sous sa dépendance. Cette
conduite était imitée par les fils des souverains eux-mêmes qui,
au lieu de s'entr'aider fraternellement dans l'intérêt commun de
la patrie et de la dynastie, ne songeaient qu'à ceindre des cou-
ronnes et à partager les États de leurs pères.
%3. — Causes de V émigration.
Je ne discuterai pas ici l'assertion de ceux qui prétendent
que le pays de Sivas est occupé par les Arméniens, depuis les
temps antérieurs à Sémiramis. Au reste, je ne prétends pas
qu'avant le xi'' siècle il n'y avait pas des émigrés arméniens, en
plus ou moins grand nombre, dans les villes du Pont et de la
Cappadoce. Ce que j'affirme avec Fliistoire et le manuscrit de
l'archevêque Jean, c'est qu'à cette époque il y eut une grande
immigration arménienne dans le territoire de Sébaste où l'em-
pereur Basile le Macédonien, qui se prétendait Arsacide d'ori-
gine, leur constitua sous sa suzeraineté un petit royaume qui
subsista cinquante ans ou un peu plus.
Cet établissement fut dû à la terreur inspirée par les premières
incursions des Seldjoucides dans le royaume arménien du Vas-
pouragan. Samuel d'Ani parle de vingt-deux ans de luttes, après
lesquelles, au dire de Thomas Ardzrouni, Jean Sènèkèrim, der-
nier roi de ce pays, se rappelant cette parole divine : « Si l'on
vous chasse d'une ville, fuyez dans une autre », se résigna à ce
parti extrême.
Matthieu d'Édesse, lui, met en avant une prophétie de saint
sivAs. 83
Nersès, catholicos d'Arménie (370-404), prophétie qui n'eut sans
doute pas plus d'influence que le conseil évangélique sur la
détermination royale. Aussi je n'y ferais même pas allusion, si
cela ne me paraissait dépeindre au vif la mentalité de nombreux
auteurs arméniens, bien moins préoccupés de raconter les faits
que d'arranger et d'expliquer tout ce qui, dans la conduite de
leurs héros, peut paraîtremoins glorieux. Ici l'explication choisie
est l'accomplissement des oracles.
L'auteur s'exprime ainsi (n° 38) : « La description de l'équi-
pement des infidèles affligea tellement le roi Jean Sènèkèrim,
qu'il cessa de prendre de la nourriture et s'abandonna tout
pensif à la plus profonde tristesse. Il passait les nuits entières
sans sommeil, occupé sans cesse à l'examen des temps et des
paroles des Voyants, oracles de Dieu, ainsi que des saints doc-
teurs. Il trouva consigné dans les livres l'époque marquée pour
l'irruption des Turks (Seldjoucides) et sut que la destruction et
la fin du monde étaient imminentes (?). »
Les paroles qui suivent et sont mises dans la bouche du saint
patriarche du iv' siècle, renferment une violente diatribe contre
le clergé arménien. Ce n'est peut-être qu'une imitation des
prophéties de l'Ancien Testament; mais ce pourrait tout aussi
bien être une attaque de Matthieu d'Édesse contre les catholicos
de son temps qui étaient catholiques, et contre Pierre Kèdatartz,
sous qui la prophétie est censée avoir commencé à s'accomplir.
'Voici le texte : « En ce temps-là ils s'enfuiront de l'Orient à
l'Occident, du Nord au Midi, et ils ne trouveront pas de repos
sur la terre ; car les plaines et les montagnes seront inondées
de sang ». Suit un texte d'Isaïe relatif au peuple d'Israël et aux
Assyriens, puis l'auteur continue : « Le catholicos et les évê-
ques, les prêtres et les religieux préféreront l'argent à Dieu. 0
mes chers enfants, désormais la volonté de Satan sera accomplie
parmi les fils des hommes plutôt que celle de Dieu par ceux-là
mêmes qui embrassent le service des autels. Aussi le Seigneur
fera éclater sa colère contre ses créatures, mais surtout contre
ceux qui l'offrent en sacrifice ; car le corps et le sang de Jésus-
Christ, consacrés à la messe par des ministres indignes, seront
distribués à des chrétiens indignes et Jésus-Christ sera blessé
bien plus cruellement par ces prêtres sacrilèges que lorsqu'il
fut torturé et sacrifié par les Juifs. Satan a été délivré de ses
84 REVLE DE l'orient CHRETIEN.
liens au bout de mille ans depuis que le Christ l'avait enchaîné. »
— Cette date montre que cette prophétie ne saurait être de saint
Nersès. — Elle continue : « 0 mes enfants, voilà ce que je
viens vous annoncer, le cœur oppressé, versant des larmes et
gémissant à la pensée qu'un grand nombre de chrétiens renon-
ceront à leur foi et renieront avec ostentation le nom du Sauveur.
C'est à cause de ces impiétés que les ténèbres ont enveloppé le
monde. » Dix-huit ans plus tard, quelques années avant la
destruction du royaume arménien d'Ani, le même auteur usera
du même procédé.
Thomas Ardzerouni montre le roi Sènèkèriin réunissant les
principaux de son royaume et leur représentant qu'il n'y a
plus pour eux de salut et d'espoir qu'en Dieu qui se sert de
l'empereur des Grecs pour ministre de sa volonté protectrice;
mais que toutefois le pieux empereur Basile, régnant dans la
ville impériale de Constantinople, protégée de Dieu, était dans
l'impossibilité de venir défendre leur pays, et qu'enfin les prin-
ces arméniens, indépendants chacun dans ses États, étaient im-
puissants à résister aux infidèles. En conséquence il fut décidé
que la nation recourrait à l'empereur, comme un fils à son
père.
%4. — Ambassade du prince David.
Le roi Jean Sènèkèrim envoya donc David, son fils aîné, avec
Elisée, évêque des Rechdouniens, suivis d'une escorte et de 300
chevaux cliargés de présents destinés à l'empereur Basile. Ce
souverain, dit Thomas Ardzerouni, animé de l'amour divin, se
laissa toucher par ces supplications, -^ il eût même adopté le
prince David en pleine église de Sainte-Sophie. — Du fond de leur
pays, il appela auprès de lui les princes du Vaspouragan, leur
donna des présents, les établit à sa cour, leur accorda en apanage
des villes considérables en compensation de celles qu'ils avaient
quittées, et les dédommagea des forteresses qu'ils avaient aban-
données par la cession d'autres forteresses imprenables, de
districts, de villageg, de campagnes et de saints monastères.
Le manuscrit, comme nombre d'auteurs, affirme que dans
l'acte de donation du roi de \'aspouragan se trouvaient 4.000 vil-
sivAs.- 85
lages considérables et productifs, 72 forteresses et 10 villes, que
le roi ne se sernit réservé que les iii<»nastères, — au nombre de
105 d'après Samuel d'Ani, — ainsi que les terres et les villages
qui en dépendaient. Le même Samuel d'Ani ne fait céder que
8 villes au lieu de 10; d'autres enfin ramènent à 1.000 le nombre
des villages.
Cèdrénus, historien grec contemporain, dont la chronique
s'arrête en 1057, dit que Sènèkèrim, en échange de ses États,
reçut les villes de Séhaste, Larissa et Abara, ainsi que d'autres
possessions. Je ne trouve nulle trace de la ville d'Abara : quant
à celle de Larissa en Cappadoce, les Tables de Peutinger la pla-
cent à mi-chemin sur la route de Césarée à Comane. Le Traité de
l'administration de l'empire composé par Constantin Porphyro-
génète (ch. 50) en parle connne du siège d'un petit gouverne-
ment militaire dépendant de Sébaste.
Le manuscrit, comme les histoires arméniennes, ne parle
que de Sébaste et des districts (thèmes) qui en dépendent. C'est
dans cette contrée que se relira Jean-Sènèkèrim : Samuel d'Ani
ne l'y fait suivre que de sa famille et de 14.000 liommes sans
compter les femmes et les enfants. Le manuscrit et l'en-
semble des écrivains sont bien plus larges : le roi s'y rend suivi
de ses fils, de ses neveux, de toute sa parenté, d'un grand nom-
bre de seigneurs, de beaucoup de moines et d'une population
de 100.000 âmes. Les immigrés auraient bâti à proximité de
l'Euphrate Agn (Egin) et Arabkir.
%b. — La sainte Croix à Sébaste.
Les immigrés apportèrent de leur pays ce qu'ils avaient de
plus précieux. Le roi Jean Sènèkèrim avait parmi ses trésors la
relique insigne de la sainte Croix du mont Varag, qui a toujours
été très célèbre chez les Arméniens. Aujourd'hui encore ils en
font la fête, chaque année, le 3" dimanche de la cinquantaine
ecclésiastique qui précède celle de l'Avent, et leur ménologe
donne, à la date du 26 tV'vrier, la légende qui s'y rapporte.
Voici les faits :
En 653, le catholicos s'appelait Nersès et le pays des Rech-
douni était administré par le patrice Vartan. C'est alors qu'un
86 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
saint moine nommé Tdtig fut averti en songe d aller cliercher
sur le mont Varag une croix qui y était cachée et qui avaitappar-
tenu à sainte Ripsimé (viei'ge et martyre dont le Martyrologe
Romain fait mention le 29 septembre). D'après une fort ancienne
tradition, c'était un fragment de la vraie Croix que la sainte
aurait apporté de Rome. <Jn ne voit pas comment cette opinion a
pn s'accréditer et se maintenir, puisque la sainte a été martyri-
sée à la fin du m'' siècle et par conséquent bien avant que sainte
Hélène n'ait découvert la vraie Croix.
A son réveil, le moine très intrigué se demandait comment il
s'y prendrait pour exécuter l'ordre du ciel, lorsque levant les
yeux vers la montagne il aperçoit des rayons lumineux qui
semblent partir de h\ cime d'une roche. Ce fnit a permis aux au-
teurs arméniens, souvent amis du merveilleux comme les poè-
tes, de comparer cette croix à relie qui apparut à Jérusalem du
temps de l'empereur Constantin et du patriache saint Cyrille.
Ce miracle ayant eu lieu en 351, il s'agit de Constance, fils de
Constantin le Grand.
Le moine Totig avertit son Supérieur et Ton se rendit proces-
sionnellementà l'endroit que le miracle avait indiqué; la relique
y fut trou^■ée et rapportée en grande pompe au monastère. Plus
tard, en 012, le roi Kakig l'aurait fait réparer; la phrase de
Thomas Ardzrouni est amphibologique, et l'on peut à bon droit
se demander s'il ne s'agit pas plutôt du monastère que de la
Croix , puisqu'il en est question à propos des constructions et
embellissements que fit faire ce prince. Cet auteur est assez peu
précis : quelque S( axante pages plus loin, il assure que « le pieux
roi Jean Sènèkèriin construisit des églises sur le lieu de la dé-
couverte et, au pied de la montagne, le beau et célèbre couvent
métropolitain (?) de Varag. Il y établit de fidèles serviteurs de
Dieu, un grand nombre de moines et de prêtres, milice
céleste. »
Ce fut, dit le manuscrit de Sivas, pour conserver cette relique
si vénérée que Sènèkèrim fit construire à proximité de Sébaste
le monastère de Sainte-Croix. — Cette phrase ne doit probable-
ment pas être prise au pied de la lettre, car ailleurs on prétend
que ce même monastère existait dès les premières années du
iv" siècle. Quoi qu'il en soit, c'est aujourd'hui un des plus fameux
que les Arméniens possèdent en Asie Mineure.
sivAs. 87
Sa célébrité, il la doit surtout au séjour qu y firent plusieurs
calliolicos. Pierre Kédatartz entre autres y demeura si long-
temps et si fréquemment que plusieurs auteurs vont jusqu'à
dire qu'il y transféra le catholicat arménien. Galanus semble
partager cette opinion : quant au manuscrit, il considère le pré-
lat comme tellement identifié avec le monastère de Sainte-Croix
qu'il donne presque toute sa biographie depuis son arrivée à
Sébaste, en 1021.
CHAPITRE II.
EXPÉDITION DE BASILE II.
]" Dati^ de re.xpédition : — T raïujiayiic de lOJI; — o» Évpneinents de l'inver;
1" iMiraclc de Pierre Kédatatz.
^ 1". — A quelle claie eut lieu cette expédition?
Après la conquête de la Bulgarie, achevée en 1019, Basile le
Macédonien intermiupt jusqu'en I02I ses entreprises militaires.
Malgré son âge a^ancé, il reprend alors les nrmes pour aller,
à l'autre extrémité du Pont Euxin, châtier Georges, roi dlbérie
et d'Abasie, qui faisait de fréquentes incursions sur les terres
de l'Empire.
Cédi'énus, historien grec contemporain, usant d'un procédé
fort ordinaire aux historiens, raconte la guerre comme si elle
se fui terminée en une seule campagne. Il la place à la 13' indic-
tion, ce qui nuus reporte à IOI.j-1016. La chronique géorgienne
indique aussi cette date, admise également par la traduction de
Samuel d'Ani publiée à Venise 1818, par Zohrab et Mai. Il paraît
cependant que ce n'est là qu'une concession faite par les
éditeurs à l'autorité deCédrénus; car M. Ed. Dalaurier, dans
ses recherches sur la chronologie arménienne (p. 28 1,) cite le
texte de cet auteur, qui donne exactement, comme le continua-
teur de Thrimns Ardzrouni, l'an 470 de l'ère arménienne.
Ramener les dates de Cédrénus à celle des auteurs arméniens,
n'est pas impossible : il ne s'agit que d'un iota à supprimer
dans la date des indictions. Alors elles ne seraient plus la 13" et
la 14"; mais la 3' et la 4\ qui correspondent précisément à 1021
et 1022 de l'ère chrétienne. Quant aux dates 6.523 et 6521 de
l'ère mondiale, outre que l'on pourrait supposer qu'elles ont été
corrigées après coup par un copiste soucieux de les faire cadrer
avec les indictions , on peut encore remarquer qu'il n'y aurait
qu'un gamma à transformer, en élha et un delta, en thêla, —
sivAs. »y
lettres qui ont une grande analogie de forme dans l'écriture
coui-ante, — pour ramener ces dates de 6528 et 6529, qui elles
aussi correspondent aux années 1021 et 1022"de l'ère chrétienne,
et par conséquent pour mettre tout le monde «l'accnrd. Mais il y
a plus et mieux que cela, Cédrénus lui-même donne ailleurs
cette date. Lebeau (t. XIV, p. 331) à propos de la campagne
d'Arménie, en 1015, dont il parle sur l'autorité de Cédrénus,
commence ainsi son récit : « Vingt-quatre ans auparavant, etc. ».
Or 1045 — 24 = 1021, qui est la date des auteurs arméniens.
Le procédé de Cédrénus et son erreur ont produit une assez
grande confusion dans le récit de cette expédition de l'empereur
Basile. Ellesemble pouvoir se résumer ainsi. Après unepremière
victoire sur les bords du lac Balagatsis, au N. E. de Kars, l'em-
pereur, le 11 septembre 1022, en remporta une seconde qui fut
décisive et amena la conclusion de la paix.
Le docte J. Saint-Martin raconte ces faits d'une manière bien
plus précise. PYmr lui il y eut deux campagnes successives :
celle de 1022 (?), terminée par la victoire du Balagatsis, la
fuite du roi Georges et la cession que le roi .Jean d'Ani promet
de faire après sa mort de tous ses États à l'empire ; puis la cam-
pagne de 1023 (?) terminée par la soumission définitive du roi
d'Ibérie. Car, dit cet auteur, ce prince après sa fuite était rentré
dans son royaume, y avait levé de nouvelles troupes, et, profi-
tant de quelque révolte survenue en Asie Mineure, avait porté
le ravage jusqu'aux portes de Trébizonde. Cette audace força
l'empereur à revenir sur ses pas; il remporta la victoire, con-
traignit le roi Georges à reconnaître sa suzeraineté et rentra à
Constantinople.
Sauf les dates, trop fortes d'un an, ce récit doit être beaucoup
plus conforme à la vérité que le précédent. En effet Brosset
(dans Lebeau, t. XIV, p. 222), parlant de la révolte des deux
Nicéphore, en Cappadoce, en indique ainsi la date : « Cela se
passait au printemps de l'année 1022, après la défaite de-
George ». Cequi ne l'empêche pas —moins d'une pageplusloin,
— de respecter le texte de Lebeau qui ne fait entrer l'empereur
en campagne qu'APRÈs s'eYre asseye n'avoir plus rien à craindre
du côté de la Cappadoce. Ce qui se concilie fort bien dans l'hy-
pothèse d'une double campagne.
Le manuscrit de Sivas est évidemment de date trop récente
90 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
pour faire autorité dans la question. Son récit est conforme à
Fopinion de la double campagne; car c'est sous la date unique
de 470 qu'il place l'immigration à Sébaste de la famille royale
et d'une partie de la population du Vaspouragan, la fondation
du Monastère de Sainte-Croix et l'ambassade du catholicos
Pierre auprès de l'empereur Basile. Il ne faut pas perdre de
vue que l'année 470 de l'ère arménienne commence le 16 mars
1021 et finit le 15 mars 1022.
% 2. — La campagne de 1021.
L'ambassade de David, fils aîné du roi de Vaspouragan,
partit de Van tout au moins dès le printemps 1021. Avec ses
300 .chevaux chargés de présents et sa suite, elle dut prendre la
voie de terre et mettre six semaines environ pour arriver à CoUvS-
tantinople. La réponse favorable de l'empereur, expédiée par
exprès, put arriver au roi avant le commencement de juillet et
dès la fin des récoltes commença l'exode de la population. Elle
eut le temps de s'établir dans le pays de Sébaste avant l'hiver,
qui d'ordinaire y commence assez tard.
Cela avait tourné l'attention du monarque guerrier qu'était
Basile le Macédonien, vers les parties orientales de son empire.
Depuis longtemps déjà la domination grecque s'étendait sur
toute l'étendue des provinces actuelles de Trébizonde et d'Erze-
roum, et ses frontières, sur le haut Araxe devaient approximati-
vement correspondre à celles qui séparent aujourd'liui l'empire
Ottoman de la Russie. Le but de l'empereur n'était pas seule-
ment de châtier le roi des Ibères et des Abazes; mais surtout de
s'assurer la possession du royaume d'Ani. Le texte par lequel
Cédrénus commence son récit l'annonce assez clairement, le
voici : « '0 xaTà -to'ù 'Avîcj àp'/ïiv £Àâtji,6av£ TcôXsfxoç. La guerre sur-
vint à propos du royaume d'Ani ».
L'histoire ne dit rien des motifs qui déterminèrent l'empereur
à exclure de cette expédition Nicéphore Phocas et surtout Nicé-
phore Xiphias qui s'était illustré dans les guerres contre les
Bulgares. Ces deux officiers mécontents se retirèrent ensemble
en Cappadoce, y levèrent des troupes et finalement se révol-
tèrent.
SI VAS. 91
Quant à l'empereur qui avait peut-être fait une partie du
.voyage par mer, il avait rejoint sur la frontière les troupes qu'il
avait dii y convoquer des thèmes les plus proches. Ge fut par
Kars qu'il en^"ahit le pays de \'anant où se fit la première cam-
pagne termin(''e par la victoire du lac Balagatsis.
C'avait été une campagne d'aulomnc et l'armée devait se dis-
poser à prendre ses quartiers d'hiver, lorsque l'empereur apprit
les mouvements des deux Nicéphore en Cappadoce. Celte nou-
velle et les appréhensions qu'elle fit naître décidèrent l'empereur
à venir prendre ses cantonnements en Chaldée et probahlement
dans la chaude et fertile (cf. V. Cuinet, La Turquie d'Asie, 1. 1,
p. 142,) vallée du Tchuruk Sou. De cette position, tout en
se ménageant au besoin une retraite sur les villes du littoral,
il continuait à menacer l'ibérie et l'Arménie au N.-E. et au S.-
0. la Cappadoce et Sébaste, où le nouveau roi à peine installé se
trouvait pour ainsi dire aux prises avec les deux mécontents qui
organisaient leur révolte.
D'après les auteurs arméniens, Phocas, qu'ils surnomment
Dzraviz (peut-èti'e « au cou tordu ») aurait d'abord été soutenu
par Sènèkèrim ; mais finalement ce roi ennuyé de cette guerre
inutile, le fit tuer par trahison et porter sa tête à l'empereur. Les
historiens grecs n'imputent pas cet assassinat à Sènèkèrim, et
racontent que pour se tirer d'embarras Basile eut recours à la
ruse. Ils disent qu'il eût écrit séparément aux deux capitaines,
promettant à chacun d'eux sa clémence, s'il parvenait à le dé-
barrasser de l'autre. Selon la recommandation impériale, ces
lettres leur furent remises à l'insu l'un de l'autre. Phocas
communiqua la sienne à son complice, mais ce dernier qui se
repentait déjà de s'être lancé dans cette révolte, le fit assassiner
dans un lieu écarté où il lui avait donné rendez-vons.
De ces deux versions quelle est la vraie? Il sera probable-
ment à jamais impossible de le savoir. En tous les cas ces
événements du printemps 1022 avaient un instant alarmé l'em-
pereur, qui craignait avec raison qu'agissant de concer tavec les
ennemis, les révoltés ne le prisent à revers.
^3. — Événements de l'hiver.
Après son élection en 1019, le catholicos Pierre Kédatartz
02 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
avait résidé à Ani, capitale des Bagratides; mais dès qu'il eut
appris que Jean Sènèkèrim, roi du Vaspouragan, s'établissait à
Sébaste, il se rendit auprès de lui. Toutefois ce premier séjour
y aurait été de fort courte durée, comme nous allons le
voir.
Le roi d'Ani, et non sans raison, redoutait que la campagne
de 1022 ne fût tout spécialement dirigée contre lui. Il se résolut
donc à tout tenter pour apaiser l'empereur, et se décida en con-
séquence à lui envoyer une ambassade et à lui faire les plus
belles promesses, espérant peut-être que les circonstances ulté-
rieures les rendraient illusoires. Ce qu'il lui fait dire par ses
ambassadeurs, il le confirme par un document écrit où il met
son royaume aux pieds du monarque, protestant qu'il ne veut le
tenir que de ses mains. Il ne lui en demande que l'usufruit jus-
qu'à sa mort; après quoi Ani, sa capitale, et tout le reste de ses
États feront partie intégrante de l'empire. Tchamitch cite un
auteur arménien anonyme d'après lequel l'empereur Basile eût
exigé cette cession, ajoutant que le roi Jean alors malade n'au-
rait pu s'y refuser.
Il faut remarquer que ce prince était brouillé avec son frère
Achod qui l'avait contraint à lui céder une partie de ses États
et qu'il n'avait pas d'entant. Il avait pourtant été marié deux
fois et sa set:onde femme qu'il épousa en 1030 aurait été, d'a-
près Samuel d'Ani, la propre fille de l'empereur Romain Ar-
gyre; en réalité c'était sa nièce, fille de son frère Basile.
Cédrénus raconte cette cession d'une manière assez diffé-
rente. « Lorsque, dit-il (ii°557), Georges, archègc des Abases,
prit les armes contre les Grecs, lovliannèsik, qui comman-
dait au pays d'Ani fut son auxiliaire. Le roi Basile, comme on
vient de le dire, étant monté en Ibérie, livra bataille à Geor-
ges, le mit en fuite et l'écrasa. Alors lovhannèsik, redoutant
que le roi pour se venger de son alliance avec son adversaire
ne lui porte un coup fatal, prend les clés de sa capitale,
passe en transfuge auprès du roi, se livre lui-même dans la
plénitude de sa liberté et lui remet les clés qu'il apportait.
Quant au roi [Basile], agréant cet acte de prudence, il le crée
ad honores maître de la milice et l'établit sa vie durant ar-
chonte d'Ani et du pays appelé « Grande Arménie »; mais il
exigea de lui un acte constatant qu'à sa mort tout son royaume
sivAs. 93
deviendra possession de l'empire et fern partie du pays des
Grecs. »
Cédréniis fait donc faire par le roi d'Ani en personne, ci-
que les auteurs arméniens lui font faire par ambassade. C'eût
été pour lui donner plus d'éclat et d'importance que le roi Jean
d'Ani voulut mettre à sa tête le catholicos Pierre, qui alors se
trouvait à Sébaste. Le nouveau roi de cette ville, qui lui aussi
redoutait le courroux impérial, ne manqua pas de faire de son
côté des instances auprès du prélat pour le décider à accepter
cette mission. Pierre Kédatartz l'accepte et avec l'ambassade
se rend auprès de l'empereur.
% 4. — Ambassade du catholicos.
Le manuscrit de Sivas est seul, je crois, à le faire aller à
Constantinople, aussi est-il obligé de reculer la date du mira-
cle du 6 janvier, à l'année 471 de l'ère arménienne et par
conséquent en 1023. De plus il lui fait prendre sa route par la
Chaldée Pontique, ce qui, dans son li3^pothèse, est presque un
non-sens, Mékhitar d'Aïrivank, auteur du xiii" siècle, le fait
aller à Trébizonde. Dans ses notes sur cet auteur, M. Brosset
conjecture qu'il s'agit d'une vieille Trébizonde (?) indiquée près
d'Atina, par une carte annexée à la « Description du Pont », par
le P. Minas Pjecld^ian. Ce document ne suffit pas à fonder une
pareille conjecture; car Mékhitar prétendait bien parler de la
capitale des Comnênes. Il est plus probable que son assertion,
comme celle du manuscrit de Sivas, étaient, pour leurs auteurs,
synonymes de « en présence de l'empereur » que l'un croyait à
Constantinople et l'autre à Trébizonde.
Où était l'empereur durant l'hiver 1021-22? J'ai déjà donné
des raisons de stratégie qui ont dû lui faire choisir ses canton-
nements dans la Chaldée du Pont. L'histoire établit qu'il n'é-
tait pas dans le Lazistan; car le roi d'Ibérie l'aurait rencontré
lorsqu'il ravagea toute cette côte jusqu'à Trébizonde. Ceux qui
lui font prendre ses quartiers d'hiver « à Marmand, sur le Pont-
Euxin » semblent traduire un passage de Tchamtchian (t. H,
p. 907, fin du I 3, édition de Venise, 1785) qui ne dit pas cela.
Son texte h tP LuntF uAin^u u^ohtfioub II- hp 'A uuiLUjnil /utuiiipjiuu
94 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
qu'on peut transcrire : « I marmant's bondos'i yév ètch i
qavar'n khaghdia'tz » pourrait se traduire : « A Marmand, ville
du Pont, et descente au pays des Chakléens ». Mais ce Marmand,
est-ce bien une ville? Un arrnénisant à qui j'ai montré le texte
m'assure que ce ne doit pas être un nom propre; un Arménien
versé dans sa langue m'affirme que ce mot qui signifie « en-
droits fertiles et cultivés », n'est pas ici employé comme nom de
ville. Il s'agirait des lieux fertiles du Pont.
C'est donc dans le thème de Chaldée et peut-être à Baïbourt
que l'empereur passa l'hiver. C'est là aussi que M*"' Sukias So-
mal, abbé général des Méchitaristes de Venise, affirme que le
catholicos Pierre opéra le miracle auquel il devrait son surnom.
« Venue egli sopranominato délia nazione Kiedatartz per avère
arrestato il corso del fiume Giorok mentre benedicevale nel di
solenne délia Epifania ». (Quadro délia storia letteraria di Ar-
menia, p. 72.) Il fut surnommé Kédatartz par la nation [armé-
nienne] pour avoir arrêté le cours du Tchuruksou pendant qu'il
le bénissait au jour solennel de l'Epiphanie (6 janvier 1022).
■ Voici le miracle tel qu'on le raconte : « Le catholicos Pierre
s'acquit un renom immortel par l'éclatant miracle qu'il opéra
en présence de l'empereur, de sa cour et de tout le peuple. Le
souverain lui ayant fait demander de vouloir bien, le jour de
l'Epiphanie, bénir l'eau du fleuve selon le rit arménien, le pré-
lat y consentit. Tout à coup, au milieu des prières et des chants
liturgiques, au moment où il traçait sur les eaux le signe de
notre Rédemption, le fleuve s'arrêta et lorsqu'il y versa le saint
chrême, des rayons de lumière en jaillirent dans toutes les di-
rections. Ce miracle excita à tel point l'admiration de l'empe-
reur qu'il ne renvoya le thaumaturge qu'après l'avoir comblé
d'honneurs ».
On rapporte ce miracle sur l'autorité d'Arisdaghès de Ladzi-
vert, auteur contemporain, et de Matthieu d'Édesse, mort en
1144. Cependant il n'y est même pas fait allusion dans la tra-
duction de Matthieu d'Édesse par Dulaurier, et dans une note
(4, p. 442) à Samuel d'Ani, M. Brosset s'exprime ainsi : « Mi-
racle qui lui est attribué, notamment dans certains manuscrits
de Matthieu d'Édesse ».
Le docteur Vartau, dans sa géographie, dit qu'il y a au mo-
nastère de Varag, outre la sainte croix de Ripsimé, la sainte
sivAs. 95
croix Kédatartz. Il semble qu'il veuille parler de celle dont le
catholicos se servit pour la bénédiction du fleuve. Ce miracle
pourrait donc passer pour constant, s'il n'était avéré que les
manuscrits arméniens sont fort peu nombreux, de dates relati-
sement bien récentes et que leurs transcripteurs ne se sont ja-
mais fait aucun scrupule de les remanier et de les interpoler
tout à leur fantaisie.
Girard, S. J.
{A suivre.)
MÉLANGES
I
CHRYSIPPE, PRETRE DE JÉRUSALEM
Parmi les premiers disciples que reçut saint Euthyme dans
sa laure nouvellement fondée, entre les années 425 et 430, se
distinguaient ti'ois frères, originaires de la Cappadoce, mais
qui tenaient toute leur éducation de la terre de Syrie. Cosmas,
l'aîné des trois, après avoir exercé des charges importantes
dans la laure de Saint-Euthyme et dans l'Église de Jérusalem,
devait remplacer Olympios sur le siège métropolitain de Scyllio-
polis, en 467, et mourir après trente années d'un fructueux
épiscopat (1). Gabriel, le plus jeune, enfant prédestiné, se vit
un jour à la tète du monastère et de la basilique Saint-Etienne,
construits par l'impératrice Eudocie, et mourut le front ceint
du nimbe des bienheureux (2).
Chrysippe, le cadet de la famille, remplit des fonctions plus
modestes, bien que son nom mérite de sortir de l'obscurité (3).
11 fut d'abord économe de la laure Saint-Euthyme (4), puis
ordonné prêtre vers l'année 455 avec son frère Gabriel (5); il
succéda ensuite, en 467, à son frère Cosmas dans sa charge de
stavrôphylax, c'est-à-dire de gardien de la sainte croix, et mou-
rut douze ans après, en 479 par conséquent (6).
(1) \"da S. Eulhi//nii dans les Ecclesiae graecae inuauiiienla de Cotelier, t. IV,
p. :JU, 11, 4-2, liO, (J7 et '7(5.
(i) Op. cil., j). 30, 61, G7, 72, 73 et 76.
(3) Oj>. cit., p. 30 et Cl.
(4) Op. cit., p. 4o.
(5) Op. cit., p. ()7.
(6) Op. cit., p. 76.
CHRYSIPPE, PRÊTRE DE JÉRUSALEM. 97
A deux reprises différentes, lors de son ordination sacerdotale
et de sa mort (1), Cyrille de Scytliopolis dit que Chrysippe laissa
de nombreux écrits, dignes de passer à la postérité. Aussi
n'est-on pas peu surpris de ne voir figurer son nom ni dans la
Patrologie grecque de Migne, ni dans aucun des ouvrages
récents et fondamentaux, qui traitent soit de la littérature
patristique, soit de la littérature byzantine. Les anciens toute-
fois ne se sont pas montrés aussi oublieux à l'égard de cet
écrivain. Photius rapporte déjà dans sa Bibliothèque (2) qu'il
avait lu un ouvrage d'Eustrate, prêtre de Constantinople au
vi° siècle, dans lequel se trouvait un fragment du panégyrique
de saint Théodore par Chrysippe, prêtre de Jérusalem. Cette
citation d'Eustrate qu'a relevée Photius, prouve que Chrysippe
de Jérusalem vivait au plus tard au vi'' siècle. Comme nous ne
connaissons aucun auteur de ce nom au vi° siècle, comme
Cyrille de Scytliopolis nous avertit, en outre, que le disciple de
saint Euthyme laissa de nombreux écrits et qu'il était prêtre
de l'Église de Jérusalem, il n'y a aucune témérité à voir en
lui l'auteur du panégyrique de saint Théodore.
Photius ajoute malheureusement que le fragment de ce
panégyrique contenait encore l'histoire de l'invention des reli-
ques de saint Etienne par le prêtre Lucien, et ce renseignement
inexact demande que nous nous y arrêtions quelques instants.
L'ouvrage d'Eustrate, qu'avait lu Photius et qui expose
l'état des âmes après la mort, a été édité, au moins pour la
partie qui nous occupe, par Allatius (3), et la traduction latine
de cette édition a été reproduite par Migne dans son Theolo-
giae cursus completus (4). Le fragment de Chrysippe sur le
martyr saint Théodore s'y trouve (5) et une simple lecture
suffit à convaincre que le grand liseur qu'était le fameux pa-
(1) Op. cit.', p. 67 et 76.
(2) Migne, P. G., t. OUI, codex 171, col. 500 seq. Le texte grec du panégyrique
de saint Théodore se trouve au moins à la Bibliothèque nationale de Paris,
codex 1452, fol. 139-150, du x" siècle, voir Catalogus codicum hqgiographicorum
f/raecorum des Pères BoUandistes et de M. Omont, Paris, 1896, p. 120, et à la
bibliothèque du Saint-Sépulcre, Papadopoulos-Kcramcus, 'l£poi7oXu[j.tTixri piSXioOVixyi,
t. I, p. 6.
(3) De ulriusque eccleslae uccUlenlalis atque orientalis perpétua in dogmale de
Purgalorio consensione, Rome, 1655, p. 319-580.
(1) Paris, 1841, in-8°, t. XYlIl, col. 161-514.
(5) Op. cit., cap. xxii, col. 499 seq.
: ORIENT CHRÉTIEN. 7
98 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
triarche, parcourait parfois les livres d'un œil passablement
distrait. L'histoire de Gamaliel, que Photius rattache au pané-
gyrique de saint Théodore par Chrysippe, n'en fait aucunement
partie, elle appartient à un autre ouvrage qu'Eustrate cite à
l'appui de sa démonstration. Cette constatation, d'ailleurs,
n'est pas nouvelle; Allatius (1) et Fabricius (2) l'avaient déjà
faite avant nous.
On a encore de Chrysippe, prêtre de Jérusalem, une homélie
prêchée pour une fête de la sainte Vierge, le jour de l'An-
nonciation, selon toute vraisemblance. L'homélie est publiée
en entier, mais seulement dans sa traduction latine (3) et les
éditeurs qui ne connaissaient pas sûrement notre moine, pas
plus que l'attestation formelle de Cyrille de Scythopolis, pres-
que contemporain des événements, ont fait sans raison aucune
de Chrysippe un auteur du vi^ siècle.
Un troisième ouvrage de Chrysippe, c'est son panégyrique en
l'honneur de saint Jean Baptiste, que Combefis a édité (4) et
qui se trouve dans un grand nombre de manuscrits de diverses
bibliothèques (5). Ici encore, l'attribution à notre auteur est
incontestée. En effet, six manuscrits au moins du mont Athos
qui contiennent cet ouvrage l'attribuent à « Chnjsipm, prêtre
et disciple du très divin Eulhyme ».
Fabricius mentionne encore (6) un panégyrique inédit de
(1) Op. cil., col. 462.
(2) Bibliotheca graeca, Hambourg, 1737, t. IX, p. 432. Tillemont, Mémoires pour
servir à l'histoire ecclésiastique, Paris, t. XVl, p. 89, attribue également, mais
d'une manière hypothétique, au prêtre Chrysippe le récit sur l'invention des reli-
ques'de saint Etienne. Déjà au t. Il, p. 507, il avait été choqué des contradictions que
présentait le récit de Chrysippe avec celui du prêtre Lucien et il avait conclu :
■< On pourrait dire que le nom de Chrj'sippe s'était glissé par erreur dans la
copie de Photius ou que Chrysippe, qui s'est rendu célèbre par ses ouvrages,
avait orné la relation que Lucien avait écrite d'une manière simple ».
(3) Mag7ia Bibliotheca veterum Patrum, Cologne, I6I8, t. VI, pars IP, p. 711 seq.
Cette homélie se trouverait en grec et en latin dans VAuclarium de Fronton Le
Duc, t. II, p. 424 seq., que je n'ai pu consulter.
(4) Bibliotheca concionatoria, t. Vil, p. 803. Il n'y a que la traduction latine.
(5) Sp. Lambros, Catalogue of the greek manuscripls on mount Athos, Cam-
bridge, codex 58 de Stavronikita; codex 586, i'ol. 271, codex 595, codex 083, fol. 297
du monastère des Ibères; codex 745, fol. 1 de Saint-Pantéléïmon ; codex 182 de
Xéropotamos. Voir aussi codex 174, barocc, fol. 82, de la bibliothèque d'Oxford,
H. Coxe, Catalogi codicum manuscriptorum bibliothecae bodleianae, Oxford, 1853.
(6) Bibliotheca, graeca, t. IX, p. 57.
CHRYSIPPE, PRÊTRE DE JÉRUSALEM. 99
saint Michel archange par Chrysippe, prêtre de Jérusalem et
chartopliylax de la Sainte-Résurrection. Comme Chrysippe
remplissait précisément la charge de stavrophylax à l'église
du Saint-Sépulcre, on a pu confondre ce titre avec celui de
chartophylax. Il y a cependant un autre Chrysippe ou Ar-
chippe, prêtre de Chones, qui a rédigé des écrits (1) on l'hon-
neur de saint Michel archange et de son sanctuaire de Chones;
on a très bien pu le confondre avec notre auteur.
L'étude détaillée des autres catalogues nous révélerait sans
doute de nouveaux écrits de Chrysippe. J'ai voulu, dans cette
courte note, attirer l'attention sur lui, et comme il a déjà trois
sermons imprimés depuis longtemps, faire remarquer qu'on
pourrait lui réserver une petite place soit dans les Manuels
de patrologie, soit dans les Histoires de la littérature byzantine.
On y voit figurer, en effet, bon nombre d'écrivains, dont nous
ne possédons presque aucun ouvrage et sur la vie desquels
nous sommes tout à fait mal renseignés.
Constantinople.
Siméon Vailhé,
des Augustins de rAssomption.
(1) Fabriciiis, op. cit., t. IX, p. 57, H. Coxe, op. cit.. codex baroc. 174, fol. 200,
codex baroc. 180, fol. 64. Dans le catalogue de Coxe, codex 199 baro., col. 245,
ligure sous le nom d'Archippe le panégyrique de saint .Jean Baptiste par le prêtre
Chrysippe.
II
LE
CONGRÈS INTERNATIONAL DES ORIENTALISTES
(19-26 AVRIL 1905)
Ce congrès vient de tenir sa quatorzième session à Alger
sous la présidence de M. René Basset. Sur les huit cents sous-
cripteurs il s'en est trouvé près de trois cent cinquante qui
se sont rendus à Alger, bravant pour la plupart le mal de mer,
afin de prendre part aux travaux.
Les Orientalistes se sont répartis, de manière fort inégale
d'ailleurs, en sept sections.
Section I. L'Inde. Président : Sir Raymond West; Secrétaires : MM. de
la Vallée Poussin et Schermann.
Section II. Langues sémitiques. Président : M. Driver; Vice-prési-
dents : MM. Ilaupt et Merx; Secrétaires : MM. Burkitt, Kiigener, I. Lévy,
F. Nau et Thureau Dangin.
Section III. Langues musulmanes. Président : M. de Goeje; Asses-
seurs : MM. Montet et B. Brown.
Section IV. Egypte. Langues Africaines, Madagascar. Président :
M. Wiedemann; Assesseurs: MM. Virey et Duchêne ; Secrétaire : M, Hé-
ricy.
Section V. Extrême Orient. Président : M. de Groot; Vice-Présidents :
MM. W.K. Mûller et E. Chavannes; Secrétaires : MM. Murakawa et P. Pel-
liot.
Section VI. Grèce et Orient. Président : M. Krumbacher; Assesseurs :
MM. Cumont, Krestchmer et Vasiliev.
Section VII. Archéologie Africaine et art musulman. Président :
M. Van Berchem.
La section la plus animée, nous pourrions dire la plus orien-
tale, était la section des langues musulmanes. La salle était
remplie par de nombreux Algériens, Égyptiens et Tunisiens
LE CONGRÈS INTERNATIONAL DES ORIENTALISTES. 101
aux costumes nationaux, qui utilisaient la, langue arabe pour
leurs communications. Il ne fallait rien moins que la haute
autorité et la compétence bien reconnue de M. de Goeje pour
éviter de tumultueux conflits. Une question de grammaire dé-
chaîna les hostilités : un orientaliste occidental avança que la
grammaire du Koran était moins parfaite que celle d'autres
auteurs antéislamiques, d'où protestations des congressistes
musulmans pour lesquels le Koran ne peut renfermer aucune
faute. Nous ne voyons pas bien d'ailleurs comment on leur prou-
verait le contraire. Car la grammaire est une science artificielle
qui est venue se greffer tardivement sur les langages parlés
pour en cataloguer les formes. Elle se borne donc, à l'origine,
à faire des constatations et elle appelle exceptions toutes ûiutes
contre les règles générales. Il suffit aux musulmans d'appeler
exceptions les fautes du Koran — si fautes il y a — pour récon-
cilier aussitôt le Koran et la grammaire et nous ne voyons pas
bien ce que la science peut gagner à ces inutiles mais fort ir-
ritantes discussions. M. de Goeje a su écarter aussi un sujet
de trop brûlante actualité. On sait que l'activité musulmane, si
elle semble manquer totalement aux Arabes et aux Kabyles que
nous trouvions vautrés sous toutes les portes et dans tous les
ruisseaux des chemins, se manifeste du moins périodiquement
par des massacres de chrétiens et des rapts. Rappelons pour
mémoire les massacres du Liban et les massacres d'Arménie
et de Syrie de ces dernières années. Or M. Arakélian, publiciste
arménien à Tiflis, voulait raconter à la section musulmane
comment les tatares musulmans massacrèrent 190 Arméniens
à Bakou les 19, 20 et 21 février 1905. 11 voulait demander en-
suite aux juristes musulmans si ces tueries étaient conformes
à l'esprit du Koran et les priait de répondre à trois questions
posées par la presse du Caucase : 1" Le Koran contient-il des
idées altruistes? 2° Le Koran reconnaît-il les autres religions
ou seulement les tolère-t-il? 3" Le Koran prescrit-il des per-
sécutions contre les non-musulmans ou interdit-il le fanatisme?
Le factum de M. Arakélian, qui ne put être lu au congrès, fut
publié par la Dépêche Algérienne du vendredi 28 avril, et peu
après un juriste musulman répondit dans le même journal, que
les massacres des chrétiens étaient contraires à l'esprit du
Koran et devaient être imputés aux populaces ignorantes et fa-
102 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
natiques. Il put même, dans mi argumentai? hominem du meil-
leur effet, reprocher au gouvernement russe de ne pas contri-
buer de manière suffisante à rinstruction de ses sujets musulmans
ou orthodoxes et d'être ainsi responsables des massacres des
Arméniens du Caucase, qui ne furent pas toujours le fait des
musulmans, mais parfois des Russes orthodoxes eux-mêmes.
Nous avons analysé un peu longuement cet incident, qui a me-
nacé de transporter le congrès des régions sereines de la science
dans une arène de lutteurs, à cause de son grand intérêt pour
les chrétiens de tout pays, aussi bien pour les chrétiens de
France que pour ceux de Russie et de Turquie. M. Arakélian
s'est sans doute estimé heureux d'apprendre que le Koran,
comme la religion slave et la Déclaration des droits de l'homme,
prescrit le respect et la tolérance envers les chrétiens; mais il
aurait tort, à notre avis, de compter sur une déclaration de ju-
ristes pour museler les ambitieux et les forcenés qui savent à
certains jours, pour servir leurs desseins, exciter la meute hur-
lante des ignorants et des irresponsables. Nous l'avons constaté
en France vers la fm du xviii^ siècle où quelques milliers de
bandits, en dépit des plus beaux principes et de la plus sonore
des déclarations, ont couvert la France de guillotines pour y
faire monter bien souvent, non pas des ennemis du salut pu-
blic, mais des adversaires personnels et aussi des vieillards,
des femmes et des enfants. Aucune consultation de juristes
n'aurait pu mettre fin à cet état, il a fallu — et on aurait dû
s'en aviser plus tôt — appliquer aux jacobins la guillotine
qu'ils avaient inventée pour leurs adversaires. En quelque jours
la France avait retrouvé une relative tranquillité. Nous con-
seillons donc à M. Arakélian de publier au Caucase la lettre du
juriste musulman, mais de recommander en même temps aux
Arméniens de ne pas laisser rouiller leurs armes.
Dans la même section, M. Mirante lut encore un éloquent dis-
cours d'actualité sur la presse arabe. Il lui reprocha quelque
mauvaise foi à l'égard des étrangers et la convia à cesser son
opposition systématique à la France et à l'Angleterre, pour
aider ces nations en Algérie et dans la vallée du Nil à remplir
leur œuvre de civilisation. Nous ne trouvons pas non plus que
ce sujet, aussi bien que les précédents, ait grand intérêt à être
traité dans un congrès d'orientalistes, car la presse en tout
LE CONGRÈS INTERNATIONAL DES ORIENTALISTES. 103
pays, et en France encore plus qu'ailleurs, n'est très souvent
qu'un instrument entre les mains de quelques financiers ou de
quelques ambitieux pour placer chez les naïfs leurs valeurs ou
leur politique. Nous ne pouvons pas, sans hypocrisie, demander
aux Arabes de faire mieux que nous et il est tout naturel qu'ils
souhaitent pouvoir jeter à la mer ces étrangers qui leur ont pris
toutes les plaines, qui les ont rejetés dans la montagne où ils
vont encore les tracasser, surtout lorsqu'une partie de ces
étrangers est formée des rebuts, c'est-à-dire des interdits de sé-
jour, de plusieurs peuples. — Les Arabes oublient qu'ils sont
eux aussi des envahisseurs, et qu'ils ont imposé leurs mœurs et
leur culte aux Kabyles possesseurs du sol. Ces Kabyles eux-
mêmes, aux yeux bleus, à la barbe trop blonde — parfois pres-
que rouge — nous évoquaient le souvenir des Vandales venus
des bords de la Vistule pour subjuguer les Romains, vainqueurs
des Numides. — Parmi tous ces conquérants, les Français sont
sans conteste ceux qui ont montré le plus de justice envers les
vaincus; les abus sont le fait de certaines personnalités qui
doivent seules — elles et leurs descendants — ^ en être rendues
responsables.
Les autres sections ne virent se produire aucun passionnant
sujet et purent entendre, sans sortir de la sérénité indispen-
sable aux savants, la lecture d'une cinquantaine de travaux his-
toriques, scripturaires, géographiques, littéraires, philosophi-
ques, etc. Citons les communications de M. Asin y Palacios sur
la psychologie selon Mohidin Ibn-el-Arabi, de M. Wessely sur
un papyrus grec du Fayoum, de M. Cumont sur la destruction
de Nicopolis en 499, de M. Vasiliev sur Agapius de Menbidj,
de M. Krumbacher sur les éléments orientaux dans la littéra-
ture byzantine, de M. Cl. Huart sur l'Afrique de la géographie
mozhaférienne, de M. Kiigener sur un traité météorologique et
cosmographique syriaque attribué à pseudoDenysl'Aréopagite,
de M. Labourt sur Babaï le grand, moine du vu' siècle, de M. P.
Berger sur les découvertes faites en Tunisie, etc., etc. Nous avons
fait nous-même des communications sur les Clémentines, sur
l'histoire d'un célèbre monastère de Mésopotamie et sur quel-
ques traductions oubliées. Nous avons offert au congrès, à la
séance générale, et nous avons annoncé dans les sections grec-
que, sémitique et musulmane, les six premiers fascicules de la
104 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
Pat7''ologie orientale, collection internationale fondée, dès 1897,
par M^^ Graffin.
Au point de vue matériel le congrès n'a pas été moins réussi.
M. René Basset, directeur de l'école des lettres d'Alger, n'avait
encore mis en relief que sa remarquable activité scientifique, il
était réservé au présent congrès de nous le montrer comme un
organisateur de premier ordre. 11 a su réunir en effet huit cents
adhésions et a su grouper trois cent cinquante orientalistes de tout
pays dans un chef-lieu de département français séparé de la mère
patrie par de vingt-six à trente-six heures de traversée souvent
pénible. Il a reçu tous ces orientalistes qui avaient été presque
tous convoqués personnellement par lui, il s'est intéressé à leurs
travaux, aux détails matériels de leur séjour à Alger, aux excur-
sions destinées à leur donner une idée exacte de l'Algérie que
la plupart voyaient pour la première et sans doute pour la der-
nière fois. En un mot il fut l'âme toujours agissante de ce con-
grès. L'école dos lettres d'Alger compte un certain nombre de
professeurs, mais — est-ce modestie de leur part? — ils s'éclipsè-
rent ou du moins ne surent pas s'imposer à l'attention des
congressistes. Signalons cependant M. Gauthier, professeur de
philosophie arabe, qui sut se mêler aux nouveaux venus et les
faire profiter de son expérience de vieil Algérois. Bon nombre
d'excursions eurent lieu aux environs d'Alger, à Blida et aux
gorges de la Chiffa, à Staouéli et Sidi Ferruch, à Cherchell, en
Kabylie. De plus deux voyages avaient été annoncés dès l'an der-
nier, l'un à Oran, Ain Sefra et le Figuig, l'autre à Constantine,
Biskra, Timgad, Tunis et Carthage : le premier ne put avoir lieu,
car l'autorité militaire ne permit pas l'accès du Figuig et peu de
congressistes furent attirés par Oran et Ain Sefra.
Le second, au contraire, réunit tant de souscripteurs que l'on
dut organiser trois départs les 27, 28, 29 avril pour éviter trop
d'encombrement dans les hôtels. Ainsi les orientalistes tinrent
à visiter l'Agérie et la Tunisie, avant de rentrer dans leur pays.
En dépit des quelques ennuis inséparables de tout voyage, ils
emportent, croyons-nous, bon souvenir de ce congrès et des
rapports qu'il leur a permis de nouer entre eux en attendant
qu'ils se réunissent à nouveau, dans trois ans, à Copenhague.
F. Nau.
BIBLIOGRAPHIE
A. AuDOLLENT. — Carthage Romaine (146 av. J.-C. — 698 ap. J.-C);
Paris, 1901, in-8" (Biblioth. des Écoles française d'Athènes et de Rome,
fasc. 84), p. xxxu-850.
Pendant longtemps les efforts des archéologues qui avaient fouillé le sol
de Carthage s'étaient portés exclusivement sur la ville phénicienne ; de la
Carthage de Gracchus et de César, l'histoire ne connaissait guère que le
déclin, et il avait fallu les noms d'un saint Cyprien ou d'un saint Augustin
pour attirer l'attention sur cette ville, qui fut sans doute moins puissante
que sa devancière, mais qui, par un retour curieux de fortune, devint
une des capitales de l'empire romain. Les fouilles entreprises depuis
l'expédition de Tunisie ont montré d'ailleurs qu'il est plus facile aujour-
d'hui de reconstituer la ville romaine, dont on retrouve les monuments,
que la ville punique, réduite en cendres par les soldats de Scipion et
dont il ne reste plus que les nécropoles. Mais si, grâce aux belles dé-
couvertes du P. Delattre et de M. Gauckler, on commençait à connaître les
grandes lignes de Carthage romaine, il manquait une étude scientifique
qui rassemblât les résultats obtenus et montrât le rôle important joué par
la seconde Carthage dans l'histoire. C'est cette lacune que vient de combler
M. AudoUent dans un livre qui, par l'abondance de ses renseignements, la
sûreté de sa méthode, la clarté et le charme de sa forme, fait grand hon-
neur à l'érudition française, et en particulier â l'École de Rome, qui a eu
l'heureuse idée d'annexer l'Afrique romaine au domaine de ses recherches.
Un ouvrage de ce genre ne saurait être d^nitif, puisque des découvertes
incessantes viennent compléter les connaissances que l'on avait déjà ; bien
que les efforts aient été considérables, le sol de Carthage n'a pas encore
révélé tout son secret; mais le livre de M. Audollent nous donne le tableau
complet de tout ce qui a été fait jusqu'à ce jour et il deviendra la base
nécessaire de tous les travaux qui pourront être tentés sur le même sujet.
Le premier problème qui se présente est celui de la restauration même
de Carthage. Après une critique rigoureuse des témoignages, M. Audollent
conclut que Caïus Gracchus est le véritable fondateur de Carthage romaine ;
sa colonie fut bien établie sur le sol même de l'ancienne ville; les sixmille
citoyens qu'il y avait conduits y restèrent même après la suppression of-
ficielle de la colonie et devinrent le noyau de la ville nouvelle que César,
106 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
puis Auguste reconstituèrent définitivement. Une première partie est con-
sacrée à l'histoire de Carthage depuis sa seconde fondation jusqu'à sa chute
après l'invasion arabe de 698 ; ce n'est guère qu'à partir du m" siècle que
cette histoire devient fertile en événements; nous assistons aux efforts des
Carthaginois pour imposer des Césars au monde romain, puis à l'invasion
des Vandales, à la restauration byzantine et à l'effondrement final.
Le deuxième livre, qui est sans contredit une des parties les plus impor-
tantes de l'ouvrage, est une étude méthodique sur la topographie de Car-
thage romaine. Avec une réserve que n'ont pas toujours connue ses de-
vanciers, M. Audollent nous donne tous les résultats qui lui semblent acquis,
et seulement ceux-là. 11 n'a donc pas eu l'ambition de nous rendre fami-
lières jusqu'aux moindres rues de la Carthage romaine (nous ne sommes
ici ni à Pompeï, ni à Timgad), mais plutôt de fixer les points de repère
que les fouilles et les témoignages anciens peuvent faire considérer comme
définitivement établis. Les faubourgs éloignés et les nécropoles, les alen-
tours de l'enceinte de Théodose II, la ville basse et les ports, Byrsa et la
ville haute sont successivement étudiés. M. Audollent restitue à Hadrien
l'aqueduc, oîi l'on avait vu longtemps un monument punique et qui a pu
être utilisé de nouveau après quelques réparations. Contrairement au
P.Delattre, M. Audollent enlève à Byrsa, pour les reporter dans la plaine,
les temples de Caelestis et de Saturne : le temple d'Esculape, le Capitble
et le palais proconsulaire suffisaient à couvrir un emplacement oîi les ar-
chéologues avaient accumulé un nombre véritablement invraisemblable
demonumennts. Enfin on lira avec un grand intérêt l'exposé des recherches
et des hypothèses relatives à l'emplacement des ports ; le problème qui
paraissait insoluble, il y a quelques années, est aujourd'hui près d'être
résolu grâce aux sondages entrepris par des officiers de la marine française.
M. Audollent rend pleine justice aux résultats obtenus par M. de Roque-
feuil et, plus récemment, par M. Hautz (voir l'Appendice, p. 842); il paraît
prouvé aujourd'hui que les deux lagunes dont les dimensions semblent si
restreintes à tous ceux qui les ont vues, ne sont que les débris informes du
port militaire et qu'il faut chercher le port de commerce plus au sud.
Les livres suivants ont pour objet les institutions politiques, la religion,
la civilisation de Carthage romaine . A la place des détails sommaires et
épars que l'on avait sur toutes ces questions, M. Audollent nous présente
un tableau d'ensemble qui est «ne véritable révélation de la place impor-
tante que tient Carthage dans l'histoire du monde romain et surtout de la
période de transition entre l'antiquité et le moyen âge. Il n'est pas un seul
de ces chapitres qui ne renferme des aperçus nouveaux. Signalons l'étude
si curieuse sur le culte de Caelestis, survivance du passé phénicien dont
M. Audollent amis en lumière toute l'importance; les chapitres relatifs à
l'histoire du christianisme, aux premiers martyrs, à saint Cyprien, au
donatisme ; l'étude sur l'organisation ecclésiastique ; les détails relatifs aux
beaux-arts et enfin le livre consacré à la littérature. C'est dans ce domaine
.bien plus que dans les autres, que M. Audollent nous invite à chercher
l'expression originale de l'esprit carthaginois. Sans vouloir refaire après
tant d'autres l'histoire de la littérature africaine, l'auteur s'est contenté de
BIBLIOGRAPHIE. 107
rechercher dans les auteurs païens ou chrétiens, Apulée, Tertullien,
saint Augustin et jusqu'aux poètes de l'époque vandale, les liens qui ratta-
chent ces écrivains à Carthage et les détails qu'ils nous fournissent sur la
société carthaginoise. Il a pu ainsi terminer son livre par un tableau
très vivant des mœurs et de l'esprit public à Carthage.
Une pareille œuvre suppose des recherches considérables et il suffira
pour s'en convaincre de parcourir la collection de tous les textes relatifs à
Carthage depuis l'antiquité jusqu'au milieu du xix" siècle, que M. Audollent
a ajoutée à son étude ; mais ce qui fait le mérite de ce livre, c'est que les
textes n"en sont qu'une des sources et non la plus considérable; c'est sur
le terrain même et par l'étude directe des monuments que l'auteur a pu
rassembler les éléments de ses conclusions. Le résultat de ses efforts a
été de restituer à l'histoire tout un domaine qui lui avait échappé jusqu'à
ce jour. Toutes les parties du monde romain et l'Afrique elle-même ont été
dans ces dernières années l'objet de sérieuses études : l'histoire de Car-
thage restait encore dans la pénombre ; elle est désormais en pleine lumière
et, grâce à M. Audollent, elle fournira des termes de comparaison à l'étude
si complexe des transformations de la société antique. Du point de vue car-,
thaginois, l'auteur nous a décrit la vie et les institutions de cette société
dans une colonie de province devenue une des grandes villes de l'empire ;
il nous a montré la politique habile des Romains qui font entrer dans
leur panthéon hospitalier les divinités de leur antique ennemie : il nous a
fait ensuite le tableau de la lutte dramatique entre les principes de cette
société et la révolution morale apportée par le christianisme : l'histoire de
l'église de Carthage est une des pages importantes de l'histoire de l'Église :
Puis cette ville extraordinaire, de civilisation si raffinée, oîi la débauche la
plus dissolue coudoyait l'austérité la plus rigoureuse, est devenue la proie
d'une bande de barbares : les Vandales se sont énervés au milieu de ces
délices et la restauration byzantine a gardé encore pendant cent soixante-
cinq ans Carthage à la chrétienté. L'histoire particulière de Carthage fait
donc partie de l'histoire universelle et, grâce à la monographie de M. Au-
dollent, elle reprendra la place qui lui est due (1). Quand les autres métro-
poles du monde romain, Antioche, Alexandrie, Constantinople, seront-elles
l'objet d'études aussi complètes et aussi précieuses?
Louis Bkéhier.
(1) Voici quelques oliservations de détail qui n'enlèvent rien au fond du livre dont
toutes les conclusions peuvent être adoptées sans restriction. P. 34, n. 3 : le jugement
sur la valeur archéologique de Salambo est peut-être bien sévère; un certain nombre
d'archéologues ont été plus indulgents pour Flaubert (voy. Jullian, Revue Universitaire
1900). — P. 95. La tradition d'ai)rès laquelle Boniface aurait appelé les Vandales en Afri-
que a été fortement combattue par Schmidt [Geschichle der Wandahn, lOOi, p. 33); la con-
centration en Bétique des Vandales que les Visigoths repoussaient devant eux me paraît
être une meilleure explication de l'Invasion de l'Afrique. — Enfin une dernière chicane :
M. Audollent a été amené fréquemment à rassembler des faits qui prouvent les relations
incessantes de Carthage avec l'Egypte et l'Orient; n'y aurait-il pas eu lieu de coordonner
tous ces détails afin de montrer dans quelle mesure les inllueu'.es orientales avalent réagi
sur la culture romaine de Carlliage ?
108 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Patrologia Orientalis. Tome I, fascicule 3. — René Basset, correspon-
dant de rinstitut, Directeur de l'École supérieure des lettres d'Alger. Le
Synaxaire arabe jacobite (rédaction copte.) — I. Les mois de Tout et
de Babeh, texte arabe, traduction française ; à la librairie Firmin-Didot
et C'<', 165 pages, gr. in-8"^ (format de Migne), prix 10 francs, franco
10 fr. 70 (pour les souscripteurs 6 fr. 30, franco 1 francs.)
Ce fascicule est le cinquième publié dans la Patrologie Orientale, les
deux premiers ont été annoncés dans \e Journal Asiatique, nov.-déc. 1903,
p. 532-535, cf. p. 521 ; et dans la Revue de l'Orient chrétien, 1903, p. 642-
643. Les deux suivants : History of the Patriarchs of the coptic Church of
Alexandria (1), texte arabe publié, traduit (en anglais) et annoté par
B. Evetts, et les Apocryphes coptes, texte copte publié et traduit par
E. Revillout, ont paru en 1904 durant les grandes vacances et ont été
annoncés par nous dans la Revue de l'Orient chrétien, 1904, n"® 2 et 4.
Le Synaxaire arabe jacobite était l'un des premiers ouvrages — avec
le Synaxaire éthiopien et l'Histoire des patriarches d'Alexandrie — dont
Msr Graffin réclamait l'édition lorsque, dès 1897, il jetait les bases de la
Patrologie orientale. Le texte arabe était en effet inédit, et les six pre-
miers mois seulement avaient été traduits en allemand par Wiïstenfeld (2),
il était donc fort utile de publier le texte et la traduction de tout l'ouvrage.
C'est dans ce but — écrit M. René Basset — qu'il y a plusieurs anné(?s, RP' Graf-
fin m'envoyait la photographie du ms. du Synaxaire n" 256 de la Bibliothèque
Nationale de Paris, et, en 1903, celle des mss. 4869-70 de la même collection. Il n'a
pas été possible, pour diverses raisons, de donner immédiatement suite à ce pro-
jet de publication, mais elle n'en a pas été moins préparée, depuis quatre ans, si
c'est aujourd'hui seulement que paraît le premier fascicule qui sera suivi, à bref
délai, de la suite de l'ouvrage (3).
Le fond de l'ouvrage est important en ce qu'il nous montre les trans-
formations des légendes et histoires des saints au passage d'une église à
l'autre, et en ce qu'il renferme de nombreuses additions propres à l'église
copte, par exemple des notices sur tous les patriarches d'Alexandrie. Les
deux premiers mois comprennent : Mylious (Abilius) ; Démétrius (f 232) ;
Tliéophile (f 412) ; Dioscore F'' (f 454) ; Athanase (f 497) ; Dioscore 11 (t 520) ;
Agathon (f 667); Simon (t837); Yousab (t849); Macaire (f 1129). 11 est
remarquable que le nom du premier n'est pas altéré seulement dans les
documents arabes (4), mais aussi dans les écrits syriaques, d'origine
égyptienne (5). 11 faudrait donc peut-être supposer une mauvaise lecture
d'un écrit grec égyptien [m au lieu de b) pour rendre compte de la leçon
(1) Une partie de cette histoire a été écrite ou compilée par Sévère ibn Moqatfa.
(2) Synaxarium... Gotha, 187t».
(3) Avertissement, p. 219.
(4) Cf. Patr. or., t. I, fasc. 2, Hislory of the Pariarchs... p. WX
(5) Cf. Analecla Boit., t.\l\, fasc. 1. Le texte syriaque du martyre de saint Pierre d'A-
lexandrie, conservé au moins dans un ms. du vu"" siècle, porte ~^gQ-«.'^ao ou, comme l'arabe,
,|Lœ pour Abilius.
w£00
BIBLIOGRAPHIE. ♦ 109
Milios substituée à Abilios. — Sévère, patriarche d'Antioche n'a pas moins
de deux commémorations dans ces deux premiers mois, cf. p. 273 et 313;
un tremblement de terre, p. 229, et une éclipse de soleil, p. 326, ont
même pu s'y faire place. Il est vrai que celle-ci aurait duré une heure,
chose impossible à une vulgaire éclipse, si totale soit-elle, mais en faisant
Va part de l'exagération et de la légende, on peut croire que l'éclipsé totale
mentionnée dans le synaxaire, ne différa point de celles que nous pour-
rons encore observer.
La forme de l'ouvrage est moins digne d'attention que le fond, car
l'auteur arabe offense à chaque ligne la grammaire et le dictionnaire. On
croirait volontiers avoir affaire à un traducteur ou à un compilateur
d'origine grecque ou syrienne qui aurait traduit ou compilé dans l'idiome
mal connu de ses vainqueurs des ouvrages écrits dans sa langue mater-
nelle. Avec deux manuscrits seulement, M. René Basset a relevé de trois à
huit lignes de variantes pour douze lignes de texte. Dans un ouvrage
aussi répandu que le Synaxaire, les différences introduites sont nécessai-
rement trop nombreuses et par là même trop peu importantes pour mé-
riter d'être relevées. Le fond seul de l'ouvrage importe et M. René Basset
annonce pour un fascicule complémentaire les textes que pourront four-
nir les autres recensions, la bibliographie et un certain nombre de textes
arabes inédits se rapportant à diverses parties du Synaxaire.
L'une des principales difficultés consiste à identifier les noms propres,
car les Arabes et, à leur suite, les Éthiopiens prennent à ce sujet les plus
grandes licences, au point de faire de V Apocalypse un nom d'homme (1).
M. René Basset a corrigé en bien des points la version de Wûstenfeld et
ne lui ajoute pas moins de neuf commémorations (cf. pp. 235, 253, 255,
258, 268, 272, 280, 294, 369).
Certains points demandent encore à être élucidés. Ainsi p. 329, l'auteur
mentionne Jacques patriarche d'Antioche qui fut banni par les partisans
d'Arius. Or Bar Hebraeus, dans son histoire des patriarches d'Antioche
[Chron. eccL, i), n'en mentionne aucun de ce nom. Ludolf nous apprend
{Cumm. ad His. A^th., p. 394) que les Coptes mentionnent à cette date
Jacques, le 50'' patriarche d'Alexandrie et non d'Antioche, mais à l'époque
où vivait celui-ci il n'était plus question des partisans d'Arius, de sorte que
la difficulté subsiste entière et que nous ne savons trop à qui appliquer la
notice du Synaxaire.
A la page 313 les deux mss. donnent le nom d'Anastase (491-518) à l'Em-
pereur qui voulut faire emprisonner Sévère d'Antioche. 11 faut lire tantôt
Justin et tantôt Justinien, car l'auteur, ici comme ailleurs, mélange à plai-
sir les noms et les faits historiques différents. Toutefois, la fin de la notice
consacrée ici à Sévère raconte diverses histoires et légendes relatives à
son séjour en Egypte et complète ainsi les récits des historiens syriens.
1. Cf. Ludolf, Hist. ^th. Francfort-sur-le-Mein, 1681, 1. m, ch. iv, « Visio Johannis
Abukalamsis ». Voir aussi dans Wûstenfeld, I, p. 33 : Porphyrius au lieu du nom bien
connu MercuriuH et, p. 110 : Martin, évêque de Thrace au lieu de Martin, évêque de
Tours.
110 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Nous aurons occasion encore de revenir sur diverses notices du Sy-
naxaire, car cet ouvrage qui traite des saints de l'Eglise Romaine antérieurs
au concile de Chalcédoine, des patriarches d'Alexandrie et de plusieurs
patriarches d'Antioche, de tous les hommes marquants qui ont illustré
l'Eglise jacobite et même de divers événements profanes, semble synthé-
tiser toute la littérature ecclésiastique monophysite. C'est une mine iné-
puisable de remarques et de notes comme nous aurons encore occasion
de le montrer.
F. Nau.
C. Fou.vRD, membre de la Commission biblique. — Les origines de l'É-
glise. Saint Jean et la fin de Tâge apostolique, gr. in-8" de \liv-
344 pages, 7 fr. 50; Paris, Lecoffre, 1904.
Cet ouvrage termine la série d'études consacrées aux « origines chré-
tiennes » par M. l'abbé Fouard. C'est même « le chant du cygne » du
savant auteur, car une note placée en tête de l'ouvrage, à la suite du por-
trait de M. Fouard, nous apprend que la mort l'a surpris avant la publi-
cation de son manuscrit. Comme dans ses précédents ouvrages, l'auteur
ne se borne pas à donner une biographie de son héros, mais, à son occa-
sion, il donne un tableau de la société religieuse, juive, romaine et
chrétienne à la fin du premier siècle, « à l'époque où. fut rédigé le qua-
trième Évangile par saint Jean qui avait survécu à tous ses frères dans
l'apostolat et atteint un âge très avancé ».
Le précédent volume : « Saint Paul, ses dernières années », qui en est
déjà à la sixième édition, se terminait sur la prise de Jérusalem par Titus ;
celui-ci, qui lui fait suite, nous raconte donc d'abord la prise des dernières
forteresses juives et l'organisation des écoles et des communautés juives
après l'écrasement delà révolte ainsi que l'exil et la vie des communautés
judéo-chrétiennes ou chrétiennes qui leur étaient mélangées. Passant
ensuite à Rome, l'auteur nous définit la société Romaine et les commu-
nautés chrétiennes sous les Flaviens, puis raconte la persécution de Domi-
tien. Saint Jean en fut l'une des victimes :
Api'ès les petits-fils de Jude, amenés à Rome du fond de la Batanéc, Jean, si
renommé pour avoir vécu dans l'intimité du Christ, dut être arrêté au même
titre. Lui aussi fut déféré à Rome Le lieu traditionnel de son exécution est
la Porte Latine, ou, pour mieux dire, l'espace libre alors qu'occupa plus tard
cette barrière de Rome. Le supplice commença par la flagellation qui en était
toujours le prélude la victime fut plongée dans l'huile bouillante. Mais l'heure
pi'édite par le Christ n'était pas arrivée, l'heure où Lui-Mème viendrait prendre
son disciple, et le réunir à Lui pour toujours : à la stupeur de tous, Jean sortit,
intact et sain, du bain de feu.
C'est ainsi que saint Jean est introduit dans le récit dont il va dès lors
fournir toute la trame, hors pour un chapitre consacré à la lettre de
BIBLIOGRAPHIE. 111
saint Clément aux Corinthiens. L'auteur commente d'abord la lettre aux
sept Églises qui forme les trois premiers chapitres de l'Apocalypse et nous
apprend à quelles erreurs elle entendait remédier. Vient ensuite un com-
mentaire large et très intéressant de l'Apocalypse entière pour aboutir à
saint Jean Évangéliste et au quatrième Evangile dont l'auteur s'applique
à faire saisir le but et l'importance :
Jean n'écrit pas pour conter. Il ne choisit faits et personnages qu'autant
qu'ils lui permettent de rappeler, à leur sujet, les discours du Maître attestant
sa divinité, aussi ne l'occupent-ils que dans la mesure où ils concourent à cette
vue..... Il puise dans ses souvenirs ceux qui lui paraissent les plus propres à
étayer sa démonstration ; les quelques faits qu'il allègue offrent matière à de
hauts enseignements; mais, en si petit nombre qu'ils soient, ils suffisent à lui
assurer une autorité incontestable par l'abondance et la précision des détails
qui attestent un témoin oculaire. Le dessein du quatrième Évangéliste, tel que
nous l'avons exposé, peut, jusqu'à un certain point, expliquer les particularités
qui le distinguent des autres Aucun lecteur qui ne remarque, au dernier
Évangile, l'emploi de certaines locutions : « verbe, lumière, grâce, Paraclet »
indiquant un état d'esprit nouveau dans l'Église. C'étaient des expressions de
l'école Alexandrine, communes chez les Grecs d'Éphèse, et qui répondaient à
leurs conceptions abstraites. Jean, accoutumé depuis trente ans à les entendre,
eldésireux d'être compris, en revêtit naturellement la prédication du Sauveur
L'ouvrage se termine par un chapitre sur la mort de saint Jean qui
nous fait assister à l'épanouissement de la Gnose. Il ne nous reste qu'à
mentionner la longue introduction de M. l'abbé Fouard consacrée à la
discussion de l'authenticité des écrits de saint Jean contenus dans le Nou-
veau Testament. L'auteur conclut sans hésitation à leur authenticité. 11
reste ainsi sur le soHde terrain traditionnel en dehors duquel on ne trouve
qu'un chaos de discussions philosophiques, c'est-à-dire vaines. L'Évangile
saint Jean par cela même qu'il est isolé et qu'il présente un caractère bien
différent des trois autres, a servi et sert encore de point de mire aux adver-
saires du christianisme. Les synoptiques offrent plus de résistance, c'est
le cas de rappeler le fascicultis triplex difficile rumpittir, mais l'Évangile
de saint Jean, à cause du style, des idées, des récits qui lui sont propres,
prête le flanc à bien des attaques. Les adversaires n'ont pas grand souci
de la science bien qu'ils en parlent constamment, sinon ils étudieraient
aussi bien quelques-uns des innombrables anciens auteurs qui offrent de
nombreux sujets de thèses et consacreraient leurs efforts à la philologie
on. les résultats sont indiscutables ; ils veulent seulement saper la base du
christianisme en mettant en doute l'authenticité et la véracité des récits
évangéliques ; ils trouvent parfois chez les chrétiens des auxiliaires inat-
tendus égarés par la vanité et la philosophie. M. l'abbé Fouard n'a pas
été de ce nombre. Il n'a pas cru que certaines concessions — que rien
n'oblige à faire — le consacreraient esprit critique, il a donc maintenu
intégralement la tradition catholique, telle d'ailleurs que nous la lisons
dans les savants ouvrages de M. Vigoureux, auxquels il fait de fréquents
renvois.
112 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Nul doute que tous deux à la Commission biblique ne se soient trouvés
en complète union d'idées sur ces sujets délicats. Aussi leurs ouvrages
jouissent-ils d'un égal crédit et d'une égale diffusion, comme en témoignent
leurs nombreuses éditions, et nous espérons que celui-ci aura le succès
de ses devanciers.
F. Nau.
SOMMAIRE DES REVUES
1. Journal asiatique. Janvier-Février 1905: Ed. Chavannes. Les livres
chinois avant l'invention du papier. — P. Regnaud. Recherches sur le point
de départ des noms des 7'isis védiques. — C. FosSEV. Etudes sumériennes. —
Nouvelles et mélanges. — Bibliographie.
2. Z. D. M. G. (Zeitschrift der Deutschen Morgenlândischen Ge-
sellschaft), t. LIX. 1 : J. Hertel. Eine zxveite Recension des Tantrâkhyai/ika.
— E. Nestlé. Dos syrische Alte Testament der Londoner Bibelgesellschafl.
— F. Praetorius. Zur Inschrift des Mesa'. — C. Meinhûf. Iloltenlotische
Laute und Lehnworte im Kafir. — E. Fagnan. Ibn Chwermandad, note
additionnelle. — A. H. Francke. Musikalische Studien in Westtibet. —
L. H. Mills. The Pahlavi texts of the Yasna Haptanghaili, Yasna wxv-
XLi (XLii) edited with ail Mss coUated. — E. Nestlé. Qahniqara in den
syrischen Wdrterbiichern. — S. KoNOW. On some Facts connected with the
Tibeto-Burman Dialect spoken in Kanaivar. — Tr. Michelson. The Meaning
and Etymology of the Pâli word abbfdhesika. — E. Baumann. Kehrvers-
psalmen. — H. Miiller, H. Zlmmern. Zur Hammurabi-Kritik. — J. Oestrup.
Zu Matth. VII, G. — J. Barth. Zum semitischen Demonstrativ d. Miszellcn.
— Anzeiger.
3. Revue biblique. Janvier 1905. M. E. Cosquin. Fantaisies biblico-
mythologiques d'un chef d'école. — R. P. Lagrange. Le Messianisme dans
les Psaumes. — Mélanges. — Chronique. — Recensions. — Bulletin.
Le Directeur-Gérant :
F. Charmetant.
Typographie Firmin-Diilot et C">. — Paris.
DANS QUELLE MESURE
LES JAGOBITES SONT-ILS MONOPHYSITES?
La question de la réunion des diverses Églises chrétiennes à
l'Église romaine dont elles ont lé malheur d'être séparées a
toujours préoccupé les bons esprits. On a voulu pendant long-
temps résoudre cette question par la force associée à la persua-
sion, et c'est au nom de « l'union des Églises » que les empereurs
grecs du v^ au vu" siècle ont persécuté les jacobites en Orient.
L'union n'a pu être obtenue et les griefs mutuels se sont beau-
coup envenimés. Aujourd'hui que l'emploi de la force n'est ni
possible ni même souhaité, c'est de la seule splendeur de la
vérité que l'on peut attendre « l'union des Églises ». Il faut donc
avant tout se connaître et savoir exactement ce que les uns et
les autres enseignent. Catholiques et jacobites apprendront
avec plaisir, croyons-nous, qu'ils se sont noircis les uns les
autres à plaisir et qu'ils n'enseignent pas ce qu'ils s'attribuent
mutuellement. En d'autres termes, les catholiques ne sont pas
Nestoriens et les Jacobites (1) ne sont pas Eutij chiens. Il nous
paraît important de réunir ici quelques textes inédits et quel-
ques idées éparses dans divers ouvrages afin de leur donner
plus de force par leur réunion, de les vulgariser, et de montrer
à ces anciens adversaires qu'ils ne sont pas séparés par une
infranchissable barrière.
La controverse qui va nous occuper roule autour du mode de
l'Incarnation. Tous reconnaissent que le Messie est Dieu et
homme; c'est là un mystère que notre faible raison ne peut
(1) Nous désignons sous le nom de jacobites tous les partisans de Dioscore et
de Sévère d'Antioche. Ils sont répandus encore en Syrie, en Mésopotamie, en
Arménie, en Egypte et en Ethiopie.
OKIENT CHRÉTIEN. 8
114 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
comprendre. Aussi est-il assez difficile de rendre compte de
cette dualité : Les Nestoriens lui attribuent deux natures
(divine et humaine) qui ne sont pas unies substantiellement,
mais forment deux liypostases et une personne (1). Les Euty-
chiens lui attribuent une nature formée par un mélange ou
une composition des deux natures divine et humaine, une
hypostase et une personne. Les jacobites reconnaissent une
seule nature formée de deux, sans mélange ni confusion, une
hypostase et une personne. Enfin les catholiques, évitant les
excès opposés, reconnaissent deux natures qui ne peuvent être
séparées et qui sont unies substantiellement en une hypostase
et une personne.
Nous nous proposons de faire connaître brièvement : I. les
erreurs que certains catholiques attribuent aux jacobites;
IL les erreurs que certains jacobites attribuent aux catholiques
et leurs traditions inexactes relatives au concile de Chalcédoine;
III et IV. la véritable doctrine ancienne des deux Églises, rela-
tive à l'Incarnation du Verbe.
I. — Erreurs attribuées aux jacobites.
Les jacobites, ainsi nommés de Jacques Baradée, qui sut
galvaniser leur Église et la propager au plus fort de la persécu-
tion de Justinien, ont été et sont encore confondus par certains
catholiques avec les Eutychiens, ce qui est inexact; au concile
de Chalcédoine les évoques, mis à même de choisir entre saint
Léon et Dioscore, répondent : « Nous croyons comme Léon.
Ceux qui résistent sont des Eutychiens » (2) et, d'après les
jacobites eux-mêmes : « S. Dioscore fut exilé à Gangres, en
Thrace, parce que les partisans de Nestorius répandaient le
bruit qu'il pensait comme Eutychès » (3). — Cette accusation
est parvenue jusqu'à nous et se trouve dans les manuels qui
servent à former la moitié du clergé français. Nous avons étudié
(1) On condense souvent leur opinion en disant qu'ils reconnaissent deux na-
tures et deux personnes.
(2) Chronique de Michel le Syrien, t. Il, Paris, 1901, p. 49 et 5G.
(3) Loc. cit., p. 58.
LES JACOBITES SONT-ILS MONOPHYSITES? 115
en effet, dans l'excellente Théologie de Clermont, l'exposé sui-
vant :
Sur VEulychianisme. Eutychès, prêtre de Constantinople et Archiman-
drite, c'est-à-dire abbé d'un monastère, défendant très vivement la foi
catholique contre Nestorius, et emporté peut-être par un trop grand zèle,
tomba dans l'erreur opposée. 11 enseignait que le Seigneur Christ avait eu
deux natures avant (leur) union, mais après l'union (des natures) il n'en
reconnaissait qu'une; ce sont ses propres paroles au concile de Constanti-
nople. Il se rattachait donc par quelque côté à Nestorius lorsqu'il affirmait
que la nature humaine du Christ avait existé avant d'être unie au Verbe,
mais sa principale erreur qui consiste dans la profession d'une nature,
semble provenir de ce qu'il aurait voulu unir les deux natures d'une union
physique et immédiate, c'est-à-dire sans l'intermédiaire de la personne ou
hypostase du Verbe divin. Comment a-t-il enseigné qu'il en résultait une
seule nature, a-t-il pensé que de l'union de la divinité et de l'humanité il
résultait une troisième (nature) par mélange ou composition ou bien a-t-il
pensé que la nature divine devenait (nature) humaine ou inversement que
l'humaine devenait divine, cette question n'est pas claire et tranchée.
Autant cependant qu'on peut le conjecturer d'après les paroles de ceux qui,
à la suite d'Eutychés, n'ont admis qu'une nature, il semble plus probable
qu'il a admis la conversion de la nature Immaine en la nature divine à la
maïuère d'une certaine absorption, comme disparait une goutte d'eau mé-
langée aux ondes de la mer.
Cet exposé des erreurs reprochées à Eutychès est clair et
rédigé en termes modérés; nous ne pouvons donc jusqu'ici que
féliciter son auteur, mais il ajoute quelques lignes plus bas :
Les Eutychiens sont désignés sous le commun vocable de monophysites,
ou encore de jacobites, d'après un certain Jacques^ Syrien de naissance
obscure.
Cette phrase, qui constate la dénomination erronée en usage
chez les Occidentaux, donne aux lecteurs une idée complètement
fausse de la doctrine jacobite. Tout le paragraphe gagnerait
d'ailleurs à être rédigé à nouveau. On lui donnerait pour titre :
« Les monophysites » , et on traiterait en sous-titre successive-
ment des Eutychiens et des jacobites, caries seconds ont tou-
jours anathématisé les premiers et ne peuvent donc leur être
identitiés.
(1) Theologia dogm. et mor... auctoribus professoribus Theologiœ seminarii
Claromontensis..., editio quarta, t. II, Paris, 1886, p. 353.
116 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
II. — A) EtTeurs attribuées aux catholiques.
Dès le concile de Chalcédoine les jacobites ont accuse les ca-
tholiques ou bien d'être de purs Nestoriens ou du moins d'in-
troduire le Nestorianisme sous une forme que l'on a voulue un
peu différente afin de ne pas tomber sous les anathèmes du
premier concile d'Éphèse. C'est ce qu'écrivait déjà Zacharie le
scolastique (v'-vi' siècle) : le concile de Chalcédoine « à cause
d'Eutychès, introduisit la doctrine de Nestorius » ; l'empereur
Marcien « se complaisait dans la doctrine de Nestorius » [l).
Les envoyés du pape saint Léon étaient des Nestoriens; l'em-
pereur Marcien gracia Nestorius (2), les évêques réintégrés
sur leur siège par le concile étaient des Nestoriens (3) ; les
ennemis de Dioscore étaient Nestoriens (4).
Vers 515, Jean, évoque de Maïouma près de Gaza, consignait
les mêmes idées dans les Plérophories [ROC. 1898). Il raconte
avec longs détails le rappel de Nestorius (chap. 36); ses ad-
versaires sont les Nestoriens, Dioscore seul leur résista (chap.
11). Les partisans du concile affirment que le Messie qui souf-
frit pour les hommes n'est pas Dieu (chap. 20 et 25; cf. C3).
Le concile de Chalcédoine a décrété ce qui avait été condamné
à Éphèse (chap. 59). Tout cela est inexact : les catholiques ne
sont pas Nestoriens mais les ont toujours combattus; le concile
de Chalcédoine n'a pas renouvelé les erreurs de Nestorius puis-
qu'il a commencé par les condamner.
Ce concile servait à lui seul à séparer les adversaires qui se
nommaient souvent Chalcédoniens, ou anti-Chalcédoniens,
aussi on le dépeignait sous les couleurs les plus noires : l'em-
pereur avait été gagné à prix d'argent, il imposa ensuite sa
volonté aux évèques. Ces idées qui remplissent les Plérophories
se retrouvent dans VHistoire de Dioscore écrite par son dis-
ciple Théopiste que nous avons publiée (5). A cause de l'im-
(1) Chronique de Michel le Syrien, 11,37 et 43. Cf. p. 109.
(i) Ibid., p. 38.
(3) Ibid., p. 99.
(1) Ibid., p. 40 et 43.
(5) Paris, 1903 {Extrait du Juurnal Asiatique).
LES JACOBITES SONT-ILS MONOPHYSITES? 117
portance de ce sujet, nous traduisons ici quelques textes inédits
de Sévère, évêque d'Aschmounaïn, de Georges el-Macin et du
musulman Makrizi, d'après un manuscrit de Renaudot (1).
B) Traditions jacobites Égyptiennes relatives au concile de
Clialcédoine.
V Extrait de l'histoire (inédite) des conciles de Sévère Ibn al-
Moqaffa, évêque d'Aschmounaïn (2).
L'Église orthodoxe (3) eut un peu de repos après cette époque (Cyrille),
jusqu'à ce que l'erreur d'Eutychès fut annoncée. Eutychès, né à Constan-
linople, affirmait que. le corps du Christ était subtil, dissemblable du
nôtre et inaccessible aux souffrances.
Quand il eut été retranché de l'Eglise par la sentence de Flavien, il
alla trouver Théodose et se plaignit à tort que le patriarche avait mal agi
envers lui et l'avait privé de la communion. L'empereur ordonna de réu-
nir un concile pour éclaircir cette affaire, et un concile de cent trente
évoques se réunit de nouveau à Ephése. Il s'y trouva le père Dioscore, pa-
triarche d'Alexandrie, Flavien de Co7istantinople, Juvénal évêque de Jé-
rusalem et Etienne d'Éphése. Ce ne fut pas par haine pour Eutychès que
l'on n'attendit pas la présence du patriarche de Rome ou ses lettres sur
cette affaire, mais seulement à cause de la longueur du chemin (4).
Le concile s'informa alors de la foi (ï Eutychès. Flavien, patriarche de
Constanlinople, montra qu'Eutychès, vu sa doctrine, méritait l'excommu-
nication. Tous furent de cet avis et on résolut de priver Eutychès de la
communion. Mais Eutychès vint au concile et implora son pardon. Il af-
firma qu'il était tombé par imprudence dans une telle doctrine, confessa
ses fautes, souscrivit de sa main la foi des Pères qu'il affirma être la
sienne pour toute la suite et il s'anathématisa lui-même s'il venait à la vio-
ler. Par ces mauvais artifices il obtint l'absolution, les Pères l'admirent
cà leurs sacrifices et le rétablirent dans sa charge bien qu'il dût plus tard
(1) Bibl. nat. de Paris, manuscrit Renaudot n° 18, fol. 104 sqq.
(2) Auteur copte jacobite célèbre du x" siècle; le commencement de l'histoire
des patriarches de l'Église copte d'Alexandrie publiée par U. Evetts dans la
Palrologia Orienlalis GralTin-Nau, est dû à cet auteur. Nous avons fait préparer
une édition du présent ouvrage par P. Chébli, prêtre maronite; ce travail est
à l'impression; nous ne l'avons pas annoncé plus tôt pour ne pas suggérer à des
auteurs et éditeurs peu délicats l'idée d'essayer de nous gagner de vitesse,
comme c'est d(^jà arrivé par deux fois.
(3) Nous traduisons ici le latin de Renaudot qui traduit lui-même le manuscrit
173 de Paris, fol. l-2''-19\ Un coptiste a attribué à tort ce traité à Isa ben Zaara,
dialecticien de Bagdad (942-1007), et Renaudot a accepté cette attribution.
(4) Cette explication tendantielle est inexacte.
118 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
retomber dans ses blasphèmes, être excommunié à nouveau et oublier
le souvenir de ce concile.
Enfin, on fit mention dans le même concile de Neslorius, des deux na-
tures et des deux personnes ; Juvénal avoua qu'il professait cette doctrine
et la tenait pour bonne ; il en fut de même de Basile, évoque de Séleucie,
d'Iba-i, évêque d'Édesse, de Théodoret, évêque de Cî/r, d'André, évèque de
{Samosale), d'Eusèbe, évêque de Dorylée. Le concile excommunia tous
ceux-ci et chacun retourna chez soi.
Plus tard Théodose (le jeune) mourut sans enfant; il avait une sœur
nommée Pulchérie, mariée à un patrice du nom de Marcien qu'elle éleva
à l'empire en place de son frère ; il était très attaché à l'hérésie de Nes-
lorius, et après la mort de Célestin lui avait donné Léon pour successeur.
Plusieurs de ceux qui avaient été excommuniés et privés de la communion
de l'Église allèrent trouver Léon, commencèrent à récriminer, à dire
qu'ils avaient été opprimés et à attaquer Z>ioscore qu'ils accusèrent d'avoir
réuni un concile sans y convoquer (le patriarche de Rome). » 11 ne t'a pas
demandé avis, disaient-ils, dans ce qu'il a fait, mais de sa seule autorité
il a excommunié le patriarche de Conslantinople et d'autres évêques,
lorsque tu es le Père le plus grand, le patriarche de la grande ville de
Rome et le vicaire de Pierre, prince des apôtres; comment donc, toi vi-
vant, est-il permis à Dioscore d'agir ainsi? »
Excité par ces discours, (S. Léon) causa de grands troubles à ce sujet,
et, ennemi de Dioscore, il écrivit des lettres à l'empereur Marcien. Ce-
pendant il cacha sa colère durant quelque temps et, en son nom ou au
nom des siens, il faisait mention (dans ces lettres) du Christ Seigneur, de
Dieu et de l'homme et insinuait que Dioscore avait agi de manière inique
et qu'il fallait réunir un nouveau concile pour juger la cause des évêques
excommuniés (à Éphèse).
Quand ces lettres curent été remises à Marcien, ces excommuniés se
réunirent près de lui et lui parlèrent de Neslorius, pour qu'il le rappelât
d'exil, qu'il fît examiner sa cause à nouveau. Il se laissa persuader et en-
voya jusqu'à ^A;»iîm(l) pour le chercher et le faire revenir ; l'envoyé le trouva
malade et resta longtemps près de lui dans l'espoir qu'il guérirait et pour-
rait être amené devant l'empereur; mais il mourut, par la volonté de
Dieu, afin que leur projet ne pût s'accomplir. — Enfin ils demandèrent
à l'empereur de réunir un concile, où il y aurait plus de trois cent dix-
huit Pères afin qu'ils pussent s'en glorifier et exalter ce concile plus nom-
breux que tous les précédents. Ils lui persuadèrent donc de réunir un
concile à Conslantinople (2), qui comprendrait trois cent dix-huit Pères et
encore trois cent dix-huit, c'est-à-dire six cent trente-six parmi lesquels
Dioscore, 'po.iYiwcche d'Alexandrie, Analolios, patriarche de Conslantinople,
Maxime, patriarche d'Anlioche, Juvénal, évêque de Jérusalem et Marc,
(1) Ou Panopolis en Egypte.
(2) L'Histoire de Dioscore, p. I'i6, suppose aussi que le concile se réunit d'abord
à Conslantinople. Cette erreur semble caractériser la tradition égyptienne.
LES JACOBITES SONT-ILS MONOPHYSITES? 119
évêque d'Éplièse. Ils demandèrent à Xeon, patriarche Romain, d'y assister,
mais lui, occupé alors, s'excusa et fit un écrit qu'il appela t tome » sur
sa croyance à l'égard du Christ, à savoir qu'il était Dieu et homme en deux
natures après l'union, à chacune desquelles il rapportait les actions qui la
concernaient. Il envoya cet écrit par deux délégués choisis parmi ses
prêtres.
Les évêques déposés voulurent renouveler l'opinion de Neslorius, mais
n'en trouvèrent pas le moyen, car le concile se tint la première année de
l'empereur Marcien et plusieurs évêques qui avaient excommunié Nesto-
rius y étaient présents l'an 193 de Diodétien.
Dioscore commença et dit : « Je désire savoir pourquoi un concile si
nombreux, comme on n'en a jamais vu, a été réuni. Qu'est-il donc arrivé
cà la foi, pour qu'il ait été nécessaire de réunir une telle multitude? »
On apporta alors le « tome » de Léon et on le lut : Nou8 confessons en
vérité [le Christ) Dieu et homme en deux natures distinctes ajirès l'union, à
chacune d'elles est rapporté ce qui la coiicerne. Ce qui convient à la Divi-
nité est rapporté à la Divinité et ce qui convient à l'Humanité est rapporté
à la nature de l'humanité (1). Alors l'empereur dit : « Voilà l'écrit de Léon,
voilà sa foi, il est le père le plus grand de vous tous ». — Dioscore répon-
dit : a Satanael fut aussi le plus grand des Anges, mais quand il se fut ré-
volté contre Dieu, il tomba de son rang et devint Satan (2). Ainsi Léon,
aussi longtemps qu'il observa la vraie foi, fut le père le plus grand et le
plus illustre, mais quand il pervertit la foi, il tomba de son rang et il doit
être regardé comme Satanael. Si vous n'ôtez pas cet écrit du milieu du
concile, j'anathématise cette ville et je m'en vais ». — L'un des assistants
lui dit : « Cesse ces discours condamnables, car tu ne dois pas rester
dans ce concile ». Dioscore répondit : « Dites-moi, lorsque Notre-Seigneur
Jésus-Christ fut appelé aux noces de Cana en Galilée, y fut-il appelé
comme Dieu ou comme homme? » — Ils dirent : « Il fut appelé parce qu'il
était homme ». Et il dit : « Quand il changea l'eau en vin, le flt-il parce
qu'il était homme ou bien parce qu'il était Dieu? » Ils répondirent :
« Parce qu'il était Dieu ». Et il répondit : « Regardez donc comme un,
avec sa divinité et son humanité, celui qui a fait des miracles et qui a
supporté librement et volontairement les douleurs et (dites) qu'il n'était
pas deux après l'union. « Un autre évêque dit encore que, d'après leur Père
Léon, il était en deux natures, dont l'une faisait les prodiges tandis que
l'autre supportait les douleurs, car l'autre nature ne pouvait endurer au-
(1) Semble plutôt un résumé qu'une citation. On lit dans la lettre de S. Léon à
Flavien : « agit uti'aque forma cum allerius communione, quod proprium est,
Verbo scilicet opérante quod Verbi est, et carne e.vequente quod carnis est.
Ununi horum coruscat miraculis, aliud succumbit injuriis ». On lit plus loin :
Unus onim idemque est, quod sfepo dicendum est, vere Dei fdius et vere homi-
nis filius ». Cf. Uavna,ck,Do!)mengeschichte,U, 357.
(2) Cette idée se retrouve dans ['Histoire de Dioscore, p. 131, mais la suite dif-
fère complètement et témoigne ainsi des frais d'imagination qu'ont dû faire les
divers rédacteurs.
120 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
cune souffrance. Alors Dioscore dit : « D'après Anba Cyrille mon père,
l'union de la divinité avec l'humanité est comme l'union du feu avec le
fer, quand le fer est jeté dans le foyer, le feu ne souifre pas, mais le fer
est modifié ». — Tous crièrent et dirent : « La foi de Dioscore est la vé-
ritable foi ». — L'empereur dit à Dioscore : « Est-ce que tu seras seul
l'arbitre de notre foi et feras-tu en quelque sorte la loi à ce concile, de
sorte que personne ne doive parler excepté toi ? » Plusieurs évoques ré-
pondirent : « Nous parlons comme Dioscore ». Alors l'empereur se leva et
l'assemblée fut dissoute pour ce jour- là.
Les évéques excommuniés, réunis chez l'empereur, lui dirent : « Per-
sonne dans ce concile ne résiste à tes ordres, excepté Dioscore; et per-
sonne en dehors de lui ne te résiste en face : Si tu ne le réprimandes pas
et si tu ne lui inspires pas de crainte, il en arrivera à dissoudre tout le
concile et nous ne pourrons rien devant lui ». D'autres vinrent dire à
l'empereur : « Si cela paraît bon à l'empereur, nous userons d'abord de
douceur, on convoquera quelques-uns des plus anciens et des principaux
de ce concile avec Dioscore. L'empereur les flattera et leur manifestera sa
volonté. S'ils l'écoutent, et sont du môme avis, c'est précisément ce qu'on
désire ; s'ils n'écoutent pas, l'empereur peut commander et aucun de nous
ne pourra résister ». Cette idée plut à l'empereur; il fit venir Dioscore,
patriarche d'Alexandrie, Anulolius, patriarche de Constantinople, Maxime,
patriarche d'Antioche, Juvénal, évèque de Jérusalem, Marc, évêque d'É-
phèse et trois des principaux évoques ; on leur plaça huit sièges dans le
palais impérial (1). L'impératrice Pulchérie s'assit aussi sur son siège pour
entendre ce qu'on dirait ; il y avait cependant un voile étendu entre eux
et elle. Alors l'un des patrices ami de l'empereur qui était présent leur
dit : « L'empereur vous aime, et désire beaucoup vos prières, ne refusez
donc pas de lui obéir et ne le mettez pas en colère ». Dioscore répondit :
« Nous aimons vivement aussi l'empereur, nous lui souhaitons des biens
continus et le bonheur dans toutes ses entreprises ainsi qu'une longue vie.
Nous demandons qu'il ne tombe dans aucun délit ni dans aucune faute
au sujet de la religion et qu'il n'encoure pas la damnation au jour du
jugement. Dieu lui a donné l'honneur et le soin de gouverner un empire
qui abonde en toutes sortes de biens, qu'il ne s'applique donc pas à autre
chose, car cela doit lui suffire ».'0n toucha encore plusieurs fois aux
matières dogmatiques et Dioscore dit : « Que l'empereur n'allègue plus les
paroles de Léon au sujet de la foi divine et orthodoxe, car elle n'en a pas
besoin ».
Comme la discussion traînait en longueur et que Dioscore ne changeait
pas et ne voulait ni ajouter ni retrancher quelque chose à la foi, Pulchérie
irritée lui dit : « Au temps de ma mère Eudoxie il y eut un homme qui
montra une arrogance égale à la tienne, — c'était l'illustre père Jean
Chrysostome, — mais il ne lui réussit pas d'avoir voulu résister ». Dioscore
(1) Cette conférence n'eut jamais lieu, elle n'est mentionnée que dans les écrits
égyptiens : dans l'/fisfoire de Dioscore, p. 141, où l'incident est plus épuré et
dans le Synaxaire arabe jacobite, édition René Basset, p. 237-238.
LES JACOBITES SONT-ILS MONOPIIYSITES? 121
lui dit : « Tu sais ce que le Seigneur Jésus-Christ a fait à ta mère qui
expulsa ce saint liomme circonvenu d'embûches, comment il l'affligea de
violentes douleurs en cet endroit que tu sais et elle ne trouva ni remède
ni guérison jusqu'à ce qu'elle vint au sépulcre (de Jean Clirysostome) pour
y pleurer et lui demander pardon. Elle fit apporter son corps dans cette
ville au milieu des honneurs, afin que Dieu voulût bien lui rendre la
santé. Me voici maintenant en ta présence, agis comme ta mère, si tu le
veux, afin qu'il t'en arrive autant qu'à elle ». Ces paroles irritèrent forte-
ment l'impératrice, surtout parce qu'il lui avait parlé de sa mère; elle
passa donc sa main sous le voile, lui donna un soufflet, lui brisa les dents
et, se jetant sur lui, lui arracha des poils de la barbe. Cette injure frappa
tous les assistants de stupeur. Mais Dioscore ramassant les poils de sa
barbe qui avaient été arrachés avec ses dents brisées les fit porter à
Alexandrie et écrivit : « Voici le fruit des travaux que j'ai entrepris pour
la vraie foi, restez-lui fidèles (1) ».
L'empereur fut très irrité en ce jour contre Dioscore, au sujet de ce
qu'il avait dit en public à l'impératrice Pulchérie; il ordonna aux évèques
de quitter Coustantiiiople, de se réunir à Chalcèdoini' et d'y tenir le con-
cile. Il fit un écrit sur la nouvelle foi, dans lequel il acceptait la mention
d'une seule personne, selon la foi des trois cent dix-huit Pères, puis, selon
la doctrine de Nestorius, réunissait Dieu et l'homme en deux natures
et deux opérations, comme le portait le tome de Léon et comme il le
croyait lui-même.
Le concile fut convoqué dans l'église de Sainte-Eupluhnie et l'empereur
ordonna de lire à tout le concile l'écrit qu'il avait fait et la règle de foi
qu'il avait composée. Quiconque croirait, accepterait et professerait ce qui
était écrit demeurerait sur son siège ; quiconque résisterait serait déposé et
un autre serait nommé à sa place (2). Quand les évèques furent arrivés et
eurent pris leur place, Dioscore entra et aperçut — en regardant à droite
et à gauche — plusieurs évèques excommuniés assis sur des sièges au
milieu du concile. 11 demanda .• « Qui a ordonné à ceux-là de venir à ce
concile? » Comme personne ne lui répondait, il dit : « 0 père Juvcnal,
est-ce que tu n'as pas souscrit comme moi l'anathème contre ces excom-
muniés, ainsi que tel et tel Père? » Il désignait à la ronde chacun des
évèques qui avaient pris part à ce concile (d'Éphèse) et avaient signé
l'anathème prononcé contre les autres. Quelques-uns répondirent : « C'est
l'empereur qui l'a ordonné (3) ». Alors il dit : « Si ce concile a été réuni
par la volonté de Dieu, j'y prendrai part et je parlerai; si c'est par la
(1) Comme nous l'avons écrit, tout ceci est œuvre de pure imagination et a été
inventé en Egypte.
(2) Les évèques ne se sont jamais plaints d'avoir subi quelque violence à Chal-
cédoine. Par contre, tous étaient las de la t3rannie exercée à Éphèse par Dioscore
et en général par les Égyptiens. D'après toutes leurs paroles, Chalcédoine fut un
pou la revanche des opprimés.
(3) L'auteur oublie d'ajouter (jue les évèques soupr-onnés de Nestorianisme ne
lurent admis à Chalcédoine qu'après avoir anathéraatisé Nestorius.
122 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
volonté de l'empereur, qu'il le dirige à sa guise et en fasse ce qu"il veut ».
11 sortit du concile, se retira ailleurs et chargea ses disciples de lui rap-
porter ce qui aurait lieu.
On leur lut l'écrit concernant la nouvelle foi, ils en parlèrent entre eux;
quelques-uns ne voulaient pas l'accepter, mais on les menaça de l'exil et
de les remplacer sur leurs sièges. Enfin, après d'assez longues consulta-
tions, tous résolurent d'obéir à l'empereur et de souscrire, et il n'y eut
plus d'espoir de les ramener à un autre sentiment. Tous souscrivirent, à
l'exception de quelques-uns. Quand on annonça cela à Dioscore, il fut
rempli de douleur et de souci à cause des innovations faites à la foi et de
ce qu'on avait tant osé contre le roi du ciel et si peu contre l'empereur
terrestre. Il fit dire aux évêques : « Plaît-il aux Pères que je m'associe à
leurs signatures et à l'obéissance envers l'empereur? car je ne suis pas
capable de m'enorgueillir au point de leur résister à eux tous; qu'ils
m'envoient le livre pour que je souscrive avec eux et qu'il n'y ait ni
dissension ni division entre nous ». Tous en furent bien heureux et lui
envoyèrent le livre. Quand il l'eut parcouru, il y mit à la vérité sa signa-
ture mais après avoir anathématisé le concile et tous ceux qui modifieraient
la foi et y ajouteraient, ou changeraient les écrits des premiers pères, ainsi
que tous leurs aides (1). Il rendit ensuite le livre avec cet anathème et le
concile frappé et irrité par cet acte fut divisé en deux partis. Les partisans
de Dioscore disaient : « Parmi tous ceux-là, il ne s'en est pas trouvé un en
dehors de Dioscore pour défendre la foi ». Le nombre des partisans de
Dioscore augmenta parce qu'il avait eu cette audace et Victor, chef des
patrices, dit à ses collègues : « Si mon maître l'empereur m'ordonnait
d'amener maintenant toute cette multitude au culte des idoles, je n'aurais
à me servir de cette verge que je tiens en main contre aucun autre que
contre Dioscore ».
Ils chargèrent quelques é\4éques de porter à l'empereur leurs signa-
tures et de lui rapporter ce qui s'était passé au concile. L'empereur irrité
demanda quel genre de mort il pourrait infliger à Dioscore. Les uns
dirent : Qu'il soit décapité, d'autres : Qu'il soit crucifié; d'autres : Qu'il soit
livré au feu. Mais quelques-uns des évêques présents dirent : « On n'a rien
fait de tel dans aucun concile et aucun des- empereurs précédents n'a agi
ainsi, mais ils envoyaient en exil les récalcitrants, les privaient de leur
dignité et leur donnaient un successeur ». L'empereur ordonna donc
d'agir de la même manière et de déporter Dioscore à Gangres, île des
barbares. Avec lui fut exilé Anba Macaire, évêque de Tkoou. Quatre
évêques orientaux s'enfuirent et six cent trente qui se trouvaient à ce
concile, souscrivirent la foi de Chalcédoine, ils professèrent que le Christ
Notre-Seigneur était Dieu et homme en deux natures distinctes, ils pro-
fessèrent aussi de bouche une personne, mais jamais de l'âme et sincère-
(1) Cet incident est encore une simple production de l'imagination de l'auteur.
L'Histoire de Dioscore reproduit plusieurs lettres qui sont sans doute purement
imaginaires aussi, p. 142-147.
LES JACOBITES SONT-ILS MONOPHYSITES? 123
ment. Car au moment où Neslorius se rendait au concile (1), interrogé
par ses compagnons pour savoir quelle était sa foi, il leur répondit :
« Nous croyons au Père, au Fils, au Saint-Esprit et au Christ ». Les évè-
ques de Chalcédoine, quand ils mirent leur foi par écrit, dirent : « Nous
croyons au Père, au Fils, au Saint-Esprit et à l'humanité du Seigheur ».
Nestorius dit : « Dieu habita dans l'homme au moment de l'Incarnation
et le fit un avec lui ». Le concile de Chalcédoine dit : « Le Verbe prit un
corps et habita dans le corps qu'il prit de l'homme et il le fit doué d'une
âme ». Neslorius dit que le corps du Christ qui s'incarna ne fut pas changé
en la nature de la divinité, mais qu'il habita dans Thomme ; il dit encore que
le corps n'est pas distingué de celui qui y habite et qu'il est ainsi revêtu
d'un honneur inséparable. Il dit encore : « Je confesse deux natures et
j'adore celui qui n'a pas abandonné le corps ». Le concile de Chalcédoine
dit qu'il conserva chacune des deux natures parce que ce n'est pas le
Verbe de Dieu (jui en fut réduit à l'apparence d'un esclave. Le Verbe,
disent-ils encore, fait ce ([ui a rapport à ses opérations, l'un fait les mi-
racles, l'autre supporte les souffrances.
Quelle différence y, a-t-il donc entre l'avis de Neslorius et l'opinion du
concile de Chalcédoine au sujet de la foi? S'il y en a une, elle semble être
que Nestorius confesse deux personnes, en deux natures, deux volontés
et deux libres arbitres; il bâtit sa foi sur cet édifice sans fondement et ne
cacha rien de son blasphème, tandis que le concile de Chalcédoine ne
reconnut qu'une personne, mais il montra qu'il croyait en deux personnes
lorsqu'il affirma que le Christ était Dieu parfait et homme parfait en deux
natures distinctes entre elles même après l'union ; ils en arrivèrent
ensuite à admettre deux volontés et deux libres arbitres lorsqu'ils dirent
que Dieu faisait les miracles et que l'homme supportait les souffrances,
en entendant par là Dieu créateur et l'homme créé. Cette foi est réelle-
ment une foi en deux et non en un, car il n'est pas possible qu'une chose
ait la nature, le libre arbitre et la volonté sans avoir aussi la personne. Il
semble qu'ils n'osèrent pas confesser une personne dans ce concile, de
crainte de Tanathème porté au (premier) concile d'Éphèse contre Nesto-
rius, et contre ceux qui embrasseraient sa doctrine ou la professeraient.
Ils espéraient être à l'abri grâce à cette dissimulation.
2° Georges el-Macin (2) écrit aussi dans sa ciironique (3) :
Dieu sait ce qu'il en est et juge s'ils ont eu des motifs pour diviser la foi
et pour troubler l'Eglise, car c'est lui qui commande, qui juge les juge-
(It II est inexact que Nestorius ait été convoqué à Chalcédoine. Un n'a donc ici
que des récits tendantiels.
(2) Auteur chrétien appelé par les Arabes Ibn-Amid, né en Egypte en 1223, mort
à Damas en 1273.
(3) Une partie seulement de cette chronique a été publiée et traduite un latin
par Erpenius, Historia Saracenica, Leyde, 1625, 8°. Cette partie commence à
Jlahomet. Elle a été traduite à nouveau en français et en anglais; nous publions
le présent passage inédit d'après le ms. Renaudot n" 18.
124 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
ments et qui fait ce qu'il veut. A lui gloire dans les siècles des siècles.
L'empereur Marcien épousa Pulchérie, sœur de l'empereur Théodose.
Sous son règne eut lieu le quatrième concile réuni à Chalcédoine, avec
six cent trente évêques. Marcien le réunitpour juger l'opinion de Dioscore,
patriarche à.' Alexandrie , d'après lequel le Christ était une substance formée
de deux substances, une personne formée de deux personnes, une nature
formée de deux natures et une volonté formée de deux volontés. L'empereur
Marcien et ses sujets disaient deux substances, deux natures, deux volon-
tés et une personne. Tous les évéques se rallièrent à l'avis de l'empereur,
excepté Dioscore^ patriarclie d'Alexandrie, et six évêques qui refusèrent
aussi bien que lui d'adhérer. L'empereur en fut irrité et les évêques qui
lui avaient obéi firent lui « tome » qu'ils signèrent. Dioscore leur fit deman-
der ce « tome », pour souscrire aussi. Ils le lui envoyèrent, mais lui y écri-
vit sa profession de foi et un anathème contre quiconque s'éloignerait de
son avis. A cette nouvelle, l'empereur voulut le tuer, mais les patrices et
les princes lui conseillèrent de le faire venir avec quelques-uns des prin-
cipaux évêques, car ceux-ci l'amèneraient peut-être à leur avis et ainsi
l'Église ne serait pas divisée. Marcien s'assit donc sur le trône impérial;
son épouse Pulchérie était aussi sur un trône à côté de lui. On disposa
aussi des sièges pour Dioscore et les principaux évêques. L'empereur
leur fit une allocution et comme les patrices conseillaient à Dioscore d'ad-
hérer à l'avis de l'empereur et des Pères pour conserver ainsi sa dignité,
il leur dit : « Que Dieu accorde un très long règne à l'empereur. Il n'a
pas besoin de s'occuper de ces petites choses, mais il doit s'appliquer à
diriger les affaires de l'empire et laisser les prêtres s'occuper de la foi
orthodoxe, car ils connaissent les Ecritures. L'empereur ne s'appliquera
donc à rien de ce genre, mais cherchera la vérité et la suivra ». Alors
Pulchérie lui dit : « Il y eut au temps de ma mère un homme qui avait au-
tant d'entêtement que toi; il fut excommunié et exilé, c'était Jean Chrtjso-
slome ». Dioscore lui dit : « Tu sais ce qui arriva à ta mère et de quelles ma-
ladies graves elle fut affligée jusqu'à ce qu'elle allât au sépulchre de saint
Jean Chrysoslome et y demandât grâce, pour arriver à guérir » : à ces
paroles Pulchérie ne put retenir ses larmes et, pleine décolère, l'attaquant
à coups de poings, lui cassa deux dents et lui arracha les poils de la barbe.
L'empereur ordonna de l'anathématiser, de le chasser de son siège et de
l'envoyer en exil. Ils l'anathématisèrent donc, l'expulsèrent et mirent à sa
place Protérius comme patriarche d'Alexandrie.
3" Ajoutons enfin le récit d'un auteur égyptien musulman,
Makrizi (1), qui écrit d'après les mêmes sources (2) :
Le quatrième des conciles chrétiens eut lieu à Chalcédoine (451); l'au-
(1) Taki Eddin al-Makrizi, né au Caire en 1364, mort en 1441 dans la même ville.
(2) Nous tirons ce passage de : Taki-Eddini Makrizii, Hisloria Coptorum chri-
stianorum. Arabice édita et latine translata ab Ilenrico .JosephoWetzer : Solisbaci,
1828, p. 59 à 65. Wiistent'eld a réédité et traduit en allemand cette Histoire des
Coptes.
LES JACOBITES SONT-ILS MONOPHYSITES? 125
teur en fut Dioscore, patriarche d'Alexandrie. Il enseignait que le Messie
était une substance de deux substances, une personne de deux personnes,
une nature de deux natures et une volonté de deux volontés. L'opinion
de l'empereur grec Marcien et de sa nation était que le Messie avait deux
substances, deux natures, deux volontés et une personne. Quand les évo-
ques comprirent que telle était la volonté de l'empereur, ils le craignirent
et se rallièrent tous à son avis, à l'exception de Dioscore et de six évêques
qui ne donnèrent pas leur consentement à l'empereur. Les autres évê-
ques souscrivirent l'opinion dont ils avaient convenu. — Dioscore leur fit
demander le libelle afin d'y inscrire aussi sa foi. Quand il eut reçu leur
libelle, il y inscrivit sa foi et excommunia non seulement ceux-là , mais
encore tous ceux qui s'en écarteraient. Marcien, irrité, cherchait aie tuer.
On lui conseilla de l'appeler et de le juger. Il manda donc k Dioscore de se
présenter. Il le fit et les six cent trente-quatre évêques se réunirent en
même temps. Les évêques et les patriarches conseillèrent à Z>/oscore d'em-
brasser l'opinion de l'empereur et de retourner à sa charge patriarcale.
Alors ils invitèrent l'empereur (à parler) et il leur dit qu'il n'avait pas be-
soin de scruter des choses si subtiles, qu'il lui était plus expédient de
s'occuper des affaires de son royaume, de le gouverner et de laisser les
prêtres discuter de la vraie foi, qu'ils savaient écrire, qu'ils eussent donc
à suivre la vérité sans se laisser conduire par l'amour de quelqu'un. —
Ensuite Pulchérie, épouse de l'empereur Marcien, qui se tenait près
de lui, dit : « Dioscore, au temps de ma mère, fleurissait un homme doué
d'un grand génie, ton égal, nommé Jean Chrysostome, patriarche de
Constantinople ; cependant on l'excommunia et on le priva de son siège ».
Dioscore lui répondit : « Sais-tu ce qui arriva à ta mère, comment elle tomba
malade, jusqu'à ce qu'elle allât demander pardon près du corps de Jean
Chrysostome et qu'elle recouvrât la santé ?» — Pidchét'ie, fort indignée de
ces paroles, lui donna un soufflet au point de lui casser deux dents; d'au-
tres hommes l'invectivèrent et lui arrachèrent une grande partie de la
barbe. L'empereur ordonna qu'il fût excommunié et privé de son siège.
Aussi les évêques se réunirent contre lui, l'excommunièrent, le chassèrent
de son siège et Prolériicsîiit nommé à sa place. Depuis ce concile, les chré-
tiens furent divisés en Melchites, c'est-à-dire « qui suivaient l'avis de l'em-
pereur » etj'acobites qui adhéraient à la doctrine de Dioscore. Cela arriva
la 193'-' année de l'ère de Dioclèlien. Marcien, durant tout son règne, émit
un édit que quiconque n'adhérerait pas à son avis serait mis à mort. Entre
ce concile et le troisième il y a vingt et un ans. — Pour ce qui regarde
Dioscore, il prit ses dents et les poils de sa barbe et les envoya à Alexan-
drie en disant : « Voilà ce que rapporte la foi ». Aussi le peuple d'Alexan-
drie et d'Egypte embrassa sa doctrine. Envoyé en exil, il traversa Jérusa-
lem etlà Palestine en prêchant sa doctrine aux hommes qui l'embrassèrent
et la professèrent (I); enfin, après avoir établi plusieurs évêques jacobites,
(1) Ceci est propre à Makrizi, car chaque auteur brode un peu sur le canevas
fourni par ses devanciers. En r('alité, Dioscore dut aller par nier de Chalcédoine
à Gangres.
126 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
il mourut en exil le quatrième jour du mois de Toth (1). Le patriarchat
d'Alexandrie, qu'il avait dirigé durant quatorze ans, n'avait pas de patriar-
che sous le règne de l'empereur Morcien; d'autres racontent au contraire
que Protérins avait été mis à la tète du patriarchat d'Alexandrie.
Les hommes ne sont pas d'accord entre eux pourquoi cette secte fut
nommée jacobite (2). Certains disent que Dioscore, avant d'être patriar-
che, se nommait Jacques et qu'il exhorta par lettres, ses sectateurs durant
son exil à garder fidèlement la foi du pauvre et du proscrit Jacques. —
D'autres disent que Dioscore eut un disciple nommé Jacques qu'il envoya
à ses partisans durant son exil et que ceux-ci prirent son nom. — D'autres,
que Jacques fut disciple de Sévère, patriarche d'Antioche, attaché à la doc-
trine de Dioscore, qui envoya Jacques aux chrétiens pour les confirmer
dans la foi de Dioscore. — D"autres, qu'un certain Jacques, remarquable par
sa piété et ses mortifications et vêtu d'une couverture de bête de somme
(aussi fut-il nommé Jacques Baradée), parcourut la terre et excita les
hommes à embrasser la doctrme de Dioscore ; aussi tous ceux qui le firent
furent appelés yaco6//es, d'après son nom. Le même Jacques serait encore
appelé Jacques de Saroug (3).
Ilf . — Sentiment des jacobites touchant l'union des deux
natures dans le Christ.
Il est inexact de confondre les partisans de Dioscore avec les
Eutychieus, car, s'ils n'admettaient qu'une nature en N.-S. après
l'union, ils professaient que cette unique nature était formée de
deux sa?is mélange ni confusion ni conversion de l'une en
l'autre, ni division. En d'autres termes, ils professaient une
nature double au lieu de deux natures.
Ils se recommandaient de saint Cyrille pour dire que la na-
ture incarnée du Verbe était une, de sorte que le Christ était
« de deux natures » et non pas « en deux natures », comme l'a-
vait écrit le concile de Chalcédoine à la suite du pape saint
Léon. Dioscore exposa lui-même cette opinion à plusieurs re-
prises au concile de Chalcédoine : « J'admets : de deux; jen'ad-
(1) Makrizi suppose à tort qu'il y a concordance exacte entre les calendriers
syrien et copte. Dioscore mourut le quatre Élul (septembre) 451 (Cf. Histoire de
bioscore, p. 175 et 5). Mais au quatre Elul correspond le septième jour de Toth.
Cf. Synaxaire, éd. René Basset, p. 236.
(2) L'accord existe maintenant. Ce nom provient de Jacques Baradée.
(3) Il n'y a aucun rapport entre Jacques Baradée (f 578) et Jacques, évêque de
Saroug (t521).
LES JACOBITES SONT-ILS MONOPHYSITES? 127
mets pas : deux (1) ». Quand on cita à Éphèse ce qui avait été
fait à Constantinople sous Flavien et que l'on en vint à ces pa-
roles de Meliphtongos, évêque de Julianopolis : « ceux qui ne
confessent pas que les deux natures sont jointes dans une véri-
table unité pour (former) le seul et unique Fils de Dieu, vrai
Dieu de vrai Dieu, Jésus-Christ, soient anathèmes (2) » et à
celles de Julien, évêque de Coos : « Nous confessons donc deux
natures en une personne (3) » ; Dioscore dit à Chalccdoine :
« Je blâme ces paroles, car, après Funion, il n'y a plus deux
natures (4) ». De plus, Dioscore ne conda.mndi Flavien, comme
on le voit par les actes du brigandage d'Éphèse et comme il le
dit lui-même à Chalcédoine, que parce qu'il disait « deux
natures après l'union », tandis que les témoignages des Pères
montraient qu'après l'union, il ne fallait pas dire deux natures,
mais une nature incarnée du Verbe (5). Le tome de Léon qui
reconnaissait deux natures après l'union, était censé renouveler
l'hérésie nestorienne, car, pour les jacobites, la nature suppo-
sait la personne, et le concile de Chalcédoine n'aurait prôné
une personne et deux natures que pour échapper aux ana-
thèmes portés contre quiconque dirait deux personnes, bien
qu'au fond leur sentiment fût le même.
Dioscore niait aussi que les deux natures fussent confondues
dans le Christ, de crainte de tomijer dans l'erreur de Vcdentin
et (ï Apollinaire appelés auvouaiaa-aç par les saints Pères qui les
combattirent, parce qu'ils disaient que les deux natures s'é-
taient mélangées pour en former une seule. Il dit clairement
en effet dans la première action du concile de Chalcédoine :
(1) T6 £X ô-Jo ÔE'xojAat, to ôûo où 5£xo[j.at. Hardouin, Acta Conciliorum, t. II,
Paris, 1714, col. 136.
(2) Acia Conciliorum, II, col. 136
(3) '0[xo>>oYoùjj.ev toîvjv xà; SOo çûaeiç èv évlTtporrtoirw. Acla Conc, II, col. 137.
(4j 'lôoù to-jTOu i7:OaiJ.6àvo[i.ai, [li-zx ^àp xr)v svwctiv oûo çûustç oOv. zlaiv. Acta Con-
ciliorum, II, 137.
(5) Aiôffxopo; 6 eùXaêéffTaxo; èTtîcxoTtoi; 'AXE^avSpsîa; eItze. cpavepô): ôià toûto y.a9T]py)Tat
ilOauiavôç ÔTt (xexà xvjv ëvwatv ùùo çy<>Et; stuev, èyw ok xpYJdet; ejrw xwv àyiwv Tîaxs'pwv
'Aôavafftou, rpYiyopiovi, Kupt>Xou, oxi où Set XÉyetv [Jiexà xr;v evwtriv ôûo çûaetç, à)là
(liav ffe(7apxtùjj,évr)v xoù ),6you çOtriv. Mansi, VI, 682. Acta Conciliorum, t. II, col. 132*
Les orthodoxes montraient que par « une nature du Verbe incarné » les Pères
indiquaient deux natures, comme le fait Jean Maron dans ses œuvres que nous
avons publiées. V. Opuscules maronites, V" partie, Paris, 1899, p. 25-40 de la tra-
duction et p. l(.)-22 du texte syriaque lithographie.
128 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
« Nous ne disons ni confusion, ni division, ni conversion; ana-
thème à qui dira confusion, ou conversion, ou mélange » :
(juyy^uatv, '1^ xpoTCYjv, y) àvaxpaaiv (1).
Telle fut toujours l'opinion desjacobiies, qui reconnaissent
une nature formée de deux, la nature humaine et la nature di-
vine incarnée, de sorte que ces deux natures se sont unies en
une sans mélange, division, altération ou changement, et n'ont
pas été séparées l'une de l'autre, nulle part, à aucun moment,
pendant aucune durée, de sorte que le Christ était homme
parfait et Dieu parfait, un Dieu, un Christ, une personne, un
suppôt, une substance formée de deax, une nature formée de
deux, une volonté formée de deux, né du Père avant tous les
siècles et né dans le temps de la Vierge Marie, consubstantiel
au Père selon la divinité, consubstantiel à nous selon l'huma-
nité, qui souffrit pour nous en vérité dans la chair, de sorte
cependant que la divinité ne fut jamais sujette aux souffrances.
— C'est pure rêverie de leur attribuer une autre opinion et
de les confondre avec les Euty chiens qu'ils ont toujours ana-
thématisés (2).
On pourrait citer de nombreux témoignages pour justifier
les précédentes conclusions, Renaudot en a déjà relevé une
demi-douzaine dans la Perpétuité de la foi (3). Nous relèverons
seulement celui de Sévère d'Antioche, tel que l'expose Bar
Hébraeus : en Jésus-Christ, il n'y a qu'une nature^ la divine
et V humaine, sans confusion, sans mélange et sans corrup-
tion, et qui demeurent ce qu'elles étaient; de même que la
(1) Actio prima. Acia Conciliorum, t. II, Paris, 1714, p. 128. Cité par Harixack,
Dogmengeschlchte, Leipzig, 1894, t. Il, p. 369.
(2) On reprochait à Eutychès de renouveler les erreurs de Valentin et d'Apol-
linaire, de dire que le corps du Christ n'était pas consubstantiel au nôtre, mais
tiré du ciel, et que l'unique nature du Christ était formée de deux avec commu-
nication et confusion; en d'autres termes, d'absorber l'humanité dans la divinité.
Dioscore reçut Eutychès dans sa communion au brigandage d'Éphèse, mais
après qu'il eut anathématisé les erreurs de Valentin et de ceux qui attribuent au
Messie une chair descendue du ciel, c'est-à-dire après qu'il eut anathématisé la
principale erreur pour laquelle, selon les jacobites, il avait été condamné à Cons-
tantinople. Dioscore le reçut donc à Éphèse, disent les jacobites, parce qu'il y fit
une profession orthodoxe et le condamna plus tard quand il renouvela les er-
reurs qui l'avaient déjà fait condamner à Constantinople.
(3) Édition Migne, Paris, 1841, t. III, col. 68-70.
LES JACODITES SONT-ILS MONOPIIYSITES ? 129
nature de l'homme est de deux natures, de Vâme et du
corps; et que le corps est aussi composé de deux natures, la
matière et la forme, sans que l'âme soit chamjée au corps et
ta matière en ta forme.
Nous trouverons plus loin l'opinion de Bar Hébraeus lui-
même, telle que l'expose Assémani, et terminerons ici par un
texte de Jean Pliiloponos, cité par Michel le Syrien. Cet auteur,
qui a écrit en grec un long ouvrage farci de dialectique pour
démontrer par la force du raisonnement, sinon des faits et des
témoignages, que les partisans du concile de Clialcédoine sont
des Nestoriens, nous semble exposer assez clairement la doc-
trine jacobitc (1) :
Qu'il n'y a pas une seule nalure de la divinité et de l'humanité, mais qu'il
y a une seule nalure ou hyposlase du Christ composé, chacune des deux de-
meurant inconfuse.
Aussi, nous ne disons pas qu'il y a une nature ou une liypostase de la di-
vinité et de l'humanité, mais bien du Christ composé; car nous confessons
et nous adorons [le Christ en une seule nature] ou hypostase, en tant que
composé. Nous n'admettons point la destruction de l'une, ni la confusion
[ou le mélange] des deux. Nous avons blâmé cela bien souvent, car nous
considérons comme tout à fait ridicule cette opinion de quelques-uns, que
peut-être il y a eu quelque conversion ou confusion dans cette union,
alors que cela n'a pas même lieu dans les autres composés, si ce n'est tou-
tefois dans le mélange des qualités contraires, comme nous l'avons montré
dans le AtatTrjxr'ç, à cause qu'elles se contrarient mutuellement et que l'une
est détruite par l'autre. Chez l'homme au contraire et chez Notre-Seigneur
le Christ, ce qui est moindre est conservé par ce qui est plus grand :
le corps par l'àme, ce qiii est humain par la divinité du Christ. — Il est
donc évident, d'après cela, que nous ne disons pas une nature selon l'affec-
tion pour la chair (2), ni selon la confusion de l'humanité et de la divinité
du Christ ; mais parce que nous croyons que le Verbe de Dieu s'est in-
carné de telle sorte qu'il y a eu union de la nature divine et de l'iiumanité.
Or l'union, si elle a lieu réellement, réunit nécessairement en une les
choses qui sont unies. C'est cela, et non autre chose, qu'exprime cette
sentence de saint Athanasius et de Cyrillus : « Une est la nature incarnée
de Dieu le Verbe. » — En effet, la nature ou hypostase de l'homme est
aussi un composé formé de l'âme et du corps ; cependant aucun des deux
n'est changé en l'autre dans la composition, pas plus que dans le Christ
sa divinité et l'humanité.
(1) Chronique de Michel, II, j). IIO.
(2) ■■ Pour ne reconnaître en \otre-Seigneur que la nature liumaine??
ORIUNT CHRÉTIEN. 9
13Ô REVUE DE l'orient CHRETIEN.
IV. — Sentiment des catholiques touchant l'union
des deux natures.
Il nous suffira de rapporter la profession do foi de Chalcé-
doine et les passages caractéristiques d'une lettre du concile
tenu à Rome sous le pape Agathon, adressée au troisième con-
cile de Constantinople.
1° Chalcédoine. Suivant donc les saints Pères, nous déclarons tous d'une
voix que l'on doit confesser un seul et même Jésus-Christ Notre-Seigneur,
le même parfait dans la divinité et parfait dans l'humanité, vraiment
Dieu et vraiment homme; le même composé d'une âme raisonnable et
d'un corps ; consubstantiel au Père selon la divinité et consubstantiel à
nous selon l'humanité, en tout semblable à nous, liormis le péché ; en-
gendré du Père avant les siècles selon la divinité et dans les derniers
temps né de la Vierge Marie, mère de Dieu, selon l'humanité, pour nous
et pour notre salut ; «n seul et même Jésus-Christ, Fils unique, Seigneur
en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans sé-
paration, sans que l'union ôte la différence des natures; au contraire, la
propriété de chacune est conservée et concourt en une seule personne et
une seule hyposlase; en sorte qu'il n'est pas divisé ou séparé en deux per-
sonnes, mais que c'est un seul el même Fils unique, Dieu Verbe, Notre-Sei-
gneur Jésus-Christ.
2° Lettre d'Agathon et de son concile (G80) au concile de
Constantinople tenu en 681.
Unum eumdemque D. N. J. C, Filium Dei unigenitum, ex duabus et in
duabus substantiis inconfuse, incommutabiliter, indivise, inscparabililer
subsistere cognoscimus, nusquam sublata differentia naturarum propter
unitionem, sed potius salva proprietate utriusque naturae, et in unam per-
sonam unamque subsistentiam concurrente, non in dualitatem persona-
rum dispertitum vel diversum, neque in unam compositam naturam
confusum, sed unum eumdemque Filium unigenitum, Deum Verbum,
D. N. J. C, neque alium in alio, neque alium et alium, sed eumdem
ipsum in duabus naturis, id est, in deitate et humanitate, et post substan-
tialem adunationem cognoscimus quia neque Verbum in carnis naturam
conversum est : permansit enim utrumque quod naturaliter erat : diffe-
rentiam quippe adunularum in eo naturarum sala contempla tione disrer-
nimus ex quibus inconfuse, inseparabiliter et incommutabiliter est compo-
situs; unum enim ex utrisque et per unum utraque quia simul sunt et
altitude deitatis et humilitas carnis, servante utraque natura etiam post
adunationem sine defectu proprietatem suam (1).
(1) Cité Theologia... seminarii Claromonlensis, t. II, Paris, 188G, p. 322-323.
LES JACOBITES SONT-ILS MONOPIIYSITES? 131
Ajoutons que le concile de Chalcédoine, comme les précé-
dents et les suivants, condamna Nestorius et ses partisans et
ne reçut Théodoret et Ibas d'Édesse qu'après leur avoir fait
anatliématiser Nestorius. « Tliéodoret dit : Anathèmc à Nes-
torius, à quiconque ne dit pas que la Vierge Marie est mère
de Dieu et à quiconque divise en deux le Fils unique (1)... Ibas
dit : J'ai déjà anathématisé par écrit Nestorius et sa doctrine,
et maintenant je l'anathématise mille fois (2) ».
V. — Conclusion.
Les jacobites n'ont jamais été Eutychiens et les catho-
liques n'ont jamais été Nestoriens. Dioscore n'a reçu Eu-
tychès au second concile d'Éphèse, disent les jacobites, qu'a-
près lui avoir fait anathématiser ses erreurs et les catholiques
n'ont reçu Théodoret et Ibas à Chalcédoine qu'après leur
avoir fait anathématiser Nestorius. Il importe peu que les ja-
cobites emploient les mêmes mots : « une nature » que les
Eutychiens, puisqu'ils se séparent essentiellement d'eux dans
l'explication des propriétés de cette nature unique. Il importe
peu que les catholiques emploient les mêmes mots : « deux
natures » que les Nestoriens, puisqu'ils se séparent essentielle-
ment d'eux dans l'explication du mode d'union des deux na-
tures. Les jacobites ne reconnaissent qu'une nature, mais elle
est formée de deux, et ils ajoutent : « sans confusion et sans
mélange ». Les catholiques reconnaissent deux natures, mais
ils ajoutent : « sans division, sans séparation... en une seule
hypostase ». Les traditions jacobites et en particulier les tra-
ditions égyptiennes relatives au concile de Chalcédoine sont
inexactes. Le rôle de la force au concile de Chalcédoine a été
infiniment moindre qu'au second concile d'Éphèse, car aucun
des intéressés ne s'est plaint du roi Marcien, tandis que de
nombreux évoques ont accusé Dioscore en face et lui ont re-
proché d'avoir fait entrer des soldats en armes et des moines
avec Barsumas, pour les obliger à souscrire sur un papier blanc
(1) 8« action.
(2) 10'^ action.
132 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
et d'avoir fait chasser les notaires des autres évêques pour
faire rédiger les actes par les siens et pouvoir ainsi les falsifier
facilement. Par contre, les jacobites ont quelque raison d'affir-
mer que le concile de Chalcédoine a été réuni cuntre Eutychès
et non pas contre Dioscore et que celui-ci n'y a pas été con-
damné pour une erreur déterminée puisqu'il déclarait enseigner
tout ce qu'avait enseigné saint Cyrille. Ce qui, donne quelque
crédit à cette opinion, c'est qu'Anatolius, archevêque de Cons-
tantinople, a pu dire devant tout le concile sans être contredit :
« Dioscore n'a pas été déposé pour la foi, mais parce qu'il a
excommunié l'archevêque Léon, et qu'ayant été cité trois fois,
il n'est pas venu (1) ».
Ainsi, à l'origine, les jacobites semblaient former un schisme
plutôt qu'une hérésie. Nous pouvons citer en faveur de cette
idée Richard Simon et Assémani (2).
Dans son Histoire critique des dogmes, des controverses,
des coutumes et des cérémonies des chrétiens orientaux {3),
Richard Simon écrit :
A regard de leur créance, tous les Monophysites, soit jacobites (4), soit
Arméniens, ou Cophtes et Abyssins, sont du sentiment de Dioscore tou-
chant i'unité de nature et de personne en Jésus-Christ, et pour cela on
les traite d'hérétiques. quoiqu"en effet ils ne différent des théologiens la-
tins qu'en la manière de s'expliquer. Ce ([ue les plus savants d'entre eux
reconnaissent aujourd'liui, ainsi qu'il paraît de la conférence (5) que le
P. Christophle Roderic, envoyé du Pape en Egypte, eut avec les Cophtes
touchant la réunion des deux Églises : car ils avouèrent qu'ils ne s'expli-
(1) 5'"'' action, Acla cunc. Il, 119. Les jacobites se sont toujours pn-valus de ce
texte. Ils écrivent aussi que Justinien, dans son édit adressé au cinquième con-
cile, a dit : « Dioscore n'a pas péché contre la loi ». Cf. Bullelin de l'Assucialion
Saint-Louis des Maronites, 1903, p. 377.
(2) Nous pourrions, bien entendu, trouver des auteurs modernes de même sen-
timent. Citons du moins Blanc, auteur d'un Cours d'histoire ecclésiastique à l'u-
sage des séminaires assez répandu. Paris, 1882, t. 1, p. G03 : « Les jacobites n'ad-
mettaient qu'une nature après l'Incarnation, nature formée des deux natures
divine et humaine, celles-ci toutefois demeurant sans mélange ni confusion.
Ils disaient en conséquence anathèmo à Eutychès; mais ils ne repoussaient pas
moins le concile de Chalcédoine et la lettre do saint Lôon... La déplorable rup-
ture qui se consomma sans retour au milieu du vi" siècle, était peut-être plus
encore un schisme qu'une hérésie". Cf. ROC. 1902, p. 537-538.
(3)Trévou.x, 1711, p. 119-120.
(1) Pour ne pas prêter à ampli iboloirio, il faut lire : <■ tous les jacobites, soit
syriens... ».
(5) P. Sacchini, Hist. Societ., part. Il, 1. VI.
LES JACOBITES SONT-ILS MONOPHYSITES? 133
(juaient de celte façon que pour s'éloigner des Nestoriens, mais qu'en
effet ils ne différaient point de l'Église romaine qui établit deux natures en
Jésus-Christ. Ils prétendent même expliquer mieux le mystère de l'Incar-
nation, en disant qu'il n'y a qu'une nature, parce qu'il n'y a qu'un Jésus-
Christ Dieu et homme, que ne font les Latins, qui parlent, disent-ils, de
ces deux natures^ comme si elles étaient séparées et qu'elles ne fissent
pas un véritable tout. C'est aussi en ce sens que Dioscore, qui a adouci
quelques termes ^^"Eutychès, lesquels paraissaient trop rudes, disait qu'il
reconnaissait que Jésus était composé « de deux natures » , mais qu'il n'était
pas « deux natures » ; ce qui semble orthodoxe : car ils ne veulent pas
avouer qu'il y ait deux natures en Jésus-Christ, de peur d'établir deux
Jésus-Christ (1).
Enfin Assômani (2), dans une longue analyse de deux ou-
vrages tliéologiques de Bar liébraeus, montre d'abord que leur
erreur théologique est basée sur une erreur philosophique :
pour eux, toute substance est une nature et toute nature une
substance. D'ailleurs la nature est ou bien commune à plu-
sieurs (comme la nature humaine) ou bien particulière (comme
la nature de tel individu) et c'est la nature particulière qu'ils
appellent une personne. Partant de là, Bar Hébraeus ajoute
que l'être résultant de l'union des deux natures en Notre-Sei-
gneur n'est pas un accident, c'est donc une substance; il s'en-
suit que c'est une nature et, comme cette nature est parti-
culière, c'est une personne. Notre-Seigneur a donc une nature
et une personne.
Il est intéressant de montrer ensuite comment Bar Hébraeus
se rapproche de îa doctrine catholique lorsqu'il résout les ob-
jections qu'il suppose lui être posées :
Objectio. Si salvae sunt significationes discriminis naturalis in Domino
nostro quomodo duas non habebit naturas? Si vero eae liaud salvae sunt,
en permistionem et confusionem naturarum quod est absurdum.
Besponsio. Etiam in anima et corpore salvae sunt; et tamen una est na-
tura hominis vivi rationalis; non duae.
Inslantia. Si in substantiae aequalitate (3), unam naturam dicitis, con-
(1) Richard Simon a le toit d'émettre des principes analogues en faveur des
Nestoriens et des Eutychiens et Renaudot l'en reprend à bon droit un peu vive-
ment peut-être. Cf. Perpétuité de la foi, édition Migne, t. III, col. 1203-1214.
Renaudot a exposé fort exactement la doctrine jacobite {Ibid., col. <;7 71)ct nous
lui avons emprunté bien des idées.
(2) Bibl. Or., t. II.
(3) |-<>XDO( La..aju>,
134 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
substantialis igitur crit caro Verbo, quod est absiirdum. Si inaequalis in
substantia duae igitur sunt naturae.
Besponsio. Non unam simpliciter naturam dicimus, sed unam naturam
ex duabiis naturis substantialiter diversis.
Objeclio. Si con substantialis est Patri, idemque consubstantialis Mariae,
quomodo duas non liabebit naturas, quibus utrique inaequall aequalissit?
Responsio. Duplex est illa una natura, non simplex. Secundum diver-
sas igitur ejus significationes inaequalibus illis ipse aegualis est.
Et Assémani termine par la remarque suivante :
Vides, jacobitas cum catbolica Ecclesia fere de nomine pugnare, et
omnia quae catbolici de bypostatica unione docent et credunt, eosdem
docere etcredere, naturam dupliccm appellantes, quam nos duas naluras,
ut vere sunt, esse affirmamus; in quo circa ipsa pliilosophiae principia
ballucinantur, sibique manifeste contradicunt.
« Vous voyez que les jacobites n'ont presque qu'une querelle
de mots avec l'Église catholique. Tout ce que les catholiques
enseignent et croient au sujet de l'union hypostatique, ils
l'enseignent et le croient aussi, appelant nature double ce que
nous afhnnons — et avec raison — être deux natures. Ils se font
en cela illusion sur les principes philosophiques et se contre-
disent manifestement. »
Nous terminerons aussi notre dissertation sur ce témoi-
gnage d'Assémani afin de la mettre ainsi sous ce puissant
patronage, et nous proposerons d'appeler les Jacobites Diplo-
phy sites plutôt que Monophy sites (1).
F. Nau.
(1) On n'a pas tenu assez compte des mobiles politiques qui agirent à Chalcé-
doine. Nous avons déjà mentionné les rancunes des évoques contre les Égyp-
tiens, mais la volonté de l'empereur put avoir aussi quelque influence; « en
Orient, la religion a toujours été chose nationale », écrit le R. P. J. Pargoire, en
tète de son volume sur VÉglise Byzantine de 527 à 847. Cf. Échos d'orient, 1905,
p. 66. C'est aux théologiens qui recherchaient jadis toutes les causes de désu-
nion et qui se prouvaient mutuellement, malgré les affirmations opposées, que
les catholiques étaient des Nestoriens et que les jacobites étaient des Eutychiens,
à changer de procédé et à rechercher enfin les motifs d'union.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE
DE L'ARMÉNIE
(Suite) (1)
Le catholicos et le roi allaient bientôt alléguer la prétendue
violation de cette dernière clause par le cardinal Pierre, nonce
du pape, et essayer d'éluder ainsi la première excommunication
lancée contre le souverain d'Arménie. Nous venons de toucher
à l'un des plus graves incidents de la fâcheuse querelle de
Léon II avec les Templiers, qui amena une rupture passagère
du pape avec le roi. Le moment est venu d'exposer l'origine et
le développement de ce conflit.
I 26. Léo7î II refuse de rendi^e Gaston aux Templiers et
d'observer avec Raymond le Borgne la trêve imposée par le
pape. Il est excommunié, puis se réconcilie avec le pape. —
Le château de Gastim ou Gaston avait été enlevé aux Templiers
par Saladin (26 septembre 1188). Quand les musulmans appri-
rent que les rois de France et d'Angleterre approchaient de la
Syrie, ils abandonnèrent cette place forte. Léon s'en empara,
et, malgré les réclamations du grand maître, appuyées par le
patriarche et le prince d'Antioche, il refusa de rendre Gaston
aux Templiers. Le pape Innocent III lui écrivit en leur faveur
(15 décembre 1199). Mais le roi s'obstina et, au lieu de restituer
le château à ses anciens maîtres, le donna à Sire Adam, qui
était seigneur de Bagras. Dans le conflit qui éclata plus tard
pour la succession de Bohémond III d'Antioche (1200), les Tem-
pliers prirent naturellement le parti de Bohémond le Borgne
(1) Voy. vol. YII, 1902, p. 20, 277, y08; vol. VIll, 1903, p. 206, 577; vol. IX,
1904, p. 107, 212, 393; vol. X, 19U5, p. 15.
136 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
contre Léon et son petit-neveu Roupên-Raymond (voir l'article
précédent, | 12). Soit esprit de rivalité contre leurs émules,
soit sentiment de reconnaissance pour leur bienfaiteur, soit
conviction de la légitimité de ses prétentions, les Hospitaliers
s'étaient rangés du côté du roi d'Arménie. Soutenu par de si
puissants auxiliaires, Léon confisqua les possessions des Tem-
pliers en Arménie, en mit quelques-uns à la torture et chassa
tous les autres du royaume (1203).
t,e roi aggravait ainsi ses torts. Néanmoins, il était assez
difficile de faire le partage des responsabilités, tant était com-
plexe le drame qui se déroulait. Les deux légats pontificaux, les
cardinaux Pierre du titre de Saint-Marcel et Sophrède (Geoffroy)
du titre de Sainte-Praxède, jugeaient d'une manière différente,
sinon opposée, les deux prétendants à la souveraineté d'Antio-
clie. Le premier était favorable à Bohémond IV. Les sympathies
du second, comme celles du patriarche latin d'Antioche, allaient
au roi d'ArnK'nie. Cependant Pierre de Saint-Marcel, de plus
en plus indisposé contre Léon, réunit à Antioche un synode
auquel ne fut pas invité le catholicos arménien; et là, malgré
l'avis contraire du cardinal Sophrède, il mit le royaume de
Léon en interdit. Le roi et le catholicos, appuyés d'ailleurs par
Sophrède, en appelèrent au pape Innocent III (1203). Léon con-
testait la légitimité du synode réuni à Antioche en l'absence
du catholicos arménien. Il représentait le cardinal Pierre comme
un juge prévenu en faveur des Templiers et du comte de Tripoli.
Il se plaignait que les nouveaux enfants de l'Église catholi-
que, au lieu de puiser au sein de leur mère le lait dont ils
avaient besoin, n'en reçussent, disait-il, que du fiel et du
vinaigre. Néanmoins, tout en donnant cours à leurs récrimina-
tions, ni le roi, ni surtout le catholicos ne prirent prétexte de la
condamnation lancée par le nonce pontifical pour se révolter
contre le pontife romain. Bien au contraire, dans la lettre
jointe à celle de son roi et écrite probablement dans le cou-
rant d'octobre 1205, Jean VII affirmait que « l'Église armé-
nienne reconnaissait la primauté et le magistère de la sainte
Église Romaine, comme étant d'institution divine ». Au nom
de l'Église arménienne « devenue la fille très dévouée de l'É-
glise Romaine », il jurait obéissance au pape; seulement, après
lui avoir donné satisfaction sur les principaux points, il jugeait
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIflIEUSE DE l'ARMÉNIE. 137
imprudent de pousser plus avant les changements et les ré-
formes dans l'Église arménienne (1).
Pendant que le roi et le catholicos en appelaient au pape
contre le légat Pierre de Saint-Marcel, celui-ci, à l'instigation
de son collègue Sophrède, leva l'interdit jeté sur le royaume de
Cilicie. Mais, on le comprend, cette solution n'était du gré, ni
des Templiers, ni de Raymond le Borgne. Les premiers mena-
çaient d'abandonner la Syrie. Le "pape, craignant d'être privé de
ces précieux auxiliaires dans sa lutte contre les musulmans,
multiplia auprès de Léon ses exhortations paternelles et le
pressa de rendre aux chevaliers leurs anciennes possessions. Il
chargeait en même temps l'évêque de Crémone d'arranger le
différend entre le roi et le comte de Tripoli. Le pape veut
que cette cause soit examinée sans parti pris et que les deux
rivaux observent une trêve, en attendant la décision du juge
qu'il a choisi. A n'en pas douter, pourtant, les sympathies du
pape sont plutôt pour Léon, qu'il .appelle son fils très cher.
Cela ne surprend pas, quand on songe quel était le rival de
Léon. Le comte de Tripoli était sans doute courageux, opiniâ-
tre, habile politique. Mais son manque de scrupules dans la
poursuite de ses desseins, sa violence contre ses adversaires
n'étaient pas moins extrêmes. Il avait enfermé au château d'An-
tioche le patriarche latin, Pierre I"' d'Angoulême, favorable au
roi d'Arménie; et, au dire du continuateur de Guillaume de
Tyr (XXI, m), le pauvre patriarche était mortde soif après avoir
essayé de l'apaiser en absorbant l'huile de sa lampe (8 juillet
1208) (2).
Les violences du comte de Tripoli attireront plus tard sur sa
tête une sentence d'excommunication de la part d'IIonorius III.
Mais les torts de son adversaire n'excusaient pas ceux de Léon.
(1) Reg., ep. 120; Raynaldi, ann. 1305, n. 30-40. Sur los phases diverses du
conflit que nous résumons, voir Reg. Innocenlu III, lib. Il, ep. 251 et 250. Dans
la lettre 45 du livre Xll sont cnumérés les principaux griefs des adversaires de
Léon; 1. Xlll, ep. 112; 1. XIV, ep. 61 ; I. XVI, ep. 2 et 7. — Dans Migne, t. CCXVL
p. 792 etc.; Paoli, Codice dlplomalico del sacra MiUlare orxline gerosulimitanu,
t. I, pièces no= xci, xcvi, xcix et c; V. Langlois, Le trésor des Charles de r Arménie;
pp. 77-79 : Possessions des Templiers.
(2) Cf. 1. X, Ep. Innoc, 214; I. XII. rp. 45; Raynaldi, ann. I22(), n. 55-59; sur
le ton affectueux du pape Innocent à l'égard de L('on. voii' I. X, ep. 214 (ibid.
febr., ann. 1207).
138 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Celui-ci s'obstinait à ne pas garder la trêve imposée par le pape.
Après avoir paru céder à ses remontrances, et au moment
même où il continuait de s'appeler « le rejeton nouAeau, dévoué
et obéissant de la sainte Église Romaine », il persistait dans sa
résistance, rejetant tous les torts sur les Templiers, le cardinal
Pierre et le comte de Tripoli, qui, disait-il, usurpait les droits
de son neveu Raymond-Roupên. A la fin, le patriarche de
Jérusalem, légat du pape en Syrie, lassé de tous les atermoie-
ments du roi d'Arménie, l'excommunia (1210-1211). Quelques
mois après, le pape, jugeant nécessaire cet acte de rigueur, con-
firma la sentence du patriarche (1). — Léon, se sentant près du
but si ardemment poursuivi, ne s'arrêta pas avant de l'avoir
atteint; mais, dès qu'il eut lait conférer à son neveu Roupên-
Rayinond le titre de prince d'Antioche, il se hâta de rendre aux
Templiers leurs fiefs ; et Innocent III chargea aussitôt son légat,
le patriarche de Jérusalem, de le relever de rexcommunica-
tion.
I 27. Parfait accord de Léon II avec le pape Honorius.
Celui-ci empêche le roi de Jérusalem d'envahir la Petite-Ar-
ménie. Efforts en vue d\me croisade; Jean connétable d'Ar-
7nénie. — L'entente rétablie avec Innocent III se maintint avec
son successeur, Honorius. Quand Léon fit part à celui-ci des
fiançailles de sa fille Isabelle avec le fils d'André, roi de Hon-
grie, le pontife répondit dans les termes les plus affectueux à
« son très cher fils, le roi d'Arménie » (2). «
Léon mort, Honorius continua de suivre avec le plus vif
(1) L. XI, ep. IIO, — Le conilit était présenté à un point de vue différent par les
Templiers, Reg. Innuc, 1. VII, ep. 188, 189. Pour quelques autres raisons, comme
nous l'avons déjà indiqué, Léon méritait encore d'être blâmé. Dans ses alliances
de famille, il se laissait dominer par un point de vue trop exclusivement poli-
tique. L'épouse de Roupèn-Raj'mond, Ilelvis, fille d'Amaury de Cliypre, avait été
enlevée à Eudes de Dampierre, probablement sous l'influence du roi d'Arménie.
La légitimité du second mariage était donc contestable. Le 24 septembre 121 1,
Innocent III chargea le patriarche d'Antioche, Pierre II, d'examiner cette affaire
(Potthast, t. I, p. 371, n. 4307; Baluze, t. II, p. 555). D'ailleurs, Léon écrit la
même année à Innocent III que le mariage de Roujjèn avec Ilelvis est invalide,
Helvis étant déjà mariée. Innoc, XIV, I04; Raynaldi, an. 12II, n. 25. Voir Far-
ticle précédent de notre histoire, g 14. — Là même, nous a\ons écrit par mégarde
que Philippa, épouse de Th(^odore Lascaris. était la sœur cadette de Roupén III;
c'est fille cadette qu'il fallait dire.
(2) Honorii lib. 11, ephl. dlvi, dlvii, dlix, dlxi, dlxu; Raynaldi, ann. 1217:
Hcf).^ 1. III, cp. cccxxv, cccxxvi. ccrxxix; Raynaldi, an. 1219, n. o3.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE i/ARMÉNIE. 139
intérêt les événements qui se déroulaient en Cilicie. Une parti-
culière sympathie rattachait à ce royaume que, d'ailleurs, Léon
le Magnifique avait placé sous la spéciale protection du Saint-
Siège. Fort affligé de voir plusieurs prétendants se disputer, les
armes à la main, la succession du dernier roi, le pape s'efforça
de sauver le pays d'une guerre civile et de faciliter la réalisation
des dernières volontés de Léon. Celui-ci avait désigné pour son
héritière Isabelle, sa fille cadette. Le roi de Jérusalem, Jean de
Brienne, qui avait épousé la sœur aînée d'Isabelle, Ritha, me-
naça d'emporter de vive lutte le trône qu'on lui refusait (1).
Mais par une lettre du 11 août 1220, le pape lui ordonna, sous
peine d'anathème, de ne point envahir la Cilicie; et le redou-
table guerrier s'inclina devant cette décision. Après la malheu-
reuse fin ..de Roupèn-Raymond, qui avait eu de nombreuses
sympathies parmi les Latins et dont le nonce Pelage avait même
agréé la candidature, les droits de Philippe d'Antioche devenu
l'époux d'Isabelle n'étaient pas contestables, et le légat Pelage
Galvano, évêque d'Albano, le reconnut, au nom d'Honorius,
comme roi de la Petite- Arménie.
Le pape était d'autant plus satisfait de la paix, au moins
passagère, dont jouissait l'Arménie, qu'il s'efforçait alors, vai-
nement, hélas ! d'entraîner l'empereur, Frédéric II à une nouvelle
croisade. Comme pour encourager ses vastes espoirs, la reine
des Géorgiens, Roussoutane, et son maître de cavalerie, Jean,
portant le titre de connétable de toute la Grande-Arménie,
venaient de lui envoyer un ambassadeur, l'évoque d'Ani,
David. Les deux lettres présentées par David étaient un hom-
mage rendu à la suprématie papale : elles étaient adressées « au
très Saint- Père et seigneur de toute la chrétienté, tenant le
siège de saint Pierre ». De plus, le connétable Jean promettait
au pape de venir avec 1.000 hommes au secours des croisés qui
(1) Ilonorii Ep. \. IV, ep., dci.xii; \. V, ep. cclxiii. Raynaldi, ann. 1220, n. 55-
58. — On a prétendu que Ritha, accusée, auprès de Jean de Brienne d'avoir em-
poisonné l'entant qu'il avait eu de sa première épouse, aurait été si maltraitée par
ce prince qu'elle serait morte des coups reçus {Bcr7i-:.rd. Ihesaur. Liber de Acquis..
Terra; S., c. ccv, Ber. italic. scriplores, t. VIII, coL 843). Alislian, p. 28'3-284.
sans regarder l'anecdote comme certaine, raconte que l'empoisonnement attribué
à Ritiia serait celui de son propre enfant. Le continuateur de Grégoire de Tyr
(XXXI, IX, 321) donne le nom de Stéphanie à la fille de Léon épousé>(^ par Jean et
déclare qu'elle mourut vers le même temps que son fils.
140 REVUE DE l'orient niRETIEN.
marcheraient à la délivrance de la Terre Sainte (1). Ce ne fut
pas la faute du pape si ces beaux rêves ne s'accomplirent pas.
LE CATIIOLICOS CONSTANTIN l'\
I 28. Crédit de Constantin F'' auprès de Héthoum; con-
flit avec le Patriarche d'Antioche; distinctions accordées par
le pape Grégoire IX au catlnAicos. — Le catholicos Jean le
Magnifique était mort, attristé par les sanglants démêlés aux-
quels avait donné occasion l'héritage de Léon IL Son successeur
Constantin I'"' n'eut pas au môme degré sa fierté d'indépendance
à l'égard du pouvoir civil; mais il se concilia, d'une manière
plus universelle, la sympathie et le respect des Arméniens. Il
fut surtout en grand crédit auprès du roi Héthoum : cette faveur
témoignait à tout le moins de la reconnaissance du prince;
car, nous l'avons dit ailleurs, la reine Isabelle, malgré son ex-
trême jeunesse, était décidée à s'enfermer dans un cloître,
après le meurtre de son époux Philippe; et ce fut seulement sur
les conseils du catholicos, et par pitié pour les habitants de
Séleucie, menacés d'un siège meurtrier par le baïle Constantin,
père de Héthoum, qu'elle consentit à se rendre et à épouser ce
dernier.
Dans ses relations avec Rome, le catholicos avait toujours à
compter avec certaines factions, dont le point de vue restait le
même : tout sul)ordonner à leurs intérêts, ou mieux à des pré-
jugés d'un nationalisme étroit. Ne soyons donc pas surpris que
l'accord avec le pape ait parfois sul)i quelques atteintes : no-
tons toutefois que, même au moment où les rapports étaient,
au fond, le plus froids, les formules officielles employées par le
catholicos furent toujours correctes, pour ne pas dire obsé-
quieuses. Bref, les liens furent tendus, par intervalles; ils ne
furent jamais rompus. Bien qu'il fut octogénaire, le pontife qui,
à partir de 1227, occupait la chaire de Pierre, avait vite conquis
(1) Ilonorii l.VllI, cp. 1532-1535; Raynaldi, ann. 1224, n. 21-23. On sait quo
Frédéric II, chef de la G" croisade, reçut Jérusalem sans combat des mains de
Mélik el-Kamel, fds aîné de Méiik el-Adel, frère de Saladin. C'était Kamel lui-même
qui l'avait appelé en Oi'ient (1228-1229).
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 141
la confiance et l'admiration du monde chrétien. Le sultan
d'Ikonium, Ala ed-Din Kaïkobad, lui envoyait des ambassa-
deurs comme au pape suprême de tous les chrétiens, et lui don-
nait l'assurance qu'il unirait ses armes à celles des croisés pour
la délivrance de Jérusalem. Encore qu'il fût excommunié, Fré-
déric, le chef des croisés, entra dans la Ville Sainte; mais la
trêve conclue pour dix ans entre chrétiens et musulmans fut
bientôt rompue. A défaut d'une nouvelle armée, le pape en-
voya du moins aux chrétiens orientaux et même aux infidèles,
dont les bras étaient tendus vers lui, des missionnaires
avec des lettres de conseils et de consolations (1).
C'est à lui que recourut naturellement le catholicos arménien
quand, vers fan 1238, un conflit de juridiction le mit aux prises
avec le patriarche latin d'Antioche. Celui-ci prétendait étendre
son autorité sur l'Église arménienne dont le territoire était
enclavé, disait-il, dans son ancien diocèse d'Orient. Il se plai-
gnit au pape que ses droits fussent méconnus.
De leur coté, Iléthoum et Constantin écrivirent au pontife
romain qu'ils ne reconnaissaient d'autre supérieur que lui.
Grégoire IX, comme l'indiquent les instructions à ses légats,
avait d'abord été favorable aux réclamations du patriarche
d'Antioche. Mais il accueillit avec les plus grands égards les
protestations du catholicos. Il se plut à reconnaître en lui « l'un
des membres les plus dignes d'honneur de l'Église romaine ».
Ensuite, faisant droit à d'autres requêtes présentées par Cons-
tantin, Héthoum et Isabelle, il approuva et confirma de son au-
torité les coutumes religieuses de l'Église arménienne, « en
usage depuis Grégoire l'IUuminateur et saint Sylvestre, et non
en désaccord avec les règles des saints Pères et les saints cn-
nons ». Il accorda au roi et à la reine des indulgences très éten-
dues en faveur de tous les soldats qui succomberaient en
luttant contre les Sarrasins. Enfin, Constantin lui ayant repré-
senté que son pallium était déjà ancien et usé, l'auguste pontife
lui envoya, « en témoignage de sa dilection apostolique, un
anneau, une mitre et un pallium nouveau, «gage, disait-il, de
l'attachement du catholicos envers l'Église romaine », « erga
(1) Grcg., 1. VIII, cj). xLiii; 1. XIII, cp. 19S; envoi do huit dominicains à la
reine gi'orgicnne KoLissoutane: cf. Rayualdi, ann. 1233, n. 3G-U ; anu. 12 K», n.
38- 44.
142 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
Romanam Ecclesiam pii studii signa et argumenta (1) ». Il
n'était point fait d'allusion à la subordination du catholicos au
siège d'Antioclie.
§ 29. Griefs exagérés contre certains usages arméniens;
abus réels au dire de Guiragos; synode à. Sis, réformes
{J2i3); elles sont sanctionnées par un règlement ecclésias-
tique. — Tels étaient, en 1238-1239, les rapports de l'Arménie
avec l'Église romaine. Le pape, on le voit, se montrait moins
sévère que les Grecs ou même que certains théologiens latins,
qui, avec Galanus et Vincent de Beauvais, blâmaient la manière
de jeûner des Arméniens et leur reprochaient l'usage des œufs
et du fromage, le samedi saint.
Cette petite dérogation à la rigueur du carême pouvait se
justifier par l'intention des Arméniens qui prétendaient fêter
Jésus-Christ, ressuscité, disaient-ils, la veille au soir de la
Pàque. A vrai dire, à côté de quelques usages respectables, ces
théologiens en signalaient d'autres fort répréhensibles, comme
l'autorisation du divorce pour celui dont le conjoint était con-
vaincu d'adultère; telles étaient encore certaines pratiques di-
vinatoires. Ces reproches paraissent, en partie du moins,
fondés, si on se rappelle en quels termes l'historien Guiragos
déplorait, au milieu du xiii^ siècle, les nombreuses infractions
au jeûne et aux lois ecclésiastiques régissant le mariage. Com-
bien, disait-il, contractent des mariages entre parents, à des
degrés illicites, et renvoient leur femme, par passion, pour
épouser celle (jui leur plaît! Des évêques, ajoute-t-il, donnent
la consécration à prix d'argent et confèrent les saints ordres à
des enûmts, à des ignorants, à des sujets indignes qui vivent
publiquement dans le concubinage. Lui-même pourtant ne
va-t-il pas un peu loin, quand il prétend que tous sont gâtés
par l'avarice (2)?
Que ces désordres fussent très étendus ou restreints à une
partie importante de l'Arménie, il est certain que Constantin P
ne les approuvait pas. Il essaya d'y porter remède au IV' synode
de Sis (1243), où furent promulgués vingt-cinq canons. Outre
(1) Greg. lib. XII, ep. 198, 199, 391-39-1, 398: Raynaldi, ann. 1238, n. 34; ann.
1239, n. 82 et 83; Potthast (Berlin, 1873), t. I, p. 907 (10711).
(2) Vincent. Bellovac; Spec. hisl., 1. XXX, c. xcvni; Galanus; c. xxiv, p. 344;
Guiragos (éd. Brosset), § xlii, p. 145.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 143
la vertu et la science, surtout dans la sainte Écriture, un mini-
mum d'âge était prescrit pour les ordres sacrés, 30 ans au
moins pour Tévêque, 25 pour le prêtre, 20 pour le diacre;
l'évêque devait ordonner gratuitement et le prêtre célébrer la
sainte messe à jeun. Mais les racines du mal étaient trop pro-
fondes pour être extirpées en vertu de ces décrets.
Trois ans plus tard, le catliolicos, navré de voir- persister ces
mêmes errements qui avaient attiré, disait-il, la colère de Dieu
sur l'Arménie, résolut de presser l'exécution des décrets du
dernier synode. Avec le concours de Vartan de Partzerpert, il
composa une encyclique et la fit suivre d'un règlement qui re-
produisait en substance les prescriptions synodales (1). En
voici les articles les plus saillants : Les sacrements doivent être
administrés gratuitement. Le mariage ne peut avoir lieu qu'au
delà du sixième degré de parenté; le jeune homme doit avoir
au moins quatorze ans et la jeune fille douze. L'évêque doit
visiter deux fois par an son diocèse et cliarger un chorévêque
saint et savant de régler les affaires de ses diocésains. Il doit
s'occuper de l'instruction de son troupeau, surtout de la for-
mation intellectuelle et religieuse des prêtres; le prêtre igno-
rant, celui qui s'adonne à la chasse, celui qui remplit les fonc-
tions de notaire sera éloigné de sa paroisse ; le prêtre indigne
sera destitué (can. XVII). Les jours déjeune, on s'abstiendra de
poissons et d'huile.
Le canon XV^ décrète des peines terribles contre les blasphé-
mateurs : qu'on leur arrache la langue; ou, qu'on la perce,
qu'on y passe un cordon et qu'on les promène ainsi par déri-
sion pendant tout un jour; enfin, que, selon leur fortune, ils
paient upe amende qui sera distribuée aux pauvres.
La vingt-troisième prescription du règlement reproduit le
canon XXV du concile de Sis, qui ordonne de conférer aux ma-
lades l'extrême-onction. Il faut, observe le catholicos, que les
Arméniens, en rétablissant cet usage, cessent de donner prise
au reproche des Francs. Il rappelle, bien à propos, que cette
pratique sacramentelle fut jadis en vigueur chez les xVrménieiis,
et que Jean Odznetsi, en particulier, l'a recommandée. On re-
(1) Pour le synode de Vlio, \o\r cud. arm. Mus. Farnesiani prop. Fidei; Balgj',
p. (J(3; les canons, à l'append. VU. La LeUre oncj'clique et les règlements cano-
niques du catholicos dans Guiragos, i xlui et xuv.
144 REVUE DE L-QUIENT CHRÉTIEN.
connaît ici ce que Guiragos ne songe pas à signaler: si Constan-
tin était jaloux de restaurer un ancien usage, il avait aussi à
cœur, en agissant ainsi, de se conformer aux prescriptions du
pape Innocent IV, très précises sur la pratique de rextrême-
onction.
^ 30. Constantin I" proclame que la chaire de Borne est
la tête de toutes les Églises. — Dans la lettre qu'il adressa
un peu plus tard à Innocent IV, le catholicos lui rendit un
hommage auquel n'ajouteraient rien les prélats dévoués au
Saint-Siège qu'on appelle aujourd'hui ultramontains. Il recon-
nut en lui non seulement « le successeur de saint Pierre »,
mais « le Père des Pères »; et il joignit à sa lettre une profes-
sion de foi, où il confessait, avec les principaux représentants
de son Église, que « la très sainte Église romaine est la mère
et la tête de toutes les Églises » (1).
^ 31. P synode de Sis {iS^ôi). Les Pères arméniens dé-
clarent que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. —
Aussi, quand, peu après, Innocent IV invita les chrétiens orien-
taux à reconnaître avec les Latins que le Saint-Esprit procède
du Père et du Fils, le roi et le patriarche d'Arménie se hàtè-
rent-ils de réunir le V concile de Sis (I25I). Les Pères y dé-
clarèrent que la foi constante de l'Église arménienne sur la
question proposée était bien celle de l'Église romaine. C'est
bien à tort qu'on a contesté parfois cet accord sur la Procession
du Saint-Esprit. Pour le prouver, nous nous bornerons à deux
témoignages, qui sont irrécusables, celui des Vartabeds Vartan
et Vanagan (le moine). Le premier, qui a écrit une Histoire
universelle estimée, était l'un des conseillers intimes de Cons-
tantin. C'était lui qui, en 1246, après avoir aidé à la composi-
tion de l'encyclique du catholicos, avait été délégué auprès des
pasteurs, des religieux et des fidèles et avait été chargé de
faire signer aux évèques le règlement ecclésiastique. Il était
(1) Episl. Innoc. IV ad cal/iol. a/-men.{\" ici. Aug., 9 août 1210) : De suproinis
cœlorum; — Sbaraleœ Bullar. Francis., I, 4il, n. 111; PoUliast, Reg. ponlif., t. II
(Berlin, 1875), 12218: Wad in?., .-bm. Min., III, 177'; Episf. callwl. Jacubil., \\\-
nocentlV, 1. lV,c/3. c»r. II'.>, 120 (V Kal. Jun., 28 mai 1219). Voir aussi la lettre d'In-
nocent IV au catholicos arménien (1. IV, ep. 130) dans laquelle il lui recommande
de soutenir l'autorité de son légat, le l'rère mineur Laurent. — Raynaldi, ann.
1247, n. 31 et 38.
HISTOIRE POLITIQUE ET IlELHilEUSE DE l'aRMÉNIE. 145
donc le témoin autorisé de ce qu'il raconte; écoutons son ré-
cit : « L'an 700 de l'ère arménienne (1251) le grand pape Inno-
cent écrivit à toutes les nations clirétiennes de reconnaître
que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Cette invitation
ne plut pas aux Syriens, aux Grecs, ni même aux Géorgiens;
mais les Arméniens y acquiescèrent. Le docteur Vanagan, ayant
compulsé les écrits des saints Pères, constata (ainsi que Vartan,
Joseph et les plus éminents parmi les Arméniens) que le dogme
proposé par le pape avait bien été formellement et clairement
enseigné par Athanase, Gréa;'oire le Théologien, Grégoire de
Nysse, Grégoire l'Illuminateur et d'autres personnages aussi
remarquables par leurs lumières que par leur sainteté. »
Que tel ait été en particulier l'avis du docteur Vanagan (le
moine), dont l'autorité pesa d'un si grand poids sur les déci-
sions du synode, cela ressort avec la plus complète évidence
du texte même de ses écrits, qui nous ont été transmis par
l'historien Guiragos. Guiragos et Vartan connaissaient, sans
aucun doute, la doctrine de Vanagan, mort peu de temps après
la réunion du synode; car tous deux avaient longtemps suivi
son enseignement dans le fameux couvent de Kédig, situé
non loin des monastères de Aghpad et de Sanahin, au nord-est
de la Grande- Arménie ; et il fallait assurément que cet accord
de la primitive Église arménienne avec l'Église romaine fût bien
manifeste pour ne donner prise à aucune contestation de la part
de ces vartabeds, imbus eux-mêmes de quelques préjugés à l'é-
gard de l'Église catholique (1).
{\) Sur toute cette question, voir Epixt. ad (/eneral. ministr. Ordinis FF. Min.
Sedis Ipfjalum « Cumte decujus... ». Regest. Innocent IV, ann. VI; Curialos, n. 88;
fol. 76; Élie Berger, Les Rer/istres d'Innocent IV (Paris, Thorin, 1887), t. II (4770).
— Vartan est cité par Balgy (p. 67). Il est vrai que le texte de Vartan, dans l'é-
dition de Venise que nous suivons (p. 148), diffère un peu de celui de l'édition
de JIoscou (p. 194). Mais le premier est certainement le vrai; car la doctrine en
est conforme à celle qu'admet Vartan dans son comment, sur les Psaumes (As-
trakan, 1797). Sur Vanagan, voir aussi le Conlinual. de Samuel d'Ani, Docum.
armén., I, p. 461 ; mais surtout Guiragos (p. 196-199, éd. 0.sgan), S li-liv, pp. 163-
166 de la trad. Brosset : Professions de foi des véritables orthodoxes exposée
par le grand vartabed Vanagan, et avis de Vanagan sur la profession de foi;
le texte est traduit en latin, en appendice, par Petermann. Voici queique.s-unes
des expressions, selon nous, les plus décisives : « Spiritus sanctus eflUivium a
Pâtre et apparitio a Filio (p. 201)... Quod si dicas Spiritum e solo Pâtre exire
et procédera, irrationalis est spiritus... sed si a Pâtre et Filio dicas, verum est,
ut et est », p. 205... Voir aussi G. Avedicliian, Disserlazione supra la jn-ocessione
0!1!ENT CHRÉTIEN. 10
146 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
I 32. Raisons de croire à la sincérité du catholicos; ses
rapports avec saint Louis, roi de France. — Forcés par Tévi-
dence, certains écrivains grégoriens (comme Ter-Mi Ivélian, toc.
cit.) veulent bien convenir que le roi Héthoum, du moins par
souci des intérêts politiques de son royaume, répondit comme
il convenait aux avances du pape et embrassa l'unité catho-
lique. Mais ils prétendent que Constantin T' ne témoigna que du
dédain pour les réclamations du souverain pontife et ses appels
à l'union. Si ce langage était exact, il faudrait conclure que les
hommages rappelés plus haut, et rendus par le catholicos au
successeur de Pierre, au chef de l'Église universelle, n'étaient
que feinte et hypocrisie : Voilà une singulière manière d'exal-
ter le catholicos! Nous préférons ne point lui faire pareille
injure, tant que les preuves de sa déloyauté n'auront point
été fournies. — Au reste, le souvenir de la situation politique
de l'Arménie, au milieu du xiii'' siècle, nous aide à comprendre
les bonnes dispositions du roi et du catholicos à l'égard de l'É-
glise romaine : c'était le temps où saint Louis, roi de France,
venait, à la voix d'Innocent IV, de prendre la croix et d'aborder
à Chypre. Le roi d'Arménie lui avait envoyé des ambassadeurs
pour le féliciter; à leur tête était le catholicos d'Arménie.
Louis IX avait fait le plus bienveillant et le plus brillant ac-
cueil aux orateurs arméniens; et il avait bien mérité de l'Ar-
dello Spirilo s. clal Pâtre e dal Figliulo; Venise, 1824, p. 71-74; Félix Nève, Re-
vue catholique, 18G2, p. 528. 11 est bien vrai que certains polémistes arméniens,
à la suite de Vartan, se raviseront bientôt et s'ingénieront à différencier leur
doctrine sur la procession du Saint-Esprit de celle des Latins; mais ils n'y réus-
siront guère qu'au moyen de subtilités incompréhensibles, contradictoires. Dans
un petit traité sur l'Église grecque orthodoxe (Paris, Bloud, 4'= éd.), t. Il, Procession
de Saint-Esprit, nous avons montré que l'expression même des Pères Grecs, le
Saint-Esprit procède par le fils, Sià, n'est pas en opposition avec la doctrine des
Latins. Comment donc les Arméniens auxquels cette expression ])araît insuffi-
sante, comme subordonnant une personne à l'autre, peuvent-ils soutenir que les
expressions de leurs anciens docteurs, identiques à celles dos catholiques, si-
gnifient seulement l'unité de nature, d'essence du Père et du Fils? (Ter Mikélian,
Die Armenische Kirche..., p. 110); à ce compte-là, ne pourrait-on pas dire que le
Père et le Fils procèdent du Saint-Esprit et que le Saint-E.sprit procède de lui-
même, puisque l'essence des trois personnes divines est identique? — D'après le
texte d'Agathange, imprimé à Venise (18G2), p. 270, saint Grégoire l'Illuminateur
aurait aussi admis que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Ce texte, si
mince que soit l'autorité d'Agathange, prouve du moins l'ancienneté du dogme
en question, dans l'Église arménienne.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 147
ménie entière en réconciliant, au moins pour deux ans, Hé-
thoum I" avec Boliémond V, prince d'Antioclie. Nul doute que
le dévouement chevaleresque, les vertus et les actions héroïques
du saint roi n'aient contribué à, confirmer, pour lors, le roi et le
catholicos dans l'unité religieuse (Raynaldi, ann. 12 18, n. 34).
I 33. Constantin /"' devenu vieux se laisse circonvenir con-
tre Borne; raisons de l'opposition des dissidents arméniens,
/{rgmnents de Mékhithar contre la primauté du pape. In-
fluence de Vartan sur le catholicos; étranges assertions et
contradictions auxquelles l'esprit de parti entraîne ce dis-
tingué Vartabed. — Après la mort du pape Innocent IV (1254),
le roi Héthoum et le catholicos Constantin restèrent en commu-
nion avec ses successeurs. Mais, durant les dix années qui
suivirent, leurs relations avec la papauté, par suite de certains
manques d'égards, d'équivoques et de malentendus, se refroi-
dirent sensiblement. — On sait que les Franks, malgré une
loyauté et une générosité assez ordinaires, s'imposaient aussi
parfois aux populations chrétiennes beaucoup moins par des
bienfaits que par des exactions et des violences. Dans son orai-
son funèbre de Baudoin, comte de Marasch et de Keçoun, tué
sous les murs d'Édesse l'an 1148, le docteur arménien Basile
relevait jusque chez son héros cette tendance à ti'aiter sa sei-
gneurie en pays conquis. Sans doute, on peut dire, à la décharge
de plusieurs, que le souci de tenir tête aux musulmans néces-
sitait beaucoup de ressources, dont l'acquisition rapide n'allait
pas sans actes de rigueur; sans doute, aussi, plusieurs sei-
gneurs franks n'étaient pas moins impitoyables pour leurs
compatriotes que pour les indigènes; et Baudoin de Marasch,
par exemple, au témoignage de Mathieu d'Édesse, préférait les
Arméniens aux F'ranks. Néanmoins, ces procédés hautains,
surtout quand on les observait chez un représentant du pape,
venaient raviver et fortifier tous les préjugés d'une partie de la
population indigène et les désaffectionner de l'union religieuse.
D'autre part, les moines du nord de l'Arménie continuaient
de subir l'influence des princes infidèles, toujours intéressés
à diviser les Arméniens et à isoler leurs sujets du reste de la
chrétienté. Ces Arméniens orientaux puisaient dans leur cut
tourage et leurs récentes traditions une persévérante opposi-
tion contre tout rapprochement avec les Latins. Fiers de la pré-
148 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
tendue tradition qui plaçait au milieu d'eux, dans l'Ararad, le
berceau de leur Église, ils se plaignaient de léloignement de
leur catholicos, saisissaient toutes les occasions de lui faire des
représentations et, devançant le turbulent évêque de Siounie,
Etienne Orbélian (ch. 67), ils laissaient percer la menace de
restaurer le siège d'Etchmiadzin. Devant cette opposition irré-
ductible, le roi et, plus encore, le catholicos multipliaient
d'abord les exhortations, puis se décidaient parfois à fermer les
yeux, à louvoyer, à faire même quelques concessions pour éviter
un schisme. Cette situation difficile explique en grande partie,
croyons-nous, la politique religieuse de Constantin F', qu'on
serait tenté de regarder comme un peu versatile. Constantin
subit l'influence de Mékhithar de Sguévra, originaire du Daschir,
et surtout celle du célèbre Vartan de Partzerpert, formé au
couvent de Kédig et qui avait adopté les préjugés traditionnels
et les vues un peu étroites de ce milieu.
Le même catholicos qui avait adhéré aux conditions d'union
formulées par Innocent IV sembla, au commencement de 12G2,
se laisser circonvenir par le parti toujours actif des opposants.
Nous soupçonnons, plutôt que nous n'accusons, le catholicos
d'avoir alors un peu biaisé entre les partis adverses; car le té-
moin qui nous donne ses propres opinions comme l'écho de
celles de Constantin 1", le Vartabed Mékhithar de Daschir, est
trop manifestement du côté des réfractaires à l'union pour ne
point inspirer quelques doutes sur son impartialité. — Il ra-
conte qu'un légat du pape étant arrivé à Saint-Jean d'Acre invita
le catholicos à lui apporter ses présents. Ce légat apostolique
était frère Thomas de Lentil ; il voulait sans doute ayant tout
remédier aux petits malentendus qui menaçaient la communion
religieuse entre les deux Églises. Quoi qu'il en soit, le catholicos,
alléguant son grand âge, ne bougea point. Le légat, qui était, si
l'on en croit Mékhithar, assez vif et hautain, fut irrité de ce qu'il
appelait un grave manquement envers le représentant du pape;
et il s'en plaignit à Oschin de Gorighos, frère du roi. « Con-
formément au caractère de notre nation, qui se déprécie elle-
même pour exalter les autres », remarque ingénument Mékhi-
thar, le roi et le catholicos, comme leur entourage, crurent que
les reproches du légat étaient fondés. On décida de lui envoyer
une ambassade avec des lettres patentes, et Mékhitar de Daschir,
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 149
assisté de Tévêque arménien de Jérusalem, fut désigné comme
le porte-parole. Le rhoix du député était plus propre à satis-
faire les adversaires que les partisans de l'union ; car, Mékhithar
reconnaissait au pape une. primauté d'honneur dans l'Ég-lise
universelle; mais 'rien de plus.
L'accueil quelque peu dédaigneux, semble-t-il, qu'il reçut
d'abord du légat n'était pas fait pour modifier ses sentiments.
Aussi, maintient-il que l'ensemble des évêques a le droit de
juger le pape, comme les onze apôtres jugèrent et censurèrent,
selon lui, la conduite de Pierre (1). Voici en raccourci son rai-
sonnement : Telle la situation de Pierre à l'égard des autres
apôtres réunis, telle la position du pape en face des successeurs
réunis des autres apôtres. Or, quand saint Pierre prêche l'évan-
gile aux païens et mange avec eux, les Juifs nouvellement con-
vertis et, avec eux, les onze apôtres murmurent et lui deman-
dent pourquoi il a ainsi agi. Ce murmure et cette interrogation
sont la preuve, aux yeux de Mékhithar, que saint Pierre est jus-
ticiable des autres membres du collège apostolique. D'ailleurs,
le prince des apôtres lui-même n'en a-t-il pas convenu, puisqu'il
a cru devoir leur exposer les raisons de sa conduite?
Pour qui se reporte au contexte du passage invoqué par le
docteur Mékhithar, l'objection s'évanouit au premier coup d'œil.
Car ce ne sont pas les apôtres, mais des Juifs convertis, encore
trop attachés aux observances mosaïques, qui se scandalisent,
en voyant les gentils admis de plain-pied dans l'Église, sans
avoir été astreints aux prescriptions légales. Dès lors, prétendre
qu'en demandant à Pierre les causes de sa familiarité avec les
païens, ces chrétiens judaïsants font acte de juridiction, ce
serait soumettre l'élément sacerdotal à l'élément laïque, intro-
duire un principe d'anarchie dans l'Église.
Pierre leur montre, il est vrai, que s'il s'est tourné vers les
gentils et a mangé avec eux, ce n'est point par caprice, mais
(1) Act. Apost., XI. — L'cjcrit de ]Mckhithar est traduit dans Dulaurier, Hht. des
crois., Doc. armén., l, pp. 689-700; Sarbanalian, Iltst. de la lUlérature, p. 730; voir
surtout Galanus, t. III, pp. 299-371 dont le texte est beaucoup plus complet.
L'écrit cité dans le recueil de Dulaurier, s'il faut en croire le titre du manuscrit,
fut composé d'après les exhortations de Jacques évêquc du monastère de Gas-
daghôn et, ce qui nous surprend beaucoup plus, sur l'ordre de Iléthoum, i hra-
manè thakavorin.
150 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
parce qu'il en a reçu de Dieu l'ordre réitéré, et confirmé ensuite
par la miraculeuse effusion des dons du Saint-Esprit sur les
nouveaux convertis. Cependant, bien loin que, par cette con-
descendance, il se soumette à leur jugement, il pratique sim-
plement le devoir de tout chrétien, grand ou petit, qui doit
être prêt, selon le conseil de saint Paul, à pouvoir donner à qui-
conque l'interroge les raisons de sa foi.
Si l'opposition de Mékhithar à la suprématie du pape ne fut
point dictée par le catholicos, ce qui impliquerait une déloyauté,
dont la preuve n'est pas faite, il faut bien convenir que, sous la
pression du parti soi-disant national, il laissa les opposants
mener une vive campagne contre l'union avec l'Église romaine,
en exagérant même et en multipliant dans la chaleur des po-
lémiques les points de divergence.
A partir de l'an 1254^ et pendant les années qui suivent, l'an-
cien attachement de Constantin à l'Eglise catholique paraît
donc bien refroidi, suspect même, quand on songe que Vartan,
son confident, peut, sans encourir sa disgrâce, défendre opiniâ-
trement certaines thèses hétérodoxes. Le roi, soit par politique,
soit par conviction, acceptait avec plus d'empressement que le
patriarche les prescriptions du pape. Vartan lui adressa une
lettre pour le mettre en garde contre les erreurs des Latins.
Il composa aussi, du même point de vue schismatique, ses civer-
tissenients aux Arméniens (1). Ses écrits représentent bien la
doctrine de cette partie peu considérable de l'Église armé-
nienne, confinée surtout vers les régions du Moyen-Araxe, qui
restait réfractaire à tout rapprochement avec les occidentaux,
surtout au point de vue religieux. Comme ses aînés, Ananias
de Schirag, et Paul de Daroii, l'adversaire au siècle précédent
du théologien grec Théopistis, comme son contemporain
Mékhithar de Sguévra, comme Jean d'Orodn, Grégoire de Da-
thève (2), Etienne de Siounie, qui vont venir après lui, Vartan
(1) Galanus, t. II, j). 71 et .suiv. On consorvc à la Bibliothèque nationale de
Paris (ancien tonds arnién., n. 12, fol. 139 v^-UOIr") un manuscrit en polokir
(caractères ronds) a^ant appartenu à la reine Guéran ou Kyra Anna, épouse de
Léon III. Il contient une réponse de Vartan à une lettre portée par le Légat Do-
minique à Héthoum I"'.
(2) Si les Arméniens ne rentrèrent pas d'une manière plus complète et d'une
façon définitive dans le giron de TÉglise catholique, la responsabilité en in-
combe en très grande partie à l'opposition mesquine et opiniâtre de certains
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'^RMÉNIE. 151
semble multiplier comme à plaisir les divergences même dog-
matiques avec les Églises grecque et romaine.
Ainsi, après avoir d'abord expliqué le texte de saint Jean
relatif au vSaint-Esprit : « Il reçoit du mien », selon le sens admis
par les Pères du concile de Sis et par les Latins, c'est-à-dire
après avoir admis que le Saint-Esprit procède du Fils comme
du Père, il en arrive à dire que le Saint-Esprit est du Fils,
uniquement parce qu'il nous communique les biens du Père
et qu'il procède du Père seul.
Vartan refuse d'admettre la suprématie de juridiction du
pape sur toute l'Église ainsi que la dualité des natures dans le
Christ. Ce sont Là les deux erreurs dogmatiques capitales des
docteurs grégoriens mentionnés plus haut. Pour lui, comme
pour ses émules, aucune sorte de distinction entre la nature
et la personne. Donc selon lui, les Pères de Chalcédoine et leurs
partisans sont nestoriens. Il admet que les deux natures, après
l'union, n'en forment plus qu'une; et il ne s'aperçoit pas qu'il
se réfute ou se contredit, en affirmant que le Christ est vrai
Dieu et vrai homme. Mais de ces deux assertions contradictoi-
res, c'est à la première seule, à celle qui est fausse, qu'il s'ar-
rête; et il ne recule pas devant les absurdes conséquences
qu'elle entraîne. Comme, à ses yeux, la nature et l'hypostase
ne présentent ni deux réalités, ni même deux concepts distincts,
il s'ensuit que la nature humaine du Christ se confondant,
après l'union ou plutôt après la fusion, avec sa nature divine,
on ne peut plus distinguer désormais entre la nature unique
couvents do l'Arménie orientale, aux couvents de Sanahin et Aghpad (entre
Akhalkalaki et Kars), au couvent d'Orodn, sur un petit affluent gauche de la
Bai'chouchat au nord-est de Dathève; enfin au couvent de Dathève. Dathève
ou Stathève fut ainsi appelé en mémoire de saint Eustathius, prétendu dis-
ciple de saint Thaddée. Le couvent de Dathève est situé dans un vallon sau-
vage à 100 kilomètres au sud-est du lac Goktcha, entre Ouroute et Migri. Il
s'élève à pic à 1.000 mètres d'altitude, au sommet d'un rocher, au pied duquel
coule l'impétueux Bazar-Tchaï. Dathève fut depuis le ix* siècle le siège mcHro-
politain de la Siounic. Là, réside encore un descendant de l'ancienne famille
Orbéiian. Outre le monastère et le Mcdz Anabad (grand Ermitage), qui s'('lève
dans le vallon de Dathève au bord du Bazar-Tchaï, on compte aujourd'hui
150 maisons. Leur isolement complet, même des villages voisins, maintient les
habitants dans un état de superstition qui surprend les voyageurs. Cet isole-
ment explique en partie l'ancienne opposition du couvent à l'union religieuse.
Sur l'état actuel de Dathève et Bledz Anabad, voir Mad. B. Chantre, A travers
l'Arménie Russe (Paris, 1893), ch. vu et vui.
152 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
du Christ qui en résulte et Tl^ypostase du Verbe. La nature
humaine devient donc, dès Tlncarnation, impassible, immortelle,
immense, transformée en la divinité : erreurs monstrueuses,
qui ruinent toute l'économie de l'Incarnation et sur lesquelles,
cependant, renchérira encore Grégoire de Dathève.
Chez ces hommes qui ne paraissent pas avoir manqué d'in-
telligence, voilà donc où aboutissait une interprétation inexacte
et obstinée de la tradition des saints Pères. Ils continuaient
de prendre dans un sens trop étroit, et par conséquent inexact,
la formule cyrillienne, une nature du Verbe incarnée, et la
comparaison faite par le symbole dit de saint Athanase, entre
l'union du corps et de l'àme dans l'homme et l'union des deux
natures dans le Christ (1).
Dans ses avertissements aux Arméniens, surtout au chap. vi,
Vartan réduisait à deux, au sacrement de baptême et au sa-
crement de l'Eucharistie, les sacrements strictement dits;
il allait plus loin et dénaturait l'essence même du sacre-
ment (2).
(1) Nous avons expliqué ailleurs le sens de ces expressions. Encore une fois,
saiiil Cyrille {\tiv exemple, dans son discours aux Alexandrins) déclare qu'il n'y
a ni confusion entre les deux natures, ni unité d'essence, ni déperdition d'au-
cune d'elles; sa doctrine est celle de Grégoire de Nazianze qui dit (sur la Trinité):
" il y a dans le Christ deux natures, mais une seule personne ». Quant à la
comparaison employée dans le symbole dit d'Athanase, il est bien clair que la
nature divine ne peut s'unir à la nature humaine, comme notre âme à notre
corps dont elle est la forme; la nature humaine s'unit d'une manière immédiate
à la subsistence du Verbe, et d'une manière médiate seulement à sa nature;
voir Epist. S""" Cyrilli ad Nestor.; voir plus haut cette Histoire, g 7, note 1.
(2) Voir Galanus, III, 440, etc.. On voit que les divergences dogmatiques qui
séparaient des catholiques un parti arménien dissident s'étaient fort accrues
depuis les synodes de Tovin (Twin) et de Manazgherd.
Nous avons dit combien est incertaine la date des premiers synodes arméniens
condamnant le concile de Chalcédoine. Il se peut que la publication du Livj'e
des Lettres (Tiflis, 1901) et le redressement des dates du règne de plusieurs ca-
tholicos permettent de fixer avec plus de vraisemblance l'époque de ces synodes.
S'inspirant de ces-données, un livre bien documenté nomme synode P'de Tovin
le synode l'éuni par Babgen (190-515?) et le place en 505-506 (18"= année du règne
de Kabadès, 488-531); le synode II de Tovin, qui consomme l'union avec les mo-
nophysites (sous Nersès II, 548-557?), est mis en 554 (24* année du règne de
Khosrov-Anouschirvan, 531-579); le synode III de Tovin est fixé à l'an 603, après la
mort du catholicos Moïse. Le même livre montre, d'après la chronique syrienne
de Michel (éd. Chabot), que le synode arméno-syrien de Manazgherd fut bien
présidé par Jean Odznetsi (726). Cf. D- Erwand ter-Minassiantz, Die Armenische
Kirche in ihren Beziehungen zu den syrischen Kirchen bis zum Ende des 13 lahrhun-
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 153
Il est bien difficile que Constantin P'' ait encouragé de telles
erreurs, incompatibles avec les principes fondamentaux de son
Église, ou mieux de toute Église clirétienne. A quel point les
toléra-t-ir? Nous ne pouvons, faute de documents, le préciser. Ce
qui est certain, c'est qu'il choisit assez mal ses principaux con-
seillers et que, leur prestige s'ajoutant au poids de son âge, sa
bonne volonté resta, sinon entièrement captive, au moins pa-
ralysée par leur influence.
(A suivre.)
Beyroul.
F. TOURNEBIZE,
derts (Leipzig, 1904), pp. 30-32, 42, 61, 71, 178, 197). Nous no pouvons cependant
admettre, sans de très importantes réserves, l'une des thèses fondamentales de
l'auteur: « l'Église arménienne, jusqu'au vni'= siècle, était très attachée à la doc-
trine de Julien d'IIalicarnasse, et par conséquent au plus rigoureux monoph3'si-
tisme, et que même les pères arméniens des siècles postérieurs adhéraient encore
en réalité au strict julianisme ». Vorrede, p. vi.
LE DOGME DE L'IMMACULEE CONCEPTION
ET
LA DOCTRINE DE L'ÉGLISE GRECQUE
{Suite et fin) (1)
3. L'Immaculée Conception et V Incarnation.
Il est liors de conteste que la tradition est unanime à pro-
clamer la singulière pureté de Marie et ses autres pri\'ilèges à
cause de l'incarnation divine. C'est même la rnison pour
laquelle d'aucuns ^•oudraient voir dans cette relation une
objection à l'immaculée conception. Certes, disent-ils, pour
être la Mère de Dieu, il convenait qu'elle fût libérée de la
faute originelle avec tous ses effets; mais pour cela il n'est pas
nécessaire que Dieu l'en préser^•ât à l'instant même de sa con-
ception, il lui eût suffi de l'effacer de son âme à un moment
voulu, voire même, si l'on veut, dès le sein de sa mère. Et
partant de ce principe, ils interprètent dans ce sens le langage
des écrivains ecclésiastiques.
Au premier abord, cette manière de voir a quelque chose de
séduisant, mais malgré son côté spécieux, elle ne résiste pas à
un sérieux examen.
Il faut avant tout établir la place occupée par l'immaculée
conception dans l'enchaînement des dogmes. Marie est imma-
culée dans sa conception, parce qu'elle fut destinée à devenir
Mère de Dieu, mais la proportion inverse, prise absolument,
n'est pas vraie; car Marie n'est pas Mère de Dieu, parce qu'elle
fut immaculée. Conséquemment, la maternité divine de Marie,
raison finale de son insigne pureté, peut et doit supposer d'au-
tres privilèges. Si donc en lisant les nombreux passages des
(1) Voy. 1904, p. 1, 180, 512; 1905, p. 57.
LE DOGME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION. 155
saints Pères où sont exaltées la justice et la chasteté de la Mère de
Dieu, l'on en infère qu'elles ont trait au privilège de sa mater-
nité, Ton n'a pas tort. Mais la question n'est pas de savoir si ce
privilège en donne l'ultime explication, question incontestable,
mais celle de découvrir ce que suppose en outre le langage
de la tradition. Or, prétendons-nous, l'immaculée conception
est implicitement contenue dans la tradition grecque, et la
maternité divine., loin d'aller à rencontre de cette affirmation,
au contraire la confirme et la démontre.
Fidèle à la méthode adoptée, nous exposerons la doctrine
des Pères point par point :
1. La maternité divine suppose une double préparation : une
préparation prochaine et une préparation éloignée.
Celle-ci a trait à la prédestination et à la création de Marie,
telles que nous les avons décrites plus haut. Dieu avait de
toute éternité conçu une femme d'un type exceptionnel et en
avait décrété la création. Elle reçut dans le temps l'existence
avec les privilèges et la nature qu'elle possédait dans les ar-
chétypes divins. Aussi bien, en parlant de la maternité divine,
les saints Pères semblent-ils ne pas concevoir comment le Fils
de Dieu eût pris chair dans une créature, si pure soit-elle, qui
n'eût pas été créée dans cet état. En effet, dit Proclus, le Christ
n'a contracté aucune souillure dans le sein de sa mère, puis-
qu'il l'avait créée absolument pure (1). Ce qu'exprime Grégoire
d'Antioche en ces termes : ... -l^v vàp y.Ti'aaç où/. kiJ.okùvOr^, laùvqv
o'jcà xaToix,r((7a? i'/pàvO-^ (2). « ... Quam enim creans poilu tus non
est, neqiie in eam habitans sordes contraxit. »
L'incarnation est donc mise sur le même rang que la création.
Mais la création de Marie comprend aussi sa conception. Donc
celle-ci fut vierge de la souillure originelle.
C'est le raisonnement que nous avons fait plusieurs fois déjà,
et qui trouve ici une application naturelle.
2. Les relations étroites de la maternité divine avec sa pré-
paration éloignée se retrouvent non moins intimes dans les
circonstancesqui l'ont immédiatement précédée, c'est-à-dire dans
sa préparation prochaine.
(1) Oùx £(1o).ûv9yi oîxïiaai; jj-i^xpav, -/ivTcep a-Jtôç àvySpïcrTtoç £ÔYi[Ji,io-jpYi(j£v. 6" sermon
sur les louanges de Marie.
(•2) CIV. Mai. Class. auct., t. X, p. 5G3-564.
156 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Nous n'y insisterons pas, car elles nous entraîneraient loin.
Mais si, au dire des saints Pères, il était nécessaire que la voie,
par laquelle le Sauveur devait passer, fût pour ainsi dire munie
de miracles (1), ils ajoutent aussi que Marie en devenant Mère
acquit une beauté plus grande encore : Tb xiXkoq xo outjixbv wpai6-
Tôpov âvioît^aç, l^aatpaTUTC'ja-a aâpy.a Os6rr;TOç. EÙAoycDixsv, E'jAoy^-
[X£V/) llapÔÉVc, Tov tÔxov ffOL), y,al biztpwhz'JiJ.vt z\q Tiaviaç Toùç alwvaç (2).
« Nativam pitlchritudinem ostendisti venustiorem, quum
effecisti ut divinitatis caro splcndesceret. Benedicimus, o virgo
benedicta, partum tuum et in omniasaecula super extollimus. »
D'où l'on voit que la tradition établit clairement la distinction
entre l'état de l'âme de Marie à soïi origine et au moment où
elle devint Mère. La beauté plus grande dont fut ornée Marie
revient à sa maternité effective, tandis que son insigne sainteté,
elle la possédait dès sa conception. Elle pouvait donc tout à la
fois, dès cet instant, être préservée de la faute originelle, et, en
possédant la divinité dans son sein, recevoir un lustre nouveau.
3. Considérons maintenant la maternité sous un autre aspect.
Qui dit Mère appelle l'idée de Fils. Quelles sont les relations
entre Jésus et Marie? Puisqu'il s'agit de l'union de la divinité
avec l'humanité, ou celle-là devait perdre en se mettant au
niveau de celle-ci, ou celle-ci devait être exaltée en vertu de
celle-là. Le choix entre ces deux hypothèses n'est pas douteux.
Dès lors la Mère qui devait fournir l'humanité au P'ils devait
être ornée d'une dignité correspondante à la dignité de celui-ci.
a) Cette dignité regarde en premier lieu sa nature.
Divers motifs de la part de Dieu réclament en Marie une sain-
teté telle qu'elle ne peut être compatible avec le péché originel.
a) Dieu en effet se présente d'abord comme createwr. L'attribut
du créateur est la toute-puissance. En Marie tous les trésors de
beauté, de grâces, de privilèges ont été accumulés, en sorte
que nulle autre créature ne lui est semblable.
'Oç TïàvTwv y.Tia-fACtTWV 7rot*^TY;v ^ew/^a-aca, 0£O[j(.'^Top, b'KepèéSriY.ocq
7upoT£p'/)[;.a(jtv • oGsv as T;avT£ç \j.eyy.\ù^oixe^ (3). « Ut quac creaturarum
(1) "ESsi Y«P 1^'^ foy 0eoù àcppacTTov xal ayYxaTaêatixfjv o-àp/wfftv 7tpooôo7roiy)6rivat
ToT eaujxatnv. Saint Jean Damascène, 1" sermon pour la Nativité do Marie.
(2) napaxXvixtxiî. Venise, 1742, p. 125.
(3) Menées. Canon de Théophane'au 23 janv., 9- ode.
LE DOGME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION. 157
omnium creatorem, o Dei mater, genueris, creaturam omnem
tlivina gloria et sanctitate et gratia et omnigenis virtutis praero-
gativis supergressa es. Quare te omnes magnificamus. »
Or, la toute-puissance qui a été si généreuse à son égard, lui
aurait-elle refusé la justice originelle ?
i3) Il faut ensuite considérer la majesté de Dieu. Celle-ci à son
tour exigeen Marie unepureté etune sainteté telles qu'elle puisse
y habiter, comme elle réside au ciel. C'est la raison pour
laquelle les saints Pères appellent si fréquemment Marie ciel,
nouveau ciel, etc.. Mais pour cela, que fait Dieu? Il l'orne dès
sa conception de l'Esprit-Saint et de grâces de toutes sortes.
« Cum illo vivebat spiritu conjunctissima, utpote mater; sicut
etille cum ipsa. Quin etiam simul ac nata fuit, dixerimquoque,
simul atque concepta beata Virgo, sua illam gratia implebat,
qui sibi futuram praestituerat matrem; immo vero cum illa
erat ipse, antequam esset nata (1). »
Mais en quoi consisterait cette abondance extraordinaire de
grâces, si on ne suppose point parmi elles la plus grande, la
plus efficace, la plus belle, sans laquelle l'âme, malgré tout,
garde comme un reste de souillure, la grâce de la justice ori-
ginelle? C'est bien cette justice que saint Jean Damascène avait
en vue, en disant que Jésus-Christ habita la « vù^ginilë origi-
nelle qu'un jour nous possédions ». 'Qq y.y.fiapï.^ /.aiotx-i^aaç tï]V
p/rJTpav (jo'j 6 o-q\j.'.o\jpYoç tvjç àv6po)Tv''v/)ç çùffswç, i^wy/^as, AsiTroiva, --rjv
£V •rj[J.ïv o'.xr^aaaav -Kpo-Kcc-opv/.TiV -Kccp^z-iio.^ , toùç TràXai à':ï0xi(7Ô£VTa(; toj
T£p-voÎj -apaosbo'j àvwy.iffsv èv -cJxw oo^oXoyoûvTaç (2). « Humanae
conditor naturae, o Domina, in tuo sinu habitans utpote puro,
origiaaleni incoluit virginitatem quae in nobis fuit, etpridem
ab jucunditate paradisi extorres revocavit qui ipsum propterea
glorificant. »
y) L'amour filial de Jésus exigeait aussi dans la sainteté de sa
Mère une certaine similitude. C'est une loi de l'amour. Or
comment les regards de Jésus eussent-ils pu se reposer sur
Marie de toute éternité, si sa beauté n'eût été en tout irrépro-
chable? Qç y.aAY]v, w; wpaïav TrcOrjjag ot h '/,oCiCkoi:oCz!; Ir^ao'jq, -ava-
(l) Einporour L(''Oii. StM'iuou poui' la Doriuitioii do Marie. Cfr. Maraccius, Cae-
sares Mariani, Roinae, MDCLVl, p. 63.
{;!) Saint Jean Damascène. Mai. Spicil. Rom., t. IX, p. 738.
158 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
[/o')[j//]TS, ïf, COU capy.l yeyévrixoci y.ocl Osoî \J.t oi cr/.TOV àixi'p-q'o^ (1).
« Te, 0 penitus immaculata, utpote pulchram venustamque con-
cupiscens Jésus, pulchritudinis auctor, ex tua carne genitus
est, meque immensa pietate in consortium divinitatis adduxit. »
b) A la similitude de nature réclamée pour divers motifs par
la divinité, s'ajoutent :
a) la similitude entre certaines propriétés qui en découlent
immédiatement. Nous entendons par là les attributions com-
munes à Jésus et à Marie de premiers-nés, pleins de grâces,
divins, etc., dont nous avons parlé plus haut;
[6) ridentification de la chair de Jésus avec celle de Marie, qui
a été également plus haut l'objet de remarques importantes ;
y) enfin, la similitude de rôles dérivant directement de l'in-
carnation, lis seront incessamment examinés à part à cause de
leur importance.
Avant de clore cet ordre d'idées, il nous semble bon de faire
une observation qui s'applique à tout ce paragraphe.
C'est déjà une marque de honte et une souillure pour l'àme
que d'avoir contracté un seul moment le péché originel. Si
donc les saints Pères insistent sur la parfaite pureté de Marie,
il faut conclure que même cette souillure d'un moment n'a pu
exister en elle. D'ailleurs, c'est recourir à un procédé captieux
que d'admettre celle-ci en principe, sans vouloir convenir du
moment précis; car, si Marie a été libérée de la faute originelle,
pourquoi en déterminer un moment de sa vie plutôt que de
l'admettre dès le début de son existence?
En commentant plus haut les paroles du Protoévangile à
l'aide des Pères grecs, nous avons vu que Marie, associée au
triomphe du Christ sur le serpent infernal, le fut aussi dans la
rédemption. Le moment est venu de développer cette doctrine.
1 . D'abord, le rôle de corédemptrice attribué à Marie se con-
fond avec celui de conciliatrice ou de médiatrice, puisque la
médiation auprès de Dieu a eu pour effet de racheter l'homme
de la malédiction qui pesait sur lui. Ces deux fonctions sont
(i) Menées. Canon de Joseph riiymnographe au 3U février, 0« ode.
LE DOGME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION. 159
appliquées à Marie par les saints Pères avec un accord unanime
et de tous les âges.
2. Bien que la rédemption du genre humain appartienne en
propre à Jésus-Christ, néanmoins cette même attribution res-
sortit aussi à bon droit à Marie, non pas directement ni d'une
façon absolue, mais à cause de ses relations avec son Fils. En
effet, s'il est vrai que le Christ seul sauve le monde, d'un autre
côté il n'a pu le faire qu'en prenant chair dans le sein de Ma-
rie. Dès lors, il y a comme une compénétration des deux êtres,
et ce que l'un a en propre, l'autre le reçoit en partage. Ces deux
aspects se retrouvent dans le langage des Pères, car Marie nous
est représentée sauvant les mortels tantôt elle-même, tantôt de
concert avec son Fils. La seule, mais notable différence dont
nous avons déjà parlé est que Jésus-Christ rachète l'homme
sans avoir eu besoin de rédemption; Marie au contraire est
dûment rachetée par les mérites de Jésus-Christ, et est seule-
ment associée à l'œuvre de son Fils (1).
3. Après avoir vu le fait et le bien-fondé de la doctrine pa-
tristique relativement à la participation de la Mère de Dieu au
mystère de la Rédemption, approfondissons-en la nature.
Plusieurs en sont les caractères.
a) En premier lieu, cette médiation de Marie était prévue
dans sa prédestination. Aa6£ t-^jv elq •m-aKky.^cq^t -^[j.wv TCpoopiaôefaâv
aou [^.sciTiv, dit le moine Jacques (2). « Accipe quam tibiinme-
diatricem jjraedestinasti ad reconciliationem nostram. »
b) Dès sa conception, Marie exerce pour ainsi dire ce rôle.
Georges de Nicomédie dans son sermon pour la conception de
Marie (3), s'exprime ainsi : "AyysAoi t-J]v t^ç (TTspcwcrswç xpo-
[xzab-ciyo^ . « Praenuncian.t angeli solvendam sterilitatem, et
per ipsam disjectum iri médium peccati ■parietem praedi-
cunt. »
c) h' efficacité de la médiation de Marie est assurée. Us
7cpc(7Ta(7tav 'iyp]j.v), aypavzs, chante l'Églis grecque (4), cl csuXoi
(70U, y.od Trpbç "TOV Tiiv aou xal 0sbv [j.îji'tiv ix'/,7.~a((7yjjy-zw, 7,ivB:jvo)v
(1) Voyez /?0C'. liJOl, p. .517.
(2) Sermon pour la Nativité de Marie. Combef., 1. c.
(3) Combef. Aiict. i.
(4) Menées. Canon au 8 avril, 8" ode.
160 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
r,\).2ç dwÇc xa\ x^ler.Siv r.tipxaixSiv... « Quum te, 0 iiitemerata, nos
servi tui tutelam habeamus atqiie apud Filium tuum et Deum
ynediatricem quae non confunditùr, libéra nos a periculis et
nocivis tentationibus... »
4. Et pour ne point se méprendre sur le véritable effet de
la médiation de Marie, notons encore que les écrivains ecclé-
siastiques parlent avec insistance du péché originel. C'est la
malédiction divine que Marie avec son Fils écarte de l'humanité;
c'est le genre humain comme tel qui est réintégré dans son
antique splendeur.
Ceci fait encore l'objet d'une cantilène sacrée. M-^r^p ©sou
£'j1oyï3H'£v*/] 7:avâ[j.a)iJ.£, àOXooopwv ôsîov eYxaXXwTctaiJ.a, ''(] ojpavwaaaa
TÔiv To5 (Si'o'j cry.avoâXoJV •/.xl Ty/cîv JWT-^piaç àçlOiGGv (1). « Mater Dei
benedicta etpenitusimmaculata, divinum victorum decus, quae
naturam nostram serpentis suggestione dejectam ad coelum
revocasti, ab omnibus vitae scandalis me serva, meque dignum
effice qui salutem nanciscar. »
5. La conclusion est facile à tirer.
Si Jésus-Christ, auteur principal et premier de la rédemption
du genre humain, a réconcilié celui-ci avec la divinité en prenant
la nature humaine et si cette nature par lui empruntée était in-
demne de la faute originelle, Marie, qui lui a donné cette nature
en devenant sa Mère, qui a été par le fait même associée à
l'œuvre de la rédemption, devait, elle aussi, à ce titre, être
préservée du vice d'origine. Cette raison provient de la simili-
tude de fonctions entre le Fils et la Mère.
Il y en a une autre.
A considérer la rédemption et la médiation en elles-mêmes,
il ne peut en être autrement. Pour avoir le droit vis-à-vis de
Dieu de concilier avec lui la nature humaine déchue, pour
exercer efficacement son action conciliatrice sur cette même
nature, il ne faut rien avoir de commun avec elle, il faut lui
être supérieur. Donc, l'œuvre de Marie, tout en n'étant qu'une
coopération à celle de Jésus-Christ, même exercée en vertu de
sa grâce, pour être efficace, devait être basée sur cette condition
sine qua non de n'avoir jamais été sujette à l'empire du démon,
(1) Menées. Canon au 22 février, 4*^ ode.
LE DOGME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION. 161
comme le sont tous les mortels. Donc, dès sa conception, elle a
été immaculée.
Aussi bien saint Ephrem avait-il raison d'appeler Marie la
première médiatrice après Dieu : A£(77:civa, ù-éZ^payio. [/.ou 6scTè/.£,...
'(] [xezoï. ty;v Tptaâa ■::âvTO)v Asa-oiva, -q [j,£-ià xbv Ily.piy,\r,-ïO^ akkc^
~xpx'/Xr,-oq xxl [xsxà tov [^-so-itt^v jj-sa-îtr,; •/.oa-[J,ou xavTÔç (1). * Domina
mea sanctissima Dei genitrix,... omnium post Trinitatem do-
mina, post Paraclitum alius consolator, et post mediatorem
mediatrix totiiis mundi. »
CONCLUSION
Arrivés à la fin de notre enquête, jetons un regard en arrière.
Examinés l'un après l'autre, tous les points de contact de notre
dogme avec les vérités de la théologie catholique démontrent :
1° Que l'immaculée conception est bien loin de leur être con-
traire en quoi que ce soit ;
2° Que même elle en est logiquement déduite, à tel point qu'ils
réclament cette vérité comme une conséquence naturelle.
Nous avons suivi dans ce travail la doctrine des Pères grecs,
choisissant parmi leurs témoignages les plus expressifs et ceux
qui répondaient le mieux au caractère général de leur enseigne-
ment. Leurs paroles, jointes évidemment à un raisonnement
suivi et, comme nous le disions dès le début de cette élude,
nécessaire pour le dogme de l'immaculée conception de Marie,
auront, nous l'espérons, imprimé dans les esprits la conviction
que la doctrine de l'immaculée conception se retrouve, certes
implicitement, mais clairement aussi, dans l'enseignement tra-
ditionnel de l'Église grecque (2).
D. Placide DE Meester, 0. S. B.
Rome, Collège grec.
(1) Precal. IV ad Deiparam.
(2) Cette étude, nous le savons, aurait pu être plus complète. 11 eût notam-
ment fallu développer davantage le côté apologétique de la question et citer les
théologiens modernes de l'Église orthodoxe que nous avons à peine mentionnés
dans les premières pages. Mais ce travail aurait pris des proportions exagérées
pour des articles d'une revue trimestrielle. Nous nous en occupons pour le publier
dans un opuscule spécial, dans lequel les articles parus ici même seront refondus
et feront corps avec le reste de l'ouvrage.
ORIENT CHRETIEN. H
LES CONSTRUCTIONS PALESTINIENNES
DUES A SAINTE HÉLÈNE
D'APRÈS UNE RÉDACTION DU X*' SIÈCLE
SOURCE DE NICÉPHORE CALLISTE, VIII, 29, 30, 32.
Le présent travail est tiré de la Vie de Constantin et d'Hélène
qui est conservée dans de nombreux mss. du xii® siècle (Lon-
dres, add. 19458; Paris, 1453, 1534, Dép. 56) et dans un du
xi% Vatic, 974 (1).
La fin de cette Vie mentionne les empereurs Maurice et Hé-
raclius. Sa composition se place donc du \\f siècle (après Hé-
raclius) au xi^ (avant la transcription de nos mss.). Mais si l'on
remarque qu'elle se trouve dans les grands ménologes (au
21 mai), on pourra supposer avec une grande vraisemblance
qu'elle a été rédigée par le Métaphraste au x*' siècle. Ce ré-
dacteur a pu utiliser une source plus ancienne, comme il lui
arrive souvent de le faire.
En attendant plus ample recherche, nous présentons donc la
présente Vie comme un témoin du ix' au x^ siècle, sinon plus
ancien, de la tradition relative aux constructions palestiniennes
dues à sainte Hélène.
Nous avons transcrit en 1902 le texte grec du ms. de Londres
add. 19458, etnous avions oublié cetteébauche quand la lecture
de divers ouvrages de topographie Palestinienne nous a montré
qu'elle comblait une lacune importante, en faisant connaître
l'ancienne source à laquelle a puisé Nicéphore Calliste (mort vers
(1) Des mss. plus récents se trouvent à .Jérusalem, au Mont Athos, à ôlessine,
à Munich, à Oxford, etc.
LES CONSTRUCTIONS PALESTINIENNES. " 163
1350). Nous lisons en effet dans Nazareth (cf. infra, p. 220),
p. 120 :
Dans le même temps à peu près où Marino Sanuto composait son livre (vers
1321), le Grec Nicéphore Calliste présentait à l'empereur de Constantinople, An-
dronic Paléologue l'Ancien, son Histoire ecclésiastique. L'écrivain courtisan s'é-
tait naturellement appliqué à y relever toutes les gloires impériales. Il n'énumère
pas moins d'une trentaine de sanctuaires palestiniens dont il attribue sans scru-
pules la construction à l'impératrice Hélène mère de Constantin Les alléga-
tions de Nicéphore Calliste ne s'appuient d'ailleurs sur aucune autorité.
11 est inexact que Nicéphore ne s'appuie sur aucune autorité,
et qu'il ait fait œuvre de courtisan (1). En réalité il reproduit
assez fidèlement, au xiv" siècle, une rédaction du x".
L'auteur de Nazareth, à l'exemple de plusieurs critiques re-
nommés, utilise trop volontiers l'argument tiré du silence des
auteurs (2) : « Tel fait m'apparaî t à telle époque, il ne figure
pas auparavant dans les ouvrages que je connais, il a donc
été inventé vers cette époque ». Dausle cas présent, cet argu-
ment prouve simplement que l'auteur de Nazareth ignorait les
sources de Nicéphore et, pour terminer par une remarque un
peu générale, nous dirons que l'argument tiré du silence des
auteurs, si usité à cause du vernis d'éruditioa qu'il comporte,
devrait être appelé bien souvent, de la source d'où il procède,.
« une preuve d'ignorance » (3).
(1) Le « sans scrupules » que nous avons souligné dans le texte de l'auteur de
Nazareth est aussi très joli.
(2) Il semble encore l'utiliser (p. 121) au sujet de la translation de la maison
de Nazareth. ■■ On peut remarquer que Nicéphore parle de lu Maison de V Annon-^
dation à Nazareth. On peut remarquer aussi qu'il ne dit rien du miracle de sa
translation qui se fût accompli depuis une trentaine d'années -.
Nous savons maintenant que Nicéphore a reproduit un auteur du x« siècle.
Celui-ci ne dit rien — et pour cause — de la translation ; il en est donc de même
de Nicéphore dont le silence ici ne prouve rien ni pour ni contre la translation.
(3) Il est à remarquer aussi que les auteurs contemporains n'ont pas pour les an-
ciens la même indulgence que pour eux-mêmes. Ils se permettent d'ignorer des ou-
vrages catalogués dans de nombreuses bibliothèques lorsqu'il leur suffirait souvent
d'une démarche ou d'une lettre pour être renseignés et ils ne permettent à un
ancien, par exemple à Eusèbe, de rien ignorer; mieux que cela, ils ne compren-
nent pas qu'il ait pu ne pas écrire tout ce qu'il savait dans les ouvrages qui nous
restent de lui. — Pour nous, nous croyons qu'Euscbe, tout comme nos contem-
porains, a pu ignorer bien des faits et bien des ouvrages. Nous croyons aussi qu'il
n'a pas écrit tout ce qu'il savait, soit parce qu'il n'y songeait plus au moment où
il rédigeait, soit simplement pour économiser son parcliemin. Nous tenons donc
que l'argument tiré du silence des auteurs n'est qu'un indice et n'a en général
aucune force probante.
164 • REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Nous omettons ou résumons les passages les moins importants,
et nous donnons le mot à mot ou, en note, le texte grec des pas-
sages relatifs à la topographie palestinienne. On pourra compa-
rer à Nicéphore Calliste (viii, 30), et utiliser son texte grec en
attendant que nous puissions publier celui de la présente Vie ; Ni-
céphore introduit d'ailleurs un certain nombre de remaniements.
Nous renverrons souvent dans les notes à C. J. M. de Vogué,
Les Églises de la Terre Sainte, Paris, 1860, et à Geyer, Itinera
Hierosolymitana, 1898 (forme le t. XXXIX du Corpus scripio-
rum écoles, latinorum. de Vienne) :
Sainte Hélène fait détruire le temple de Vénus et trouve
trois croix avec les clous ; une malade est guérie par l'une des
croix, la sainte prend donc une partie de celle-ci avec les clous
pour les porter à son fils Constantin à Byzance, et met le reste
dans une châsse d'argent qu'elle donne à Macaire, archevêque
de Jérusalem. L'auteur distingue le saint Sépulchre, le Cal-
vaire (1) et l'endroit situé au levant non loin des deux premiers
où l'on trouva les croix. Sainte Hélène fit construire l'église de
saint Constantin sur l'endroit où elle trouva les croix, 1' 'Avâixaffiç
sur le saint sépulchre et « des saints temples » sur le Cal-
vaire (2). Elle lit aussi des degrés de marbre au levant de la
sainte cité, descendant vers le lieu (3) de Gethsémani où est
le tombeau de la très sainte mère de Dieu. Après avoir cons-
truit en ce lieu un temple splendide au nom de la très pure
mère de Dieu, elle enferma son très saint tombeau dans l'autel
de l'église (4) : « H est dit par beaucoup, comme nous l'avons
appris, que le même lieu incliné est appelé Vallée du Pleur, et
Torrent de Cédron, et Vallée de Josaphat; mais le jardin dans
lequel le Christ et notre Dieu fut livré était là ainsi que le lieu
dans lequel le Seigneur pria la nuit où il fut livré (5) ».
Sainte Hélène alla à la montagne des Oliviers au levant et y
bâtit une église (6); elle descendit au tombeau du bienheureux
(1) 'G TÔTioi; ToO Kpavioy.
(2) Églises, p. 149; Itinera, p. 234.
(3) Xtopîov.
(4) Cette église est mentionnée dès le v" siècle; M. de Yogiié place sa cons-
truction au iV siècle. Églises, p. 305-306.
(ô) Cf. Églises, p. 313.
(6) Mentionnée au iv'= siicle par Eusèbe et le pèlerin de Bordeaux. Églises,
p. 56 et 319.
LES CONSTRUCTIONS PALESTINIENNES. 165
saint Lazare à Béthanie, qui est à deux milles de la sainte
cité; elle arrosa de larmes brûlantes le tombeau du juste Lazare
et fit construire au-dessus une église en son nom (1). Elle
gagna le Jourdain où le Christ fut baptisé (2), elle le traversa
et trouva la caverne où le précurseur avait habité, elle y bâtit
une église au nom de Jean le Baptiste. En face de la caverne
est un lieu très élevé (3) duquel saint Élie fut enlevé au ciel;
elle ordonna d'y bâtir un temple très majestueux au nom du
prophète Élie, et alla à la ville de Tibériade distante de la
sainte cité de quatre jours de route. A l'entour de Tibériade on
trouve l'endroit (4) où le Christ s'asseyait et enseignait; où il
multiplia les sept pains et nourrit les quatre mille, et au même
endroit est Cafernaoum (5) où le Christ demeura, où se trouve
aussi la maison de saint Jean le Théologien, où (N.-S.) mangea
avec ses disciples (6); là aussi eut bien le miracle du centurion
et ils descendirent le paralytique par le toit. Sainte Hélène
ordonna de construire des églises en ces endroits. Elle traversa
le fleuve qui était près de là et, trouvant une pierre en forme
de croix (7) sur laquelle le Christ guérit l'hémorroïsse, elle
éleva une église au nom de la croix vénérable et vivifiante;
partant de là et arrivant à un certain castel (8), près de la
croix dont nous venons de parler, où il y a un grand jet d'eau
appelé Sept-Sources (9), où le Christ fit le prodige des cinq pains
et des deux poissons, elle y construisit un temple très remar-
quable. Elle alla de là à la mer de Tibériade et, trouvant l'en-
droit où Notre-Seigneur, après la résurrection, apparut aux
apôtres pendant qu'ils péchaient, où se trouvaient les charbons
et le poisson dessus avec du pain (Jean, xxi, 9), où il mangea
avec eux et où ils prirent les cent cinquante- trois poissons, elle
y construisit une église au nom des bienheureux apôtres. Elle
marcha encore deux milles et, trouvant la maison de Marie de
(1) Saint .Jérôme connaît cette église. Églises, p. 336.
(2) Jlinera, p. 265-266 (Arculf).
(3) 'ÀTtô Se TÔ anYJXatov àvTty.puç la-zi tÔttoç O'j'i'l^.ÔTepo;.
(4) Tô ),£YÔ(i£vov ôwSsy.âô&ovov.
(5) KauepvaoûtJL.
(6) "Oiroy 6 ôsîo; xaî Seanoxixô; oeÎTtvoç yéyovz.
(7) riÉTpav £}(0U(Tav tûitov axaupoù.
(8) lva<iT£>.),iov Ti.
(9) Epûatç (jLEyâX"/] tô )>£yôji£vov i-Kzân-r\'^ov.
166 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Magdala (1) et l'endroit où le Christ la délivra des sept dé-
mons, elle y éleva le temple de Marie de Magdala Elle
entra dans la ville de Tibériade et, trouvant au milieu la maison
de la belle-mère de Pierre qui fut guérie de la fièvre, elle y
éleva une très belle église : saint Pierre, coryphée des Apô-
tres. Elle sortit de Tibériade, marcha dix milles vers le cou-
chant et alla au mont Thabor (2) où Melchisédek bénit
Abraham, puis cherchant le lieu où le Christ notre Dieu fut
transfiguré, elle y bâtit une église au nom de Dieu notre Sau-
veur et de ses saints Apôtres Pierre, Jacques et Jean. Elle
consacra à ce très auguste (ouvrage) des hommes pieux pour
travailler avec art et chanter (3) ainsi que beaucoup de ses
revenus { 1).
Elle alla ensuite de la montagne vers le levant et arriva à
Nazareth. Cherchant la maison où la mère de Dieu fut saluée
par l'archange Gabriel, elle y construisit le temple extraordi-
naire (5) de la très sainte Mère de Dieu. De la ville de Nazareth,
elle gagna le pays (6) de Cana de Galilée et cherchant l'endroit
où eut lieu la noce de Simon le Cananite, où le Christ changea
l'eau en vin, elle y éleva un temple très auguste (7).
Allant à Bethléem qui est à six milles de la sainte cité, après
y avoir construit une grande église élégante (8), en forme de
croix, au nom du Christ notre Dieu, et après avoir enfermé en
dedans sous le grand autel et la crèche et la sainte caverne,
elle sortit de Bethléem. — Cherchant le lieu dans lequel les
(1) Tri; MaYÔa),tvri<; Mapîaç.
(2) Sic Cod. Par. 1453. Notre copie du ms. do Londres porte : Hpb; tô pôpetov
Spoç.
(3) Eîî TÔ y.alhtpysX'j %où <]/ii.)ltiw.
(4) Ces deux églises étaient sans doute sur le Thabor. Il y reste les ruines
d'une église que M. de Vogiié considère comme un des plus anciens monuments
de la Terre Sainte, Églises, p. 353; Uinera, p. 275.
(5) Nabv irapâSoÇov. Cf. Églises, p. 348-351.
(6) Xwptov.
(7) Cf. Églises, p. 355.
(8) 'ExxX. [jLEYâXTiv Spo(Atxriv- Cf. Églises, p. 50, 51 et 47, 61, 63, 64. D'après notre
auteur, sainte Hélène semble avoir contourné le lac de Tibériade par l'est et le
nord. A partir de Tibériade les indications ne concordent plus avec la carte.
L'auteur ne plaçait pas la rencontre d'Abraham et de Melchisédek au Thabor
ou ne connaissait pas la position de cette montagne. On écrirait maintenant :
elle sortit de Tibériade et marcha dix milles vers le sud-ouest jusqu'au Thabor,
puis vers l'ouest jusqu'à Nazareth.
Li:S CONSTRUCTIONS PALESTINIENNES. 167
saints Innocents (1) tués sous Hérode avaient été massacrés et
vénérant cette caverne comme il était juste, après avoir bâti
une église au nom des saints enfants, elle alla au saint champ
des bergers (2), et, trouvant l'endroit dans lequel les saints an-
ges annoncèrent aux bergers la naissance de Notre-Seigneur
Jésus-Christ et dirent : Gloria in excelsis Deo et in terra pax^
y ayant élevé un temple très remarquable en l honneur de
Marie, mère de Dieu, et de Joseph le père nourricier (3), elle
courut à la sainte Sion. La sainte Sionest sur le lieu surélevé de
la sainte cité, vers le midi: sainte Hélène y construisit une
église élégante, grande en longueur et largeur (4); au lieu de
tuiles elle la couvrit de plomb et elle enferma à l'intérieur vers
les parties de derrière du temple (5) : à droite l'habitation des
saints disciples où ils étaient cachés de crainte des Juifs et le
Christ parut au milieu d'eux les portes étant fermées; à
gauche la colonne de porphyre sur laquelle le Christ notre
Dieu fut attaché et flagellé par les Juifs. Dans ce (temple) à
droite de l'autel est le saint Niptêr (6) et la descente du saint Es-
prit en la sainte Pentecôte (7)... Elle fit aussi de la cour de
Caïphe le temple du saint digne des plus grands éloges, du
coryphée des apôtres Pierre (8). La distance de la sainte ré-
surrection (Saint Sépulcre) jusqu'à sainte Sion est d'un mille.
La sainte et première reine des chrétiens Hélène bâtit beau-
coup d'autres églises de Dieu dans ces saints lieux : sur le
lac (la citerne) du prophète Jérémie, sur la source de Siloé (9), sur
le champ du potier pour la sépulture des pauvres; au chêne de
Mambré où le Sauveur apparut à Abraham (10) et au saint Li-
(1) Ta àyia Ppécprj.
(2) T6 àytov Tcot|X£V£îov.
(3) Toù [xvrjffTopo;.
(4) 'ExxX. ôpo(j.(xriv [jL£YâXY)v eï; te jArixo; xai Tr^âxo;.
(5) nepi£x).ei(î£v evSoôev Ttpà; ta ÔTtioÔEv (xÉpïi toù vaoù.
(6) Vase à laver les pieds, Jean, xiir, 5.
(7) On trouve ensuite : upè; ôàtô £ijwvu[j.ov [lépo; tou ôiaxovixoû èv w ècttiv ô Taçoî
Toy âyiou irpotfiÔTou Aaêto, v.axEcrxeûaaEv vj aOtvî |J.axapîa 'E).£vri -criv Tri; âyi'aç àvacpopàc
7tpoffxo[j.iSr;V. 'E7ro!r|T£v os xai tïiv aùX:^v toù Katdtqja" vaov toO àyîou xai uavEuyrijJiou
xal xopucpaiou twv ànoaTÔXwv lIÉTpou. 'EffTi oè to (xfixoi; toù tottou, aTtô r/jç àyia? 'Ava-
ffTâffEo); [xéypt Tri; àyia; litwv [jiîXiov, £v. Cf. Nic. Call., YIll, 30.
(8) Itinera, p. 15.").
(0) É;j lises, p. 321.
(10) Églises, p. 58, note 1 et -347.
168 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
thostroton (elle bâtit une église en l'honneur) des saints Cyr et
Jean.
Sainte Hélène ayant commandé brièvement de fonder vingt-
huit églises dans ces saints lieux, prit avec elle la portion de
la sainte croix qu'elle s'était gardée et les saints clous (du corps
du Christ) (1) et retourna à Byzance près de son fils Constantin.
Celui-ci l'accueillit avec joie; il plaça la portion du bois vivi-
fiant (de la croix) dans un reliquaire d'or et le donna à garder
au très saint évêque Alexandre, car le bienheureux Métrophane
était mort. Quant aux clous, il en mit à son casque et il en mé-
langea au (fer du) frein de son cheval afin que la parole du
prophète fût accomplie : En ce jour-là ce qui est sur le frein
du cheval du roi sera saint au Seigneur Tout-Puissant {2).
Le roi très honorable et très saint, Constantin lui-même,
écrivit à Macaire, chef de l'église de Jérusalem, de veiller à la
construction des églises du Christ et 11 envoya des chefs pour
ce travail avec abondance de richesse pour faire construire
les saints lieux de manière à ce qu'il n'y eût rien d'aussi beau
sur toute la terre; il écrivit encore aux chefs de la province de
concourir avec zèle aux travaux à l'aide des deniers publics (3).
Ici s'arrête la partie de la Vie de Constantin et d'Hélène qui
concerne la Palestine. La suite est utile pour dater la pré-
sente pièce, car elle mentionne Maurice et Héraclius (Cf. Nie.
Call., Vni, 32), comme nous l'avons dit.
F. Nau.
(1) Ces quatre mots manquent clans Cod. Par. 1453.
(2) Cf. Zacharie, XIV, 20.
(3) D'après la présente histoire, sainte Hélène fait donc un pèlerinage ana-
logue à celui que devait faire sainte Paule, mais beaucoup plus restreint; elle est
accompagnée de personnages importants (la Vie le dit) et ils projettent, comme
cela nous paraît fort naturel, de construire bon nombre d'églises pour marquer
et pour sanctifier les lieux saints qu'ils découvrent. Plus tard Hélène raconte
ces projets à son fils Constantin, qui en presse par lettres, au moins dans certain
cas, la construction. Il n'y a aucune contradiction entre la présente Vie et les
textes d'Eusèbe (De vita Conslantini, III, 25-53). On peut même croire que l'un
complète l'autre.
SIVAS
HUIT SIECLES D'HISTOIRE
1021-1820
{Suite} (1)
CHAPITRE 111
LE RÈGNE DE DAVID.
1° Fin du règne de Sénèkèrim : sa mort. — 2" Règne de son fils David. —
3° Elisée, second archevêque arménien de Sébaste. ^4° Lettre que lui écrit son
maître Grégoire.
§ 1 . — Fin du règne de Sénèkèrim : sa mort.
Après son ambassade, Pierre Kédatartz revint à Sébaste.
L'empereur Basile II l'aurait-il chargé d'y porter à Sénèkèrim
un message secret où il aurait demandé à ce prince, comme
preuve de sa fidélité, de le débarrasser des officiers grecs qui
organisaient leur révolte en Cappadoce? Cela n'aurait rien
d'invraisemblable et ferait comprendre pourquoi les auteurs
arméniens attribuent à leur roi de Sébaste l'assassinat de Nicé-
phore Phocas. Mais cela n'empêcherait pas non plus l'empe-
reur d'avoir eu recours en même temps à la ruse dont parle
Cédrénus. Le monarque byzantin pouvait trouver qu'en la
matière une précaution de plus ne gâte jamais rien.
En tout cas Nicéphore Phocas une fois disparu, au printemps
1022, la défection se mit dans l'armée des révoltés, et Théo-,
phylacte, envoyé alors en Cappadoce, n'eut plus qu'à en dis-
perser les restes. 11 s'empara de Xiphias et le conduisit à
Constantinople où il fut rasé et enfermé dans un monastère, à
(1) Voir p. 79.
170 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
l'île de Proti. Pendant ce temps-là l'empereur faisait en Ibérie
sa seconde campagne.
Le manuscrit de Sivas dit que le catholicos Pierre séjourna
deux ans auprès de Sénèkèrim, puis se rendit à Ani. Il y était
encore à la fm de 1025, lorsque mourut l'empereur Basile.
Ce prince, d'après Matthieu d'Édesse, aurait par testament
recommandé l'Arménie à son frère et successeur Constan-
tin VIII, lui disant de traiter ce pays avec un amour paternel
et d'être plein de sollicitude pour les fils du roi de Sébaste :
David, Atom, Abousahl et Constantin ainsi que pour tous les
grands d'Arménie. L'empereur mourut dans les derniers jours
de décembre 1025.
Sénèkèrim le suivit de près au tombeau. La dernière ma-
ladie de ce prince fournit à Pierre Kédatartz l'occasion de
retourner à Sébaste. Le vieux roi avait régné 55 ans. A la
mort de son père, en 972, le Vaspouragan avait été divisé en
trois royaumes. Il avait gouverné les Reschdonni jusqu'en
1003; puis, au détriment de ses neveux, s'était rendu maître
de tout le pays qu'il céda à l'empire en 1021. Il passa les der-
nières années de sa vie à Sébaste où il mourut en 1027.
Lorsqu'il sentit sa fin approcher, il réunit ses fils autour de
lui et leur adressa ses dernières recommandations. Il les ter-
mina en les adjurant de ne pas l'ensevelir à Sébaste ; mais de
le transporter au pays de Vaspouragan pour l'ensevelir dans
le tombeau de ses pères, au monastère du Mont Varag. Il leur
enjoignit également d'y reporter la Sainte Croix de la vierge
Ripsimè qu'il en avait apportée. Ses fils lui en ayant donné
l'assurance, il s'éteignit paisiblement. C'était en fan 476 de
l'ère arménienne (15 mars 1027-13 mars 1028).
% 2. — Règne de David, fils de Sénèkèrim.
Le premier soin des fils de Sénèkèrim fut d'accomplir scru-
puleusement les dernières volontés de leur père. Ils transpor-
tèrent donc son corps au Vaspouragan, alors au pouvoir des
Grecs. La Sainte Croix — sauf peut-être un fragment conservé
à Sébaste — fut aussi rendue au Monastère du Mont Varag.
Ce pieux devoir rempli, ces vertueux princes rentrèrent dans
leurs états de Cappadoce.
SIVAS. 171
David, leur aîné, devait régner 10 ans. Sous la conduite de
Sapor, général des armées de son père, ce prince avait durant
sa jeunesse lutté, avec des alternatives diverses, contre les
invasions qui avaient successivement dévasté le ^'aspouragan.
Nous avons vu que son ambassade à Constantinople avait eu
un plein succès. Il semble donc avoir été capable de gou-
verner.
Quelques historiens arméniens qui ont écrit tout récemment
l'histoire de leur pays, avancent que Sénèkèrim jouit seul à
Sébaste du titre et des privilèges de la royauté. Notre manus-
crit, comme les auteurs plus anciens, leur donne le plus formel
démenti. Cependant il faut convenir que pas plus le manuscrit
qpe les historiens ne disent un mot du sacre ou du couronne-
ment de David. Le catholicos Pierre se trouvait pourtant à
Sébaste lorsque Sénèkèrim mourut. Il paraît même y être
resté jusqu'à 1029. Puis, ce qui rend cette omission plus frap-
pante, c'est qu'en cette année-là notre manuscrit le fait aller à
Kars, pour y sacrer Kakig, fils et successeur d' Apas, qui venait
d'y mourir après 45 ans de règne.
Les historiens ne nous ont conservé aucun détail sur le
successeur de Sénèkèrim. Nous savons qu'il fut marié puisque
sa fille, la princesse Marie, épousa Kakig, fils d'Achod et der-
nier roi d'Ani. D'après Matthieu d'Édesse (n" 93), ce Kakig est
traité de beau-fils par les princes de Sébaste, Adom et Abousahl,
qui étaient les oncles de sa femme. Le traducteur a proba-
blement trop précisé la signification du mot arménien « péçà »
tlikuuij qui signifie bien beau-fils, mais s'emploie également
pour signifier l'époux d'une proche parente.
Néanmoins cela, joint à la jeunesse du prince en 1020, auto-
rise à conjecturer qu'il quitta le Vaspouragan avant d'être
marié, et qu'il ne l'aurait été qu'à l'époque de son avènement
ou peu avant. Sa fille, en effet, qui semble n'avoir épousé
Kakig qu'après la chute d'Ani (1045), devait être encore jeune
à la mort de son père, en 1037. Elle eût donc été sous la tutelle
de ses oncles qui la marièrent et qui, n'ayant pas d'enfant,
devaient aimer et traiter leur nièce comme leur propre fille.
Un autre événement de famille fut la mort du prince Cons-
tantin, le plus jeune des fils de Sénèkèrim, qui arriva pendant
le règne de David. On n'a pas de détails sur cette mort.
172 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
I 3. — Elisée, second archevêque arménien de Sébaste.
L'an 477 (14 mars 1028-13 mars 1029), Sion, archevêque
arménien de Sébaste, vint à mourir. Ce prélat n'était point le
métropolite grec, mais un évêque arménien qui avait dû suivre
les immigrants. 11 ne paraît pas en effet que le mot Sion ait
jamais été employé par les Grecs comme nom de personne,
tandis que ce nom, sans être commun chez les Arméniens, a
cependant été celui d'un de leurs patriarches de la fin du
viii* siècle. C'était encore, au commencement du xviii* siècle,
le vocable de leur principale église à Titlis.
Pour remplacer le prélat défunt, le roi David s'adressa à
Pierre Kédatartz : il le priait de lui choisir pour successeur un
prêtre pieux et prudent. Le Catholicos écrivit alors à Grégoire
Magistros; il lui demandait l'envoi des deux clercs les plus
distingués parmi ceux à qui il enseignait les sciences sacrées.
Grégoire lui envoya Elisée et Basile, avec une lettre des plus
flatteuses à en juger par le début que voici : « Parmi tous les
illustres, saints et augustes catholicos qui parmi nous ont porté
ce nom glorieux... » Ce fut Elisée qui fut choisi et sacré par
Pierre Kédatartz en personne.
Malgré l'assertion répétée du manuscrit, il doit y avoir ici
une erreur de personne. Vers 1030, l'illustre prince Grégoire
Magistros, fils de Vassag Pahlavouni, ne devait pas avoir 40 ans :
il se trouvait à la tête d'une immense fortune, occupé de
guerres, mêlé à toutes les intrigues de la cour d'Ani et père
d'une nombreuse famille, — on connaît quatre de ses fils et
l'on assure qu'il eut plusieurs filles qui tous lui survécurent.
Il n'est donc pas admissible qu'il soit ici question de lui. La
lettre qui suit, pas plus que la formation et l'instruction des
clercs, n'est compatible avec la vie de ce prince telle que
l'histoire nous la fait connaître.
Si donc il n'y a pas là un simple lapsus calami, il faut que
l'auteur ait été trompé par la réputation littéraire du prince;
réputation qui pourtant n'aurait commencée que plus tard,
Samuel d'Ani dit en 1030. 11 n'est pas invraisemblable qu'il
soit ici question de saint Grégoire de Narèg, illustre défenseur
sivAs. 173
de la foi dans le royaume de Vaspouragan. Il est vrai qu'on
le fait mourir plus tôt; mais les auteurs sont loin d'être d'ac-
cord.
Les uns le disent écrivain du x° siècle, mort en 903, ce qui
est presque une contradiction. L'historien -arménien, suivi par
Galanus, le dit célèbre sous le catholicat de Vahan de Balk
(965-80), ce qui est conforme au dire de Samuel d'Ani : « Vers
970, florissait l'admirable saint Grégoire de Narèg, illustre
par sa sainteté. » Les modernes le font naître en 951, com-
poser à 20 ans son commentaire sur le « Cantique des Canti-
ques » et mourir en 1003, à l'âge de 52 ans. Mais cette date est
loin d'être établie : car les mêmes auteurs avouent n'avoir
pour l'établir que celle (1002) où fut achevé son célèbre recueil
de prières. 11 y joignit, plus tard peut-être, un appendice où
il est question de son jubilé de 50 ans. On pense qu'il mourut
peu après et qu'il s'agit d'un jubilé de naissance : mais cette
idée ne serait-elle pas plus neuve qu'exacte? En tout cas, s'il
avait vécu jusque vers 1030, il n'aurait eu alors qu'environ
80 ans, ce qui n'a rien d'impossible.
1 4. — Lettre de Grégoire à so7i disciple Elisée.
Grégoire (Magistros, pense l'auteur du manuscrit) écrivit à
son disciple une longue lettre. Voici à titre de curiosité l'ex-
trait que nous en avons trouvé :
« Lettre de Grégoire Magistros à son disciple Elisée, évêque de Sébaste.
« Mon fils, j'apprends que toi, agneau il y a quelques jours, tu viens
d'être établi pasteur ; qu'à la triple interrogation tu as confessé et ce par-
fait amour et le commencement de la profession apprise du Père, et qu'en-
suite tu as reçu la suprême autorité du pasteur d'un nombreux troupeau,
toi qui t'es confié à la puissance divine dont tu as reçu la participation...
« Dès tes plus tendres années jusqu'à l'âge de l'adolescence, tu as étudié
Jérémie et Daniel, Salomon et son père, Jean le dernier des prophètes et
Arisdaghès (1). Il nous est permis de prendre ces pasteurs pour modèles
et de nous inspirer de l'exemple des martyrs, d'Etienne protomartyr et
protodiacre, des martyrs Cyriaque et autres...
(Ij II s'agit probablement ici du fils de saint Grégoire l'Illuminateur qui assista
au Concile de Nicée, mais à qui l'on n'a jamais attribué aucun écrit.
174 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
« Quant à moi, voilà le spectacle qui tout à la fois, m'effraye, m'attriste
et me réjouit : c'est de te voir entrer dans une vaste arène de luttes et
de combats. En effet dans ces tristes ten^ps d'anarchie, qu'il te faudra
d'énergie pour protéger ceux qui faiblissent dans la foi !
« Et quels avis pourra-t-on te donner pour éveiller ton attention? Qui
consentira à venir à ton aide, ou à t'avertir, ou bien à te consoler? Car
je vois notre vie troublée et continuellement agitée par la tyrannie, je
vois les flots tumultueux et les vagues immenses qui ont été déchaînés et
troublent la manœuvre des ministres. Qui donc aujourd'hui pourrait
prendre la direction du navire? Qui pourrait lui servir de port? Car cette
époque est troublée, et tous les oracles divins nous montrent la délivrance
du fils de perdition (1). C'est pourquoi l'amour est desséché et l'iniquité
multipliée. Mais les élus attendent (dans l'espérance), parce que ce jour a
été abrégé en leur faveur.
« Toi, sois donc du nombre des élus; car ils n'ont diminué dans aucun
siècle. Sois Abel, et n'apprends pas la réponse de Cain disant qu'il n'est
pas pasteur. — Sois le fils sauvé de Noé, celui qui n'est pas né dans le
temps de la corruption, et ne ris pas de ton père. — Sois Isaac, et jusqu'à
l'immolation ne demande pas quelle sera la victime, ne tremble pas et
ne prends pas la fuite. — Sois Jacob, ne va pas à la chasse des animaux
de la forêt et ne vends pas tes prérogatives pour un plat de lentilles.
« Alors même que tu serais vendu comme l'adolescent Joseph, ne sois pas
impitoyable pour ceux qui t'auraient vendu, et cela, même en Egypte.
Comme Moïse et Aaron, tu seras en butte à la contradiction et tu mourras
comme eux sans recevoir de louange. Tu feras sept fois le tour de Jéricho
en chantant des psaumes et ses remparts tomberont devant ton peuple.
Tu arrêteras les flots impétueux du Jourdain et tu entreras dans la Terre
promise par le lit salin du fleuve.
« Meurs, s'il le faut, de la main de Saiil en faveur du vrai David. Ne
sois pas cupide, ce qui a perdu Judas; sois plutôt comme Jean-Baptiste;
ne sois pas menteur comme Ananie, mais semblable à Pierre. Comme
Jacques tu seras précipité du haut du temple et tu mourras. Tu seras,
s'il le faut, crucifié la tète en bas ayant le nord à ta gauche (2).
« Que le ciel s'ouvre devant toi doux, modeste, humble, ainsi que Dieu
le demande pour te transformer en son temple et habiter en toi. Il sera
ton guide, il assurera le succès de toutes tes entreprises. Tu seras fondé
sur la pierre et tu ne rejetteras pas son inspiration, parce que la pierre
[qui est le Christ] habitera en toi et toi, en Lui. Sois enfant de la lumière
et enfant du jour, afin que le nom de Dieu soit glorifié en tout et qu'il te
conserve.
« A Lui soit toute bénédiction dans les siècles des siècles. Amen ! »
(1) Cette expression désigne Satan que les auteurs arméniens du .\i« siècle, et
des deux ou trois siècles suivants, imaginaient avoir été délivré des chaînes dont
il avait été lié par la passion de Jésus-Christ. Cette opinion ne semble basée
que sur une interprétation arbitraire, quoique littérale, des premiers versets du
vingtième chapitre de l'Apocalypse.
(2) En cette position, il serait toui-né vers l'Occident {?j.
sivAs. 175
Combien le ton de cette lettre pleine de calme et de sages
conseils, est différent de celui que Mattliieu d'Édesse (n°' 38
et 48) prête à Jean Gozern dont un fragment de prophétie a
été cité dans le premier chapitre de ce travail. Ce serait à faire
soupçonner que l'auteur du manuscrit n'a donné la lettre en
extraits que pour en faire disparaître ce qui aurait rendu ma-
nifeste le catholicisme de son auteur. Il termine en disant que
l'évêque Elisée fut le modèle de son peuple par ses bons exem-
ples et lui fit beaucoup de bien en lui enseignant la morale et
la doctrine de l'évangile.
CHAPITRE IV
SÉBASTE jusqu'à LA MORT DE KÉDATARTZ.
1° Difficultés d'Atom et d'Abousahl avec la cour do Byzance. — 2° L'archevêque
de Sébaste accompagne Pierre Kédatartz à Constantinople. — 3° Mort à
Sébaste de Pierre Kédatartz.
I I. — Difficultés d'Atom et d'Abousahl avec la cour de
Byzance.
Le manuscrit ne dit rien du retour à travers la Cappadoce
de l'armée que l'empereur romain Diogène avait conduite contre
les musulmans de Syrie et qui avait été fort malmenée par
eux aux environs d'Antioche en 1030. Il ne nous fait pas da-
vantage connaître la conduite du nouvel archevêque arménien
de Sébaste, durant la terrible famine et la peste que Matthieu
d'Édesse fait commencer au printemps I03I. Pendant le fléau
la détresse du peuple fut telle, qu'au dire de cet auteur, bien
des gens vendirent leurs femmes et leurs enfants (I).
Le manuscrit de Sivas, faisant une longue digression, raconte
ici toutes les contradictions auxquelles Pierre Kédatartz fut en
butte, pendant 22 ans, jusqu'à son retour définitif à Sébaste,
en 1051. Nous ne le suivrons pas. L'étude de cette figure, una
des plus remarquables de l'Arménie durant la première moitié
du XI** siècle, présente un véritable et très vif intérêt; mais elle
nous entraînerait trop loin. Elle suffit d'ailleurs à un travail
spécial.
Aucun liistorien ne donne la date précise de la mort de
David, roi arménien de Sébaste, notre manuscrit se contente de
dire que ce fut vers 486, après 10 ans de règne. Ses deux
(1) Il ne faudrait pas prendre cette expression au pied de la lettre ; car l'auteur
affectionne les formules toutes faites. Il emploiera celle-ci toutes les fois qu'il
voudra exprimer que les populations furent réduites à une misère extrême.
SI VAS. 177
frères Atom et Abousahl, qui le secondaient déjà dans l'admi-
nistration du pays, continuèrent à vivi'e en bonne harmonie
et à régner ensemble.
Atom — Matthieu d'Edesse l'alTirme — était un prince ver-
tueux et juste. Sa conduite était édifiante, ses mœurs douces et
modestes. Libéral envers tout le monde, surtout pour les pau-
vres et les ecclésiastiques, on lui doit la construction d'un
grand nombre d'églises et de couvents dans toute la contrée.
En 187 (12 mars 1038-11 mars 1039), un des seigneurs ar-
méniens qui était venu à Sébaste en même temps que Sénè-
kèrim, jaloux de son roi, se rend à Constantinople et l'accuse
de fomenter une révolte et de vouloir augmenter ses posses-
sions au détriment de celles de l'Empire. Le calomniateur était
un grand personnage, on crut à ses afiirmatiuns et l'empereur
Micliel IV fit immédiatement marcher une armée contre Atom
et son frère. D'après Matthieu d'Édesse, cette armée était forte
de 15.000 hommes, et placée sous les ordres de l'acolythe de
l'empereur.
Ce général reçut en partant l'ordre de ne se permettre aucun
acte d'hostiliti' contre les Arméniens, si leurs princes consen-
taient de leur plein gré à se rendre à Constantinople. Dans le
cas contraire, il devait les attaquer, livrer leurs biens au pillage,
s'emparer de force de leurs personnes et les amener morts ou
vifs aux pieds de l'empereur. La nouvelle de l'arrivée de cette
armée à Sébaste jeta Atom et Abousahl dans la consternation.
Matthieu d'Édesse (n° 55) leur fait proposer la résistance
par le vieux général Sapor. Il lui prête même ces paroles :
<c Voulez-vous que je disperse au loin et que je mette en fuite
les Grecs? » 11 ajoute qu'en prononçant ces paroles, le général
arménien aurait placé 5 cuirasses de fer les unes sur les autres
et que les frappant de son épée, il les aurait fait voler en
éclats. Tchamitchian, pour le rendre vraisemblable, corrige ce
récit : il ne parle plus que d'une seule cuirasse placée sur un
fagot que le général aurait percée d'un coup de cimeterre, en
s'écriant : « Voilà ce qu'est devant moi toute la puissance
- grecque ! »
Les princes auraient répondu à Sapor, en refusant son offre :
« Garde-toi de tout acte de violence, nous partirons avec ceux
qui sont venus nous chercher. » Ils firent de riches présents au
ORIENT CIlRÉTlEiy. 12
ITS REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
général grec et, forts de leur droit et de leur conscience, se
rendirent avec lui à la capitale. Ils se présentèrent à l'empe-
reur dont ils surent apaiser le courroux; puis ils lui deman-
dèrent 'de vouloir bien à un moment de loisir se rendre avec
eux au tombeau de l'empereur Basile II.
Micliel IV ayant accédé à leur désir, ils y allèrent ensemble.
Là les princes arméniens, tirant de leur sein la charte par
laquelle le défunt empereur avait donné à Sénèkèrim et à ses
fils l'investiture du royaume de Sébaste, en donnèrent lecture
d'une voix vibrante d'émotion; puis déposant la pièce sur le
sarcophage du vieil empereur, ils lui demandèrent de leur faire
rendre justice. « C'est toi, ô notre père, disaient-ils, qui nous
avais donné celle charte; — c'est toi qui nous avais établis dans
tes états; — c'est à toi aujourd'hui à nous faire rendre justice,
puisque tes princes menacent de nous enlever à la fois et la
vie et le royaume que tu nous avais donné. »
A ce spectacle inattendu, l'empereur Michel, rempli lui-même
d'émotion autant que de surprise, se jette à leur cou et dès
lors il leur témoigna toujours la plus profonde affection. Le
calomniateur fut immédiatement arrêté et jeté en prison.
D'après Matthieu d'Édesse, on le mit à mort. Enlin, après avoir
comblé Atom et Abousahl des plus riches présents, il les ren-
voya à Sébaste.
§ 2. — L'archevêque de Sébaste accompagne
Pierre Kédalartz à Constantinople.
Après la prise d'Ani par les Grecs, en 1045, le royaume
dont cette ville était la capitale, fut annexé à la province grec-
que d'Ibérie. Les gouverneurs s'y heurtèrent à de nombreuses
difficultés, dont ils crurent pouvoir venir plus facilement à bout
en éloignant du pays Pierre Kédatartz. Catacalon que notre
manuscrit appelle Goménas, mot qui ne serait qu'une altéra-
tion de 7.£/.au[;.£vcç (brûlé), surnom grec du personnage, obtint
son exil à Arzen ou Ardzen (I).
(1) Plusieui'.s localités ont porté ce nom; mais il est probable qu'il s'agit ici de
celle qui se trouvait à proximité d'Erzerouin, alors Tliéodosio])olis, dans un pays
depuis longtemps déjà au pouvoir des Grecs.
sivAs, 179
Pour les fêtes de Noël 496, c'est-à-dire le G janvier 1048,
date où les Arméniens célèbrent cette fête, il fut transféré à la
forteresse de Khaglidoyaritcli (1) sur les bords de TEuphrate,
à Touest d'Erzeroum. Enfin à Pâques de la même année
(3 avril 1048) (2) Constantin Monomaque, — au dire du manus-
crit, — ayant reconnu l'innocence de Pierre Kédatartz, le manda
à Constantinople.
Matthieu d'Édesse montre le catholicos escorté de plus de
600 personnes, qu'il décompose ainsi : 300 nobles en armes,
tous de haute distinction et attachés à sa personne, 110 doc-
teurs, évoques, moines et prêtres montés. sur des mulets, et
enfin 200 domestiques à pied. Parmi les évoques se trouvait
l'éminent et vénérable Elisée, archevêque de Sébaste, qui paraît
avoir été constamment fidèle à Pierre Kédatartz. On y voyait
aussi Basile, son frère, le même sans doute qu'en 1028 le doc-
teur Grégoire (Magistros) avait envoyé au Catholicos comme
digne de l'épiscopat.
A leur arrivée à la capitale, la foule et les grands vinrent en
nombre à leur rencontre, et les conduisirent en pompe à Sainte-
Sophie. C'est de là que l'empereur et le patriarche Michel Cé-
rulaire les conduisirent ensuite à un palais magnifique. L'em-
pereur pourvut à toutes les dépenses et dès le premier jour fit
remettre au catholicos une bourse de cent livres d'or.
Le lendemain, Pierre Kédatartz alla rendre visite à l'empereur
qui s'avança à sa rencontre et le fit asseoir sur un trône d'or
placé à côté du sien. A la lin de l'audience, l'archevêque de
Sébaste, s'approchantdu siège, le saisit comme pour l'emporter.
Là-dessus grand émoi dans l'assistance. L'empereur interpelle
le prélat et lui demande ce qu'il prétend. — « Prince, répond
Elisée, ce siège est devenu un trône patriarcal, et j'ai agi de
la sorte afin que vous sachiez que dorénavant il n'y a personne
qui soit digne de s'y asseoir. » Constantin, souriant à cette
réponse, fit transporter ce trône dans la résidence où le catho-
(1) Saint-Martin, dans sos IMémoiros, t. II, p. 100, écrit Kliaghdaritcii. L'iden-
tification de cette forteresse est peut-être aujourd'hui impossible, quoique sou
nom semble indiquer qu'elle commandait la route de la Chaldée pontique. Il est
en effet composé du nom arménien de ce district et d'un autre mot de la mémo
langue signifiant : « Opposé à, i)lacé vis-à-vis de ».
(-2) Matthieu d'Édesse (n» 74) reporte ce l'ait à l'anm-e suivante et Samuel d'Ani
à l'an 1053, ce qui est évidemment erroné.
180 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
licos devait faire un séjour de plus de deux ans, d'après le ma-
nuscrit.
Samuel d'Ani dit qu'il passa 3 ans à Constantinople, Mat-
thieu d'Édesse parle de 4 : en fait, Pierre Kédatartz, arrivé à
la capitale en 1018, se trouvait à Sébaste dans le courant
de 1051. A^aIlt son départ, l'empereur et le patriarche le com-
blèrent d'honneurs et de présents.
§ 3. — Mort à Sébaste de Pierre Kédatartz.
Tchamitchian, comme le manuscrit de Sivas, affirme que
Atom, fils de Sénèkèrim, et Kakig, ancien roi d'Ani, lui aussi
résidant en Cappadoce, s'étaient portés caution de la fidélité
de Pierre Kédatartz à l'empire. C'est à cette double interven-
tion que le catholicos dut de pouvoir rentrer en Asie Mineure,
avec la seule défense de retourner dans l'ancien royaume d'Ani.
Le prélat se rendit à Sébaste où il séjourna deux ans auprès
d'Atom. Au bout de ce temps, ce prince lui fit don du monastère
de Sainte-Cruix qu'il venait d'achever. Le Catholicos y fixa sa
résidence. Ce fut à cette occasion, d'api'ès le manuscrit, que
Grégoire Magistros (1) lui envoya de riches présents. Ils con-
sistaient en une crosse ornée de diamants, un calice d'un fort
beau travail et une ampoule pour le saint chrême. Le tout était
accompagné d'un éloge en vers de la Sainte Croix, dont le
manuscrit donne une copie.
Pierre Kédatartz vécut encore 5 ans au monastère de Sainte-
Croix et y mourut en 1058, dit le manuscrit. Samuel d'Ani le
fait mourir l'année précédente. Bien que Tchamitchian s'ac-
corde avec Matthieu d'Édesse et le manuscrit de Sivas pour la
date de sa mort, M. Brosset (dans Lebeau, t. XIV, p. 338) re-
porte cet événement à l'année 1060, ce qui doit être inexact,
car ce catholicos était déjà mort lorsque, en 1059, les Seldjou-
cides s'emparèrent une première fois de Sébaste.
Les funérailles du catholicos défunt furent célébrées au
milieu d'un concours immense et son corps déposé, dit le
manuscrit, « hors de l'église, tout près de l'autel, dans une
(1) Ici il pourrait bien être question du fameux maître de la milice, gouverneur
de la Mésopotamie, qui, depuis la chute d'Ani, donnait à la littérature le temps
que laissaient libre les soins de l'administration.
SI VAS. 181
tombe entourée d'un mur » . Dans la description du monastère
de Sainte-Croix il est dit qu'au commencement du xix'' siècle
« le peuple désignait encore naguère sous le nom de Kédarkél
(coude de Kédatartz) la partie du cimetière qui est au chevet de
l'église, parce que c'est là que se trouvait le tombeau de ce
prélat. Il était, ajoute-t-il, entouré d'une petite enceinte et
n'avait aucune inscription; mais la vénération populaire, qui a
continué jusqu'à ce jour, n'a jamais permis de le confondre
avec d'autres ».
C'est dans la chaj)elle de la Mère de Dieu de ce même monas-
tère qu'en 1827 l'auteur de notre manuscrit fit ti-ansférer les
corps de Pierre Kédatartz et celui du martyr Théodore de Sivas.
Le tombeau du catholicos est en marbre, surmonté d'une sorte
de baldaquin en bois sculpté et doré, soutenu par 4 colonnes
torses fort grêles. Elles encadrent uu grand tableau représen-
tant le prélat. L'épitaphe peinte sur bois, lors de la translation,
traite Pierre Kédatartz de « couronne de la nation arménienne
et de thaumaturge », puis, sans doute par allusion aux fleuves
du Paradis terrestre, dit que « son âme, comme les quatre
fleuves, s'est précipitée vers le séjour céleste, tandis que son
corps est dans le lieu du repos ».
Matthieu d'Édesse (n° 81) affirme également la mort et la
sépulture à Sébaste de Pierre Kédatartz et c'est là l'opinion com-
mune des historiens; mais, comme si rien ne pouvait être certain
dans l'histoire d'Arménie, le docte M. Brosset dans ses notes à
l'Histoire chronologique de Mékhitar d'Aïrivank annonce qu'il
« se propose... depublier l'épitaplie du catholicos Pétros, copiée
à Varag, en 1841, par M. Lottin de Laval, avec le commentaire
de M. Langlois ». Cela me rappelle le passage de la géo-
graphie attribuée au D"" Vartan, où il est dit que le corps de ce
personnage se trouve au monastère de Varag. 11 est vrai que
d'après cet auteur il y fut porté par les fils de Sénèkèrim. Ce
détail a fait croire à une erreur de sa part; mais l'épitaphe
trouvée à Varag vient tout remettre en question. Il n'est pas
impossible qu'Atom et Abousahl aient fait transporter dans le
Vaspouragan et enterrer à Varag le corps de Pierre Kédatartz ;
mais alors quel est celui dontM^"" .Jean, archevêque de Sivas, a
fait la translation?
(^1 suivre.) P. Girard, s. j.
DOCUMENTS DE SOURCE COPTE
SUR LA SAINTE VIERGE
r>ans un récent article (1) j'ai fait connaître l'offico de la Sainte
Vierge dans le rite copte. Me sera-t-il permis aujourd'hui d'ex-
poser rapidement l'ensemble des documents que l'ancienne
Église égyptienne nous a livrés sur la Mère de Dieu et en par-
ticulier sur le glorieux privilège de sa conception immaculée?
En ces fêtes jubilaires {-2], alors que de tous les points du globe
un concert de louanges s'élève vers Marie, et que des archives
de l'antiquité sortent des témoignages nouveaux proclamant
tous les gloires de la Reine immaculée, il ne sera peut-être pas
sans intérêt d'entendre encore la voix de l'Egypte, de cette
Egypte qui par ses Patriarches et ses Docteurs contribua si
puissamment à établir et à consolider les bases du culte de la
Mère de Dieu. Les documents mariologiques de source copte
se divisent en deux catégories, la littérature et les monuments.
LITTÉRATURE.
Parmi les documents écrits, les uns sont officiels, liturgiques
et nous livrent la doctrine reçAie et professée par l'Église copte,
approuvée et sanctionnée par ses Évêques et ses patriarches;
les antres ont un caractère privé et nous révèlent les sentiments
et les croyances des particuliers. Tous sont unanimes à célébrer
les grandeurs de Marie.
Parmi les premiers il faut citer : le Missel, le Bréviaire, le
Pontifical, le Rituel, la Psalmodie et les Doxologies.
(1) Revue de rOrient ckrcticn, lOOl, n° 1.
(2) Écrit pour le 8 décembre 1904.
DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 183
LITTERATURE OFFICIELLE.
Dans la célébration du plus auguste des mystères, au saint
Sacrifice de la Messe, Marie est à plusieurs reprises solennelle-
ment invoquée par le chant liturgique. Le passage le plus sail-
lant est le motet qui se chante pendant que le prêtre encense
l'autel et l'image de la sainte Vierge :
TAI."J()VpM 'llll()Vr> IIKAOApOC n'r(|AI j)A IIIApCOMA TA
(nj)(:ll ll(;IIAI,\ IIAAptOII lllOVIIIi (U)TAA(î CeOIII()V(|l
On,"Ja)l KAMHI IIIIIAlKïp^'JtOOV^I.
« C'est l'encensoir d'or pur, rempli de parfum, qui était dans
les mains du grand-prêtre Aaron tandis qu'il offrait de l'encens
sur l'autel. »
■f,"j()vpii iiiiovii ne -friApeeiiOG
ii(;(:Ap(t)UATA ne iieiicuoTHp
AOLIIOI IIUO(| ACjCtO'h UUQII
IIOO IH3 -f^MOVpil llllOVr. IIKAOApOG
(■T(|Ai j)A iii3:iir>c iivpinii (-Tr.iiAptoovT
« L'encensoir d'or, c'est la Vierge;
son parfum, c'est notre Sauveur,
elle l'a enfanté, Il nous a sauvés.
Tu es l'encensoir d'or pur
qui contient le charbon du feu béni. » {Missel, pp. 13, il.)
Rappelé et invoqué à l'autel, le nom de Marie l'est aussi dans
l'office que le prêtre récite chaque jour. Le Bréviaire copte est
composé de sept heures, toutes distribuées d'une manière ré-
gulière. Elles commencent par l'action de grâces et le miserere
et contiennent un nombre déterminé de psaumes, une leçon
tirée des Évangiles, ({uelques prières et invocations à Dieu et
à la sainte Vierge.
Tierce rappelant les ouvriers de l'Évangile envoyés à la
vigne à la troisième heure, on compare Marie au cep et son
divin Fils à la grappe :
184 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
C(J 'flIACIIOvi^ IIOO IlO 'ffitO IIAAO.M IITA(|)UHI
Gii GTAcqai JJA iiiciiA? irre ntoii')
« 0 Mère de Dieu, vous êtes le véritable cep de vigne qui a
porté la grappe de vie. » {Brév., p. 135.)
Lorsque le soir sera venu, c'est elle qui ouvrira la porte du
ciel :
e."ja)ri Aii>yAiio?i epATcni j)r:ii neKep<|)oi gbotab
Teuton iiiioii Hc|)pH+ iiiiii (îT()?i epATov j)eii T(|)e to
■feeoTOKoc iioo ne "fnvAn ine t<\)G aovcoii iiAn
uct^po Ht(3 innAi
« Lorsque nous nous trouvons dans ton saint temple, il nous
semble être au ciel. 0 Mère de Dieu, tu es toi-même la porte
du ciel, ouvre-nous la porte de la miséricorde. » {Br., 137.)
A Sexte, le prêtre implore Celui qui a été crucifié pour nous
à la sixième heure, et cela par l'intermédiaire de sa Mère vé-
nérée :
2(oc 'uiioirreM z\\ "iievKepiA eeee nAj^Ai nre nen-
HOBi eoBii+ TAp (() toeoTOKoe unApoenoc TOiKjpnAp-
pHciAï.ecoe uMon jjAieii c|)ii eTApenAC(|
:xe uA^e iienpecBiA cexeuxou rAp ovoe ce^nn
HA?p6U neiicojTHp
to-fuAV eTTovBHOVT 'iinep\to -tncto 'ninpec|epnoBi
•ieii nenpecBiA ^Aren (|)ii eTApeuAG(|
« La multitude de nos péchés nous a fait perdre toute faveur,
mais à cause de toi, ô Mère de Dieu, toujours vierge, nous re-
prenons confiance auprès de Celui que tu as enfanté.
« Oui, grand est ton crédit, puissante est ton intercession, et
ton suffrage est agréable à notre sauveur.
« 0 j\lère très pure, n'abandonne pas les pauvres pécheurs
dans ta médiation auprès de ton divin Fils. » {Br., 177.)
Arrivé à No ne, le prêtre contemple au pied de la Croix la
Mère de douleurs et s'écrie :
GTAcnAV iiAe fnAV (; meins ovoe ninAiieccoov
nctoTHp uniKocuoc et|A,'yi e niCTAvpoc nexAC ecpiui
DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 185
AH IIIKOCIIOO Linil OG|)A,"JI XV. cV(|f)l IIIIIOVAAI IIACII-
AAVIIOII AG (:(3pt()K2 C;IIIAV (3 I KîKA'l 1 1 1,") I OTAKtipeVIIO-
IIOIIIII (3|)t)C| (jBBe IITMpCj (() IIA,"Jlipi OVO? IIAIIOvf.
« Lorsque la Mère vit l'Agneau, le Pasteur, le Sauveur du
inonde, suspendu à la croix, elle s'écria en pleurs :
« Le monde est dans la joie, car il a reçu le salut, mais mes
entrailles sont brûlées de douleur tandis que je te contemple sur
cette croix, mourant pour le genre humain. 0 mon Fils et mon
Dieu. » {/?>■., p. 219.)
A Vêpres, Marie est invoquée comme le refuge contre les
ennemis qui sortent le soir :
iiATovAe ii(;02i (o 'fiiA(;ii()v+ OBOA j)eii iiiAiiArKii xe
AIIOII TlipOII AII(|)(t)T eApO II6II6IICA cjiliovf
lK|)pil+ IIOVCOBT eqAOp ,"J(OIII IIAII lllipO(;TATHG.
« Sauve ton troupeau de raffliction, ô Mère de Dieu, car
c'est vers toi que nous nous réfugions, après Dieu;
« Que ton intercession soit pour nous comme un rempart
inébranlable. » (P. 250.)
CO 'flIACIIOvi- AII(()(()T bA TOKOIIH IITO I leKIIGT^HOl I2HT
minpeiiieo iiiitiiii^eo ijeM iiiAiiAr'KH aaaa Apiiio2eii
IIIIOII GBOA jîGII IITAKO tC) OH GTCUApCOOVT IIIIAVA'f.
« 0 Mère de Dieu, nous nous réfugions sous le couvert de
tes miséricordes; ne rejette pas nos prières dans nos nécessités,
mais préserve-nous de la perdition, ô toi qui es bénie à un
degré unique. » (P. 253.)
Enfin, pour omettre Compiles, l'heure de minuit qui cor-
respond à Matines se termine par cette suave prière :
a) i~IIAGII()vf liriApeGIIOG rilCOBT IIATOVtOAII ApG-
K(opq iioo iinccHnii iiiih gt+ovehii ovoe iiiuKAe ij2HT
IITG lIHUOK ApGTACHO(| G OVpA^HI.
ApGGpGOBT GTGIinOAIG OVOe ApGUI^MI GAGII IIGIIOT-
ptUOV OVOe ApGGpnpGGBGVIII GAGII TeipHIIII IIMIKOGIIOG
AG lieo TAp IIG TGII2GAIIIG tO fUAGIIOvf.
186 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
« 0 Vierge, Mère de Dieu, rempart indestructiloie, déjoue
les conseils de nos ennemis, et change en joie la tristesse de
tes serviteurs.
« Sois le rempart de notre ville, combats en faveur de nos
rois et intercède pour la paix du monde, car tu es notre
espoir, ô Mère de Dieu! » {Br., p. 352.)
Le Pontifical et le Rituel associent également la Mère au
Fils dans les prières d'invocations qui accompagnent les céré-
monies religieuses. La Psalmodie, qui s'appelle aussi les Tliéo-
tokies, est suffisamment connue (1). Le livre des Doxologies est
un recueil d'hymnes ou de ce que nous appelons proses, pour
toutes les fêtes de Tannée. Ce livre est beaucoup plus rare que
le précédent. 11 n'a jamais été imprimé. J'en ai vu un manuscrit
au patriarcat copte orthodoxe, au Caire.
Dans toute cette littérature officielle, ce qui frappe le plus
c'est la multitude des répétitions, l'absence de toute variété et
le petit nombre d'idées exprimées. En ce qui concerne la
Sainte Vierge, tous les textes roulent autour de deux vérités
principales, la Maternité divine et la Virginité parfaite.
L'Église copte n'a jamais oublié la part glorieuse qu'elle prit,
au concile d'Éphèse, à la définition du dogme qui est le prin-
cipe et le fondement des grandeurs de Marie; elle n'a jamais
oublié que son patriarche saint Cyrille présidait l'auguste as-
semblée au nom du Vicaire de Jésus-Christ. Elle a gardé dans
sa liturgie l'épilhète même qui résumait et incarnait la
croyance imposée à tous les chrétiens, bgotokoc « jMère de
Dieu ». Même lorsque Dioscore, profanant l'héritage de son
glorieux prédécesseur, eut entraîné à sa suite dans le mono-
physisme presque toute l'église d'Egypte, le dogme de la Mater-
nité divine de Marie fut conservé intact. Il est raconté dans la
Vie de Chenoudi, le fougueux archimandrite du Deir el-Abiad,
le plus chaud partisan de Dioscore, qu'il se rencontra avec Nes-
torius exilé en Haute-Egypte. Il voulut le convertir. « Confesse,
lui dit-il, que Marie est mère de Dieu. — Tous les évêques
d'Éphèse n'ont pu me convaincre et toi seul tu voudrais le
faire! » répondit dédaigneusement Nestorius.
La Virginité parfaite et perpétuelle de Marie est également
(1) Cf. notre article sur les Thcolokies dans Revue de l'Orient chrélien, 1904, n° 1.
DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 187
affirmée de la manière la plus claire et par une série d'em-
blèmes dont nous ne citerons qu'un spécimen :
« Elle est le champ mystique où l'on n'a point semé et qui
cependant a germé et produit le fruit de vie » {Théot. 91, 206,
203) :
iino riG +K()i iiiiov+3:po3: (3poc tvpeTAovo (3bo\
ll()'i'KA|)ll()(; Cî(|Ollj).
« Elle a cnfnnté TEmmanuel sans briser le sceau de sa vir-
ginité, sans recevoir de semence humaine, elle est restée
vierge en tout temps. »
« Elle est la porte que vit jadis Ézéchiel du côté de TOrient,
scellée d'un sceau merveilleux; personne ne peut la franchir si
ce n'est le Dieu des puissances, il entre et sort et la porte reste
fermée » (105) (1).
Tous les symboles, les comparaisons, toutes les figures, les ti-
tres qu'emploient les livres coptes pour exprimer ces deux idées,
la maternité et la virginité, sont empruntés à l'Ancien Testa-
ment et sont absolument les mêmes que dans TÉgiise grecque,
comme les a exposés Dom Placide de Meester dans la revue
« L'Immaculée » (édition française). Il me semble donc inutile
de les reproduire ici (2) ; je me contenterai de mettre en relief
les témoignages qui concernent l'Immaculée Conception.
Que l'Église copte ait toujours proclamé la Sainte Vierge
exempte de tout péché, pure et immaculée, c'est ce qui ressort
avec évidence des textes mêmes de ses livres liturgiques et de
l'ensemble delà doctrine qu'elle professe sur la Mère de Dieu.
Pour elle, Marie est « la vierge parfaite qui a trouvé grâce de-
vant le Seigneur » (91), « la vierge très sainte » (125), « la
vierge incomparable » (238), « qui surpasse en pureté les sé-
raphins et les chérubins » (14G) :
t;iiKVTeii()(()ii+ i"A|) (3 mu
c3iiiA3:o(; ,\f3 ov (soiiiii^
to 'f'ceiiiiii ii(;cvr.(3 iiiiApoeiioc
(1) Les numéros renvoient aux pages des Théulokies.
(2) Une excellente ctiule sur ce sujet a été faite dans la même revue par
M. Marius Chaîne.
188 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
cv (J)KOT iwp epueope 'lApo
Xe UUOII c|)H (;TGIIOUJHT (jpo
« A qui te comparerai-je, et de quel nom t'appellerai-je, ô
Vierge vénérable et prudente? le Père lui-même te rend ce té-
moignage que tu n'as point de semblable » (264).
Te Ol lieiKAIlOO OeOTO IIH (îOOVAB THpOT
6 ApeTtoii? o:xajii to on oeiioe iieuoT
Tecroci oiiA.'yto eeoTe iiiiiATpiAp\Hc
C)V02 TOTAIHOVT (îeoie II I lipO(|)HTHC
oToirre n62^iiJuo;^ji j)Rii oviiAppiiciA
eeOTG IlIXepOTBIU linil illO(3pA(|)lll
« Tu es plus digne et plus capable que tous les saints d'in-
tercéder pour nous, ô pleine de grâce!
« Tu es exaltée au-dessus des Patriarches et honorée au
dessus des Prophètes!
« Tu peux marcher et t'avancer avec plus de confiance que
les chérubins et les séraphins » (68).
Te epo'iMoiiii e^(>Te (|>pii
iiBO ne ncA ii+aiiatoah
epe iiiBLiMi :x()v,"iT eBo.v j)AXtoc
1)611 ()voviio{| lien. ovee.\H.\
« Tu es plus brillante que le soleil, tu es l'aurore qu'atten-
dent les justes dans la joie et l'allégresse » (126).
A ()viiii>y iio^ini (riTAK)
Ape(ri(;i iiot) (i^oTeptoov iiipov
iieo ne n^yov^yoT 'uuinApoeiioc
•feGOTOKOC II Api A
« Un grand nombre de femmes ont été honorées, tu les as
toutes surpassées.
« C'est toi qui es la gloire des vierges, ô Marie, ô Mère de
Dieu » (123).
Ailleurs, Marie est déclarée « seule bénie entre toutes les
femmes (253), mère des vivants (95), pleine du Saint-Esprit
(136), sanctuaire de pureté (218), arbre d'immortalité » (206),
DOCUMpiNTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 189
Mais il est des passages où la Sainte Vierge est déclarée pure
de toute tache. Rien n'est plus fréquent dans les théotokies
que les épitliètes A-rotoAHii, ATAcnii, attako toutes trois
composées de la particule privative at; otoAor, signifie « souil-
lure », Acriii « tache », ta ko « corruption ».
Attribués à Marie, ces mots proclament donc de la manière
la plus expresse qu'aucune faute n'a terni la blancheur de son
lis virginal, qu'aucun mal n'a corrompu la beauté rayonnante
de son àine :
xepG en eeuee "iieuoT
-fnApeeiioc iiAToaj.veii
f^CKIIIIM IIATUOIIK ii;xi3:
Ml Aeo irro i-iieeum
xepe 'fcrpouni eeiiecxoc
cîii eTAC2i^jeiiiiovt|i iiaii
ii-f^ipHiiH irro c|)ii()'i"i'
en eTAC^cjuni v>yA iiipiuiii
« Salut, pleine de grâce. Vierge sans tache, tabernacle qui
n'est point fait de main d'homme, trésor de justice!
« Salut, belle colombe, qui nous a annoncé la paix de Dieu,
la réconciliation faite avec les hommes » (137).
Cette colombe messagère qui, comme celle de Noé, apporte
aux hommes de la part de Dieu le rameau de paix, ne pouvait
être elle-même l'objet de la malédiction commune; serait-elle
d'ailleurs un trésor de justice, si elle avait aussi perdu le bien
incomparable de l'innocence parfaite ""?
i^ATOtUABli iioeiiiiii
o'/oe eo()'i"AB jjGii ecoii iiiBeii
en fîTAOllll IIAII 'u4)IIOv1~
6t|TA.\ii()VT C3:xeii iiec»:c|)oi
CepA^I IIGUe "llAG i~KTHCIG THpC
ecco,"i oiiOA e(:^:a) ulioc
yii\ \epo OH eoue? iieuor
o'i'oe iiooio iieuG
190 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
« 0 Vierge immaculée et vénérable, vierge sainte en toute
chose, vous qui nous avez- apporté Dieu reposant sur vos bras;
la création entière se réjouit avec vous et s'écrie : Salut, pleine
de grâce! le Seigneur est avec vous! » (131).
\Gpe iiG tu 'f"iit\|)()<:iM)(;
on t3ri()vr.iu)'i"'i" matiako
GTA lll.\()l"00 ll"r(; (|)Kt)r I
A(|(ri(;Apg (illOA llj)ll +
\C;p(i IIIKVUIAMOII IIAIAO'III
ovoe (nctoTii
iirt: +iiApo(niiA il M III
ovoe eii'jviiK (jii().\
« Salut à toi, ô Vierge pure et sans tacite en qui le Verbe de
Dieu s'est incarné !
« Salut, vase immaculé, vase choisi de la virginité véritable
et parfaite! » (102).
Quel sens auraient ces expressions si Marie avait été souillée
de quelque péché, si la limpidité de son âme avait été troublée
un seul instant? Cette innocence perpétuelle, cette préservation
absolue de toute faute est symbolisée par une série de figures.
Marie est « la lampe inextinguible » (133) qui a toujours
brillé devant son Créateur : elle est « une couronne incorrup-
tible » (206), « une arche sans tache » (238), « une arche qui
n'a été rongée par la teigne d'aucune souillure, et a été pré-
parée dès le commencement pour nous apporter le salut » (208).
Tous' ces textes proclament en la Sainte Vierge la virginité
parfaite, la pureté immaculée; mais en est-il qui parlent ex-
pressément du péclié d'Adam et en exemptent la Mère de Dieu"?
C'est ce qui nous reste à exposer. Dans le livre des ordinations
(p. 17.5), au milieu des prières faites pour la prise d'habit des
moines, on lit le passage suivant :
Ape-feito-f- 'ii(J)pA>ui iiGu iioGMiA Apeuop+ IIOVXOIJ
to T>yepi iicKoii aj eHeTAct eitoTc irreeBcto iiiiaiii-
(|)iiovi ^yAHT6C2toBC iiAAAii HTeciiica) iinieuoT. Ape
IIAlATq TAOVO(| On^UJI (3 IIIIIApAAICOG IITOnOC UFIOV-
iioq cjJUAiiiiiconi iiiJiAiKeoc.
DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 191
« Tu as revêtu la joie et l'allégresse, tu as ceint la puissance,
ô fille de Sien, ô loi qui as porté le vêtement des habitants des
cieux, pour couvrir Adam du vêtement de la grâce. Par toi,
heureux, il est monté au ciel, le lieu de délices, le séjour des
justes. »
Dans les Théotokies, il est maintes fois répété que Marie est
« le salut d'Adam, la joie d'Eve » (04, 92). D'autres passages
déclarent de la manière la plus claire que la Sainte Vierge
nous a délivrés de la malédiction attirée sur nous par la trans-
gression originelle :
eiT(;ll IICOOMII IIGVtV T6ll,")0|)ri llllcW
AC|()V(Oll MA:(; cVAAII ("liOA j)(3ll IlOVIcVe lllll,"J^yHII
AC|^I eiA'tJII ll<;lir(;ll()C 11(311 'fKIIIOIt: TlipO
Il3:e IIIG|>."JI."II 111(3 c|)U()V 11(311 ll'IAKO
eBOA eiT(3ll IIA|)icV i~€)e()T()K()C
AVeil(| (3 ll,"J(()l IIAAAII (3V(JOII (3 1 1 1 1 1 AjlAA IGOG
« Sur le conseil d'Eve notre prerhière mère,
Adam mangea du fruit de l'arbre.
Alors s'appesantit sur notre race et la nature entière
le règne de la mort et de la corruption.
C'est par le moyen de Marie, la Mère de Dieu,
qu'Adam entra un jour au Paradis » (87).
ii^jovî'jov 'MiiiriApeeiio(i riipov
11(3 UA|>IA i^UACIIOvf
eoBirrc on A()iiajA 6boa
\iXG iiicAeovi iiApxeoc
<!)ll (;TA()'l ei^:(3ll II6III'(3II()C
^11(311 +IIAj>ABACIC
GTA +ceilll ,"i(()lll UjlUTC
AGOVtOII (3 BOA j)GII MOVTAe 'uni^,^mi
(30B6 (3 VA AVLIA^QAU
'llc|)pO HT(3 IIIMApAAICOG
2ITGII LIA pi A i^liApe)GIIOG
AV(JVa)ll IIAII ll(|)pO M rGIII<|)IIOVI
192 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
« La gloire de toutes les Vierges, c'est Marie, la Mère de
Dieu; c'est grâce à elle CLu'a été levée rancienne malédiction,
« La malédiction qu'attira sur la race humaine la transgres-
sion de la femme quand elle mangea du fruit de l'arbre.
« A cause d'Eve avait été fermée la porte du paradis, à cause
de la Vierge Marie nous a été ouverte l'entrée des cieux » (109).
Voilà, croyons-nous, les textes coptes les plus forts que l'on
puisse invoquer en faveur de l'Immaculée Conception. Prou-
vent-ils le dogme d'une manière explicite, on ne saurait l'affir-
mer. Ils ne font en effet aucune allusion claire et évidente à
la conception de la Sainte Vierge et à sa préservation du péché
originel. Sans doute, ils proclament en Marie une Virginité et
une pureté tout à fait spéciale et supérieure à celle de toute créa-
ture, les derniers textes cités tendent à établir qu'elle a coopéré
d'une certaine façon à la Rédemption, mais on ne peut leur de-
mander davantage.
J.1TTÉRATURE PRIVÉE.
En dehors des livres liturgiques, il existe deux sortes de do-
cuments écrits qui nous fournissent des renseignements sur la
Sainte Vierge : ce sont les sermons des Pères et les inscriptions.
1. Sermons.
Ces sermons ont été pour la plupart traduits du grec dans les
deux dialectes coptes, le bohairique et le sa'îdique. Ils sont en
majeure partie inédits. Ceux qui se trouvent dans la collection
des manuscrits du musée Borgia, aujourd'hui à la bibliothèque
nationale de Naples, ont été analysés par Zoega dans son Cata-
logue; il serait à souhaiter qu'ils soient publiés in extenso.
Le codex 49 (p. 93) contient une homélie dont voici le titre :
« Instruction prononcée par notre Père saint et vénéré en toute
manière, Euchodius l'archevêque de la grande ville de Rome (I),
au sujet de notre souveraine à tous, Marie, la sainte Mère de
(1) Il s'agit d'Evodius successeur de saint Pierre à Antioche; par confusion
les coptes le placent à Rome. Le discours dont il est question vient d'être
étudié et reconstitué ])ar M. Oscar von Lenim dans ses « Kleine koptische Stu-
dien ».
DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 193
Dieu, dans laquelle il nous décrit sa dormition et sa sainte
mort arrivée le 21 Tobi selon les Égyptiens, dans la paix de
Dieu. »
Le contenu du codex 50 est une homélie sur TAssomption de
la Sainte Vierge (16 Messori), « prononcée par notre Père trois
fois saint, l'abbé Théodose, Archevêque d'Alexandrie, confes-
seur de la foi, revêtu du Christ ».
C'est tout ce que le Catalogue dit de ces deux sermons écrits
dans le dialecte bol.iairique.
Les codex sa'îdiques sont plus riches en documents sur la
Sainte Vierge. Les quatre numéros 117-120 constituent une
série continue et complète, un seul ouvrage en plusieurs vo-
lumes racontant la vie de Marie depuis sa généalogie jusqu'à sa
glorieuse Assomption. Malheureusement nous en ignorons l'au-
teur.
(N° 117) Marie est de la race de David, elle a pour père Cléo-
pas qui est ensuite appelé Joachim; elle a pour mère Anne;
elle naît le 15 Hathor. (N° 118) Elle est présentée au temple et
y mène une vie angélique. — Autres événements jusqu'à la
Nativité de Notre-Seigneur.
Le numéro 1 1 9 rapporte un grand miracle accompli par la
Sainte Vierge. Les idoles adorées dans une ville qui n'est pas
nommée, sont renversées et tombent dans un abîme entr'ouvert;
à l'instant, les morts en sortent, les anges apparaissent. (120)
Après la mort de Notre-Seigneur, Marie et Jean vivent ensem-
ble à Jérusalem pendant quinze ans. La Sainte Vierge fait de
nombreuses guérisons; elle instruit les Apôtres qui viennent
la visiter. La quinzième année après la résurrection du Sau-
veur, un certain jour, elle dit à Jean d'appeler Pierre et Jac-
ques. A leur arrivée, elle raconte tout ce qui s'est passé depuis
la résurrection jusqu'à l'Ascension, puis elle ajoute que le Sei-
gneur lui a apparu, lui a fait connaître le jour de sa mort, et
promis que son corps serait porté au ciel par les anges. Elle fait
réunir toutes les vierges, ses compagnes; sur sa demande,
Pierre apporte un blanc linceul, Jacques achète des parfums,
Jean des flambeaux ; le linceul est étendu en forme de couche,
on y répand les parfums. Marie se met en prière : « Je te rends
grâces, ô Dieu tout-puissant, je rends grâces à ton Fils Unique
qui est venu en ce monde pour sauver toute âme : Fils et pa-
ORIENT CHRÉTIEN. 1,3
194 revuf: de l'orient chrétien.
roïe du Père, il est descendu jusqu'à nous, ses serviteurs, il
s'est formé un corps humain dans mon sein, je l'ai enfanté sans
participation d'homme, sans souillure, je l'ai nourri sans in-
quiétude, lui qui nous nourrit tous.
« Je rends grâces à ton Esprit-Saint qui est descendu sur
moi, à ta puissance qui m'a couverte de son ombre.
« Maintenant, mon Seigneur et mon Dieu, voici l'instant où tu
vas venir à moi, pour me couvrir de ta miséricorde, et éloigner
de moi les pierres où l'on heurte et les fantômes qui trompent.
Qu'ils tombent devant moi ceux qui te maudissent, et que ceux
qui sont à ta droite se tiennent dans l'allégresse. Que les puis-
sances des ténèbres soient confondues aujourd'hui, car elles
ne trouvent rien en moi qui leur appartienne! Ouvre-moi les
portes de la justice pour que j'entre et paraisse devant mon
Dieu. Que le dragon se cache devant moi, en me voyant aller
avec entière confiance vers toi, ô Dieu, seul véritable! Que ce
fleuve de feu, où sont éprouvés les justes et les pécheurs, se
calme et s'apaise pour me laisser passer. Tu es mon Dieu et
mon Seigneur, le Père de tous les hommes, avec ton Fils
Unique et le Saint-Esprit. Gloire à toi, gloire à eux dans les
siècles des siècles. »
Après cette prière, Marie répand du parfum sur le linceul,
se tourne vers l'orient, se signe et se couche. En ce moment,
le Seigneur arrive porté sur le char des Chérubins, précédé des
anges; il se tient debout près d'elle et lui dit : « Ne crains pas
la mort, ù ma Mère; une vie éternelle va la suivre, il suffît que
tu voies la mort de tes yeux; si je ne lui en donnais l'ordre,
elle ne s'approcherait jamais de toi. » Alors le Seigneur dit :
« Viens, ô toi qui es cachée dans les profondeurs dy. midi. » Mais
à peine Marie la vit-elle que son àme s'envola dans le sein de
son Fils.
Elle s'endormit du bon sommeil, la nuit du 20 janvier, qui
correspond au 21 Tobi égyptien.
Le codex n° 273 raconte aussi la dormition de la Sainte \^ierge.
Les codex 258 et 259 ont divers sujets. Dans le numéro 258,
le premier feuillet contient un fragment de l'homéhe d'Eu-
chodius connue par le codex 49 en bohairique. Le deuxième
feuillet est une partie d'un éloge de la Sainte Vierge; le troi-
sième Commence ainsi : « Encomium prononcé par l'abbé
DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 195
Cyrille, archevêque d'Alexandrie, en l'honneur de Celle qui
est digne de toute vénération, la table de marbre immaculée,
l'ornement sacré du sacerdoce, le vase d'or où est cachée la
manne, la porte scellée, le second ciel sur terre, Marie, la
sainte Mère de Dieu, prononcé au jour de sa sainte commé-
morai son, le 21 Tobi. »
D'après Zoega, le n" 259 est aussi un encomium de la Sainte
Vierge, peut-être le complément du précédent.
Parmi les nombreux papyrus coptes du Musée de Turin, dont
une partie malheureusement vient d'être la proie des flammes,
il en est un qui contient une homélie de saint Athanase sur la
Sainte Vierge et sainte Elisabeth.
En voici le titre (1) : « Sermon prononcé par saint Athanase,
archevêque d'Alexandrie, au retour de son second exil, au sujet
de la Vierge sainte, Marie, la Mère de Dieu et Elisabeth la
mère de Jean, pour réfuter et confondre Arius et ceux qui sont
de l'abomination des gentils » (2).
Le texte est coupé de nombreuses lacunes qui le morcellent;
on peut cependant suivre le fil du discours. Marie est d'abord
mise en parallèle avec Eve; celle-ci avait introduit la mort de
l'âme, la Sainte Vierge par son humilité et sa pureté nous a
rendu la vie. « Par elle, la pureté a fleuri dans la nature hu-
maine, elle a fleuri avec la chasteté et la virginité. Oh! quel
don céleste a été fait aux hommes par toi, ô Vierge véritable!
Venez, maintenant, mes auditeurs, allez dans l'Egypte entière,
parcourez cette pieuse ville d'Alexandrie et voyez comment
germent partout les fleurs de la pureté! Les uns pour se rendre
semblables aux anges dans la pureté et la charité ont voué
la chasteté perpétuelle, les autres se font eunuques eux-mêmes
pour le royaume des cieux et vivent avec leur femme comme
s'ils n'en avaient pas. D'autres encore errent dans les déserts,
les montagnes et les vallées, s'enferment dans les cavernes
inaccessibles et se condamnent à l'abstinence et au jeûne per-
(1) Francesco Rossi, / papiri copli del Museo egizio di Torinu, vol. II, fasc. 1,
page 5.
(2) Cette homélie vient d'être l'objet d'une étude très soignée de M. Oscar von
Lemm dans ses « Kleinekoptische Studien »,XLIII (1905), p. 089-0151 ». Après avoir
recherché tous les fragments qui en subsistent en différents endroits, il l'a re-
constituée presque en entier'.
196 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
pétuel, se privant même de l'eau dont tout animal peut se ras-
sasier et cela pour conserver et embellir leur pureté. 0 Vierge
pure dans ton corps et dans ton âme, c'est grâce à toi qu'ils
ont obtenu ce don excellent ! r>
Vient ensuite le récit commenté de la Nativité et de la Visita-
tion.
Les moines égyptiens n'écrivaient pas seulement leurs ser-
mons sur papyrus et sur parchemin, ils en couvraient parfois
les murs de leurs chapelles. C'est ainsi qu'on a retrouvé en 1883
dans un ancien tombeau de Thèbes (1) , transformé en oratoire,
une série d'homélies parmi lesquelles un éloge de la virginité
de Marie. Sur les parois du nouvel oratoire, les moines avaient
formé des stèles en terre battue, arrondies au sommet, et les
avaient recouvertes d'un lait de chaux; là-dessus ils avaient
écrit à l'encre rouge des sentences pieuses et quelques ser-
mons des Pères. Une de ces stèles a été excisée et transportée
au musée du Caire. Les autres sont malheureusement en fort
mauvais état.
{A suivre.)
Alexis Mallon S. J.
TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII
DE JACQUES D'ÉDESSE
(EXÉGÈSE BIBLIQUE)
INTRODUCTION
Le texte syriaque de ces deux lettres a été publié dans le
Journal of sacred literature and Biblical Record (1) par
M. Wright qui regrettait de ne pouvoir en donner la traduc-
tion (2). Nous publions ci-dessous une traduction complète de
la lettre XIII, toute de critique biblique, qui est assez longue
(i-xviii) et dont plusieurs passages ont été résumés dans la
Chronique de Michel le Syrien. Nous ajoutons ensuite la traduc-
tion de la courte lettre XII (xix-xx). Nous omettons cependant
Fexorde de cette dernière lettre qui est analogue à celui de la
lettre XIII : Jacques d'Édesse, durant une longue page, y com-
pare encore ses réponses aux mets servis dans vm repas. — La
lettre XIII a été écrite entre les années 704 et 708, car Jacques
d'Édesse, mort en 708, y cite sa révision de la Genèse conser-
vée dans le manuscrit syriaque de Paris n° 26, et composée en
l'an 704, dans le monastère de Téléda, comme nous rapprend
une note de ce manuscrit (3). Nous croyons faire œuvre utile
en vulgarisant cet important spécimen de la critique biblique
dans les premières années du viii'' siècle et de l'érudition de
Jacques d'Édesse.
F. Nau.
Cl) T. X (New Séries), 1876, d'après le ms. syr. de Londres Add. 12172, fol.
110-121.
(2) I regret that circumstances prevent me froin giving a complète transla-
tion of thèse two epistles, and that i am obliged to content myself with briefly
indicating the contents of each. Loc. cit., p. 430.
(3) On lit à la fin de la Genèse : « ici finit le premier livre de Moyse, appelé
livre de la Création, lequel a été rectifié (révisé) avec soin sur deux traditions
(versions), tant des Grecs que des Syriens, par le pieux évêque d'Édesse, l'an
1015 de Séleucus (704), dans le grand monastère du village de Téléda ».
198 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
SOMMMAIRE
I. Pourquoi est-il dit (Genèse, xv, 13) que les Israélites serviront durant quatre
cents ans dans une terre étrangère? — II. Savait-on lire et écrire avant
Moyse? — III. Quelle est la femme éthiopienne mentionnée Numhres, xii, 1?
— IV. D'où venait l'orgueil qui causa la chute de Satan? A quelle époque
cela eut-il lieu? — V. Comment doit-on comprendre Job, ii, 6? — Moyse est-il
l'auteur du livre de Job? — VI. Qu'est-ce que Béhémoth, l'oiseau appelé -.^ïa
,*-3ji et Léviathan? (Voir aussi l'appendice). — VII. Qui était ce Zacharie
mentionné Matt/iieu, xxui, 35? Pourquoi fut-il tué entre le temple et l'autel?
— VIII. Le fils de la veuve de Sarepta (I Rois, xvn, 17-24) est-il le prophète
.Jonas? — Téglatphalasar n'était-il pas alors roi de Ninive? — Faut-il lire
dans Jonas (ni, -1) quarante jours ou trois jours? — IX. Sur les fruits de la
vigne sauvage mentionnés II Rois, iv, 39. — X. Sur le prophète Abdias. —
XL Sur les ustensiles du temple portés par Jérémie au mont Nébo. — XII. Sur
Sarvia et Abigaïl. — XIII. Sur les auteurs des psaumes. — XIV. Sur l'origine
du nom Hébreu. — La langue hébraïque est-elle la plus ancienne? — XV. Sur
les ouvrages attribués à Salomon, I Rois, iv, 32-33. — XVI. Sur les forts qui
entouraient le lit de Salomon : Cantique, in, 7-8. — XVII. Sur David, I Rois xvii,
55. —XVIII. Sur Lot, Genèse, xvni, 32. — XIX. Sur les Sabbatiens. — XX. Sur
les hérétiques d'Édesse. — XXI. Appendice sur Béhémoth ou « la sauterelle ».
Lettre XIII du vénérable et saint Mar Jacques évêque de la
ville d'Édesse au prêtre Jean, stylite de Litharba (1).
ExoRDE. — Il n'est pas regrettable ni répréhensible comme
tu l'écris, ô frère spirituel, qu'un homme indigent, affamé ou
altéré demande instamment à son ami ou bien la nourriture
corporelle — par exemple la boisson ou autre chose — ou bien
la nourriture spirituelle qui est plus nécessaire et plus profitable,
et qu'il subvienne ainsi par sa demande à ses nécessités; c'est
au contraire une chose louable, charitable et fondée sur l'amour
fraternel, elle accomplit aussi le précepte du Messie qui a pris
soin de dire et d'ordonner aux indigents: Demandez et il vous
sera donné, cherchez et vous trouverez, frappez et on vous
ouvrira; car celui qui demande reçoit, celui qui cherche
trouve, et on ouvi'e à celui qui frappe (2).
Ta Fraternité a donc bien agi en demandant ce qui lui man-
quait, sans chercher à le cacher par fausse honte, en frappant
(1) 'Ev AiTâpêoi;, ville de Syrie, non loin de Chalcis, à trois cents stades
d'Antioche. Cf. Evagrius, Ilht. eccl., XI, 11.
(2) 3Iatth. vn, 7-8.
TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 199
à la porte de l'amitié avec louable confiance et amour de la sa-
gesse, et en me réclamant courageusement comme un dû de
satisfaire à ta demande. J'ajoute — ô frère chéri et digne de
recevoir une réponse à cause de ta charité et de ta confiance —
que tu peux te réjouir et être rassuré, je vais plus loin et je te
dis volontiers : Demande et il te sera dominé, cherche et tu
trouveras, frappe et il te sera ouvert, car je suis toujours prêt,
avec l'aide de Dieu, à te répondre selon ma force et je ne suis
pas importuné (fol. 112"') par tes questions. Je ferai cependant
remarquer à la sagesse de ta Fraternité que tu demandes à la
fois beaucoup de choses qui surpassent la force de mon Humi-
lité et qui réclament beaucoup de vigueur pour recevoir une- ré-
ponse complète et suffisante à chacune d'elles en particulier. Si
tu avais posé chacune de ces questions à part, elles auraient
demandé beaucoup de traités pour être suffisamment éclaircies,
mais comme — à l'image d'un hôte avide et sage — tu as de-
mandé de servir à ta table des mets nombreux et variés pour
un seul repas, sache bien qu'en convive habile et en serviteur
rusé je placerai devant toi un peu seulement de chaque mets,
et je ne les ferai pas nombreux et abondants de crainte qu'ils
ne soient surabondants et que notre repas en conséquence ne
devienne peu considéré et méprisable, car ce qui dépasse le
convenable et la mesure est peu considéré et même méprisable,
et n'est pas louable ni utile. Commençons donc l'ordonnance du
repas, avec l'aide et le secours de Dieu, et plaçons tous ces mets
devant toi dans l'ordre même que tu leur as donné quand
tu nous as interrogé.
I. — Voici le mets que ta Fraternité a voulu voir placer devant
elle en premier lieu, quand tu as demandé : Quelle est la cause
pour laquelle Dieu a dit à Abraham : Ta descendance servira
durant quatre cents ans dans une terre qui ne sera pas
sienne (1) et pour laquelle les fils d'Israël obéirent et furent
soumis aux Égyptiens?
C'est avec raison et convenance que ta Fraternité a placé là
le mot cause, car il n'y a pas une parole vaine dans le livre ins-
(1) Genèse xv, 13.
200 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
•
pire par TEsprit (saint), rien n'y est placé sans convenance et
sans motif. Il y a donc certainement une cause à cette parole
dite par Dieu à Abraham, et elle n'a pas été proférée par lui
sans raison, ni écrite sans convenance dans le livre divin.
Quand on veut l'approfondir et l'expliquer on ne trouve pas
seulement une cause mais des causes nombreuses et variées.
Pour t'expliquer ce que tu demandes, je toucherai aussi dans
mes éclaircissements à beaucoup d'autres faits antérieurs à
celui qui fait l'objet de ta demande. Il faut en effet qu'en outre
des questions que tu poses, on se demande encore à ce sujet :
Pourquoi Dieu a-t-il choisi Abi^aha?)}. parmi tous les hommes
qui étaient sur la terre à cette époque, pourquoi il l'a choisi à
Ur des Chaldéens, quelle fut de la part de Dieu cette vocation
d'Abraham (1), (fol. 112'') pourquoi Abraham quitta la ville
d'f/r avec TJiaré son père et Nachor son frère et pourquoi ils
vinrent à Uaran. Voilà quatre causes qu'il est nécessaire de
connaître pour l'objet au sujet duquel tu m'interroges; je vais
d'abord te les mettre en lumière, puis je te révélerai la cause
qui fait l'objet de ta demande.
Je commence donc à l'époque de la vie de Noé, où il parta-
gea toute la terre habitable entre ses trois fils Sem, Cham et
Japliet. Il donna à chacun d'eux une partie de la terre pour qu'il
l'habitât ainsi que ses descendants, et il porta une malédiction
contre celui qui oserait entrer dans l'héritage de ses frères. Il
bénit SemetJapheien. disant : Dieu dilatera Japhet et il de-
meurera (2) dans la tente de Sem (3); il maudit Chanaan, fils
de Cham, sous prétexte de sa nudité (de Noé), mais en réalité
parce qu'il devait violer son ordre et sa parole au sujet de la
division des héritages et entrer dans les possessions de ses frè-
res. Cette terre que Dieu promit à la race à' Abraham fut don-
née par Noé à Sem, c'est pourquoi il la bénit aussi et dit (de
Dieu) : Il habitera dans la tente de Sem. — Chacun d'eux (des
fils de Noé) partagea encore sa part entre ses fils au temps où
(1) On lit en plus : v-? v>^of^o^- Lire vî " et de plus ».
(2) La suite montre clairement qu'il s'agit ici de Dieu. D'après Jacques d'É-
desse, « Dieu » doit habiter parmi les descendants de Sem. C'est l'interprétation
d'Onkelos, mais il y en a d'autres. Cedrenus suppose que « Japhet » habitera dans
les tentes de Sem. Hist conip., Bonn, 1838. t. I, p. 26.
(3j Genèse ix, 27.
TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 201
naquit Phaleg fils d'Héber, comme le raconte le saint livre de
Moyse (1), et ils proférèrent de nouveau des malédictions
contre quiconque entrerait dans l'héritage de ses frères (2). La
terre de Palestine que Dieu promit à Abraham tomba dans le
partage, et tout le pays, depuis VEuphrate vers l'occident
jusqu'à la mer, et depuis la montagne appelée Amanus (3) qui
sépare la Syrie de la Cilicie, jusqu'à l'entrée de V Egypte fut
donné à Loud, fils de Sem (4) — et on trouve encore en Pales-
tine une ville qui est appelée Loud (Lydda) d'après son nom
— ainsi qu'à Houl et 'Ous fils d^Aram le fils aîné de Sem (5).
C'est à eux que fut donné ce pays dans le second partage fait
par Sem à ses enfants.
Or, après la confusion des langues à Babel et la destruction
de la tour qu'ils bâtirent follement, tous les peuples se séparè-
rent les uns des autres (6), se divisèrent et se rendirent avec
tous leurs biens au pays qui leur revenait par héritage. Quand
les fils de Chanaan apprirent qu'ils étaient fils de Cham et que
leurs frères étaient en Egypte et au pays de Kousch (Ethiopie)
— car cette région était celle des fils de Cham — ils furent frap-
pés de la douceur de ce pays (fol. 113') de Sour (Tyr) qui va de
la montagne cVAînanus jusqu'à la Palestine, c'est-à-dire la
Syrie, la Phénicie et tout le rivage de la mer (pays des Phi-
listins), et le Liban, et Séir (7), et YHermon, et les pays (ar-
rosés) de torrents et de tleuves. Ils remarquèrent aussi le petit
nombre des possesseurs, qui ne suffisait pas au pays, et leur
propre multitude; ils reconnurent donc qu'ils pouvaient les op-
primer et demeurer dans la contrée. Ils l'osèrent audacieuse-
ment, demeurèrent, occupèrent la région (8), et foulèrent aux
(1) Genèse x. 25.
{2) Ces malédictions sont signalées par Michel io Syrien, Chronique, éd. Cha-
bot, t. I, fasc. I, in-40, Paris, 1899, p. 16-17. 11 leur donne la même signilication
que Jacques d'Édesse et fait d'ailleurs plusieurs autres emprunts à cette
lettre-ci.
(3) vdiio/.
(4) Genèse x, 22.
(.3) Genèse x, 23.
(6) Cf. Genèse xi, 2-9.
(7) r^V^.
(8) Cf. Genèse x, 19. Bar Ilcbraeus raconte aussi qu'ils usurpèrent la Pales-
tine de cette manière. Cf. Chron. Syr., éd. Bedjan, page 8. — Voir aussi Mi-
chel le Syrien, loc. cit., p. 20. — Item dans le livre des Jubilés. Cf. The jewish
202 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
pieds les ordres de leurs pères. Ils attirèrent ainsi sur eux la
malédiction particulière de Noé leur père et celle de ses trois
fils Sein, Cliam et Japhet.
Ainsi, quand Dieu s'occupa de tous les enfants de Sem —
lui qui connaît toutes choses avant qu'elles ne soient, comme
il est écrit : rien de ce qui existe ne lui est caché ou ne lui
échappe, lui qui scrute les cœurs et les reins de chacun, qui
connaît la volonté de l'homme, voit ses pensées intérieures et
considère tous les mouvements qui doivent y naître — il ne
trouva pas et ne vit pas parmi eux tous de volonté plus paci-
fique, plus pure, plus avide de la parole de la science, que la
volonté (ï Abraham, fils de Tharé(l) le Chaldéen, ni parmi les
fils d'Elam, ni parmi les fils d'Assur, ni parmi les fils de Loud
et d'Aram qui habitaient dans le pays de Sem avec les fils
rebelles de C/ianaan, ni même parmi les Chaldéens, fils d'Ar-
pliaœar. C'est pour cela que Dieu choisit Abraham parmi tous
les fils de Sem et le désigna pour hériter de cette terre que les
fils rebelles de Chanaan avaient usurpée, en les massacrant et
les détruisant pour que sa race y demeurât et (|ue Dieu y ha-
bitât, comme Noé l'avait bénie (2). Voilà pourquoi (il choisit)
Abraham.
Il le prit à Ur des Chaldéens parce que c'est là que demeu-
raient les fils d'Héber le grand, lesquels, de tous ceux qui fu-
rent dispersés à la confusion des langues, étaient restés seuls
à parler la langue première qui fut celle d'Adam (3). Voilà
pourquoi (il le choisit) à Ur des Chaldéens.
Voici comment eut lieu la vocation d'Abraham par Dieu : Il y
eut, au temps de Tharé, une famine violente sur le pays, et les
hommes d'alors pouvaient à peine sauver la semence qui avait
été semée sur la terre, à cause de la multitude des vautours et
des oiseaux que Dieu envoya et qui la mangeaient; au moment
où il avait quinze ans, Tharé, son père, l'envoya pour chasser
Quarlerly Revietv, 1893, p. 209 : « And Canaan saw the land of Lebanon to tlio
river of Egypt that it was very good » etc. Cependant le livre des Jubilés donne
à Lûd le pays d'Ararat et les montagnes d'Assiir (Ibid., p. 206), il diffère donc
en cela de Jacques d'Édesse,
(1) w-îi. Nous donnons, pour les noms bien connus, l'ortliograplie de la Vul-
gate.
(2) Voir ci-dessus : Noé dit que Dieu habitera dans les tentes de Sem.
(3) Jacques d'Édesse dira plus bas que la langue d'Adam était l'hébreu.
TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 203
les vautours du champ, comme le montrent les histoires
juives (1). Celui-ci était fatigué par le travail et fut vaincu par
la multitude des vautours, il les chassait devant et derrière lui
et de tous côtés et il fut vaincu et il ne savait que faire quand
il étendit les mains vers le ciel avec précipitation et trouble :
« Dieu qui as fait (fol. llS"") le ciel et la terre par ta parole,
chasse et tue ces vautours », dit-il à haute voix. Et Dieu aus-
sitôt, sans peine et sans retard, chassa les vautours du champ
d'Abraham et lui dit avec douceur et intérêt : « Abraham, Abra-
ham, moi que tu as appelé, je t'ai exaucé et j'ai chassé les vau-
tours de ton champ parce que, comme tu l'as dit, je suis (le)
Dieu qui a fait le ciel et la terre, et tout ce qui s'y trouve m'ap-
partient, l'animal sauvage du désert est à moi aussi bien que
l'oiseau du ciel. C'est moi qui ai attiré ces vautours sur vous,
et parce que tu m'as invoqué et que tu as connu mon nom,
voilà que je t'ai exaucé et que j'ai chassé les vautours de ton
champ. » Voilà quelle fut la première vocation d'Abraham par
Dieu (2).
Quand il alla trouver Tharé son père, et lui raconta ce que
Dieu lui avait dit, il lui conseilla d'abandonner Qaïnan, Dieu
des Chaldéens (3), et de servir et d'adorer le seul vrai Dieu.
Ainsi Abraham avait quinze ans quand il fut appelé par Dieu
et il fut confirmé en vérité dans la crainte de Dieu, au point
de pouvoir instruire et endoctriner son père Tharé et son
(1) Michel le Syrien résume la présente histoire, sans doute d'après la lettre
de Jacques d'Édesse, loc. cil., p. 26. — Cf. Bar Hébraeus, loc. cit., p. 10-11. —
Cette histoire figure aussi, de manière un peu différente toutefois, dans le livre
des Jubilés, loc. cit., p. 211.
(2) Saint Etienne (Actes vu, 2) raconte aussi que Dieu appai'ut à Abraham
avant son départ pour Ilaran, mais il ne semble pas faire allusion aux mêmes
faits que Jacques d'Édesse. — Il est à noter que plus tard (Genèse .xv. II)
Abram chasse les oiseaux qui veulent enlever ses offrandes à Dieu.
(3) Il s'agirait ici de Caïnan, fils d'Arphaxad (Sept. Genèse x, 24; Luc m, 35-
36), car d'après Bar Hébraeus « ses fils l'honorèrent comme un Dieu et lui élevè-
rent une statue. C'est depuis lors que l'on commença à adorer les statues ».
Chron. Syr., éd. Bedjan, Paris, 1890, page 7. Cf. Michel le Syrien, loc. cit., p. 16-
17. — L'origine de cette légende juive est inconnue. Il est difficile de rappro-
cher Kaïnan de Kewan (Saturne). On peut se demander toutefois si cette h'"-
gende juive qui fait de Caïnan « l'inventeur de la magie, des incantations, de
la divination par les étoiles », ne suffirait pas à expliquer comment son nom
aurait pu être supprimé de la Bible hébraïque postérieurement à la ti'aduction
des Septante. — Le genre de mort d'Haran se trouve aussi tlans le livre des Ju-
bilés, loc. cit., p. 212.
204 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
frère Nachor afin qu'ils s'éloignassent de l'erreur et qu'ils
connussent le vrai Dieu. Dans sa soixantième année, il fut
saisi de zèle, prit secrètement du feu durant la nuit et brûla
le temple où se trouvait l'idole du Dieu Qaïnan. Quand les
Chaldéens se rassemblèrent pour éteindre le feu, Haran frère
aîné cV Abraham courut aussi pour l'éteindre, il tomba dans le
feu et mourut. Aussi le livre sacerdotal dit que Haran mourut
avant son père Tliaré, dans le pays où il était né, à Ur des
Chaldéens (1). Quand les Chaldéens apprirent ce qu'avait fait
Abraham, ils pressèrent Tharé et lui dirent : « Livre-nous ton
fils Abraham afin que nous le mettions à mort parce qu'il a
brûlé le temple de notre Dieu, ou bien nous te tuerons et nous
brûlerons ta maison (2). »
Tharé, ainsi pressé, s'enfuit de Ur durant la nuit et emmena
secrètement Abraham son fils et Lot, fils de Haran, son petit-
fils, et Sara sa bru, et il vint à Ijaran en Mésopotamie (3) et y
demeura (4). Plus tard, Nachor frère di' Abraham vint les re-
joindre. Au bout de quatorze ans, Tharé mourut à Haran (5).
Telle est la cause du départ de Tharé et d'Abraham de Ur des
Chaldéens.
Voilà ce que j'ai cru bon de te dire avant d'en arriver à ta
demande. Tu me demandais : pourquoi Dieu a-t-il dit à Abra-
ham : Ta race sera sujette durant quatre cents ans dans une
terre qui ne sera pas sienne {Q)1 Au moment où Abraham
avait soixante-quinze ans, après la mort de Tharé son père,
Dieu lui dit : Sors de la demeure de ton père et va (fol. 114'')
au pays de Chanaan (7). Il obéit à l'ordre de Dieu, quitta Ha-
ran et alla au pays de Chanaan. Dieu l'y éprouva dix fois, non
(1) Cf. Genèse xi, 27-28.
(2) Cette histoire est résumée par Jacques Bar Salibi, ms. syr. 11° 6(3, fol. 21.
D^ autres disent qu'Abram brûla le temple de Qaïnan; Haran alla pour réteindre
et fut brûlé; Tharé fut pressé par les Chaldéens de livrer Abram à la mort, aussi
ils quittèrent Ur des Chaldéens. — On la retrouve encore dans Michel le Syrien,
loc. cit., p. 26-27. — Cf. Bar Hébraeus, loc. cit., p. 11. — Par contre le midrash
Bereschith rabba raconte une histoire toute difféi-ente sur la destruction des
idoles et la mort de Haran, Leipzig, 1881, p. 172-173.
(3) ^jovj^j!» k'P-
(4) Cf. Genèse xi, 31.
(5) Ibid., 32.
(6) Genèse xv, 13.
(7) Genèse xu, 1 et o.
TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 205
qu'il eût besoin de l'éprouver pour le connaître — il' connaît
toutes choses avant qu'elles soient, comme il est écrit — mais
pour qu'Abraham lui-même fût tenté, éprouvé et examiné
comme l'or dans le creuset et pour que sa justice éclatât à la
faveur (1) de son épreuve, de sa foi et de sa patience, afin qu'il
devînt en vérité ami de Dieu. Dieu lui apparut sept fois en
songe et fit avec lui une alliance par serments et par sacrifices
selon l'usage du monde, et il lui promit de donner à sa des-
cendance la terre que les fils de Sem avaient enlevée aux fils
de Chanaan, il lui promit qu'il serait père de beaucoup de
peuples, et que tous les peuples de la terre seraient bénis dans
sa descendance. Abraham crut tout cela et n'hésita pas (2), il
fut reconnu (ainsi) véritablement juste. Mais Dieu qui est pa-
tient et veut sauver tous les hommes, retardait l'extermination
des fils de Chanaan. Il remettait à plus tard l'exécution de la
promesse faite à Abraham, pour deux motifs : d'abord pour
laisser combler la mesure des iniquités des Amorrhéens, fils de
Chanaan, et de leurs frères, afin que de cette manière il les
montrât coupables et sans repentance, puisque, après qu'il eut
pris patience, ils ne se repentirent pas et ne cessèrent pas
leur iniquité; ensuite pour que la race d'Abraham — après
avoir été opprimée dans l'exil par une dure servitude et par
des souffrances insupportables et de longue durée, et après
avoir été sauvée par Dieu avec une main puissante et un bras
élevé — connût en vérité qu'il est le vrai Dieu, s'attachât à
lui comme à son sauveur et ne le quittât plus. Ainsi Dieu laissa
la race d'Abraham dans l'oppression et dans la servitude, afin
qu'elle sût de quelle nécessité il l'avait sauvée. Si en effet après
tous ces prodiges pour les délivrer des Égyptiens et après avoir
eu tant de preuves de la puissance de Dieu, ils l'abandonnèrent
et servirent des dieux étrangers, que n'auraient-ils pas fait s'il
les avait adoptés simplement sans leur laisser voir l'oppression
et leur avait donné la terre promise? Il était donc nécessaire
qu'ils endurassent d'abord la servitude avant d'être adoptés,
c'est pourquoi Dieu dit à Abraham dans l'alliance qu'il fit avec
lui : Sache bien que ta race demeurera dans une teiTe qui ne
(1) Lire y-^.
(2) Cf. Genèse xv.
206 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
sera pas sienne; on la réduira en servitude, on la fera souf-
frir et on V humilier a. durant quatre cents ans, mais je ju-
gerai le peuple chez lequel ils auront été esclaves et ensuite
ils viendront ici avec de grandes richesses (1). Ainsi Dieu a
dit tout cela pour (fol. 114") enseigner sa force et son pouvoir,
il le prédit parce qu'il sait tout, et il les sauva quand ils furent
dans la détresse parce qu'il est tout-puissant. Voilà tout pour ta
première question, c'est-à-dire pour le premier mets de ce repas,
car ceux qui font des repas ont coutume de faire le premier
plat plus abondant pour le placer devant leurs hôtes qui sont
censés avoir faim.
II. — Ta Fraternité demande s'il est vrai, comme on le dit,
qu'il n'y avait pas d'écriture ni de livres avant Moyse.
Pourquoi écris-tu seulement : comme on le dit, et n'ajoutes-tu
pas que c'est écrit? car sache qu'il y a un discours sur ce sujet
et aussi un écrit de saint Athanase, cet homme apostolique qui
est véritablement docteur de toute l'Église de la terre habi-
table. Mais cette opinion n'est pas exacte, car même ce saint
homme était homme, et tout homme se trompe, comme il est
écrit (2), et tout homme erre parce qu'il est homme et il arrive
à tout homme d'errer. Toute parole humaine est faible et facile
à réfuter, et il n'est personne de ceux qui parlent comme
hommes, qui ne commette quelque faute dans ses paroles.
Au temps de ce saint (Athanase) beaucoup erraient, suivaient
chacun sa propre volonté, montraient beaucoup de livres secrets
et y cherchaient des démonstrations en faveur de la perversité
de leur volonté. Parmi ces livres secrets qu'on prônait et qu'on
alléguait, se trouvait le livre secret (ÏHénoch (3). Comme ce
(1) Genèse xv, 13-14. Jacques d'Édesse donne le texte de sa révision faite l'an
704 et conservée dans le ms. syriaque de Paris n" 26, p. 29. Voici le texte de
Jacques d'Édesse avec les trois variantes du ms. de Paris.
^oov^ (ms. yOjLSpoj yO «I -> lo yQj{ o, ->v> lo .^oo)^« )J9 ^>|-3 yt^i) \ooyi )-3l.oL« >o.«l. >«.t.^
• (ms. v^j/J M/ vO;f . |l-o.-a^ ov^ ^n^\qij; oô) ^1 >x\.\ .^^j^iVn (ms. H->o.\3Vî) l yOjf y<T>->an, lo
Il - - "" ) I «lo vu. |.3>oi^ yOnqii ^>IS.â ^o
La Peschito diffère beaucoup de ce texte.
(2) Ps. cxv, 71.
(3) /«aJL-; U»^so l^i^a. Les fragments du livre d'Hénoch conservés en grec et
une traduction allemande de tout -le livre conservé en éthiopien viennent
TRADUCTION DES LETTRES Xll ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 207
saint liommo, à Timage d'un sage médecin, qui veut réprimer
rindiscipliiie du malade, lui défend toute nourriture, bien que
ce ne soit pas juste, celle qui est nuisible comme celle qui est
utile, il leur défendit et leur interdit aussi tous les livres cachés
à la fois, pour les sauver de leur attraction et de leurs men-
songes, aussi bien les livres authentiques que les autres, et
parmi tous ces livres se trouva le livre d'Hétioch qui est authen-
tique, car il dit dans Tune de ses lettres festales : « D'où leur
vient le livre d'Hénoch, puisqu'il n'y avait pas d'écriture ni
d'écrit avant le déluge? »
Telle est la parole que ce saint prononça à la légère et non
pas avec la préparation de nombreuses paroles et d'un long dis-
cours, pour obliger tout homme à être de son avis.
Comme exemple analogue, remarque, ô ami du travail et
digne de (nos) paroles, que ssi'mt Basile dans les discours sur le
jeûne, pour empêcher ceux qui jeûnaient de boire du vin, disait
qu'il n'y avait pas (fol. 115'^) de vin avant le déluge. Cehi n'est
encore vrai en aucune manière, parce qu'il y avait de la vigne
et que l'esprit de l'homme, inventeur des choses nécessaires, ne
chôma pas durant ces deux mille ans et plus; comment n'aurait-
il pas trouvé cette chose nécessaire de presser le vin des raisins
et d'en faire cette boisson nécessaire et agréable? J'en dirai au-
tant de l'invention des lettres et de l'écriture nécessaire, c'est
en vérité un art situé au-dessus de tous les arts et l'esprit hu-
main n'a pu rester tant de temps sans trouver l'écriture. Mais
sache bien, ô homme, et crois que les hommes d'alors trouvè-
rent le vin et se firent aussi des lettres et une écriture; et le
livre d'Hénoch est allégué depuis le temps des apôtres, puisque
l'apôtre Jude en tire une démonstration dans sa lettre catho-
lique (1). Que l'écriture ait existé avant Moyse, c'est ce que
montrent encore les histoires écrites alléguées par les Juifs. Et
ces histoires ne sont pas mensongères, elles disent de Moyse
que son père 'Amram (2) lui enseigna l'écriture et les écrits hé-
d'étre publiés par les soins de l'Acad. des sciences de Berlin, Das Buch Enoch,
8% Leipzig, 1901.
(1) Jude 14-15.
(2) Amram fils de Caath et père d'Aaron, de Marie et de Moyse. 11 mourut en
Egypte à l'âge de cent trente-sept ans. Cf. Ex. vi, 18-20; Nombres m, 19; xxvi,
58, 59; I Parai, vi, 2, 3, 18; xxni, 12, 13; xxiv, 20. — Les Musulmans appellent
208 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
breux avec l'écriture des Égyptiens, lorsqu'il était encore jeune
dans la maison de Pharaon; nous pouvons donc conclure de là
qu'il y avait en vérité (un système) d'écriture et des écrits
avant Moyse. Voilà pour ta seconde question.
[A suivre.)
Moyse Moussa ben Aniran. Il aurait perdu son père un mois après sa nais-
sance, ce qui est en désaccord avec la légende consignée par Jacques d'Édesse.
Le Pharaon qui régnait alors en Egypte et qui portait le nom de Valid aurait
épousé la nièce d'Amran nommée Assiah, laquelle était par conséquent cousine
germaine de IMoyse, et cette alliance rendait Amran des plus considérables à la
cour du Pharaon; cf. d'Herbelot, Bibliothèque Orientale, article Moussa.
MÉLANGES
CARION ET ZACHARIE, MOINES DE SCÉTÉ
(COMMENCEMENT DU IV^ SIÈCLE)
Un article du Synaxaire arabe jacobite (1) (10 octobre,
p. 335-337) est consacré à ces deux anachorètes et dérive direc-
tement des Apophthegmata Patrum (2). Il nous a donc paru
intéressant de faire connaître sa source.
Carion, père de Zacharie, vivait au commencement du iv* siècle,
car il était contemporain du prêtre de Scété Isidore (3),
contemporain lui-même de Pastor (4) et d'Antoine (5). Il est
mentionné avec son fds Zacharie dans la version latine des
Apophthegmata (6) et dans la version syriaque (7). Ces deux
versions toutefois ne rapportent de lui que les trois lignes dans
lesquelles il se proclame inférieur à son fils Zacharie et la pos-
térité, le prenant au mot, a fait entrer son fils de plain-pied dans
(1) Édité et traduit par M. René Basset {Patrol. orientalis, t. I, fasc. 3). CL ROC,
1905, p. 108-110.
(2) C'est le seul récit contenu dans les mois de Tout et de Babeh (septembre-
octobre) que nous ayons pu identifier avec les Apophthegmata. Les histoires de
Grégoire (p. 294), de Paul de Thmouï (p. 321), d'Abib et Apollon (p. 366), d'Abra-
ham le solitaire (p. 377) doivent provenir de sources analogues, mais nous n'en
avons pas encore trouvé l'original grec.
(3) Cf. infra.
(4) Pastor cite en effet une parole d'Isidore, prêtre de Scété. Migne, P. L.,
t.LXXIlI, col. 895.
(5) Antoine parle à Pastor. Migne, P. Z,., loc.cit., col. 953. D'ailleurs Pastor était
aussi contemporain d'Ammon, mort avant saint Antoine. Ibidem, co\. 920, 936.
(6) Ibid., col. 957. Ici Carion est remplacé par Sérapion, grâce à une de ces
permutations assez fréquentes. C'est ainsi inversement que Sérapion a été
remplacé par Paphnuce, dans la Vie de Thaïs.
(7) Cf. The Book of Paradise of Palladiuo, éd. and translated by VV. Budge,
Londres, 1904, n° 501, p. 962.
OKIENT CnHÉTIEN. 14
210 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
les calendriers copte et éthiopien (1) et dans les synaxaires de
ces Églises, tandis que lui-même n'y figure qu'incidemment
dans la notice consacrée à son fils (2). Les manuscrits grecs qui
ont servi de source au copte (arabe) et à l'éthiopien font figurer
en titre tantôt l'un et tantôt l'autre. On trouve : « Sur l'abbé
Zacharie (3) » et aussi : « Sur l'abbé Carion (4) »,en tête du récit.
Nous traduisons sur l'édition de Cotelier reproduite par Migne (5)
et ajoutons, en note, les remarques nécessaires pour mettre en
relief cette courte histoire.
Il y eut à Scété un moine nommé l'abbé Kaptwv. Après avoir eu deux
enfants, il les laissa à sa femme et se fit moine(6). Au bout d'un certain temps,
une famine survint en Egypte et sa femme, tombée dans le besoin, vint à
Scété avec ses deux enfants : un garçon nommé Zacharie, et une fille. Elle
s'assit près de l'étang loin du vieillard. — Il y avait près de Scété un étang
où les églises étaient bâties et où les fontaines jaillissaient (7); c'était la
coutume à Scété, lorsqu'une femme venait parler à son frère ou à un autre
de ses proches, de parler en restant loin l'un de l'autre. — Alors la femme
dit à l'abbé Kaptwv : « Voilà que tu t'es fait moine et la famine est venue,
qui donc nourrira tes enfants? » L'abbé Kapfwv lui dit : « Envoie-les ici près
de moi ». La mère dit aux enfants : « Allez près de votre père ». Ils se
(1) Cf. Ludolf, Comm. ad hisl^lh., p. 394.
(2) Cf. Zotenberg, Catal. des mss. éth. de Paris, p. 158 (au 13 Teqemt).
(3) Dans les notes (ju'il ajoute au synaxaire grec de Constanlinople, le R. P.
Delehaye mentionne Kaptwv au 24 novembre. Il n'y a sans doute qu'une similitude
de nom entre celui-ci et notre héros.
(4) Us. grec de Paris, n" 919, fol. 06.
(5) Migne, P. G., t. LXV, col. 249.
. (6) Ces abandons se rencontrent d'autres fois : Un ancien moine qui avait pris
femme se repent et l'abandonne aussitôt (P. G., LXV, col. 380). Paul le Simple
abandonne sa femme qu'il a surprise, il est vrai, en adultère {P. L., LXXIII, col.
1126; cf. col. 886, n''40) ; un autre abandonne ses trois fds(/6id., col. 952). Cependant,
dès cette époque, le consentement mutuel était nécessaire, au moins pour les
femmes, comme nous l'apprend une histoire relative à Macaire (Ibid., col. 778).
(7) Cette dernière phrase manque dans le ms. 919, qui porte : IXoç yàp Ttapé-
xetTO £v TY] ly.rjTi t'va el £).9ri yv^i] ).a).r;(jat à8£),çw aÙT>iî ^ â).).w Siaçépovtt aùtî) àirô
[laxpôOev xa6£^o[xévwv aÙTûv au' àXXri^wv, ô[Jt.t),tii)aiv à).X-ô),oiç. D'après cette leçon, qui
nous plaît assez, « le parloir « de Scété était partagé en deux par un lac afin que
l'on ne pût se voir de trop près. Pallade mentionne aussi le lac de Scété (P. L.,
t. LXXIII, col. II 13 et édition Butler, Cambridge, 1904, p. 49 et 189). — La phrase
ajoutée dans l'édition de Cotelier concerne sans doute les étangs d'où l'on retirait
le nitre près desquels on bâtit les trois monastères de Baramous, de Bischoï et
des Syriens ; Macaire disait que la désolation de Scété serait proche lorsqu'on
verrait une cellule construite près du marais {P. L., t. LXXIII, col. 982). — Les
moines durent, à l'origine, fuir ces marais afin de ne pas voir les séculiers qui
venaient y recueillir le nitre.
MÉLANGES. 211
mirent en marche et la fille retourna près de sa mère, tandis que le fils
alla près de son père. Alors il lui dit : « Tout est bien ainsi, prends ta fille
et va-t'en, et moi (je garderai) le garçon ». Il le nourrit donc à Scété et tous
savaient que c'était son fils. Mais lorsqu'il vint en âge, il y eut des murmures
parmi les frères à son sujet (1). L'abbé Kapftov l'apprit et dit à son fils :
€ Zacharie, lève-toi et partons, car les Pères murmurent ». L'enfant dit :
« Abbé, tous savent que je suis ton fils ; si nous allons ailleurs, on ne saura
pas que je suis ton fils ». Le vieillard lui dit : « Lève-toi, partons d'ici ».
Et ils allèrent dans laThébaïde (2). Quand ils eurent pris une cellule et y
eurent demeuré quelques jours, il y eut encore des murmures au sujet de
l'enfant. Alors son père lui dit : « Zacharie, lève-toi et allons à Scété ». Ils
arrivèrent à Scété et, après quelques jours, il y eut encore des murmures à
son sujet. Alors l'enfant Zacharie allant à l'étang (X{[avi^) du nitre (3) et quit-
tant ses habits, entra dans l'étang et s'y plongea jusqu'aux narines. Il y
demeura longtemps, autant qu'il le put, et détruisit ainsi son corps, car il
devint comme un lépreux (4). Il sortit alors, reprit ses habits et alla retrou-
(1) Paphnuce chassa de Scété un jeune moine qui avait une figure trop féminine
(P. L., t. LXY, coL 176). Macaire disait que ce serait le comble de la désolation
lorsqu'on verrait des enfants à Scété : Dicebat iterum de desolatione Scylhi ad
fratres : Quando videritis cellam aediflcatam juxta j)aludem, scitole quia prope est
desolatio Scylhi; quando aulem arbores videritis, jam anlc januam est ; quando
aulem videritis pueros, lollite melotes vestras eldiscedile. P. L., t. LXXIII, col. 982.
(2) Ces déplacements étaient fréquents, car s'il était facile d'entrer dans l'état
monacal au temps où il n'était pas encore hiérarcliisé, il était aussi facile d'en
sortir ou de changer de pays. Des moines de Scété portèrent la vie i-eligieuse en
Syrie et, s'il faut en croire l'histoire de Mar Eugène, en Mésopotamie.
(3) L'auteui- emploie le singulier, mais il y a en réalité six étangs. Il yen eut
môme sept (l'un étant partagé en deux par une digue). Ils sont répartis sur
environ six lieues de longueur et 600 à 800 mètres de largeur. L'eau des lacs
provient du Nil et son niveau varie en conséquence. Cette eau traverse un terrain
qui contient du carbonate de chaux et du sel marin abandonné jadis par la
mer. Il se forme par double décomposition du carbonate de soude qui se dépose
mêlé au sel marin lorsque les eaux des lacs diminuent. C'est ce dépôt appelé
le natron ou improprement le nitre, qui était utilisé pour blanchir le lin
et pour fabriquer le verre. Cf. Mémoires sur l'Egypte, Paris, an VIII, t. I.
(4) Ceci tenait d'abord à l'adhérence du sel : « Les hommes entrent nus dans
l'eau, brisent et arrachent le natron avec une pince ronde en fer... C'est un
spectacle assez bizarre de voir ces Égyptiens noirs ou basanés sortir blancs de
sel de cette opération ». Mémoires, loc. cit., p. 235. — Il est possible aussi que
ces sels, utilisés pour blanchir le lin, aient pu à la longue corroder la peau. —
Enfin il est certain que Zacharie eut à souffrir des mouches et des moustiques,
« car les mouches sont en Egypte un vrai Iléau; les petits enfants de la campagne
en ont souvent des rangées entières autour des yeux » {L'Egypte, par le R. P.
M. Jullien, Lille, 1889, p. 34), et certains moustiques étaient gros comme des guêpes
et pouvaient percer la peau même des sangliers, ;\Iacairc, pour expier un moment
d'impatience (d'après une autre version : pour dompter ses passions), imita
Zacharie et en fit l'expérience : condemnavit selpsum sedere nudum in palude
Scetes, quae est in vasta soliludine, in qua possunt culices vel sauciare pelles
aprorum, ut qui sint aeque magni ut vespae, adeo ut in toto ejus corpore infixerint
212 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
ver son père qui eut peine à le reconnaître. Lorsqu'il se rendit, selon la
coutume, k la sainte communion, saint Isidore, le prêtre de Scété (1), ap-
prit par révélation ce qu'il avait fait, il le vit etTadmira, puis il dit : t L'en-
fant Zacharie est venu dimanche dernier et a reçu la communion comme
un homme, mais maintenant il est devenu comme un ange ».
L'abbé Kapfiov dit (2) : c J'ai souffert beaucoup plus que mon fils Za-
charie et je ne suis pas arrivé à sa hauteur à cause de son humilité et
de son silence ».
Le synaxaire, après avoir résumé la notice précédente, ajoute :
« (Zacharie) demeura zélé et dévot pendant quarante-cinq ans.
Il avait sept ans quand il vint dans le désert et la durée de sa
vie fut de cinquante-deux ans. Que sa prière soit avec nous !
Amen ». Nous ne savons où l'auteur a pris ces dates, elles ont
passé de là dans le synaxaire éthiopien (3).
Cette notice vulgarisera un peu l'histoire de deux de ces
moines de Scété ( 1) qui passaient leur vie dans le travail et la
mortification : ils tressaient de ces nombreux roseaux qui
poussent encore près des lacs (5) pour en faire des corbeilles et
des nattes, ils se louaient aussi chez les séculiers pour faire la
moisson durant l'été (6); ils n'étaient donc pas oisifs, comme
certains l'écrivent. Quant à leurs mortifications, il nous suffit
d'avoir raconté celle que s'imposa l'innocent Zacharie pour
empêcher les frères de murmurer à son occasion.
F. Nau.
aculeos; ut nonnulli existimaverint eum esse leprosum. Pallado, P. L., t. LXXIII,
col. 1113, édition Butler, p. 49.
(1) Cette mention nous a permis de fixer l'époque à laquelle vivait Carion.
(2) Ce dernier apophthegme a seul été conservé en latin et en S3'riaque. Dans le
grec il figure en tète, mais nous l'avons mis ici pour suivre l'ordre du synaxaire.
(3) Cf. Zotenberg, lac. cit.
(4) Dom Butler place Scété au nord de Nitrie jusqu'au Nil. The lausiac Hislory
of Palladius, Cambridge, 1904, p. 187-190. Auparavant on plaçait Scété au sud do
Nitrie par 28° 10 de longitude et 30° 10 de latitude. L'Egypte, par le R. P. M. .Jullien,
Lille, 1889, p. 37.
(5) « Les lacs de natron possèdent sur leurs bords des roseaux, des joncs plats
en très grande abondance. » Mémoires, loc. cit., p. 237.
(6) Cf. Migno P. L., t. LXXIII, col. 950 et t. LXXIV. col. 212-213.
BIBLIOGRAPHIE
Le P. Camille Beccari, S. I. — Nolizia e Saggi di opère e dncumenti inediti
riguardanti laStoria di Eliopia durante i secoli XVI, XVII, XVIII, con
Otto fac similie due carte geografiche, Roma, 1903, Casa éditrice italiana,
x-519 p. in-4.
11 n'est personne, ayant étudié l'histoire d'Ethiopie du xvi^ au xvni"
siècle, qui ne sache de quelle importance sont les relations des mission-
naires qui, à plusieurs reprises, y exercèrent leur activité pour arriver à
un échec complet. Elles forment le complément des ouvrages portugais
écrits généralement par des laïques, et nous fournissent des renseigne-
ments qui contrôlent et complètent les données des chroniques indi-
gènes (1), sauf celle de Sartsa Dengel (2).
Quelques-unes de ces relations étaient connues, mais difficilement acces-
sibles dans les recueils de Lettres annuelles publiées par la Société de
(1) R. Basset, Études sur l'histoire d'Ethiopie, Paris, 1882, in-8° : le texte a été traduit
en italien par M. Béguinot, La cronaca abbreviata d'Abissinia, Rome, 1901, in-8°. Perru-
chon, Histoire des guerres d" Amda-Syon, Paris, 1890, in-8", dont un résumé avait été donné
par Dillmann, Die Kriegsthaten der Kôni g s' Amda-Syon, Berlin, 1884, in-4. Perruclion, Les
Chroniques de Zaréa-Ya'eqob et Daeda Maryain , Paris, 1893, in-8'', dont la première
partie avait été analysée par Dillmann, Ueber die Regierung des Kônigs Zar'a Jacob,
Berlin, 188i, in-8. Perruchon, His<oi"re d'Eskënder, d'Amda-Syôti II et de Na'od, Paris, 1894,
in-8°. Conti Rossini, Storia di Lebna Dengel, Rome, 1894, in-8». Conzelman, Chronique de
Gakhvdéwos, Paris, 1895, in-8°. Pereira, Historia de Minas, Lisbonne, 1888, in-8". Pereira,
Chronica de Susenyos, Lisbonne, 1892-1900, 2 vol. in-8°. Guidi, A^inales Johannis I, lyiisu
I. Bakâ/fà, Paris, 1903, 2 vol. in-8". Guidi, La storia di Hàyla Mikà'êl, Rome, 1902, in-8.
Ces documents sont complétés par les chants nationaux : Guidi, Le Canzoni Geez-Ama-
rina, Rome, 1889, in-8" : Pereira, Cançào de Galavdevos, in-4, s. 1. n. d.; Touraïev, Virst
tsaria Naoda, S.-Pétersbourg, 1904, in-4". Il laut citer aussi les Vies des saints qui ont été
publiées i>ar M. Conti-Rossini : Il Gadla Filpos ed il Gadla Yohannes, Rome, 1901, in-4'';
Gli Alti di Abba Yonas, Rome, 1903, in-8"; Acta Marqorewos, Paris, 1904, in-8; ou qui se
trouvent dans le recueil de M. Touraïev: Momnnenta œthiopica hagiologica, S.-Péters-
bourg, 1902, 2 fasc. in-8". Comme complément, on peut ajouter plusieurs ouvrages arabes
contemporains des événements : la réimpression (médiocre) du Ritâb el-Ilmdm d'El-
Maqrizi, Le Qaire, 1895, in-8"; l'Histoire de la conquête de l'Abyssinie, par Chiliâb eddin
'Arab Faqih, dont j'ai commencé en 1897 une édition avec traduction et commentaire en
2 vol. in-8" : elle a été traduite assez médiocrement par Nerazzini, La conquista mussul-
mana delV Etiopia, Rome, 1891, in-8", et par D'Abbadie et Paulitsclike, Futuh el-Haba-
rha, Paris, 1898, in-8"; enfin le récit d'une ambassade adressée à Fasiladas, publié et
traduit par Peiser, Der Gesandschaftsbericht der Hasan ben Ahmed, Berlin, 1894-1898,
2 vol. in-8".
(2) L'édition annoncée par M. Marino Saineano {L'Abyssinie dans la. seconde moitié du
XVI' siècle, Leipzig, 1892, in-8") n'a jamais paru.
214 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Jésus. Il y a une vingtaine d'années, une publication de ces textes, ainsi
que de ceux qui étaient restés inédits, avait été commencée en Portugal,
pour faire suite au Bullarium patronalus. Mais ce travail qui devait être
intitulé Documenta habissinica fut interrompu par la mort de J.-A. de
Gracia Barreto qui en était chargé. Le magnifique ouvrage de José Ramos
Coelho, Alguns documentos do Archiva nacional du Torre do Tomba (Lis-
bonne, 1892, in-4), ne contient que peu de documents relatifs à l'Abys-
sinie (1).
La tâche reste donc entière à accomplir, et c'est celle qu'a entreprise le
P. C. Beccari. Le volume qu'il publie aujourd'hui, et qui est pour ainsi dire
une table des matières et un spécimen de l'ouvrage, nous donne une idée
de l'exactitude et de la conscience qu'il apporte à son œuvre.
Il se divise en trois parties : les ouvrages historiques inédits ; les rela-
tions et lettres des PP. de la Compagnie de Jésus; les relations et les
lettres d'autres personnes. Chacune de ces parties est l'objet d'une table,
d'une analyse détaillée et d'extraits.
Dans la première catégorie, il faut citer l'Histoire du P. "Paes, les trois
traités historiques du P. Barradas; Vllistan'a de Etiopia alla du P. d'Al-
meida, qui a été la source du P. Telles (2), et trois livres avec un appendice
de VExpeditio œthiopica du P. Mendes.
Ces documents sont analysés ainsi que les lettres des deux parties sui-
vantes, et le livre se termine par la reproduction d'un certain nombre de
textes de grande importance : je citerai entre autres les instructions don-
nées par saint Ignace de Loyola pour le choix d'un patriarche; quatre
lettres originales du roi Sousnyos, un chapitre de l'histoire du P. Paes ; di-
vers extraits du P. d'Almeida avec cartes et fac-similé : et plusieurs cor-
respondances, entre autres les lettres supposées de lyasou I'^'" au pape Clé-
ment XI et au cardinal Sacripante.
Puisse le P. Beccari trouver les ressources nécessaires pour mener à
bien la publication de tous les documents dont l'indication seule donne
déjà une haute valeur au volume qu'il vient de publier.
René Basset.
(1) 11 ne faudrait cependant pas méconnaître les services rendus par le Portugal par la
réimpression d'ouvrages rares, relatifs en tout ou iiarlie à l'Abyssinie. C'est surtout à
l'Académie des sciences et à la Société de Géographie de Lisbonne, que la science en est
redevable. Ainsi VHistoria de Castanlioso (Lisbonne 1855, in-4", réimprimée avec d'impor-
tantes additions par M. K. M. Esteves Pereira, Lisbonne, 1898, trad. en italien, Storia délia
!S/jedizione portoç/hese in Ahissinia, Rome, 1888, in-S"), la Relaçào de Embaixada de Joâo
Bermudes (Lisbonne, in-4", traduite en anglais par White>Yay, à la suite d'Alvares!, la
Verdndeira Informaçùo das terras do Preste Jodo d'Alvares (Lisbonne, 1889, in-4°, traduite
en anglais par Whiteway. The Portuguese expédition in Abyssinia, Londres, 1902, in-8"),
les lettres d'Albuquerque publiées par A. de Bulhâo-Pato, Carias de Affonso de Albu-
querque (Lisbonne, 188i-1888, i vol. in-4»), les Lendas da India. de Gaspar Correa, éditées
par J. de Lima Felner (Lisbonne, 1858-18(iG, 8 vol. in-4'); le Bullarium patronalus Portu-
galliae regum in ecclesiis Africœ, etc., édité par L. M. Jordâo, de Paiva Manso et J. de
Graça Barrato (Lisbonne, 5 vol. in-f", 1864-79) ; le Roleiro de Dom Joâo de Castro, publié
par A. Nunes de Garvalho (Paris, 1833, in-8"), l'ouvrage du comte de Ficallio, Viagens de
Perom da Covilham (Lisbonne, 1894, in-8"), etc.
(■2) Il existe une version française d'un fragment tiré « du livre imprimé d'Antoine
Almeïde Jésuite et du manuscrit d'Alphonse Mendez Patriarche d'Éthyopie » à la On du
Recueil de divers voyages faits en Afrique et en l'Amérique (sic), Paris, 1674, in-4".
BIBLIOGRAPHIE. 215
E. W. Crum et W. RiEDEL. — The Canons of Athanasius of Alexan-
dria. — The Arabie and Coptic versions edited and translated with
introductions, notes and appendices. Publishedfor the Text and Transla-
tion Society by Williams and Norgate, Londres 1904, 8» de xxxv, 59 et
154 pages.
La Société anglaise des Textes et traductions, fondée comme la Patrologie
orientale, pour publier des textes orientaux, a déjà publié en quatre volumes
le texte et la traduction du sixième livre des lettres choisies de Sévère
d'Antioche dans la version syriaque d'Athanase de Nisibe (1). Nous nous
proposons aujourd'hui de faire connaître les canons d'Athanase. M. Riedel
a publié et traduit le texte arabe des 107 canons et M. Crum le texte copte,
malheureusement fragmentaire. L'ouvrage débute par une épigraphe
empruntée à Jean Moschus : « Lorsque tu trouves un discours de saint
Athanase et que tu n'as pas de papier, écris-le sur tes habits ». Dans son
introduction M. Riedel nous apprend que les 107 canons ne formaient
qu'un seul tout (p. l\) ou du moins n'étaient divisés qu'en trois parties (p. 67
et 69) : 1" Du respect de Dieu et de l'autel (g 1-81), 2" de la compassion en-
vers les pauvres (82-91), 3" De la chasteté (92-104) ; c'est au xi^' siècle que
Michel, évêque de Tinnîs, traduisit (?) ce traité et le divisa en paragraphes.
L'étude intrinsèque montrerait que leur auteur est un clerc ou même un
archevêque ou un patriarche et aurait écrit de 350 à 500; cet auteur pour-
rait être saint Athanase lui-même (p. xv-xxvi). Le texte arabe provient d'un
original copte (p. x et 81), sans doute d'un texte memphitique perdu, car
il diffère beaucoup du texte thébain publié par M. Crum. Ce dernier texte
n'en est pas moins le plus important, car il représente le plus fidèlement
l'original dont l'arabe semble souvent n'être qu'un résumé (2) ; de plus il
est conservé dans des mss. dont quelques feuilles peuvent remonter jus-
qu'au VI*' siècle. C'est donc M. E. W. Crum qui avait à publier la partie la
plus importante et la plus délicate de l'ouvrage ; d'ailleurs nous trouvons
partout des traces de son travail et nous pouvons avec justice lui attribuer
presque tout le mérite de cette publication, car, en sus du texte coûte, il a
copié une partie du ms. arabe 251 de Paris et a collationné les mss. 252
et 238 (3) de Paris (canons 55-56) et une partie d'un ms. arabe d'Oxford,
enfin il a traduit en anglais le texte allemand de M. Riedel. Cette publica-
tion fait donc le plus grand honneur à son activité scientifique. Elle ne
fait pas moins honneur à sa science et à sa connaissance du copte d'après
le témoignage d'un maître, de M. Ignazio Guidi : « 11 Crum ne ha dato
un' edizione ed una traduzione ugualmente mirabili per esattezza critica
et per fedelta, come del resto era da aspettare da un conoscitore quale è
il Crum, délia lingua e délia letteratura Copta». Bessar., 1905, p. 111.
(1) Prix : 84 sh. net.
(2) Nous avions note d'abord les lacunes de l'arabe. Pour en donner une idée nette, il
nous sutfira de dire que les canons 40-52 occupent 208 lignes dans la traduction du copte
et seulement 111 dans la traduction de l'arabe.
(3) Lire 238 (p. x, 1. 10) au lieu de 138. — Le texte non identifié, p. 121, note i, semble
être Ps. cxxxi, 7.
216 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Ajoutons que le lecteur trouvera un fac-similé d'un passage du ms.
copte et de nombreuses notes qui lui signaleront les passages parallèles
dans les autres collections de canons; enfin l'ouvrage est imprimé avec
tout le soin que l'on pouvait attendre de la maison Brill de Leyde et est
édité avec l'élégance qui caractérise tant d'éditions anglaises. Les canons
de saint Athanase j oints aux Lettres de Sévère nous font donc bien augurer
des publications de la Text and Translation Society.
F. Nau.
L. Pautignv, agrégé de l'Université. — Justin, apologies, texte grec,
traduction française, introduction et index (forme le premier volume de
Textes et documents pour Tétude historique du christianisme,
publiés sous la direction de H. Hemmer et Paul Lejay). Paris, Picard,
1904, in-12 de xxxvi et 200 pages; 2 fr. 50.
Quelques libraires-éditeurs français ont entrepris, par des voies diverses,
de publier des ouvrages destinés à faciliter les études religieuses : la
librairie Lecoffre publie une Bibliothèque de l'enseignement de l'histoire
ecclésiastique, la librairie Roger, une Bible Polyglotte, la librairie Lethiel-
leux, des dictionnaires de Théologie, d'Écriture sainte et de Liturgie, la
librairie Didot facilite la publication des Patrologies syriaque et orientale
entreprise par M*^'" Graffin à l'aide de ses seules ressources. La librairie
Picard, bien connue aussi dans le monde scientifique, vient de commen
cer une réédition des documents patristiques les plus importants pour
l'étude historique du christianisme. Une telle collection, de format com-
mode, de prix abordable à toutes les bourses et bornée aux ouvrages les
plus importants, est indispensable aux étudiants, et la preuve en est qu'il
en existe déjà un certain nombre en pays étrangers. Hurter a publié les
ouvrages patristiques les plus intéressants pour servir de base aux études
théologiques (1); G. Kriiger, professeur à Giessen, a fait publier les apolo-
gies de Justin, les Pères apostoliques et des ouvrages de Tertullien,
saint Augustin, Léonce de Néapolis, saint Clément d'Alexandrie, Grégoire
le Thaumaturge, etc., sous le titre général : Sammlung ausgewàhlter
kirchen und Dogmeitgeschichtiicher quellenschriften ah Grundtage fur
Seminarûbungen (2). En Italie, on publie une Bibliotheca sanclorum Palrum,
Iheologiae tironibus et iiniverso clero accommodata qui annonce, comme
cinquième volume des Pères apostoliques, le Pasteur d'Hermas et les
fragments de Papias (3). Enfin en Angleterre nous trouvons les Cambridge
Patristic Texts dont le troisième volume (saint Denys d'Alexandrie) a paru
{\) Sanctorum Palrum opuscula selecla, ad usum praeserlini studiosorum theologiae,
edidit etcommentariis auxil, H. Hurter S. J. OEniponti. Cette collection ne publie pas les
textes grecs, mais donne seulement leur traduction latine.
("2) Librairie Molir (Paul Siebeck), Leipzig. Les prix des volumes vaiient, suivant l'épais-
seur, de 1 fr. 25 à 5 francs.
(3) Rome, 1905.
BIBLIOGRAPHIE. 217
l'an dernier (1). Il faut savoir gré à M. Picard de vouloir doter la France
d'une collection analogue qui comprendra l'Histoire ecclésiastique d'Eu-
sèbe, l'Apologie d'Athénagore, les Stromates de Clément d'Alexandrie, les
Pères Apostoliques, etc., etc. Les deux Apologies de Justin ont été publiées
et traduites en français par M. l'abbé Pautigny, agrégé de l'Université,
professeur de seconde à l'institution Saint-Cyr, à Nevers, dont nous avons
pu admirer jadis la claire et très vive intelligence.
Saint Justin, né à Sichem (Naplouse), en Judée, vers l'an 100 (cette date
est d'ailleurs purement hypothétique), se serait converti au christianisme
vers 133, aurait composé sa première Apologie vers 150 et aurait été mar-
tyrisé à Rome de 163 à 167.
« La composition, chez saint Justin, est très défectueuse. Le plan est
lâche et manque de logique... La langue est souvent incorrecte, les
phrases sont longues, péniblement construites, surchargées d'incidentes,
de parenthèses, de renvois, d'un style généralement terne et mono-
tone... » L'importance dogmatique et exégétique de ses écrits est par
contre considérable, comme M. Pautigny le montre doctement pp. xvii-xxiii
de son Introduction, où il énumère les dogmes qui y figurent de manière
très explicite. Ils sont donc indispensables à quiconque veut étudier le
christianisme au point de vue historique.
Les directeurs de la collection, MM. H. Hemmer et Paul Lejay, nous
avertissent au commencement qu'ils s'interdisent de faire un travail cri-
tique. Ils reproduiront le meilleur texte connu en V accompagnant d'indica-
tions sur l'état de la science et sur les progrès qui peuvent rester à accomplir.
Notre charmant collègue, M. Paul Lejay, qui manie depuis si longtemps
l'arme de la critique avec une virtuosité redoutable à ses victimes, nous
permettra à coup sur de lui présenter quelques observations. 11 les accueil"
lera du moins avec la longanimité que le triomphateur romain montrait à
l'égard des critiques de ses soldats.
Nous croyons d'abord qu'une publication ayant à .sa tète des auteurs et
au-dessus des auteurs deux directeurs, ne peut pas se borner à « repro-
duire le meilleur texte connu », sinon il suffirait à la librairie Picard,
pour reproduire les textes, de s'assurer d'un traducteur et d'un bon prote.
Les éditeurs semblent d'ailleurs l'avoir senti, car, en dépit de leur aver-
tissement, ils ne se sont pas bornés à reproduire la meilleure édition, qui
leur a paru être celle de M. G. Kriiger mentionnée plus haut, mais y ont
apporté quelques corrections (Introduction, p. xxviii-xxxiv) dues pour la
plupart à M. Paul Lejay; pourquoi donc, après avoir ainsi dérogé pendant
quelques pages à son principe, n'a-t-il pas continué à le faire en collation-
nant le ms. unique des Apologies conservé près de lui à la Bibliothèque
nationale de Paris? Cette collation, — ne lui aurait-elle suggéré aucun
aperçu nouveau, — lui aurait donné occasion du moins de corriger quel-
ques-unes des nombreuses fautes d'impression dont l'ouvrage e.st émaillé.
(1) Il est l)on (le noter que les éditeurs anglais donnent un apparat critique choisi et des
notes explicatives en même temps qu'une Introduction et des Index.
218 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Nous avons voulu en effet voir ce ms. unique (1), notre but était de pure
curiosité, mais nous avons été amené ainsi à collationner les quatre pre-
mières pages du texte grec et notre surprise a été grande d'y relever
quinze fautes d'impression, c'est-à-dire près de quatre par page (2).
P p. 2, 1. 4, ipaaif) (lire : Ipaar^); 2^ 1. 18, ï[Ji£rç ('l>£rç); 3° p. 4, 1. 1, uj^ip^ste
(uTcipx.£Tc) ; 4" 1.6, iJvOpwTtapsa/.sfa (àvGpwrtojtapsaxsfa) (3); 5'^' 1. 10, «TOiCTEivat {ino-
xtervai) ; 6° 1. 14, à::oÔ£t)cûwvTat (àroost/.vûwvxai) ; 7"|1. 15, -pÉnov laxi (::pÉT:ov iaii);
S" 1. 14 et 17, avant une virgule les auteurs mettent un accent grave /.où ou
un accent aigu éauroûç, il faudrait uniformiser; 9" 1. 19, [Aovriv {[L6vr^^^)■, lO^
1. 24, oï (o'O; 11" 1. 25, yàpTïou (yapjcou); 12'^ p. 6, 1. 3, xai (xa\) ; 1. 10, [xsv (jj.lv) ;
13° 1. 12, ÈTid (ircs't) ; 14° 1. 24, TrarrjppouvTaç (-/.aTrjyopouvtaç) ; 15° p. 8, 1. 4,
xoXâÇsTS {■x.o'ki'Çzxt) ; 16" 1. 15, èvi (lv\).
Signalons encore dans l'Introduction quelques phrases trop absolues, par
exemple (p. xi) : Outre les éditions générales de saint Justin, il existe trois
éditions spéciales des deux Apologies. Il fallait écrire : il existe trois
réce7ites éditions des deux Apologies, car nous en connaissons en sus cinq
anciennes éditions, citons : Sancti Justini Apologiae duae, a Carolo Ashton
(grec et latin), Cambridge, 1768, et Sancti Justini martyris Apologiae, ex
recensione Grabiana..., par Chr. Guil. Thalemannus, Leipzig, 1755. — De
même (p. vin), au lieu de : Éditions, nous proposons de lire : principales
éditions, car il en existe beaucoup d'autres ; — (p. ix) au lieu de : Édition
des Bénédictins reproduite dans la Patrologie grecque de Migne, nous pro-
posons de lire : Édition des Bénédictins qui a servi de base à l'édition de
Migne, car Migne a pris soin de nous apprendre qu'il a collationné avec
l'édition des Bénédictins « non sine fructu » une édition et une traduction
publiées à léna en 1842 par C. T. Otto.
Beaucoup plus grave est la phrase suivante (p. xxv) : Saint Justin n'est
pas toujours un modèle d'exactitude historique. Ne fait-il pas d'Hérode un
contemporain de Ptolémée Philadelphe, mort en 246 av. J.-C. (xxxi, 2-3)?
// a laissé échapper d'autres menues erreurs : il cite, sous le nom de So-
phonie, un texte de Zacharie (i, xxxv, 10); il fait de Jéthro, V oncle et non
le beau-père de Moïse (i, lxii, 3).
Ce passage, qui tend à détruire l'autorité historique de saint Justin, est
(1) Grec 450. L'ancien catalogue le date de 1364, ainsi que MM. Pautigny et Lejay. Le ca-
talogue Omont le date de 1363. Nous avons vu à la fin une date donnée par des signes
liiéroglyphiques qui ne nous sont pas familiers et que nous n'avions pas intérêt à résoudre.
(-2) Les fautes d'impression sont souvent assez nombreuses lorsqu'un auteur donne un
nouveau texte et se trouve seul pour corriger les épreuves, car il lui a fallu déchiffrer,
transcrire, interpréter son texte et sa patience est bien près d'être à bout lorsqu'il lui faut
encore corriger trois ou quatre épreuves successives. Il ne devrait pas en être de même
d'une reproduction surveillée par un auteur et deux directeurs.
(3) Cette différence n'estjpas imputable à M. Lejay, mais aux précédents éditeurs qui ont
modifié le ms. et ont fait passer leur leçon, sous" le nom de S. Justin, dans les diction-
naires.
Les deux dernières lignes de traduction, page 3, devraient être renvoyées à la page 5
où un intervalle blanc semble d'ailleurs les réclamer. Nous croyons aussi que les citations
de la Bible auraient dû figurer dans un Index à part et non à l'Index des noms propres
où ne devraient figurer (lue les noms cités par saint Justin ; on éviterait ainsi le mélange
des noms français aux noms grecs qui fait placer Zacharie, Hébreux, Ezécliiel à des en-
droits inattendus. Nous ne voyons pas non plus pourquoi Jean est en petites capitales et
Jérémie en italiques, tandis que Zacharie se contente des caractères romains.
BIBLIOGRAPHIE. 219
d'une gravité exceptionnelle, nous sommes heureux d'apprendre aux lec-
teurs qu'ici comme précédemment il exagère et dénature un peu. Saint
Justin ne mentionne pas Philadelphe, mort en 246 av. J.-C. Voici son
texte (p. 59) : « Or, Ptolémée, roi d'Egypte, fonda une bibliothèque où il
voulut réunir les ouvrages de tous les écrivains. Ayant eu connaissance de
ces prophéties, il fit demander à Hérode qui régnait alors en Judée de lui
envoyer ces livres. Le roi Hérode les lui envoya, écrits, comme je l'ai dit,
en hébreu. Comme personne n'entendait cette langue en Egypte, Ptolé-
mée lui fit demander de lui envoyer des savants pour les traduire en
grec (1)... » — Cette liistoire, acceptée longtemps comme authentique, est
aujourd'hui universellement rejetée. Elle aurait été imaginée pour donner
crédit à la version grecque de l'Ancien Testament. Flavius Josèphe [Ant.
jud., Xll, 11), d'après la lettre d'Aristée, suppose que Ptolémée Philadelphe
demanda des traducteurs au grand prêtre Eléazar ; Justin a supposé que
la traduction avait été faite sur l'ordre d'un Ptolémée (2), contemporain
d' Hérode. Tous deux se trompent; on sait seulement que la version de l'An-
cien Testament fut terminée avant l'an 130 av. J.-C. (3).
La question du texte de Zacharie n'est pas non plus aussi claire que
le croient les éditeurs. En réalité, saint Justin ne cite pas le texte de Za-
charie que nous possédons. Sa citation se compose de deux parties dont la
première se trouve dans S ophonie, m, 14, aussi bien que dans Zacharie, ix,
9, tandis que la seconde reproduit le texte cité par saint Matthieu, xxi, 5,
d'après un prophète non désigné (4). — Si l'on ajoute que saint Matthieu
lui-même (xxvii, 9) attribue à Jérémie un texte qui figure plutôt dans Za-
charie, XI, 12, on comprendra qu'il est difficile de dire jusqu'à quel point
se trompe saint Justin et d'où provient son erreur (5).
Ailleurs (lu, 10-12), saint Justin cite un long texte de Zacharie qui se
trouve à peine dans l'édition actuelle et semble emprunté aussi à divers
prophètes ; il semble donc prendre beaucoup de liberté vis-à-vis des cita-
tions, mais cette question est très délicate et ne peut être traitée dans une
édition manuelle. Car on peut se demander si l'édition des Septante de
saint Justin ne différait pas beaucoup de la nôtre puisqu'il accuse les
Juifs d'avoir supprimé de nombreux passages dans les Ecritures et en
donne quelques exemples (6). Comme il attribue plus loin à Zacharie (Try-
phon, 53) le texte qu'il attribue ici à Sophonie, mais avec une rédaction
différente, il est permis de croire que l'édition de Sophonie utilisée par saint
Justin portait le texte qu'il lui attribue et faisait doublet avec Zacharie.
(1) Même récit dans Cohort. ad Grsecos, 13 et Dial. avec Tryplion,'ii, mais il n'y est pas
question d'Hérode que l'on pourrait donc croire avoir été interpolé ici.
(-2) Ptolémée, comme Pharaon, était devenu le nom commun des rois d'Egypte. Deux
(Pt. xn, 48-44 et Pt. XIV, 42-30) furent contemporains d'Hérode (— 40 à -f 1).
(3) Cl". Vigouroux, Manuel biblique, Paris, 1901, t. I, n'"- 103-107.— Quelques-uns ad-
mettent qu'il s'agit de Philadelphe, mais regardent le mot « Hérode » comme une addition
d'un copiste.
(4) Le texte de saint Matthieu ne se retrouve pour l'instant qu'en Zacharie, ix, 9, mais
les différences des deux textes sont nombreuses.
(5) On devine que les derniers chapitres de Zacharie (ix-xiv) ont déjà fait verser beau-
coup d'encre aux critiques.
(6) Dial. avec Tryphon, 71-7-2.
220 REVUE DE l'orient CHRETIEN,
De même, il est vrai qu'on lit de Moïse : « Il gardait en Arabie les trou-
peaux de son oncle maternel », mais cette phrase ne permet pas de conclure
qu'il fait « de Jéthro l'oncle et non le beau-père de Moïse », car Jéthro n'est
pas nommé et surtout Voncle peut être en même temps beau-père, comme
il est arrivé à Laban vis-à-vis de Jacob. Il y grande ressemblance entre
la rencontre de Jacob et de Rachel {Gen. xxix, 2-13) et celle de Moyse et
de Séphora [Exode, u, 15-20).
Terminons par une remarque sur le texte grec : nous croyons que l'on
doit supprimer le mot îôv (p. 2, 1. 8) et conserver seulement eTçaùxâiv, car
c'est la leçon du ms. et c'est encore la leçon qui figure au folio 1 de ce ms.
dans la citation d'Eusèbe. Le mot îàv a été pris dans certaine édition d'Eu-
sèbe (par exemple éd. Teubner, Leipzig, 1871, IV, xii), mais il ne figure
pas dans l'édition y«'mcejw donnée par Robert Etienne (Paris, 1544, fol. 36')
ni dans la dernière édition (Berlin, 1903, p. 326). Il est donc à supprimer.
Notons de plus que le ms. ponctue ainsi : IIup(aç riaXaiativr]? zXc,, aùxCiv tïjv
7rpoaçwv7](jtv... Le scribe a songé évidemment à la Palestine première dans
laquelle se trouvait Sichem (Naplouse). Cf. Georges de Chypre, Lipsiae,
1890, p. 51.
Enfin nous souhaitons grand succès à la collection entreprise par la
librairie Picard et nous prions nos lecteurs de ne voir dans nos critiques
que le désir de lui être utile en signalant quelques-unes des négligences
laissées dans cet ouvrage pour que les directeurs les relèvent toutes, les
fassent figurer en errata à la fin de l'un des volumes suivants et donnent
plus d'attention à la correction des épreuves qui est en somme leur unique
travail s'ils entendent toujours se borner à « reproduire le meilleur texte
connu pour présenter aux lecteur.s des textes sûrs ».
F. N.\u.
Gaston le Hardy (ancien pèlerin). Histoire de Nazareth et de ses
sanctuaires, étude chronologique des documents, in- 12 de xvi-238
pages, à la librairie Lecoffre, Paris, 1905, 2 fr. 50.
Cet ouvrage raconte l'histoire de Nazareth du i^"" au xx*' siècle en nous
donnant en particulier la traduction de toutes les notices consacrées à
cette ville par les divers pèlerins. L'auteur n'ajoute de lui-même que les
lignes nécessaires pour faire connaître et apprécier les extraits qu'il cite
et pour combler leurs lacunes à l'aide de l'histoire générale. Nous pouvons
donc appeler son ouvrage un Guide historique qui nous montre le déve-
loppement et la localisation des pieuses légendes que les guides répètent
aux voyageurs.
Qui donc voudrait qu'à ces enfants du Christ (aux pèlerins), quand ils deman-
dent le pain de la vérité (Matth., vu, 9), on n'offrit que de décevantes légendes
nées de traditionnelles imaginations, et de pieuses rêveries combinées dans les
récits d'une longue suite de guides et de drogmans, dont les plus anciennes
origines s'arrêtent certainement à plusieurs siècles de di.stance des faits auxquels
ils prétendent ajouter des détails !
BIBLIOGRAPHIE. 221
En les écoutant avec un naïf rocueillement, les pèlerins pieux et confiants
croient naturellement entendre la voix de la tradition autorisée de l'immuable
Orient, où on leur a dit que rien ne changeait jamais.
Hélas! dans l'immobile Orient, théâtre maintes fois bouleversé de révolutions
formidables, au milieu de tant de ruines accumulées sous le sol, il y a quelque
chose qui semble subsister sans changement, à tout le moins depuis la suprême
dispersion des Juifs. C'est l'àpre amour du gain et du bakchich. Malgré tous les
prodigieux mélanges de toutes les races dont procèdent les Syriens et spéciale-
ment les Palestiniens d'aujourd'hui, il semble qu'une sorte d'influence endé-
mique ait gardé la tradition d'exploiter les souvenirs, en les débitant aux étran-
gers. Comme ceux-ci sont avides de voir où se sont accomplis les mystères
divins, ceux-là sont empressés de les localiser en les détaillant de leur mieux.
En cette terre de miracles, ils n'hésitent guère à montrer, un peu partout,
des marques miraculeuses pour appuyer leurs récits.
L'auteur n'entend blâmer que les localisations exagérées, par exemple
Adricomius (f 1590) raconte qu'à l'endroit où les Juifs voulurent précipiter
Notre-Seigneur de la montagne, « tout à coup, au contact de ses vêtements,
les rochers cédèrent, et comme ime cire fondue et liquéfiée firent un
certain repli où le corps du Seigneur put trouver place et abri, et c'était
assez grand pour le recevoir tout entier. Là, aujourd'hui sont restés
toutes les lignes et les plis des vêtements que le Seigneur avait sur le dos,
et aussi les vestiges de ses pieds, comme si un sculpteur les y eût taillés ».
C'est là le grand intérêt de ce livre, de montrer l'apparition des légendes,
tandis que les aventures, ou plutôt les mésaventures, des pèlerins lui
donnent par endroits (cf. p. 142-150) le charme de ces histoires de voyages
si goûtées de la jeunesse. Le texte latin des anciens pèlerins est cité au
bas des pages (Cf. supra, p. 162-163).
F. Nau.
LIVRES NOUVEAUX. ~ 1. Rev. G. U. Pope, M. A. D. D. A Handbook of
the ordinary dialect of the Tamil Language Part. III. A compen-
dious Tamil-English Dictionary, 1" édition, Oxford, 1905, Claren-
don press, 5 sh. net.
Dans cette troisième partie de son manuel, l'auteur donne un lexique
tamoul-anglais de la langue vulgaire; tous les mots, nous dit-il, sont
d'un usage courant, il a exclu la plupart des mots empruntés au Haut-
Tamoul. Ces derniers se trouvent dans un autre lexique déjà édité par le
même auteur.
A l'occasion de la plupart des mots, M. Pope renvoie aux paragraphes
des deux premières parties du manuel où ils sont expliqués ou analysés
ou simplement cités. L'impression est très soignée, car les éditeurs ont
employé deux caractères différents aussi bien en tamoul qu'en anglais,
le plus gros pour les racines et le plus petit pour les dérivés. Le succès
chez nos voisins de ce livre qui atteint sa septième édition nous est une
garantie de sa valeur et nous sommes heureux de le signaler aux rares
Français adonnés à l'étude de cette langue asiatique.
222 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
I. — Le P. Barnabe Meistermann (d'Alsace), 0. F. M. — Le prétoire de Pilate
et la forteresse Antonia, avec 32 illustrations en photogravure dans le
texte et hors texte, 8" de xxiii et 251 pages ; Paris, Picard, 1902.
IL — La patrie de saint Jean-Baptiste avec un appendice sur Arimathie,
avec 27 illustrations ou photogravures dans le texte et hors texte et une
mosaïque en chromolithographie, 8'^ de vui et 290 pages ; Paris, Picard,
1904.
III. — Le P. Urbain Coppens, 0. F. M. — Le palais de Caiphe et le nouveau
jardin saint-Pierre des Pères Assomptionnistes au mont Sion (avec plans
et figures), 8°, 96 pages, Paris, Picard, 1904.
Les Pères Franciscains, «'gardiens sept fois séculaires des lieux saints »,
ont pris à cœur de décrire et de défendre les antiques sanctuaires de Pa-
lestine.
I. Dans son premier ouvrage, le P. Barnabe s'attache à démontrer que le
prétoire de Pilate était situé dans la forteresse Antonia et non pas dans le
palais de Caïphe au mont Sion. Cette seconde tradition, qui n'eut pas
d'ailleurs bien longue vogue, provenait, dit le P. Barnabe, de la leçon
fautive d'une famille de mss. qui portent : Adducunt ergo Jesiim ad Cai-
pham inprœtorium (Jean, xviii, 28) au lieu de « on conduit Jésus de chez
Caïphe dans le prétoire ». Cette leçon, qui subsiste encore dans l'Evan-
gile de Verceil, fut connue de saint Augustin et réfutée par saint Thomas.
La première partie est surtout archéologique et montre que l'étude du
terrain et l'ancienne histoire ne s'opposent pas à la localisation du prétoire
de Pilate dans la Tour Antonia dont on vient encore, semble-t-il, de dé-
couvrir une cour pavée, La seconde partie nous fait connaître la tradition
relative au prétoire de Pilate, depuis les premiers siècles jusqu'à nos
jours.
II. Dans le second ouvrage, le P. Barnabe recherche la patrie de sainte
Elisabeth et de saint Jean-Baptiste. Il expose et critique d'abord un certain
nombre de traditions ou d'hypothèses qui la placent à Macherus, Sébaste,
Bethléem, Jérusalem, Hébron, Youttâh, Juda en Nephtali, Beth-Zacharie
et Beth-Cha'ar.
Nous ne croyons pas non plus qu'on ait placé à Sébaste la naissance
de saint Jean-Baptiste; on y conservait ses reliques avec celles du
prophète Elisée au V^ siècle. Aux citations du P. Barnabe, ajoutons ce
texte des Plérophories, ROC. 1898, p. 345-346 (p. 37 du tirage à part) :
Un fait analogue se passa à Sébaste, en Palestine, où est conservé le corps
entier de Jean-Baptiste. Le bienheureux Constantin qui était gai'dien de l'église
au temps de concile (de Chalcédoine) était favorisé en tout temps des apparitions
de Jean-Baptiste. Il y avait dans le temple un endroit orné de grillages où étaient
deux châsses enrichies d'or et d'argent devant lesquelles brûlaient perpétuelle-
ment des lumières, l'une était celle de saint Jean-Baptiste et l'autre celle du
prophète Elisée; un trône sur lequel personne ne s'asseyait était placé dans ce
même endroit...
BIBLIOGRAPHIE. 223
Ce récit nous montre l'état de la tradition depuis le concile de Chalcé-
doine (441) jusque vers Tan 515 où furent écrites les Plérophories.
Le P. Barnabe propose ensuite sa solution qui place la patrie de saint
Jean-Baptiste à Aïn Kàrem ou S. Jean in Montana, à une lieue et demie
de Jérusalem à l'ouest. Il rapporte toute la tradition relative à ce village,
elle est remarquablement riche à partir du moins du xui^^ siècle. Enfin
dans un appendice il identifie Arimathie avec Ramléh (près de Lydda),
suivant l'antique et constante tradition.
III. C'est ici surtout un ouvrage de polémique contre les Pères Assomp-
tionnistes. Le P. Coppens, 0. F. M., les accuse d'avoir identifié le palais de
Caïphe avec la grotte où saint Pierre alla pleurer sa faute et d'avoir trans-
porté le tout dans une propriété leur appartenant depuis peu. Les amateurs
liront le présent ouvrage du P. Barnabe et la réponse des Assomption-
nistes parue dans le numéro de novembre 1904 des Échos d'Orient
(p. 372-379).
SOMMAIRE DES REVUES
1. Byzantinische Zeitschrift, t. XIV, cahiers 1 et 2, 28 février 1905 :
I (p. 1-280). Max Freiherr von Oppenheim et Hans Lucas. Griechische und
lateinische Inschriften ans Syrien, Mesopotamien und Kleinasien. — '1, II.
]MriXi6:îouXoç. 'E;ïtypaœa1 dtvé/.ootot. — W. Fritz. Unechte Synesios briefe. —
F. Graebner. Eine Zozimosquelle. — A. Heisenberg. Kaiser Johannes Ba-
tatzes der Barmherzige. Eine mittelgriechische Légende. — k. IIa;:aô6TOuXoç
KepajAsûç-, 'Pwfiavbç xal'Iwavvrjç Aa[xaaxr]V(5;. — P. N. PapageORGIU. Zu Manasses
Hodoiporikon. — J.Draseke. Jiws dem Athen der Acciaiuoli. — IIspivcX^ T.Zsp-
XévT»]?. 0EWVCC; 6 kr^b fjyoujjLÉvwv •/a\ Maxâpioç 6 Za/.ûvOio; tîp/ i£;:(ay,o;coi OeaaaXovi/.Éwv,
«tp// — ^atpx.O'. — K. Praechter. Zur Geschichte der Regenwunderlegende in
byzanlinischer Zeit. A, lia;:. KepajAsûi;. 'Avuj:apî4X0(; /.CJôtÇ Map(ai; paatXfaarjç tou
800 'sTouç. — A. n. K. Etç là (jii)(^o[ji£Tptxà TOU Graux. — K. Praechter. Lexicis
addenda. — Th. Preger. Studien zur Topographie KonstantinopeU. —
II (p. 281-300). Comptes rendus. — III (p. 301-408). Bibliographische No-
tizen und kleinere Mitteilungen (Indication et souvent analyse des publica-
tions récentes disposées par lieux communs).
2. Analecta Bollandiana. T. XXIV, fascicule 1. — A. Poncelet. Les
saints de Micy (Appendix : I. Vita sancti Viatoris confessoris. — II. Le
manuscrit de Paris. B. N. latin 5366). — Mg"" L. Duchesne. Sur la transla-
tion de saint Austremoine. — Bulletin des publications hagiographiques.
Fascicule 2. — H. Delehaye. Catalogus codicum hagiographicorum graeco-
rum bibliothecae D. Marci Venetiarum. — J. de Guibert. Saint Victor de
Césarée. — Bulletin des publications hagiographiques. — A. Pon'CELET.
Catalogus codicum hag. lai. bibliothecarum Bomanarum praeterquam. Va-
ticanae. 1. Codices archivi basilicae sancti Pétri in Vaticano.
3. Revue biblique. Avril 1905. Communications de la Commission pon-
224 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
tifîcale pour les études bibliques. — M. A. Van Hoonacker. Notes d'exégèse
sur quelques passages difficiles d'Amas. — R. P. Lagrange. Le Messianisme
dans les Psaumes. — M. Hyvernat. Le langage de la Massore. — Mélanges.
— Chronique. — Recensions. — Bulletin.
Le Directeur-Gérant
F. Charmetant.
Typographie Firmin-Oidol et C". — Paris.
L'ORIENT LATIN
CENSITAIRE DU SAINT-SIÈGE
Un document officiel permet de reconstituer, du moins par-
tiellement, l'état de l'Église orientale au moyen âge et les con-
ditions dans lesquelles elle se trouvait avec Rome au point de
vue de la « protection apostolique ». Ces données sont renfer-
mées dans le Liber censuum Romance Ecclesiœ, dont la publi-
cation, entreprise par un ancien membre de l'École française
de Rome, M. Paul Fabre, est présentement continuée par
M^' Duchesne.
Dès son apparition, en 1889, les périodiques les plus en vue
s'empressèrent de constater l'importance de ce Livre censier. Les
quatre fascicules parus depuis cette date, déjà presque lointaine,
font désirer de plus en plus l'achèvement de cette publication.
Comme preuve de cette importance, la Bévue des questions
historiques voulut bien insérer deux articles, qui nous furent
suggérés, et les matériaux fournis par ce Regestum censuale, à
savoir : La protection apostolique au moyen âge et Le Cens
pontifical dans l'Église de France (1).
C'est ce même travail que nous entreprenons ici pour l'Orient
latin. Sur cette contrée les renseignements se trouvent bien
moins nombreux que pour certaines autres parties de la catho-
licité; mais, tels qu'ils sont consignés dans cet ouvrage (2), ils
n'en seront pas moins une contribution intéressante pour l'his-
toire ecclésiastique orientale. Soit la reproduction du texte même
(1) Voir Revue dex questions hisloriqiies, an. 1002, t. LXXII, p. 5-60; an. 1904,
t. LXXV, p. 5-73.
(2) Le Liber censuum de l'Église romaine, publié avec une préface et un commen-
taire par M. Paul Fabre; grand in-1", l'asc. Il, p. 237--240. — Pai-is, Fontemoing-, 1901.
ORIENT CHRÉTIEN. 15
226 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
avec la traduction, soit l'analyse et le développement des notes
et commentaires ajoutés- par le savant' éditeur, feront connaître
aussi bien les cadres de l'épiscopat latin en Syrie et en Pales-
tine, que les redevances payées au siège apostolique par les
diocèses et les communautés du rite latin.
Avant d'entrer dans cette nomenclature, disons comment
elle fut dressée et a pu arriver ainsi jusqu'à nous.
I. — LES REGISTRES CENSIERS DE L EGLISE ROMAINE.
Vers la fm du v' siècle, par les soins du pape Gélase, fut établi
un regestum ou sommier des cens, état des revenus que le Saint-
Siège tirait des propriétés de l'Église, groupés en massœ et en
patrimoines. Ce registre, corrigé à fond, un siècle plus tard, par
saint Grégoire le Grand, fut tenu continuellement à jour. « Plus
tard, lorsque cette dotation foncière eut disparu, soit par la
répartition des propriétés entre les divers établissements ecclé-
siastiques de Rome, soit par la confiscation des patrimoines,
soit par l'eniphytéose et l'inféodation, la caisse pontificale fut
obligée de s'alimenter autrement. Elle compta avant tout sur les
cens dont furent grevés à son profit les établissements religieux
des divers pays de la chrétienté. Ainsi se constitua une nou-
velle dotation, aussi importante par son principe que par ses
résultats. De nouveaux livres censiers furent établis : ils conte-
naient, non plus comme les anciens, un état des revenus tirés
des propriétés foncières, mais le tableau des droits à prélever
annuellement (1) sur les établissements frappés de cens.
« Il est possible de remonter jusqu'au temps de Grégoire VII
la série de ces livres censiers ; mais le premier qui nous soit
parvenu dans sa forme propre et originale, isolé de toute com-
pilation postérieure, c'est celui qui fut dressé en 1192 parle
maître de la Chambre apostolique, Cencius, auquel le surnom
(le Camerarius est resté, bien qu'il soit parvenu plus tard aux
plus hauts degrés de la carrière ecclésiastique et même à la
(1) En disant annuellement, l'éditeur dont nous citons cet extrait, commet
une légère erreur. Il est dans ce registre quantité de cens qui ne se prélevaient
que tous les deux, trois ou même cinq ans.
b'ORIENT LATIN CENSITAIRE DU SAINT-SIÈGE. 227
papauté, sous le nom d'Honorius III (I21G-1217). Le manuscrit
original de Cencius existe encore; il est conservé suus le n'' 8486
à la bibliothèque du Vatican. Il contient : P le tableau des
diocèses de la chrétienté tout entière avec l'indication des éta-
blissements qui doivent, dans chacun d'eux, un cens à l'Église
romaine, et la quotité du cens, exprimée suivant les divers sys-
tèmes monétaires alors en usage; 2° un recueil de pièces rela-
tives à l'origine de ces cens et aux autres temporalités de l'Église
romaine.
« Il était indispensable qu'un tel livre fût tenu à jour par
des adjonctions successives. Cencius l'avait prévu. Dans son ta-
bleau des diocèses ou Provincial, il avait ménagé de larges
blancs pour que l'on pût y inscrire les nouveaux cens au fur et
à mesure qu'ils s'établissaient. Ces adjonctions se produisirent
en effet d'année en année, comme on peut s'en assurer en no-
tant la différence des écritures (I). » — Telle est l'économie du
Liber censuum, mine qui va fournir les matériaux de cette
étude.
II. — l'orient CENSITAIRE ROMAIN.
Le Provincial, tableau des diocèses d'Orient dressé sur la fin
du xii' siècle, mais d'après des actes bien antérieurs, est dési-
gné par le rédacteur Cencius sous le titre : ultramare, « l'Église
d'outre-mer ». De bonne heure cette partie de la catholicité dut,
comme l'Occident, contribuer pour sa part à l'entretien du Saint-
Siège, soit par des impositions pécuniaires ou en nature, soit par
des libéralités bénévoles qu'inspiraient l'ardeur de la foi et
l'attachement au trône pontifical. N'est-ce pas en Orient, à An-
tioche, que le chef de l'Église avait établi la première chaire
apostolique! — Pour l'Orient aussi vinrent de funestes époques,
surgirent de malheureuses circonstances où les individualités,
les monastères, les églises et diocèses eurent à réclamer l'appui
du pontife suprême. Guerres, invasions, domination des Huns
et des Arabes, schismes, hérésies, en désolant ces contrées et
les faisant passer sous des maîtres qui les ruinaient matérielle-
ment et moralement, firent jeter des cris de détresse vers Rome.
(1) Extrait do VAvh sur feuille détachée placé par réditeur eu tète du pre-
mier fascicule du Liber cexsuuii.
228 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
La papauté s'en émut si bien, qu'elle suscita, suivant l'expres-
sion d'un contemporain de ces grands événements, « l'entraî-
nement divin avec lequel l'Europe se précipita sur l'Asie».
Les croisades donnèrent la mesure de la « protection » que
le Saint-Siège voulait assurer aux populations orientales asser-
vies sous le joug de l'islamisme et de la barbarie. On sait que
la première de ces expéditions eut pour résultat la fondation du
royaume chrétien de Jérusalem, de la principauté d'Antioche
et du comté d'Édesse, en 1099. Et, tandis que Cencius rédigeait
son Liber, Saint-Jean d'Acre tombait au pouvoir des Croisés de
la troisième expédition (1191), conduite par le roi de France
Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre.
Or, c'est le cadre de l'épiscopat latin en Syrie, tel qu'il était à
cette époque, que reproduit le Registre caméral. Alors étaient
établis les deux patriarcats de Jérusalem et d'Antioche, ayant
chacun les quelques archevêchés et évêchésque la papauté, mal-
gré les luttes des Grecs, avait réussi à établir depuis l'entrée des
chrétiens et des soldats d'Occident. Postérieurement à la rédac-
tion commencée par lecamérier Cencius, nous trouverons quel-
ques dépendances du patriarcat de Constantinople.
Dans le ressort du patriarcat de Jérusalem se mouvaient quatre
archevêchés : Tyr, Césarée, Nazareth etPetra; plus neuf évê-
chés : Hébron, Lydcla, Ascalon, Ptolémaïs (Saint-Jean d'Acre),
Sidon, Beyrouth, Panéas, Sébaste et Tibériade.
Du patriarcat d'Antioche relevaient six archevêchés : Tarse,
Édesse, Aparnée, Héliopolis, Cyr et Mamistra, plus six évê-
chés : Laodicée, Gabala, Tortose, Tripoli, Biblos et Valanée.
Avec le registre censier voyons chacun de ces établissements
diocésains, dans l'ordre où ils sont inscrits. Aux indications,
consignées là à diverses époques, nous ajouterons les explica-
tions historiques et les identifications correspondant aux titres
actuels de ces contrées ou centres ecclésiastiques.
1° Patriarcat de Jérusalem.
Avant l'entrée des Croisés, cet ancien patriarcat comprenait
trois provinces métropolitaines : Césarée, Scythopolis QiPetra.
Dans la rédaction du camérier Cencius et pour les époques sui-
l'orient latin censitaire du saint-siège. 229
vantes qui peuvent s'étendre jusqu'à la fm du xv® siècle, date
extrême du Liber censimm, on trouve les quatre métropoles
que nous avons citées. Jerosolomitanus patriarchalus habet
sub se hos metropolos inferius adnotatos, écrit le rédacteur,
et il en insère les titres officiels, après la série des espaces lais-
sés en blanc, dont il a été question ci-dessus. Ces titres décu-
rie sont ainsi libellés : In archiepiscopatu Tijrensi; — In
archiepiscopatu Cesaree ; — In archiepiscopatu Nazaree ; —
In Petracensi archiepiscopatu.
Le premier évéque de Jérusalem avait été l'apôtre saint Jac-
ques le Majeur; le siège patriarcal créé en 325, cessa en 1009.
A partir de cette époque il y eut des patriarches effectifs (rési-
dentiels) jusqu'en l'année 1191 ; puis ceux-ci ne furent plus que
titulaires. Tel qu'il est aujourd'hui ce patriarcat fut constitué
en 1848 par le partage du vicariat apostolique d'Alep, dont on
détacha la Palestine et l'île de Chypre. Les catholiques grecs-
melchites dépendent de l'évêque de Ptolémaïs (Saint-Jean d'Acre);
les maronites appartiennent, les uns à l'évêque de Tyr et Sidon,
les autres à l'évêque de Chypre.
Antérieurement à l'année 1192 le patriarche de Jérusalem
n'avait pas de ressort spécial; au temps de Cencius trois suffra-
gants en dépendaient directement. Ce trésorier l'atteste ainsi :
Suffraganei sui sunt episcopi subsequenter notati, à savoir :
d'Hébron (Ebroensi), de Lydda {Lidensi) et d'Ascalon ou Beth-
léem [Ascha/onensi qui etiam Bethleemitensis est).
Aucun de ces trois diocèses ne paraît avoir eu de censitaires
apostoliques, ou du moins il n'est fait mention, à leur sujet, ni
d'offrandes, ni de cens. Le fait de leur inscription au Liber
prouve néanmoins la mise en tutelle de ces diocèses sous le pon-
tife romain.
Seul, dans la dépendance du patriarcat, le monastère dé-
nommé Sainte-Marie de la vallée de Josaphat paLyâit annuelle-
ment au Saint-Siège « une once d'or : Monasterium sancte
Marie de valle Josaphat débet annuatim I unciam auri ».
Cette abbaye avait été fondée sur le lieu considéré comme tom-
beau de la sainte Vierge, peu de temps après la prise de Jéru-
salem par les Croisés (1). Le cens fut fixé par bulle du pape
(l)Cf. Charles de Terre sainte, parFr. Delabordo, dans la Bibliolhèquc des Écoles
d' Athènes et de Rome, t. XIX.
230 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Innocent II, datée du 5 avril 1142; mais déjà en 1113 le pape
Pascal II avait délivré un privilège d'exemption à ce monastère.
D'après le texte du document pontifical qui fixe la redevance, on
voit que c'était bien une rente récognitive de la « protection »
accordée par le Saint-Siège. Il y est dit : « ad inditium autem
percepte hujus a Romana ecclesia libertatis auri unciam nobis
nostrisque successoribus annis singulis persolvetis (1) ». —
Quoiqu-e inscrit à l'année 1 142, ce cens payé par le monastère
Sainte-Marie ne fut inscrit dans le livre censier que bien après
Cencius; il paraît n'avoir été inséré qu'à la troisième époque
de ce registre, c'est-à-dire postérieurement à l'an 1236 (2).
P HÉBRON {episcopatus Ebronensis), désigné dans différents
actes sous les variantes Chebronensis, Hebronensis, Eleuthe-
riopoleos ou Sancti Abraham, à cause du tombeau de ce pa-
triarche; autrefois aussi Arbé ou Cariath-Arbé, aujourd'hui
Abre- Ibrahim, et El-Kalil (le bien-aimé). Ce n'est plus main-
tenant qu'un des sièges titulaires que le pape confère sous le
titre û'in partibus infidelium. Depuis le 3 mars 1882 un décret
de la S. Congrégation de la Propagande a supprimé cette der-
nière dénomination, et tous ces évêchés sont dits titulaires,
à la différence des autres qu'on appelle résidentiels. Celui
d'Hébron fut donné en 1883 à un prélat grec-bulgare.
Il n'y avait pas eu d'évêque avant les croisades. Le premier
qui y fut établi à l'érection du siège remonte à l'année 1167,
d'après Guillaume de Tyr, dans son Histoire des croisades
(xx, 3) (3). Pas de censitaire mentionné dans ce diocèse, pas
plus, du reste, que pour les trois autres qui vont suivre, ainsi
que nous l'avons observé plus haut.
2° Lydda {episcopatus Lydensis). Comme le précédent est un
des sièges titulaires et qui fut conféré en ces derniers temps à
l'auxiliaire de Cambrai, M^'' lAlonnier. Il relève de la métropole
(1) Jaffe, Regesla Pontif. rom., n"* 6376 et 8223. Pour ce même monastère, bulles
d'Eugène III, n° 8718; d'Athanase IV, 9847 et Hadrien IV, 10004.
(2) Une fois pour toutes, nous observons que l'éditeur du Liber a eu le soin
d'indiquer, par l'emploi de caractères typographiques différents, les insertions
qui y furent faites à diverses ('poques. Il y a la rédaction même de Cencius, ou
de première main ; puis les cotes écrites après 1102 et jusqu'en 1230: enfin toutes
les autres adjonctions postérieures à cette date et dont les plus récentes sont de
la fin du xv siècle.
(3) Cf. Patrologie latine, édit. IMigne, t. CCI.
l'orient latin censitaire du SAINT-SIÈGE. 231
de Césaréc de Palestine. Cet évèché, selon rhistorien Guillaume
de Tyr (vu, 22), fut érigé en 1099, peu de temps avant la prise
de Jérusalem par les Croisés, et le siège était alors à //r^«?/^V^ ou
Ramla et Rama. La nouvelle fondation, faite sous le vocable de
S. Georgii Liddensis, dans l'ancienne Diospolis, fut déter-
minée par le culte de saint Georges qui avait là son principal
sanctuaire. Aussi l'évêque de Lydda porte-t-il souvent dans les
actes le titre de episcopus S. Georgii. Cette ville, jadis dans la
Palestine P% est dénommée présentement Ludd ou Loddo dans
la Turquie d'Asie. Sur ce point saint I*ierre guérit un paralyti-
que. On y voit une belle église dédiée à saint Georges qui, dit-on,
y souffrit le martyre.
3° AscALON {episcopatus AscJialonensis qui etia)n Bethlee-
me;?s?s fs^). Un siège épiscopal fut donné à Bethléem en 1110.
Lorsque le roi Baudouin III se fut emparé d'Ascalon, en 1153,
le patriarche de Jérusalem tenta d'installer dans la ville conquise
un évèché indépendant, en le détachant de la juridiction de
l'évêque bethléémite ; mais celui-ci réclama et finit par obtenir
l'union de ce siège avec le sien (Guillaume de Tyr, xvi, 30). De
là, pour cet évèché l'appellation tantôt d'Ascalon, tantôt de
Bethléem. On le trouve aussi désigné sous la dénomination de
Majumœ-Ascalonis. — Les Croisés avaient défait les infidèles
à Ascalon en 1099; le sultan Bibars détruisit la ville en 1270.
On comprend que le cens apostolique ne fut pas de longue durée
dans ce milieu, si tant est qu'il y fut même appliqué. Présente-
ment Bethléem est siège purement titulaire uni à l'abbaye
Saint-Maurice en Valois ; auparavant il était attaché à un hôpital
de Clamecy, en Nivernais.
4° Tyr {archiepiscopatus Tyrensis). Aujourd'hui siège métro-
politain, simplement titulaire, du rite grec-melchite et syro-
maronite, qui a pour sufiragants : Arados, Biblos, Botri, Cé-
sarée, Orthose, Panëas, Porphijre, Sarepta etSidon.
Cette province métropolitaine fut érigée par lettres apostoli-
ques de Pascal II, en date du 8 juin 1111. Le pape informa alors
le patriarche de Jérusalem et le roi Baudouin que toutes les
villes conquises ou à conquérir relèveraient du patriarche pour
le spirituel. Mais, comme la sphère d'action du roi de Jérusa-
lem devait inévitablement s'étendre au delà des limites de ce
patriarcat, le patriarche d'Antioche signala au souverain Pontife
232 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
les torts qui lui seraient, faits à lui-même. Le pape se rendit à
ces considérations, et par lettres du 18 mars 1113, il atténua la
portée de sa première décision (]), Quelques années après, Tyr
fut assiégée. Sans attendre la reddition de la ville, le patriarche
de Jérusalem se hâte de consacrer un archevêque pour cette
ville : Odon, qui mourut avant la fin du siège. La ville prise
par les Croisés, en 1124, resta sans pasteur pendant quatre ans.
Le pape Innocent II décréta, en 1138, que ces métropolitains de-
meureraient dans l'obédience de Jérusalem. Ceux-ci réclamèrent
les quatorze sièges suffragants qui jadis relevaient de leur mé-
tropole. On ne put en rétablir que six : Saint-Jean d'Acre,
Sidon et Beyrouth, dans le royaume de Jérusalem ; Biblos, Tri-
poli et Tortose (Antaradus), dans le comté de Tripoli. Le
pape Honorius II les attribua à la nouvelle métropole latine,
et, en 1139, Innocent II confirma cet état de choses. Malgré
ces décisions, le patriarche d'Antioche garda dans sa juri-
diction les suffragants de Tyr au nord de Beyrouth.
Tyr, ville métropolitaine ecclésiastique, devint en I29I la proie
des Mamelucks d'Egypte qui la détruisirent; dès lors, plus de
protection apostolique, par suite plus de cens pontifical, dont
pas une seule trace n'est restée, même antérieurement dans le
registre des finances. — Elle est actuellement sous la domina-
tion des Turcs Ottomans, et s'appelle Sour.
5° Saint-Jean d'Acre {episcopatus Aconensis) ou Ptolémaïs,
avec parfois la variante orthographique Achonnensis et ^cco-
nensis. Actuellement dans le patriarcat d'Antioche du ritegrec-
melchite, et simple siège titulaire.
A la suite du mémorable siège entrepris par les Croisés et qui
dura vingt-deux mois (1 189-1191), cette ville devint la capitale
du royaume de Jérusalem, et fut pendant un siècle le centre de
la puissance et du commerce des chrétiens d'Orient. En 1I9I
un des établissements religieux de cette cité comptait parmi les
censitaires apostoliques. C'était l'hôpital (neuf) placé sous le
vocable de la sainte Vierge. Il payait annuellement au Saint-
Siège la rente de « deux marobotins », mon'naie des Arabes
d'Espagne. Cette redevance dans la première rédaction du re-
(1) Voir ces pièces dans Guillaume de Tyr, xi, 28; aussi bien dans les Regesta
Ponlif. rom., de Jaffe, n-^ 6297, 6298, 6343 et 6344.
l'orikxt latin censitaire du saint-siège. 233
gistre est ainsi inscrite : Hospitale novuui sancte Marie
duos inaraboiinos.
Dans les additions faites entre les années 1192 et 1236 est
signalée comme censitaire l'église dédiée à saint Thomas mar-
tyr et à saint Georges de Sisto. Tous les ans le prieur devait
payer au Saint-Père « deux sarrazins », pièces de monnaie
musulmane ou mauresque : Ecclesia sancti Thomœ mar-
tyris et sancti Georgii de Sisto singuiis annis II sarracenatos.
Inscrite seulement au xiii'' siècle, cette redevance était bien
antérieure. Le pape Innocent III dans une lettre adressée au
prieur de cette église, signale le fait pour lequel son prédéces-
seur Alexandre III, qui siégea de II 59 à II8I, accepta la tu-
telle et la redevance récognitive (I). Ce pape avait accordéau dit
prieur l'usage des insignes épiscopaux et pris l'établissement
et ses dépendances sous son patronage. Pour cela, écrivait-il,
« ad indicium protectionis ac libertatis duos sarracenatos per-
solvetis ». Cet établissement était un hôpital anglais situé dans
le quartier de Montmusart, au nord de la ville (2). Ainsi les
compatriotes de l'illustre martyr de Cantorbéry, Thomas
Becket, n'avaient pas tardé à se placer sous sa protection, et
cet hospice dut être un des premiers consacrés à son vocable,
puisque le saint archevêque était martyrisé depuis l'année 1170
seulement.
Après 1236 fut enregistré un autre censitaire romain, du
même ressort de Saint-Jean d'Acre : « l'hôpital de Saint-Jean
de Jérusalem ». Date et origine de la redevance à payer par cet
établissement sont indiquées dans la cote même de l'inscription
camérale. Le pape Alexandre IV déli\Ta le privilège de protec-
tion et stipula le montant du cens par lettre du 8 avril 1255.
Les chevaliers, qui à la prise de la ville à laquelle ils donnèrent
le nom de Saint-Jean et qu'ils dotèrent d'une magnifique
basilique, avaient demandé sauvegarde pour leur château fort
de Krak (actuellement Kalaat-el-Hosn) dans le comté de
Tripoli. A cet effet, « ad indicium concessionis », ils payaient
w une livre d'or » en barre. Les deux clauses sont ainsi libellées :
Hospitale sancti Johannis Jerosolimitani unam libi-am ratione
(1) Cf. Potthast, Reijesta Punlif. rom., n» 5397; XI, 20i>.
{i) Voir Mémoires des anliqualres de France, an. 1878, p. 142, article do M. E. Roy.
234 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
castri Craci, sicut continetur in privilegio quodam doinini
Alexandri pape IIIP' indulto fratribus ipsius hospitalis anno
ejusdeiii domini prinio. — On voit encore , dit l'annotateiir-
éditeur du Liber, quelques vestiges de cet hôpital des cheva-
liers de Saint-Jean. Quant au célèbre château dont il est ici
question, il en est parlé par M. Rey dans \ Étude sur les monu-
ments de r architecture militaire des Croisés en Syrie (l).
En plus de cette concession et de Timposition touchant
l'ensemble de l'établissement hospitalier, le maître et ses su-
bordonnés, déclarés « exempts » de l'Ordinaire par le pape
Clément VI, eurent à payer « un marc d'argent tous les deux
ans ». Cette exemption fut concédée en 1344. Le tout est spécifié
dans cette rédaction : Item debent magister et fratres dicti
ordinis sancti Johannis pro exemptione eis concessaper domi-
num C lementem papam VI, pontificatus sui anno tertio, unam
marcam auri singulis bienniis persolvendum.
6°SiD0N (episcopatus Sidoniensis), dénommée aussi iSÏ<io?ieMS
et Sa get ta ; d-ujourd'hui Sa ïd ou Saida, dans la Turquie d'Asie;
chez les latins, au moyen âge on l'appelait encore Sajette et
Séette. Nous avons déjà ^u que cet évèché fait partie, comme
simple siège « titulaire », de la métropole de Tyr. Il y aies
deux rites grec-melchite et syro-maronite. — Nulle mention
de protection et de cens; ce qui est également pour le
diocèse suivant.
1° Beyrouth {episcojmtus Beritensis). Est aujourd'hui centre
métropolitain en Turquie d'Asie et siège de délégation aposto-
lique de Syrie, érigée le 27 juin 1762. C'est chronologiquement
la première des délégations, c'est-à-dire du représentant direct
du Saint-Siège auprès des fidèles dans les pays qui n'ayant pas
de ministre plénipotentiaire à Rome, ne possèdent pas de nonce.
Ce représentant du pape est ainsi remplacé par un délégué;
de là les délégations apostoliques qui dépendent de la Propa-
gande.
A ce centre métropolitain sont assignés trois archevêques
catholiques des rites maronite, melchite et syrien, mais simples
titulaires, non résidentiels. Les anciens documents officiels
(I) Paris, 1871; p. 39. —Pour la bulle, cf. Potthast, n» 15781 ; it., Regest.
d'Alexandre IV, par La Roncière, n° 310: et Delaville le Roux, Carlulaires des
Hospitaliers de Saint-Jean, n" 2727.
l'orient latin censitaire du SAINT-SIÈGE. ' 235
portent les appellations de Benj fins et Ba?^ythus ; psirfois même,
on a eu désigné cette localité, dit Scaliger, sous le nom de
Bœrea, qui cependant est plutôt la dénomination d'Alej? en
Syrie {A lepensis et Alepum).
8° Panéas {episcopatus Paneensis). Ce titre est accompagné
de cette explication : Que civitas Paneas videlicet alio nomine
Belinas vocatur. Le camérier Cencius voulut, sans doute,
indiquer Banias, appellation encore donnée à cette localité de
la Galilée, non loin du Jourdain et dans les terres au nord du lac
de Tibériade. Mais le vocable le plus connu est Césarée de Phi-
lippe, « Cœsareœ Philippi ou Paneadensis ». Ce siège épis-
copal dans la Turquie d'Asie est suffragant de la métropole de
Tyr, à titre non résidentiel et du rite grec-melchite ou cophte.
9° CÉSARÉE (m^chiepiscopatiis Cesaree). L'ancienne Strato-
nis arx qu'Hérode le Grand nomma Césarée, en l'honneur
d'Auguste; aujourd'hui Kaisarieh en Turquie d'Asie. Cette
ville était la métropole de toutes les localités énumérées ci-
dessus, comprises dans la Palestine P". Saint Pierre y intro-
duisit le christianisme et y baptisa le centurion Corneille;
saint Paul y fut emprisonné. Elle devint le siège d'un archi-
diocèse, et après la destruction de Jérusalem, métropole de la
Palestine, chef-lieu de la Palestine V\ Prise par les Croisés en
1101, elle joua un rôle important pendant les guerres saintes.
Il n'en reste plus que des ruines. Ecclésiastiquement elle est
toujours métropole, ayant pour suffragants, mais non résiden-
tiels, les sièges épiscopaux cV Anthédon, Antipatris, Archelais,
Ascalon, Azoth, Bethléem, Dioclétianopolis, Dora, Éleu-
théropolis, Emmaïis, Gadara, Gaza, Hébron, Jéricho,
Liviade, Lydda, Samarie, Sozusa et Triconium. Au temps
de Cencius le seul suffragant était l'évêque de Sébaste; il n'est
fait mention ni de redevance, ni de censiers.
10'^ SÉBASTE {episcopatus Sehastensis), appelée aussi Samarie;
« que civitas Sebastia s[cilicetl alio nomine diciiur Samaria ».
C'est aujourd'hui le Sivas de la Turquie d'Asie, qui dès le
principe fut dénommé /S'e6<2S^^z« par Pythodoris, reine de Pont,
et plus tard, par Hérode, Sébaste, qui en grec signifie « Auguste ».
Ce siège épiscopal, devenu simple titulaire, fut fondé
vers 1155, trente ans environ après la prise de la ville par les
Croisés. De la métropole de Césarée, dont il faisait partie au
236 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
temps du camérier Cencius, il est présentement dans celle
de Laodicée; aussi le désigne-t-on en chancellerie romaine sous
le titre de « Sébaste de Laodicée », pour le distinguer des
Sébaste d'Isaurie, de Cilicieet dePhrygie. Il faut observer encore
qu'il y a actuellement un évêclié « titulaire » à Samarie, distinct
de celui de Sébaste. On trouve aussi dans cette ville un arche-
vêché résidentiel du rite arménien. — Le registre pontifical de
1192 ne relate aucun censitaire dans le diocèse de Sébaste.
11° Nazareth {archiepiscopatus Nazaree). Métropole ecclé-
siastique à l'époque où Cencius rédigea le Libe.r censiiuin, cette
ville était simple évêché en 1120. Lorsque après la fondation du
royaume de Jérusalem par les Croisés ce siège fut érigé en mé-
tropolitain, on enleva ce titre à Scythopolis, qui aujourd'hui est
redevenu archevêché titulaire, tout comme Nazareth l'est encore.
Ce dernier siège supprimé comme résidentiel en 1818, fut
rétabli titulaire en 1828, mais uni au titre de Trani, archevêché
italien, dans la province de Bari. De cette métropole, actuel-
lement en Turquie d'Asie, dépendait le siège suffragant qui
suit.
12° Tibériade {episcopatus Tyberiadensis). Cette ville, qui
fut en partie détruite par un tremblement de terre en 1837,
avait été établie siège d'évêché à l'époque des croisades. Sous
Constantin il y avait eu déjà un évêque; mais juifs et chrétiens
enfurent expulsés en 638. Selon Le Quien (l),le premier rési-
dant après le rétablissement du siège prit possession en 1109;
pour sûr il y en avait un en 1155. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un
évêché titulaire, dont le titre est généralement porté par un
évêque ayant sa résidence en Italie; la ville est le Tabarièh de
la Turquie d'Asie. Dans la hiérarchie ecclésiastique le siège
relève comme suffragant de Scythopolis avec Bethsaïda, Caphar-
naum, Diocésarée et autres six évêchés. — Pas d'inscription
censitaire dans le Liber.
13° Petra {Petracensis archiepiscopatus). Dans la nomencla-
ture du livre caméral, c'est le dernier siège relevant du pa-
triarcat de Jérusalem; celui-là aussi sans indication censitaire.
Les géographes ecclésiastiques ont confondu souvent diverses
localités homonymes, qui à différentes époques eurent des
(1) Oriens r/irtsllaim^, t. III, p. 1295 et 1301.
l'orient latin censitaire du SAINT-SIÈGE. 237
sièges épiscopaux. LaiPetra des Croisés, entre la mer Morte et
la mer Rouge, devenue métropole latine, est celle dont il est
ici question et qui fut érigée en 1167, d'après les récits de
Gruillaume de Tyr (xx, 2). Le siège épiscopal avait été établi
primitivement à Characmoab; l'archiépiscopal fut porté à
Kéracli ou Selali, à l'est de la mer Morte. Cette métropole a
pour suffragants les sièges simplement titulaires d'Aila, Arad,
Arindela, Avarra, Diboa, Éluse et Zora.
— Il n'est point fait mention dans le Liber de l'évêché de
Jaffa ou Joppe, qui existait cependant au xiii® siècle. Le
titre en subsiste encore et est conféré à un évèque non rési-
dentiel, dont le plus récent était un prélat belge, auxiliaire de
Matines. Ce siège dépend de la métropole d'Édesse, que nous
allons trouver dans le ressort du patriarcat d'Antioche. Jaffa
{Joppensis, Joppenus et Joppes), conquise par les Croisés dès
leur arrivée devant Jérusalem, en 1099, devint le chef-lieu du
comté d'Édesse et siège d'un évôché. C'est dans cette ville que
naquit une fille de saint Louis, et que ce roi apprit la mort de
sa pieuse mère, en 1253. Ce fut à ce port, encore fréquenté par
les pèlerins de Jérusalem, que s'embarqua Jonas; là saint Pierre
ressuscita la veuve Tabithe.
.2° Patriarcat d'Antioche.
Comme entrée en matière, le rédacteur du livre censierobserve
que dans ce patriarcat on comptait 153 églises-cathédrales, tout
autant, ajoute-t-il, que de gros poissons dans les tlots de la
pêche miraculeuse relatée par l'évangéliste saint Jean (xxi, 11).
a In Antiocheno patriarc/iatu centiim siint quinquagenta très
cathédrales ecclesiœ ad instar illius evangelici : Impletum
est rete magnis piscibus centum quinquagenta tribus. » Au
xii" siècle il ne s'y trouvait plus que six archevêchés et autant
d'évêchés. Les sièges métropolitains étaient : Tarse, Édesse,
Apamée, Tuliipa, Coriza et Mamistra. Les évêchés étaient
ceux de Laodicée, Gabala,Antaradus, Tripoli, Biblos et Vala-
née. « De his istis temporibus hos habuit archiepiscopos que
inferius adnotantur. Istos autem habet episcopos idem patri-
archatus. »
238 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Le siège patriarcal, jadis si important, d'Antioche (1), était
devenu un simple évêché titulaire dépendant de la métropole
de Constantinople; présentement il a rang de métropolitain,
et le patriarche latin réside à Rome. Il a pour suffragants les
évêques titulaires de Philomelium, Paralais, Sagalassus et
Thimbrium. A Antioche appartiennent aussi les trois patriar-
cats catholiques des grecs melchites, des Syriens et des Maro-
nites. Le patriarche melchite réside à Damas; le syrien à Mar-
din (en fait à Beyrouth), et le maronite à Bikerki (Liban) (2).
Le premier patriarche latin, Bernard de Valence, fut
substitué au patriarche grec, en 1100, par les Croisés. Ceux-ci
avaient trouvé sur ce siège (1098) un patriarche grec. Le nou-
vel élu, ordonné peu auparavant à Jérusalem, occupait le siège
épiscopal à'Artesia (Artaise) qui dut disparaître tout aussitôt,
puisque aucun géographe ecclésiastique n'en fait plus mention
après cette date. A partir de 1268 le siège patriarcal cessa d'être
résidentiel.
Il est probable que les quatre évêchés inscrits au Liber im-
médiatement après le titre d'Antioche relevaient directement
de ce patriarche, puisque l'écrivain ne les a point placés à la
suite de quelque titre métropolitain. Au reste, ces sièges ne
figurent au regestam censuale qu'à titre de censitaires, mis
sans indication des charges et avantages. Ce sont :
1° Laodicée {episcopatus Laodicensis). Siège épiscopal fondé
au xi'^ siècle, à la suite des conquêtes sur les infidèles; était
désigné sous le nom de Laodiceœ ad Lycum, à cause de la
situation de la ville sur le Lycus ; et encore Laodiceœ Trimi-
taincBy qui avait succédé à l'ancienne Diospolis, puis Rhoas.
C'est aujourd'hui Eski-Hissan, métropole de la Phrygie Paca-
(1) L'éditeur du Liber écrit dans les aunotations : " Au patriarcat d'Antioche, tel
que le trouva Tinvasiou musulmane, ressortissaient treize métropoles. Sur ce
nombre, sept, savoir celles d'Iléliopolis, Bostra, Damas, Araida, Sergiopolis, Théo-
dosiopolis, Émèse, se trouvaient en dehors des pays où les Croisés s'établirent.
Pour les six autres, il n'y a pas coïncidence absolue entre les anciennes listes et
notre provincial (p. 239, col. 1).
(2) L'Antiochen. Graecorum Melchilarum, tombée dans le schisme au x" siècle, fut
rétablie en 1687. — VAnliochen. Syrorum embrasse au vi'' siècle les erreurs d'Eu-
tychès; le rétablissement de la hiérarchie catholique eut lieu en 1783, avec Michel
Giarve, confirmé par le pape Pie VI. — L'Antiochen. Maronitarum tire son ori-
gine de l'abbé Jlai'on, commencement du vif siècle. (Voir l'Annuaire pontifical
catholique, an. 1904, par U'" Battandier.)
l'orient latin censitaire du SAINT-SIÈGE. 239
tiane. Elle a deux sièges, l'un pour le rit latin dont le titulaire
habite ordinairement Rome; l'autre pour le rite grec-melchite,
et ce métropolitain n'est pouvu qu'avec titre épiscopal. — Les
suffragants de cette métropole sont les évèques d'Acmonie,
Attida, Caudique, Cidiessus, Colosses, Dioclée, Euménie, Ezami,
Métellopolis, Sébaste, Synaus, Themisonium, Tibériopolis, Tra-
janopolis et Trapézopolis.
2° Gabala {episcopatus Gabalensis), dont la fondation du
siège épiscopal date de la même époque que le précédent (xi' s.).
On l'a confondu parfois avec un autre Gabala ou Gabula qui
se trouvait aussi dans la province d'Antioche, mais très retiré
dans les terres. Celui qui est ici mentionné est le Gabalensis ou
Christopolis, aujourd'hui Dsibile ou Gébileh, simple évêché
titulaire conféré à quelque auxiliaire d'évêque résidentiel.
3° Antaradus [episcopus Anteradensis). Ville forte au temps
des croisades, et connue aujourd'hui sous le nom de Tortosa.
Le siège épiscopal y fut établi après la conquête, et il a été
confondu quelquefois avec celui à'Arados (Aradus), l'un et
l'autre sur le littoral méditerranéen, en face de l'île de Ruad.
En droit ces évêchés ressortissaient à la métropole phénicienne
de Tyr; mais le patriarche latin d'Antioche ne tarda pas à les
joindre à ses suffragants syriens. Il en fut de même pour
l'évêché suivant. Ce titre épiscopal ne paraît même plus pré-
sentement parmi les non résidentiels.
4° Tripoli {episcopatus Tripolitanus). Nous venons de dire
que, quoique de la province phénicienne, le patriarche étendait
sa juridiction sur cet évêché. Le nom désigne que cette ville
avait été formée par trois colonies venues de Tyr, de Sidon et
d'Aradus. Elle fut prise par les Croisés en 1109, après un siège
de dix ans, et devint la capitale d'un comité qui fut un des quatre
grands États fondés par les chrétiens en Asie, le long de la
Méditerranée. Le premier souverain de ce comté, qui subsista
de 1109 à 1289, fut Bertrand, fils aîné de Raymond, comte de
Saint-Gilles et de Toulouse. Alors Tripoli eut un évêque. C'est
aujourd'hui la ville la mieux bâtie de la Syrie et dépend de
l'éyalet de Saïda sous le nom turc de Tarabolos. Son siège
épiscopal est purement titulaire avec rites grec-melchite et
syro-maronite.
5° BiBLOs [episcopatus Bibliensis). Évêché que nous avons
240 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
trouvé parmi les suffraganls de Tyr, ainsi que les deux précé-
dents, mais au temps de Cencius adjoints au patriarcat d'An-
tioche. Le rédacteur du Liber identifie cette ville avec Gibelet,
par cette note qui accompagne la cote d'inscription : Que civi-
tas Biblium videlicet /loclie Gibelet dicitur. C'est présente-
ment cette même dénomination géographique, qu'on écrit aussi
Djebel. L'évêque de Bybii ou Byblensis ne réside pas.
6° Tarse {arehiepiscopatus Tarsensis), le Tarsoiis actuel de
la Turquie d'Asie, et jadis Ctjdnus, nom emprunté au fleuve
qui arrose cette contrée. C'est un centre métropolitain dont les
suffragants sont : Augusta, Coricus, Issus, Mallus et Zephy-
rium. Il y a deux sièges, l'un du rite latin, l'autre du grec-
melchite, dont les titulaires résident ailleurs. Cette ville, qui
devint la rivale d'Athènes et d'Alexandrie par sa magnifi-
cence et ses écoles, se glorifie d'avoir été le berceau de saint
Paul. Au temps de la rédaction du livre censier, on n'attribuait
aucun suffragant à cette métropole pas plus que de censitaire
apostolique.
7°Édesse [a rc/uepiscopa tus Edessensis) . Aujourd'hui encore
chaire métropolitaine comme au temps de Cencius, mais à
simple titre, sans résidence du titulaire. Elle a actuellement
comme suffragants : Byrta, Calinique, Carre, Circesium,
Dantara, Imera, Joppe, Marcopolis et Besaïne. Le frère de
Godefroi de Bouillon, Baudouin, prit cette ville aux musulmans
en 1094 et en fit le siège du comté qui fut un des plus grands
fiefs du royaume de Jérusalem, lequel subsista jusqu'en 1145.
Tombée au pouvoir des Turcs ottomans en 1657, elle fait main-
tenant partie de leur empire sous le nom cVOrfa. On la dénomme
aussi Boha, et au xif siècle, d'après la note du camérier papal,
elle était le Bages Medorum fRliagès), qui rappelle la ville de
Médie où l'ange Raphaël conduisit le jeune Tobie : Que civitas
Edesse videlicet alio nomine dicitur Bages Medorum. Dès
l'introduction du christianisme elle joua un rôle important; à
une époque on y comptait plus de 300 monastères, et saint
Ephrem y séjourna.
8° Apamée [arehiepiscopatus Appamiensis), de nos jours
encore métropole ecclésiastique groupant les sièges suffra-
gants (ÏAmatha, cVAréthuse, de Balanée et de Baphanée. Au
temps du rédacteur Cencius le seul suffragant était Valanée (le
l'orient latin censitaire du SAINT-SIÈGE. 241
Balanée ci-avant), dont nous allons parler. Mais tous ces sièges,
y compris le métropolitain, ne sont que titulaires. Sept villes
portant le nom d'Apamée ont mis de la confusion dans Tiden-
tification de celle-ci, qui fut anciennement VAfamiah, et actuel-
lement Famieh en Syrie.
9° Valanée [episcopatus Valaniensis), plus communément
désignée sous le nom de Balaneus et Balneas, petite localité
du littoral, au sud de Gabala. Simple siège titulaire, dont un
prélat français, nommé en 1898, résidait à Colombo (île de
Ceylan), tout en étant auxiliaire de l'archevêque de cette ville
métropolitaine.
10" Tulupa (archiepiscopatus Tulupensis) . Quoique le rédac-
teur de l'inscription ait eu le soin d'ajouter : qui etiam Eliopo-
litanus appellafur, il n'est pas aisé d'identifier cet évêché.
Ainsi que l'observe l'éditeur-annotateur, « Tulupa, un peu au
nord de Cyr, ne répond à aucun siège antique ». Il y a bien
une localité épiscopale dénommée Héliopolis, qui n'est autre que
Baalbek, mais elle est fort loin dans l'Euphratésienne et de la
province de Damas. Je penserais plutôt à Hiérapolis, ajoute
notre éditeur, c'est-à-dire à Mabboug, ancienne métropole de
cette dernière province, dont le titre avait été rattaché à Tu-
lupa. Actuellement Héliopolis (Baalbek), vraisemblablement
la ville de Baaloth fondée par Salomon, est une métropole
simplement titulaire en Turquie d'Asie. 11 y a deux sièges catho-
liques, l'un des maronites, l'autre des melciiitos.
11" Cyr {archiepiscopatus Corizensis). Plus de trace de ce
siège qui était métropolitain au xii^ siècle, et paraît l'avoir
été encore jusqu'à la conquête de xMahomet 11 en 1543. Celte
ville dénommée Coriza n'est autre que le Kyrrhos des an-
ciens et le Coritium des Croisés, dans la province Eupliraté-
sienne.
12° Mamistra (aj-chiepiscopatus Mamistrensis). Dépend au-
jourd'hui de la métropole d'Anazarbe, en Turquie d'Asie, et la
ville est connue sons le nom de Messis. C'est l'ancienne
Mopsueste, dans la IL' Cilicie et qui devint métropolitaine par
le transfert du siège d'Anazarbe. (Quelques auteurs ont con-
fondu cet évèché, qui datait du v" siècle, avec celui de Mallus
(Malo), dépendant actuellement de la métropole de Tarse cl dans
la Petite Arménie. Les appellations latines, autant que sa situa-
OlilENT ClliniTllCN. itj
242 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
tion au nord de Malins et au sud d'Aiiazarbe, ne permettent
pas cette identification. Notre Mamistra est toujours désignée
sous les appellations de Maniistranus, Mamisirenus eiMopsues-
tiensis. De nos jours Mopsuesto est simplement évêché titulaire.
Là s'arrête la nomenclature des sièges censitaires dressée
par Cencius; nous allons voir que, postérieurement à la pre-
mière période du Liber, une seconde main ajouta quelques
autres titres censitaires. Le camérier clôt sa liste par cette re-
marque se rapportant aux sièges dépendant du patriarcat
d'Antioche : Archiepiscopi supradicti carent episcopis prop-
ter destructionem civitatum. Les guerres avaient anéanti les
villes épiscopales du ressort de cette métropole. Pour comble
de malheur s'était consommé le schisme qui sépare encore
l'Église grecque de l'Église catholique. A partir de cette époque
(1054), l'affaiblissement de l'empire d'Orient fit des progrès
rapides, et les divisions de ses ennemis retardèrent seules sa
chute. Malgré les secours demandés à l'Occident, rien ne peut
être consolidé dans ces régions où Grecs et Latins sont si op-
posés de caractère, de mœurs et d'habitudes. Les guerres ci-
viles achevèrent ce que la corruption de l'empire grec et les
coups portés par les Musulmans n'avaient que trop bien pré-
paré.
On comprend que plus que partout ailleurs la protection du
Pape était nécessaire, que les communautés de l'Église latine
avaient à recourir à cette tutelle; mais comment se seraient-
elles groupées pour faire défendre leurs droits et leurs biens;
d'autre part, comment la papauté pouvait-elle assurer son assis-
tance? Les souverains pontifes avaient bien suscité les expé-
ditions des chrétiens occidentaux; mais leurs œuvres ne
subsistaient pas longtemps, sous le coup des soulèvements et
du fanatisme qui occasionnaient tant de ruines au milieu de
ces riches et ardentes populations orientales. Aussi bien le
rédacteur du Liber censuum ne put que dresser le tableau des
diocèses soumis au Saint-Siège, sans avoir moyen d'inscrire
et d'attester les secours pécuniaires ou les redevances qui au-
raient dû en venir.
l'orient latin censitaire du SAINT-SIÈGE. 243
3" Patriarcat de Constantinople.
Aux titres que nous venons de parcourir, on consigna dans
le Regestwn censier, probablement au xiii" siècle, trois censi-
taires, avec le détail de leurs obligations et de leurs droits.
Ces mentions sont écrites de seconde main et pour l'époque
que l'éditeur dit ne pas être postérieure à l'année 1236. Ces
établissements censiers se trouvaient dans l'empire de Constan-
tinople fondé en 1204. Cette année-là, les Croisés, au nombre
de 20.000, s'emparèrent de cette ville, et voyant l'anarchie
dans laquelle était tombé l'empire d'Orient, placèrent sur le
nouveau trône, au titre d'empereur, Baudouin, comte de Flandre
et de Hainaut. — Nous avons déjà dit que l'antipathie de race
rendit impossible la fusion entre Grecs et Latins; aussi l'em-
pire de Constantinople succomba-t-il après une durée d'un peu
plus d'un demi-siècle (1261). C'est donc entre ces deux dates
que durent être inscrites les cotes censitaires qui vont suivre.
Quant au chef-lieu de l'ancien patriarcat, il n'est plus au-
jourd'hui que le siège d'un Vicariat patriarcal apostolique.
En 1762, la Syrie, la Palestine, l'île de Chypre furent déta-
chées de ce siège pour former le Vicariat apostolique d'Alep,
qui à son tour fut démembré pour la constitution du nouveau
patriarcat latin de Jérusalem comme nous l'avons vu ci-avant.
Un décret du 3 mars 1868 confère le vicariat de Constantinople
pour les latins, comme celui de vie. pair, ap., d'après le
décret de Benoît XIX, du 15 avril 1742. Le titulaire est de plus
« délégué apostolique », avec résidence à Pancaldi. Pour les
Bulgares, voir ce que nous disons plus haut à propos de la
Thrace et de la Macédoine.
Ce patriarcat, fondé en 325 avec Métrophane, cessa en 1043
avec Michel Cérulaire. 11 devint siège latin effectif (résidentiel)
en 1205 avec Maurocenus, et demeura tel jusqu'à l'expulsion
de Pantaléon Justinianus en 1261, alors que les schismati-
ques conduits par Michel VIII Paléologue s'emparèrent de la
ville. Depuis lors le titre est conféré à des prélats non résidents.
« On remarquera, dit M^' Battandier, que si les autres pa-
triarcats ont plusieurs titulaires suivant les divers rites, celui-
244 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
ci n'a qu'un seul titulaire, qui réside à Rome. C'est bien la
fin du fameux patriarcat de Constantinople qui a été pour
rÉglise la cause de tant de maux (1). »
En 1830, le pape Pie VIII, ému des souffrances des Armé-
niens de la Turquie d'Europe, cruellement persécutés, leur
donna un archevêque-primat qui s'établit à Constantinople et
exerça sa juridiction sur tous les Arméniens non soumis au
patriarcat de Cilicie. Vingt ans plus tard. Pie IX créait six
diocèses arméniens dans l'Asie Mineure et les plaçait sous la
dépendance de l'archevêque-primat. Cependant les Arméniens
désiraient la réunion de leur siège patriarcal de Cilicie et du
siège primatial. Pour préparer cette réunion, il fut décidé qu'à
l'avenir ce siège patriarcal serait transporté à Constantinople;
ce qui a été établi par la bulle Reversuriis du 12 juillet 1867 (2).
Les censitaires du ressort de Constantinople sont ainsi si-
gnalés dans le registre de la Chambre apostolique :
« In imperio Constantinopolitano. 1° Apud Tliessalonicam
monasterium Acapni débet annuatim X yperpera pro censu.
Ipsum enim monasterium dominus Imiocentius papa III,
pontiftcatus sui anno XIII, sub ecclesie Romane protectione
recepit sub predicto censu annuatim solvendo. » Aux termes
de ce relevé, la « protection » accordée par le souverain Pon-
tife remontait à l'année 1210. La bulle signalée est datée du
30 mars, comme on peut le voir dans le texte publié par
Potthast (3). On y lit la clause très explicite du gage de tutelle,
de même que le quantum de Tobligation récognitive : « ad in-
dicium protectionis perceptce decem hyperpera annis singulis
persol vêtis ».
Du monastère d' Acapni, ainsi placé sous la protection apos-
toliciue, nous ne savons que ce qui en est dit dans la brève
annotation du scribe fiscal : il était situé dans la juridiction,
peut-être même dans la ville de Thessalonique, capitale de la
Macédoine. Là était le siège d'une métropole ecclésiastique;
mais la métropole civile disparut à l'époque de la réunion de
cette ville à l'empire de Nicée, en 1232. Aujourd'hui au pou-
(1) Annuaire pontifical catholique, an. 1904, p. 2G1.
(2) \o\v Atlas des Missions catholiques, j^ar Werner, traduit de rallemand par
Valérien Groffior. — Lyon, 1886, bureaux des Missions catholiques.
(,3) Rdî/esta pontif. rom., n° 3953; XIll, 36.
l'orient latin censitaire du SAINT-SIÈGE. 245
voir des Turcs, sous le nom de Saloniki (Salonique), elle a
un siège métropolitain titulaire, dont les suffragants sont :
Acanthe, Apollonie, Lita, Parëcopolis, Thasus et Torone.
Les catholiques du rite grec-bulgare ont les deux vicariats
apostoliques de Thrace et de Macédoine, Tun pour les Bulgares
de ce rit. Ce siège fut érigé à Salonique par Léon XIII, le
12 juin 1883. Salonique est aussi la résidence d'un métropolite
schismatique grec. — Le cens annuel du couvent d'Acapni
était payé en monnaie d'or des empereurs grecs dite yper-
près.
2° A Constantinople l'important hôpital dit de Saint-Samson
relevait aussi du souverain Pontife, et de ce chef était imposé
annuellement de trois yperprès.^pwoJ Constantinopolim hospi-
tale sancti Sansonis débet annuatini ecctesie Romane pro
censu III yperper. Ce fut Innocent III qui prit sous sa pro-
tection les biens dudit hôpital, y compris le castrum (château)
de Garelli, don de l'empereur Henri. L'engagement réciproque
fut stipulé par une lettre pontificale du 10 juillet 1208, et con-
firmé par second document apostolique, daté du 16 mars 1210.
Malheureusement la partie de ces titres adressés « Magistro
(Pr^ceptori) etfratribus hospitalis », ne s'est pas conservée (1).
Ce œenodochiiim, le plus célèbre de Constantinople, était
situé derrière la basilique de Sainte-Sophie, entre cette église
et Sainte-Irène; sa fondation remontait au delà de Justinien (2).
3° Un troisième censitaire est désigné sous cette formule :
Ecclesia sancti Marci Cretensis débet annuatim, ecctesie Ro-
mane pro censu I yperperum. Les renseignements faisant
défaut, il est aussi difficile d'identifier cet établissement
ecclésiastique et de dire le motif de la tutelle apostolique, pour
laquelle il fut inscrit dans le registre caméral. S'agit-il d'une
église dédiée à saint Marc dans la ville ou le ressort de Cons-
tantinople, ou bien faut-il se transporter en Crète, le Cretensis
de la grande île de Candie en Turquie? Ce siège épiscopal,
actuellement suffragant de Smyrne, eut des archevêques latins
depuis l'année 1213 jusqu'en 1669. Le pape Pie IX rétablit
(1) Cf. Potthast, n"' 3451, 3938, 5211, et Pressuti, n" 4088.
(2) Sur les restes de la chapelle, identifiés par Mordtmann, voir Revue de l'art
chrétien, 1891, p. 472. — Relativement à la fondation, cf. Procope. Aedif., I, 3,
traduction par Martin Fumée; it., Ducange, CP. chrisliana, p. 161.
246 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
l'évêché le 21 décembre 1874, avec résidence du titulaire à La
Canée.
Le Provincial de FÉglise d'Orient au moyen âge sera-t-il ja-
mais complété? Nous le souhaitons. En l'état où il est, on peut
croire que ce n'est qu'un fragment. Si les fascicules du Liber
censuum, qui sont encore à paraître, en apportaient quelque
autre partie ou des documents plus circonstanciés, ce serait
une bonne fortune pour ceux qui s'intéressent à la vie de cette
Église dans les temps anciens. Sa constitution même pour la
période que nous avons parcourue devait être autrement impor-
tante qu'elle ne le paraît dans les courtes et sèches indications
du rédacteur.
Une chose qui frappe quand on rapproche la nomenclature
des censitaires orientaux des listes concernant les autres pays
de la catholicité, c'est le peu de variété dans la matérialité du
cens payé par les premiers. On ne relève pour ceux-ci que
des redevances en monnaie d'or, et par trois fois certaine quan-
tité de ce métal non monnayé. Des autres régions arrivaient au
Saint-Siège des étoffes de lin ou de soie, du drap d'or, de l'en-
cens, de la cire, de l'huile, des aromates, des chevaux avec ou
sans leur harnachement. Les contrées maritimes envoyaient
des poissons frais ou même en salaisons. Le Groenland se libé-
rait avec des peaux de bœufs et de phoques,' des dents de mor-
ses, des fourrures. Ceux qui étaient plus proche de Rome
fournissaient la table pontificale de pain, de vin, d'épices, de
gâteaux, de fruits fraîchement cueillis (1).
(I) A titre de simple indication, et pour montrer ce côté utilitaire du Liber
censuum, nous citerons parmi les offrandes ou redevances envoyées de l'église de
France, « un cheval blanc avec son baudequin, equum album coopertum baldechino «
(église de Remiremont, au diocèse de Saint-Dié); puis plus tard on ajouta " un au-
tour, auscoHnum ». Le monastère de Saint-Bernard de Romans (diocèse de Va-
lence) adressait tous les ans ■< un setier d'amandes, sextarium amicdalarum •■.
Celui d'Anlau (diocèse de Strasbourg) fournissait annuellement « 3 pièces de lin à
l'usage du pape, trespannos lineos pontifici usui aptos ». A Autun, le monastère de
Vézelay donnait « 1 livre d'argent pur, i libram argenti puri », etc., etc.. Cf.
notre Étude signalée plus haut. En Italie, par exemple, l'évêque d'Anagni devait
offrir à chaque couronnement de pape, « 65 coudées d'étoffes, 200 écueUes et 20
sous ». Dans ce même diocèse, les habitants d'Anticoli avaient charge d'envoyer,
pour la fête de Noël, <■ 50 échinées de porc et 50 gâteaux », dits placentas (Voir
pour ceci Liber censuum, fasc. I, p. 12).
l'orient latin censitaire du saint-siège. 247
A part ces dernières offrandes en nature, FOrient pouvait pré-
senter des objets aussi utiles et non moins appréciables. La
richesse du sol, son industrie très avancée, son vaste commerce
lui permettaient de rivaliser avec l'Occident, soit pour les
étoffes et les denrées, soit pour des objets d'art et les matières
précieuses. Il faut bien dire qu'il était difficile aux catholiques
d'entretenir des relations d'affaires avec Rome, alors que leur
pays était déchiré par les guerres de race dégénérant en luttes
religieuses, qui allaient jusqu'au schisme. Bien plus aisément
ils pouvaient faire parvenir l'argent, soit par le collector offi-
ciel, soit par quelque banquier attitré, notamment par les Tem-
pliers, tout indiqués pour cet office et qui entretenaient des
relations avec leurs nombreuses maisons dans toute la catho-
licité. Ainsi, entre autres faits, le patriarche de Jérusalem, Gi-
raud, informait (v. 1232) le cardinal de Capoue que l'évêque
d'Acre lui avait remis 300 marcs, provenant d'un don de l'évê-
que de Norwich (Angleterre), et qu'il a déposé cette somme chez
les Templiers où elle est à la disposition du pape (1).
Au demeurant, que l'Orient, aussi riche fût-il, ait peu fourni
de ressources au Saint-Siège, il n'y a pas de quoi s'étonner.
A l'époque qui nous a occupé dans ce travail de statistique, c'est
la Papauté qui fournissait au contraire des ressources à la
malheureuse Église orientale. Que de fois les papes firent appel
à l'Occident pour l'entretien des armées destinées à la déli-
vrance du Saint-Sépulcre et à la défense des chrétiens contre
la barbarie des infidèles! C'était l'impôt de la guerre sainte,
dite aussi ô! ultramare, la vicesima Terrœ sanctœ, décrétée
par le concile de Latran (2).
Le berceau de l'Église catholique méritait bien ce dévoue-
ment et ces sacrifices. Les pontifes romains, on le sait et nous
l'avons rappelé ci-avant, ne faillirent pas à ce devoir : en cou-
vrant de leur protection l'Orient chrétien, ils faisaient plus que
se désintéresser des modiques redevances que leurs « protégés »
(1) « ... a magistro hospitalis sancti Johannis recepimus centuni marchas, et ab
officialibus fratris... Acconensis episcopi ducentas de helemosina... Nonvicensis
opiscopi, et eas deposuimus in loco tiito, videlicct in domo Templi, ut ad man-
datum domini pape et vestrum, quandocumquc necesse fuerit, fideliter expen-
dantur ». Cf. Liber censuum, fasc. IV, p. 481-48-2.
(2) Potthast, n" G900.
248 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
devaient payer comme signe d'attachement et de piété filiale,
et compensation de « la liberté et exemption » dont ils bénéfi-
ciaient. Le cens, en effet, était plutôt lien moral que charge
matérielle. Lorsque l'Orient ne put pas prouver ainsi son atta-
chement au siège apostolique, il n'en était pas moins cher au
cœur du pontife de l'Église universelle. Non seulement le Père
déchargeait ces enfants de cette obliii'ation, mais il leur parta-
geait ses ressources et se faisait mendiant pour les secourir.
Ces dernières réflexions suggérées par un côté de la présente
étude peut être une réponse de plus aux attaques trop souvent
suscitées contre la Caméra pontificale, soit au sujet de ses
prétendus trésors, soit à propos des réformes fiscales introduites
par les plus grands papes du moyen âge. Que de fois les pon-
tifes de Rome eurent à dire avec Honorius III : « Camerani
evacuavimus, la caisse est épuisée! » Ce n'est pas l'Église
d'Orient qui aidait à la remplir...
Sans plus de considérations et de déductions, nous résume-
rons cette étude en ces quelques lignes : Par des pièces d'une
authenticité indiscutable, on connaît la partie de l'Église orien-
tale inscrite officiellement comme tributaire du siège aposto-
lique. Répandus entre les trois patriarcats de Jérusalem, d'An-
tioche et de Constantinople, dix-neuf centres diocésains pouvaient
se réclamer de la « protection papale y>. Que si la quotité du
cens est consignée pour huit communautés ou individualités
seulement, il ne faut pas en conclure que les temporalités du
Saint-Siège dans l'Orient chrétien n'aient pas été plus nom-
breuses. Évidemment les églises, les couvents et établissements
religieux qui, dès la première heure, fleurirent en grand nom-
bre dans cette partie de la catholicité, ne furent ni moins dévoués
au pontife romain que ceux d'Occident, ni moins intéressés à
profiter des avantages de « l'exemption » et des garanties assu-
rées par « la tutelle papale ». De leur côté les papes étaient aussi
vigilants sur le temporel et le spirituel de ces fidèles, et autant
obligés à les faire participer aux charges connues de la sainte
Église. Le silence et le laconisme du Regestum censuale ne
sauraient infirmer ces droits et ces devoirs respectifs. Malgré
leur rareté et leur peu d'étendue, les notes laissées en ce livre
par les clercs de la trésorerie apostolique, suffisent néanmoins
l'orient latin censitaire du SAINT-SIÈGE. 249
à prouver que, du xii" au xvi" siècle, l'Orient latin était attaché
au siège romain plus que par la foi et la hiérarchie : il en était
aussi censitaire.
Camille Daux,
missionnaire apostolique.
NOTE ADDITIONNELLE
Un nouveau fascicule du Liber censuiim (le cinquième) a paru au moment
où ces pages étaient à l'impression. 11 débute précisément par une seconde
nomenclature des diocèses de l'Église orientale ; mais, outre que ce docu-
ment ne nous apprend rien de plus au sujet des censitaires du Saint-Siège,
l'éditeur observe que la majeure partie « est dépourvue de valeur et ne ré-
pond à aucune réalité ecclésiastique ». Toutefois ce catalogue, qui repro-
duit (p. 4-8) la constitution diocésaine de l'Orient à telles époques qui ne sont
pas précisées, fait connaître bien des sièges épiscopaux passés sous silence
dans la liste ci-dessus énumérée. De part et d'autre la titulature est com-
prise dans les trois patriarcats de Jérusalem, d'Antioche et de Constanti-
nople.
1° Pour le patriarcat de Jérusalem on relève 74 sièges épiscopaux, sous
4 métropoles, qui sont : Césarée (avec 19 sufFragants), Scythopolis (8 suff.),
Petra (12 suff.) et Bostra (35 suff.). — A propos de Scythopolis, ou Bethsan, le
rédacteur remarque qu'à son époque (et nous l'avons constaté ci-avant) ce
siège fut transféré à Nazareth, hodie translata est sedes ad Nazareth:
et il en donne le motif de convenance, qu'il est bon de consigner ici : ob
venerationem annuntiationis dominice et nativitatis béate Marie virginis.
— En plus de ces évêchés, il y en avait 26 autres suffragants directs de
Jérusalem, tandis que nous n'avons eu à en signaler que 3. Au total, d'aprè.'i
cette nouvelle rédaction, dans ce patriarcat se mouvaient 103 sièges archié-
piscopaux ou épiscopaux. On pourra rapprocher cette liste de celle qui fut
donnée ici même, dans l'article sur L'érection du patriarcat de Jérusalem^
451, par le R. P. Siméon Yailhé {n" 1, année 1899). D'après le préambule du
Liber ce patriarcat aurait été institué au cinquième concile œcuménique.
2° Dans le patriarcat d'ANTiocHE qui, d'après la rédaction ci-avant, devait
comprendre 153 cathédrales, le nouveau catalogue en porte 114 plus 11 mé-
tropoles ; mais il ne mentionne pas de suffragants directs du patriarche,
alors que nous en avons constaté 5 dans la nomenclature précédente. Les
métropoles du nouveau catalogue sont : Tyr (avec 13 suffragants), Tharse
(5 suff.), Édesse (10 suff.), Apamée (7 siiïï.), Biérapolis (S snîf.), Bostra
(19 suff.), Anavarza (8 suff.), Séleucie (24 suff.), Damas (10 suff.), Xicosie
2;!!)0 REVUE DE l'orient chrétien.
(3 suff.) et Tirnovo (7 suff.)- H faut ajouter Yerinipolis et Ani, que le ré-
dacteur place sous la désignation de calholici. Le premier siège est
celui de Bar/dad sur le Tigre, ancien archevêché arien, devenu évêclié
latin en 1632 ; le second est VAni-Kari, ou Perside, érigé au concile de Nicée
en 325, autrefois siège des patriarches arméniens.
3» En ce qui concerne Constantinople, le rédacteur que nous avons
suivi a mis pour cote : in imperio Constant inopolitano, ce patriarcat,
au xii<= siècle, n'était pas au pouvoir des Latins ; le second rédacteur porte,
au contraire, la rubrique ecclésiastique in archiepiscopatu. Tandis que le
premier n'a cité que trois titres, ici nous avons une liste de 23 métropoles,
plus 6 évêchés suburbicaires. Les métropoles sont : Héraclée (avec 7 suff.),
Parium (3 suff.), Esquise (9 suff.), M é risse (3 suff.), Vadyte, Andrinople
Trajanopolis (1 suff.), Makii (1 suff.), Messinopolis (1 suff.), Philippes
(3 suff.), Serrés, Thessalonique (2 suff.), Larisse (6 suff.), Néo-Patras
(1 suff.), Thèbes (2 suff.), Athènes (8 suff.), Corinthe (1 suff.), Patras
(7 suff.), Corfou, Durazzo, Crète (4 suff.), et Colosse ou Rodes. Ce sont donc
59 évêchés, relevant de 23 métropolitains, à ajouter aux 6 sièges autocé-
phales ou indépendants. •
Dans ce patriarcat nous trouvons les trois censitaires précédemment en-
registrés et avec la même formule : a) l'hôpital de St-Samson : b) le monastère
d'Acapni ; c) St-Marc Cretensis. Au sujet de ce dernier nous avons ici la ré-
ponse au doute que nous émettions : il s'agit d'une église dédiée au saint
évangéliste dans la cité même de Crète.
— Ainsi donc, comme nous l'exprimions au début et à la conclusion du
présent article, la suite de la publication du Liber censuum est venue déjà
aider à combler de regrettables lacunes sur la composition de l'Eglise
d'Orient à travers les âges. Il en est de même pour diverses parties du
monde catholique. Ces listes sont encore complétées par les extraits du ma-
nuscrit d'Albinus qui forment une troisième partie de cette publication
(cf. pp. 96-106; et, pour le cens du monastère \alle Josaphat, au patriarcat
de Jérusalem, voir p. 122).
C. Dvux.
DOCUMENTS DE SOURCE COPTE
SUR LA SAINTE VIERGE
{Fin) (I)
2. Épigraphie.
Le nom de Marie est aussi célébré par Tépigraphie copte.
Parmi les nombreuses épitaphes retrouvées en Egypte et con-
servées au musée des antiquités égyptiennes au Caire et au
musée gréco-romain d'Alexandrie, les unes prennent l'allure
de litanies ; la Sainte Trinité, la Sainte Vierge, les Saints y sont
invoqués en faveur du défunt.
Marie y est désignée sous les titres :
BAriA uApiA sainte Marie;
■tnApeeiioc hbovab la Vierge Sainte ;
-fuAciiovf, -f-oeoTOKoc la Mère de Dieu;
ouAv eeovAB irre nxc la sainte mère du Christ;
euAT GTcuApcooTT 'iiT6 nxc la uièro béulc du Clirist ;
OUAV u nia)ii J3 la mère de la vie.
Comme exemple, voici deux de ces épitaphes copiées au musée
d'Alexandrie :
N° 289. [neitoT n."JHpe neniiA
eTOVAAB ARA
lepeuiAC ARA eu]
LiiX IIBIIIUJT UIJCA
H.\ = PABpiHA = OAT
lA UApiA AUA Cl
(1) Voy. 1905, p. 182.
252 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
liVAA = ApmueeoT
e iiiepHMiAC naco
Il iVBBUTOii uoq
Il cor = Kï. == unA^o
lie == 211 iioveipH
Il H eau H II a ii6Tpe
lieBCOII ABUTOII LIOB
ncov le iieu^ip
2611 OV HipHIIH
2AUHII
(« Le Père, le Fils, le Saint-Esprit, apa Jérémie, Apa) Enoch,
notre père Michel, Gabriel; sainte Marie, mère Sibylle; souve-
nez-vous de Jérémie, mon frère, il s'est endormi le 27 Pachons,
en paix. Amen. Pierre, son frère, s'est endormi le 19 Amschir,
en paix. Amen. »
N° 275. [neicoT] ii^upe iien
[liev]uA 6TOVAAB
[ara mjpHUIA ARA
[eilCOx] BATIA LIApiA
[ctbta]aa naiicoii
■ Il TAB6
IICOOV »
r»6iii »
« Le Père, le Fils, le Saint-Esprit, Apa Jérémie, Apa Enoch,
sainte Marie, mère Sibylle, notre frère (s'est endormi) le... de
ïobi.... »
II
MONUMENTS
La littérature copte n'est pas seule en Egypte à chanter les
gloires de la Vierge Immaculée; les arts aussi s'unissent à ce
concert de louanges et la note qu'ils ajoutent ne manque pas de
suavité. L'architecture édifie des églises en l'honneur de Marie ;
sous la main de l'artiste, le marbre, le bois, les toiles s'ani-
DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 253
ment pour reproduire ses traits majestueux. Cependant, ne de-
mandons pas de chef-d'œuvre à l'art copte, il n'est pas riche en
ce genre de productions. Faute de parfait et de fini, contentons-
nous de l'idée et de la bonne volonté de l'auteur.
Il ne peut être question d'entrer dans tous les détails que
comporterait le sujet, nous le limitons à deux chefs principaux :
les églises et les monuments figurés.
1. ÉGLISES.
Au xi^ siècle, il y avait en Egypte plus de soixante églises
dédiées à la Sainte Vierge (1).
Elles s'échelonnaient sur les deux rives du Nil depuis Alexan-
drie jusqu'à Assouan.
Chaque ville, chaque bourg important en possédait une ou
même plusieurs. Il s'en trouvait deux à Taha, autant à Aschrouba
en Haute-Egypte, trois à Coptos en comptant celle du monas-
tère placée également sous le vocable de Marie, six au Caire.
D'un grand nombre de ces églises, il ne reste rien aujourd'hui;
elles sont tombées, victimes de l'abandon et parfois de l'incen-
die ou du pillage des envahisseurs. Déjà au xv" siècle, d'après
l'historien arabe Makrizi, beaucoup avaient été détruites. De
celles du Caire cinq ont échappé à la ruine et sont encore
lieux de culte. Dans la dédicace des églises, les Coptes ne con-
naissaient pas ces distinctions de vocables, si répandues dans
l'Église latine; ils n'avaient pas l'église de l'Assomption, de la
Nativité; c'était toujours « l'église de la Vierge, de la Vierge Ma-
rie, de Notre-Dame, la Vierge pure ». Une seule exception se
trouve dans une église située à dix-huit milles du Vieux-Caire
et connue sous le nom de « Mère de Dieu ».
'Le calendrier de l'Église copte indique au 21 Tobi (Janvier)
« la consécration de la première église placée sous le vocable
de la Vierge, mère de Dieu ». C'est l'église du fameux monas-
tère de la Haute-Egypte, deir-el-Moharraq , construit sur le
lieu même où, d'après la légende copte, séjourna la Sainte Fa-
mille durant son exil.
(I) Evctts et Butler, Churches and inona^tcries in Ef/ypl by Abou Saleh, Oxford,
1895.
254 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Au rapport d'Abou Salelj, c'est la plus ancienne église de la
Haute-Egypte; la consécration en fut faite avec solennité le
6 Hathor et le rit qui fut employé servit de modèle à toutes les
consécrations postérieures.
Effectivement cette église semble remonter aux premiers siè-
cles du Christianisme en Egypte et avoir joui dans l'antiquité
d'une grande renommée. Tous les historiens musulmans ou
chrétiens la mentionnent avec le monastère qui lui est attenant.
D'après Makrizi, un nombreux pèlerinage s'y réunissait le jour
de la Pentecôte. Le discours attribué au Patriarche Théophile
(fm du iv" siècle), prédécesseur de saint Cyrille, en fait un
magnifique éloge (1).
Théophile était allé en Haute-Egypte pour faire fermer les
temples païens. La fête de l'église de Moharraq approchant, on
l'invita à venir la célébrer lui-même au couvent où vivaient
trois cents moines. Il y arriva accompagné de dix évêques, trois
jours avant la fête (21 Tobi), y resta un certain temps et c'est là
qu'il aurait prononcé ce discours où il célèbre la gloire de cette
montagne sanctifiée par les pas de l'Enfant Dieu et de sa Mère
Immaculée.
Quoi qu'il en soit, monastère et église sont aujourd'hui en-
core en grand honneur parmi les chrétiens de la Haute-Egypte.
Soixante-dix moines, malheureusement schismatiques, y gar-
dent les traditions de leurs prédécesseurs.
Au milieu du xix^ siècle, tous les biens du couvent furent
confisqués par le Gouvernement, et ce fut grâce à la puissante
intervention d'un Copte catholique, le grand Ghali, qu'ils furent
restitués.
Les sanctuaires de pierre sont pour ainsi dire le corps de la
dévotion à la Sainte Vierge; les pratiques pieuses qui s'y ac-
(1) Voici ce que dit Amélineau de ce discours : « Les moines du monastère de
Moharraq m'ont raconté que la Sainte Vierge avait conduit l'Enfant Jésus à
l'emplacement où s'élève maintenant leur monastère; et il existe dans la littéra-
ture copte un discours attribué à Théophile, le patriarche d'Alexandrie, sur la
visite de la Sainte Famille à ^Moharraq. Ce discours n'existe plus qu'en arabe et
se trouve dans un ms. de la Vaticane, dans un autre de la Bibliothèque natio-
nale et dans la bibliothèque de Moharraq. >■ La bibliotlièque orientale de l'Uni-
versité Saint-Joseph à Beyrouth en possède une copie faite sur le manuscrit de
Rome. Cette année même, j'en ai trouvé un autre manuscrit à la bibliothèque
du patriarcat jacobite au Caire. Il est daté de l'année 1470 des martjrs (1754 de
notre ère").
DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 255
complissent, la ferveur, la charité qu'elles raniment et réchauf-
fent, en sont l'âme. Les chrétiens d'Egypte ont plusieurs jeûnes
en riionneur de la mère de Dieu; le plus long est celui qui pré-
cède la fête de l'Assomption. Les musulmans de la Haute-
Egypte l'observent en même temps que les chrétiens. C'est une
preuve évidente que leurs ancêtres étaient chrétiens, mais ce fait
montre aussi combien étaient profondes les racines qu'avait
poussées dans les âmes le culte de Marie puisque ni l'aposta-
sie, ni douze siècles d'islamisme n'ont pu les arracher et les dé-
truire.
Les confréries et congrégations érigées en l'honneur de la
Sainte Vierge n'existaient pas en Egypte avant l'arrivée des
missionnaires européens, elles ont été reçues avec enthousiasme
par les catholiques, elles prospèrent et produisent de conso-
lants résultats. La dévotion des chrétiens d'autrefois se portait
surtout sur la célébration des fêtes de Marie. D'après le calen-
drier, l'Église copte célébrait chaque 21 du mois « la mémoire
de la Vierge mère de Dieu ». C'est un privilège qui n'était par-
tagé que par deux autres fêtes, celle de la Nativité de Notre-Sei-
gneur, le 29, celle de Saint Michel le 12 de chaque mois. Le 21
était donc un jour consacré à Marie ; c'est en effet le 21 Tobi
qu'eut lieu la consécration de l'église de Moharraq, le 21 Paoni
(Juin) qu'on faisait mémoire de la dédicace de l'église de la
Vierge d'Arabie, d'Atribe, et de la construction de l'église de la
Mère de Dieu dans la ville de Césarée de Philippe.
2. MONUMENTS FIGURÉS.
Pour orner les églises, le christianisme égyptien ne fit point
appel à la statuaire ; il rejeta systématiquement la représenta-
tion en ronde bosse de sujets religieux. Par ce moyen extérieur,
la nouvelle religion marquait la différence essentielle qui la
distinguait d'un paganisme dont le propre était le culte des
idoles de pierre et de bois. La sculpture ne fut pas cependant
exclue du temple chrétien ; au contraire elle y joua un grand
rôle dans le travail des boiseries, l'ornementation des chapi-
teaux, les moulures architecturales. Différents motifs empruntés
à la religion étaient ainsi représentés en relief : croix, anges,
vigne symbolique, etc.
25G REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Le musée du Caire a recueilli quelques-uns de ces motifs,
malheureusement en trop petit nombre. Il possède entre autres
un relief de la Sainte Vierge provenant de Thèbes. C'est une
pierre calcaire sculptée, de dimensions plutôt petites.
Marie est représentée assise, sur un trône, portant l'Enfant
.Jésus sur ses genoux ; deux anges aux ailes déployées se tien-
nent à ses côtés. Toutes les figures sont vues de face. Un nimbe
rayonnant entoure la tête de l'Enfant Dieu et celle de sa Mère.
C'est le seul exemple bien net et bien clair que l'archéologie
chrétienne d'Egypte fournit en fait de représentation en plein
relief de Notre-Seigneur et de la Sainte Vierge.
La peinture heureusement a été plus féconde. Dans toutes les
églises dédiées sous le vocable de Marie, il y avait un tableau de
la Mère de Dieu ; souvent même dans les autres elle avait un
autel avec une image. A ce que raconte Abou Saleli, il se trou-
vait à Guizeh dans l'église de Saint-Victor une image miracu-
leuse de la Sainte Vierge. Un jour, une lumière brillante parut
sur cette image, des larmes coulèrent des yeux de Marie, plu-
sieurs personnes dignes de confiance témoignèrent de la vérité
du fait.
On a retrouvé à Alexandrie dans la catacombe chrétienne de
Karmouz une frise qui est un des plus précieux débris de l'art
primitif des chrétiens.
Les peintures datent peut-être du 111*= siècle et représentent
•des scènes de la vie de Notre-Seigneur : les noces de Cana, la
multiplication des pains, un repas champêtre avec l'inscrip-
tion : « mangeant les eulogies du Christ ». C'est une image
complète en trois scènes du dogme eucharistique. Dans la
scène des noces de Cana on distingue la Sainte Vierge dont
le nom est d'ailleurs écrit au-dessus : h atia uApiA (1).
Dans l'église des Saints Apôtres à Kossair, on voyait une re-
présentation de la Sainte Vierge, qui d'après la description
d'Abou Saleh semble avoir été une superbe mosaïque. Voici ses
paroles : « Dans cette église il y a une image de la Vierge por-
tant le Seigneur, à droite et à gauche se tiennent les anges, il
y a aussi les images des douze apôtres. Tout cela est fait de pier-
res précieuses et d'émaux merveilleusement arrangés, comme
(1) Dictionnaire d'Archéologie chrétienne, IV, p. 1129.
DOCU.MENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 257
à Bethléem; il s'y trouve des émaux colorés et dorés. Le fils
, d'Ahmed ibii Touloun Khamaroueh avait coutume de se tenir
I devant ce tableau, il le contemplait avec admiration et s'éton-
. nait de sa perfection. Mais ce qui le ravissait par-dessus tout,
c'était l'image de Notre-Dame. Pour être plus à même devenir
jouir de cette contemplation, il se fit construire une chambre
dans le couvent. » Malheureusement l'église fut détruite quel-
ques années après par le Khalife El-Hakim et le chef-d'œuvre
périt avec elle.
Le musée du Caire possède un magnifique tableau sur bois
de la Vierge, Mère de Dieu. Comme toujours elle porte l'Enfant
Jésus sur le bras gauche; à droite saint Gabriel, à gauche saint
\ Michel. Toutes les figures sont nimbées et se présentent de
I face. L'ensemble porte le cachet d'une rare perfection; le vi-
sage de Marie est en particulier d'une heureuse exécution; il y
a dans son regard une expression de majesté et de tendresse
qui trahit une main de maître.
Une autre représentation de la Sainte Vierge se retrouve sur
un triptyque, à côté de Notre-Seigneur, de saint Jean-Baptiste
et de trois apôtres. Marie ne porte pas l'Enfant Jésus, mais elle
est debout, la tête entourée d'une auréole, tendant légèrement
les bras en avant comme pour prier son divin Fils représenté
en face d'elle sur la plaquette du milieu. .
Dans les églises du Vieux-Caire, on vénère encore aujour-
d'hui d'anciennes images de la Sainte Vierge fort bien conser-
vées. C'est partout le même type, la Mère de Dieu portant son
divin Enfant dans ses bras ou sur ses genoux. Ainsi l'Église
d'Egypte a toujours uni le culte de la Mère à celui du Fils.
Lorsque ses louanges montent vers Marie, c'est la Mère de
Dieu qu'elles chantent, et lorsqu'elle veut se faire un portrait
du Sauveur, elle le place entre les bras de Marie.
Daigne cette bonne Mère étendre sa puissante protection sur
ce peuple qui l'aime et l'honore, ramener au bercail du Pas-
teur unique les brebis égarées et rendre à l'Église d'Alexandrie
la foi de ses Pères;
Beyrout.
Alexis Mallon S. J.
ORIENT CHRETIEN. 17
TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII
DE JACQUES D'ÉDESSE (EXÉGÈSE BIBLIQUE)
{Fin) (I)
III. — Cette femme couschite dont le livre saint dit que Ma-
rie et Aaron parlèrent avec elle contre Moyse n'est pas Séfora,
fille de Yothor, le fils de Raguel, prêtre de Madian, qu'il épousa
après sa fuite de l'Egypte, mais c'est la fille du roi des Kou-
schites. Car Moyse, chef d'armée des Égyptiens, fut envoyé par
Pharaon pour combattre les Couschites, voisins et adversaires
de l'Egypte. Comme Moyse avec toute l'armée égyptienne atta-
quaient la capitale des Kouschites et qu'elle allait être prise, la
fille du roi de cette ville cria du mur vers Moyse et lui demanda
promesse de délivrance (2). Il est dit dans les livres égyptiens
qui traitent de ce sujet que cette jeune fille trahit sa ville et son
peuple en une certaine manière. Quand il eut pris et ravagé
cette ville, Moyse la prit et la garda pour épouse pendant tout
le temps qu'il demeura dans la maison de Pharaon jusqu'au
jour où il tua ce Kananotés (3) qui voulait le tuer et qu'il cacha
(1) Voy. 1005. p. 107.
(2) Cf. Michel le Syrien, loc. cil., p. 30 : <• il s'empara de Ragusa (u»ai.5), (iHe
du roi Zoros, et la prit parmi ses leiumes ». — Cf. Bar Ilébraeus, p. 13.
(3) an-Lajpij. — H tua Casouin {^_^-^^) l'Égyptien ciief des soldats de Pharaon.
Sludia SinaUka, t. VIII, p. 4.3. — l-'j^ (^^oojiNâi.; oojLoNai.) «iûA^ai. oii.^ ^^^oio
^oi.;^» woioiooi^-o ^i. .( El alors il iua Pelhsan (ou Pelhcasam ou Pellicoum) VÉ-
r/yplien, chef des boulangers de Pharaon ». Die schabhôhle, éd. Bezold, Leipzig,
1888, p. tVf . _ Dans cet ouvrage Séfora est appelée •■ la couschite » ©v^ o-ccuo
IN^ijKM ijcisj)^ |lnj/, il est donc en contradiction avec Jacques d'Édesse. Par con-
tre le texte de Jacques d'Édesse se retrouve dans la Chronique Pascale, d'a-
près l'historien Artaban : çoveuet Xav£6ô6ïiv tôv (lÉXXovTa àvatpEïv xôv A'tyÛTrxiov. Il
tua Chanelholhès l'Égyptien qui voulait [le) tuer. — D'après la Bible (Exode ii,
11-12) cet Égyptien frappait un Hébreu, mais Michel le Syrien a repris aussi
la leçon de Jacques d'Édesse et de la Chronique d'Alexandrie : « et Moyse tua
TRADUCTION DKS LETTRES XII ET XIII DK JACQUES d'ÉDESSE. 259
SOUS le sable. Quand Pharaon l'apprit, il fut irrité (fol. 115') et
le condamna. Moyse, saisi de crainte, quitta l'Egypte et alla au
pays de Madian près de Yothor fils de Raguel, prêtre des Ma-
dianiles, et il épousa sa fille, comme le raconte le livre divin.
Voilà quelle était cette femme couschite et quelle était son his-
toire; quant à son nom, je ne m'en souviens pas pour te l'indi-
quer d'après les histoires.
IV. — Ta Fraternité m'a demandé quel est cet orgueil dont
souffrit le démon et pour lequel il tomba de sa splendeur lu-
mineuse (1) et devint ténèbre, et quelle fut cette envie qu'il eut,
et si l'on connaît l'époque à laquelle il souffrit tout cela.
L'orgueil dont il souffrit est celui que lui inspira la vue de la
splendeur de sa nature, de la grandeur et de l'étendue de sa
puissance et de la célérité de ses mouvements, il en fut dans
l'admiration et fut gonflé d'orgueil et d'exaltation. Comme,
dans son ivresse, il ne voyait pas le Dieu invisible, il dit à lui-
même et aux anges ses compagnons : « Qui est Dieu comme
moi et qui est plus grand que moi'? » et il apprit cela aussi
aux démons ses compagnons qui tombèrent sous ses ordres
en l'écoutant et en partageant sa faute. C'est à lui que le saint
Livre attribue les paroles suivantes : Je monterai au ciel et
je placerai mon trône au-dessus des étoiles et je serai sem-
blable aie Très-Haut (2). Tel est l'orgueil qui le poussa dans
son ivresse à se révolter contre Dieu qui le fit tomber d'entre
les pierres enflammées (3) et il devint ténèbre, tandis qu'aupa-
ravant il était compté parmi les chérubins, et c'est pour cela
qu'il fut appelé Satan (4) d'après le langage des premiers Hé-
breux, ce qui signifie « l'adversaire ». — L'envie dont il fut saisi
n'était pas envers Dieu, mais envers l'homme; elle ne lui ar-
riva pas avant sa chute, mais après, et après la création de
l'homme, quand celui-ci fut admis, dans le paradis, à vivre avec
Kànoutis qui avait été envoyé par Kanpliara (roi d'Egypte) pour le mettre à
mort ", loc. cil., p. 40. — Cf. Bar Hébraeus, p. 13. — Cedrenus d'après la Petile
Genèse écrit Xava8w9ir)ç, Hist. comp., Bonn, 1838, t. I, p. 85-87.
(1) Isaïe xiv, 12.
(2) Isaïe XIV, 13-1 1.
(3) |N*JïQj |^:3|j (les astres?).
(4) U-é^.
260 REVUP] DE l'orient CHRÉTIEN.
les anges clans la vie contemplative dont il était déchu, alors il
envia Tliomme et lui conseilla de transgresser Tordre de Dieu
pour qu'il perdît comme lui la gloire et la béatitude de la vie
du Paradis où il habitait.
Ta Fraternité me demande aussi où et quand tomba le dé-
mon. Je te dirai qu'avant la création des anges et du démon
lui-même, il y eut pour la création de ce monde visible des es-
paces et des intervalles de temps inexprimables; nous savons et
nous pouvons dire que le temps qui précède ne peut être ex-
primé, car les intervalles (de temps) d'alors ne sont pas appelés
temps, ils ne sont pas mesurés par des jours, des mois, des an-
nées, et des époques.
Et si (fol. llô"") quelqu'un veut dire que la création des puis-
sances angéliques et de tout le monde intellectuel précède la
création du monde (présent) de quarante mille ou de cinquante
mille années, cela n'est ni vrai ni faux, car l'homme ne peut
pas déterminer ce qui n'est ni écrit, ni connu. Nous disons
donc que les intervalles (de temps) qui précèdent la création de
ce monde sensible et matériel ne peuvent être ni connus ni dis-
cernés, comme cette éternité dans laquelle il est dit de Dieu
qu'il était et qu'il sera éternellement sans commencement ni
fin.
V. — La parole (de l'Écriture) d'après laquelle le Seigneur
dit à Satan au sujet de Job : garde seuietnent son âme (1) et
au sujet de laquelle la Fraternité m'interroge ne signifie pas,
comme on pourrait le croire, que Satan la garda, sous la force
de ses coups, pour qu'elle ne sortit pas du corps, car nous n'ad-
mettons même pas pour un impie, que Dieu dise à Satan ou
lui permette de ne pas laisser sortir l'âme du corps ou au con-
traire de la faire sortir, mais Dieu seul peut délier ce lien et
permettre à l'âme de l'homme ou lui ordonner de laisser et de
quitter le corps et d'abandonner ce monde. Voici tout ce qu'il
lui dit: il t'est donné pouvoir sur le corps pour le frapper au-
tant que tu veux et comme tu veux, mais, quant à la constitu-
tion et à la substance de son corps, tu n'as pas le pouvoir de la
corrompre, de la dissoudre et de la faire mourir, de façon que
(1) Job 11, 6.
Traduction des lettres xii et xiii de jacques d'pîdesse. 261
Tàme soit comme obligée de quitter le corps. Ainsi il lui dit :
garde seulement son àme, afin qu'il ne corrompît pas la com-
position du corps, ou celle de l'âme avec le corps, et qu'il ne
pût frapper la nature même, c'est-à-dire cette intelligence élo-
quente et pensante faite à l'image de Dieu pour qu'elle devînt
folle et sans connaissance et ([u'il pût la dominer, parler par
son entremise et la diriger comme il voudrait. Ainsi fut obser-
vée et confirmée la parole du Seigneur : // ne dominera pas
sur les ynouvements de l'âme et sur la liberté personnelle.
Voilà le sens du : garde seulement son âme.
Tu demandes encore si c'est Moyse qui a écrit ce livre de
Job. Je te réponds encore en quelques mots que c'est la tradi-
tion des pères et des docteurs de l'Église (1).
(l) Pour ôclaii'cir ce passage, nous traduisons ici un texte iniVlit de Jacques
Bar Salibi relevé par nous dans sa préface au commentai i-e du livre de Job
(ms. syr. de Paris, n° G6, fol. 121») :
Moyse ëcrîvil ce livre {Job), et il ne le mil pas au nombre de ses ouvrages,
parce que d'après quelques-uns, {Job) descendait d'Ésaû et non de Jacob; d'autres
disent qu'il faisait partie des Gentils, fils de loqtan. Moyse ne donna pas de dé-
tails sur sa famille de môm,e qu'il n'en donna pas sur Melcliisédech.
Ceux qui le font descendre d'Ésaii disent qu'il se nommait Jobab, il prit une
femme Arabe et en eut un fils qui fut appelé Hanan. Le père de Job était Zarah
(Genèse xxxvi, 33) et sa mère Bosora (alias : de Bosra); il était le cinquième
après Abraham : Job, fils de Zarah, fils de Raliuel (Ibid., f. 13), fils d'Ésaii
(Ibidem, y. 10), fils d'Isaac, fils d'Abraham.
Le prêtre Asaph, compagnon d'Esdras (II Esdras xi, 17), l'historien Aroud (?)
et Jacques d'Édesse disent qu'il descendait de Joctan, fils d'IIéber, et qu'il précé-
dait Abraham de soixante ans (cf. Genèse x, 25 et 29).
Moyse écrivit ce livre pour que les belles actions et la prophétie de cet homme
ne fussent pas cachées au monde pour faire honte à Israël de ce qu'il y eût cliez
les Gentils un roi, un prêtre et un prophète et aussi pour réprimander, par
l'exemple de Job, le peuple d'alors qui ne connaissait pas Dieu, et pour humilier
les riches.
Le ms. syriaque de Paris n" 8 qui renferme une partie de l'Ancien Testament
contient à peu près textuellement le commencement du texte précédent jusqu'à
Moyse écrivit ce livre et ajoute ensuite les paroles mêmes A'Aroud et A'.Asapli
(foi. 150') :
: ^âa.>{ ov^a.» : ^^o^ ^.«.â• J^-'^V* ^^ |oo) |^<N^ ^ )r^<^ ■ M^^ ^ov>N-<{ >o>{! wOitA"^^
...pO) pa^{ joo) >a..i>J.\ OV3 NiJLz>> ■ja.col 'yiola .|.3)o )i.^tt> \aa. ^C^3L{ v^«^^ h"'";
Voici les paroles d'Aroud : il y eut un homme riche de la descendance de
Joctan, nommé Job, qui combattit sept fois avec Satan et le vainquit. Et Asaph
dit que cette lutte eut lieu la vingt-cinquième année de Nachor. — Cf. Chronique
de Mic/iel le Syrien, p. 24. On y trouvera les mêmes textes.
Ces détails ont été ajoutés d'après la trailition syriaque à la fin de la version
des Septante du livre de Job, et figurent déjà dans les plus anciens manuscrits,
dans le Vaticanu.<i, le Sinaïticus et l'.4lexandrinux. (Jn doit entendre épjxEvs-jSTai
262 REVUE DE l'oRIEXT CHRETIEN.
VI. — Tu m'interroges encore, comme un ami de la science,
au sujet de ce livre de Job : que sont en réalité (au sens littéral)
3éhémoth qui y figure (ainsi) d'après les manuscrits en usage
chez les Syriens, et l'oiseau appelé ^^--^^^"(Jub xxxix, 13) et
Léviathan, (fol. 116^) et non pas ce qu'ils représentent au sens
hyperbolique et spirituel.
Je te dirai avec vérité et exactitude ce qu'ils sont, comme tu
le demandes dans ta lettre, et je ne te le cacherai pas. Je ne
t'expliquerai pas seulement les choses elles-mêmes mais je
commencerai par l'explication des noms hébreux dont la con-
naissance te manque ainsi qu'à beaucoup d'autres, et vous ne
savez pas ce qu'ils représentent. Le mot Béhémotli signifie
en langue hébraïque animaux, au pluriel et non pas au singu-
lier, comme nous-mêmes nous disons animaux, c'est ainsi
d'ailleurs que ce mot a été traduit et écrit chez les Grecs (1). —
v...s« >.i^i-. est l'oiseau illustre, car les oiseaux sont appelés ani-
maux làjo. c'est-à-dire animaux ailés. Léviathan se traduit d'hé-
breu en syriaque par p^ul (dragon marin); aussi nous l'appelons
dragon, c'est-à-dire grand serpent. — Vuilà donc que je t'ai ex-
pliqué les noms hébreux dont tu demandais la signification litté-
rale, je t'exposerai maintenant de la manière suivante les réalités
qui sont écrites et désignées sous ces noms. Ce Béhémoth qui est
appelé « animaux » au pluriel, bien que toute son histoire soit
écrite à l'aide de paroles au singulier, est cette sauterelle qui est
envoyée par Dieu pour combattre les hommes et pour manger
leur pain. Les hommes ne peuvent pas la vaincre et elle ne les
craint pas quand ils la poursuivent; elle ne se détourne pas de
£x iriz lypiaxrii; pi6Xo'j (Job xLii, 19 dans les Septante) de l'addition, et non de
tout le livre de Job comme l'ont compris à tort certains commentateurs. —
Cette addition ne se trouve pas à la fin de la version syriaque dans la Polyglotte
de Lejay (t. VIII), mais elle se trouve dans la version arabe qui dérive du sy-
riaque. — Voir aussi le commentaire de Bar Hobraeus sur le livre de Job,
Kirschii Chrest. Syr. éd. Bernstein, Leipzig, 1832, p. 186. 11 donne des détails
analogues à ceux que nous avons trouvés dans Jacques Bar Salibi, il appelle
Oroud ■< le Chaldéen Phénicien de Tyr » et ajoute que d'après certains Hébreux
Job descendit en Egypte avec Jacob et épousa Dina dont il eut ses sept pre-
miers fils; elle blasphéma durant la tentation de Job et ne vit pas son revire-
ment de fortune, elle mourut et il épousa une autre femme. Voir aussi dans le
même sens .S'. Ephraem Syri opéra omnia, t. II, Rome, 1740, p. 1-2, et Dict. de
Bar Bahlul, éd. Rubens Duval, p. 116.
(1) HYipîa, Job XL. 15.
TRADUCTION DES LETTRES Xll ET XIII DÉ JACQUES D^ÉDESSE. 263
son chemin quand ils se lèvent devant elle, ou mettent des
barrières sur sa route pour qu'elle ne passe pas. Dieu voulait
frapper la pensée de Job qui se flattait de parler contre Dieu et
de vaincre; après lui avoir beaucoup parlé de la grandeur et de
l'éclat de ses œuvres, il lui dit à la fin deux choses admirables
parmi toutes ses créatures, pour lui montrer sa faiblesse, afin'
que n'atteignant pas leur puissance, il hésitât à parler contre
leur créateur. C'est pourquoi il lui dit (I) : Mais voici Béhé-
moth que j'ai fait avec toi, il mange l'herbe comme le bœuf;
voilà que sa force est dans ses lombes, sa puissance est dans
Vombitic de son ventre, il dresse sa queue comme un cèdre,
ses nerfs sont serrés et tressés ensemble. Ses côtes sont comme
des côtes d^airain, son échine est comme du fer fondu, il est
la première de toutes les créatures de Dieu, qui l'a fait pour
combattre les hommes, et pour être la, risée de ses anges.
(fol. 117'') Quand il va dans les montagnes escarpées et ro-
cheuses il réjouit tout animal du désert, les oiseaux du ciel et
aussi les animaur des profondeurs de la mer. Il se repose
sous des arbres de tout genre et se couche dans le secret et
l'ombre du jonc, du roseau et des plantes aquatiques. Les
grands arbres avec leurs rameaux Vombrageni ainsi que les
pousses du jonc et du tamaris. Les corbeaux du fleuve l'en-
tourent et se réjouissent de sa perte. Si le fleuve bondit, il ne
s'émeut pas; s'il y a une inondation, il ne le sent pas, il est
(1) Nous transcrivons ici lo toxte donné par Jacques d'Éclesse, car il diffère de
tous les textes que nous connaissons. Il nous semble être une combinaison
de l'hébreu et du grec. D'après IM. Wright, Jacques d'Édosse cite sa n'vision
du livre de Job :
.oiNnnrm '^ o>nov ''^^..oO) |0) .^3( |>oL ^.l \ -\m\ .^..^a^ l.,.^>.« oô) La.Mov3 |oi IS~«^ P|
I V > (1 |Va^ ^\^ |L{ ^t Y^ ...i 0)0.0 Jl^o ,^ }i.^^Nj«o : pLi.V.13 ya^ \-^\-o v^).J; Of,.a^« .|ov&>
IS.>..l ■ I f»v<fi\-ï I V VI a; ^A^ov^ ..afo .| . vi«> |l^'^â\o .|<-3m |Lo-.^^ oiSjl^ \^Or^ ^^ . \°i'in%o
psioV pSi.f w3/ ^J Ot-3 ,^V^iO .>».0» (I)0 I .«. l.flO pL3»/» |lX^O )JlS.CDJO .^.3L3Lil ^iïli,^ ^3» |Ji>^*/
»n« I y( .oMt-sM ^y^o |U^> )j..3Va^ ov^ ^.«.Xi^j -IV^-'O |.â.\a^> j^dco ^{o '|f~.3( ^oo|N.>\o^o
OM-o> '^->fio\ .01 w>g^ -) ^>«a.A ov^ oO| » « f» '1 > ^.»^L .>JL^i P 1)1^0 |oov-< v'° '^1' ^ \>oyJ
.Oi;,«... I» I -«^^N" Vv - finX , ofivIS.^ 0° >-tO)n «\ 1 fi I
Jacques Bar Salibi comuKMite longuement et par deux fois ce passage dans le
même sens que Jacques d'Édesse, nis. syr. n" GG, fol. 112. Voir en appendice
(page 28U) la traduction île ce texte inédit.
264 REVUE DE L^ORIEXT CHRÉTIEN.
persuadé qu'il frapperait le Jourdain sur la bouche (1), on le
prendrait devant son œil et avec ses sinuosités, devant l'ou-
verture de ses nat^ines, voilà tout ce que Dieu a dit devant Job
de la force invincible de cette faible et petite sauterelle, pour lui
montrer sa faiblesse et le réprimander de vouloir lutter avec
lui (2).
Puis il est question aussitôt du grand serpent des eaux qui
est plus grand que tous les animaux de la terre et aussi que
tous ceux des eaux, celui qui est appelé Léviathan par les Hé-
breux et 'A-q-o; par les Grecs. Il lui dit interrogativement : Pren-
dras-tu le grand serpent au jilet, enfermeras-tu sa mâchoire
dans une muselière et mettras-tu un frein à sa bouche (3)?
Dieu n'a dit à Job au sujet de Béhémoth que les paroles écrites
ci-dessus, mais Dieu en a ajouté beaucoup d'autres sur Lévia-
tlian, c'est-à-dire sur ce dragon appelé •/.•^t^ç, pour émouvoir et
réprimander Job afin qu'il n'osât plus parler contre Dieu son
créateur qui peut faire de lui ce qui lui plaît. Je t'ai écrit ici
tout ce qui concerne Béhémoth afin qu'en le méditant en toi-
même et en l'explorant avec ton intelligence, tu saches que tout
cela a été dit de la sauterelle. Quant au dragon, c'est-à-dire au
x^-oç, auquel se rapporte la suite, tout ce qui le concerne est
aussi réuni ensemble, mais ceux qui lisent ne savent pas recon-
naître et donner à chacun ce qui lui revient. Tout le monde
(1) C'est-à-dire : il est persuadé qu'il peut co/nhattre le Jourdain en face. En
effet Jacques Bar Salibi explique que les sauterelles ne se détournent jias devant
un cours d'eau mais que les premières font de leurs corps un pont pour les sui-
vantes cf. infra, p. 280.
(•2) Toute la tradition syrienne semble appliquer aux sauterelles — et cela
avec assez de bonlieui' — le passage qui concerne Béhémoth. Voici le commen-
taire de Bar Hébraeus (voir le texte dans Kirschii C/trestom. syriaca denuo edidil
Bernstein, Lipsiae, 1832, p. 207-208) : (xl, 10) voici Béhémoth que j'ai fait avec
toi, c.-à-d. la sauterelle, qui, plus que tous les volatiles, est d'aspect méprisable,
et cause plus de tort et de dégâts qu'eux tous. (Il) Et sa force est dans sa
protection (cuirasse), c.-à-d. la composition de son corps est son bouclier.
Certains lisent o,;tuaii., c.-à-d. dans sa queue. (12) Et les nerfs de ses veines
{jugulaires) sont tendus, c'est-à-dire ces deux grandes veines qui sont des (deux^
côtés de la tête, ce ne sont pas des nerfs. (14) C'est le commencement de toutes
les créatures de Dieu qui l'a créé j)our faire la guerre, c.-à-d. le commencement
des reptiles et des animaux rampants, qui furent créés pour combattre l'homme
comme pour le punir. (15) Tout anim.al du désert dort sous son ombre, c.-à-d. elle
vole dans l'air, elle cache la face du soleil.
(3) Job XL, 25.
Traduction des lettres xii et xiii de jacques d'édesse. 265
connaît la petite taille de la sauterelle, c'est-à-dire de Béhé-
moth, mais tous ne connaissent pas la taille de Léviathan,
c'est-à-dire du dragon; aussi je crois bon de t'ajouter quelques
détails à son sujet; dans ce même livre de Job il en est encore
question quand ce juste est affligé des souffrances de ses plaies
et maudit le jour de sa naissance, il dit : il maudira ce jour,
celui qui prendra le grand dragon, c'est-à-dire Lévia-
than (1). Il est évident que cette parole s'applique au sens litté-
ral (2) au grand dragon des mers, et au sens spirituel (3) (fol.
117^) et hyperbolique (4) elle convient en théorie (5) au grand
dragon Satan qui prendra le Messie et le tuera quand il vien-
dra de manière visible sur la terre. Il te faut encore apprendre
d'autres détails plus frappants au sujet de ce (dragon) si tu
veux approfondir et étudier les nombreuses paroles que Dieu
a dites à Job à son sujet. Dans les histoires qui le concernent
écrites par des profanes (6) il est dit qu'il ne peut pas entrer
dans les eaux tranquilles qui se trouvent dans la terre habi-
table, à cause de la grandeur de son corps, mais il doit toujours
demeurer dans cet océan (7) qui est en dehors de la terre habi-
tée ou encore dans cette mer Rouge qui est près des Hindous,
parce qu'il y a là assez de profondeur. On dit qu'on en trouve
qui ont deux cents milles de long et aussi jusqu'à trois cents
milles et plus. Les petits n'ont pas moins de cent milles (8).
Voilà tout ce qu'il y a à dire sur Léviathan qui est appelé /.yj-sç
(1) Cf. Job III, 8 yl^oi». K*oo/ t.3» \x^Ki. w>oja-.j^p; j-N».; o<>) : oôi ^ioa*.\ ...oiq^q^j;*
(•2) l^pv^oxo.
(3) N-|j-.o».
(4) N-)ju^>o.Kio.
(5) )-.Jo|Nj |j3iax).
(G) V^i>; ,-^0,..
(7) .a»aj||-oo/.
(8) On trouve ces détails dans Jacques Bar Salibi, ms. syr. n» 6G, fol. 136".
Il ne peut pas demeurer dans les mers élroiles et petites; l'Océan seul lui donne
ses coudées franches. La lon;/ueur de chacun d'eux dépasse mille stades, et le
stade vaut quatre cents coudées, un vieux dépasse deux cents milles et le mille
vaut sept stades et demi. Il est la risée des anges comme l'a dit David et Dieu
seul peut le prendre, selon la parole de Job. Il est la risée des anges, parce qu'ils
sont stupéfaits de sa grandeur et voient qu'il est mordu et agacé par les ani-
maux de la mer et qu'il souffre.
Le Physiologus écrit aussi : « Ceux qui ont vu ces xrjToi, disent que leurs
corps ressemblent aux montagnes ». Land, Anecd. Syr., IV, p. 90.
266 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
et sur Béhémoth ou la sauterelle qui est « les animaux nom-
breux », dont il est parlé dans l'histoire qui précède (celle de
Léviathan).
Quand l'Esprit dit dans les psaumes: Tu as brisé la tète de
Léviathan, c'est-à-dire du dragon, et tu Vas donné en nourri-
ture aux peuples Couschites (1), il n'est pas question de ce
7.r,Tc;, grand animal des mers, mais de Pharaon, roi d'Égi/pte,
qui fut noyé dans la mer de Souf. Ainsi lui et son armée reje-
tés sui" le rivage de la mer furent ^olés et dépouillés par les
Couschites leurs voisins — ce du moins qui leur restait des dé-
pouilles des fils d'Israël (2). Sur Béhémoth et sur Léviathan,
sur le nom et la chose, voilà que nous t'avons tout dit selon le
temps (dont nous disposons) et selon nos forces.
.e--^ -ario est un oiseau très puissant du pays des Hindous,
qui est appelé par plusieurs l'oiseau éléphant (3), car il enlève
même les jeunes éléphants de derrière leurs mères quand ils
sont petits, les emporte en l'air et va les manger dans les dé-
serts où il habite; il est écrit à son sujet dans les saints livres
et aussi dans les livres des profanes qu'il peut enlever un
cheval avec son cavalier (4), à ce sujet les historiens racontent
que les Hindous, quand ils veulent prendre cet oiseau, attachent
les bœufs à un char à l'aide de liens solides et incassables et
placent sur le char de grosses pierres. Quand l'oiseau vient
pour enlever le bœuf, enfonce ses ongles dans sa chair et ne
peut plus les retirer, alors on l'attaque (fol. US') et on le tue.
•Dieu le fit insensé et de peu d'intelligence et ne lui donna pas
la raison en même temps que la force afin qu'il déposât et
abandonnât ses œufs sur la terre et dans le chemin pour qu'ils
(1) Ps. Lxxiii, 14. Cf. Ps. cm, ^. 25-20, où il est bien dit que Léviathan se
trouve dans la grande mer. — Il nous semble donc très vraisemblable que le
livre de Job nous a consigné sous le nom de Léviathan les plus anciennes
légendes relatives au ■< grand serpent de mer ». Ces dernières années encore
des marins affirmaient l'avoir aperçu.
(2) ^^)vm>/ woiia; |L)_3 ^. On peut entendre aussi : de ce que les Israéliles leur
avaient laissé. Car les Israélites avaient emprunté et emportaient les objets les
plus pi'écieux des Égyptiens.
(3) En réalité tous les caractères de cet oiseau conviennent à l'autruche. Il
n'est donc pas indispensable de recourir à un oiseau fabuleux.
(1) S. Ephrem attribue cette opinion aux naturalistes, w..Vs:i<iio v*^ vi^'
|N>.i^"3. Nous ne l'avons pas trouvée dans le physiologiste. Pitra. Spicil. Soi.,
t. m, Paris. 1855.
TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 26")
fussent foulés aux pieds et brisés par les passants et qu'il ne se
multipliât pas trop et ne nuisit pas aux hommes. Voilà quel
est l'oiseau appelé v--^ -^a^^- Voilà tout ce que je suis arrivé à
dire au sujet de ta sixième demande; j'ai supprimé beaucoup de
choses qu'il aurait été nécessaire d'écrire parce qu'elles dé-
passent ma force et l'étendue d'une lettre.
VIL — Tu demandes en septième lieu quel est ce Zacharie
qui fut tué entre le temple et l'autel (l) et quelle fut la cause de
sa mort.
Celui qui fut tué n'est pas Zacharie fils de Joïada le prêtre
qui fut mis à mort au temps de Joas roi de .Judée, mais c'est
Zacharie, fils de Barakia, père de Jean le bapliste. Voici en
peu de mots la cause de sa mort : Quand les mages vinrent en
Judée au temps de la naissance du Messie et que tout Jérusa-
lem s'émut comme il est écrit dans les Evangiles, Hérode les
appela aussi, leur parla et les renvoya en leur disant : Allez,
explorez, el quand vous aurez trouvé revenez près de moi (2).
Ils partirent et ne revinrent pas près de lui. Hérode, irrité
d'avoir été berné par eux, demanda aux prêtres et à chacun où
naissait le Messie. Pendant qu'il était en grande colère à cette
occasion, l'un de ceux qui le servaient lui dit : « Dans le voi-
sinage de l'endroit où j'habite, dans cette ville, est né, il y a un
an, un enfant fils de prêtres, et j'ai entendu dire à beaucoup
que c'était le Messie. » Hérode demanda de qui il était fils et
il répondit : « Il est tils du prêtre Zac/tarie. » Hérode fit appeler
Zacharie devant lui et lui demanda : « Où est ton fils? » et
Zacharie répondit : « il est dans ma maison près de sa mère »,
et Hérode le faisant accompagner d'hommes armés lui dit : « Va
me chercher ton fils, et si tu ne l'amènes pas aussitôt tu mour-
ras de maie mort. »
L'un des assistants qui entendit tout cela et connut la chose,
courut près d'Elisabeth et lui raconta le tout. Elle prit donc en
toute hâte le petit Jean dans ses bras, quitta sa maison et
même Jérusalem et le porta dans le désert de Ziph; ils s'y ca-
chèrent tous deux, elle y mourut et Jean y grandit. Quand
Zacharie arriva à sa demeure avec les satellites (fol. 118')
(1) MaUh. XXIII, 35.
(i) JlaUh. II, 8.
268 kEvuE DE l'orient chrétien.
envoyés par Hérode, il ne trouva ni l'enfant ni la mère et crai-
gnit la mort dont on Tavait menacé; il se réfugia dans le
temple. Hérode à cette nouvelle le fit tuer entre le temple et
l'autel où il se trouvait, cf>mnie c'est écrit dans l'Évangile. Telle
est la cause de la mort du prêtre Zac/iarie fils de Barakia.
Au moment même du meurtre de Zacharie, Hérode en colère
porta un décret de mort contre les enfants de Betliléhem (1).
VIII. — Ta Fraternité demande encore si, comme le disent
quelques-uns, le fils de la veuve de Sarepia que ressuscita le
prophète Élie (2) est Jouas, fils de Matthieu (.'3) qui fut envoyé
prêcher à Ninive; et si Théglatphalasar toi des Assyriens ré-
gnait à Ninive à cette époque; tu demandes encore quelle est
la vraie version ou bien : dans quarante Jours Ninive sera
détruite, ou bien : dans trois Jours Ninive sera détruite.
Il est écrit dans des histoires superflues sur lesquelles on ne
peut faire fond qui sont inscrites (sous le nom) de saint Épi-
phane évêque de Chypres (1), que l'enfant ressuscité par le
prophète Élie est le prophète Jonas; cependant sache, ô frère
chéri et ami de la vérité, qu'à te dire vrai je n'ai jamais pu
croire ou dire que l'une de ces choses fût exacte, et maintenant
encore je ne suis pas persuadé et je n'admets pas de penser et
de dire ni que ces histoires sont de saint Épiphane, ni que
l'enfant ressuscité par Elie est le prophète Jonas. De plus si
quelques-uns prétendaient que ces histoires sont bien du saint
(Ij Une rédaction un peu difïérente de cette histoire figure dans les apocry-
phes. D'après ceux-ci Hérode ordonne d'abord de tuer les enfants âgés de
deux ans et au-dessous. Marie cache son fils dans une crèclie; Elisabeth s'enfuit
avec Jean et supplie une montagne de les recevoir. Celle-ci s'ouvre,, les reçoit,
se referme et un ange du Seigneur les y garde : Hérode fait alors demander à
Zacharie où il cache son fils. Celui-ci proteste de son ignorance mais n'en est pas
moins tué. V. Tischendorf, Evangelia Apocrypha, Leipzig, 1853, p. 41-45;
Budge, The hislory of the blessed Virgin Mary, Engl. Transi., Londres, 1899,
p. 42-44. Cf. Patrol. Orient. I, 3 (Le synaxaire Arabe jac), p. 240.
(2) III Rois xvn.
(3) -too vj ^o.. Dans l'hébreu, le grec et la Vulgate on lit Amathi. Cf. IV Rois,
XIV, 25 et Jonas i, 1.
(4) Cf. De vilis Prop/ietarum ap. Fabricius, Codex pscudepiyraphuf: veleris
Testamenti, Hambourg, 1713-1723, 2 vol. in-8o; t. I, p. 11 10-11 11. Cet ouvrage
attribué à saint Épiphane a été publié par Migne, P. G., t. XLllI, et le récit
auquel Jacques d'Édesse fait allusion figure à la colonne 408 : xai Ôavôvta tôv
ulôv aùxr); 'Iwvàv àvéffTYjffsv 6 ôeô; Sià toù 'HXia On le retrouve dans saint Je-
TRADUCTION DES LETTRES XII ET Mil DE JACQUES D'ÉDESSE. 269
ci- dessus, je ne concéderais pas encore que l'enfant ressuscité
par Èlie est le prophète Jonas, il n'y a pas même apparence
que ce puisse être vrai, parce qu'une chose est très distante
de l'autre dans le temps. Depuis le commencement du règne
cVAchab jusqu'à Phacée fils de Romélie, roi d'Israël, et Joa-
tham roi de Juda, sous lesquels on pense que Jonas descendit
à Ninive, on trouve jusqu'à cent soixante ans (1), d'où l'on
conclut que cette parole ne peut être vraie. Voilà ce que je crois
devoir t'écrire à ce sujet.
Quant à savoir si Théglatphalasar était ou n'était pas roi
alors, je te réponds qu'il n'est pas écrit ni dit quel était le roi de
Ninive quand Jonas y alla; nous ne pouvons pas trancher la
question magistralement et avec exactitude, mais nous dirons
par vraisemblance et convenance, qu'à l'époque dont nous ve-
nons de parler, on sait que Théglatphalasar était alors roi des
(fol. 119'') Assyriens; on le voit parce qu'il est écrit qu'il monta
à cette époque contre le pays d'Israël, et non pas Phoul père
de celui-ci, ni Salmanasar son fils (cf. IV Rois, xv, 29).
Quant aux quarante ou aux trois jours, je te dirai que dans
les traditions qui sont chez les Grecs (les versions grecques) on
trouve écrit trois jours et non pas quarante, et sache bien que
je préfère trois jours, parce que c'était plus étonnant pour le
peuple et plus stupéfiant et cela l'amenait à la crainte et à la
pénitence plutôt que ce délai de quarante jours qui laissait trop
d'intervalle et pouvait conduire à penser que la chose n'était
pas exacte ou bien, si on la croyait exacte, à fuir, à quitter la
ville et à demeurer au dehors à une certaine distance jusqu'à
la fin du temps marqué.
IX. — Tu me demandes encore quels étaient ces fruits de
vigne sauvage dont il est écrit qu'un fils des prophètes les re-
cueillit et les jeta dans un chaudron (2).
A ce sujet, sache bien, ô frère investigateur et ami du travail,
que ni moi ni un autre ne pouvons te dire avec exactitude
rôme, Pvnef. vi Jon.,Migne, P. L., XXV, col. 1118 et dans Cédrénus, Hist. com-
pendiwn, Bonn, 1838, I, p. 176-177. Cf. Michel le Syrien, loc. cit., p. 76.
(1) Aehab commença à régner en 918 et Phacée en 758, ce qui nous donne
bien 160 ans d'intervalle. Cf. Vigouroux, Manuel Biblique, n° 478.
[i] II Rois IV, 39.
270 ' REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
quelle est cette chose; ce qui est écrit chez les Syriens vigne
sauvage, est écrit chez les Grecs le nouveau germe qui est
dans la campagne, au lieu de fruii on lit les înelons des
champs {\) et au lieu cVil alla ramasser des mauves (2) il est
écrit dans les manuscrits grecs qu'il alla ramasser Ariout.
Ariout est un mot hébreu qui n'est compris ni de moi ni des
Grecs qui le lisent ainsi dans leurs livres. Ne t'étonne donc pas
si j'ai écrit que je ne puis pas te dire avec exactitude ce que
sont des choses semblables, parce que je ne puis t'expliquer
avec précision les paroles hébraïques. — Sache bien que celui
qui va recueillir l'herbe des champs au temps de la famine, en
récueille beaucoup à cause de son dénuement, même de celles
qui ne sont pas comestibles. Ainsi nous pouvons dire — comme
il est écrit le nouveau germe et les melons des champs — qu'il
s'agit ou bien de ces fruits semblables aux concombres (3) dont
l'intérieur sert pour les guérisons et qui sont un remède pur-
gatif, ou bien de ceux que des paysans appellent po- ^.^ciû (pé-
pins du vin?). Après tout cela j'ajoute encore que je ne puis
rien' te dire d'absolument sûr.
X. — Quant au prophète Abdias, je te dirai en quelques mots
que l'opinion des lecteurs est qu'il serait le chef des cinquante
qui monta le troisième près d^Élie, le supplia de ne pas le faire
périr comme les premiers, et descendit avec lui près d'Ocho-
zias, roi A^ Israël (4) ; j'ajoute encore (fol. 119'') à son sujet une
autre chose qui est une certitude et non une opinion, c'est qu'il
est le mari de cette femme qui vint trouver le prophète Elisée
et lui dit : Ton- serviteur mon mari est mort, et tu sais que
ton serviteur craignait le Seigneur, et le créancier est venu
pour prendre mes deux enfants comme esclaves (5), et il fit
chez elle le miracle du chanerement de l'eau en huile, car il
avait emprunté cela au moment de la famine (ïAchab, pour
(1) lUî 1^^-
(3) |l^*Jai-,U>.
(4) Cf. II Rois I, 13. Cette première partie figure dans le De vilis prophelarum,
Migne, P. G., t. XLIII, col. 408 et 416. O'jtô; è^tiv â Tpîxo; irsvTyixovrapyro;, oy
èçeiffavo 'HXta; ô ©saêÎTy);, xai xaTeêrj, xai ^),6e Trpô; tôv Pa<7i>.sa.
(5) II Rois IV, 1.
TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 271
acheter de la nourriture aux prophètes qui s'enfuirent devant
Jézabel(l).
XI. — Le tabernacle du témoignage que fit Moyse, l'arche
du testament, le propitiatoire, les deux chérubins, la table d'or
des pains de proposition, l'autel des parfums, le saint chande-
lier d'or et toutes ses parties et tous les saints instruments
d'or que fit Moyse étaient placés avec honneur et gardés à part,
car on ne s'en servit plus après que Salomon eut fait d'autres
ustensiles dans le temple qu'il bâtit; le prophète Jérémie et
les prêtres d'accord avec lui les prirent durant la nuit, au mo-
ment où les Chaldéens entouraient la ville et allaient la sub-*
juguer, comme il est écrit dans le quatrième livre des Rois (2);
ils sortirent en secret, traversèrent le Jourdain et allèrent
à la montagne de Nébo (3) où Moyse était enterré et ils placè-
rent tous ces saints ustensiles dans la caverne près de Moyse,
puis Jérémie la scella et en cacha l'endroit; depuis ce jour
le tombeau de Moyse fut complètement inconnu aux fils d'Is-
raël (4). ■ '
Le scribe Baruch en témoigne dans sa lettre par une phrase '■
courte et mystérieuse quand il écrit : ils eiiiportèrent et ca-
{[) ^^))|_/. Cedn.-nus {lue. cit., p. 177) raconte aussi qu'Abdias était procu_
reur d'Achab et noiiirit cent prophètes qu'il cacha dans deux cavernes. Cf. I
Rois xvni, 4. Michel le Syrien {loc. cit., p. 69j donne d'abord le texte de saint
Épiphane, puis résume la seconde partie du texte de Jacques d'Édesse sans
doute d'après la présente lettre. — Cf. saint Jérôme, Comm. in Abdiam liber.
Migne, P. L., t. XXV, col. lO'J'J.
(2) Chap. XXV.
(3) o^^p
(4) Dans !e livre de Baruch (R. Basset, Les apocryp/ies éUnoplens, I, Paris,
1893, p. 6 et 8-9) le Seigneur dit à Jérémie et à Baruch de partir avant l'arrivée
des Chaldéens et de confier à la terre les objets sacrés du culte. 11 n'est pas
question du tombeau de Moyse, mais dans la légende de Jérémie {Ibid., p. 28-
29), il est dit qu'avant la destruction du temple, Jérémie cacha l'arche et tous
les objets qu'elle renfermait dans un rocher « entre des montagnes dans le
désert là où fut d'abord l'arche de la loi. En cet endroit gisent Moyse et Aa-
l'on ". Ces paroles semblent tirées du livre De vilis prophelarum attribué à
saint Épiphane. Cf. Migne, P. G., t. XLIII, col. 400. Cf. Michel le Syrien, loc. cit.,
p. 90 et 97 et Bar Hébraeus, Chron. Syr., p. 27 et Hisl. Dyn., éd. Oxford, 1663,
p. 46. Dans ce dernier ouvrage, Bar Hébraeus écrit que Siméon, prince des
prêtres, demanda à Nabuzardan de ne pas brûler les saints Livres ni les usten-
siles du temple et les cacha dans un puits avec l'aide de Jérémie. Cf. II IMac-
cab. u, 1-13.
272 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
chèrent des saints ustensiles (1). Au sujet du tabernacle et des
saints ustensiles voilà ce que nous savons et tout ce que j'ai ap-
pris pour te répondre.
XII. — Au sujet de la pierre qui fit couler de Teau (2), je n'ai
rien à dire et je ne comprendrais pas que quelqu'un voulût en
parler.
La question sur Sarvia mère de Joab,d'Abisaï et d'Asaël (3) et
sur Abigaïl mère d'Amasa fils de Jéther (1) offre beaucoup de
difficultés qui empêchent d'y satisfaire, cependant, pour la tran-
quillité de ta Fraternité, je ne la laisse pas sans réponse. Sache
donc que Sarvia et Abigaïl étaient sœurs, filles toutes deux de
Jessé et sœurs du roi David. Voici les fautes qui existent dans
les passages qui les concernent : Vous dites que Jéther père
d'Amasa est un \^\a^i (homme de Jesraël). Il n'est pas v^-yt^u
mais au lieu de ce mot il faut lire i.Nvy>..t « de la race d'Ismaël »,
fils d'Abraham. La seconde faute que vous avez (fol. 120'') a
été faite, il y a longtemps déjà, par des scribes négligents; elle
vous fait lire: Abigaïl, mère d'Amasa, fille de ^jl-j, lorsqu'elle
est fille de Jessé (-^-i) et sœur de David (5).
XIII. — Les psaumes qui sont écrits dans le livre de David ne
sont pas tous de David et ne lui sont pas tous attribués, mais ils
le sont les uns à David le psalmiste, le canal de l'Esprit (saint),
les autres à des psalmistes prêtres, lévites des fils de Coré, que
David lui-même avait établis chefs chantres sur ces deux cent
quatre-vingts chantres qu'il avait constitués d'entre les Lévites,
comme il est écrit dans le livre des Paralipomènes (6). Leurs
noms sont : Asaph, Etham l'Ezrahite, Héman fils de Joël fils du
(1) |Juj.o ppib ^ ^\ «i-^o. Cf. Lagarde, Librivel. Texl. apocnjphi, Leipzig, 1861,
p. 89, l.'lT.
(2) Sans doute Nombres xx, 7-13.
(3) Cf. II Rois II, 18.
(4) Cf. Il Rois -wii, 25.
(5) 11 s'agit ici de concilier les Rois avec les Paralipomènes. D'une part Sarvia
et Abigaïl sont sœurs de David et Abigaïl épouse Jéther l'Ismaélite (1 Parai, ii,
16-17). D'ailleurs Abigaïl est fille de Nahas et elle épouse Jéthra de Jesraël (11 Rois
xvii, 25).
(6) I Parai, xxv, 1-8. Ils étaient au nombre de deux cent quatre-vingt-huit
(f- 7).
TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 273
prophète Samuel (1). — Parmi ces psaumes il y en a de Moyse
le grand prophète, de Jérémie le saint prophète et aussi du roi
Saloiiion fils de David vt dldithoum le chantre, ainsi que d'au-
tres chantres dont on ne connaît pas les noms parce qu'ils ne
sont pas écrits en tète des psaumes (2).
XIV. — Ta Fraternité me demande s'il est vrai que les Juifs
ont été nommés Hébreux du nom d'Héber et si la langue hé-
braïque est la première des langues.
Je te réponds qu'en vérité les Juifs sont nommés Hébreux du
nom de Héber{3) fils de Salah (4), câv Abi^aham, qui fut choisi
par Dieu, en descendait, et qu'ils étaient nommés Hébreux,
c'est-à-dire fils d'Héber, par tous ceux qui habitaient à Ur des
Chaldéens, chez lesquels la première langue, celle d'Adam,
s'était conservée. Ce nom ne vient donc pas de ce qu'Abraham
passa l'Euphrate, comme un homme inepte (5) l'a imaginé et
transmis (6). H y a été conduit par une faute qui se trouve
dans les livres grecs, parce qu'il a vu écrit dans le Livre : Abra-
ham T,ep(kTr,ç (7), c'est-à-dire qui traverse, parce qu'il traversa
le fleuve Euphrate.
Quant à la langue hébraïque (8), je te dis qu'en vérité c'est la
(1) I Parai, vi, 33. Johel est fils de Samuel, mais ii n'est pas sûr que ce dernier
soit le célèbre propliète. C'est encore en identifiant ce Johel avec le prophète
Joël que certains commentateurs ont pu écrire que ce dernier était de race
sacerdotale. Cf. Vigouroux, Manuel Biblique, n" 1071.
(2) Sur les auteurs des psaumes, cf. Vigouroux, Manuel Biblique, n" 653 où
l'on retrouvera les idées de Jacques d'Édesse.
(3) J^^k-
(1) ^ii|^.
(5) y^j-
(6) Cet homme « inepte » a ou beaucoup de disciples.
(7) uïi^(»|^. — Genèse xiv, 13. — Il est certain que irepa-rvi; n'est qu'une tra-
duction d'un nom propre hébreu.
(8) Jacques Bar Salibi écrit aussi que la langue hébraïque est la plus ancienne,
il cite parmi les partisans de cette opinion Jacques d'Édesse, Moyse Bar Képha,
Clément, disciple des apôtres, et Eusèbe d'Émèse. Il fait aussi le même raisonne-
ment que Jacques d'Édesse sur le nom d'Eve. Cf. ms. syr. n" 66, fol. 20^. Mi-
chel le Syrien cite d'après cette lettre l'opinion de Jacques d'Édesse « et de Jean
de Litarba » sur la plus ancienne langue et l'origine du mot « Hébreu », puis
il déclare être d'une opinion contraire : la plus ancienne langue est la langue
araméenne, lococlL,]). 20. Cf. Bar Hébraeus, Chron. Syr., p. 9. — Le « Clément »
visé par Bar Salibi est sans doute Touvrage qui existe sous ce titre en arabe et
ORIENT CHRÉTIEN. 18
274 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
première langue et non pas la langue syriaque ou araméenne,
comme beaucoup l'ont avancé à tort, même des hommes re-
marquables et illustres. Que la première langue soit celle des
Hébreux et non pas celle des Araméens, je pourrais le montrer,
l'écrire et l'enseigner très longuement dans un livre si je ne
craignais trop de fatigue et de travail. Qu'il te suffise, comme
démonstration parfaite, de la parole de Clément disciple (fol.
120"") de l'apôtre Pierre qui dit à ce sujet qu'avant la confu-
sion des langues à Babel, il n'y avait dans tout le monde qu'un
parler et qu'une langue : l'hébreu aimé de Dieu, et aussi du dis-
cours fait par Eusèbe, évèque îVEmèse dans lequel il montre et
décide que l'hébreu est la première langue, il confirme son
opinion d'après les noms des hommes qui ont précédé le déluge
et surtout à l'aide de la parole dite par Adam à Eve sa femme :
Elle sera appelée femme (1) parce qu'elle a été tirée de l'hom-
me (2). Quelle saveur peut bien avoir cette phrase pour celui qui
regarde l'Araméen comme la première langue, qu'il le dise et
l'expose, puis qu'il répète après nous, s'il le veut, cette même
phrase comme elle est dite en hébreu : celle-ci sera appelée
femme (3), parce qu'elle a été tirée de riiomme (4). Car les Hé-
breux appellent l'homme ^/ et la femme u/, de sorte que par là
on reconnaît encore qu Adam parlait hébreu, lui qui fit cette
phrase et dit : on appellera la femme m parce qu'elle a été prise
de l'homme qui est appelé ^i (5).
XV. — Après tout ce qui précède, plaçons encore pour tran-
quilliser ta Fraternité, toutes les autres choses que tu as de-
mandées; ce sont d'ailleurs des futilités dont il n'y a pas à re-
tirer de profit : quelles sont les trois mille paraboles qui sont
attribuées à Salomon, et les mille cinq cantiques (6) et quel est
en éthiopien et dont la première partie a été publiée par Bezold (Die Schatz-
liohle) et par RI"" D. Gibsou {Sludia Sinaïlica, t. VIII, Londres, 1901, cf. p. 33-
34). Cependant, selon cet auteur, Adam parlait syriaque et non liébreu.
1) ]i-^l
(2) l-r-^-
(3] ^*^
(4) ^l.
(5) Cet argument nous semble irréfutable pour quiconque admet que cette
phrase a bien été prononcée par Adam.
(G) |iw=ja..
TRADUCTION DES LETTRES XII KT XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 275
le traité qu'il fit sur les arbres, sur les racines, sur les animaux
des champs, sur les oiseaux, sur les reptiles, sur les poissons et
sur les autres choses (1).
Nous avons appris et lu que Salomon écrivit, ô homme ami
du travail, mais quels sont les livres qu'il écrivit et quels sont
leurs titres, aucun des commentateurs ou des Hébreux ne nous
l'a appris. Or, nous ne pouvons pas dire ce qui n'est pas arrivé
jusqu'à nous et ne nous a pas été transmis. Ne t'étonne pas que
tous les livres écrits par Salomo?i dans sa science ne soient pas
arrivés jusqu'à nous, puisque tu as entendu que ni les saints Li-
vres écrits par Moyse, ni ceux des prophètes ne sont parvenus
jusqu'à nous, nous n'en avons que des fragments que Dieu per-
mit au prêtre Esdras de sauver, d'écrire et d'ordonner pour
qu'ils nous arrivassent et nous apprissent la science des choses
utiles. — De plus, les livres écrits par Esdras ne nous sont pas
tous parvenus non plus. De cjuatre-vingt-dix livres qu'il est
écrit et dit qu'il composa, il ne nous reste que les livres lus dans
l'Église (2). Sache donc que les livres de Salomon ne nous sont
pas parvenus non plus, et qu'il n'en résulterait aucun avantage
pour l'àme s'ils étaient arrivés jusqu'à nous ; c'est pourquoi Dieu
a jugé bon de ne pas nous les transmettre. Il y était question des
arbres, des racines, des animaux, des oiseaux, des reptiles et
des poissons, science (fol. 121'') qui sert à l'art de la médecine
corporelle et que nous trouvons dans les livres des Grecs et des
Égyptiens. Comme il est écrit qu'il fit des proverbes et des pa-
raboles (3), il est évident que ceux que nous avons et lisons en
font partie; nous ne les comptons pas et nous ne cherchons pas
combien il y en a dans ce livre des paraboles que nous avons.
Puisque j'ai. parlé aussi des cantiques, j'apprends à ta Fraternité
que nous n'avons pas mille cinq, mais cinq mille cantiques (4),
afin qu'au moment où tu apprendras cela, tu ne me demandes
(1) m Rois IV, 32-33.
(2) Ce qui précède est basé sur le IV livre d'Esdras qui est apocryphe, ou
trouve cependant quelques différences. Il y est dit (ch. xiv) qu'Esdras inspiré
par Dieu dicta à cinq scribes ce qui avait été fait depuis le conimonccment.
En quarante jours, il dicta deux cent quatre livres dont les soixante-dix derniers
devaient n'être lus que par les sages. Ce récit juif fut admis par plusieurs Pères
de l'Église. Cf. Vigouroux, Dict. de la Bible, article Esdras.
(3) |L)1U3.
(4) Il faut sans doute entendre « versets ».
276 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
pas de te dire quels ils sont, quand tu verras et entendras toute
l'abondance de l'effusion de la sagesse de Salomon, et pour
que tu aies pitié de ma faiblesse. Voilà tout sur ce sujet.
XVI. — Y a-t-il besoin d'une interprétation quelconque pour
le passage : Soixante hommes, des hommes d'Israël, entourent
le lit de Salomon et l'ëpée de chacun d'eux est sur sa, cuisse (1),
lorsque nous voyons les rois et les chefs de notre époque gardés
par des hommes armés et portant des lances aussi bien de nuit
que de jour et à tout moment? Si tu m'en demandais le sens spi-
rituel et la théorie du sens hyperbolique (2), ce que je ne crois
pas, je te renverrais à un homme qui te renseignera à ma place
et qui t'instruira facilement plus que ne le ferait mon Humilité.
Prends saint Grégoire de Nysse et étudie le poème (n^^) qu'il
a fait contre ceux qui attaquent {rf^)i) le Cantique des cantiques
de Salomon, tu trouveras et tu seras tranquillisé (3).
XVII. — Sur Saiil dont il est écrit qu'il interrogea au sujet
de David (4), que puis-je répondre à ta demande quand il s'agit
d'un homme que l'esprit de Dieu a quitté, qui est possédé de
l'esprit mauvais, et auquel toute science a été enlevée? Quant à
Abner, fils de Ner, qui lui répondit : Par le Seigneur et par ta
vie, Seigneur roi, je ne sais pas de qui cet enfant est fils (5),
on peut dire par opinion, vraisemblance et conjecture qu'il
n'était pas près de Saut, lorsque Saut envoya David contre
Goliath le Philistin (6).
XVIII. — Ce qui a été écrit au sujet des dix justes s'ils
étaient à Sodome (7), est rempli de vieilles fables, car nous
n'admettons pas et nous n'approuvons pas celui qui admet que
(1) Cantique m, 7-8.
(2) o;îr> i «\%l)œ; ^>o/lo.
(3) Le présent passage est expliqué par saint Grégoire do Nj'sse dans sa
sixième homélie sur le Cantique des cantiques. Cf. Migne, P. G., t. XLIV, col.
900-904.
(4) I Roi.s xvH, 58. Saiil demande à David quelle est sa famille, bien qu'il l'ait
déjà eu pour écuj'er (xvi, 18-22) et qu'il l'ait équipé pour le combat (xvn, 31-39).
(5) Ibid., xvn, 55.
(6) Ibid., xvn, 31-39.
(7) Cf. Genèse .xvni, 32.
TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 277
Lot avait d'autres filles en dehors des deux, ou des gendres en
dehors de ces deux, ou quelqu'un de sa famille en sus de sa
femme (1), toutes choses que le saint Livre de Moyse ne nous a
pas transmises.
Voilà tous les mets et les genres de nourriture spirituelle que
la main de mon Humilité a pu ordonner et placer devant toi,
elle les a choisis pour faire un repas à ta Fraternité qui les
aime, ô frère spirituel et camarade. C'est là (fol. 121") une par-
tie de ce que tu avais demandé à la charité de ma Pauvreté de
placer devant toi sur la table, nous l'avons donné par petits
morceaux, peu à peu, et non pour te rassasier ou te donner une
indigestion, afin que notre repas ne fût pas d'ailleurs trop peu
abondant et sans utilité et par suite de peu de considération et
indigne de remerciement. S'il y a quelques mets demandés qui
n'ont pas été servis, on les gardera dès maintenant pour pré-
parer un autre repas. Pour toi, comme il est convenable, ap-
plique-toi à tirer profit selon ton habitude des lectures substan-
tielles et nourrissantes, puis en retour prie pour mon Humilité
durant ces jours de joie spirituelle. Reste en bonne santé dans
notre Seigneur, ô frère chéri, et sois toujours digne de tels fes-
tins par les prières des saints. Amen.
XIX. — Ta Fraternité (2) m'interroge au sujet de cette femme
dont Mar Eplireni dans ses (discours) contre les (fausses) doc-
trines dit qu'elle a obligé les Sabbatiens à courber leur tête
50US sa main (3); quelle est cette femme et que sont les Sabba-
tiens'? Je te répondrai là-dessus facilement et en peu de mots :
11 y eut (fol. HP) à Édesse une femme qui aima dès sa jeu-
nesse la pureté et le naziréat; elle se mêla aux garçons et ap-
prit avec eux à l'école ce qu'on enseigne aux enfants. Elle était
appelée chez ses parents Qamsou (oj.ioa>). Celle-ci, pour tromper
ceux qui la voyaient, changea même son nom, et s'arrangea de
manière à ce que chacun la prît pour un garçon et à ce que
personne ne sût qu'elle était une femme. Elle apprit les sciences
(1) Il est lait allusion ici à une h'-gende que nous n'avons pas retrouvée
ailleurs.
(ii) Lettre, XII. L'exorcle <iui précède est omis.
(3) Saint Ephreni, Opéra omnia, t. II, p. 440.
278 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
des hommes avec les hommes et cliacun la croyait eunuque
parce qu'elle serait née ainsi, ou parce qu'elle aurait été châ-
trée par les hommes. Enfin elle fut ordonnée, comme si elle était
un homme, dans le nombre des clercs, dans l'hérésie de ceux
que l'on appelle Sa66aTiavci, c'est-à-dire Sabbatiens, parce qu'ils
observent et vénèrent le samedi aussi bien que le dimanche;
c'est ce que font encore ceux de maintenant et ceux qui res-
tent dans la Galatie et la Phrygie. Quand elle fit partie des
clercs elle devint célèbre et louangeable dans l'Église des Sa66a-
Ttavci qui existait alors à Édesse, aussi bien par sa pureté et
ses austérités (naziréat) que par sa pénétration et sa science.
Elle parlait mieux que beaucoup de ses partisans, aussi ils la
choisirent pour évèque, car ils croyaient qu'elle était un homme.
Elle fut donc évèque des Ila68a-:iavo( à Édesse, et sur le siège qui
est au ^ft\i.y. — comme le dit Mar Ephrem — elle expliqua (les
écritures) à leurs oreilles et se moqua à leur barbe; la nature
ni la pudeur ne l'arrêtèrent pas. L'endroit où était leur Église
subsiste et est encore connu maintenant; on appela cet endroit
à Édesse : V Église des Sabbatiens (1), je le connais et je l'ai
vu, moi _qui fais ce récit. Telle est riiistoire de cette femme et
telle est Thérésie dont elle faisait partie, à savoir celle des Sab-
batiens qui observent le sabbat. 11 faut cependant savoir qu'il
y a deux schismes du nom de SaSSaTiavoi : l'un qui remonte
aux anciens temps des disciples des Apôtres et l'autre posté-
rieur qui est le schisme des partisans de Novatien (2), lesquels
rejettent les pécheurs qui font pénitence et se trouvent main
tenant dans la Galatie. Voilà tout au sujet de Qamwu et des
Sabbatiens qu'elle a complètement ridiculisés.
XX. — Comme tu m'interroges aussi sur Qouq (3) et les Qou-
qéens, je te dirai que cinq hérésies découlent et proviennent
de l'impure méchanceté de Valentin et chacune d'elles alla plus
loin dans sa méchanceté que celles qui l'avaient précédée; ce
sont les hérésies de Valentin, &q Marcion,de Qouq, (fol. IIP)
de Bardesane et de Manès. L'hérésie de Marcion est un
(1) ot.fi^'^aotco; I «foNat.
(2) ^Q^tOJ.
(3) wOCtO.
TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 279
schisme de celle dos Valontiniens, de même le schisme de Qouq,
dont les partisans sont nommés de son nom Qouqécns, celle-ci a
beaucoup changé aux (dogmes) de Valentin et aussi de Marcion.
Les partisans de Bardesane ne sont pas un schisme de ceux
qui existaient avant lui, mais ont commencé avec Bardesane
lui-même. Quand il fut chassé de l'Église des orthodoxes (ÏÉ-
clesse, beaucoup de partisans de sa méchanceté s'attachèrent à
lui et fondèrent parmi le peuple des hérésies et un schisme
particulier et ils furent appelés Bardesanites du nom de Bar-
desane (1). De la même manière le schisme des Manichéens
fut ainsi nommé du nom de Manès. Palout dont parle le doc-
teur, comme si ces hérétiques nous appelaient Paloutéens d'a-
près son nom, n'est pas un hérétique ni un hérésiarque, mais
un homme fidèle et saint, l'un de ceux qui figurent sur la liste
des évêques d'Édesse sur le siège de l'apôtre Adée (2).
XXI. — Appendice sur Béiiémotii. — On admet générale-
ment aujourd'hui que le Béhémoth du Livre de Job est l'hippo-
potame. Nous avons montré dans la Revue sémitique (1903,
p. 73-75) combien cette opinion est paradoxale. Elle a été ima-
ginée en effet au commencement du xvii° siècle par Bochart
qui n'avait pas vu d'hippopotame, ni même — son contexte
en fait foi — de gravure reproduisant fidèlement ces animaux.
Il s'ensuivrait donc que l'auteur du livre de Job n'aurait été
compris ni de ses compatriotes : les Arabes et les Syriens, ni
des commentateurs égyptiens qui connaissaient cependant les
hippopotames. Nous préférons admettre l'opinion des auteurs
syriens et voir ici une description poétique de la sauterelle qui
serait à rapprocher de Joël, ch. i et ii. Nous donnons d'abord
(1) Voici le texte de Jacques d'Édesse :
•y (-.> ^> .aat ^^ pLi >_.« a^;^L{o .yoov^o yOOfJ-^ l-^°>! |-a,^so
Les Bardesanites nous paraissent avoir formé une école philosophique et scien-
tifique plutôt qu'une hérésie proprement dite. En jnxrticulier Bardesane, d'après
ce qui nous reste de ses écrits, n'a jamais professé les théories gnostiques du
dualisme et des émanations. Cf. Bardesane l'astrologue. Le livre des lois des
pays, Paris, 1899, Introduction.
(•2) "»l. Cf. Rubens Duval, Ilisloire d'Édesse, Paris, 1892, p. 120.
280 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
la traduction d'un passage inédit de Jacques Bar Salibi (1) qui
est à ajouter aux textes de Jacques d'Édesse et de Bar Hébraeus
traduits plus haut au § VI.
Sur Béhémoth. Cet animal sauvage est près de toi, lui que
j'ai fait avec toi. Béhémoth mange V herbe comme un bœuf,
sa force et sa puissance sont dans ses lombes etc.
Ce faible animal qui ne peut être vaincu par la force est
la sauterelle. Il est appelé Béhémoth au pluriel, c'est-à-dire :
animaux nombreux. On rappelle sauterelle au singulier, à
cause de sa réunion en troupe, mais il est constitué par beau-
coup d'individus séparés. Il mange Vherbe comme {le fait) le
bœuf. Quand il détruit les semences, il tire sa puissance de
ses lombes et sa force de Vombilic de son ventre. Il saute sur
les pierres, les bois et les épines, sans que son corps en souf-
fre. Il d7'esse sa queue comme un cèdre; il saute sur la terre
comme les animaux et vole en l'air comme les oiseaux; il
est fort comme l'airain et Vépine de son dos l'est comme le
fer (2) ; c'est la première de toutes les créatures qui naissent
et pidlulent, à l'époque du printemps, parce qu'il éclôt le
premier, et il se multiplie peu à peu contre les germes des
c/iamps. Dieu l'a créé pour faire la guerre aux hommes et aux
animaux puisqu'il mange leur noutiiture. Dieu Va destiné
à faire rétonnement et la, risée des anges qui le dirigent
et veillent à ce qu'il ne cesse pas de faire la guerre ni de
rester uni à ses compagnons, afin qu'ils marchent dans un
même sens, comme le cours. d'un fleuve. Il passe sur le dos
des montagnes et des rochers et rien ne l'arrête. Il réjouit
les animaux, les reptiles et les poissons quand il s'arrête
ou tombe dans les pièges et dans les fleuves; les oiseaux et
les coî'beaux en mangent. Il marche et nage sur les eaux et
fait comme un pont pour le passage de ses co7npagnons. Il
a confiance qu'il supporterait le courant du fleuve en na-
geant devant lui {sans dévier). — Aussi Dieu dit à Job : Tu
ne peux le vaincre dans la guerre, coïnment {oses-tu donc)
jMiier contre Dieu et vouloir être victorieux?
(1) Ms. syr. de Pai'is, ir 66, fol. 142.
(2) Il serait peut-être mieux d'entendre ce versi't, non de la force des saute-
relles, mais de la couleur dorée ou bronzée de leur corps, comme nous le ferons
plus loin.
TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 281
Le commentaire de Jacques Bar Salibi, comme ceux des au-
teurs syriens en général, est basé sur les traductions impar-
faites des Septante et de la Peschito; nous reproduisons donc
ici la traduction du texte hébreu que nous avons déjà donnée
dans la Revue sémitique. Nous laissons à MM. les hébraïsants
de décider si notre traduction « ne doit pas » ou du moins
« ne peut pas » être substituée à celle qui a cours depuis Bo-
cliart.
Voici la sauterelle que j'ai faite près de toi,
Elle mange l'herbe comme (le fait) un troupeau de bœufs;
La voici, sa force est dans sa fécondité (1),
Et sa puissance dans la capacité de son ventre (2) ;
Elle dresse [ou elle courbe) sa queue comme un cèdre (3),
Ses nombreuses pattes (4) sont entrelacées ;
Ses écailles ont des reflets d'airain (5),
Ses membres (sont résistants) comme un bâton de fer (Oj ;
Dieu la produit dès le printemps (7),
Son créateur hâte ainsi ses ravages (8) ;
Car pour elle est l'herbe des montagnes,
Et tout animal des champs s'y réjouira (0); 4
Elle se pose sous les grands arbres,
Aussi l)ien qu'au milieu des roseaux et des joncs;
Les grands arbres la couvrent de leur ombre.
Et les saules du torrent l'environnent;
Si le fleuve bondit, elle no s'émeut pas.
Elle sait qu'elle subjuguera (traversera) le Jourdain en ligne droite (10) ;
(1) Mot à mot : «Dans ses lombes >>, considérés comme soiu-co et siège de la
fécondité. Cf. Isaïe x.xi, 3.
(2) Mot à mot : « In firmis ventris ».
(3) Cet appendice caractéristique a fait donner à certaines espèces de saute-
relles les noms de sauterelles à sabre et de suulerelles à coulelus. Cf. Larousse,
Dict. universel, article Sauterelle.
(4) Mot à mot : « Les nerfs (les fds) de ses cuisses », c'est-à-dire les diverses
parties des pattes qui viennent à la suite des cuisses.
(5) Couleur du dos de certaines sauterelles.
(6) Les longues pattes sèches et dures des sauterelles donnent, quand on les
touche, la sensation du 1er.
(7) iliit à mot : « Elle est le commencement des voii?s de Dieu •>.
(S) Dans la Peschito : ■■ Dieu l'a créée pour faii-e la guerre (pour dévaster) ».
(9) D'après certains auteiu's syriens, tous les animaux mangent l(\s saute-
l'i'lles et sont donc heureux de les voir arriver. — D'après Jacques Bar Salibi,
elle fait périr (pnUJ ou r\UXà) tous les animaux des chanqis, « parce qu'elle
mange leur nourriture ».
(Kl) Allusion aux ailes de la sauterelle qui hd permettent e» effet de traverser
les fleuves. D'après les Syriens, elle pourrait condjler le (leuve de ses cadavres
282 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
C'est cependant devant elle qu'on la prendra.
Dans les filets elle donnera tête baissée (1).
Il n'est pas étonnant non plus que Job ait pu désigner la
sauterelle par le nom assez vague de mani ou d-qpiy., car il est
de bon goût, en Orient, surtout dans les écrits poétiques, de ne
pas désigner certains animaux par leur nom propre, mais par
une épithète plus ou moins caractéristique; c'est ainsi qu'on
peut trouver en arabe un millier de noms consacrés au seul lion.
La sauterelle est bien un de ces animaux à désignation mul-
tiple, car, dans la Bible seule, on lui donne les noms suivants :
S''Dn; n3."iN; Dn:i; na; SïSi*; lan; dï;Sd; Sain; Q'2; phi. Ces mots
sont souvent de simples épithètes; le plus usité, niMi, semble
tiré de n:n, « il se multiplie ». Il n'est donc pas étonnant que
les Syriens aient appliqué le mot mann, « les animaux », à l'es-
saim des sauterelles.
F. Nau.
et faire un pont aux suivantes. Ils traduisent aussi : « Elle a confiance ipiVlIe
frappera le Jourdain sur la lace •>.
(1) jMot à mot : « Elle enfoncera le nez {la face) ». Allusion à une manière de
détruire la sauterelle, contre laquelle on mobilisait déjà les troupes au temps
de Pline {Ilisl. Nal., XI, 35). On jjousse les sauterelles vers un cours d'eau ou un
fossé, et on élève sur le bord opposé un filet ou des couvertures pour arrêter
celles qui prendraient leur vol.
SIVAS
HUIT SIÈCLES D'HISTOIRE
1021-1820
{Suite) (1)
CHAPITRE V
RUINE DE SÉBASTE.
1" Situation des provinces orientales de l'Empire. — 2" Les Persans à Sébaste. —
3" L'archevêque de Sébaste à Constantinoplc. — 4° Les princes arméniens em-
pêchent une tentative d'union religieuse.
§ 1, — Situation des provinces orientales de V Empilée.
S'il fallait en croire les auteurs arméniens, et en particulier
Matthieu d'Édesse, le gouvernement impérial aurait été la
cause de tous les maux qui, dans la seconde moitié du xi^ siècle,
vinrent fondre sur leurs co-nationaux. Aujourd'hui que ces lu-
gubres événements apparaissent comme estompés dans le loin-
tain de l'histoire, on peut trouver qu'ils ont exagéré les respon-
sabilités de l'Empire. Les premiers historiens l'ont fait, faute
sans doute de s'être trouvés dans un recul suffisant pour appré-
cier, comme il convenait de le faire, les personnes et les choses.
Ceux qui sont venus après eux, les ont copiés, sans se donner
la peine d'examiner le bien-fondé de leurs dires : c'était plus
aisé, et puis n'est-ce pas toujours une consolation que d'imputer
à un autre qu'à soi les maux dont on a souffert?
Sans chercher à faire en rien l'apologie de la politique byzan-
tine, ne sont-ce pas les Arméniens qui, en 1021, ont mis les
Grecs en possession du royaume de Vaspouragan et, en 1045,
(Ij Voyez 1905, 79, 169.
284 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
de celui d'Ani? N'était-il pas naturel que ces pays, une fois ré-
duits en provinces impériales, fussent traités comme les autres?
Eût-il été sage d'en confier la garde à une armée nationale? et
pouvait-on y mettre les meilleures troupes de l'Empire?
Ce sont là pourtant les deux griefs que Matthieu d'Édesse
formule (n° 84) contre les Grecs : « Ils ont abattu le mur pro-
tecteur que formaient notre brave milice et nos intrépides
guerriers, et leur unique préoccupation semble avoir été
d'éloigner de l'Arménie tout ce qu'il y avait d'hommes de cœur
et de vaillants soldats pour les remplacer par des eunuques. »
Suit une longue tirade sur les Grecs efféminés, où l'on croi-
rait trouver une réminiscence de l'Achille aux pieds légers
d'Homère, lorsque l'auteur dit : « Tls ont fait de leur promp-
titude à prendre la fuite un de leurs titres de renommée et de
gloire. »
Pour être équitable, il ne faudrait pas oublier que durant la
déi)lorable période qui s'étend de 10.54 à 1059, le sceptre des
empereurs, en cinq ans, passa en cinq mains différentes. Au
milieu de ces révolutions, des révoltes et des guerres qui les
accompagnèrent, était-il possible que les provinces situées,
comme les anciens royaumes arméniens, aux extrémités de
l'Empire ne fussent pas n(';gligées?
D'ailleurs les diverses factions qui s'étaient formées dans ces
états, et qui avaient tant contribué à leur ruine, n'avaient cer-
tainement pas cessé d'exister. Les gouverneurs grecs que Sa-
muel d'Ani (cf. l'an 491 de l'ère arménienne) appelle Kata-
pan (1) avaient pour le moins rencontré dans le pays autant
d'opposition que les rois nationaux. Dans l'état de fermentation
où se trouvaient ces contrées, il est fort vraisemblable que tous
les adversaires de la domination grecque aient été amenés à
désirer s'y soustraire en s'appuyant sur les Persans.
Cette hypothèse qui n'a rien d'absurde en soi, semble con-
firmée par le passage où Matthieu d'Édesse dit (n° 94) : « Il
(Kakig, ancien roi d'Ani,) avait l'intention de ne plus re-
tourner à Constantinople, mais d'aller trouver Alp Arslan et
de reprendre possession du trône d'Arménie. Car à plusieurs
(1) Il ne semble pas que ce mot soit arménien et, comme à la même époque il
était également donné aux gouverneurs grecs de l'Italie méridional'", il pourrait
venir par métathèse de Capatano dit pour Capitano.
siVAs. 285
reprises déjà le Sultan avait invité Kakig à venir auprès de lui,
et seule sa qualité de chrétien avait empêché le prince arménien
de se rendre à ces avances. » Le roi déchu devait donc avoir
encore de nombreux partisans tout disposés, en vue d'une res-
tauration, à faire appel à Tlnfidèle.
Les Persans ne pouvaient donc désirer circonstances plus fa-
vorables pour envahir les pays récemment annexés à l'Empire,
et, au besoin, en faire la conquête. Voici ce que rapporte le
manuscrit de Sivas : « Vers le temps où mourut Pierre Kéda-
tartz, le Slar (gouverneur militaire) du Koraçan avisa Togrul
bey de la faiblesse des garnisons grecques, absolument inca-
pables de protéger les frontières qu'elles avaient à défendre.
Le Sultan se résolut alors à faire une incursion sur les terres
de l'Empire. Il mit en mouvement toute la Perse et toute la
partie du pays des Scythes qui était soumise à son autorité.
11 y leva une armée innombrable dont il confia le comman-
dement à trois de ses généraux : Samoukh, Amoukafr et
Guidjorkis. Il les envoya en Arménie, dans tous les pays dont
les Grecs s'étaient emparés, avec l'ordre de ravager toute la
contrée jusqu'à Sébaste et de piller cette célèbre et populeuse
cité. »
% 2. — Les Persans à Sébaste.
L'armée persane « semblable à un tourbillon » s'avança sans
rencontrer d'obstacle. Selon Matthieu d'Édesse « son principal
objectif était de s'emparer des fils de Sénèkèrim, Adom et
Abousahl ». Il est étrange vraiment que le manuscrit de Sivas,
qui cite Matthieu d'Édesse ets'accorde avec lui pour l'ensemble,
ne signale pas cette particularité.
Les princes arméniens, avertis de l'approche des ennemis, eu-
rent le temps de s'enfuir et de se mettre en sûreté à Kavadanèk(l)
(1) Le manuscrit dit que « c'était une petite ville fort bien défendue ■'. JI. Du-
lauricr, dans ses notes à Matthieu d'Édesse, la place au S.-E. de Sivas. Méchitar
d'Aïrivank la range, avec Marache et Béhesni, parmi les localités de la Cilicie dont
les princes arméniens s'emparèrent dès le début de leur puissance dans cette
province. C'était donc une forteresse du Taurus et je pense qu'elle devait se
trouver à proximité de Dandaxena (cava Danexa), station que l'Itinéraire d'An-
286 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
(Khavatanèk) avec une foule de seigneurs de leur entourage. La
ville de Sébaste fut investie par les infidèles, le dimanche avant
la Transfiguration, par conséquent le 4 juillet 1059. Matthieu
d'Édesse affirme qu'à cette époque la ville était dépourvue de
remparts et que néanmoins les envahisseurs n'avaient pas osé
y pénétrer tout d'abord, parce que, apercevant de loin les blan-
ches coupoles des églises, ils les avaient prises pour les tentes
d'une armée grecque. Ils eurent bientôt reconnu leur erreur ;
alors se précipitant dans la ville, ils en massacrèrent sans pitié
les habitants, firent un grand nombre de prisonniers et enlevè-
rent un immense butin. « Car, dit l'auteur, cette ville était la
résidence des souverains arméniens. »
Lorsqu'il raconte la prise d'une ville, Matthieu d'Édesse sem-
ble n'avoir à sa disposition qu'une série de formules assez peu
variées. C'est toujours la plaine inondée de sang, le cours
d'eau qui traverse les murs de la ville — même lorsque, comme
à Sébaste, elle n'en a pas, — dont les eaux limpides sont rougies
par le sang répandu à flots et qui coule de toute part, les nobles
et clercs massacrés, les mille églises détruites, — parfois pour-
tant il n'y en a que 800, à Ani il en compte mille et une où se
célébrait le saint sacrifice, — enfin ce sont les matrones, les
jeunes filles et les enfants réduits en un honteux esclavage. Ici,
pour achever le tableau de la ruine de la ville, il ajoute : « En
quelques instants Sébaste devint semblable à une chaumière
que l'incendie aurait consumée. »
Bien qu'il en appelle au témoignage de Matthieu d'Édesse,
le manuscrit donne à sa narration une nuance toute différente.
« La ville, dit-il, qui n'était pas suffisamment défendue, fut
bientôt inondée par des soldats à demi barbares qui mirent à
mort tout ce qu'ils rencontrèrent et firent un massacre épou-
vantable des habitants. Pour déblayer les rues, on fut obligé
d'entasser les cadavres comme les bûches d'un bûcher. Le sang
qui de toute part ruisselait à torrent fit déborder les ruisseaux
qui traversent la ville et qui coulaient rouges de sang jusqu'à
l'Halys. »
Cela montre le sans-gêne avec lequel l'auteur du manuscrit
tonin indique à 72 milles de Mélitène sur la route de Césarée et à 86 milles de Gu-
euse sur la route de Sébaste : ce qui conduit aux environs de la petite ville actuelle
de GiJrûn.
SI VAS. 287
traite les documents dont il se sert. Ce qui suit le montrera davan-
tage encore. Il continue en effet en disant : « L'historien Mat-
thieu d'Édesse raconte qu'il y eut quatre cents édifices ornés de
dômes, tantpalaisqu'éghses, qui furent dévorés par les tlammes,
que les habitants périrent tous par le feu ou par le tranchant
du glaive, et qu'enfm, après un séjour de /««//( wo?'s dans la con-
trée totalement dévastée, les Persans rentrèrent dans leur
pays. » Or Matthieu d'Édesse ne parle ni de 400 édifices, ni
du massacre de toute la population, ni de huit mois de séjour
des ennemis; il se contente de dire qu'ils restèrent huit jours
dans la ville incendiée, puis retournèrent chez eux.
§ 3. — L'Archevêque de Sébaste à Constantinople.
Le manuscrit de Sivas affirme qu'après le départ des infidèles,
— probablement dès l'automne de 1059, — Adomet Abousahl,
sortant de leur retraite et renonçant à habiter leur capitale rui-
née de fond en comble, se retirèrent à Constantinople où ils firent
un assez long séjour.
Ils y furent rejoints, probablement dès l'année suivante, par
Elisée, archevêque de Sébaste, qui accompagna à la capitale le
catholicos Khatchig. On place ordinairement ce voyage en 1059
et cela expliquerait fort bien que le manuscrit n'ait pas eu à
mentionner l'archevêque, à l'occasion du sac de la ville. Pourtant
les auteurs étant unanimes à affirmer qu'il eut lieu sur les in-
jonctions de l'empereur Constantin Ducas, il faut nécessairement,
avec Saint-Martin {Mémoires sur V Arménie, t. II, p. 441), le pla-
cer en 1060, puisque ce prince ne monta sur le trône que dans
les derniers jours de 1059.
Cela d'ailleurs ne contredit pas les anciens historiens, puis-
que Samuel d'Ani n'assigne pas plus que Matthieu d'Édesse, une
date précise à ce voyage. Le dernier dit seulement (n° 85) que le
catholicos fut emmené à Constantinople « ainsi que plusieurs
évoques, entre autres l'éminent seigneur Elisée », archevêque
de Sébaste, et qu'ils y restèrent trois ans en prison. Il paraît
également indiquer (n" 89) que le but du gouvernement était
d'obtenir la cession par Khatchig de tous les biens du catholicat.
Il assure (n" 85) que ^ pour trouver les trésors cachés, on mit à
288 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN-
la torture une multitude de personnes ». Samuel d'Ani avance
que « le Catliolicos eut beaucoup à souffrir de la part de ce mé-
chant prince (Constantin Ducas) et de la cour impériale ».
A l'occasion de la mort de ce prélat, Matthieu d'Édesse écrit
(n" 89) : « A Constantinople, il eut bien souvent à souffrir les
injures des Grecs et toutes sortes de tribulations à cause de sa
foi. Nous avons entendu dire qu'il fut soumis à l'épreuve du feu
et qu'il traversa les flammes sans en éprouver aucun mal. Ils
(les Grecs) le racontaient eux-mêmes, sans pouvoir cacher le
dépit et les soupirs que ce souvenir leur inspirait. »
L'auteur se tait sur le rôle de l'archevêque de Sébaste et des
autres prélats arméniens durant leur séjour à Constantinople ;
mais il nous apprend que les princes Adom, Abousahl et Kakig,
ancien roi d'Ani, qui se joignit à eux, mettant en commun leurs
efforts, « parvinrent, en se donnant toutes les peines du monde,
à obtenir pour le Catholicos et les évêques la permission de
retourner au milieu des Arméniens » .
Leur retour dut avoir lieu en 1062 : car, d'après le manuscrit,
il semble que l'archevêque Elisée soit mort dans sa ville archi-
épiscopale, trois ans après qu'elle eut été ruinée par les Per-
sans, et dans l'intervalle il avait également été trois ans prison-
nier à Constantinople. L'année 1062 seule répond à ces données,
en supposant que l'archevêque soit mort peu après son retour à
Sébaste. De plus le catholicos Khatchig, mort en apprenant la
prise d'Ani par les musulmans, le 16 août 1064, avait été trois
ans catholicos à Tavplour, depuis son retour de la capitale. Or
pour pouvoir trouver ces trois ans, il faut bien encore placer ce
retour en 1062.
Il semble que Khatchig et l'archevêque, avec les princes Adom
et Abousahl, firent alors quelque séjour à Sébaste. Certains écri-
vains vont même jusqu'à dire que, comme son oncle Pierre Ké-
datartz, il y établit le siège du Catholicat. Ce serait alors proba-
blement qu'ilaurai't consacré Khatchadour, successeur d'Elisée,
prélat qui, d'après le manuscrit, fut élu avec l'assentiment
d'Adom et qui gouverna le siège de Sébaste, pendant 31 ans,
au milieu de difficultés inouïes.
{A suivre.)
R. P. Girard S. J.
TRAITÉS LITURGIQUES
DE SAINT MAXIME ET DE SAINT GERMAIN
TRADUITS
Par ANASTASE le bibliothécaire
INTRODUCTION
En 1868, le cardinal Pitra signalait (1) un manuscrit con-
tenant la traduction par Anastase le bibliothécaire d'un résumé
de la Mua-caYWYia de saint Maxime le confesseur et du commen-
taire liturgique connu sous le titre de M'jGzv/Sq O£0)p{a; il pu-
bliait en même temps une lettre à Charles le Chauve, où Anas-
tase affirme avoir exécuté ces traductions pendant son séjour
à Constantinople, c'est-à-dire en 869-870, et un double spécimen
des dites traductions (2).
Pitra n'indiquait pas dans quelle bibliothèque se cachait le
manuscrit découvert par lui. Il se proposait de publier plus
tard en entier la Muair/Y; Gswpia, mais mourut sans avoir
réalisé son projet. On a pu croire le manuscrit perdu (3), il
n'en est rien. Dans un volume postérieur, le savant cardinal
se montrait heureusement moins discret, et, en éditant un
nouveau passage du commentaire liturgique, avait soin de
(1) Pitra, lurls ecclesiastici Graecuriim historia et monumenla, t. Il, Paris,
1868, p. 287.
(2) IbicL, p. 287-290, 298-299.
(3) Brightman, Liturgies eastern and îuestern, t. 1, Oxford, 1896, p. xcv (intro-
duction).
ORIENT CHRÉTIEN. . 19
290 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
dire qu'il le tirait ex duplici codice Cameracensi et Pari-
siensi, utroque saecuU IX (1). Ces deux manuscrits sont le
cod. Camerac. biblioth. municip. 711 et le cod. Paris, biblioth.
nation. 18556; je les désignerai respectivement par les lettres C
et P.
Voici la description que Pitra donnait de C : » Saeculo IX,
sine ulla controversia, manu eleganti scriptus est; immo eam
curam singula folia praeferunt, quae ipsum produnt operis
auctorem; ils quippe scholiis in margine munitur, ils supra
lineas ornatur correcturis, liturisque sollicitatur, quae ipsam-
met manum obstetricantem significant; scriptura carolina est,
non tamen gallicana, sed italica, longobardicis, ut aiunt, rustî-
cisque conspicua litteris : quae quidem et alla minutiora dum
olim intuerer in ipsa meinbrana, pellucida et rigida, in minore
forma circumcisa, et quasi regiae lectioni simul et itineri
longo accommodata, in hanc veni suspicionem aut codicem
esse quoddam archetypum, aut ex primigenio exemplari pri-
mum esse apographum, quod Anastasius, ecclesiae Romanae
bibliothecarius, Carolo Calvo imperatori, cum nuncupatoria
epistola, misit (2). »
Dimensions du manuscrit : 20 x J5. La partie qui nous
intéresse compte 60 feuillets, de 16 lignes à la page. Titres,
initiales des paragraphes et chiffres en rouge; une seule ini-
tiale ornée. Abréviations usuelles pour Deus, Christ us, eccle-
sia, sanctus, spiritus, rares dans les autres mots. Reliure
moderne.
Le fol. 1 est blanc, sauf, au verso, cette table des matières,
écriture du x" siècle :
Hystoria niistica ecclesie catliolice Maximi, quant trans-
tulit Anastlmsius.
Item hystoria Fi^ancorum et regum Francie. LXXVII.
Ce dernier ouvrage, dont nous n'avons pas à nous occuper,
a été réuni dès le x" siècle à la version d'Anastase, mais il
forme bien un codex à part; le parchemin sur lequel il est
écrit est beaucoup moins fin que celui du début du volume.
Quant aux soixante premiers feuillets, ils contiennent en
(1) Pitra, Analecta sacra spicilegio Solesmensi parata, t. II, Frascati, 1884,
p. 208.
(2) Pitra, Iiiris eccles. Graec. hist. et monum., t. II, p. 287.
TfÏAlTÉS LITURGIQUES. 291
réalité non seulement VHystoria mistica annoncée, mais plu-
sieurs autres morceaux :
P La lettre d'Anastase à Charles le Chauve, fol. 2.
2*^ L'index des chapitres de saint Maxime, fol. 5.
3" L'index des chapitres de la Muutixy] Oeojpi'a, fol. 6.
4° La traduction de saint Maxime, fol. 8 v°.
5" La traduction de la MijffTiy.Y] 9£o)pia, fol. 25.
6° La traduction d'une lettre de saint Nil à Nemertius,
fol. 59 r.
P compte 61 feuillets de parchemin; c'est un in-quarto de
0,175 X 0,225, tout entier de la même main. Pas de rubriques,
pas de scolies en marge. Bonne écriture, très lisible, mais
nombreuses abréviations.
Le volume contient :
Symposii aenigmata. — De computo. — Collectaneum
Servati Lupi de tribus quaestionibus. — Ejusdem epistola ad
Carolum Calvum. — Quaestiones theologicae. — Maximi et
Germani historia mj/stica cum praefatione Anastasii Exigui
ad Karoluin (1).
L'œuvre d'Anastase s'étend du fol. 38 au fol. Gl. Le volume
ne contient pas la lettre de saint Nil.
Pour Pitra, on l'a vu, ce manuscrit, comme celui de Cambrai,
serait du ix" siècle. M. L. Delisle dit ix" ou x*^ siècle. M. H.
Omont, qui a bien voulu l'examiner de nouveau à mon inten-
tion, hésite aussi entre la fin du ix^ et le commencement du
x*" siècle.
Le texte de P ne présente pas de variantes importantes;
l'orthographe est beaucoup moins correcte que celle de C.
J'admets que C soit une copie faite directement sur l'original,
peut-être même pour l'empereur, comme le suppose Pitra;
P est indépendant de cette copie, mais a été exécuté sur une
copie très voisine, quoique moins soignée.
(I) L. Delisle, Invcnlaire des manuscrUs lallns de Notre-Dame et d'autres fonds,
Paris, 1871, p. 102.
292 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Dans sa lettre à Charles le Chauve, Anastase déclare n'avoir
pas traduit la MuaTaywYi'a entière de saint Maxime, mais seu-
lement des extraits déjà faits par les Grecs. Ces extraits ne
sont autre chose que le dernier chapitre de l'édition de Com-
befis, sauf les deux paragraphes de la fin contenant l'éloge
de saint Denys l'aréopagite et les protestations d'humilité de
l'auteur (I). La traduction permet de constater qu' Anastase
avait sous les yeux un texte peu différent du nôtre.
On peut se demander quels titres possède à figurer dans
l'œuvre authentique de saint Maxime un morceau qui, dès le
ix"" siècle, circulait à Constantinople sous le nom de cet auteur,
mais comme un simple extrait de son ouvrage.
L'intérêt capital de la trouvaille faite par le cardinal Pitra
est dans la traduction de la MuŒxty.r, Oewpu.
Les cod. Vatican. 1070, 2051, 2146; Ottobon. 338, 378;
Regin. 46; Vallicell. F, 70; Nan. 34; Paris. 502, 854; Baroc. 42;
Eborac. S. Pétri 50; Hierosol. biblioth. patriarch. 343; Mosq.
biblioth. synod. 333 (276), contiennent un commentaire litur-
gique sous le nom de « Germain, archevêque de Constanti-
nople t>.
Cet ouvrage est anonyme dans les cod. Vatican. 112, 339,
375, 504, 790, 1151 ; Palat. 367; Ottobon. 408; Laurent, pi. LVII,
G. 48; Vindobon. 196.
D'autres manuscrits l'attribuent à saint Basile; ce sont les
cod. Vatican. 430, 640, 662, 1277; Barberin. III, 72; V, 18;
Paris. 502, 1259 A, 1555 A; Nan. 228; Cryptofer. B, 14; Oxon.
S. Magdalen.; Neapol. 236; Sinaït. 384; Athoi 4871, 5026 (?);
Hierosol. biblioth. patriarch. 39; Hierosol. S. Sabb. 86; Hierosol.
S. Crue. 2. Celte attribution invraisemblable, qui a pourtant
fait largement son chemin, provient sans doute du fait que le
commentaire s'applique à la liturgie byzantine dite de saint
(1) Dans MiGNE, Palrologia yraeca, t. XCI, col. 701 seq.
TRAITÉS LITURGIQUES. 293
Basile, ou du moins qu'il lui a été appliqué dans l'idée des
copistes.
Cette dernière explication me semble valoir pour le cod.
Baroc. 27 qui attribue le commentaire à saint Cyrille de Jéru-
salem.
On saisit un procédé analogue dans le cod. Hierosol. S.
Sabb. 414, qui en fait honneur à saint Basile « et autres saints
Pères », et dans le cod. Paris. Coislin. IM, qui lui donne pour
auteurs l'apôtre saint Jacques, saint Basile, saint Athanase,
saint Cyrille d'Alexandrie et saint Jean Chrysostome (1).
Ce commentaire fut imprimé pour la première fois à Rome
en 1526 par le Cretois Demetrios Doukas, avec l'approbation
du pape Clément VII et le concours de Livio Podocantaro,
archevêque de Chypre, et de Léonard de Balestrinis, métropo-
litain de Rhodes. II est placé à la suite des trois liturgies byzan-
tines. Voici du reste le titre complet de ce livre rare, dont la
Bibliothèque nationale de Paris possède un exemplaire, Inven-
taire B 1556, Réserve : AI 0EIAI AEITOTPFIAI. | TOT
AFIOY IQANNOT TOT | XPTSOSTOMOT. | BAIIAEIOT
TOT MEFAAOT. ] KAI H TQN nPOHriA:!:MENQN. \
FEPMANOT APXIEniSKOnOT | KwvCavTivouT^ÔXstoç , l^xopioc
'Ev.yX-QciaÇiv.ri ^^^'^ iJ.uffTixYj (izoipia. A la fin du volume : 'Ev ptoij.rj
■/iXtoCw çxç'. MtjVoç 6y.To6piou (sic). Ae^uôr/jti (sic) ^r,\j.-qxpio'j Aouxa
TOU 'ÂpYj-ô; (2).
Autre édition, également à la suite des trois messes, dans
AeiToupytat xwv hfidiv Tiaxépwv, Paris, 1560, p. 145-179. Traduc-
tion latine dans la collection correspondante, Liturgiae patrum,
Paris, 1560, et dans la Bibliotheca sanctorum patrum de
Marguerin de la Bigne, Paris, 1575 (plusieurs rééditions).
Troisième édition (avec la traduction latine) par Fronton le
(1) PiTRA, Juris eccles. Graec. hist. et monum., t. II, p. 297, signale encore
notre commentaire dans le cod. Ottobon. 459 sous le nom de saint Sophrone,
et dans les cod. Ottobon. 418, Paris. 2500 et Marc. 228 sous le nom de saint Jean
le Jeûneur. Il s'agit d'ouvrages très différents de celui que nous étudions. On
s'étonne que Pitra ait oublié que le pseudo-Sophrone a été publié par Mai, Spicil.
Rom., t. IV, Rome, 1840, p. 31 (réimprimé dans Migne, Patrologia graeca,
t. LXXXVII, col. 3981) et le petit traité de saint Jean le Jeûneur par lui-même,
Spicil. Solesm., t. IV, Paris, 1858, p. 440.
(2) E. Legrand, Bibliographie hellénique, xv'-xvi" siècles, t. I", Paris, 1885,
p. 193-195.
294 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Duc dans son supplément à la 4" édition de cette Bibliotheca
sanctonnn patrimi, Paris, 1624, t. II, p. 131. Le Duc attribuait
l'ouvrage, non à saint Germain I", f 730, mais au patriarche
Germain II, 1220-1240.
Quatrième édition, Venise, 1639, par les moines Philothée
Bellerianos et Épiphane de lanina, d'après un manuscrit
appartenant à Matthieu Cigalas : 'H Osîa AciTcupYta èpir^vci^ivr^
{sic) 7:a.çiCf. tûu èv à^(io\.ç, iiaxpbç y;[^,wv r£p[;.avou, TCaipiip/ou Kwvarav-
TivcuTtiXewç (1). Réimprimé à Venise en 1690 (2) et en 1751 (3).
Cinquième édition, par Thomas Milles, d'après le cod. Ba-
roc. 27, avec les œuvres et sous le nom de saint Cyrille de
Jérusalem, Oxford, 1704.
Sixième édition, par Galland, dans la Bibliotheca vetermn
patrum, Venise, 1765 seq., t. XIII, p. 203. Galland défend
dans sa préface, ihid., p. 7, l'attribution à saint Germain.
C'est son édition que Migne a reproduite dans sa Patrologia
graeca, t. XCVIII, col. 383.
Septième édition, accompagnée d'une vieille traduction
slave, par N. Krasnoseljéev , Svedenja o nekotorih litur-
gièeskih rukopisiah Vatikanskoj biblioteki,KsiZSin, 1885, p. 323.
Un simple coup d'œil jeté sur le commentaire tel que nous
l'avons, suffit pour s'assurer qu'il a été misérablement interpolé.
Mal impressionnés par ce triste aspect de l'ouvrage, Allatius,
Gretser, Oudin, etc., après Le Duc crurent devoir en refuser la
paternité à saint Germain pour en attribuer la composition à
Germain II (4). Richard Simon, comme Galland, tint pour Ger-
main I" ; il eut même l'intention de donner du commentaire une
édition améliorée, d'après un manuscrit lui appartenant (5). Le
meilleur argument en faveur de Germain F'', c'est que l'auteur
indique la fm du monde pour l'année 992, ce qui évidemment
ne se comprendrait pas sous la plume de Germain II.
(1) E. Legrand, op. cit., xvii" siècle, t. I", Paris, 1894, p. 403 : un exemplaire
de ce livre est dans la bibliothèque de la laure Saint-vSerge près Moscou.
(2) E. Legrand, op. cil., xvn" siècle, t. II, Paris, 1894, p. 474, d'après un cata-
logue d'A. Papadopoulos-Bretos.
(3) P. Lampros, KaTaXoyo; ouavîuv fli6X(a)v, Athènes, 1864, p. 18.
(4) Voir Fabricius, Bibliotheca graeca, édit. Harless, t. VIII, p. 444; t. XI,
p. 157.
(5) R. Simon, Bibliothèque choisie, t. II, p. 174; voir ses notes à Gabriel Sévère,
Fides ecclesiae orienlalis, Paris, 1671, p. 249, 287.
TRAITÉS LITURGIQUES. 295
La découverte de Pitra tranchait définitivement la question.
Le commentaire date au moins du ix* siècle; ses interpolations
du XI*' ou du XII' (1). Mais est-il bien l'œuvre authentique de
saint Germain, comme Ta cru Pitra?
Sans prétendre donner une solution certaine, je crois devoir
émettre quelques observations à ce sujet.
D'abord, Anastase indique l'attribution à saint Germain seu-
lement comme une tradition répandue chez les Grecs de son
temps : quae hinc reuerendae memoriae Germa7ius, ut Graeci
ferunt, ecclesiae constantinopolitanae sensit autistes, ex toto
transferenda duxi. De même, dans la table des matières, nous
lisons simplement : capitula historiae mysticae, ut fertur, Ger-
mani episcopi constantinopolitani.
Ensuite, les chapitres LV, LVI, LVII, LXI et LXIl sont em-
pruntés textuellement à saint Maxime, non au résumé traduit par
Anastase, mais au corps même de l'ouvrage dont ce résumé,
ai-je dit, me semble distinct.
Enfin, notre commentaire finit brusquement, sans conclusion,
sans même l'inévitable doxologie qui clôture tout traité ecclé-
siastique.
Il est donc possible que, si saint Germain a vraiment composé
un commentaire liturgique, et ceci me paraît très probable,
il est possible qu'Anastase n'en ait pas connu le texte authen-
tique, mais seulement un résumé, analogue au résumé de saint
Maxime qu'il avait aussi entre les mains.
La lettre de saint Nil, moine, à Nemertius, scholastique, con-
tenue dans le manuscrit de Cambrai, est sans doute aussi une
traduction d'Anastase, bien qu'il n'en parle pas dans sa lettre à
Charles le Chauve et qu'elle soit absente du manuscrit de
Paris.
Cette lettre ne figure pas dans les œuvres éditées de saint
Nil.
(I) Brightman, op. cit., p. xciii (introduction).
y
296 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Avant de transcrire le texte des diverses pièces que je viens
de passer en revue, je me fais un devoir d'offrir mes sincères
remerciements à tous ceux qui ont bien voulu me faciliter ma
tâche d'éditeur, en particulier à M. L. Clugnet, qui a pris la peine
de collationner pour moi le manuscrit parisien, et à M. Capelle,
conservateur de la bibliothèque municipale de Cambrai.
CamS'ac Domino gloriosissimo et magno principi Karulo Anasta-
711 fol. 2. sius exiguus.
Nil gratins, nil prorsus acceptius offerri cuiquam dinoscitur,
quam id quod ipse gratum habere cernitur et acceptum, cui
5 offertur. Unde quia tu, dictator optime, prae omnibus et super
omnia sapientiam dilexisti, licet uenerint tibi omnia pariter
cum illa, nil inerti et imperitomihi famulo uestro salius pietati
uestrae offerendum occurrit, quam id quod pertinere ad sapien-
tiam comprobatur. Quid autem magis diuinae sapientiae proxi-
foi. 2v" mum I quam mysteriorum nosse uirtutem, quibus ad fidem
imbuimur et ad pietatem sedulis exercitiis erudimur? Ecce
enim cotidie, ut pauca intentes reddendi causa fidelium animos
dicam, ecclesiarum parietes intuemur, panem et uinum offerri
Deo super altare conspicinius, sacras lectiones et cetera diuina
15 in eis eloquia recenseri et audiri non ignoramus. Sed quid haec
innuant, uel quid intus utilitatis habeant, aut quid haec arcana
uel mystica sint, nec aduertimus nec saltem sciendi gratia stu-
foi. 3. diose rimamur. De quibus omnibus quia sanctum | Maximum
graece scripsisse Theocaristo cuidam repperi, de ipsius opimis
20 sacrisque uerbis excerpere quaedam et, sicut ea quoque graece
iam excerptainueni, latino sermonitradere duxi. Uerum, sicut
ipse confessor et martyr Christi testatur, haec partim sicut
magno cuidam seni, quem miris sapientiae sanctitatisque attol-
lit praeconiis, fuerant mystice per contemplationem uisa, de-
25 scripsit. Sane mémorandum censeo quid idem beatus Maximus
de sancto Dionysio dilecto et dilectore uestro in huius operis
7, tuo au-dessus de uestro. — 8. tiiaj au-dessus de uestrœ. — 11, at pietatem
C. — 14, conspicimur C. — 16, aut quod corrigé en a. quid C. — 17, psaltem
P corrigé en saltem. — 19, repperimus C. ipsius | opimis, fol. 38 v" P. — 26,
tuo au-dessus de uestro.
TRAITÉS LITURGIQUES. 297
praefatione perhibeat. Aitenim : sed quoniam a sanctissimo et
reuera deiloqiio Dionysio areopagita | in opère, quod deeccle- foi.sv
siastica scripsit hierarchia, de sacra sanctae synaxeos celebra-
tione digne, utpote magno, contemplata sunt symbola, sciendum
quod non eadem nunc sermo prosequitur neque pereadem quae 5
ille progreditur (temerariiim quippe ac praesumptiuum et
dementiae proximum est conari quosquam, quae sunt iliius,
attingere, qui nec capere illum nec intelligere ualeant, uel sicuti
sua proferre, quae illi soli diuinitus per spiritum sunt mani-
festata mysteria); sed illa quae et aliis ab eo ut comprehensi- 10
bilia sunt misericordi uoluntate Dei relicta ad manifestationem
•et exercitium consuetudiniseorum, | qui circa diuina deside- foi. 4
rio flagrant. Sane non solum quaedam ex Iiis, quae beatus
Maximus de mystica ecclesiae catiiolicae celebratione scripsit,
excerpsi ; sed et alia, quae hinc reuerendae memoriae Germanus, ^^
ut Graeci ferunt, ecclesiae constantinopolitanae sensit autistes,
ex toto transferenda duxi et tibipotissimum, praestantissime et
sollertissime principum, offerenda proposui, ut scilicet iudicii
tui lima polita piisque ac solitis exercitiis frequentata ceteris
amabiliora et acceptiora reddantur. Quamuis autem liinc et 20
latine quaedam scripsisse quosdam audierim, ego tamen, quia
illa non | uidi, haec intérim latino danda sermoni conspexi. Gui foi.4 v
ergo utraque placent, utraque relegat; cui uero minus utraque
placuerint, légat potius quod elegerit, dummodo ab indaganda
tantorum mysteriorum medulla non torpeat. Praeterea sciendum 25
quod ex his quaedam secundum morem et ritum Graecorum
sint a sanctis patribus illis expositaetintermissarum sollemnia
ceteraque officia frequentata, ut est illud, quod dicit sacerdos :
sancta sanctis, et populus respondet : iinus sanctus et cetera.
Explicit praefatio ad pîissimwn principem et dictatorem ^o
Karolum Anastasii abbatis et \ apostolicae sedis bibliothe- ^^^' ^
carii.
Incipiunt capitula historiae mysticae sancti Maximi.
2, ariopagita C P. — 3, scripsi P. — 3, sancta P. — 12, praesuptiuum C. —
13, quae ] dam : fol. 39, P. — 15, excepsi C. — 19, lima : C avait d'abord
écrit limae. — 19, exercitiis : P avait d'abord écrit exercitus. — 25, medullam
P. — 29, respondit C. — 30-33, en rouge C. — 30, 1 dans explicit ajouté après
coup C; prcfatio C; amplissimum P, avec am ajouté au-dessus, de la même main.
— 30, et I dictatorem, fol. 39 v-'P; dictorem P.
-98 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
I. De introitii.
II. De lectionibus.
III. De canticis.
IIII. De sancto euangelio.
•j V. De ingressu sanctorum mysteriorum.
VI. De sancto osculo.
VII. De obseratione ostiorum.
VIII. De symbolo.
VIIII. De trisagio.
10 X. De pafer noster.
XI. De unus sanctus.
XII. De perceptione.
Item recapitulatio.
foi.5v" I. Cuius sit typus ecclesia.
'^ II. Quis typus primiintroitus.
III. Quorum typi diuinae lectiones.
IIII. Quorum typi diuina cantica.
V. Cuius symbolum sanctum euangelium.
VI. Quorum typus summi sacerdotis a concessu descensio et
20 catechumenorum emissio.
VII. Cuius symbolum obseratio ostiorum et sanctorum sa-
cramentorum ingressus et diuinum osculum et symboli fidei
exclamatio.
VIII. Cuius symbolum trisagii hymnus.
25 VIIII. Cuius symbola pater noster, populi inuocantis et
exclamantis : unus sanctus, sanctorumciue sacramentorum
perceptio.
fol- 6 Item capituta historiae mysticae, \ ut fertur, Germani
episcopi constantinopotitani.
30 I. Quid sit ecclesia.
II. Quid concha.
III. Quid sancta mensa.
IIII. Quid ciburium.
V.' Quid altare.
35 VI. Quid tribunal.
5, mysteriorum om. P. — 7, ostiarum P. — 13, en rouge C. — 16, lectionis C.
— 19, sacerdotes P. — 20, consensu decossio P. a catechuminorum P. — 22, sim-
biili P. — 28-29, en rouge C. — 29, constantino | politani : fol. 40 P. — 33,
ciburium C.
TRAITÉS LITURGIQUES. 299
VII. Quid cosmitis siue ornamentum.
VIII. Quid cancelli.
VIIII. Quid indicet ambo.
X. Cur oremus ad orientem.
XI. Quare non flectamus genu die doniinico. 5
XII. Quare non flectamus genu diebus penlecostes.
XIII. Quare sacerdotes tondeantur in speciem crucis.
XIIII. Quare uestis sacerdotis sit coccinea.
XV. Quare discincti sint sacerdotes. foi.6v"
XVI. De uiginti quattuor presbyteris et septem diaconibus. lo
XVII. Quid significent lora tunicae.
XVIII. De loris quae in lateribus tunicae sunt.
XVIIII. De supercollari.
XX. De superhumerali.
XXI. De monachico schemate. 15
XXII. Quare tondeatur coma capitis.
XXIII. De amictibus.
XXIIII. De cuculla.
XXV. De analabo.
XXVI. De zona. 20
XXVII. De sandaliis.
XXVIII. De pane propositionis.
XXVIIII. De lancea.
XXX. De pane et calice.
XXXI. De uino et aqua. 25
XXXII. De antiphonis.
XXXIII. De ingressu euangelii.
XXXIIII. De trisagio hymno.
XXXV. De cantore qui exclamât in trisagio hymno.
XXXVI. De ascensu summi sacerdotis in consessum. .30
XXXVI. Quid sit : et spiritui tuo, quod populus dicit.
XXXVIII. Quae sit cathedra summi sacerdotis.
XXX VIIII. De responsorio.
. XL. De apostoli dicto.
XLI. De alléluia. 35
1, co.smis P; cosmitis C. = xoTfXTnTYiç avec la prononciation moderne. — 3, indi-
cent P. — 5, floctcmus P.— 7, tondantur C P. — 15, scemato P. — 16, tondatur
C P. — 24, calicae et pane P. — 29, cantarc P; exclamât | in : fol. 40 v° P. —
34, dato P.
300 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
XLII. De turibulo.
foi.7v° XLIII. De ingressu euangelii.
XLIIII. Quod quattuor sint euangeliasicut et spiritusquattuor
uniuersales.
^ XLV. De hoc quo summus sacerdos populum signât.
XLVI. De catechumeiiis.
XLVII. De uelamine.
XLVIII. De praeparatione sacrae oblationis.
XLVIIII. De hymno cherubim.
10 L. De sacerdotibus et diaconibus portantibus sanctam pa-
tenam.
LI. De disci, id est patenae, cooperimento.
LU. De disco.
LUI. De calice.
15 uni. De uelo.
fol. 8 LV. Cuius sit symbolum diuinum oscu|lum ex sancti
Maximi dictis.
LVI. Cuius symbolum sit obseratio ostiorum : eiusdem.
LVII. Quid innuat diuinum fidei symbolum : eiusdem.
20 LVIII. Qualis debeat esse sacerdos sancto assistens altari.
LVIIII. De his quae mystice celebrantur a sacerdote.
LX. De diaconibus rhipizantibus. .
LXI. Cuius sit symbolum oratio dominica.
LXII. Quid significet finis mysticae missae, id est cum
25 exclamatur : iinus sanctus et cetera : sancti Maximi.
LXIII. Quare dicatur communio.
foi.sv" Finiunt capitula.
Incipit historia mystica ecclesiae catholicae : sancti
Maximi.
30 Quorum sit operatiua et perfectiua mysteriorum per hos,
qui celebrantur in sancta synaxi, ritus inter fidèles et fidei
causa collectos perseuerans ecclesiae sancti spiritus gratia.
3, quod P. — 6, catechuminis P. — 12, LU C; le copiste a omis LI, en consé-
quence tous les chiffres suivants sont avancés d'un rang. — 14, calicae P.
22, ripizantibus C P. — 26, fol. 41 P. — 27-32 en rouge C; dans ce manuscrit,
l'initiale de quorum est ornée, noir, vert et rouge.
TRAITÉS LITURGIQUES, 301
Igitur oportere ducebat beatus ille senex et omnem christia-
num rogans minima quiescebat sanctae ecclesiae Dei uacare;
et non déesse unquam sanctae, quae | in ea celebratur, col- foi. 9
lectae, tam propter perseuerantes in ea sanctos angelos, qui
semper describunt ingredientes et nuntiant Deo causas eorum ^
faciuntque deprecationes pro ipsis, quam propter sancti spi-
ritus gratiam, quae quidem inuisibiliter semper adest, sed
specialiter et praeeipue tempore sanctae collectae, unicuique
eorum, qui inueniuntur, prouidens et componens et, ut uerius
fateamur, confingens ad id, quod magis diuinum est propor- 10
tionaliter sibimetipsi, et ad id, quod indicatur per mysteria,
I quae celebrantur, deducens, licet ipse non sentiat, si ex foi. 9 v
his fuerit, qui adhuc in Christo paruuli sunt et in profundum
eorum, quae fiunt, intueri non possunt; quae uidelicet signi-
ficata salutis gratia per singula in eo diuina, quae celebrantur, 1^'
symbola, operatur secundum aptationem et ordinem profecta.
I. Ergo in primo quidem introitu docebat ille sanctissimus
uir infidelitatis esse abiectionem, fidei incrementum, malitiae
diminution em, uirtutis profectum, ignorantiae démoli tionem,
scientiae augmentum. 20
IL Per auditionem autem diuinorum eloquiorum, horum, foi. 10
quae dicta sunt, fidei scilicet, uirtutis et scientiae, constan-
tiam et immutabiles habitudines et affectus.
111. Per diuina vero cantica, quae inter haec aguntur, uo-
luntariam ad uirtutes animae condescensionem et spirituale 25
delectamentum ac desiderium, quod in illis efficitur, sibi.
1111. Praeterea per lectionem sancti euangelii, terrenae sa-
pientiae, quasi sensibilis mundi, consummationem.
V. Porro per ingressum sanctorum mysteriorum, perfec-
tionem et sacra |tiorem et nouam doctrinam atque scientiam 30
dispensationis Dei erga nos effectae.
VI. Per diuinum autem osculum, omnium ad omnes et ad
seipsum uniuscuiusque primitus et singillatim et ad Deum
concordiae ac unanimitatis et caritatis identitatem.
10, non fingens C P : la correclion est de Pitra. — 10-11, proporcionalê P. — 13,
paruuli : cf. 1 Cor., m, I. — 14, quae : C avait d'abord écrit qui. — 15, eo | diuina :
fol. 41 v P. — 17, sanctissimus C; sacratissimus P. — 23,immutabilis C; habitu-
dinis C P. — SôjSpiritale P; spirituale C, avec u surajouté. — 27, lectionem :
dilectionem P. — 31, dispensationes : P avait d'abord écrit dispensationis. —
fol.iov
302 REVUE DE L'oRTENT CHRÉTIEN.
VII. Per ostioruin vero clausum, qui fit post haec, transi-
tum mentis et translationem, quae est in affectu, ab hoc cor-
ruptibili mundo ad intelligibilem mundum, per quem sensus
instar ostiorum claudens mundos a peccatorum idolis effîcit.
fol. 11 VIII. Ceterum per symboli fidei confessionem, congruentem
^ gratiarum actionem, quae fit super a.dmirabilibus nostrae
salutis modis.
IX. Per trisagium, sane unionem et aequiparationem, quae
fit, ad sanctos angelos, et incessabilem ac indefessam sancti-
10 ficae glorificationis Dei consonantiam et firmitatem.
X. Per orationem praeterea, per quam patrem uocare Deum
meremur, uerissimam adoptionem, quae per gratiam sancti
spiritus fit.
foi.ii\" XI. Porro per id, quo unus sanctus dicitur | et cetera,
15 familiaritatem et gratiam, quae ad ipsum Deum nos unificat.
XII. Per participationem autem intemeratorum et uiuifi-
catorum sacramentorum, communionem et identitatem, quae
fit ad eu m per similitudinem et participationem, quantum
possibile est, qua etiain ex homine fieri Deus liomo meretur.
20 Quae namque liic, in praesenti uidelicet uita, [per] gratiam,
quae in fide est, credimus nos per spiritum sanctum percipere,
liaec in futuro seculo ueraciter et subsistentialiter ipsa re,
secundum spem fidei nostrae, quae non decidit, ac firmani
fol. 12 I sponsorisetnon transgredientempromissionem, custodientes
25 secundum uires mandata eius, nos credimus percepturos;
transeuntes a gratia, quae est in fide, ad gratiam, quae est
per speciem, transferente nos ad se procul dubio Deo et
saluatore nostro lesu Christo et séquestrante a uitiis corrup-
tionis, quae in nobis existunt, et principalia douante mysteria,
30 quae per praesentia nobis sensibilia symbola praemonstrata
sunt.
ioi.i2v» Propter facilem sane memoriam, si- uidetur, dictorum \
uirtutem. breuiter transcurrentes taliter capitulatim dica-
mus :
I. Est ergo sancta ecclesia typus, ut dictum est, et imago
2, affectu : fol. 42 P. — 4, peccatoribus P. —8, aequiperationeni P. — 11, ope-
rationem C. — 12, uerissimaP. — 20, uita gratiam C, uita gratia P; la confec-
tion est de Pilra. — 24, non | transgredientem : fol. 42 v" P. — 27, transforentes
C ; ad : C avait d'abord écri at. — 32-34, en rouge C.
35
TRAITÉS LITURGIQUES. 303
Dei, eo quod eam operetur per immensam uirtutem etsapien-
tiam siiam circa diuersarum rerum substantias inconfusam
unitionem summa sibi banc ratione constringeiis et ipsa seciiii-
dum gratiam fidei in hos, qui fidèles sunt, operatur, omnes
quidem per unam fidei gratiam et uocationern fidèles in r,
inuicem uniformiter copu|lans ; sed actiuae uitae ac uirtu- ,^| ,3
tibus deditos, per unam uoluntatis identitatem; contemplationi
autem et scientiae operam dantes, super haec etiain per con-
cordiam incorruptam et indiuiduam. Porro mundi tam inuisi-
bilis quamque uisibilis ecclesia typus est tanquam inuisibilis 10
mundi sacerdotium symbolum habens, uisibilis uero templum.
Rursus autem hominis est imago, tanquam qui animam per
sacerdotium imitetur, corpus uero per templum. Ipsius | au- ioi. 13 v"
tem animae per se intellectae typus est et imago tanquam
contemplationis gloriam per sacerdotium ferens, actualis per 15
templum habens ornatum,
IL Sanctao uero, quae in ea celebratur, collectae primus
quidem introitus generaliter quidem indicat priinam Christi
Dei nostri praesentiain ; specialiter autem conuersionem eorum
et qui cum ope ipsius propter eum ab infidelitate ad lidem et '^'^
a malitia ad uirtutem et ab inscitia ad scientiam introducuntur.
III. Lectiones autem, quae fiunt ] post eum, generaliter foi. 14
quidem diuinas uoluntates atque consilia, secundum quae
oportet omnes erudiri et conuersari, demonstrat; specialiter
autem doctrinam fidei ac profectum eorum, qui crediderunt; '^''
necnon et actualium firinum affectuin, qui fit secundum uirtu-
tem, per quam et iain diuinae legis mandatis acquiescentes
uiriliter et conuertibiliter stant aduersus insidias diaboli et
contrarias operationes effugiunt et peritorum morum, qui fiunt
per contemplationem et secun|dum hos sensibilium et pro- °3o'^
uidentige, quae in ipsis est, spirituales secundum uires coUi-
gentes sermones sine errore ad ueritatem ducuntur.
IIII. Diuina praeterea canticorum modulamina diuinum de-
lectamentum et iucunditatem, quae ommium fit animabus,
insinuant, secundum quam inystice ualidi facti laborum, qui 35
11, uoiro : fol. 43 P, — 12, quae P. — 21, inscientia P. el C, mais par une
correciion très postérieure. — 2C, quae P. — 28, inconuertibiliter P. — 31, spi-
ritalcs P, — 33, praeterea | canticorum : fol. 43 v" P. — 34, iocunditatcra C.
304 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
praeteriere, per uirtutem obliuiscuntur et ad indefessum desi-
derium diuinorum et incorruptibilium bonorum, quae defue-
rint, iuuenescunt.
fol. 15 y^ Porro sanctiim euangelium generaliter quidem symbo-
5 lum est consiimmationis saeculi huius ; specialiter autem
eorum, qui crediderunt, significat omnimodam antiqui erroris
abolitionem; actiuae uero uitae operaiii dantium mortifica-
tionem et consummationem legis et sapientiae, quae est secun-
dum carnem ; scientiae autem deditorum multorum ac diuer-
10 sorum sermonum congregationem et relationem, quae fit ad
collecticium uerbum, consummata illis et terminata latiori et
uaria naturali theoria.
o.isv yj^ Summi uero sacerdotis a sede descensus et catechu-
menorum emissio generaliter quidem significat secundum de
15 caelis magni Dei et saluatoris nostri lesu Christi aduentum et
segregationem peccatorum a sanctis et iustam ad uniuscuiusque
meritum uicem; specialiter autem perfectam eorum, qui in
fide crediderunt, satisfactionem, quam facit ueniens inuisi-
biliter Deus et uerbum, per quam omnis adhuc quodammodo
20 adumbrans in fide cogitatio cuiusquam instruendi more ab eis
fol. 16 depellitur; actualium uero perfectam im|passibilitatem, per
quam omnis uitiosa et non illuminata cogitatio imbuitur
animae; scientiae autem dantium operam complectiuam disci-
plinam cognitorum, per quam materialium imagines ab anima
25 depelluntur.
VII. Obseratio autem ostiorum et sanctorum mysteriorum
ingressus et diuinum oscuium et symboli fidei acclamatio
generaliter quidem significat carnalium transitum et spiritua-
lium manifestationem et nouam circa nos diuini sacramenti
^"Vo^^° doctrinam et omnium unanimitatem et con|cordiam et cari-
tatem et identitatem ad omnes et ad inuicem usque ad Deum
efficiendam; necnon et gratiarum actionem super modis, qui-
bus saluati sumus effecti ; specialiter autem fidelium quidem a
1, praeterire P. — 1-2, desidcriorum P. — 4, quadrifarie interpreta(tur) : gene-
raliter, actualiter, cogn(os)cibi(li)ter C en 7narije; quelques lettres emportées par
la reliure. — 7, operam solutionem quadrifariae {l. quadrifarie) interpretatur
dantium P ; la glose a passé dans le texte. — 13, et : om. C. — 17, uocem : P avait
d'abord écrit uicem. — 1»-19, inuisibiliter | Deus : fol. 44 P. — 22, inluminata P
avec 1 surajouté. —28-29, spiritalium P. — 30, karitatem C. — 31, atqueadDeum
P. — 33, effectu P; spiritaliter P.
TRAITÉS LITURGIQUES. 305
simplice fide ad inagisterium, qiiod est in dogmatibus, et
imbutiiineni et consonantiain et pium profectum (primum
enim ((Sliitrum indicat obseratio, secundum uero sanctorum
ingressus, tertium aiitem osculum, porro quartuni acclamatio
symboli) ; actiuae sane iiitae deditorum | translationem f»'- '^
eorum, qui ab actu ad conteinplationem imbuerunt sensus et
extra carnem mundumque facti sunt per abiectionem opera-
tionuin, quae secunduin ipsos efficiuntur, atque ascensum
eorum, qui fit a raandatorum more ad uerbiim ipsorum, nec-
non et eorundein luandatorum secunduin familiares serinones lo
cognatam ad uirtuteni animae familiaritateni et unitatem et ad
Iheologicam gratiaruni actionem idoneam consuetudinem;
scientiae autem operain dantium | a pliysica tlieoria ad spiri- foi.nv
tualium siinplicem considerationem, secundum quam nequa-
quam per sensum uel quicquam eorurn, quae uidentur, ad 15
diuinum et ineffabile consectantur uerbum atque ad anima ni
uirtutum eius unitioneni, necnon et simplicitatem in mente
uniformiter compreiiendentem diuinae prouidentiae uerbum.
VIII. Trisagii praeterca iiicessabilis sanctorum angelorum
sanctificans glorilicatio generaliter quideni significat pariter 30
et in ipso faciendam in futuro saeculo caelestium | et terre- m. is
strium uirtutum aequalem ciuitatem, conuersationem etconsen-
sum divinae glorificationis, immortali honiinibus corpore per
resurrectionem effecto et non iam aggrauante aniinam corrup-
tione uel aggrauato, sed per incorruptibilitatem commutationem 25
ad susceptionem praesentiae Dei accipiente uirtutem et habi-
litatem ; specialiter autem fidelium quidem ad angelos secun-
dum fidem theologicam concertationem ; actioni autem dedi-
torum coangelicam secundum uitam claritatem et instantiam
theologicae iiymnoiogiae ; scientiae prae|terea operam dan- j.^, ^^'^^ ^„
tium, coangelicas secundum quod hominibus est possibile de
diuinitate sentire intelligentias, laudes et perpétues motus.
VIIII. Porro beata magni Dei et patris inuocatio et iinus
sancius seu ceterorum exclaiiiatio ac sanctorum et uiuificorum
mysteriorum participatio adoptionem, unitatem et familiari- 35
1, siiiiplici P; docmatibus P. — 7, car I nem : fol. 11 v" P. — 9, qui : P avait
d'abord écrit quae. — 11-12, a theologicam P. — 13, spiritalium P. — 17, unc-
tionem P. — 24-25, corruptioncm P. — 27, angelos | secundum : fol. 45 P. —
32, mutus P. — 35, perticipatio C.
ORIENT CIIIIÉTIEIV. 20
306 REVUE DE lV)RIENT CHRÉTIEN.
talem et siiiiilitudinem diuinam et cleificationem significat,
quae in omnibus et super omnes dignos est efficienda propter
fol. 19 Dei nostri benignitateui, per | quam omnia in omnibus crit
his, qui saluandi sunt, ipse Deus similiter ut pulchriludo prin-
5 cipalis per causam condecorata cum his, qui cum eo per uirtu-
tem et scientiam et gratiam similiter coiidecorantur. Fidèles
autem et uirtutibus plenos et snpientes uocabat introductos et
proficientes atque perfectos, id est seruos et mercenarios ac
fdios, très uidelicet ordines eorum, qui salui liunt. Serui enim
lo sunt lidelcs, qui timoré minarum domini adimplent mandata
fol. 19 V" et creditis amabili|ter operantur ; mercenarii uero, qui amore
promissorum bonorum cum patientia portant pondus diei
et aestus, id est insitam et coniunctam praesenti uitae ex
progenitorum damnatione tribulationem et ipsius pro uirtute
'^ temptationes et uita uitam sapienter per proprium uoluntatis
arbitrium commutantes, id est praesenti futuram ; lîlii autem,
qui neque timoré minarum neque amore repromissionum, sed
more et usu, ad bonum per uoluntatem animae motu seu atTectu
loi. 20 nunquam aliquando a Deo sepa|rantur iuxta filium illum,
^'^ cui dictum est : ////, lu scniper rnecuin es et omnia mea tua
sunt; hoc secundum adoptionem, quae in gratia est, con-
uenienter existentes, quod secundum naturam et causam et est
et creditur Deus.
Ergo ne desimus sanctae Dei ecclesiae, quae tôt in sancta
25 dispositione diuinorum symbolorum in se celebratorum salutis
nostrae mysteria continet, per quae uidelicet unumquemque
nostrum et maxime illum, qui bene conuersari dinoscitur,
aequaiiter sibi creans secundum Christum datam per sanctum
101.20^ I baptismum in spiritu sancto [gratiam adoptionis ad manife-
^0 stationem agit secundum Christum perficiendam. Sed omni
H, en iiianje G : nota quod trcs ordines sint ooi'(um),' qui saluantur, seruo-
rum, niercenariorum (mercennariorum G), filiorum. — 8, morcennarios C. —
11, en marge C : notanduni quia quisquis est secundum Irium qui saluantur
ordinem, sicuti continet dictio élus, qui sancta sanctis pronuntiat, digne partici-
pans diuinorum sacramentoruni sanctificatur ; at uero qui huius modi non est
et participatur, in iudicium sibi manducat et bibit non diiudicans corpus et
sanguineni Ghrisii, sicut ait apostolus. I Cor., xi, 27-29. — 11, mercennarii G.
— 12, patientia | portant ; fol. 45 v° P. — 13, aestus : cf. Matth., x.\, 12. — 15,
uoluntates P. — 21, sunt : Luc, xv, 31. — 22, et causam : om. P. — 25, simbu
loruni P,
TRAITÉS LITlIKilQUKS. 307
uirtute ac studio exhibeamus nosmetipsos diuinis charisma-
libiis dignosper opéra bona placentes Deo et non conuersantes
secundum gentes, quac ignorant Deum in passionibus desi-
derii, sed, sicut ait sanctus apostolus, mo^-tificantes membra,
quae sunt super terra m, fornicationem, inmmnditiam, 5
passioneui, concupiscentiam malam et auaritiam, quae est
idololatria, propter quae uenit ira Dei super filios diffi-
dentiae iramque omnem et furorera et turpiloquium et ibi. 21
mendacium, et, ut compendio dicam, totum ueterem homi-
nem, qui corrumpitur secundum desideria deceptionis, •»
depjonentes cum actibus suis et roncupiscentias digne Deo
ambulemus, qui uocauit nos in regnum suum et gloriam
induti uiscera miserationis, benignitatem, humilitatem,
mansuetudinem, tonganimitatem, supportantes alterutrum
in caritate, donantes inuirem, si quis adversus aliquem. 15
habet querelam, quemadmo\duni et Christus donauit no-^''^'^^"'
bis, in omnibus seruantes uinculuni perfectionis , carita-
tem et pacem, ad quam et uocati sumus in uno corpore, et,
ut absolute dicam, nouum homineni, qui renoua tur in agni-
tionem eius, qui creauit eum. Sic eniin uiuentes poterimus ad 20
finem uenire diuinarum repromissionum cum spe bona com-
plereque agnitionem uoluntatis eius, in omni sapientia et
intellectu spiritali fructificantes et crescentes agnitione domini,
in omni uirtute confortati secundum poten|tiam gloriae eius foi. 22
in omnem aedificationem et longanimitatem cum gaudio, gra- 2&
tias agentes Deo et patri, qui dignos nos fecit in partem sortis
sanctorum in lumine.
Clara uero gratiae huius comprobatio est uoluntariiis ad
cognitionem per consensum condescendens affectus, cuius opus
est quasi Deum suscipere pro uiribus hominem, qui quo quo- m\
modo nostrae opis eguerit, et non neglectum ucl sine prouisione
dimittere, sed decenti studio operatione monstrare uiuum affec-
tum, qui in nobis est tam ad | Deum quam circa proximum. toi. 22 V
Opus quippe affectus est comprobatio. Nihil enim uel ad iusti-
tiam tam facile est uel ad contemplationem, ut ita dicam, et ' 35
l.charismatibus: h surajoutée. — 3-4,desideni : cf. IThess., iv,5. — 4,mortiri i
cantes : fol. 46 P. — 7, idololatria : lo surajouté C— 9, mendatium P. — 19-20, agni-
tionem secundum imaginpm eius P ; Col., m, 5-16. — 24, po I tentiam : fol. 46
v° p. _ 31, opis : P avait d'abord écrit opus. — 32, deçepdi P.
SOS REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
ad propinquilatem,quaeest ad Deum, aptius exlal,quam mise-
ricordia ex animo erg-a indigentes cum deleclamento et gaudio :
etenini Deum esse sermodenionstrateum, qui suClragio indiget :
quamdiu enim uni de his minimis fecistis, ait, mihi fecislis.
5 Deus autem, (jui' dixit, niulto magis benetacere ualenteni et
facienteni oslendet ueraciter secundum participalionemexistere
fol- 3 Deum I tantiuam eum, qui eiusdem beneficii mirabiliter staiji-
Jieritoperationem et proprietatem, et si Deus est pauper propter
condrscensionem Dei, qui propter nos pauper factus est et in
10 seipsum compatienter singulorum passiones suscepit et usque
ad consummalionem saeculi secundum proportionem unius-
cuiusque passionis semper bonitate mysticepatitur; manifestius
est quod secundum conuenientem rationem sit Deus qui ad
imitationem Dei pro misericordiam patientium passionibus Deo
roi.'2.jv« decibiliter per | seipsum medetur et eandem quam Deus se-
cundum rationem saiuantisprouidentiae inalfectu sedemonstrat
iiabere uirtutem.
Ergo quis, putas, est ad uirtutem lam tardus ettam ad motuni
diflîcilis, ut nondesideret deitatem, cum tam facilis res sit ad
20 emendum etadquirendunr?Tuta uero est liorum etnonuiolanda
custodia et ad salutem facilis uia sine qua, ut reor, secundum
ucritatem niiiil erit bonorum. lilae se habenti conseruatum ipsa
operatio, id est propria operatio, per quam ea tantura, quae
loi. 24 nostra sunt, injtendere tractando discentes ne ab aliis frustra
25 laesionera liabeamus, intrepidi liberamur. Si enim nos solos
uidereet discutere didicerimus, nunquani alios quomodocunque
se habere contigerit, iudicamus scientes unum solum iudicem
sapientem et iustum Deum, qui sapienter et iuste omnia, quae
fiunt, uidicat secundum rationem, quapatrantur, non secundum
30 niodum, quo manifestantur, quo fortassis possint et homines
iudicare lucide in id, quod apparet, aspicientes circa quod |
ioi.2'j V non omnino ueritas nec eorum, quae fiunt, ratio. Deus autem et
2, en rnarr/e C : unie inopinatani et mirabilem rem, quia similis erficiturhonio
Deo, secundum quod possibile est propter compassionem. — G, secundum gra-
liam et participationcm P. — 7, eidem P. - U, est | et : fol. 17 P. — 10, pas-
siones : le dernier s ajouté après coup C. — 13, manifestus C. — 19, dilTicilis : un
ï ajouté après coup C. — 21, custadia P. en //mr//e C: notandum quod nostra tantum
mala cogitare et non proximi debeamus. — 22, ille P. — 24, diseendentes P. —
27, iudicabimur P. — 31, iudicare I lucide ; fol. 17 v» P.
TRAITKS LITURGIQUES. 309
non apparentem animae motum et inuisibilem impetum et
rationem ipsam, secundum quam mouetur anima, et rationis
intentioneni, id est omni rei finem, qui praecogitatur, aspiciens
iudicat, iit dixi, iuste omnia, quae ab honiinibusaguntur. Quod
si recte din-ere studuerimus et nobis ipsis nos ipsos circum- :>
sci'ipserinius neque uiderenequeaudireneque loqui oculum uel
auren» et ut linguam, quae aliorum sunt, diniittenius,|si foi. 25
possibile quidam est omnino, sin auteni compatienter potius et
non passibiliter eos quibus operari et lucruni nostrum uidere et
audire et loqui praecipiuntur et solummodo tantum quantum 'o
aurigae horum, idest diuinae rationi, uidetur. Nullum enimest
his organum ad peccatum procliuius, si non ratione ducantur,
et rursus nibil his ad saluteni promptius ordinante ea ratione
et modérante et ad quae oportet et uult deducente.
Finit I historia mystica ecclesiae catholicae. Incipit liinc foi. 25 v
Germanus. ^^
I. Ecclesia est sacrarium Dei, templum sanctum. , domus
orationis, conuentus plebis, corpus Christ!, nomen eius, aqua
baptismatis eius emundata et sanguine ipsius respersa et nup-
tiali more stola circumainicta et sancti spiritus unctione signala 20
secundum illud propheticum : unguentum efj'usum nottien
tibi, et : in odoroii ungueittorum tuorum curremus, et :
sictft ungiientiuu in capite, quod descendu in barbant Aaron. foi. 26
Item ecclesia est terienum caelum, in qua supercae|lestis
Deus iidiabitat et inambulat, praeligurans crucifixionem et se- 25
pulturam et resurrectionem Christi, giorificata super taberna-
culum testimonii Moysis, in qua sunt propitiatorium et sancta
sanctorum, in patriarchis quidern praeligurata, in proplietis
ueropraedicata, in apostolis autem fundata, porro in marlyribus
consummataet in summis sacerdotibus adornata. 30
II. Concha est in similitudinem speluncae quae fuit in
3, oninis... aspitieiis P. — -1, iudica C. — 1, circuniscrpseriimis C. —
(), diuidere P; neque audire : om. P. —7, et ut C, et ajuuiê dans l'inleriigne ;
aut P. — 9, in lucrum P. — 10, audiret loqui P. — 12, proclibius C P. — 13, ordi-
nale P. — 15, finit... incipit : en rouge C; hinc Germanus : en marge C; incipit
hinc Germanus : cm. P. — 20, more l stola : fol. 48 P ; singnata C— •21,ungueutum :
Gant., I,' 3. — 22, Ibid., 1; uugentoruui U, l'n effu'y- apr.is coup. — 23, sicut : Ps.
cxxxu, 2. — 21,aeclesia P. — 27, Moysi C P. — 20, martiribus C. — 31. en marye
G : concha quam nos absidam dicimus; spaeluncae G.
loi. 2:
10
310 HEVUE DE l'ûRIEXT CHRETIEN,
Bethlehem, in qua natus est Christus, et in similituclinem spe-
loLiov" luncae, in qua sepultus | est, sicut euangelistae innuunt
asserentes, quia erat spelunca siue monumentum excisum ex
petra et ibi posuerunt lesuni.
5 III. Sancta mensa est, ubi in sepultura sua positus est Chri-
stus, in qua superiacet uerus et raelestis panis Cliristus my-
sticû et incruento sacrificio uiuens hostia factus ut homo, qui et
carnem suam et sanguinem in escam uitae aeternae proposuit
fidelibus. Est autem et thronus Dei, in quo Deus, qui supra
cherubim uehitur, requieuit, ad quam mensam et in mysti|ca
cena sua, cum in medio discipulorum suorum sedisset, accepte
pane ac uino, dixit eis : accipite, comedite et bibite ex eo;
hoc enfin est corpus et sanguis meus. Praefigurata uero est et
in legali mensa, ubi erat manna, quod est Christus panis, qui
1'' de caelo descendit.
IIII. Ciborium est pro Caluariae monte, ubi crucifixus est
Christus : prope enim erat locus et procliuis siue sub diuo, ubi
sepultus est; sed quoniam in breuitate designatur crucifixio et
loi. '27 vo sepultura et resurrectio Christi, in ecclesiam coap|tatur. Est
2u autem et in similitudinem arcae testamenti domini, in qua
dicuntur sancta sanctorum et sanctilicatio eius, in qua prae-
cepit Deus hinc etinde fieri duos cherubim tornatiles. Cib enim
est arca, uri autem illuniinatio uel lumen domini.
\. Altareest secundum sanctum Christi domini monumentum,
25 in quo sacrificium senietipsum Christus obtulit Deo et patri
per oblationem corporis sui sicut agnus immolatus et sicut
pontifex et filius hominis offerens et oblatus in mysticum et
loi. 28 incruentum sacrificium et rationabile obsequium fide|libus
sacre mactatus, per quod participes uitae aeternae et immortales
30 effecti sumus. Quern uidelicet agnum praefigurauit in .^gypto
1, lepremier h de Bethlehem ajouté après coup C.-4, cf. ]\Iatth., x.wii, 60; Marc,
XV, 46; Luc.,.\xiii, 53; Ioan.,xix, 41. — 6, superiacet : super ajouté dans l'interll-
gnePA), in | quo :fol. 48'" P. — 10 uehitur : cf. Ezech.,x, 9 seq.— 12-13, accipite...
meus: Matth., xxvi, 28. — 16, ciburium C, àcause de l'étymologie proposée plus loin.
— 17, siuesub dio : om. P; est: orn. P. — 21, praecepit : cf. Exod., xxv, 18. —
22, cibi P; hébreu IID arabe ^.^j^ — vas, scyphus, arca. — 23, urlP; hébreu "''IIN,
abrégé (7pn'''11N = lumen, llamma Dei. — 24, est : om. P. — 25 optulit C. —
28, obsequio P. — 29, P semble avoir d'abord écrit partipcii)ites, les lettres fautive
ont été grattées.
tRAITÈs LITURGIQUES. 311
iMoyses ad uesperam et sanguine ipsiiis exterminatorem ange-
lum auertit, ne occideret populum. Ad uesperam autem signi-
ficat, quia, cum aduesperasceret, occisus est Christus, uerus
scilicet agnus et qui niundi peccata tulil in cruce sua :
Etenini pascha nostruni pro nobis immolatus est Christus. 5
Altare est et dicitur secundum illud supercaeleste et inuisibile
altare, in quo | exprimuntur spiritales et administpatoriae to'-28v"
hierarchiaeimmaterialiumetsupernaruni uirtutum et terrestres
ac materialessacerdotes assistentesetseruientes domino semper,
unde et taies esse oportct ut ignis urens. Etenim filius Dei et 10
factor uniuersorum dédit in legem et caelestium consequentiam
et terrestrium ordineni,
VI. Tribunal est concauus locus et tlironus, in quo rex omnium
Christus praesidet cum apostoiis suis, sicut dicit ad eos, quia
sedebitis super sedes iudicantes. \ Subostendit autem et se- 15
cundam praesentiam, qua ueniet sessurus in sede maiestatis,
ut iudicet mundum, quemadmodum propheta perliibet, quia
illir sederunt sedes in iudicio super doi/tum Dauid.
VII. Cosmitis est secundum [et] légale sanctum cosmium (id
est ornamentum) designans Christi dei crucifixi signamentum, 20
per crucem ornât us.
VIII. Cancelli sunt, qui orationis locum denuntiant, in quo
significant extrinsecus quidem populi ingressum, intrinsecus
autem 1 sancta sanctorum existetitia et solis sacerdolibus accès- foi. 29 v»
25
sibilia. Sunt autem et reuera in sancto etiam monumento can-
celli aenei, quo nemo ingrediatur in illud passira et pro libitu
proprio.
VIIII. Ambo est signilicans figuram lapidis sancti sepulcri,
quo ab ostio angélus reuoluto sedebat super eum iuxta ostium
monumenti exclamans et denuntians resurrectionem domini 3o
mulieriltus unguentum ferentibus. Est autem et secundum pro-
1, Moses C; sanguine | ipsiiis: fol. 49 P; P avail cVahord écrit ipsiuis — 2,
poimlum : cf. Exod., \ii, H seq. — 4, .scilicet : s surajoulé C; tulil : cf. loan.,
I, i'.l. — 5, Chi'islus : I Cor., v, 7. — 6, caelestae P. — 11, consequentiura P. —
15, iudicantes : Matth., xi.\, -28. — 16, sensurus P; maiestatis : Matth., x.w, :il
— 18, iuditio P; David : P.s. c.wi, ,j. — 19, Cosmitis =^ ;/fec xo<7|Ar|Xri; avec la
prononciaiion moderne ; en manje C : quod quidam presbyteriiim dicunt; et om.
C. — 19-20, id est : id P. — 22, cancellis P.— 23, significant | extrinsecus : fol.
49'^° P. — 24, solis : C uvall d\ibord écrit soli. — 26, quo nemo : (|uae ne P —
ol, ferentibus : cf. Mattii., \xvni, 2 seq.
312 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
phetam, qui dicit : super montem campestrein leuate signum,
fol. 30 ascende qui euan\gelizas et exalta uoceiiu Mons enim est
ambo in loco campestri et piano positus.
X. Ad orientem autem orare a sanctis est apostolis ut reliqua
5 tradilum et est ita, eo quod intelligibilis sol iustitiae, Ghristus
uidelicet Deus noster, in terris apparuerit in partibusorientis
sensibilis solis, et sseundum prophetam dicentem : oriens no-
men ei, et iterum : adorate dominum qui ascendit super
caelum caeli ad orientem, et : adorabiuius in loco,ubi stete-
^0 runt pedes eius, et rursus : stabunt pedes domini supra mon-
tem oliuarum ad orientem. Haec aiunt prophetae. Et pro eo
quod speremus nos iterum paradisum in Eden ad orientem ac-
foi.3ov" eepituros et quia expectamus quodammodo etiam lucis appa-
ritionem rursus secundi Christi aduentus.
15 XI. Praeterea non flectere genu die resurrectionis, quae est
dieruni omnium domina, significat casus nostri erectionem per
triduanam Christi resurrectionem etîectam.
XII. lam uero usque ad pentecosten non inclinare genu est
septein dies post sanctum pascha septemplicatos retinere :
20 septies enim septem quadraginta novem efficiunt et dominico
fol. 31 addito I quinquagesimus eonsummatur.
XIII. Duplex corona, quae in capite sacerdotis ponitur, per
capillorum significationem princii)is apostolorum Pétri imagina-
tur honora bile caput : quo in domini et magistri praedicatio-
25 nemmissus tonsusestabhis qui noneredebant sermon i tanquam
illusus ab eis. Huic magister benedixit Ghristus et conuerlit
ignominiam in honorem et irrisionem in gloriam et posuit
super caput eius coronam non de lapidibus pretiosis, sed lapide
ac petrafidei suae fulgentem sicut aurum | et topazium ac la-
30 pides pretiosos. Uertex enim et pulcliritudo atque corona duo-
decim lapidum, qui sunt apostoli, Petrus est per omnia sanc-
tissimus et sacratissimus princeps.
2, uocem : Is., xl, 9. — 4, arare P. — 5-7, iustitiae... solis : renvoyé dans C au
bas delapage, te copiste ayant d'abord passé ces mots. — 8, ei : Zachar., vi, 12. —
9, orientem : Ps. lxvii, 33. — 10, eius : Ps. cxxxi. 7. — 11, orientem : Zachar.,
XIV, 4. — 13, expectamus : fol. 50 P. — 17, tridua. Xam P. — 19, septimplicatos
C P, mais P avait d'abord écrit septemplicatos; enim : oin. P. —23, principes P.
— 28, pretiosis : cf. Ps. xx. — 29 topacium C P ; pretiosos C. — 31. enim : re-
présenté dans V par un n barré. — 33, sacratissimus : om. P.
TRAITKS l,]TUR(iH,trKS.
313
XIIII. Stola sacei'dotis est secundum poderern Aaron usqiie
ad pedes sacerdotale induiiientum, qiiod est honorabilius ; habet
autem speciem ignis secundum proplietam, qui dicit : qui
l'acit angelos siios spiritus et miiiistros suas ignem urentem,
et iterum : quis est iste qm nenit de Edom? Edom vero in- r>
terpi'etalur terrenus, electus, coccinus. Deinde subinfert : ru- '"'• '''■^
brkatio uestimentorum eiusdc Boson; quare rulrrasuntuesti-
menta tua et indumenta quasi a. ralcatorio torcularis? signi-
ficanlis tinctam carnisCliristi sanguinibus stolam in internerata
crucosua. Et rursus quia et coccineam cliiamydem portauit in i"
pMSsione sua Christus indicatsacerdotes cuius summisacerdotis
sint propugnatores.
XV. Porro cum sacerdotes discincti ambulant, ostenditur
quia et Christus, dum iret ad crucem, taliter erat portans cru-
cem suam. ^^
XVI. In supernis splendoribus intelligibilium et caelestium toi. 32 v»
ministrorum ac sacerdotum presbyteri suiit uiginti quattuor
et diaconi septem : et presbyteri quidem secundum imitatio-
nem seraphicarum uirtiitum sunt, qui stolis quasi alis cooperti
et duabus alis, labiis scilicet, hymnum clamantes retinent
diuinum et spiritalemcarbonera Christum hune forcipes gratiae
in altari ferentes ; porro diaconi in lypum angelicarum uirtutum
subtilibus lineorum orariorurn pennis ut adminisltratorii spiri- foi. 33
tus, qui in ministerium niittuntur, circumcirca discurrunt.
XVII. Lora tunicaesunt, quae circa manus apparent, uincula 25
Christi, quibus uinctum euni duxerunt ad Cai'ijham pontificem
et Pilatum.
20
(.1 suivre.)
S. PÉTRIDÈS,
des Augustins tie l'Assomplion.
1, podorem P; 1, Aaron: cf. E.xod., .\xvin, 4. ^2, honora l biliu.s fol. 5() v P. —
4, spiritumP; urentem : Ps. cin, 4-5. — 5, Edom : Is., lxiii, 1. — 8, P avait d'a-
bord écrit calcatoria; turcularisP; Is., i.mii, I, -2. — 11, sua -.otn P. — 18, seplem :
cf. Apoc, IV, 4. — 19, uirtutum : cf. Is., vi, ;'. —'2-2, ferentes : cf. ibid., G. — 23,
subtilibus : renvoi au bas de la paye C : nota subtile linteauien diaconi, quod est
orarium, quia Christi comnionet hunnlitateai, quod extersit linteo podes discipu-
lorum. — 24, ministerium | niittuntur: fol. 51 P. — 20, duxeiuut : cf. Matth.,
XXVI, 57 ; xxvn, 2.
iMELANGES
I
RABBAN DANIEL DE MARDIN, AUTEUR SYRO-ARABE
DU XIV^ SIÈCLE
Cet auteur qui vivait un siècle après Bar Hébraeus, car il
écrivait dans la seconde moitié du xiv*" siècle, nous est connu
par un manuscrit du Vatican décrit par Asséraani (1), par deux
mss. de Leyde décrits par M. de Gœje et par deux notes des
mss. syriaques do Paris (2) n"' 226 (3) et 214 (4j. Nous nous pro-
posons aujourd'iiui de résumer tout ce que M. de Gœje et Assé-
mani nous ont appris sur Rabban Daniel et d'y ajouter le texte
et la traduction de la note du ms. 211. Cette note inédite, qui
est sans doute un autographe de Daniel, a le double avantage
de nous fournir une date précise nous permettant de placer son
auteur au xiv' siècle et non au xni' (5) et aussi de nous instruire
des souffrances qu'il endura pour avoir démontré, dans un ou-
vrage arabe, l'excellence des fondements <ie la religion chré-
tienne par rapport à ceux des religions Perse, Juive et Musul-
mane (6).
(1) Voir iufra.
(2) Catalogue Zotenberg, p. 174 et 201.
(3) La note du ms. 220 a été publiée par le R. P. Bedjan, Nomocanon Gret/orii
Bar Hebraei, Paris, 1898, p. 510-511; cf. infra.
(4j Nous avons jadis résumé la note du ms. 214 : Le livre de l'Ascension de
Vesprit sur la forme du ciel et de la terre, traduction française, Paris, 1900,
p. X. Nous l'avons traduite ROC\ 1899, p. 335 Cette fois nous ajoutons le texte à
la traduction HOC.
(5) Assémani en faisait à tort un contemporain de Bar Hél)raeus (xui'" siècle).
((J) C'est là un spécimen intéressani des rapports entre clirétiens et musul-
mans à Mardin. On trouvera plus haut, HOC, 1890, p. 43-87 un récit analogue
relatif aux rapports entre chrétiens jacobites et romains dans la même ville.
MKLANGES. 315
Assémani iB. 0., II, 463-464) nous apprend que Daniel écri-
vit en arabe un résumé des constitutions de l'Église jacobite,
puis il reproduit et traduit en latin les titres des dix-sept cha-
pitres de Touvrage. Daniel semble avoir utilisé le Nomocanon
de Bar Hébraeus (1), car à la lin de son travail, il y renvoie le
lecteur qui désirerait plus de détails. Nous verrons plus loin
qu'il possédait un exemplaire de cet ouvrage sur lequel a été
transcrit le ms. 226 de Paris. David d'Émèse, ajoute Assémani,
témoigne que Daniel traduisit en arabe ou du moins résuma
d'autres écrits de Bar Hébraeus, car il composa « une Éthi-
que (2), le Livre du trésor des mystères (3), le Livre des fonde-
ments de la foi (4), un résumé du Livre des splendeurs (5), un
résumé de l'Isagoge (6), un nomocanon et d'autres livres ». Tous
ces titres correspondent à des ouvrages de Bar Hébraeus comme
nous l'avons fait remarquer en note.
Dans son catalogue des manuscrits orientaux de la Biblio-
thèque de Leyde (7) M. de Gœje signale deux ouvrages arabes
de Daniel en sus du Nomocanon conservé à Rome (Vatic. 636).
Le premier [n" 2386 (cod. 1290, 1, Schult.)] est un résumé
sur la Trinité et l'unité qui comprend une introduction et
deux parties. Dans l'introduction l'auteur explique la termino-
logie dont il se servira. Le manuscrit, qui comprend 140 feuil-
lets, fut écrit l'an 1491 de notre ère sur un manuscrit qui avait
été transcrit lui-même sur l'autographe de l'auteur.
Le second [n" 2387 (cod. 1290, 2, Schult.)] comprend l'expli-
cation de la foi orthodoxe que les 318 pères fixèrent au concile
de Laodicée [lire : de Nicée?), avec quelques petits traités et
aphorismes, en tout 51 feuillets.
(1) Édité par P. Bedjan, Paris, 1898.
(2) L'Éthique de Bar Hébraeus a été publiée par P. Bedjan, Paris, 1898.
(3) Bar Hébraeus composa des commentaires sur toute la Bible sous le titre
de ■• Trésor des mystères ». De nombreux fragments en ont été publiés. Cf. Ru-
bens Duval, la Littérature syriaque, Paris, 189^», p. 80-81.
(4) Bar Hébraeus a composé <• le Candélabre du sanctuaire touciiant les fon-
dements de l'Église », ms. syriaque de Paris, n» 210.
(b) Nom de la grande grammaire de Bar Hébraeus: cf. Rub Duval. toc. cit.
p. -298.
(G) Cette partie de la philosophie figure dans plusieurs ouvrages de Bar Hé-
braeus. Cf. Rubens Duval, loc. cit.. p. 262.
(7) Tome V, Leyde, 1873, p. 85-8ti>
âl6 REVUE DE lNjHIENT CHRÊTIEX.
Ces titres ne paraissent se rapporter directement à aucun
ouvrage de Bar Hébraeus. Par contre, le scribe du ms. syriaque
de Paris n" 226 nous apprend que Daniel avait un bel exem-
plaire du Nomocanon de Bar Hébraeus sur lequel il a transcrit
le sien :
Selon les jugements cachés et impénétrables (de Dieu) j"ai commencé à
écrire ce livre des Directions (Nomocanon) et, par le secours de Jésus mon
Dieu, je l'ai terminé. 11 a pris fin dans la nuit du mercredi 23 Tomouz (1),
l'an 1799 des Grecs (=r 1488)... Il fut écrit par le serviteur paresseux, Sé-
vère, minime en tout, évêque de nom et loin (de cette dignité) par ses œu-
vres, fils de Jean, prêtre et moine: nous l'avons composé (2) dans le saint
monastère de Mar Abi qui est prés de Qélat au pays de Sourà (3)... Priez
pour Sévère possesseur et scribe de ce livre... qui L'a écrit d'après le bel
exemplaire du défunt Rabhan Daniel de Mardin. Que Dieu ait pitié de
lui.
Enfin nous publions et traduisons la très importante note
écrite sans doute par Daniel lui-même au verso du dernier
feuillet du Cours d'astronomie de Bar Hébraeus conservé dans
le ms. 244 de Paris, fol. 142 v. :
Rabban Daniel de Mardin, moine philosoplie, raconte son épreuve et
dit : En l'année 1693 des Grecs 4382) (4), au mois d'Adar (mars), le mardi
25 de ce mois (5), le vizir du maître (6) de Mardin me fit jeter en prison,
moi, l'humble Daniel, et voici la cause de cet emprisonnement :
Dans l'année susdite, nous avons composé en arabe un livre des fonde-'
ments ecclésiastiques et y avons donné des preuves de raison et des té-
moignages tirés de l'Ecriture pour établir, autant que nous le pouvions, la
foi chrétienne. Suivait — pour confirmer nos principes — une réfutation
|ln I .n ..>ao ov-s ^N^fo N^p>)>/ |NXjL,^ |_i:£d|Nji> psl^s ^^-=3^ -It^^-^/; |N-La |«ov3 ^> v^
(1) '23 juillet. — Synchronisme exact.
(2) Lire : v^matisoo..
(3) Ou Sor dans le Tour 'Abdiii.
(4) Telle est la date unique mais capitale qui nous permet de placer Danie
au XIV'' siècle, et non au xm'' comme le faisait Assémani.
(5) Synchronisme exact.
(6) Correspond à ^«^^^l-^.
MÉLANGES. 317
des autres principes, à savoir 'ceux) des Mages, des Juifs et des Musul-
mans. Par un effet des secrets jugements de Dieu et de sa Providence qui
fait tout, ce livre vint à tomber entre les mains de l'un des juristes musul-
mans. Quand i! le lut et eut compris quelque chose aux démonstrations
destinées à établir notre foi, il fut vaincu par la passion de la jalousie, fut
em))orté par la colère (1) au delà de toute mesure et porta le livre au juge.
L'affaire arriva de proche en proche jusqu'au roi des habitants (2) et au
maître Mélek Attaher et il me fit emprisonner le mardi et le mercredi. Le
jeudi, ils me tirèrent de prison et me firent comparaître devant le maître
dans le prétoire en présence des juges, des jurisconsultes et des habi-
tants (2). Je tombai alors dans les épreuves soit à cause de mes péchés, soit
pour éprouver ma foi. Ils m'interrogèrent au sujet du livre et, après de
longues (controverses), le vizir ordonna de me flageller. Ils me flagellèrent
et me frappèrent sur les pieds et sur les jambes avec des bâtons. Le Sei-
gneur me soutint, me fortifia, et je supportai (ces coups). Deux fois le vizir
me dit : « Abandonne ta religion et fais-toi musulman. » Je lui répondis :
« Je .suis chrétien ». Ils me frappèrent de quatre cent quatre-vingt-dix-huit
coups et je ne criai pas, au point que beaucoup admirèrent la grâce de
mon Seigneur qui apparut en moi. Ensuite il me fit percer le nez et y fit
pas.ser une corde et ils me traînèrent et me firent faire le tour de la ville.
Quant aux crachats et aux insultes qu'ils me jetèrent, je ne puis pas (les)
raconter, et Dieu me délivra; ensuite ils m'emprisonnèrent encore durant
vingt-quatre jours et, dans une caverne de sang (?) (3), durant trois jours,
puis ils me firent sortir et me vendirent douze mille zouzés et les fidèles
les payèrent.
|)ja^ l->-<ï-3 r^° ■ t-t.v>\'« VIO |-i><i.>o |.A(i,^M< N.^1^ |N_«JV^{ l^icsIDoLt |.^>.^oci,vO| ^Sïsij yNxo|Nji
ovi li-o oo )ovi;.û-3 ^ »— ^V-l-3 ^*>>âJo ooi l-sto J^io . |p,ji) ^,ao.\:i» 0)Iq\^,^ •> lo |o>^«
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.s.^K^l l-jLvk^ca^p p/« Of^ lS.^,jL.âo . ;^Of/o ^.N^ioNX .^o -> « |i-i)0 wC^ r-^iol ^.aJ.3) ^LVLo
...•V^oi 0)Lo 1 « {^ H".",x"> yOpo«Nj« )JLA^/ ^^-ik^ |lo yaj;:>^o |a:ioLo y>.v,j>Lo ||aavaY/ ^^uoo| ..vio
.|tuL.,.^a^ ^./uos^jfo .w»jov>xO ll.3J^ OV.3 ^-sl^jo ^.«X^* | ; « . ■ i\ a>|.So ,_£iâ ^)K.3o . v.1,-3 t^o^U»
o>;âo |j6) ) ^giSx . t« -I '_»joj.^)o w^jonq/o ^..^0-. |IS^L |.^om |L^^a.30 . |IS.^(i< (.^^^ï/o ^<;ffiv
. 1. 1 ^OuOpO ^OJ /
(1) ^U(o iMs.
(i) Nous rattaclions ce mot au noo-syriaquo Pv^û^. Ce sons n'est pas coinplè-
ternent satisfaisant. Nous traduisions jadis, d'après rassouauce, par " roi des
émirs ".
(.3) Nous lirions volontiers li^/» ■• la caverne de la vente ■■ ou .. l'antn^ des mar-
chands (d'esclaves) -.
318 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Ajoutons pour terminer que Mélek Attalier et même son vizir
ne sont pas pour nous des inconnus, car Noé, patriarche jacobite,
qui écrivait vers 1496, nous apprend que quatre-vingt-dix ans
avant lui (vers 1406) (1), lY^mir Othman battit l'armée de Gia-
kan près d'Amida et qu'alors périt Mélek Attaher, maître de
Mardin, avec son vizir Pliiad (2).
F. Nau.
11
LES BIENS DE L'ÉGLISE ARMÉNIENNE,
LE DIVORCE ET LE REPOS DOMINICAL EN RUSSIE,
LES MASSACRES DU CAUCASE.
I. Les biens d'Église qui proviennent des dots et du travail
personnel des religieux ainsi que des héritages qui peuvent
leur échoir, aussi bien que des libres donations des séculiers
ont donc, senible-t-il, la source la plus pure et ne devraient
être atteints qu'en dernier lieu par les spoliations légales. En
réalité ils sont périodiquement confisqués par les souverains
ou les gouvernants en mal d'argent. La raison en est que
leurs détenteurs, ne pouvant les défendre par les armes, en sont
réduits à se contenter de platoniques protestations dont n'ont
cure les peu scrupuleux gouvernants (3), qu'ils s'appellent
(Ij Nous croyons cette date un peu forte. Il y a quelques incertitudes dans
la chronologie de Noé. Il nous apprend encore qu'en 96 (1400), Tamerlan avait
détruit Mardin.
(i) Assémani. Bibl. Or.. Il, 471.
(3). Les particuliers et les Sociétés sont tous exposés aux mêmes confiscations
lorsque la moralité des gouvernants laisse trop à désirer. C'est ce que nous
apprend l'histoire de la République romaine en décadence, au temps de Sylla
et de l'empire romain sous Tibère et Domitien. De même les Jacobins de la fin
du xviH« siècle prirent vraiment tout ce qu'il leur était possible de prendre :
biens d'Église, biens des nobles, biens des particuliers dénommés suspects, aug-
mentation des impôts, réquisitions sous prétextes quelconques, perquisitions et
vols â domicile, levée de tous les hommes valides que l'on appelait par euphé-
misme « des volontaires », confiscation des biens ou des revenus destinés aux
indigents : •' La nation, disait-on, nourrira désormais les indigents », et, lorsque
les communes réclamaient, elles ne recevaient « ni réponses ni fonds », enfin
MÉLANGES. 319
Philippe le Bel, la Constituante, les Combistes ou Nicolas II.
La spoliation s'opère en deux temps : 1° Les biens du clergé
sont mis à la disposition de la nation ou du gouvernement à
charge pour celui-ci de pourvoir à l'entretien du culte et du
clergé. C'est ce qu'on appelle « régime de concordat ». 2" Le
gouvernement supprime complètement les pensions qu'il avait
promises en échange des biens confisqués. C'est ce qu'on
appelle « séparer l'Église de l'État » ou encore « rendre la
liberté à l'Église ». Nous en sommes en France au second acte,
l'autocnite de toutes les Russies n'en était qu'au premier.
Par une ordonnance du 29 juin (12 juillet) 1903, Nicolas II
décrétait en effet :
Toutes les propriétés immobilières appartenant aux églises, monastères,
institutions et écoles ecclésiastiques de l'Eglise arménienne-grégorienne
doivent être, d'après Tordre que déterminent des règlements spéciaux,
enlevées à la direction du clergé et des institutions ecclésiastiques de
cette confession pour être confiées à l'administration du ministre de
l'Agriculture et des domaines de l'Etat, et les capitaux qui appartiennent
aux institutions indiquées ci-dessus doivent être remis à l'administration
du ministère de l'Intérieur, mais tout en maintenant cependant à l'Église
arménienne-grégorienne le droit de propriété sur ces biens et ces capi-
taux... Le ministre de l'Intérieur transmet les revenus des biens, en
même temps que les sommes provenant des intérêts des capitaux soumis
à son administration, sauf les retenues indiquées plus bas, aux mêmes
institutions ecclésiastiques qui ont fourni ces biens et ces capitaux (1)...
Là-dessus les journaux officieux russes célébraient la néces-
sité et la modération de cette réforme : Nicolas II imitait,
disaient-ils, le gouvernement français et ils n'avaient pas de
peine à montrer que la mesure adoptée par l'autocrate de toutes
les Russies était « plus équitable, plus juste et plus inoffen-
sive » que la loi votée en France, au pays des droits de
l'homme. Les Arméniens, il faut le dire à leur louange, ne
.supj)ression de toutes les libertés communales. — On no trouve la vérité sur la
Révolution que dans les iconographies et non dans les ouvrages oratoires, nous
recommandons VHisloire d'un village pendant la Révolution, par T. Campenon.
Cette histoire du village deCroissy, près de Versailles, a paru dans le Corr-espun-
danl en 1873 et nous a inspiré la plus grande partie de cette note.
(1) Cf. Échos d'Orient, yànvm' 1901, p. 8. On trouvera au même endroit, p. 13-17,
le mémoire remis àrambassadeur de Russie, à Constantlnople, par le patriarche
arménien et un peu plus loin (p. 129-139) le mémoire officiel rédigé par la chan-
cellerie de l'Église arménienne.
320 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
s'y trompèrent pas et furent unanimes dans leurs protesta-
tions. Ils virent clairement que s'ils abandonnaient au gou-
vernement l'administration de leurs biens d'Église estimés
à 300 millions de francs, ils en arriveraient bientôt à la se-
conde étape qui est celle de la confiscation. Ils protestèrent,
se firent tuer dans certaines villes et écrivirent : « si la Russie
persiste dans son attitude, la victoire définitive restera à la
force et à la loi, mais ces mesures de rigueur ne serviront
qu'à désaffectionner davantage les Arméniens d'un régime
despotique et à diriger ailleurs leurs espérances... On peut
s'attendre à tout de la part d'un gouvernement qui a déclaré
cyniquement que, à son grand regret, la Russie était obligée
de ne pas remplir le traité signé avec la Chine (1) ».
Ce qu'on ne prévoyait pas en 1903, ce sont les défaites suc-
cessives et continuelles des armes russes, ainsi que la faiblesse
d'un gouvernement ruiné par les sociétés secrètes, et la pleu-
trerie, à Port- Arthur, du prince Ouchtomski, auteur responsable
de la déclaration qui termine notre citation précédente; aussi,
en vertu d'un axiome qui devient courant : <' lorsque la Russie
est battue, les sujets russes triomphent », les défaites amenè-
rent le tsar Nicolas à abroger son ukaze du 12 juillet 1903
et les choses viennent d'être remises en l'état comme nous
l'apprend la note suivante insérée dans nos journaux :
Par ukaze impérial en date du 14 août 1005, tous les immeubles et
capitaux appartenant au\ églises, couvents, écoles et institutions reli-
gieuses arméniennes sont replacés sous la gestion des institutions de
l'Église arménienne. Le vice-roi du Caucase a informé le catholicos armé-
nien de l'ukaze impérial décidant que les biens de l'Eglise arménienne
lui seraient rendus et que des écoles arméniennes pourraient être ou-
vertes.
Nous conseillons aux Arméniens de regarder cette mesure
comme une simple trêve, car les biens mal défendus — et les
biens d'Église sont nécessairement de ce nombre — excitent
trop la convoitise des malfaiteurs pour être respectés bien long-
temps (2). Faute de pouvoir dire aux Arméniens comment ils
(1) La Gazette russe de Saint-Pétersbourg, 1°' septembre 1902, par la plume du
prince Ouchtomski, ami personnel du tsar {Échos d'Orient, Joe. cit., p. 17).
(2) Il en a été ainsi, d'après certains journaux, pour une partie des fonds de
MÉLANGES. 321
devront se prémunir contre ce danger, nous dirons du moins
aux Français quelle forme ils doivent donner aux fondations
qu'ils feront désormais en faveur des hospices, orphelinats,
écoles ou couvents : après avoir bien spécifié leurs intentions,
ils ajouteront qu'à l'avenir si Une seule des conditions posées
par eux vient à n'être pas observée, tout le montant de leur
donation reviendra à tel hospice ou à tel orpheli7iat de telle
ville d' Alsace- Lorraine. Il est certain que la crainte de voir
Guillaume II intervenir pour réclamer la fondation, au nom par
exemple de la ville de Metz, amènera nos gouvernants à res-
pecter scrupuleusement les volontés du donateur (1), car nous
avons pu constater que la majorité hétéroclite du ministère
Combes, après avoir mobilisé l'infanterie et la cavalerie pour
expulser de leur demeure quelques institutrices françaises
et après être tombée dans le ridicule de crier chaque jour au
Parlement et dans tous les journaux qu'elle ne craignait pas
le goupillon — comme si elle cherchait là un brevet de bra-
voure — est devenue muette comme une collection de carpes
lorsque les soldats allemands ont tué cinq soldats français à
Missoum, en territoire au moins contesté, et lorsque l'empe-
reur Guillaume l'a empêchée de prendre livraison des avan-
tages qu'elle avait cependant payés bien cher au Maroc.
II. Par un ukaze du 28 mai 1904, Nicolas II permet de
contracter un nouveau mariage aux conjoints qui se sont
séparés pour cause d'adultère. Toutefois le conjoint coupable
d'adultère, avant de contracter une nouvelle union, doit se
soumettre à une punition ecclésiastique qui peut durer de
deux à sept ans ; s'il tombe une seconde fois dans l'adultère,
il est de nouveau soumis à la pénitence mais ne peut con-
tracter un troisième mariage, ce qui semble un peu illogique.
L'Église Russe interprète donc désormais au sens le plus
la Croix-Rouge qui sont restes clans les poches de quelques personnages russes
de haut vol, au lieu de prendre le chemin de la ftlandchourie.
(1) Cette volonté n'est nullement respectée aujourd'hui et les intentions des
donateurs sont modifK'es arbitrairement par les juges et par le Conseil d'État
qui attribuent à l'assistance publique ce qui a été donné à telle maison reli-
. gieuse, qui mettent des instituteurs laïques dans telle école fondée en laveur de
congréganistes et qui confis(iuent ou ■< li(iuident ■> sans plus de façons le produit
des donations.
ORIENT CHKÉTIEN. 21
322 lŒVUE L)i<: l'oriknt ciirétiion.
large le texte de S. Matthieu, v. 32. On trouvera la traduction
de l'ukaze avec le commentaire du Saint Synode dans les Échos
cVOrient, 1905, p. 25-27.
III. La même revue (1904, p. 276) donne la traduction d'un
ukaze qui modifie la législation russe au sujet du travail domi-
nical :
Les travaux volontaires, les dimanclies et jours de fêtes religieuses et
civiles, sont laissés au gré de chacun et aucune autorité ne doit apporter
d'empêchement sur ce point... Sa Majesté Impériale, le 10 mai de l'an
1904, a daigné confirmer souverainement et ordonné de mettre à exécu-
tion l'avis sus-exprimé du Conseil d'État.
11 nous manque encore ici l'approbation du Saint Synode,
mais il semble bien que l'on pourra s'en passer, car la phrase :
c< aucune autorité ne doit apporter d'empêchement sur ce
point » a sans doute été ajoutée pour fermer la bouche aux
autorités ecclésiastiques. Désormais donc en Russie un homme
ne pourra être contraint à travailler le dimanche mais « aucune
autorité » ne l'empêchera de travailler s'il veut le faire.
IV. Le journal YHellénisme (Direction à Paris, 42, rue de
Grenelle) nous donne à la date du P'' août 1905 d'intéressants
détails sur les massacres dans l'Arménie Russe. Ces massacres
sont devenus plus rares parce que les Arméniens, comme le
leur conseillait M. Nau dans la présente revue {supra, p. 102,
1. 11-31), se sont décidés à repousser par les armes les bandits
qui les massacraient et les pillaient. Voici les plus importants
passages de l'article écrit par M. Minas Tchéraz, directeur de
VArménie :
On en veut surtout aux Arméniens parce qu'ils sont sans défense...
A Bakou, des musulmans fanatisés ont montré qu'ils ont encore dans les
veines le sang des hordes de Gengis-Khan et de Tamerlan : ils ont brûlé
vifs des vieillards, des femmes et des enfants, et éventré des Arméniennes
enceintes à l'hôpital de la Maternité. A Nakhitchévan et à Erivan, ils ont
juré aux Arméniens qu'ils ne les molesteraient pas, et les ont dépouillés
et massacrés dès que, rassurés, ils ont rouvert leurs boutiques. A Djagrakh,
ils ont enlevé les jeunes filles, violé les femmes sous les yeux de leurs
maris et de leurs fils, et décapité trente-sept Arméniens en présence de
MÉLANGES. 323
leurs femmes et de leurs enfants. A Hadjivar, ils ont renversé l'autel de
réfi,-liso et tué un prêtre. Au village de Badamlou, ils ont islamisé de force
huit cents chrétiens etun prêtre, dépecé onze Arméniens qui refusaient de
se convertir, et transformé l'église en mosquée. Des conversions forcées
ont également eu lieu dans les villages de Nors, de Mazra et de Marvanis,
où. les musulmans ont rasé les prêtres et circoncis plusieurs Arméniens.
Des milliers de Kurdes sont accourus de l'Arménie persane et de l'Arménie
turque pour participer aux exploits de leurs coreligionnaires de l'Arménie
russe.
Les Arméniens de la Caucasie, mal soutenus par les autorités russes
qui poussèrent parfois l'imprévoyance jusqu'à désarmer les chrétiens pour
armer les mahométans, décidèrent de se défendre... Contrairement à
l'opinion de M. Claude Anet, le correspondant du Temps, ils se servirent
très rarement de bombes. Ils opposèrent aux armes perfectionnées de
leurs agresseurs les quelques sabres, revolvers et fusils qu'ils possédaient.
Déjà, dans la dernière période des boucheries de Bakou, ils avaient
infligé des pertes sensibles à la horde des assaillants. A Nakhitchévan, où
les y^rméniens étaient sans armes et en minorité, ils ne purent résister à
l'attaque impétueuse des mahométans. Mais à Erivan, capitale de l'Ar-
ménie russe, ils prirent une revanche éclatante. Les Turcs eurent plus
de cent tués et des centaines de blessés. Trois bombes, lancées par les
Hentchakistes et les Droschakistes, firent trembler les plus féroces parmi
les musulmans. Ceux-ci n'osèrent plus sortir de leurs maisons et deman-
dèrent l'aman. Les Arméniens n'avaient eu que treize morts et une tren-
taine de blessés.
La Ijravoure déployée par les Arméniens d'Erivan frappa de terreur les
mahométans, en même temps qu'elle électrisait le cœur des populations
rurales de l'Arménie russe. Les villageois arméniens d'Abaran et d'Asclita-
rak refoulèrent les bandes kurdes et turcomanes, en leur infligeant de
grosses pertes. Des Arméniens armés de sabres taillèrent en pièces les
Turcs du village de Ghotour. Les Arméniens d'Alexandropol envoyèrent
des volontaires contre les Turcs et les Kurdes qui menaçaient plusieurs
villages, et les assaillants durent rebrousser chemin. Les paysans armé-
niens de Daschbouroun reprirent le bétail enlevé par les Turcs et les
Kurdes, et leur infligèrent des pertes sensibles. Les Arméniens de Gha-
marlou et de Navrouzlou chassèrent les musulmans avec le concours de
quelques Cosaques — car les Russes finirent par comprendre que le mou-
vement n'était pas moins antichrétien qu'antiarménien, puisque les re-
belles tiraientparfois sur les troupes elles-mêmes. — Les villageois arméniens
de Guiomri n'eurent qu'un tué et un blessé dans leur combat avec les
musulmans, qui durent battre en retraite. Ceux de Binalou et de Kéchisch-
viran repoussèrent l'attaque des Tatars et des Kurdes avec l'appui des
dragons russes ; l'ennemi laissa sur le champ de bataille quarante-deux
tués et deux blessés; les Arméniens n'avaient perdu que deux hommes.
Une bande arménienne attaqua le village turc d'Ouchi, dont les habitants
avaient assassiné deux Arméniens; elle tua une vingtaine de Turcs et mit
en fuite le reste. Les Arméniens tuèrent une quarantaine de Tatars aux
324 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
environs de Ghamarlou ; leurs pertes furent insignifiantes. Les paysans
arméniens d'Oulia-Norachen repoussèrent l'attaque des musulmans, leur
tuant une centaine d'hommes. Ceux de la région de Daralaguiaz se réuni-
rent dans les villages de Mardiros et de Malitchka et organisèrent une
bande, sous la conduite d'Avak et de Mkrtitch ; cette bande dispersa les
Turcs qui assiégeaient les villages d'AImalou et de Pachalou, attaqua le
village turc d'Itghran, qui servait de quartier général aux bandes musul-
manes, et y tua cent cinquante Turcs ; les survivants prirent la fuite,
abandonnant leur village aux Arméniens, qui y découvrirent les objets
enlevés aux paysans arméniens de la région. Les Arméniens de Ghazandji
résistèrent victorieusement, pendant neuf jours, aux assauts réitérés des
Turcs, qui durent enfin battre en retraite, en laissant sur le terrain des
centaines de cadavres. Dans la région de Charour, les Arméniens du
village de Khanghlar, qui avaient reçu un renfort de Cosaques, tuèrent
trois cents Turcs.
Ces coups répétés paraissent avoir refroidi l'ardeur des fanatiques de
l'Islam. Ceux-ci ont empoché l'étendard d'Ali, et cherchent actuellement
à faire la paix avec leurs compatriotes arméniens.
Ce récit nous semble très instructif, il apprendra aux
opprimés de tous pays que, s'ils ne peuvent résister aux troupes
régulières, ils peuvent toujours du moins en imposer par leur
vaillance aux bandits qui veulent les dévaliser. Il leur est plus
glorieux d'ailleurs de mourir en combattant que de se laisser
égorger devant leur foyer ou de monter sans résistance sur
un échafaud.
D'après les dernières nouvelles, les Tartares et les Armé-
niens ont enfin trouvé le moyen d'intéresser l'Europe à leurs
querelles en incendiant les puits et les dépôts de pétrole à
Bakou. L'Angleterre a déjà prié l'incapable vice-roi du Cau-
case de protéger la vie et les biens des sujets anglais. On
signale toujours de nombreux massacres d'Arméniens, mais
les choses vont peut-être changer d'après l'extraordinaire
télégrannne suivant adressé de Tiflis à lA'gence Havas, le
9 septembre : « L'ordre a été donné de fusiller sans pitié tous
les incendiaires et tous les voleurs pris sur le fait, qu'Us soient
Tartares ou non. » Il semble en résulter que jusqu'ici les
incendiaires et les voleurs, lorsqu'ils étaient Tartares, jouis-
saient d'un traitement de faveur, mais désormais, « qu'ils
soient Tartares ou non », ils seront fusillés. C'est un progrès.
— Devant ces massacres d'Arméniens qui durent depuis huit
MÉLANGES. 325
mois, on peut se demander si la Russie n a pas jadis em-
pêché toute intervention en faveur des Arméniens de Turquie
de crainte de créer un précédent qui autorisât les nations
civilisées à intervenir en faveur des Arméniens de Russie.
N. LONGUEVILLE.
BIBLIOGRAPHIE
Le p. Henpj Lammens, S. J. — Le Pèlerinage de La Mecque en 1902.
Journal d'un pèlerin égyptien (extrait des Missions /ieh/cs de la Compa-
gnie (le Jésus). Bruxelles, Cli. Biilens; 1904.
Les villes saintes de l'islam sont des villes fermées et l'on compterait
sans trop ds peine les incroi/anis qui ont pu à la dérobée se faufiler dans
l'enceinte de l'une d'elles. Un chrétien qui se hasarde à prendre part à
quelqu'un des pèlerinages de la Mecque « l'honorée », s'accule dans une
impasse où de tous côtés la mort l'attend. Un remède à ce sort peu digne
d'envie est offert par le R. P. Lammens aux lecteurs qu'animerait une
curiosité, légitime d'ailleurs, de voir de près et surplace les mystères mu-
sulmans. C'est le journal d'un pèlerin égyptien, dont la traduction a paru
dans les Missions Belges de la Compjagnie de Jésus.
A la suite de cet haggi expansif et par ses lettres de correspondant
journalier du journal arabe Al-Ahrâm du Caire, un chrétien convaincu
pourra faire un excellent pèlerinage dans les « provinces bénies » du
Hidjâz, sans s'exposer à être égorgé, ou tout le moins à finir tristement
au bord des chemins en feu, faute d'eau, par manque de pain mangeable
et par surabondance continue d'endémies. Les nombreux inconvénients,
en un mot, qui causent annuellement des victimes par centaines, lui
sont évités tous. Pas de bédouins à craindre ; ceux qu'intercale dans le
texte le R. P. peuvent paraître superbes en photographie, — les clichés
sont parfaits et les illustrations toutes fort bien réussies — , ils n'en gar-
dent pas moins, avec la mine, les mœurs de brigands. Il se trouve éga-
lement à l'abri des fournisseurs turcs, qui même sur les chemins de la
ville sainte, spéculent à l'orientale sur les achats des dévots et des affa-
més. Enfin la traduction du Jino-mil d'un pèlerin égyptien, garnie des notes
concises mais multipliées du P. Lammens, constitue un guide sur, qui
dispensera d'avoir recours aux « motawwif », ces indigènes cumulant assez
bien les deux rôles de eiceroni et de jrichpockels.
P. Daubv.
Albert Dufourcq. — Saint Irénée (Collection « les Saints »). Paris, Le-
coffre; 1904. In-P? de ii-202 pages. Prix : 2 francs.
M. Dufourcq a fait la preuve, ces temps derniers, que saint Irénée de
Lyon est au nombre des plus intéressantes personnalités chrétiennes, au
BIBLIOGRAPHIE. 327
second siècle. Déjà et depuis peu, nous lui étions redevables d'un Saint
Irnirr, paru chez Bloud. En voici un autre, de même mérite, quoique
d'un format moins épais.
Les détails biographiques y sont très peu de chose. Comment s'étonner
d'une lacune obligée? En histoire, on se heurte à des insuffisances que
ni la bonne volonté ni le talent ne suffisent à combler. Des rares élé-
ments, épars en différents ouvrages ou sauvés par la tradition, dont
coûte que coûte il fallait se contenter, il était donc malaisé de faire une
vie. L'action, par contre, de l'évèque de Lyon, très réelle et très grande,
présentait moins d'obstacles à être reconstituée, les écrits du saint qui
nous sont restés, nous en donnant eux-mêmes la portée et la direction.
L'époque oii elle s'est développée, les circonstances qui l'ont provoquée,
les adversaires et les erreurs notamment qu'il fallut combattre, ont par
ailleurs singulièrement contribué à perpétuer, à grandir même cette ac-
tion d'Irénée. Il figure dans l'histoire comme tenant du christianisme
vis-à-vis de la gnose. Et ceci explique pourquoi M. Dufourcq insiste très
justement sur la doctrine de saint Irénée et ses luttes antignostiques.
Trois chapitres extrêmement importants et d'une incontestable originalité
résument ses théories du mystère, de l'Écriture, de la Tradition. Ses
grandioses conceptions du Dieu-Homme et les relations qu'il précise avec
éloquence entre Dieu et sa créature, nous forcent à conclure avec l'au-
teur que saint Irénée a fondé la théologie chrétienne. »
A noter comme petit clief-d'œuvre de concision et de vivacité dans l'ex-
position et dans le style l'introduction, mise en scène tout indiquée de
ce volume : le monde romain et le monde chrétien au second siècle de
notre ère. Dans l'ensemble, la précipitation haletante du. récit serait plu-
tôt de nature à dérouter l'esprit de lecteurs qui n'auraient pas la con-
naissance que leur suppose l'auteur, de certains systèmes de philosophie
plutôt obscurs.
P. Daubv.
C. Tbrlixden. — Le pape Clément IX et la guerre de Candie (1667-
1669), d'après les archives secrètes du Saint-Siège (13'' fa.scieule du re-
cueil de travaux publiés par l'Université de Louvain), in-S" de xxxii et
364 pages, Paris, Fontemoing, 1904. — 5 francs.
Cet ouvrage vient bien à son heure. Il raconte la conquête de l'ile de
Crète par les Turcs au moment où les Cretois, grâce à l'appui des puis-
sances chrétiennes, viennent d'échapper au joug turc et, las déjà de leur
quasi-indépendance, semblent vouloir s'inféoder au royaume de Grèce.
L'auteur esquisse dans son introduction les louables efforts tentés par la
papauté de 1431 à 1669 -pour opposer une barrière solide aux invasions
des Turcs, il raconte ensuite, p. 1-45, le commencement de la guerre qui
devait se terminer à la prise de Candie et consacre le reste de l'ouvrage
à exposer les longues et difficiles négociations menées avec courage et
abnégation par Clément IX durant tout son court pontificat jjour procurer
des secours aux Vénitiens.
328 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Il plaidait une très mauvaise cause, car l'égoïsme et l'orgueil des mar-
chands vénitiens (p. 189) n'étaient pas faits pour leur concilier la sympa-
thie et il n'était pas facile, au nom seul de la croix, de leur trouver des
secours. Presque tout le livre repose sur cette question : « La France in-
terviendra-t-elle ou n'interviendra-t-elle pas avec ses flottes, ses armées,
et son argent, au détriment de son commerce et de sa sûreté continentale,
avec complet désintéressement, pour conserver l'île de Candie à la Répu-
blique de Venise? d L'auteur croit qu'elle devait intervenir, c'est son droit,
il est toujours facile, surtout dans un écrit, d'imposer des devoirs au voisin,
mais il a tort de laisser croire qu'à ses yeux le titre de Roi très chrétien
ou de Majesté catholique oblige le porteur à courir sus à l'infidèle, chaque
fois qu'on daigne l'en requérir. La politique doit heureusement être distin-
guée de la religion, c'est le seul moyen pour celle-ci d'échapper aux crimes
que la première a voulu souvent mettre sous son couvert. L'auteur aurait
pu aussi ne pas écrire que quelques induits, un chapeau rouge « sans
compter d'autres menues faveurs compensaient largement les secours que
la France allait envoyer à Candie » (p. 169); car ces secours comprenaient
58 navires et plus de 17.000 hommes (p. 197) dont un bon nombre (p. 222
et 230) devaient trouver la mort sous les murs de Candie ; il ne serait pas
flatteur de voir évaluer à ce tarif le prix de la vie de Fauteur et la
mienne. En d'autres termes il aurait pu être plus impersonnel, serrer
davantage les faits, rejeter en note certains détails oiseux (p. 100-101). Mais
nous pouvons louer sans réserve les tableaux des compétitions entre les
chefs et des rivalités entre les diverses nations qui caractérisaient déjà ce
premier « concert Européen ». Par-dessus tout se détache la grande figure
de Clément IX qui met toutes ses ressources au service des Vénitiens peu
reconnaissants (p. 79-81) et peut enfin, par une diplomatie habile et per-
sévérante, amener les princes chrétiens à conclure une trêve pour tourner
leurs communs efforts contre l'islam. — L'ouvrage est orné de deux por-
traits et d'un plan de Candie, il se termine par la reproduction de 24 docu-
ments inédits ou pièces justificatives et par une table alphabétique des
noms de personnes.
F. Nau.
G. M.\spERO, membre de l'Institut. — Histoire ancienne des peuples de
V Orient, sixième édition entièrement refondue; petit 8", 912 pages; Ha-
chette, Paris, 1904.
Cet ouvrage est divisé en cinq livres : 1, L'Egypte jusqu'à l'invasion
des pasteurs. 2, L'Asie antérieure avant et pendant le temps de la domi-
nation égyptienne. 3, L'empire assyrien et le monde oriental jusqu'à
l'avènement des Sargonides. 4, Les Sargonides et le monde oriental jus-
qu'à l'avènement de Cyrus. 5, L'enfpire perse (jusqu'à la conquête ma-
cédonienne). Viennent ensuite : un appendice fort intéressant sur les
BIBLIOGRAPHIE. 329
écritures du monde oriental, une table des noms propres et trois cartes
hors texte; cent soixante-quinze gravures ornent le texte (1).
M. Maspero a condense dans cet ouvrage les faits consignés par lui dans
sa belle mais coûteuse Histoire ancienne des peuples de VOrienl classi-
que (2). Nul n'était plus qualifié que lui pour mener à bien ce difficile
travail et pour -nous guider dans le dédale des dynasties et des rois dont
il nous reproduit tous les noms. Les documents semblent passablement
hétéroclites. Après quelques pages d'Hérodote, de Plutarque, de Strabon
et surtout après les fragments de Manéthon conservés par Flavius Josèplie,
Eusèbe de Césarée et le Syncelle, on ne trouve guère que quelques pa-
pyrus et de nombreuses inscriptions où manque toute perspective comme
dans les dessins qui les accompagnent. Nous ne savons pas si le temps
viendra jamais où l'on pourra reconstituer cette histoire à la manière de
Tillemont, en soudant bout à bout les documents qui nous en restent.
L'imagination ou, pour employer une locution moins désobligeante, la
divination tiendra encore longtemps le principal rôle dans la reconstitu-
tion de certaines parties de l'histoire ancienne de l'Egypte. Les faux commis
dans les attributions de monuments et même dans les rédactions des stèles
(cf. p. 338, n. 1), ne sont pas pour faciliter la tâche des historiens. Les
Égyptiens contemporains de Psammétique n'avaient trouvé qu'un moyen
assez ridicule et nullement probant de promer contre les Phrygiens,
l'antiquité de leur race (Hérod., II, 2-3). Au temps d'Hécatée de Milet,
voisin des Phrygiens, qui se contentait de seize ancêtres, ils avaient
trouvé un moyen fort ingénieux de prouver leur propre antiquité :
c'était de montrer trois cent quarante-cinq statues affublées chacune d'un
état civil et qui étaient censées représenter les rois ou les grands prêtres
dans leur ordre de succession. Ils arrivaient ainsi sans trop de peine à
remonter jusqu'à douze mille ans plus haut. « Dans cette longue suite
d'années, ajoutaient-ils, le soleil s'était levé quatre fois hors de son lieu
ordinaire et entre autres deux fois où il se couche maintenant » (Hérod.,
II, 142-143). Ajoutons encore que le mirage, si désagréable pour notre
armée d'Egypte, semble ne l'avoir pas moins été pour les historiens : Hé-
rodote raconte avoir vu le lac Mœris destiné à régulariser les crues du Nil,
il en donne les dimensions , il a même demandé où l'on avait mis la terre
recueillie en creusant ce lac (II, 149-150); or, d'après M. Maspero, ce lac
n'a jamais existé ni Mœris non plus (p. 131). Quant au fameux labyrinthe
dont Hérodote a visité la partie supérieure (II, 148), c'était tout prosaïque-
ment une ville (Maspero, p. 131-132) (3).
Nous ne rappelons pas seulement ces faits à l'occasion de l'ouvrage
actuel, mais nous avons remarqué qu'il semble souvent de bon ton de
(1) La troisième édition que iiuus pobscdons (1878) a mêmes divisions générales, mais
seulement ti58 pages et aucune gravure dans le texte.
(2) Trois vol. gr. 8°, brochés, 90 francs.
(.•?) Rappelons encore la colossale lic\ue de Pupuis qui attribuait de l."i à Ki.OOO ans
<rautiquilé à un zodiaque du commencement de noire ère et y trouvait matière à longues
dissertations et considérations.
330 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
traiter de légendes ou de mythes les récits fort clairs et fort bien ordonnés
de la Bible dont un bon nombre ont été confirmés par des découvertes
récentes et forment encore le seul cadre dont on dispose pour grouper
bien des faits voisins, tandis que le même bon ton ordonne de s'incliner
devant l'ordonnance donnée à quelques noms d'authenticité parfois sus-
pecte (cf. p. 338) que l'on trouve sans date ni clironologie sur quelques
monuments. Nous ne voulons pas suivre cette mode et nous nous deman-
dons parfois si les prêtres égyptiens et à leur suite les égyptologues ne
mettraient pas à la suite les uns des autres des séries de rois contempo-
rains. Si les rois d'Aquitaine, de Provence, de Bourgogne, etc., ne nous
étaient connus que par quelques noms jetés sans date sur des Epitaphes,
il serait facile à un Français, aussi soucieux que les égyptiens de l'anti-
quité de son pays, de trouver une trentaine de dynasties de rois de
France.
Ces remarques, nous l'avons déjà dit, ne visent pas particulièrement
cet ouvrage dont nous sommes heureux de louer encore la science et même
souvent l'intérêt, car l'auteur a eu l'heureuse idée d'emprunter largement
aux sources qu'il utilise et de donner par ces traductions grande saveur et
couleur locale à son livre.
F. Nau.
Livres nouveaux. — I. Delaville le Roulx. Les hospitaliers en Terre
Sainte et à Chypres (1100-1310), gr. in-8", xui et 440 pages; Paris,
Leroux, 1904.
Les nombreuses éditions et publications récentes indiquées par l'auteur
p. v-.xui permettent d'apporter à l'histoire des chevaliers de l'Hôpital, ou de
Rhodes, ou de Malte, une rigueur et une précision auxquelles ne pouvait
prétendre l'abbé Vertot au commencement du .xviii'^ siècle.
L'abondance des matières est telle que l'auteur a dû se borner à la pre-
mière période de cet ordre fameux. 11 a utilisé surtout, avec les histoires
générales, le cartulaire général de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean
de Jérusalem dont il a publié trois volumes de 18'J4 à 1899. Cette publi-
cation et quelques autres du même ordre (cf. p. vu) avaient préparé l'au-
teur au présent travail qu'il a conduit avec maîtrise. Dans une première
partie il étudie les origines de l'ordre et nous fait connaître les grands
maîtres qui se sont succédé de 1100 à 1310, époque de la conquête de
l'île de Rhodes par le grand maître Foulques de Villaret. Les autres
livres nous exposent la Constitution de l'ordre (chevaliers, sergents, cha-
pelains, confrères et donats, etc.), et nous font connaître l'administration
centrale (chapitre général, grand maître, grands officiers, etc.) et l'ad-
ministration régionale dans les divers pays d'Europe et d'Orient. Un ap-
pendice nous donne la liste des dignitaires de l'ordre.
L'auteur ne nous a pas convaincu que les Hospitaliers aient eu pour an-
cêtres les Bénédictins (p. 7-8), car même en lui concédant que les hospita-
liers de la « Latinie » étaient les mêmes que les moines « francs du mont
BIBLIOGRAPHIE. 331
dos Oliviers », ce qui n'est pas évident, on ne pourrait pas encore conclure
que ceux-ci étaient des Bénédictins. Ils écrivent en effet au pape en 809 :
« Régula Sancti Benedicti, quam nobis dédit filius vester dominus Karolus
(Charlemagne) » ; mais si Ton remarque que les conciles de Germanie
du 21 avril 742 et de Francfort en 794 enjoignaient aux moines et aux re-
ligieuses de suivre la règle de saint Benoît, on conclura simplement que
Charlemagne ne fit qu'appliquer les canons de ces conciles en priant les
moines, d'ailleurs quelconques, de la « Latinie » de suivre la règle de
saint Benoît, fait qui ne suppose pas nécessairement une affiliation à l'ordre
des Bénédictins. Cette question d'origine est d'ailleurs secondaire et nous
ne pouvons que louer la science de l'auteur qui lui a permis de coordonner
un grand nombre de faits, nouveaux ou connus, et d'en faire un ouvrage
intéressant et utile.
II. KAEOriA^i KOIKVAIiiOV. lUoç y.ct.\ 7:oXtis(a toj oat'ou jraTpb; rjij.ôjv wà66a.
1 vol. 8°, iv-lOO pages; Jérusalem, couvent grec, 1905. — 2 fr.
La « Nouvelle Sion », revue ecclésiastique bimensuelle fondée à Jérusalem
en 1904, a eu l'heureuse idée de publier un recueil de textes grecs et de
commencer ce recueil par la vie de saint Sabbas, moine et archimandrite
orthodoxe du v<^ au vi*^ siècle qui joue en Palestine le rôle que les Antoine
et les Pacôme avaient rempli en Egypte. M. Kléopas K., archidiacre et bi-
bliothécaire du patriarcat grec de Jérusalem, a jugé avec raison qu'an lieu
de rééditer la vie écrite par Cyrille de Scythopolis et publiée par Cotelier
en 16G8, il valait mieux nous donner un texte inédit qui aurait été écrit du
vi^" au viu" siècle par un moine de Saint-Sabbas. L'auteur a pris pour base
la vie écrite par Cyrille et ne pouvait mieux faire. Son récit, qui est aussi
bourré de noms propres et de faits (I), corrobore et illustre, pouvons-nous
dire, le récit de son devancier. Ajoutons que la modicité du format et du
prix rend cet ouvrage accessible à toutes les bibliothèques qui ne peuvent
se procurer l'excellent ouvrage de Cotelier devenu très rare. Cette édition
« manuelle » rend donc un vrai service aux études ecclésiastiques.
III. Placide de Meester, 0. S. B. A^wv 6 lY "''■«'' ^ àvaT&Xf/.rj ly.-/,'kr,'j'ix. In-8",
42 page; Collège grec de Saint-Athanase, Rome, 1905.
IV. P. Raymond IHetzuammer, 0. S. B. Das f/riechische Kolleg in Rom. 8",
53 pages; Salzburg, 1905.
Dom Placide de Meester, bien connu des lecteurs de la HOC, a reproduit
avec quelques modifications des articles publiés par lui en 1903 dans le
périodique grec 6 Iv6cj[jlo;. Il se propose de retracer les bienfaits de Sa Sain-
teté Léon XIII à l'égard de l'Église grecque ou slave. Il rappelle sa sollici-
tude pour l'Église grecque, ses efforts pour la réunir à l'Église Romaine,
le congrès Eucharistique de Jérusalem, les conférences tenues en 1894
pour l'union des I']glises, l'encyclique Orientaliiiin dignilaa, les missions
en Orient et en Bulgarie des Pères de l'Assomption ou des Pères Blancs du
(1) La lal)lo (les mmis i)ri>i)rL'.s cnnticiit i>lus de i'iO ni>tns.
332 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
cardinal Lavigerie, la fondation d'un lycée grec-catholique à Athènes, d'une
église à Naupacte, de séminaires ruthène et grec à Rome et la création
des nombreux périodiques destinés à faire connaître l'Orient et à préparer
la réunion des Eglises.
C'est encore Sa Sainteté Léon XIII qui donna aux Bénédictins le collège
grec de Saint-Athanase à Rome. Le Père Netzhammer nous retrace son his-
toire dans la brochure dont nous avons donné le titre qui est un tirage à part
de la KathoJ. Kirchenzeiliing. On trouve l'histoire de la fondation du collège
par Grégoire XIII, en 1577, des services qu'il put rendre sous les diverses
administrations (Jésuites, Dominicains, Résurrectionnistes, prêtres sécu-
liers) qui s'y succédèrent et de son organisation actuelle sous la direction
des Bénédictins. Cette intéressante monographie est basée surtout, nous
dit l'auteur, sur les archives du collège, car il n'a pu trouver aucun ou-
vrage antérieur qui traitât ce sujet ex professa.
V. J.-J. Clamageran. Philosophie morale et religieuse, art et voyages
(extraits de ses ouvrages et de sa correspondance inédite). 8°, xxv et
312 pages ; chez Félix Alcan, Paris, 1905. — Prix, 3 fr. 50.
Cet ouvrage a été compilé pieusement par M™'' J.-J. Clamageran pour
mettre en relief certaines idées morales et religieuses de son mari, M. le
sénateur J.-J. Clamageran, mort le 4 juin 1903. Dans une courte préface,
M. J.-E. Roberty nous apprend que les idées religieuses de Clamageran
étaient celles du protestantisme libéral : « j'ai consacré ma vie, disait-il
souvent, à la défense de trois grandes causes : la République, le protes-
tantisme libéral et le libre échange » (p. vi). Cette phrase a dû paraître
très claire à M. Roberty, elle nous le paraît beaucoup moins, car nous
lisons, p. 97 : « au sein de l'Église protestante, le christianisme est défini,
expliqué et mis en lumière par voie de liberté ; chaque fidèle se fait à
lui-même spontanément son propre christianisme, et il le répand librement
autour de lui ». Nous craignons donc que la préface ne doive être modifiée
dans le sens suivant : « j'ai consacré ma vie à trois grandes causes : mon
protestantisme libéral, ma république et le libre échange », car nous
constatons que les protestants s'anathéniatisent mutuellement au nom du
protestantisme (cf. p. 100-103) et les républicains au nom de la République.
C'est dire que nous sommes partisans des dogmes que condamne M. Cla-
mageran parce que nous les considérons comme nécessaires pour l'union
des esprits (1). Nous demandons de même une définition de la République
(4) On croit à tort que le dogme catholique est fort étendu et peut opposer des entraves
aux recherches scientifiques. Le dogme catholique peut tenir en quelques pages, il est
condensé dans le Credo qui ne peut gtiier aucun savant dans ses recherches. Les
entraves ne sont venues et ne viennent que de certains théologiens malfaisants qui
ont voulu ériger sinon en dogme du moins en lègle leurs conceptions personnelles.
Alliganl cnera gravia et imiJorlabUiael iwponunl in Jiumtrcshovumcmin&nh. xxni,4).
Ce sont eux seuls qui ont donné prise aux ohjeclions, qui ont fatigué les hommes et qui
ont tr( p déperplc les Églifes; nais le ("oimc i;e i(ut cUe rciulu rci^iuEsaMe de leur
zèle exagéré.
BIBLIOGRAPHIE. 333
et un dogme républicain qui puisse nous servir de pierre de touche pour
séparer les républicains des saltimbanques qui se parent de ce nom et le
refusent aux autres afin d'attirer la foule autour de leurs tréteaux.
C'est dire que cet ouvrage et surtout la préface, ouvrent le champ à des
polémiques qui ne sont pas de notre ressort. Disons qu'il contient un rap-
port sur le matérialisme contemporain, lu à la SG'' session des conférences
pastorales fraternelles de Paris le 16 avril 18G9 (p. 43-48), des extraits de
l'ouvrage : La lutte contre le mal, publié chez Alcan en 1897 (p. 49-97),
quatre fragments de lettres dont le plus long était adressé au pasteur
Leblois de Strasbourg en 1857 (p. 89-93) ; un rapport sur le Protestantisme
libéral lu à ï Union protestante libérale en 1866-67 (p. 95-103), une étude
sur La critique religieuse publiée (à propos des Essais de critique religieuse
d'Albert Réville, pasteur de l'Église Wallonne de Rotterdam) dans le Dis-
ciple de Jésus-Christ en 1860 (p. MSb-Yb^); Des pensées diverses (p. 161-181),
enfin quelques études réunies sous le titre Art et voyages (p. 185-310). Vingt
pages (p. 271-290) sur Athènes, Constantinople, Damas et le Caire ratta-
chent seules cet ouvrage à l'objet de nos études.
VI. DOM SuiTBERT BÂUMER, bénédictin de l'abbaye de Beuron. Histoire
du bréviaire, traduction française mise au courant des derniers travaux
sur la question par Dom Réginald Biron, bénédictin de l'abbaye de Farn-
borough. 2 vol. in-8°, viii-440 et 532 p.; Letouzey et Ané, Paris, 1905.
L'ouvrage de Dom Baumer, publié en Allemagne en 1895, a déjà pu pro-
fiter des leçons des critiques et du temps, d'ailleurs, comme l'écrit le tra-
ducteur (p. vu), « l'œuvre de Dom B. est si complète et si sérieuse qu'il
n'est guère possible de la refaire pour le moment sans tomber presque
inévitablement dans la contrefaçon ». 11 ne restait donc, comme l'a fait le
traducteur, qu'à y apporter diverses améliorations de détail. L'ouvrage,
qui est en somme l'histoire de la prière publique dans l'Eglise, est divisé
en trois livres. I. Période des Pères, formation du psautier de la semaine
et de l'office du temps, p. 45-281.- On y trouve relevées toutes les mentions
de prières publiques durant la période apostolique et chez les Pères de
l'Église grecque et de l'Église latine et un aperçu sur le développement
des fêtes chrétiennes durant cette période. II. Le Moyen-Age, de saint
Grégoire le Grand au concile de Trente (p. 283-433, 1-149). Le chapitre iv
est tout particulièrement intéressant par l'histoire du développement in-
terne de l'office et de la formation du Bréviaire romain. III. Époque mo-
derne, depuis le concile de Trente jusqu'à nos jours (151-424). L'auteur,
qui avait étudié dans le livre précédent la grande efflorescence des rites,
des liturgies et des bréviaires dans le monde catholique, montre comment,
après bien des réformes, des revisions et des modifications, on en est ar-
rivé à l'usage presque exclusif du bréviaire Romain. L'ouvrage se termine
par cinq appendices et une table analytique des matières des deux vo-
lumes; il semble bien renfermer — et au. delà — tout ce qu'on peut faire
334 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
rentrer sous son titre. — Notons que la préface et la notice biographique
annoncées à la table manquent dans notre exemplaire.
VII. J. Labourt. De Timotheo 1 Neslorianorum pnlriarcJia (728-823) et
Christianorum orienlaUinn condiciune sub Chaliphis AObasiilis. 8", xv-
89 pages; Lecoffre, Paris, 1904.
Cette thèse a eu le mérite d'introduire à la Faculté des lettres de Paris
une foule de noms orientaux qui ont dû s'y trouver bien dépaysés. Heu-
reusement l'auteur, par égard sans doute pour ses examinateurs, ne leur
a pas imposé en plus l'examen de textes syriaques comme M . Amélineau
leur a jadis imposé des textes coptes (J)e historia lansiaca, Paris, 1887).
Après un index des ouvrages de Timotliée, l'auteur résume tout ce que
l'on connaît sur la vie de ce patriarche et la manière dont il gouverna
l'Église nestorienne. Il ajoute un chapitre sur les missions des Nestoriens
et termine en tradviisant 99 canons de Timotliée (sur les ordres ecclésias-
tiques, le mariage et les héritages) dont le texte est conservé dans un ma-
nuscrit de Rome. C'est là une excellente monographie pour vulgariser un
auteur jusqu'ici peu connu. Par exemple, nous ne savons pas au juste
pourquoi les orthodoxes sont appelés Melkites (p. 17), car les Melkites,
d'après leur nom, sont les fidèles de l'empereur de Constantinople et ces
empereurs, du viii* au ix<= siècle, sont loin, d'être orthodoxes (Romains).
Il nous semble donc que les fidèles orthodoxes persécutés par les empe-
reurs avaient peu de chance d'être appelés en Syrie Melkites, c'est-à-dire
Impériaux, mais plutôt Manlaïtes, c'est-à-dire rebelles.
VIII. C. CiiARON, prêtre du rite grec. Les saintes et divines Liturgies
de nos saints Pères Jean Chrysostome, Basile le Grand et Gré-
goire le Grand {Liturgie des Présanclifiés) en usage dans lÉglise grec-
que catholique orientale, traduction française. In-I8 de x-300 pages; Pi-
card, Paris, 1904. — 3 fr. 50.
L'auteur se propose de faire connaître en Occident les anciennes et vé-
nérables liturgies « suivies aujourd'hui par plus de cent millions de chré-
tiens ». Il a fait sa traduction sur les textes publiés à Rome par la Propa-
gande. Il traduit fidèlement « le texte très complet des prières », en déve-
loppant les rubriques (mises en italiques) autant qu'il est nécessaire
pour la parfaite intelligence du texte. La liturgie de saint Jean Chrysos-
tome (p. 1-77) comporte seule au bas des pages quelques courtes notes
pour comparer les rites latin et grec. — Suivent (p. 78-102) les parties
propres de la liturgie de S. Basile qui « ne se dit qu'aux jours suivants .
les dimanches du grand Carême, sauf le dimanche des Rameaux; le
jeudi saint; le samedi saint; la vigile de Noël; le 1"" janvier, la fête de
saint Basile et la vigile de l'Epiphanie ». Cette liturgie, autant que nous
avons pu en juger par un examen rapide, n'a rien de commun avec la U-
Luryie Copie alexandrine dite de saint Basile le Grand, traduite par M^"" Ma-
BIBLIOGRAPHIE. 335
Caire et Dom Paul Renaudin dans BOC, t. IV (1899), pp. 13-43. Nous avons
constaté que cette dernière, hors quelques additions et quelques suppres-
sions, n'est autre que la liturgie traduite du copte en latin par Renaudot,
Liturgiarum Orienlalium colleciio, Paris, 1710, t. I, pp. 1-20.
Le Père Charon donne ensuite (pp. 103-152) la traduction de la liturgie
de saint Grégoire le Grand, ou des Présanctifiés, qui se célèbre pendant le
grand Carême, aux jours de jeune (c'est-à-dire tous les jours, sauf le sa-
medi et le dimanche) et le 25 mars, puis vient la Liturgie Pontificale cé-
lébrée en présence de l'évéque ou bien par l'évèque lui-même, sans ou
avec solennité (pp. 153-198); de la Concélébration (pp. 199-204); prières
pour la communion (pp. 205-237) ; un lexique des termes techniques
(pp. 238-250). Enfin l'auteur a ajouté en caractères latins les réponses
ordinaires de la liturgie en grec puis en slave (pp. 251-282) afin que ces
quelques pages forment comme un manuel du servant de messe.
Ce petit volume non seulement fera connaître ces liturgies mais per-
mettra aussi aux Occidentaux d'assister avec fruit aux offices grecs et
slaves qui n'étaient guère jusqu'ici qu'un objet de curiosité.
IX. Le Père J. Hobeïka, religieux maronite libanais, avec la collaboration
de l'éditeur, son frère, le Père Pierre Hobeïka, curé à Basconta (Liban).
Étymologie arabo-syriaque (sic), mots et locutions syriaques dans
l'idiome vulgaire du Liban et de la Syrie, ln-18 de 100 pages;
chez l'auteur à Basconta (Liban). — 2 francs.
Lorsque deux langues de même souche se succèdent l'une à l'autre, il
est assez difficile, semble-t-il, de découvrir l'influence de la première sur
la seconde, car la plupart des racines sont communes. Le P. Hobeïka énu-
mère près de deux cents mots usités au Liban et en Syrie qu'il rattache
au .syriaque, à commencer par |lqj/ jusqu'à v'^-""- La dépendance paraît
certaine pour des mots techniques comme ^i»QXio (signes du zodiaque) et
pour quelques mots grecs syriacisés, puis passés tels quels dans l'idiome
arabe vulgaire comme )-uiaa (tunique). Dans les autres cas, nous laisse-
rons à de plus compétents le soin de se prononcer. On trouve (p. 70-71)
les étymologies de quelques noms propres d'origine syriaque, signalons
holjxs^aa que l'auteur croit devoir changer aux errata en |.^,..,«.v>;°>-) ce qui
est sans doute inexact, car Caparasima (près de Ptolémaïs en Phénicie)
figure déjà dans le Pré spirituel de Mosclius (ch. lvi). — Enfin le P. Ho-
beïka se met à la disposition des Orientalistes qui voudraient correspondre
avec lui en arabe ou en syriaque.
X. M. B. d'Eyragues. Les Psaumes traduits de l'hébreu avec notes et
commentaires; préface du cardinal Mathieu, ln-12 de lxiv-427 pages;
Lecoffre, Paris, 1904. — 4 francs.
M. Vigouroux, chargé de l'examen de cet ouvrage, a écrit à Son Émi
nence le cardinal Richard ; « Le nouveau traducteur a mis à profit tous
336 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
les progrès de l'exégèse; sa version est exacte en même temps qu'élé-
gante ; elle est claire et limpide et elle permet ainsi de suivre aisément
la pensée et le développement des idéçs de l'auteur sacré. Elle conserve,
de plus, dans la mesure du possible, la forme même des Psaumes, en
marquant le parallélisme, ce trait caractéristique de la poésie hébraïque,
et en distinguant les strophes... M. d'Eyragues place en tête de chaque
Psaume une introduction qui en fait connaître le sujet et l'occasion, lors-
qu'on peut la déterminer, et, au bas des pages, quelques notes indis-
pensables pour expliquer les termes hébreux ou des allusions difficiles à
saisir pour des lecteurs modernes. »
Dans sa préface (pp. iii-xni) — qui se défend d'être une préface — le cardinal
Mathieu, après quelques généralités sur les Psaumes, cite quelques-unes
des heureuses corrections apportées à la Vulgate. Car la Vulgate, comme
l'a écrit M. Vigoureux, n'est pas une traduction de l'hébreu, mais seulement
du grec qui n'était déjà par endroits qu'une traduction infidèle. Saint Jérôme
a dû se borner à retoucher légèrement la traduction sans la refondre afin
de ne pas trop changer les habitudes des nombreux chrétiens qui possé-
daient par cœur l'ancienne version.
L'ouvrage de M. d'Eyragues permettra aussi aux fidèles de mieux com-
prendre les chants liturgiques des Vêpres et des Compiles et de prendre
aux offices une part plus personnelle qu'ils ne pouvaient bien souvent le
faire. Car l'idéal ne nous semble plus être de se borner à écouter des
chants latins ni même d'aller jusqu'à chanter dans une langue inconnue,
il faut en arriver à prendre une part active à toutes les prières comme
cela avait lieu jadis oîi l'on n'avait garde de faire chanter les psaumes en
grec par les Latins ni en hébreu par les Grecs.
SOMMAIRE DES REVUES
\. Analecta Bollandiana. T. XXIV, fascicule 3. — Dom H. Quentin
0. S. B.Passio S. Dioscori. — A. Poncelet. La date de l ■ fêle des SS. Fé-
lix et Régula. — P. Peeters. Historia S. Abramii ex apographo arahico.
— E. HocEDEZ S. J. Lettre de Pierre Ranzano au pape Pie II surle martyre
duR. Antuine de Rivoli. — Bulletin des publications hagiographiques. —
Appendix. A. Poncelet. Catalogus cod. hag. lat. bibl. Rom. praeterquam
Vaticanae. 1. Codices archivi capituli sancti Pétri in Vaticano. — IL Co-
dices archivi capituli sancti lohannis in Laterano.
2. Revue biblique. Juillet 1905. Communications de la commission
pontificale pour les études bibliques. — M.-J. Weiirlé. De la nature du
dogme. — iM. E. CuQ. Le mariage à Rabylone. — V. Scheil. Documents
archiiiques en écriture proto-élamile. — Mélanges, chronique, recensions,
bulletin.
Le Directeur-Gérant
F. ClIAKMETANT.
TYPOGRAPHIE FIRMIN-DIDOT ET C''^. — MESNIL (EURE).
SIVAS
HUIT SIÈCLES D'HISTOIRE <•
% 4. — Les princes empêchent une tentative d'union
religieuse.
L'union et Tabsorption sont choses fort différentes. L'union a
lieu entre choses qui sont distinctes et qui le restent, tandis que
dans l'absorption toute distinction disparait. Matthieu d'Édesse
et en général tous les auteurs arméniens reprochent aux Grecs
de cette époque d'avoir voulu les absorber non seulement comme
nation, mais encore comme Église distincte.
Voici à ce sujet ce que raconte Matthieu d'Édesse (n" 93).
« L'empereur Constantin Ducas, le Patriarche [Jean Xiphilin
dont Lebeau place Télcvation au patriarcat en 1064, alors que
la plupart des historiens la reculent jusqu'en 1066], tout le
clergé et la corporation des eunuques se réunirent dans une
pensée satanique conçue par l'empereur, celle de nous enlever
notre croyance et de nous forcer à adopter la leur. Dans ce but
Ducas manda à Constantinople Adom et Abousahl, princes de
Sébaste. Ceux-ci, qui soupçonnaient les projets impériaux, em-
menèrent avec eux le docteur Jacques Karapnétzi, religieux du
monastère de Sanahin, homme très versé dans la connaissance
de l'Écriture Sainte.
« D'abord ils furent tous fort bien reçus; mais au bout de quel-
ques jours, l'empereur leur ordonna de se laisser baptiser sui-
(1) Voy. 1905, 79, 169, 283.
OKIENT CnRÉTIEN. 22
338 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
vant le rit grec. Les princes s'en excusèrent, prétendant qu'ils
ne pouvaient rien faire sans l'assentiment de Kakig, fils d'A-
chod et ancien roi d'Ani, homme très instruit (1) qui de plus
était leur souverain et leur beau-fils (2). Ils demandèrent donc à
l'empereur de le faire venir, sans quoi, ajoutaient-ils, il nous
fera brûler vifs (3) à notre retour chez nous.
« L'empereur Ducas, redoutant la logique de Kakig, ne voulut
pas y consentir, et il fit commencer la controverse en sa pré-
sence. Le docteur Jacques Karapnétzi souleva de nombreuses
difficultés contre tous les points de la doctrine des Grecs et ne
leur céda un peu que sur la question des deux natures en Jésus-
Christ. Malgré cela, continue l'auteur, Constantin Ducas,
agréant toutes ses conclusions, lui ordonna de rédiger l'acte d'u-
nion entre les deux Églises (4). Son travail reçut l'approbation
impériale et fut placé à Sainte-Sophie. »
Sur ces entrefaites Kakig d'Ani, que les princes de Sébaste
avaient secrètement fait prévenir, arrive « rapide comme l'ai-
jyle » de sa résidence de Kaghonbaghad (Kalon Palatium). L'au-
teur, quelques lignes plus haut, avait écrit que l'empereur re-
doutait la venue de ce prince, mais il ne craint pas de se contre-
dire en affirmant ici qu'elle lui causa le plus grand plaisir.
Kakig, introduit au palais, demande à voir le formulaire
de foi dressé par le docteur arménien. Il en prend connaissance
et, en présence de l'empereur, lacère la pièce dont il jette les
morceaux à terre. « Le docteur Jacques, déclare-t-il, n'est qu'un
moine. Une multitude de moines arméniens refuseraient de
souscrire une pareille déclaration et de s'y conformer. Pour ce
(1) Samuel d'Ani dit de ce prince qu'il avait été élevé dès l'enfance dans la lec-
ture des livres. Pour cet auteur, l'amour que ce prince aurait conservé pour l'é-
tude après son élévation au trône, serait une des causes de la perte de la natio-
nalité arménienne.
(2) Il avait épousé Marie, fille de leur frère David, leur nièce par conséquent.
Il est fort vraisemblable qu'ils en avaient été les tuteurs, peut-être même les pères
adoptifs.
(3) Matthieu d'Édesse représente partout ce prince comme un liomme d'un ca-
ractère extrêmement violent.
(4) M^"^ Somal, dans son « Tableau historique de la littérature arménienne »
(Venise, 1829, p. 75), parle de cet auteur et raconte la chose d'une manière assez
différente. Il ne semble pas avoir consulté directement Matthieu d'Édesse qui
pourtant paraît avoir été le seul à mentionner ces faits, du moins parmi les an-
ciens historiens.
SI VAS. 339
qui me regarde, je la rejette avec tous les docteurs arméniens
qui font autorité. » Il fait ensuite des reproches à Jacques Ka-
rapnétzi, puis termine en disant à Constantin Ducas : « Moi, je
suis souverain, et fils des souverains d'Arménie, tout ce royaume
est sous mes ordres (?). Tout mon pays rendra témoignage que
je suis versé dans la science de l'ancien Testament et du nou-
veau, et proclam.era qu'il me regarde comme l'égal des docteurs.
Aujourd'hui donc je donnerai aux Grecs un exposé de notre
croyance nationale. »
« Il tint parole. Son travail » (qui remplit plus de quinze pa-
ges de la traduction de M. Dulaurier) « remporta tous les suffra-
ges et la bonne harmonie fut rétablie entre tous les Arméniens.
Les brouillons qui tenaient parmi eux les opinions du concile de
Chalcédoine, couverts de confusion, se virent par le fait obligés
de renoncer à leurs bavardages. » Kakig composa encore d'au-
tres traités qui furent eux aussi examinés et hautement approu-
vés par l'empereur comme ne renfermant que des propositions
orthodoxes et la véritable doctrine chrétienne.
Ce récit de Matthieu d'Édesse, si on l'acceptait pour authen-
tique, soulèverait deux questions. D'abord, dans quel but,
dépassant de beaucoup les prétentions ordinaires des légistes
byzantins, fait-il trancher les questions dogmatiques par les
seuls potentats? Ensuite, pourquoi tient-il tant à présenter le
dogme arménien comme sanctionné par l'autorité impériale?
Est-ce que, au commencement du xii" siècle, cette autorité
exerçait encore au point de vue religieux une telle fascination
sur les Arméniens que pour leur faire admettre un dogme on
avait besoin de le présenter comme approuvé par elle? Était-ce
pour fournir une réponse péremptoire dans les controverses
avec les Grecs? Il est bien difficile de le conjecturer.
On a d'ailleurs le droit de mettre en doute l'authenticité du
récit tel qu'il est donné par l'auteur. Non seulement il renferme
des détails invraisemblables, mais peut-on admettre que le
moine Jacques Karapnétzi d'abord, puis le roi Kakig ensuite,
grâce à l'appui de Constantin Ducas, aient imposé à l'Église
grecque des sentiments contraires aux définitions du concile
de Chalcédoine?
On peut toutefois admettre que le récit défiguré par Matthieu
d'Édesse, repose sur un fait historique. M^"" Somal {Tableau
340 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
historique etc., p. 60) cite un prince Kakig auteur de deux
lettres dogmatiques adressées l'une à l'empereur Romain (?),
l'autre au Patriarche grec de Constantinople. Il est vrai qu'il le
fait vivre un siècle plus tôt, ce qui l'amène à l'identifier avec
Kakig P', prince Ardzérouni du A'aspouragan. Cela confirme
ce qui a déjà été remarqué dans une note, que lAF' Soinal n'a pas
eu recours directement au texte de Matthieu d'Édesse.
Ce dernier auteur affirme qu'à la suite de cet accord l'em-
pereur se montra plein de bienveillance pour les princes
Arméniens, les traita fort honorablement et leur fit des présents
considérables ainsi qu'aux principaux personnages de cette
nation. Bien qu'il ne donne pas d'nne manière précise la date
de ces événements, la façon dont il parle « des savants et doc-
teurs grecs réunis en présence de l'empereur », pourrait faire
croire que ce fut à l'occasion du concile tenu à Constantinople,
en 1066.
CHAPITRE VI
FIN DU ROYAUME ARMÉNIEN DE SÉBASTE.
l» Premiers passages de Romain Diogène à Sébaste. . — 2° Les Persans saccagent
(le nouveau Sébaste. — 3" Derniers passages de Romain Diogène. — 4° Les
princes de Sébaste clierchent à venger le meurtre de Kaiiig d'Ani.
§ 1. — Pîxmiiers passages de Romain Diogène à Sébaste.
Les Turcs Seldjoucides, qui n'avaient d'abord été que des
hordes de pillards sanguinaires, s'étaient peu à peu plies à une
certaine discipline. Dans le principe ils n'avaient osé faire que
de courtes incursions sur les terres des vassaux de l'Empire.
Plus tard ils s'en étaient emparés. Puis ils avaient fini par
s'enhardir jusqu'à porter la dévastation dans le pays grec lui-
même. Là, leurs premiers succès avaient augmenté leur audace
encore plus que découragé les troupes impériales.
Chaque gouverneur de province avait sous ses ordres une
armée destinée surtout à lui former une garde et à réprimer
le brigandage local. ]\Iais ces forces, ordinairement peu nom-
breuses et forcément isolées les unes des autres, étaient abso-
lument incapables d'arrêter une invasion et de s'opposer aux
déprédations d'une armée ennemie. Il fallut presque attendre
l'avènement de Romain Diogène pour essayer de le faire.
Proclamé,, le P'' janvier 1068, le nouvel empereur, après
avoir remédié aux vices les plus criants de l'administration
intérieure de l'Empire, partit dès le mois de mars, à la tête
d'une armée improvisée, pour aller arrêter les progrès qu'Alp
Arslan faisait en Syrie. Il s'avançait lentement à travers la
Cappadoce, sa patrie, de façon à n'entrer en campagne qu'a-
près les grosses chaleurs de l'été.
Il approchait de Lycande, lorsqu'il apprend qu'une armée
seldjoucide avait surpris et pillé Néocésarée, dans le Pont. Il
342 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
prend aussitôt la direction du Nord, arrive à Sébaste, y laisse
ses bagages et sa grosse infanterie sous les ordres d'Andronic,
le neveu de son prédécesseur, puis en toute hâte, avec ses
meilleures troupes, il va à travers les montagnes se poster à
Téphrique, — que l'on croit être Divrighi. — Il y attend le
passage de l'armée qui venait de dévaster le Pont et sa capitale.
Il la charge à l'improviste, la disperse, lui fait un grand nombre
de prisonniers, qui sont mis à mort, et lui enlève tout le butin
qu'elle avait fait.
De retour à Sébaste, il donne à ses troupes trois jours de
repos, puis reprend la route de la Syrie, en passant par Gueuse
et Marache.
L'année suivante, 1069, Romain Diogène, dans une nouvelle
campagne, se rend directement de Césarée de Cappadoce à
Mélitène; il y laisse, sous les ordres de Philarète, un fort con-
tingent de troupes destinées à arrêter l'ennemi. L'empereur
avec le reste de son armée gagne l'Akilisène par la vallée de
l'Euphrate. Là, il apprend qu'une armée seldjoucide, culbutant
Philarète, a envahi la Cappadoce. Il se porte au secours de
cette province, traverse Sébaste sans s'y arrêter, apprend à
Cômopolis (1) le pillage d'Iconium et prend d'excellentes dis-
positions pour cerner les envahisseurs, qui ne lui échappent
qu'à grand'peine, à travers la Cilicie, et perdent tout leur
butin.
• Les auteurs arméniens — le manuscrit de Sivas avec eux —
se taisent sur ces deux campagnes. Leur silence est d'autant
plus étrange que les armées impériales parcourent en tous sens
les états attribués aux fils de Sènèkèrim, à Kakig d'Ani et à
Kakig de Kars. L'empereur Romain Diogène en personne passe
trois fois à Sébaste; en 1068, il y laisse même une partie de
son armée. L'année suivante, il suit la voie romaine qui, d'a-
près les Tables de Peutinger, passait à Larissa de Cappadoce,
à 47 milles de Césarée, localité donnée, en 1064, à Kakig de
Kars. Comment se fait-il donc que nulle part il n'ait rencontré
les rois arméniens? Ce silence se comprendrait encore de la
part des auteurs grecs : les rois déchus de l'Arménie n'étaient
plus probablement à leurs yeux que de gros propriétaires
(1) On ne connaît aucune ville de ce nom. II est probable que c'est un nom
commun et qu'il faut traduire : « il apprend dans une bourgade ».
SI VAS. 343
fonciers chez qui l'empereur pouvait prendre l'hospitalité sans
qu'il fût besoin de le consigner dans l'histoire. Mais cette expli-
cation, bonne pour eux, ne vaut rien pour les auteurs armé-
niens.
% 2. — Les Persans saccagent de nouveau Sébaste.
L'empereur, qui avait personnellement dirigé les deux précé-
dentes campagnes, confia à Manuel Comnène la conduite de
celle de 1070. Ce général, qui avait le titre de Curopalate,
concentra ses troupes à Césarée de Cappadoce. Il réussit à faire
régner la discipline parmi ses soldats, ce qui lui valut de rem-
porter d'abord de brillants succès; mais ensuite l'empereur,
jaloux, dit-on, de sa gloire, le priva de ses meilleures troupes
sous prétexte de renforcer l'armée de Syrie.
Ainsi réduit à l'impuissance, Comnène établit son camp aux
environs de Sébaste, menacée par une armée ennemie. Kroudj,
prince de la famille de Togrul bey et prétendant au trône de
Perse, venait en effet de franchir les frontières de l'Arménie et
s'avançait contre la ville, en semant partout la dévastation et
la mort.
Un corps de cavalerie musulmane vint un jour jusqu'à la
porte de son camp insulter le Curopalate. Celui-ci, en faisant
une sortie, ne crut pas manquer à sa résolution de ne rien
hasarder; mais il se laissa emporter trop loin, tomba dans une
embuscade et fut fait prisonnier avec ses deux beaux-frères.
Privés de leurs chefs, les soldats rentrèrent en désordre dans
le camp, qui fut enlevé par l'ennemi. Ce jour-là, sans la proxi-
mité de la ville où les vaincus trouvèrent un refuge, l'armée
grecque était exterminée tout entière.
C'est d'une manière bien différente que le manuscrit de
Si vas raconte les mêmes faits. « Kroudj, dit-il, après s'être ré-
volté contre AlpArslan, s'avança vers les frontières de l'Armé-
nie, où le général grec Manuel Comnène, qui s'était porté à
sa rencontre, fut vaincu et fait prisonnier. Les troupes per-
sanes purent ensuite dévaster tout le pays sans être inquiétées
par personne. Elles pillèrent de nouveau Sébaste et toute la
contrée voisine, où elles firent beaucoup de mal. »
344 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Matthieu d'Édesse est loin d'être aussi explicite sur ce se-
cond pillage de la ville. Il se contente de dire (n° 101) sans
rien préciser : « Le passage de Kroudj fut l'occasion delà ruine
que subit de nouveau notre pays de la part de la race per-
verse des Turcs Seldjoucides. » Le manuscrit s'avance donc
beaucoup en interprétant les mots « notre pays » par « la
ville de Sébaste », rien dans le texte n'autorise à le faire.
11 est plus sûr d'adopter la version des historiens grecs.
Ils assurent qu'après sa victoire sur Manuel Comnène, Kroudj,
méprisant Sébaste et les débris de l'armée grecque qui s'y était
réfugiée, traversa à grandes journées toute la Cappadoce et la
Phrygie pour aller piller la ville ouverte de Colosse, qui alors
était immensément riche.
Cependant Kroudj se laissa persuader par son prisonnier
le curopalate Manuel Comnène, qu'une alliance avec l'empe-
reur lui serait très avantageuse pour réussir dans ses projets
et monter sur le trône de Perse. Kroudj se décida donc à aller à
Constantinople. Il fut le premier Mongol qui parut dans cette
ville où les Byzantins, frappés de son teint et de son aspect si
peu en rapport avec l'idéal qu'ils se faisaient de la beauté,
le désignèrent par le sobriquet de Chrysoskullos » (le jaune
difforme). Les Arméniens, eux, ont transformé son nom de
« Kroudj » en celui de « Gdridj » qui signifie « le coupeur, le
massacreur ».
% 3. — Derniers passages de Romain Diogène
L'empereur Romain Diogène consentit à entrer dans les
vues de Kroudj et, dès le 13 mars 1071, il quitta sa capitale à
la tête d'une nombreuse armée. Il emmenait avec lui le gé-
néral persan et le curopalate Manuel Comnène; mais ce dernier
mourut en Plirygie dès le début de l'expédition.
Matthieu d'Édesse (n° 103) représente l'empereur « rugis-
sant comme un lion ». « Il réunit, dit-il, des forces immenses,
parmi les Goths, les Bulgares, les habitants des îles éloignées (1),
(I) Peut-être les îles de l'Archipel, par opposition aux iles des Princes qui sont
en vue de Constantinople.
sivAS. ~ 345
ceux de la Cappadoce, de la Bithynie, de la Cilicie, d'Antioche,
de Trébizonde, et convoque dans toute l'Arménie les débris des
braves phalanges de ce royaume. Il fait aussi venir des renforts
de chez les barbares (I). A la tête de cette armée aussi nom-
breuse que le sable de la mer, l'empereur, terrible comme un
nuage au sein duquel gronde le tonnerre et qui est chargé de
grêle, s'avance à travers l'Asie Mineure et atteint Sébaste. »
Le manuscrit, qui modifie sur plus d'un point la narration de
Matthieu d'Édesse, dit « qu'en apprenant l'approche de l'em-
pereur, Adom et Abousahl s'empressèrent d'aller à sa rencontre
et lui flrent de grands présents ; mais que leurs ennemis, les
princes grecs restés dans le pays, se plaignirent amèrement
d'eux et de la population arménienne. Ils les accusaient de
leur avoir fait plus de mal que les troupes de Kroudj et
d'avoir excité ce dernier contre eux ». Sur ces accusations et
sans rien examiner, Romain Diogène aurait livré la ville au
pillage. « En douze ans, c'était la troisième fois que Sébaste était
ruinée. Mais enfin les princes et seigneurs tant grecs qu'ar-
méniens qui étaient à la suite de l'empereur — Matthieu d'É-
desse cite entre autres Kakig d'Ani (2) et Kroudj — finirent par
obtenir grâce pour la ville. »
.« Néanmoins Adom et son frère Abousahl furent détrônés. »
Matthieu d'Édesse dit simplement que l'empereur les chassa
de sa présence en les menaçant de les faire grecs ainsi que tous
les Arméniens à son retour de Perse. Les moines arméniens,
avertis des menaces impériales, proférèrent contre leur auteur
de terribles imprécations et firent des vœux pour qu'il ne
revînt pas de cette guerre. « Seigneur, disaient-ils dans leurs
prières, faites qu'il périsse comme l'infâme Julien, maudit par
saint Basile. »
Les auteurs grecs n'ont soupçonné ni la présence des fils de
Sènèkèrim à Sébaste, ni rien de ce qui aurait été fait contre
ces princes et leurs sujets. D'après leur récit, le séjour de
l'armée à Sébaste ne fut marqué que par un conseil de guerre
(!) L'auteur désigne ainsi les troupes franques qu'il ne peut passer complète-
ment sous silence.
(2) On peut s'étonner de trouver ici (n" 103) parmi les princes de la suite im-
périale ce Kakig que le môme auteur a représenté (n" 94J comme s'étant révolté
et livré, cinq ans plus tôt, à toute une série de crimes abominaliles.
346 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
OÙ les officiers les plus expérimentés firent remarquer « que Ton
ne pouvait sans péril s'engager dans les montagnes de l'Ar-
ménie et de la Médie pour courir au-devant de l'ennemi; qu'il
valait mieux l'attirer en deçà du Tigre, mettre en état de
défense les villes d'alentour et dévaster les campagnes pour lui
ôter les moyens de subsister; que le meilleur parti à prendre
serait de rester à Sébaste, que cependant, si l'empereur voulait
aller plus loin, on pourrait pousser jusqu'à Théodosiopolis
(Erzeroum), place qui avait été fortifiée et pourvue de muni-
tions depuis la perte d'Ardzè (1) ». Mais les courtisans qui con-
naissaient l'orgueil de l'empereur et l'impétuosité de son ca-
ractère, furent d'un avis différent et n'eurent pas de peine à le
faire prévaloir.
Le manuscrit de Sivas raconte l'expédition de l'empereur,
en abrégeant considérablement le récit de Matthieu d'Édesse.
Toutefois, ce qui est singulier, il ne fait aucune mention du re-
tour par Sébaste de Romain Diogène. C'est cependant dans cette
ville que Matthieu d'Édesse prétend qu'il apprit la nouvelle de
sa déchéance et qu'il aurait été abandonné par son armée. Cette
omission du manuscrit est d'autant plus étrange que son com-
pilateur, poète à ses heures, aurait pu tirer un excellent parti
de cette circonstance pour dramatiser la fin de sa narration. Il la
termine par ces mots : « De même que l'immonde Julien est mort
misérablement en Perse, frappé par saint Mercure, ainsi Romain
Diogène échoua dans son entreprise contre la Perse et mourut
dans la plus extrême misère, après avoir menacé notre nation
et l'avoir traitée avec la dernière rigueur. »
Ce récit est tout différent de celui des auteurs grecs contem-
porains, qui paraissent mieux renseignés et plus exacts. D'abord
Romain Diogène n'avait plus d'armée. Alp Arslan lui avait
bien remis tous les prisonniers dont il avait demandé nom-
mément la délivrance : mais cela constituait si peu une armée
que le Sultan crut devoir lui donner une escorte pour sa sû-
reté. Ensuite l'empereur qui devait avoir la plus grande hâte
de regagner sa capitale, ne dut pas prendre sa route par Sé-
baste, mais par la voie la plus courte, celle indiquée par les
historiens grecs : Erzeroum, Colonea, Amasia. C'est avant
(1) Ce texte rend improbable l'identificatiou d'Ardzè avec Erzeroum, adoptée
cependant par Saint-Martin (;l/e/«oires sur V Arménie, t. I, p. 68).
SI VAS. 347
d'arriver à cette ville que, apprenant qu'on vient de lui
donner un successeur, il lève de l'argent et des hommes.
Il entre à Amasia à la tête d'une armée; mais, peu après,
vaincu par le prince Constantin, il est obligé de chercher
un refuge dans la forteresse de Tyropée (1). Le fidèle Kha-
tchadour, gouverneur d'Antioche, vint l'y réjoindre ; il le con-
duisit en Cilicie, où il lui procura le moyen de lever une nou-
velle armée. Cependant, après avoir été vaincu encore une
fois, Romain Diogène renonça définitivement à la lutte et fit
sa soumission.
^4. — Les princes de Sébaste cherchent à venger
le meurtre de Kakig d'Ani.
David, fils cadet de Kakig, ancien roi d'Ani, avait épousé une
fille d'Abelgharib, prince arménien de la famille des Ardze-
rouni, à qui Michel Parapinace avait confié, en 1072, le gouver-
nement de Tarse. La brouille s'étant mise entre le beau-père
et son gendre, Abelgharib fit arrêter David et le fit enfermer au
château dePapéron (Babaron) (2). Matthieu d'Édesse, qui paraît
ignorer les liens de parenté qui unissaient les deux familles, dit
(n° 119) que Kakig était allé, sur l'invitation d'Abelgharib, lui
faire une visite d'amitié et qu'un motif quelconque détruisit la
bonne entente qui régnait entre eux.
Samuel d'Ani semble plus au courant. « Kakig, dit-il, appre-
nant la captivité de son fils, se rend à Tarse auprès de son pa-
rent, lien obtient sa mise en liberté; mais, peu satisfait de ce
résultat, ce prince violent et vindicatif est représenté par Mat-
thieu d'Édesse « rugissant comme un lion et s'emparant des
(1) Si clans la transcription on a respocté l'orthographe grecque de ce mot, il
paraît signifier « fabrication de fromages ». Or une légende locale parle d'une
forteresse située au sommet d'une montagne d'où un conduit souterrain ame-
nait le lait des troupeaux à un village bâti dans la plaine. La légende n'a peut-
être d'autre fondement que l'interprétation du mot grec. Elle se raconte aussi
bien dans la plaine de Marsivan, que dans celle d'Artova et aux environs de Cé-
saréede Cappadoce : comme s'il y avait eu plusieurs Tyropée.
(2) On a indiqué cette forteresse en même temps « dans le voisinage de Mop-
sueste et non loin de Lampron •• sans remarquer que Mopsueste (Missis) est à
6 h. à l'Est d'Adana, et Lampron, à vol d'oiseau, à plus du double de distance
au Xord-Ouest de la mémo ville.
348 • REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
<f principaux du pays qu'il emmène chargés de fer ». Il aurait
été accompagné d'une troupe d'un millier dliommes, au mo-
ment où il débouche dans la plaine d'Ardzias ou Ardzèn. L'édi-
tion de Samuel d'Ani, imprimée en 1818 par Zohrab et Mai, place
cette localité en Phrygie, ce qui est une erreur. La phonétique
semble indiquer TArgée et par conséquent la plaine au sud de
cette montagne. Cela n'est pourtant pas certain; car pour ren-
trer dans ses possessions, à proximité de Mélitène, il n'était
pas obligé de suivre cette route.
11 y avait là une forteresse appartenant aux trois fils de Pan-
taléon (Mandalè). Matthieu d'Édesse appelle ce château Guizis-
dara(l) et affirme qu'arrivé dans ces parages, Kakig, sans ren-
voyer sa troupe, s'en sépara et se rendit à la forteresse avec trois
personnes, dont Roupen, son parent, celui qui devait fonder en
Cilicie la dynastie des Roupéniens. A leur arrivée, les trois fils
de Pantaléon sortirent à leur rencontre et les saluèrent en se
prosternant. Kakig les invita à l'embrasser. Eux, le saisissent
alors et le jettent à bas de sa monture, à ce moment arrive une
troupe de gens qu'ils avaient apostée : elle s'empare du roi
et l'entraîne dans la forteresse. Les compagnons de Kakig
effrayés prennent la fuite et les mille hommes qui formaient
sa suite se dispersent.
Samuel d'Ani raconte tout autrement ce fait. Après avoir
dit qu'à son retour de Tarse, Kakig d'Ani fut pris et étranglé
par des Grecs, il ajoute : « D'autres rapportent qu'étant à la
chasse, les fils de Pantaléon le surprirent durant son sommeil
et que, l'ayant conduit dans leur forteresse, ils l'y massacrè-
rent. » Stépan Orbélian, évêque de Siouni, mort en 1287, dit
qu'il fut étranglé par un pope grec.
A quelle date faut-il placer ces événements? On les place
ordinairement en 1080, parce que Matthieu d'Édesse en met
(1) Ce mot, que d'autres écrivent Kizystra, pourrait signifier « mont qui brûle ».
M. Saint-JIartin y a vu la corruption du mot Cybistra, sans peut-être remarquer
que cette antique cité, qui vit son évèché devenir archevêché au .\ni'= siècle,
devait être plus que la simple forteresse dont parle Matthieu d'Édesse. Les
auteurs arméniens en ont fait ailleurs Guentros-goï. Samuel d'Ani écrit Can-
drouscor, ces deux dernières appellations signifieraient •• village ou localité
centrale, principale ■>. Matthieu d'Édesse, qui en parle de nouveau (n" 207),
l'appelle Gentrosgavis, ce qui n'est fort probablement qu'une autre manière
d'altérer ce mot.
SI VAS. 349
le récit entre ceux qui se rapportent aux années 1079' et 1081.
C'est bien là un indice; mais il ne vaut pas une affirmation,
encore moins une preuve. Kiragos, auteur du xiii'' siècle, donne la
même date; mais Samuel d'Ani affirme que c'est en 525 de l'ère
arménienne (2 mars 1076 — P'mars 1077), queKakig d'Ani se
rendit auprès d'Abelgharib pour réclamer la mise en liberté de
son fils. Ce qui reporterait à cette époque la date de sa mort.
S'il faut en croire Matthieu d'Édesse(n° 119), au bout de huit
jours, Kakig de Kars (que Samuel d'Ani fait mourir dès 1068),
les princes de Sébaste, Adom et Abousahl, ainsi que d'autres
princes arméniens, vinrent avec leurs troupes faire le siège de
la forteresse où Kakig d'Ani était retenu prisonnier. Ce ne serait
qu'alors et seulement sur l'avis de Philarète Bracham (1) que
l'ancien roi d'Ani aurait été mis à mort, et son cadavre ex-
posé toute une journée sur les remparts. Les assiégeants per-
dant l'espoir de sauver Kakig et ne pensant pas pouvoir forcer
la place et le venger, se retirèrent chacun dans ses domaines.
Les Grecs enterrèrent alors, hors de leur forteresse, le cadavre
du roi, qui dans la suite fut transféré au monastère de Bizou.
Quant à la mort des autres princes arméniens, on n'en connaît
avec certitude aucune des circonstances M. Ed. Dulaurier, dans
ses notes à Matthieu d'Édesse (p. 375), rapporte Topinion d'après
laquelle Adom et Abousahl auraient été tués par des Grecs,
sous le règne de Nicéphore Botoniate (1078-81) qui aurait réuni
leurs possessions à l'Empire; M. Brosset [Histoire de Siouni,
p. 173) dit qu'ils s'éteignirent sans bruit à Sébaste.
Leur décès à tous, comme le siège de Guizisdara, sont mar-
qués en 1080, date approximative, qui doit plutôt être considérée
comme la dernière limite jusqu'où l'on puisse retarder ces
événements.
Plus d'un lecteur eût sans doute préféré trouver dans ce
travail moins de discussions et plus de conclusions. La lecture
en aurait été plus attrayante; mais cela était-il possible, sans
transformer en roman l'histoire du royaume arménien de Sé-
baste?
Constantinople.
D. M. Girard.
(1) Ce personnage cherchait alors à se créer une principauté.
TRAITÉS LITURGIQUES
DE SAINT MAXIME ET DE SAINT GERMAIN
TRADUITS
Par ANASTASE le bibliothécaire
Fin (1)
XVIII. Lora inlateribus tunicae ad similitudinem sanguinis
sunt, qui fluxit ex latere Christi in cruce.
XVIIII. SupercoIIare est faciale, quod ducebatur Christus ad
pontificem collo uinctus et tractus ante se in passione sua
5 pergens.
fol. 33 v XX. Superiuimerale est secundum i stolam Aaron, quod et
sacerdotes ueterislegis ferebant sudariis longis sinistro liumero
imponentes. Uel iterum superhumeraleepiscopi, cum ex lana
sit et non lino, ouis pellem significat, quam, cum errasset, do-
10 minus inuentam super iiumeros eleuauit.
XXI. Monaciiicum schéma est ad imitationem eremi ciuis et
baptistae loannis, quia erat uestimentum eius de pilis cameli
et zona peUicea circa lunibos eius; deinde et ob lugubrem et
tristem et moestum et labolriosum et mitem et liumilem morem
15 eorura, qui monasticam uitam arripiunt : omnes enim qui
lugent nigris circumamiciuntur expectantes percipere stolam
candidam et diuinam caelestis ciaritatis et consolationis in
Christo lesu domino nostro.
XXII. Tondent autem ex toto caput ad imitationem sancti
(1) Voy. 1905, 289.
2, cruce : cf. loan., xix, 34. — 4, in collo P. — 6, Aaron : cf. Exod., xxviii, 4. —
8, UpI iterum : en rouge C. — 10, eleuauit : cf. Luc, xv, 4, 5. — 11 scema P. —
11, heremi CF. — 12, lohannis C; P avait d'abord écrit loannas corrigé après
coup en loannis; eius : Mat., ni, 4. — 14, mestum CP. — 16, opperientes C, ope-
rientes P, expectantes en marge C. ^ 19, toncUint C P; caput | ad : fol. 51 v° P.
fol. 34
TRAITÉS LITURGIQUES. 351
apostoli lacobi fratris domini sanctique Pauli aeque apostoli ac
reliquorum.
XXIII. Porro amictus sunt secunduiu amictus et uestimenta,
quae portabant sacratissimi apostoli.
XXIIII. CucLiUae uero sunt secundum I apostolum, quidicit : f«''^'»v"
mihi mundus crucifixus est et ego mundo, propter qiiod et
purpureis et albis lorulis et cruciculis adornantur propter san-
guinem, qui de latere domini fluxit simul etaqua, significantes
per pallioli dimissam expansionem pennatam angelorum imi-
tationem, unde et angelicum schéma dicitur. lo
XXV. Sane analabus significat eum, qui suscipit crucem et
fide adornatus conualescit circumferens scutum fidei, in quo
possit omuia tela nequissimi I ignita extiiiguere et galeam salu- foi. 35
taris assumere, quod est uerbum Dei.
XXVI. Praetcreazonacingitur, quiamortificationem corporis 15
et pudicitiam circumfert, circumcinctus scilicet lumbos sucs
uirtute ueritatis.
XXVII. Ceterum sandalia ascendere illum uiam salutis osten-
dunt, quo terribilis aduersariis fiat et fortis hostibus calceatus
pedes in praeparationem euangelii pacis. 20
XXVIII. Panis propositionis, id est qui comminuitur, signifi-
cat I abundantiam diuitiarum gratiae Dei, quia filius Dei homo fol. 35 v»
factus est et seipsum proposuit et obtulit sacrificium et oblatio-
nem, id est corpus suum et redemptionem et expiationem pro
mundi uita, suscipiens quidera totam massam humanae naturae 25
absque peccato, oblatus autem tanquam primitiae et praeci-
puum holocaustum Deo et patripro humano génère, utipse ait :
ego sum panis quide caelo descendi, et, qui manducat hune
panem uiuet in aefernwn. De quo Hieremias propheta dicit :
uenite et mit\tamus lignum in panem ezws, ostendens lignum ^^\^^
crucis in corpore fixum.
3, sunt : om. \\ — 6, mundo .••Galat., vi, 14. — 8, latere de domini P ; aqua :
loan., xix, 34. —9, palioli... expassionem C. — 10, scaema P.— I sanae P;
analabus : P avait d'abord t'cn7 analibus; en marge C : qui e.\' filis est contex-
tus, quae in modum crucis ante pectus supra cucuUam portantur. — 13, possitis
P, avec un s surajoute. —18, scandalia P. —19, adversariis : d surajouté C; fiet : P
avait d' abord écrit WaX ; calciatusCP, avec \ surajouté C. — 20, praeparatione P.
22, habundantiam P; filius | Dei : fol.52P.— 23,optulit CP.— 28, descendi : loan.,
VI, 50. — 29, acternum : ibid., 57. — 30, eius : lercm., xi, 19.
352 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
XXVIIII. Quia et in lancea inciditur, significat illud, quod
scriptum est : ut ouis ad occisionem ductus est et sicut agniis
coram tondente se sine uoce.
XXX. Panis rursus et calix est proprie ac ueraciter ad imi-
^ tationem mysticae illiiis mensae, in qua Christus, accepte pane
et calice, dixit : accipite, comedite et bibite omnes, hoc est
corpus meuin et sanguis meus, ostendens quod communica-
ioi.3f;v° tores nos fecerit morjtis et resurrectionis et claritatis siiae.
XXXI. Uinum uero et aqua sunt sanguis et aqua, quae de
^^ latere ipsius egressa sunt, sicut propheta dicit : panis ei da-
bitut^ et aqua eius fidelis. Pro lancea enim quae pupugit
Cliristum in cruce est etiam haec lancea. Quo circa suscipiens
sacerdos in disco a diacono uel subdiacono oblationem sumens-
que lanceam et purgans eam deindeque in speciem crucis de-
^■^ signans eam dicit : tanquam ouis ad occisionem ductus est et
fol. 37 sicut agnus coram tondente se sine uoce. Quo dicto positaque
iam oblatione in disco sancto, digito extenso super eam, Iianc
demonstrans affatur : sic non aperuit os suicm, in huniilitate
ipsius iudiciuni eius sublatum est, genenationem auteni eius
"^^ guis enarrabit P quia. toUetur a terra uita eius. Et ideo post-
quam hoc dicit, accepte sancto calice, fundente in euni diacono
uinum et aquam, iterum dicit sacerdos : exiuit de latere lesu
sanguis et aqua, et qui uidit testimonium perhibuit et uerum
fol. 37 v I est testimonium eius. Deinde post hoc, posito sancto calice in
25 diuina mensa, digito ostendit intendens in occisum agnum per
panem et in effusum sanguinem per uinum, iterum dicens, quia
très sunt qui testimonium dant, spiritus, aqua et sanguis, et
très unum sunt, nunc et semper et in saecula saeculorum.
Dehinc accipiens turibulum et adolens incensum facit orationem
30 propositionis.
XXXII. Antiphonae sanctae missae uaticinia sunt propheta-
foi. 38 rum, quae praenuntiarunt aduentum filii Dei ex uirgine super
2, Is., LUI, 7. — 4, propriae P. — 5, imitatione mystice P. — 7, meus : Mat.,
.vxvi, 27, 28. — 9, aquam P ; sunt : cf. loan., xix, 34. — 11, fidelis : Is., xxxiii, 16;
pupugi C ; est | etiam : fol. 52 v° P. — 14, purgans : pugnans P. — 16, uoce :
Is., Lui, 7; quo dicto : en marge C : nota decentom ordincm sacrificii quod per
oblationem panis eflicitur in propositione. — 20, eius : Is., un, 7,8; postquam :
t surajouté C; hoc dicit C : occidit P. — 22, exiuit : t surajouté C. — 24, eius :
loan., XIX, 34, 35. — 27-28 très... sunt, I loan., v, 7; sunt : om. P. — 32, uir-
gine I super : fol. 53 P.
TRAITÉS LITURGIQUES. 353
terram futurum, ut illud : Deus noster in terris uisus est et
cum homimbiis conuersatus est, et : décorent induit, incarna-
tionem uidelicet eius denuntiantes, quam nos recipientes et
cognoscentes per ministros et inspectores quondam uerbi et
apostolos dicimus : unigenitus fllius et uerbuni Dei inimorta- 5
lis existens et dignatiis propter satuteni nostrani, et cetera.
XXXIII. Iiitroitus uero euangelii significat praesentiam et
ingressLim filii Dei in mundum, ut ait apostolus, | quia c;^/>i foi. ssv
introducit liaud dubiiun quin Deus et pater prinwgenitum in
orbem terrarum dicit : et adorent eum omnes angeli Dei. 10
Deindeque ostendit pontifex per stolam suam carnis Christi
stolam rubram atque sanguinolentam, qua uestitus est is qui
immaterialis est, distinctam quasi purpuram de inteineratis
semper uirginis Dei genetricis sanguinibus et resumpsit ouem
quae errauerat in montibus et antiquam pellem conspersionis is
Adae pastor magnus ouium, qui rejgit nouum Israël in uirga f»'- =^9
crucis suae : cunabulis quidem inuolutus et positus non iam in
praesepio irrationabilium animalium, sed in mensa rationabi-
lium liominum, quemlaudaueruntangelorum militiae dicentes :
gloria in excelsis Deo et in terra pax honiinibus bonae uo- ^o
luntatis, et : otnitis terra adorent eum , et, omnibus audien-
tibus : ueniie, adoreinus et procidanius ei; saluos nos fac,
fili Dei, et praidicamus aduentum eius qui apparuit nobis in j foi.sov»
gratia lesu Christi domini nostri.
XXXIIII. Trisagius hymnus est ita : ibi quidem angeli dixe- 25
runt : gloria in excelsis Deo, hic uero sicut magi munera nos
offerentes Christo fidem, spem et caritatem tanquam aurum et
tus et myrrham incorporalium angelorum canticum clamemus
fideliter : sanctus Deus, id est pater : sanctus fortis, filius et uer-
bum, pro eo quod diabolum, qui aduersus nos fortis habebatur, 3o
alligans destruxit per crucem, qui habebat mortis imperium et
1, Deus... est : Bar., m, 37. —2, induit : Ps. xcii, '1. — 5, unigenitus : en
marge G : haoc pars antiphonae est a Justiniano imperatore inecclesia traditae.
Cf. Tliéophane, Chronogr., ad an. 6028; on sait qu'Anastase a traduit cet ou-
vrage. — 6, ceteram P; texte complet dan<i Bkightman, op. cit., p. 365. — 10, et
om. C;Dei : Hebr., i, 6; cf. Ps. .xcvi, 7. — 18, inrationabilium P. — 20-21, uolun-
tatis : Luc, H, 14; terra | adorent : fol. 53 V P. — 21, eum : Ps. lxv, 4. — 22,
ei : Ps xciv, 6. — 23, Dei : Brightman, op. cit., p. 365. — 25, hymnus : h sura-
jouté 6. — 26, Deo : Luc, u, 14. — 28, thus P; myrram OP.— 29, sanctus
Deus... sanctus fortis : Brightman, op. cit., p. 35. — 31, alligans... habebat :
renvoyé dans C au bas de la page; le copiste avait d'abord omis ces mots.
OKIENT cnRÉTn-.iN. 23
' 354 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
uictoriam nobis dédit super eiiin calcandi; sanctus immortalis,
fol. 40 I spiritus sanctus, qui uiuificat, per quem omnis spiritus et
creatura uiuificatur et permanet et exclamât : miserere nostri.
XXXV. Exclamare autem unum de cantoribus ab ambone
5 attendentem ad altare : gloria, dicturum post triplicationem
trisagii atque dicturum : benedicite, domine; gloria, pluraliter
et singulariter, aut : benedic, domne; gloria, singuiariter, si-
gnificat hanc trium personarum unam diuinitatem, ut ex per-
foi. ^ov" sona totius ecclesiae deprecari, quod | benedicatur ab ea, qua-
10 tenus quantum sibi possibile est, cum et ipsa homo sit, digna
efficiatur cum incorporabilibus diuinis uirtutibus cherubicum et
trisagion hyronum ipsi sanctae canere trinitati; etenim in eo
quod dixit : benedicite, très subsistentias patris et filii et spi-
ritus sancti significavit, per id uero quod additur : domne,
15 unam naturam diuinitatis expressit.
XXXVI. Porro ascendere pontificem ad consessorium et si^
fol. 41 gnare populum est, quia filius Dei adimpJeturus pro nobis |
secundum carnem dispensationem, eleuatis manibus, benedixit
sanctis discipulis suis dicens illis : paceni relinquo uobis, de-
20 monslrans, quod eandem pacem Christus [etj benedictionem
dederit mundo per apostolos suos.
XXXVII. Id sane quod a populo respondetur : cum spirihc
tuo, signiticat hoc, quia pacem quidem praestitisti, domine,
alternam concordiam, pacem uero da nobis iiidiuiduam ad te
^^''2^^ ^^ unionem, ut spiritu tuo pacem habentes, quod no'.bis in prin-
cipio conditionis imposuisti a caritate tua simus inseparabi-les.
XXXVIII. Sedere est, quia filius Dei carnem, qua uestitus
est et ouem, quam suscepit super humeros, per quod signifi-
catur superhumerale quodque est Adami ea massa, sustulit
30 supra omncm principatum et potestatem et dominationem su-
1, sanctus : om. P. — 4, ammone C; gloria = ô6|a, premier mot de la pelUe
doxologie qui suit la triple répétition du trisagion, cf. EùxoXôyiov, ibid. — 6-7, be-
nedicite (bonedic), domne = EÙXÔYriaov, oianoxct, formule liturgique bien connue, mais
qui n'est plus employée à cette place. — 8, hiiuc P. — 9, quatinus C P. — II, uirtu-
I tibus : fol. 51 P. — 14, significauit : om. C. — 16, consesorium P. — 17, adim-
pleturos P ; nobis: loan., xiv, 27. — 20, et om. C P. — 22-23, /es anciens euchologes
placent, entre le trisagion et l'épitre, la formule de bénédiction eîf>-/ivyj -jràai et la
réponse du peuple xal 1(0 :;v£Û(iaTt ffou; les simples prêtres ne pratiquent plus ce
rite, conservé dans l'Église russe; quant aux évêques, ils bénissent avec les deux
candélabres â deux et trois branches en disant Ps. lxxix, 15. — 26, condicionis
P; inseparabiles : cf. Rom., viii, 39. —28, humeros : cf. Luc, xv, 5.
TRAITÉS LITURGIQUES. 355
periorum uirtutum et obtulit eam Deo et patri : quoniam alte-
rum quidem deificauit, altei'um uero deificatuoi est, id est
assuinptio quam propter | dignitatem offerentis et ob mimdi- foi. 4i
tiaiii eius qui oblatiis est suscepit Deus et pater ut sacrificium
et oblationem beneplacentem pro humano génère. Hinc est ^
iliud : dixit dominas domino meo, id est pater filio, sede a
dextîHs meis, qui et sedit in dextra sedis maiestatis in excel-
sis; liic est lesus Nazaracus et pontifex futurorum bonorum.
XXXVIIII. Responsorium rursus indicat prophetarum uati-
cinium et praenuntiationem praesentiae régis Christi ac siini- lo
liter praelcurrentes atque clamantes : qui sedes super clieru- foi. 42 v»
bim, appare et ueni, utsaluos facias nos, et : Deus sedet supra
sedem sanctam suam.
XL. Apostolus et inspecter atque minister Cliristi clamât
praedicans regnum eius et dicit : Christus aduenit pontifex ^^
futurorum bonorum, quem et habentes pontiftcem inagnum,
qui penetrauit caelos, teneamus confessionem eius. Cum
quo clamât et loannes baptista : qui post me uenit est agnus
Dei, qui tollit peccatum mundi, ipse nos sanctifica\uit in foi- ''3
spiritu sancto et igné et médius uestri steiit. 20
XLI. Alléluia clamât Dauid et dicit : Deus noster manife-
stus ueniet et ignis in conspectu eius ardebit, et : illuxerunt
coruscationes tuae orbi terrae. Hebraica enim lingua al est
uenit uel apparuit, hel uero Deus, uia autem laudate, hymnizate
uere existentem Deum. 25
XLII. Etenim statim thymiamaterium subostendit humani-
tateni Christi, ignis diuinitatem et odorifer fumus praenuntiat
sancti spiritus suauitatem odoris | praecedentem : thymia- foi.43 v"
materium enim interpretatur suauissima laetitia. Uel rursus
uentriculus turibuli intellegendus est utérus uirginis, qui diui- 3û
num portauit carbonem, uidelicet Christum, in quo habitat om-
nis plenitudo diuinitatis corporaliter : unde et odorem sua-
I, optulit C P. — 3, assumptio | quam : fol. 51 v P. —7, meis : Ps. cix, 1. —7-8,
excelsis : Hebr., i, 3; Nazarcus C. — 8, bonorum : Hebr., ix, 11. — 10, et : om.
P; similiter C P. — 12, nos : Ps. lxxix, 1, 2. — 13, suam : ibid., xlvi, 8. — IG,
bonorum : Hebr., ix, 11; pontifexem P. — 17, eius : Hebr., iv, 14; lohannes
C. — 20, stetit : cf. Mat., m, 11; Marc, i, 8; Luc, m, 16; loan., i, 26. — 22,
ardebit : Ps. xlix, 3. —23, terrae : ibid., lxxvi, 18; hebraicae P. — 25, existen-
tem I Deum : fol. 55 P. — 26, en marge C : nota très solutiones turibuli; timia-
Iherium P. — 28, timiatherium P. —31, carbonem : Is., vi, 6. — 32, corporaliter :
Col., Il, 9.
356 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
uitatis ex se reddit odore bono replens uniuersa. Uel iteriim
uentriculus turibuli iiidicat lauacrum sacri baptismatis in car-
bone ignis diuini cooperationem sanoti spiritus suauissimam
loi. 44 jiuinae | gratiae adoptionem per fidem in se admittens et a se
^ odorem bonum diffundens.
XLIII. Sanctura euangeKum est praesentia filii Dei, secun-
(lum quain uisus est nobis non iam per nubes et aenigmata
loquens nobis ut quondam Moysi per uoces et coriiscationes in
sonitu et turbine et igné supra montem, uel sicut priscis pro-
10 plietis per somnia, sed manifeste ut liomo uerus apparuit et
uisus est nobis, mansuetus et quietus rex, qui et sine strepitu
loi. 44 v'^ sicut pluuia descen^dit in uellus, et uidimus gloriam eius
gloriam quasi unigeniti a paire pleni gratiae et ueritatis, per
quein locutus est nobis Deus et pater os ad os et non per aenig-
15 mata, de quo pater testatur et dicit : hic est filins meus dilec-
tiis, sapientia et uerbum et uirtus, qui in prophetis quidem
praedicatus est nobis, in euan^eliis uero manifestatur, ut quot-
quot receperint eum et crediderint in nomine ipsius accipiant-
fol. 45 potestatem filios Dei fieri, et quia audiuimus et uidimus
20
oculis nostris sapientiam et uerbum hune esse, omnes clama-
raus : gloria tibi, domine. Deinde rursus spiritus sanctus cla-
mât; qui in nube lucidaobumbrabat, nunc perhominem cla-
mât : ipsiim audite.
XLIIII. Quattuor uero sunt euangelia, quoniam quattuor sunt
25 uniuersales spiritus, secundum quadriformia animalia, in qui-
bus sedet omnium Deus et ex quibus apparet quia, qui sedet.
super cherubim Deus et continet omnia manifestatus quadri-
foi.45v«' forme nobis | dédit euangelium in uno tamen spiritu copula-
tum. Etenim quattuor facierum sunt et faciès eorum unam
30 imaginantur operationem fil ii Dei, siquidem primum simile
leonis efficaciam eius et principale ac regale characterizans;
secundum uero simile uituli sacram operationem et hieraticum
ordinem manifestans; tertium autem habens faciem hominis
9, ignem C. — 11, rex : cf. Mat., xxi, 5. — 12, uellus : cf. Ps. lxxi, 6. —
13, ueritatis : loan., i, 14. — 14-15, aenigmata, | de : fol. 55 v° P. — 15, dilectus :
Mat., III, 17; Luc, i.x, 35. — 16, qui : quae P; in : i surajouté C. — 19, fiori : loan.,
I, 12. — 21, domine : Eij-/oX6yiov, p. 51. — 23, audite : Luc, ix, 35. — 26, Deus :
cf. Ezech., 1,5 seq. — 29, unam : om. P. — 30, filii : fii C. — 31, ac : hac P ;
characterizans : characturizans C P.
TRAITÉS LITURGIQUES. 357
praesentiam eius secundum hominem euidenterdescribit; pnrro
quartum simile aquilae uolantis sancti spiritus pedibiis | uo- foi. /,6
lanteia praedicationem edisserens. Et euangelia conformia sunt
his, in quibus residet Christus. Denique euangelium secundum
loannem principalem eius a pâtre et actualem ac gloriosam s
natiuitatem enarrat dicens : in principio erat uerbum. Secun-
dum Lucam uero utpote sacerdotalis characteris existens a
Zacharia summo sacerdote, qui ponebat incensum, incipit.
Matthaeus aut'îm generationem eius secundum hominem refert
dicens : liber generationis ; | liominis ergo formam habet *^°^-^^^'^"
euangelium istud. Porro Marcus a prophetico spiritu de exceiso
properante hominibus initium fecit dicens : initium euangelii
lesu Chn'sti, sicut scriptum est in prophefis : ecce mitto ego
angeluni metim ante faciem tuam, pennatam euangelii per
liaec ostendens imaginem. ' i^
XLV. Quod summus sacerdos populum signât, uenturum
Christi secundum demonstrat aduentum, in sex millésime
quingentesimo anno futurum, per computuin digitorum osten-
dens I sex millenarium quingentenarium numerum. M 47
XLVI. Catechuineni exeunt tanquam diuino minus imbuti 20
baptismate Cliristique mysteriis, de quibus dominus dicit,
quia eé alias oues haheo et illas oportet me adducere et uocem
meani audient et fiet unum oiiile etunuspastor.
XLVII. Uelamen significat sindonem, in qua inuolutum est
corpus Christi a loseph et Nicodemo de cruce depositum et in 25
monumento positum.
XLVIII. Praeparatio sacrae oblatio|nis, quae fit in uasorum foi.47v''
custodiario, significat Caluariae locum, in quo crucifixus est
Christus, ostendentis quia prope erat monumentum, ubi cruci-
fixus est. Praefigurata autem est et Caluaria haec etiam in 3o
Abraham, quando supra unum montiumillorum, iubente Deo,
3, euangelia [ conformia : fol. 56 P. — 5, lohannem C. — 6, uerbum : loan., i,
1. — 8, incipit : Luc, i, 5 seq. — 9, Matthaeus : Matheus C. — 10, generationis :
Mat., I, I; hominis : nis surajouté C. — 14, tuam : Marc, i, 1, 2; pennatam ico-
nameuangelii P; imaginem : om.P. — 18, computum : corapotum C. — 23, fiet :
fiât P; pastbr : loan., xi.x, 38 seq. — 24, fol. 56 v° P. — 25, Nicodimo C. — 26,
monumentum P. — 29, Christus : Mat., xxvn, 33 seq. ; crucifixus est : cf.
loan., XIX, 41; est om. P. — 31, Habraham P; en marge C : notandum quia typus
supercaclcstis patris Abrahami est, Isaac vero Christi, aries autem immolatae
carnis eius, porro ligna crucis.
358 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
altare fecit et congessit ligna et iniposuit filium et obtulit arie-
tem in holocaustum : ita Deus ac pater, qui est sine principioet
uetus aeternorum dierum coaeuum filiiim suum uoluit in
fol. 48 nouissimis temporibus incarnari ex intejmerata et uirgine Dei
5 genetrice de lumbis Abrahae secundum repromissionem iura-
menti quod liabuit ad ipsum, ita ut pro génère liumano nec filio
suo dilecto et unigenito parceret, sed pro nobis omnibus traderet.
Et passus quidem est utliomo in carne, sed mansitimpassibilis
deitate. Etenim Christus ascensurus crucem crucem suam ipse
10 sibi portauit et pro ariete immolatum est corpus eius immacu-
latum et ut agnus occisus est in latere lanceatus et summus
fol. 48v" sacerldos effectus ut fdius hominis semetipsum obtulit et
ol)latus est ad portanda peccata multorurii et mortuus quidem
est ut homo, resurrexituero ut Deus, claritate quam habuitapud
15 Deuin et patrem, priusquam mundus fieret.
XLVIIII. Cherubiin hymnus indicat per diaconorum praece-
dentiuin uiamque facicntium flabellorumque seraphicarum
imaginationum contemplationem introitum sanctorum et iu-
M. 40 storum omnium qui intraturi et mansuri sunt [ cum sancto
20 sanctorum pariter incedentibus et praecedentibus et ante cheru-
bicas uirtutes etiam angelicis militiisetincorporalibus choris et
immaterialibus ordinibus uisibiliter quodammodo praecurren-
tibus et hymnizantibus et obsequentibus ante magnum regem
omnium Christum procedentem ad mysticum sacrificium a
25 manibus materialium baiulatum. Cum quibus spiritus sanctus
antecedit in incruenta et rationali immolatione intelligibi-
foi. 49^ lliter contemplatus igné et thymiamate ac uapore odoriferi
fumi, igné quidem ostendens diuinitatem, uapore uero odoriferi
fumi aduentumsuum qui super nos inuisibiliter fit et suauitate
30 nos replet per mysticam et uiuam hostiam et incruentum obse-
quium et holocaustum, quod in dispensatione crucis et mortis
elTectum et consummatum est Cliristi. Ceterum et factam contra
mortem in infernum descensionem et ascensionem eius et resur-
foi. 50 rectionem post tri|duum uidentes spirituales uirtutes et ange-
1, optulit G P. — 2, holocaustum : cf. Gen., xxii, 1 seq. ; ita et Deus P. — 7,
traderet : Rom., viii, 32. — 9, daiis P le premier crucem a été effacé. — 11,
agiium C. — 12, optulit CP. — 13, morltuus : fol. 57 P. — 14, quam. : quem P.
— 17, llavellorumque C P. — 21, miliciis P. — 27, thymiamate C, timiamate P.
— 30, hostiam uiuam C P; uiuam: i surajoulé C — 32, effecta et consummata P.
— 33-34, resurrectilonem : fol. 57 v" P; spiritales P.
TRAITÉS LITURGIQUES. 359
lorum chori nobiscum inuisibiliter clamant hymnum alléluia.
L. Est autem et secundum imitationem sepulturae Christi,
quia loseph deponens corpus de cruce inuoluit in sindone et
aromatibus et unguentis inunctum portauit cum Nicodemo et
sepeliuit illud in monumento nouo quod exciderat in petra, .s
quod est exemplar illi us sancti monumenti altare et repositorium,
in quo positum est sanctum et intemeratum corpus in sancta
mensa.
LI. Disci cooperimentum est pro sudario, quod erat super f»'- ^o v
caput et faciem, cooperiens eum tanquam in sepulcro. lo
LU. Discusest pro manibus loseph etNicodemi, qui Christum
sepelierunt. Item discus interpretatur, ubi portatur Christus,
circulum caeli significans in modica circumscriptione spiri-
tualem solem capiens Christum in pane uisum.
LUI. Calix est pro uasculo, quod suscepit sanctae diligentiae
susceptionem, quae de cruentato et intemerando latere mani- ^^
|busque acpedibus Christi effluxit. Calix iterum est secundum foi. 51
craterem ubi, secundum quod scriptum est, sapientia, id est
filius Dei, miscuit sanguinem suum pro uino. Illic etiam addidit
in sancta mensa sua onmibus dicens : bibite sanguinem meum 20
pro uino mixtum uobis in remissionem pecccUormn et uitani
aeternam.
LIIII. Uelum siue aer est et dicitur pro lapide, quo loseph
muniuit sepulcrum, quod et signauit Pilati custodia. Rursus-
que uelum dicitur propter apostolum, qui ait : habenius \ fidu- "25
ciam in introitum sanctoruni in sanguine lesu Christi, quant
initiauit nobis uiani nouani et uiuentem per uelamen, id est
per carneni suam, et sace?^doteîn magnuîn super domum
Dei.
LV. Osculum uero spirituale, quod omnibus pronuntiatur, 3o
1, inuisibiliter : le second i surajouté C. — 2, en marge C : quia sacer-
dotes et diaconi portantes sanctum discum et sacrum calicem habentem pa-
nem et uinum operta significant se esse loseph et Nicodimum et ferentes occi-
sum Christum ingrediuntur quasi sepulturi eum in sancta mensa, id est in
sepulcro, processionem facientes per thymiama boni odoris sancti spiritus
uaporem dantis. — 4, inunctum : le second n surajouté C. — 5, petra : cf. Mat.,
xxvn, 57-60. — 6, et: ac P. — II, Nicodimi C, Nichodimi P.— 13-14, spiritalem
P. — 14, panae P. — 17, Christi dans l'interligne C. — 21, uino : cf Prov., ix, 5;
7 relmissionem : fol. 58 P. — 22, œternam : cf. Mat., xxvr, 27 seq., etc. —
24, custodia : cf. ibid., xxvii, 60, 6<o. — 28, per carnem : per om. P. — 29, Dei :
Hebr., x, 19-21. — 30, spiritale P.
fol. 52
360 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
futuram omnium ad alterutros in tempore futurorum bonorum
reuelationis unanimitatem et concordiam atque rationabilem
identitatem, quae per fidem efficiuntur, et caritatem, per quae
familiaritatem apud uerbum | et Deum, qui digni fuerint,
5 consequentur, praefigurat atque praescribit : uerbi quippe indi-
cium os. Que maxime in omnibus omnes, qui participes sunt
sermonis tanquam rationabiles, etiam primo et soli uerbo et
totius auctori uerbi cohaerent.
LVI. Obseratio autem quae fit ostiorum sanctae Dei ecclesiae
10 tam materialium innuit transitum quam futuruin post terribi-
lem illam segregationem et terribiJiorem sententiam in spiri-
foi.s^v» tualem mundum, id est thalamum Christi, iustorum injgres-
sum atque perfectam abiectionem et abnegationem operationis,
quae est in sensibus, deceptionis,
15 LVII. Porro diuini symboli fidei, quae fit ab uniuersis, con-
fessio in admirabilibus uerbis et moribus, quibus salui effecti
sumus, sapientissimae Dei circa nos prouidentiae mysticam
gratiarum actionem in futuro saeculo efficiendam praesignat,
qua se deuotos superdiuino beneficio exhibent iusti praeter hanc
nimirum pro tam immensis diuinisque circa ] se praestitis
bonis aliud quod rependant quodaminodo non habentes.
LVIII. Ecce crucifixus est Cliristus, sepultaest uita, munitum
est sepulcrum, signatus est lapis, accedit sacerdos, conuenit
cum angelicis uirtutibus, non iam sicut in terrestri loco stans,
25 sed et tanquam supercaelesti altari ante terribilem Dei thronum
assistens, contemplatur magnum etinexplicabiie acinscrutabile
Christi mysterium, confitetur gratiam, praedicat resurreclio-
foi.ssv-' nem. signât fidem sanctae trinitatis, accedit | candidatus
angélus ad lapidem sepulcri, reuoluit manu, ostendit habitu,
so damans uoce perterritus per diaconum, triduanam praedicans
resurrectionem, exaltât uelum et dicit : stemus bene, stemiis
cum timoré : ecce prima dies : attendamus sanctam oblcUio-
6, maximae P. — 9, obsecratio P. — 13, fol. 58 v" P-. — 20, diuinisque : que om.
P. — 21, les lettres... pendant quod... dans la marge C; le copiste avait sauté d'a-
bord plusieurs mots. — 23, sepulchrumP : h surajouté; signât uin P; sacerdos
non conuenit P. —26, inexplicabile : in surajoutée. —29, reuoluit : en marge C :
notandum quod sicut angélus reuoluit inuisibilitcM" lapidem monumenti, ita
diaconus praedicat per exaltatioiiem ueli resurrectionem Cliristi. — 31, resur-
rectio P. — 31-32, stemus... cum timoré : bene stemus cum timoré P. — 32, die P.
fol. 53
20
TRAITÉS LITURGIQUES. 361
nem : ecce secunda dies : in pace o fferendam : ecce tertia dies.
Populus clamât resurrectionis Christi gratiam, miscricordiam,
paceiii, sacrificium laudis; sacerdos docet populum trinain Dei
cogiii|tioneiii, quam per Christi gratiam didicit : gratia sanckw m. 54
e( consubstantiaiis trinitatis cion omnibus uobis; populus 0
pariter confitetur et simul orat ac dicit : et cum spiritu tuo.
Deiiide sacerdos omnibus assumptis in caelestem Hierusalem, in
qua stantes erant pedes nostri in atriis Dei Hierusalem in mon-
temsanctum e;us, exclamât : aidete, sursum habeamus corda.
Omnes protestantur dicentes : habemus ad dominum. Dein 10
sacerdos: graiias agamus domino. Populus pollicetur dicens :
I dignum et iustuni est gratificos hymnos referentes sanctae foi. 54 v
trinitati sursum habere oculum mentis, quaerentes habitatio-
nem caelestis Hierusalem.
LVniI. Deinde post haec accedit sacerdos cum fiducia throno *^
gratiae Dei, cum uero corde in abundantia fidei annuntians Deo
et colloquens non iam per nubem, ut quondam Moysi in taber-
naculo testimonii, sed reuelata facie gloriam Domini speculans
imbuitur sanctae trinitatis diuina cognitione et fide et solus | foi. 55
solum alloqucns Deum, inysteria praedicans in mysterio abs- ^^
condita ante saecula et a generationibus, nunc autem manife-
stata nobisper apparitionem filii Dei, quae nobis enarrauit uni-
genitus filius, qui est in sinu patris. Sicut enim loquebatur Deus
inuisibiliter Moysi et Moyses ad Deum, ita et sacerdos médius
interduoscherubimstans in propitiatorioetdeorsum prospiciens 25
propter importabilem et inuisibilem deitatis gratiam et clari-
tatem caeleste ] obsequium intelligibiliter intuetur et insti- foi-ssv
tuitur atque uiuificae et supersubstantialis trinitatis splendo-
rem contemplans quod Deus et pater sine initio et ingenitus
filius uero quod et uerbum simul cum pâtre sine initio et con- 3o
substantialis ac genitus, spintus autem sanctus consempiternus
et connaturalis atque procédons existât, trinitas uidelicet sancta
1, dies : om. P.; orfcrondam : EOxoXôyiov, p. 61. — 2, resurrecltionis : fol. 59
P; misericortiam C. — 5 uobis : EùxoXdyiov, p. 61. — 6 tuo : ibid. — 7, celc-
stem P; in qua stantes erant pedes nostri in atriis Dei : om. P. — 9, corda : Eùxo-
Xôytov, p. 61. — 10, dominum : ibid. — 11, domino : ibid. — 12, est : ibid. —
16, habundantia P. — 17, alloquens P; quondam : n surajouté P. — 20, allo-
quens : n surajoute C. — 21-22, manifestata : les copistes avaient d'abord écrii
manifesta. — 24, Jloyses | ad : fol. 59 v P. — 2ii, duo P. — 26, gratiam C :
gloriam P. — 27, obsequium : i surajoutée. — 29— 30, et ingoaitus... initie : au
bas de la p%g3 C; le copiste avait passé ces mots, — 3 )-31 cumsubstaatialis P.
362 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
secunduin subsistentiarum, id est personarum, inconfusain
proprietatein, at uero secundum naturae unitatem indiuiduain
et inseparabileiii diuinitatem et regnum et i^loriam, et intelli-
foi. 56 gibiliter uidet et clalmat seraphicarum uirtutum trisagii glo-
^ rificationem, clierubiin obumbrantes et seraphim clamantes,
cum quibus clamant trimnphalem hymniim canentes. Deinde
populiis pro cherubicalibus et quadriformibiis animalibus cla-
mât : sanctus, sanctus, sanctus dominus sabaoth, id est trisa-
gius et unus Deus uirtutum, hosanna in excelsis, benedictus
10 qui uenit in nomine Domini.
LX. Rhipidiaueroetdiacones sex alarum insinuant seraphim
fol. 56 v et multorum oculorum ambitus cherubim; etenim secundum |
caelestium et supremoruin sacrum ordinem ita et terrestria imi-
tantur. Etenim quadriformia animalia uoce reciproca inuicem
15 respondentia clamant : primum quideni animal, quod est in
similitudinem leonis, clamât : sanctus; secundum uero, quod
est in similitudinem uituli, clamât : sanctus; tertium autem,
quod est in similitudinem aquilae, clamât : sanctus; porro
quartum, quod est in similitudinem hominis, clamât : dominus
20 sabaoth : in tribus sanctification! bus in unam concurrentem
fol. 57 dominatiojnem , uirtutem et diuinitatem, quemadmodum
Esaias propheta conspexit, quando uidit dominum super solium
excelsum et eleuatum et seraphicas uirtutes in circuitu stantes
et a uoce repleta est domus fumo. Illud uero quod missus est
^^ unus de seraphim et accepit carbonem in manu, quem forcipe
tulerat de altari, significat sacerdotem et ipsum tenentem intel-
ligibilem carbonem Christum forcipe manus suae in sancto
altari et sanctificantem atque purgantem eos, qui accipiunt et
^"'••^"^"' commulnicant. Etenim caelestia et non manufacta sancta
^*^ ingressus est Christus et apparuit in gloria Dei et patris pro
7-8, clamât : en manje C : notaiiduni quia fil lus Dei [ut liomo] quidem incar-
natusest, ut uitulus [uero] immolatus, utleo [cadens] dormiuit, ut autem aqui[la
as]sumptus est et est in dexte[ra tliro]ni maiestatis in e.xcelsiscu[ni assump]ta
carne sua non decidens [a propria] deitate, sed cum pâtre sancto [que spirituj-
adoratur atque laudat[ur a sanctis] seraphim; quelques mots rognés par le re-
lieur. P (f inlroduil celle noie dans son texte; il supprime noiandum, et il écrit
equila, serqj)hym; lau |datur : fol. 60 P. — 9, osànna C; ossanna P. — 10, do-
mini : EÙ)(o)v6yiov, p 6"2. — 11, ripidia C P; diaconos P; sex : s surajoutée. -=- 22,
Aesaias C; cf. Is., vi, 1 seq. — 26, altari : ibid., vi, 6; significit P. — 29, etenim
in I celestia, fol. 50 v°P. — 30, Christus: cf. Hebr., ix, 11, 24.
TRAITÉS LITURGIQUES. 363
nobis factus pontifex magnus, qui penetrauit caelos, et habe-
mus euin aduocatuin apud patrem et propitiatorium pro peccatis
nostris, qui perfecit nobis proprium suum et sanctuin corpus
redemptionem pro omnibus nobis, sicut ipse dicit ipater, sanc-
tifica eos in nomme tuo, quos dedisti mihi, ut sint et ipsi
sanctificati, et : uolo, ut sint ubi ego sum et uideant clarita- 5
tem meam, quia dilexistieos, \ sicut.me dilexisti ante con- foi. 58
stitutionem )nundi.
LXI. Praeterea sancta et uenerabilis inagniet beati Dei inuo-
catio adoptionis est symboluni, quae danda est substantiani et lo
essentiam habens secundum donationem et gratiam sancti spi-
ritus, per quam, omni superata et operta huinana proprietate,
ortu gratiae omnes sancti filii Dei uocabuntur et erunt, qui uide-
licetiam se hincdiuinac bonitatis specie clareet gloriose splen-
didos reddiderunt. ^^
LXII. Confessioautem, quae circa finem | mysticae ac sacrae foi. 58v"
operationis ab omni populo fit, cum dicunt : unus sanctus et
cetera, congregationem ac unitatem indicat, quae incorruptibiii
spiritualium saeculo super omnem sensum et rationem ad unum
diuinae simplicitatis arcanum est efficienda et ad ea quae my- 20
stice ac sapienter et secundum Deuin aguntur, in quo uidelicet
saeculo inuisibilis et superineffabilis gloriae lucem aspicientes
beata una cum supernis uirtutibus et ipsi digni efficientur
munditia. Postlquain utpote finis omnium sacramenti distri- ^"'- ^'-^
butio fit traiciens in se et similes ei qui causa est bonus per 25
gratiam et participationem exhibens eos, qui digne percipiunt,
in nullo eos minorâtes secundum quod hominibus est possibile,
ita ut et ipsi ualeant esse ac uocari adoptione per gratiam dii
propter Deuin totum, qui eos totos suos perfecit quique nihil
praesentiae suae mane reliquit. 30
LXIII. Porro communio uocatur diuinorum sacramentorum
1 perceptio, eo quod nobis donet unitatem ad Christum et ipsius foi. 59 v°
nos faciat regiii cominunicatores.
I, qui : quae P. — 2, aput P. — 3, nostris : cf. I loan., n, 1. — 8, mundi : cf.
loan., .XVII, 11 scq. — 9, raagni : P avait d'abord écrit mâgna. — 9-10, inuocacio
P, avec ca surajouté. — 1 1, spetie P. — 17, sanctus : spiritus C P; voir Ei/olôyioyi,'
p. 71. — 20, ad cm. P. — 20-21 mystice | ac : fol. Gl P. — 29, quacque nichil
P. — 32, eo : et P.
364 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Finit historia mystica. Deo gratias.
Epistola sancti Nili monachi ad Nemertium scholasticum.
Quaedam ecclesiae symbola interpretari tibi rogasti, propter
quod scribo, quialuteresquideinindicant purgationem animae;
5 columnae autem diuina significant dogmata; porta uero, quae
illucescit ad orientem, glorificationem characterizat sanctae et
fol. 60 consub|stantialis et adorandae trinitatis; at uero lapides bene
stabilitai'um etproficientium animarum protestanturcollegiurn;
porro throni et gradus atque sedilia diuersas animas désignant,
10 in qui bus sancti spiritus donationes insident, sicuti et prius in
his, qui circa beatos erant apostolos, super quos linguae sede-
runt tanquam ig-nis; ceteruni episcopalis tlironus, qui in medio
cunctorum presbyterorum est, cathedram insinuât magni ponti-
foi.eovo ficis clomini nostri lesu Christi. Usque ad | haec consuluisti
15 et usque ad haec et ego conipendiose rescripsi.
Constantinople.
S. PÉTRIDÈS,
des A«gustins de l'Assomption.
historia G; Deo gratias : om. P. — 2, epistola... scholasticum : en rouge C;
tout ce qui suit manque dans P. — 12, ignis : Act., ii, 3. — 15, copediose C.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE
DE UÀRMÉNIE
{Suite) (1)
Les disposilions du roi Héthoum I pour l'union religieuse et
sa soumission au pape semblent avoir été plus fermes que celles
du catholicos. S'il en eût été autrement, on ne s'expliquerait ni
les attaques de Vartan contre Héthoum, ni les bonnes relations
de ce dernier avec le pape Clément IV.
§ 34. Le pape recommande à Héthoum les chevaliers de
Saint-Jean; lettre de consolation; appel en faveur du roi; le
frère Macaire; pourcjuoi C Arménie ne fut pas représentée au
concile de Lyon. — Clément IV, ayant appris que le sultan
d'Ég7pte Bibars venait de ravager la Syrie, pria Héthoum de
secourir les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem et les autres
chrétiens de Palestine, dont un grand nombre avait été mas-
sacré. Il basait son appel sur les services que ces chevaliers
avaient rendus au roi d'Arménie et sur les intérêts de la foi
catholique, qui unissait Héthoum à ces infortunés (2). Héthoum
sollicita l'appui d'Abaka-Khan; mais, d'abord des guerres
intestines, puis la crainte qu'inspirait Bibars empêchèrent le
prince tartare de prêter à l'Arménie un secours vraiment effi-
cace : l'armée des Mamlouks écrasa le faible détachement com-
mandé par les deux fils du roi, Théodore et Léon, tua le premier,
captura le second. A la nouvelle de ces désastres, Clément IV
(1) Voy. vol. VII, 1902, p. -26, 2/7, 508; vol. VIII, 1903, p. 206, 577; vol. IX, 1904,
p. 107, 212, 393; vol. X, 1905, p. 15, 135.
(2) A quibus in catholictK lidei prolossioue non discordas; epist. Quanto te
Dominus, Pérouse, VII Kalend. Aug. (25 juillet), ann. 1; Raynaldi, ann. 1265,
n.40.
366 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
écrivit aussitôt au malheureux père une lettre fort touchante :
il pleure avec lui ; il essaye de ranimer son espoir; il le félicite
de son constant respect pour les prescriptions du Saint-Siège ;
de l'aide qu'il a prêtée à la cité d'Antioche réduite aux abois;
enfin, de sa fidélité à la cause des Francs et du Saint-Siège.
Le pape ne se bornait pas à s'apitoyer sur les malheurs de
l'Arménie. Il lui cherchait partout des défenseurs : il encoura-
geait saint Louis partant avec ses trois fils pour une nouvelle
croisade; et surtout il pressait l'empereur grec Michel Paléo-
logue, le patriarche de Jérusalem, les princes de Palestine, les
Templiers, les Hospitaliers et les Teutoniques d'envoyer à « son
très cher fils », le roi d'Arménie, des secours si bien mérités.
Le pape s'efforçait d'entraîner Michel Paléologue en lui propo-
sant l'exemple de Louis IX, si prompt à obéir au Saint-Siège (1).
Ce ne fut pas la faute du pontife romain, si Héthoum, pour déli-
vrer son fris Léon, fut obligé de conclure une paix onéreuse avec
le sultan d'Egypte.
Cette sympathie de Clément IV fut jusqu'à la fin un appui pour
la piété du roi, alors si éprouvé. Aussi, ce dernier s'attacha-t-il
de plus en plus à Rome. Il donna un témoignage bien signifi-
catif de son filial dévouement à l'Église romaine, en revêtant,
peu avant sa mort, sous le nom de frère Macaire, l'habit de
franciscain : le pieux roi se montrait ainsi le digne émule de
ces nombreux religieux, établis depuis le septième siècle dans
la Ville éternelle, près du tombeau des Apôtres (2) et dont
quelques représentants avaient figuré au concile de Latran
(649).
Le fils du pieux roi Héthoum, Léon III, que sa douceur fit sur-
nommer le Bien-aimé, et le patriarche Jacques I" Kidnagan (le
savant) (1267-1286) restèrent également, semble-t-il, unis avec
le Siège romain. Il est vrai qu'ils ne se rendirent pas au concile
(1) Viterbii, XVI Kal. Jun. (17 mai), ann. III : epist. Injunctai nos excitât;
Sanuto, 1. III, pars XII, c. 8; Raynaldi, ann. 1266, n. 47; — Viterbii, XVI Kal.
Julii (16 juin), ann. Ill;Hayton, Hist. orient., part. II, c. xvi-xx; démentis IV
epist., t. II, ep. 326-328; Gajanus, Hist. Arm., c. xxv, p. 370; Rayn., ann. 1267,
n. 66-70.
(2) Balgy, op. cit., p. 59 et suiv. — A diverses époques, plusieurs couvents
arméniens furent fondés en Italie. Ainsi, Martyre de la Montagne Noire fondera
à Gênes un couvent arménien (1305). Deux ans plus tard, l'abbé David en fondera
un autre à Padoue.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 367
de Lyon, auquel les invitait le pape Grégoire X (1). Mais ceux
qui voient dans cette abstention des chefs do l'Arménie un signe
de mauvais vouloir à Tégard de l'Église catliulique, oublient
qu'à cette époque (1273), la Petite-Arménie était au dedans
déchirée par les factions, et pressée au dehors par l'implacable
Bibars-Bondokdar.
§ 35. Héthoum II reçoit la profession de foi catholique. Dé-
position de Constantin IL — Le fils de Léon III, Héthoum II,
dès qu'il fut monté sur le trône, envoya le frère mineur Jean
de Montecorvino vers Nicolas IV, récemment élu, pour l'assurer
de sa parfaite soumission (1289). Le pape le -félicita de son
filial hommage et lui fit remettre la profession de foi catholique,
jadis présentée à Michel Paléologue par Clément IV.' C'était
l'énoncé succinct des dogmes touchant la Trinité, la procession
du Saint-Esprit du Père et du Fils, la dualité d^s natures en
N.-S., l'existence du purgatoire, le nombre et la nature des
sacrements, l'admission immédiate des saints à voir Dieu face à
face, et enfin la primauté du pape (2).
D'autres lettres adressées par Nicolas à la pieuse princesse
Marie, à Thoros, frère du roi, à quelques autres seigneurs et au
peuple arménien, les exhortaient à favoriser la pleine adhésion
de la nation entière à la foi catholique. Que les papes, avant
d'intervenir en faveur des Arméniens, aient ainsi souvent exigé
leur réunion au centre de la chrétienté, nous n'avons pas le droit
d'en être choqués : Est-ce que tout pouvoir, avant de prodiguer
ses ressources et de venir en aide à une autre puissance, n'exige
pas de celle-ci un accord préalable, une sincère amitié? On
aurait tort de dire que les papes sollicitèrent la conscience de
leurs clients : ils les rappelaient seulement à la concorde qui
avait existé autrefois et que les chefs religieux et politiques
avaient souvent reconnue comme un devoir et une nécessité.
Les Arméniens savaient, d'ailleurs, que, l'accord religieux
une fois réalisé, les papes s'employaient, sans compter, à les
défendre.
Ému par leurs cris de détresse, le pape Nicolas IV essaya
d'intéresser à leur cause la chrétienté (3). Il fit appel au roi d&
(1) Greg. X, lib. II, ep. 1 et 2.
(2) Nicol. IV, lib. II. ep. 50-53, 59; Raynaldi, ann. 1289, n. 57.
(3) Nicol. IV, ep. 84-87; Sanuto,!; III, p. xiii, c. 1., Raynaldi, ann. 1292, n. 1-3.
368 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
France, Philippe; il ordonna aux Templiers et aux Hospitaliers
de courir au secours de Héthouin II ; il proclama que tous ceux
qui prendraient les armes obtiendraient les indulgences et les
grâces accordées aux anciens croisés (1291). liéthoum fut re-
connaissant de tant de sollicitude.
Quelque temps auparavant, avaient surgi certains démêlés
entre lui et le patriarche Constantin II surnommé Bronakordzi
(faiseur de charpie). Héthouin ayant réuni le clergé demanda et
obtint la déposition du catholicos. Ce fait est hors de doute;
mais les causes en sont moins connues. D'après le continuateur
de Samuel d'Ani, Constantin II aurait été déposé, l'an 737
(9 janvier 1288-7 janvier 1289), à cause de son attachement à la
foi et à la liturgie romaine. Un tel grief de la part d'un prince
très uni au Siège romain nous parait invraisemblable. Nous
admettons comme plus probable le récit du continuateur de la
chronique de Sempad. L'an 1289, raconte ce chroniqueur, Cons-
tantin fut accusé par de faux témoins, et sa déposition fut l'œuvre
de la jalousie.
§ 36. Etienne IV; célébration des Pâques; usurpation de
pouvoirs; captivité et mort; tes catholicos à Hromgla. — Le
catholicos Etienne IV Hromglayétzi (1290-1293) présida un
synode, où il fut décidé que, désormais les Arméniens célébre-
raient la fête de Pâques au jour fixé dans l'Église catholique.
Cet acte était une marque des bonnes dispositions du patriarche
et du haut clergé â l'égard de la papauté. Il est permis d'en con-
clure que si Etienne, dans une circonstance que nous allons
rappeler, empiéta sur les droits de l'autorité suprême de l'Église,
cela s'explique par un moment d'oubli, d'entraînement, sans
qu'on soit autorisé à y voir un acte positif de révolte. Le prince
arménien Sempad ayant demandé en mariage Isabelle, fille de
Guy comte de Jaffa, sa parente au 3' degré de consanguinité, le
catholicos, au lieu de recourir au pape, s'arrogea le droit de dis-
pense. Ce fut une faute, mais une faute que ladifticulté des com-
munications avec Rome atténuait et que, d'ailleurs, le catholicos
allait expier dans une captivité, comparable par sa rigueur au
martyre : nous avons dit ailleurs qu'après avoir vu démanteler
et ruiner sa résidence de Hromgla, il fut traîné à Damas par
Salah-al-dîn Khalil et mourut bientôt de chagrin (1293).
Le successeur d'Etienne IV, Grégoire VII d'Anazarbe (1293-
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 369
1307), établit son siège à Sis, capitale du royaume de la Cilicie.
En se portant ainsi vers l'Arménie occidentale, après la prise de
Hroaiglapar les Mainlouks, les catholicos arméniens entraient
plus avant dans la sphère d'influence de la papauté : les rela-
tions avec le pape devenaient plus faciles; si quelque malen-
tendu surgissait, les conditions d'un nouvel accord pouvaient
être plus nettement posées, débattues et acceptées.
D'autre part, cependant, un parti d'Arméniens orientaux, tou-
jours prévenus contre les Grecs et même contre les Latins, ne
voyait pas sans dépit cet éloignement du trône patriarcal.
§ 37. Les khans tatars d'abord bien disposés envers le
christianisme, pourquoi; princesses converties; les chefs se
tournent vers l'islamisme, causes, résultats funestes pour
V indépendance politique et l'union religieuse des Arméniens.
— Les transformations politiques qui s'opéraient en Arménie,
et dont les dissidents subissaient l'influence, n'étaient pas faites
pour dissiper leurs préjugés à l'endroit du catholicisme.
De plus, ils ne pouvaient guère l'embrasser qu'en s'exposant
à des sacrifices continus, et parfois héroïques. L'Arménie orien-
tale, en effet, avait passé sous la domination des Mongols; et
l'histoire de ce peuple, après son contact avec le monde occiden-
tal, présente, du douzième au quatorzième siècle, deux mouve-
ments de sens opposé, à l'égard du christianisme.
Les chefs mongols ont d'abord ressenti un attrait secret pour
la religion du Christ, dont la pure morale les déconcertait
sans doute, mais forçait leur admiration. L'intérêt politique,
dont ils comprenaient et écoutaient mieux la voix, était encore
venu fortifier cette inclination. Les ennemis du Christ étaient
aussi leurs ennemis; et, comme les papes étaient les chefs
reconnus de la chrétienté, c'est par leur intermédiaire qu'ils
sollicitèrent une alliance avec les soldats de la Croix. Bientôt,
des esprits avisés qui suivaient de près l'évolution des Mongols
crurent qu'une partie de ce peuple barbare allait passer du
boudhisme au christianisme. Le moine Hayton raconte (I, c. 32)
que le grand khan Houlagou reçut le baptême. Ce fait nous
parait inexact ; mais il est certain que les premiers princes de
la dynastie Houlagide des Ilkhans de Perse inclinèrent forte-
ment vers la religion chrétienne. Le fondateur de cette dynas-
tie, Houlagou, subit l'influence de la première de ses femmes,
ORIENT CHRÉTIEN. 24
370 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Dokouz-Katoun; cette princesse, comme plus tard Erméni,
l'une des épouses de Ahmed, appartenait à la tribu en partie
chrétienne des Konkurat. Dokouz-Katoun éleva dans sa religion
plusieurs princesses tartares, mariées plus tard à des seigneurs
de leur nation. Elle protégea efficacement ses coreligionnaires;
et, si Ton en croit le Vartabed Vartan, c'est sur les conseils
de cet auteur qu'elle mit sur le trône Abaka, après la
mort d'Houlagou.
Abaka-Khan avait d'ailleurs épousé Marie (Despina-Katoun),
fille naturelle de Michel Paléologue; et cette princesse mit son
influence au service des chrétiens. Il est vrai que le frère et
successeur d'Abaka, Ahmed (Tagoudar), après avoir passé au
mahométisme, les persécuta; mais il fut détrôné au bout de
deux ans (1284) par Argoun, qui se montra fort bienveillant
pour les chrétiens. Dans l'espoir de provoquer une nouvelle
croisade contre les Sarrasins, Argoun fit partir successivement
quatre ambassades pour Rome. Son premier ambassadeur, le
moine nestorien Rabban Çauma, envoyé au pape Honorius,
fut reçu par le successeur de ce dernier, Nicolas IV (1288-1292).
Si, malgré les instances du pape, Argoun différa toujours de
recevoir le baptême, il fit du moins baptiser, sous le nom de
Nicolas, son fils cadet Khodabendeh (appelé aussi Oljaïtou,
fortuné) : et nous avons d'Argoun, comme de son père Abaka
et de son fils Oljaïtou, des monnaies bilingues qui sont mar-
quées de la croix, entourée de ces mots : au nom du Père, du
Fils et du Saint-Esprit, Le frère d'Argoun, Kaïkhatou , qui
occupait le trône de Perse, au moment de la ruine de Hromgia,
était très tolérant envers tous les cultes; et il donna 20.000 di-
nars au catholicos nestorien Jabalaha III résidant à Maragha.
Mais, sans talents politiques, sans élévation morale, il était
d'ailleurs assis sur un trône trop ébranlé, pour donner suite
au plan de ses prédécesseurs : le christianisme lui paraissait
trop élevé, et il se sentait impuissant à secourir les Arméniens.
Héthoum II parti pour implorer le secours de Baïdou, suc-
cesseur de Kaïkhatou, et bien disposé pour les chrétiens,
l'avait trouvé aux prises avec son cousin Kazan, fils aîné
d'Argoun (Hayton, I, 40; Sanuto, III, xii, 8). Quelques semaines
après, le roi arménien dut offrir ses hommages à Kazan, qui
venait d'enlever à Baïdou le trône avec la vie (1295).
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 371
Kazan semblait avoir toutes les qualités voulues pour re-
prendre l'œuvre de ses plus fameux prédécesseurs et chasser
les musulmans de toute l'Asie Antérieure. Bien qu'il fût petit
et chétif de corps, d'un extérieur disgracieux, écrit le moine
Hayton, il était fort courageux et possédait au plus haut degré
les qualités intérieures qui font les grands hommes : sagacité,
générosité, probité à toute épreuve. — Par malheur, au mo-
ment où il s'emparait du trône, il venait de faire une démarche
décisive pour l'avenir religieux de sa nation; cette démarche
devait, d'autre part, gêner son accord avec les chrétiens et
paralyser son ardeur guerrière contre les Mamlouks d'Egypte :
un musulman fanatique, l'émir Naurouz qui, par son concours
sans scrupule, avait assuré le triomphe de Kazan, l'avait
ensuite décidé à quitter le boudhisme pour l'islamisme : grave
événement, qui devait avoir le plus fâcheux contrecoup sur
toute la chrétienté.
Désormais, les khans tartares de Perse vont se laisser péné-
trer par l'air ambiant tout saturé d'islamisme. L'effort pour
se hausser jusqu'à la morale du Christ leur parut-il trop
grand pour eux et leur peuple? Le christianisme affadi et
altéré des monophysites et des nestoriens qui les entouraient
avait-il gâté leur première impression? Ou, devant les lenteurs
de l'Occident à répondre à leur appel, avaient-ils modifié leur
ancien dessein de s'uair aux chrétiens pour chasser de l'Asie
Centrale et Antérieure ses possesseurs musulmans? — Il est
vraisemblable que tous ces motifs agirent simultanément sur
eux et déterminèrent leur conduite. Ils savaient que les chré-
tiens d'outre-mer étaient désunis; ils n'avaient plus sous les
yeux que de petites Églises, sans prestige et quelquefois sans
dignité. D'autre part, la transition du boudhisme au mahomé-
tisme n'offrait rien de brusque et n'exigeait presque aucun
sacrifice : d'un culte plein de superstitions qui ne leur inter-
•disait ni la fornication, ni la polygamie et permettait d'im-
moler des esclaves sur la tombe de leur maître, ils passaient
à une religion plus rationnelle qui leur imposait l'adoration
d'un seul Dieu, diminuait les observances superstitieuses ou
inhumaines, et qui, en même temps, laissait libre cours aux
instincts sensuels surtout des riches et des grands, en autori-
sant la polygamie et le divorce.
372 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Aussi, contre ces forces coalisées les efforts de très zélés
missionnaires, la plupart franciscains, furent-ils insuffisants;
et le christianisme qui n'avait pu jeter chez les Mongols des
racines ni assez profondes, ni assez étendues, fut étouffé sous
les progrès de l'islamisme, ou cessa de se développer. — Il
y aura encore, pendant plus d'un siècle, bien des princes
tatars qui feront appel aux chrétiens, surtout au pape; mais
ces démarches seront trop isolées, trop inspirées par l'intérêt
purement politique, et, d'ailleurs, accueillies avec trop d'indif-
férence par les chrétientés occidentales, pour aboutir à un
résultat religieux général et durable : un peuple remonte bien
difficilement la pente abrupte qui sépare la civilisation chré-
tienne de la civilisation musulmane!
Le sort de l'Arménie, comme celui de la Palestine, était lié
plus ou moins étroitement à cette transformation religieuse.
On aime à se figurer que les Tatars, devenus chrétiens, eussent,
avec l'appui de leurs coreligionnaires, sauvé le royaume d'Ar-
ménie, leur tributaire. Si, à la fin du treizième siècle, la prin-
cipauté de Cilicie survivait encore aux petits royaumes chré-
tiens de l'Asie, ne devait-elle pas en partie ce privilège aux
khans de Perse"? On n"a pas oublié l'intime accord d'Héthoum P'"
avec Houlagou, dont il avait partagé les exploits et le butin. —
Mais les graves év^énements de la fin du treizième siècle que
nous venons de signaler modifient, sans la rompre encore,
cette alliance politique, jusque-là facilitée, sinon fortifiée par
une certaine sympathie religieuse. A l'avenir, la religion des
Arméniens excitera la défiance, parfois l'inimitié des princes
tatars. Si quelques-uns de ces derniers protègent encore telle
ou telle Église chrétienne, ce sera, d'ordinaire, parce que cette
Église demeurera ainsi plus isolée du reste de la chrétienté, et,
vis-à-vis d'eux, dans une plus étroite dépendance. Dans ce but,
les khans infidèles fomenteront les divisions entre Arméniens
orientaux et occidentaux : un Basile d'Ani, par exemple, sera
sûr d'être soutenu dans sa rébellion contre le catholicos de
Cilicie (1195-1206). Ainsi, la maxime d'une politique sans
scrupule se vérifie dans tous les temps : diviser pour dominer.
Les princes tatars, sans le savoir, imiteront la tactique de
leurs devanciers. Ils s'opposeront aux tendances catholiques
des Arméniens de leur royaume, comme jadis Chosroès II,
IIISTOIRK POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 373
par exemple, forçait les chrétiens d'Édesse à devenir tantôt
Jacobites, tantôt Nestoriens (1).
Cette transformation cependant ne sera pas Toeuvre d'un
jour, elle se produira graduellement. Pour le moment, un
regard peu clairvoyant n'observe guère de changement dans
les relations des khans tatars avec les Arméniens. L'intelli-
gence politique de Kazan, son élévation de caractère Tempê-
chent de persécuter les chrétiens, et il reste l'allié des Armé-
niens. Héthoum II obtient auprès de lui le même crédit
qu'auprès de ses prédécesseurs : il fait révoquer en faveur des
chrétiens un édit de l'émir Naurouz, lieutenant général du
royaume, qui ordonnait de maltraiter les chrétiens, les juifs et
les idolâtres et de transformer les églises, les synagogues et
les temples en mosquées; il sauve aussi par ses présents l'église
nestorienne de Maragha et arrache le patriarche Jabalaha III
des mains de Naurouz (2).
(1) Hubschmanu : zur Gesch. Arméniens... ans dem Armenischen des Sebêos,
p. 28.
(2) Outre les sources indiquées dans notre Histoire politique, voir sur les Jlon-
gols Howorth, History of lire Mongols (London, 1876-1888); A. Rémusat, Relations
des princes chrétiens avec les Mongols (Acad. des Inscr., V^ p., t. VI, 396-469). —
Sur les dispositions des Tatars à l'égard du Christianisme, Vinc. Bellovac,
Spéculum hist., c. 31-33. Innocent IV leur envoie des Franciscains (1244-1245) et
nomme le frère Laurent son légat apostolique pour l'Arménie, la Tartarie, etc.
(Raynaldi, an. 1247, n. 30-44; an. 1248, n. 34 et suiv. ; an. 1254, n. 1 et suiv.).
— Sur Houlagou et Dokouz-Katoun (Hayton, 1. I, ch. 27 et suiv. ; Villani, L VI,
ch. 61; Sanuto, 1. III, part. XIII, ch. 7); une lettre pontificale sans nom d'au-
teur (Rayn., an. 1260, n. 29); elle montre qu'à Rome on crut qu'il se converti-
rait. Par contre, la conversion de Sartach ou Sattach est hors de doute : outre
Guiragos, cité ailleurs, A'oir Innoc. IV, Epist., 1. XIII, ep. cur. X; Rayn., an.
1254, n. 1. — - Guiragos dit qu'Abaka fut baptisé (S LXVI, p. 194); pourtant
Hayton, qui parait mieux renseigné, le nie (ch. 32); le pape Clément IV lui écrit
comme s'il était chrétien (Rayn., an. 1267, n. 70-71); mais ce christianisme
consiste simplement en bons procédés fondés sur la sympathie et l'intérêt poli-
tique; probablement, Abaka ne veut rien dire déplus, quand il écrit à Jean XXI
que son aïeul Koubelaï-khan a été chrétien (Nicolai, III, 1. 1, ep. cur., ep. XIV;
Rayn., an. 1278, n. 21). 11 est vrai que de ces sentiments à l'acceptation du bap-
tême, il n'y avait souvent qu'un pas : un mandataii-e d'Abaka au concile do
Lyon fut baptisé avec deux autres seigneurs tatars (Rayn., an. 1574, n. 22). —
Sur Ahmed (ou Tagoudar) voir Hayton, ch. 37; Sanuto, 1. III, part. XIII, ch. 8;
Rayn., an. 1284, n. 30-31. — Sur Argoun (Reg. Honorii, 1. I, p. 128; Nicol., IV,
1. I, ep. cur. XVII; 1. IV, ep. cur. 21 et 66; Rayn., an. 1285, n. 78-80, an. 1291,
n. 32). Sur toute cette époque (Hist. de Mar Jabalaha III, trad. du syriaque par
J.-B. Chabot, Paris, Leroux, 1895, Extrait de l'Orient Latin, avec pièces en
append.); un résumé de cette histoire avait été fait par R. Duval, d'après le
374 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
S 38. Grégoire VII d'Anazarbe (1293-1307); il lève l'ex-
communication contre le pontife d'Aghtamar ; son catholi-
cisme intégral; opposition d'Etienne Orbélian. — Livrés par
leur isolement même à d'anciens préjugés, surveillés de près
par leurs maîtres devenus musulmans, les Arméniens orien-
taux furent encore plus portés à témoigner leurs dissentiments
à l'égard du catholicos, après que celui-ci eut transféré son
siège à Sis. Grégoire 'VII, pourtant, ne négligea rien pour dis-
siper leurs préventions : comme Sis était beaucoup plus éloigné
que Hromgla d'Aghtamar, et que, par conséquent, la supré-
matie du premier siège recevait maintenant une moindre
atteinte des prétentions du siège rival établi dans le lac de
Van, Grégoire cessa de traiter en schismatique le titulaire
d'Aghtamar* et de lui dénier toute juridiction. Mais il ne lui
suffisait pas de travailler à éteindre les dissensions entre Ar-
méniens; il se préoccupait aussi de raffermir les liens de son
Église avec le pape qu'il considérait comme « sa tète », « son
chef », qu'il proclamait le chef de rÉglisc universelle ortho-
doxe, le successeur de Pierre, le vicaire de Jésus-Christ.
Les extraits de ses lettres, que nous a conservés la corres-
pondance de Boniface VIII, attestent que, sur toutes les ques-
tions dogmatiques, il fut en parfait accord avec lui et que,
même sur certains points de discipline, il se plut à penser
comme les Latins. Il ne se borna pas à reconnaître que son pré-
décesseur n'avait pas eu le droit d'accorder à Sempad et à
Isabelle la dispense pour se marier (I). Dans son mémoire
texte de Bedjan (Journ. AsiaL, avril, mai, juin 1889). — Sur les mœurs et les
superstitions des Mongols, par où s'expliquent en partie leurs préférences pour
le mahométisme (Ilayton, ch. 48; Marco Polo, ch. *J4). — Sur Kazan (Sanuto,
1. III, p. XIII, ch. 9-10; Villani, 1. VIII, ch. 33; Hayton, ch. 41 et suiv.). Darras,
Hist. eccl., XXX, 109, a admis la conversion de Kazan. — Karbendeh, d'après
Hayton (ch. 45), persévéra dans la foi chrétienne, tant que vécut sa mère, Ou-
rouk, de la tribu des Turcs Kéraïtes, convertis au christianisme vers 1007 par
l'évèque de Merv. Sur Karbendeh, voir Notices sur les monnaies mongoles,
(Journ. AsiaL, mai-juin 1896); Hisf. de Siounie d'Orbelian, ch. 71, p. :265 (trad.
Brosset, S.-Pétersb., 1864); Bar Hebr., Chron. écoles., II, 279.
(1) Epist. Bonifat. ad Sempad et Isabellan, quibus dispens. concedit; epist.
Sancta Romana Ecclosia (IV id. octob., ann. IV, li oct. 1298); Bonifat. epist.,
1. IV, ep. 261, au roi Sempad : Regiae serenitatis; ep. 268: On voit que le roi
arménien Sempad dans son ambassade au pape, s'était déclaré fils dévoué de l'Église
romaine. — Cf. epist. : Ex Litterarum tuarum ad Greg. (Vil Kalend. nov. ;
an. IV, 26 oct. 1298; Rayn., an. 1298, n. 16-2U. Les anciens canons arméniens
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 375
adressé à Héthoiim et à Léon, il montra que, pour se conformer
à Tancienne tradition arménienne et à l'autorité de l'Église
romaine, il fallait mêler un peu d'eau avec le vin du Sacrifice,
supprimer l'addition faite au Trisaglon et célébrer les fêtes de
l'Annonciation et de la Nativité à la même date que les Latins.
Cette déclaration révélait chez son auteur beaucoup de fran-
chise, de courage et un grand désir de consolider l'union avec
Rome. Elle fut cependant vivement attaquée : on devait s'y
attendre. Plusieurs évêques de l'Arménie septentrionale, ayant
appris l'élection et la profession de foi catholique de Gré-
goire VII, s'étaient aussitôt réunis en conciliabule, dans la
province de Siounik. Là, ils avaient rédigé contre Grégoire
une lettre pleine de reproches, dans laquelle ils le sommaient
de se rétracter. Cette protestation, à laquelle le catholicos ne
répondit pas, avait pour auteur le chef du conciliabule, le tur-
bulent métropolitain de Siounik, Etienne, de la célèbre famille
Orbélian. Jadis sacré par le catholicos Constantin II, puis con-
current de Grégoire VII au trône patriarcal, il en avait été
écarté à cause de son arrogance et aussi, selon toute vraisem-
blance, à cause de ses tendances schismatiques. A la suite de
cet échec, pour satisfaire à la fois ses rancunes et son zèle mo-
nophysite, il lança contre Grégoire un écrit injurieux sous le
titre de Tserragan (Manuel). Ce libelle, quoique fort vanté par
les monophysites, leur gagna peu de partisans. Même dans
l'Arménie orientale, maints vartabeds approuvaient Grégoire :
le célèbre moine Jean d'Erzenga l'appelait « le père de l'ortho-
doxie, le gardien de la foi et le vaillant champion de la sainte
Église ». Ce qui prouve bien que, dans toute l'Arménie, la
majorité soit du peuple et de la noblesse, soit du clergé était
bien gagnée à la cause de l'union religieuse, ce sont les aveux
pleins de dépit que cette constatation arrachait à Etienne Orbé-
lian. Du fond du monastère de Dathève où il résidait, le mé-
tropolitain de la Siounie s'écriait en gémissant : « La Cilicie
entière est tombée, elle qui était le centre de la gloire armé-
nienne » ; les grandes villes au pouvoir des Romains (des
n'interdisaient pas seulenitnit le mariage en deçà du sixième degré de consan-
guinité; ils imposaient une pénitence de trois ans à ceux qui contractaient un
second mariage; les troisic nés noces étaient absolument interdites (Voir Sebeôs,
Hisl. d'Héraclius, III, x.xxiu, trad. Macler (Paris, 1904), p. 126.
376 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Grecs) sont aussi, selon lui, dans Terreur. Bien plus, continue-
t-il, l'erreur s'étend jusque parmi nous ; on la prêche publique-
ment dans la ville royale de Tiflis, dans Ani, l'antique rési-
dence des Pagratides, au pays de Schirag ; elle a pénétré dans
Tauris et beaucoup d'autres endroits... Et l'ardent monophy-
site résume ses doléances par cette plainte, hommage invo-
lontaire au progrès réahsé par la cause de l'union religieuse :
« Qui, parmi les Arméniens, est resté attaché à la foi de ses
pères? Il n'y en a qu'un petit nombre; encore sont-ils cachés
dans quelques coins obscurs (1). »
§ 39. Concile de Sis (1307); accord sur les dogmes; ré-
formes disciplinaires; les dissidents compromis dans le
massacre des princes; patriarcat de Jérusalem. — Gré-
goire VII mourut au moment où il venait de convoquer un
concile pour régler tous les points en litige. La réunion qu'il
avait projetée et dont il avait élaboré le programme se tinta
Sis, dans la cathédrale de Sainte-Sophie (1307). Elle s'ouvrit
durant la vacance du siège patriarcal, sur lequel Léon, Héthoum
et les Pères de Sis allaient appeler Constantin III de Césarée
(19 mai 1302-1322). Le 19 mars, dimanche des Rameaux,
on lut publiquement le mémoire de Grégoire VII d'Anazarbe;
et les Pères adoptèrent les réformes qu'il préconisait (2).
L'esprit catholique était si ardent chez la plupart d'entre
eux, les politiciens avaient une si claire intuition et un senti-
ment si vif de la nécessité d'un complet accord avec les Latins,
que non seulement ils acceptèrent les décisions des sept pre-
miers conciles œcuméniques et souscrivirent notamment aux
dogmes définis de la dualité des natures, des volontés et des
(1) Liber H cotiira Diophys., cap. ult. ; dans Galanus, t. II, p. G7-68. Ter--
Mikélian, op. cil., p. 119-121 résume la lettre d'Orbélian à Grégoire.
(2) Epist. Clemenlis F ad Greg. VII; Burdigahï, Nonis .Jiilii (7 juillet), an. 1306;
Wading, Ann. min., ann 1306, n. 26. Sur les événements qui précèdent et ceux
qui vont suivre, voir encore Hayton, comte de Goriglios, de la famille princière
Héthoum de Lampron (il figure dans les Hisl. des Crois., t. II des Documenis
armén., dont 31. Kohler vient d'achever la publication). Vers l'an 1305, Hayton
prit, sous le nom d'Antoine, l'habit des Prémontrés dans le couvent de l'Epi-
phanie à Chypre. 11 se rendit plus tard auprès du pape Clément V à Avignon,
puis se retira dans un couvent de son ordre à Poitiers. Outre une tablg chrono-
logique (Doc. armén., I), il écrivit ['Histoire que nous signalons sur les Tartares
et le Soudan d'Egypte (voir t. II des Doc. armén.).
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 377
opérations en la personne du Christ, mais, Taccord dogmatique
une fois établi, ils voulurent réformer quelques-uns de leurs
usages liturgiques sur le modèle « de la grande et sainte Église
catholique romaine «; ils étaient d'ailleurs persuadés que cette
uniformité avait existé au temps de saint Grégoire l'Illumi-
nateur (1).
On prescrivit de mêler un peu d'eau avec le vin au Saint
Sacrifice. La célébration de la fête de l'Annonciation fut fixée
au 25 mars, celle de la Nativité au 25 décembre, celle de la
Purification au 2 février, celle de l'Assomption au 15 août,
celle de l'Exaltation de la Sainte Croix au 14 septembre, etc..
On ordonna d'ajouter le nom du Christ aux invocations qui ne
pouvaient convenir à la deuxième personne de la Sainte Trinité
qu'en raison de l'Incarnation; on décréta enfin que le jeûne de
la Nativité commencerait le 19 décembre.
L'adhésion de vingt-cinq évêques, de dix-sept vartabeds, de
plusieurs abbés ou supérieurs de couvents, qui formaient la
très grande majorité des membres du concile, ne suffit pour-
tant pas pour faire taire les opposants. Plusieurs, surtout parmi
les Arméniens orientaux, protestèrent vivement, comme nous
l'avons raconté au dernier article résumant les événements
politiques de cette époque. Il semble même que certains
adversaires, aveuglés par la passion, portèrent à son paroxysme
par leurs rapports envenimés la haine du général mongol
Bilarghou contre Héthoum et Léon, et furent en partie respon-
sables de leur assassinat (17 nov. 1308; voir art. I, | 32).
L'irritation de la minorité dissidente ne se calma pas pendant
(1) UL hu^ lujé-d CfiuiF luèkui jù^ piunblftuntLnLphiUtu II. 'A moliu^
uncpp II. nLqiiiUifiiun. tfk^fi b^bq^kgLnjii ^nnilirujj ; Et IIOUS SOmmes à
présent d'accord (même) pour la discipline et la célébration des fêtes avec la
sainte et orthodoxe grande Église romaine, up. cil., t. 1, p. 468. — Et cet accord
dans la foi, cette étroite union furent pleinement confirmés par les Pères et les
docteurs réunis à Adana : bc iTb^p utum dnq^nif^buji builtubnuinuD^
ilujpq-iumbtn^p^ II. ^uijpp l^tuUn'libir _p C,piiitr lu jb/nif^ qiuju. qh
^punruÂM^pU uin-tuÇ^îi J nqnilnjii upuutnLbunbij bnpbi. quiLbuiuipuAt-
utl^iuii II. qtunuL^pbpMjl^nAi C^piuiFutU : — II va sans dire que les Pères de
Sis et d'Adana expriment par les termes arméniens techniques l'union sans
confusion des deux natures en la personne du Christ. D'un accord unanime
ils prescrivent de dire : ff iPfi uAtShuLLnpnLp^fniJh ^pbutnnuh hbi Lhl
pJtnLp-ftLb'b ifiuuU uih^tfinp J fiiuunpnLpbiuhii^ op. cit., p. 501.
378 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
les années qui suivirent. Elle se manifesta par un autre événe-
ment, grave aussi, quoique d'un caractère différent : l'an 1311,
l'évêque de Jérusalem, Sarkis, rejeta les décrets de Sis. Encou-
ragé par les moines du couvent Saint-Jacques, et soutenu par
le sultan d'Egypte, Nasser Mohammed, qui était le maître de
Jérusalem et le bourreau de la Cilicie, Sarkis érigea son évèché
en patriarcat. Ce catholicat purement nominal subsiste encore
aujourd'hui.
I 40. Le concile (TAdana (1316) confirme celui de Sis.
Minorité des opposants; arguments de ces derniei^s pour
maintenir leur Eglise isolée; leur obstination. Zèle des papes
pour Vunion et pour la défense de l'Arménie. — Oschïn
suivit la politique religieuse de son prédécesseur et seconda les
efforts du pape Clément V. Persuadé que l'autorité d'un nou-
veau synode ferait taire les récalcitrants, il encouragea Cons-
tantin m à le réunir. Dix-huit évoques, cinq vartabeds et deux
abbés de couvent s'assemblèrent à Adana, dans l'église du
palais royal (1316). Ils confirmèrent toutes les décisions du
concile précédent et les complétèrent (1). Comme il avait été
convenu, on corrigea ainsi l'addition au Trisagion : « Dieu
saint, saint et fort, saint et immortel, ô Christ, qui avez été
crucifié pour nous, ayez pitié de nous. » Ces corrections avaient
été faites avec l'approbation de la plupart des évêques, à la
grande satisfaction du roi Léon et d'Héthoum son père
qui avaient assisté au synode de Sis. Il semble aussi qu'elles
furent acceptées sans murmure par la plupart des clercs et des
seigneurs et même par la majeure partie du peuple arménien.
Les mécontents ne formaient qu'une m.inorité, mais une mino-
rité très remuante. Ouvertement en révolte contre l'autorité
des deux derniers synodes nationaux, ils continuèrent d'attri-
buer au Christ une seule nature après l'union; ils ne firent
pas précéder du nom du Christ l'addition au Trisagion; ils
persistèrent à unir dans une même fête, au 5 janvier, la Nati-
(1) Voir le Mémoire de Grégoire VII dans Galanus (in-l", Rome, 1690), c.
xxvii, p. 435 et suiv.; les actes du concile de Sis reproduits par Galanus sont
plus corrects chez Balgy (Append. YIII), Héfélc, Conciliengesch., V éd., t. VII,
p. 4-25; Mansi, t. XXV, p. 133-148. — Pour le concile d'Adana, Mansi, XXV,
559 et suiv., 655-670; Héfélé, VII, 504; Galanus, 471-507; Ba'gy donne le texte de
Galanus corrigé (Append. IX).
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 379
vite et rÉpiphanie. Ils n'accusaient pas seulement le roi et le
patriarche de modifier les usages religieux et disciplinaires de
l'Église arménienne : à leurs yeux, c'était encore un crime
d'adopter soit la langue, soit quelque coutume civile ou poli-
tique des Latins, comme de s'habiller à la franque, de rédiger
les actes de la chancellerie royale en trois langues : arménienne,
latine et franque (1).
(I) Quelques auteurs grégoriens de nos jours ont voulu faire remonter jusqu'à
Tiridate et surtout à Grégoire l'Illuminateur ce particularisme étroit qui inféode,
enlace l'Église à la nationalité, la solidarise avec ses sympathies et ses des-
tinées, l'isole ainsi de l'Église catholique (Ter-Mikélian, ouv. cité, p. 10, 29, etc.)-
On affirme même que Grégoire ne connut d'autre autorité que celles des Écri-
tui'es (ibid., p. 29). —' C'est là un point de vue sj'stématique, en désaccord avec
les faits. Il est vrai que Tiridate dote richement les églises fondées par Grégoire
et consacre au culte chrétien la plupart des établissements affectés au culte
païen; il est vi-ai encore que Grégoire recrute les prêtres, surtout dans les
anciennes familles sacerdotales converties du paganisme. Mais, tout cela, quoi
qu'on dise, n'entraîne pas foixément la nationalisation ou la Imcisalion d'une
Église. L'abus même jadis en usage chez les Arméniens (et qui a parfois existé
dans toute la chrétienté), l'abus de réserver les suprêmes dignités ecclésiastiques
aux membres de certaines familles n'emporte pas davantage avec lui la nationa-
lisation d'une Église. — Un coup d'œil jeté sur l'histoire de l'Arménie du iv" au
vi" siècle prouve bien que Grégoire et ses premiers successeurs furent au con-
traire animés d'un esprit catholique. Sans doute, nous ne soutenons pas que
Grégoire était grec (V. Rj^ssel, Georgs des Araberbishofs Gedichle wid Br'iefe,
Leipzig, p. 54, où il est dit : « Gregor, der die Armenier bekehrte... war, wie aus
den Angaben Geschichtsberichts iiber ihn hervorgeht, seinem geschlechte nach,
ein Riimer »). Ce qui est vrai, c'est qu'élevé à Césarée, il reçut une éducation
profane et ecclésiastique toute grecque. Plus tard, l'apôtre modela l'Église
arménienne sur l'Église grecque, alors unie à l'Église romaine. Loin d'être
exclusif, il emprunta une partie de la liturgie à l'Église syrienne, également
catholique. Surtout dans l'Arménie méridionale, toute pénétrée de l'influence
syrienne, il approuva l'usage de la version syrienne de la Bible et l'emploi de
l'alphabet syrien; il choisit parmi les Syriens plusieurs de ses principaux colla-
borateurs, entre autres Daniel, qu'il consacra chorévêque du pays de Daron
(Faustus Byz.,III, 14). — Sur les noms liturgiques d'origine grecque, voir Broc-
kelmann, Die ijriechischen Freindioôrter in armenischen, ZDMG., XLVII, p. 1-42;
sur les noms liturgiques d'origine syriaque, llubschmann, ZDMG., p. 226:
Armenische Grammatik, I, p. 299.
Non seulement Grégoire, mais aussi presque tous ses. premiers successeurs
allèrent demander leur consécration archiépiscopale à l'e.xarque de Césarée
jusque vers l'an '367 ; vers cette époque, le roi Arsace II ayant exilé le catholicos
Nersès le Grand, mit à sa place Kounak (Faustus, IV, 5). Le roi Bab poursuivit
cette organisation ébauchée d'une église strictement nationale; il détruisit les
institutions florissantes : écoles, hôpitaux, couvents que Nersès avait imitées des
Grecs (Faustus, V, 31). Pour opérer cette révolution, la royauté s'appuya sur la
famille Aghbianos, probablement syrienne d'origine; plusieurs des m-^mbres de
cette famille furent substitués dans la charge de catholicos aux descendants de
380 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Quant aux arguments dont les séparatistes étayaient leurs
thèses, ils n'étaient guère convaincants sans doute, mais ils
Grégoire, dont les sympathies gréco-romaines étaient bien connues. De leur
côté, les Aghbianos, espérant sans doute fixer dans leur famille le pontificat
suprême des Arméniens, secondèrent ces vues d'une Église nationale, ou plutnt
d'une Église indépendante des Grecs.
A ces causes de schisme, il faut en ajouter d'autres d'ordre politico-religieux :
au moment où Arsace rompait avec Nersès le Grand et l'exarque de Césarée, le
sentiment national arménien avait quelque sujet d'être mis en émoi par les
empiétements du patriarche de Constantinople. Celui-ci prétendait posséder
■ dans sa ville, depuis l'an 357 les restes de saint André; de ce chef, il prit le
titre de patriarche, s'arrogea la prééminence sur les sièges de Césarée et
d'Éphèse, et prétendit étendre sa juridiction sur les diocèses du Pont et de
l'Asie. — Dès cette époque, les Arméniens ne se plaignirent pas moins des
Grecs, au point de vue politique : placée entre Byzance et la Perse, et comme
le raconte Faustus (V, 33), ne pouvant vivre sans l'appui de l'une ou de l'autre,
l'Arménie se vit abandonnée par la première sous Valens, qui céda à Sapor
Medzbin (Nisibe) dans l'Arévastan, Aghtznik ou la Mésopotamie arménienne et
une partie de l'Arménie proprement dite (Faustus, IV, 21); les Arméniens ren-
dirent également Byzance responsable du partage de l'Arménie entre les Arsa-
cides, après la mort de Varaztad.
Les adversaires de l'influence grecque lui opposèrent naturellement l'influence
et la culture syrienne, qui avait joué un rôle très important lors de la conver-
sion et de la première organisation religieuse de l'Arménie, surtout dans les
provinces méridionales. Le parti arméno-syrien ou soi-disant national, pour
résister à l'empereur, chercha l'appui du roi de Perse; et celui-ci à son tour
s'efforça d'exploiter à son profit toutes ces influences et de les tourner contre
son rival. — Tandis que les Grecs proscrivaient l'alphabet et les écrits syriens,
en usage pour la liturgie arménienne, un parti nationaliste arménien, allié au
roi de Perse et ayant à sa tête Méroujan Ardzrouni, brûlait tous les écrits en
grec. Vers la fin du iv^ siècle, la septième année du règne de Bahram Schapour,
Mesrob était parvenu à compléter l'alphabet ai'ménien à Samosate, en Syrie.
Sahag voulut introduire ces réformes dans les provinces arméniennes sou-
mises à Byzance ; le gouverneur grec s'y opposa. Sahag ayant fait parvenir ses
doléances à Théodose le Jeune, celui-ci, dans sa réponse, se plaignit d'abord
que Sahag l'eût dédaigné pour s'attacher à un roi païen (le roi de Perse) et que
Mesrob eût cherché conseil auprès des Syriens au lieu de consulter les savants
grecs; mais, ajouta l'empereur, Mesrob ayant expliqué que son invention était
due à la grâce divine, il a, lui Théodose, donné l'ordre à tous ses sujets armé-
niens d'accepter l'enseignement de Sahag et de Mesrob; et il leur décerne à
l'un et à l'autre le titre de docteur (voir Ciorioun; Mo'ise de Kh., III, 53, 57,58).
A partir de cette époque, il y eut chez les Arméniens les plus éclairés une
sympathie plus marquée pour les Grecs et pour le maintien de l'union religieuse.
La génération des écrivains qui constitua l'âge d'or de la littérature reçut une
culture grecque. C'est la génération qui sera témoin et partie dans la lutte
héroïque, résumée par le grand nom du patriarche Joseph, ancien disciple de
Sahag et de Mesrob. Pourtant le parti arméno-syrien n'a pas désarmé entière-
ment; il obtient du roi de Perse l'exil de Sahag et son remplacement par des
patriarches d'origine syrienne. Ce même parti, qui poursuivra de ses jalousies
la brillante école des traducteurs, va frayer la voie à ceux qui pour la première
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE L'ARMÉNIE. 381
suffisaient à des volontés déjà conquises avant examen. A les
entendre, ils n'employaient pas d'eau dans le saint sacrifice,
parce qu'elle se corrompt aisément, puis parce que Jésus-Christ
n'aurait employé que du vin pur en instituant la sainte Eucha-
ristie, enfin parce que saint Jean Chrysostome aurait condamné
comme hérétique l'usage de l'eau. Les catholiques, il est vrai,
n'avaient point de peine à réfuter ces pauvres raisons. Ils répli-
quaient justement : est-ce que le vin aussi n'est pas corrup-
tible? Quelques gouttes d'eau en changent-elles la nature? Ils
montraient que, d'après les Pères de l'Église, les Atlianase, les
Basile, les Irénée, les Grégoire de Nazianze, les Jérôme dési-
gnent le vin du Sacrifice sous le nom de calix mixtus; termes
qui indiquent un vin coupé de quelques gouttes d'eau. Quant
à saint Jean Chrysostome, on faisait voir, conmie nous l'avons
dit, qu'il condamnait seulement certains hérétiques successeurs
des Ébionites, dont la principale erreur consistait à ne recon-
naître en Jésus-Christ que la nature humaine et à symboliser
leur fausse croyance dans leur liturgie, en employant l'eau
seule, à l'exclusion de vin (Épiphane, Hœres., XLVlet XLVIl)-
Les dissidents prétendaient que ceux qui célébraient à quel-
ques jours d'intervalle la Nativité de Notre-Seigneur et l'Epipha-
nie (baptême), scindaient Jésus-Christ en deux personnes comme
les Nestoriens. Leurs adversaires ne rejetaient pas seulement
cette prétendue conséquence de la coutume religieuse qu'ils
rétablissaient; ils prétendaient en outre qu'avant les conciles
d'Éphèse et de Chalcédoine, toutes les Églises étaient unanimes
à célébrer la Nativité le 25 décembre et l'Epiphanie le 6 jan-
fois consommeront le schisme arménien (voir sur ces rivalités Lazare de Pharbe,
c. 10, 11, 15, 65, et la lettre de cet auteur imprimée à la suite de son Histoire,
Venise, 1891, p. 641-691, surtout p. 686).
Si Byzance n'avait pas craint d'appuyer la résistance admirable des Armé-
niens contre le mazdéisme imposé par les Perses, le schisme arménien aurait
été, à tout le moins, longtemps ajourné; les évêques arméniens du vi" siècle
auraient vraisemblablement repoussé les avances des monophysites julianistes
comme Sahag, Mesrob et leurs disciples avaient repoussé les Messaliensau synode
de Schahapivan, et comme, sur l'invitation de Proclus et d'Acace de JMélitène,
ils avaient condamné Théodore de Mopsueste et Ncstorius. (Ailleurs, nous avons
renvoyé à la lettre de Proclus en latin dans Mansi, V, 421-438; on la trouve en
syriaque dans VHist. ecclés., dite de Zacharias le rhéteur, dans Land : Anecdola
syriaca, III, 2'', p. 103-115, trad. allem. par Ahrens-Kriiger, Leipzig, 1899,
p. 27*-41*;en arménien dans le livre des Épîtres : q/'i'.fi PlP"!Ji Oirk teghlotz,
Tiflis, 1901, p. 1-8).
382 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
vier; puis, présentant tout le débat sous le jour qui réclairait
le mieux et pouvait plus aisément dissiper de regrettables
malentendus, ils montraient que les déchirements politiques de
l'Arménie, la pression des Perses — et ils auraient pu ajouter
certaines préventions plus ou moins fondées contre les Grecs —
avaient empêché les Arméniens soumis à la Perse d'assister au
concile de Chalcédoine, d'en connaître et d'en bien apprécier les
décrets.
Mais ces réponses, qui avaient persuadé Nersès Schnorhali
et d'autres personnages les plus éminents de l'Arménie, fran-
chissaient à grand'peine l'Euphrate, ou du moins TAraxe, qui
protégeait les principales forteresses du schisme; et si elles ar-
rivaient jusque-là, avant d'être prises en considération par l'in-
telligence elles se heurtaient à des volontés rebelles. — Toutes
ces récriminations, cependant, ne paraissent pas avoir ébranlé
la ferme résolution de Constantin III et d'Oschïn. A peine monté
sur le trône, ce dernier s'était tourné vers le pape Clément V
et l'avait pris pour arbitre dans ses démêlés avec Henri, roi
de Chypre. Il avait également sollicité l'autorisation de gardera
sa cour six franciscains, à l'exemple de son prédécesseur (1312).
Clément V lui avait accordé cette dernière faveur, et s'il n'avait
pu terminer le différend entre le roi d'Arménie et celui de
Chypre, il l'avait du moins assoupi pour un temps.
De sa résidence d'Avignon, le successeur de Clément V,
Jean XXII, entretint avec Constantin III et surtout avec Oschïn
des relations tout aussi intimes, ayant toujours le même objet
de la part du pape : souci de ranimer chez les Arméniens la foi
catholique dans toute son intégrité, et, moyennant cette condi-
tion, préoccupation constante de leur susciter de puissants
protecteurs, afm de les sauver. En 1317, Jacques, évêque de
Gaban, fut envoyé vers Jean XXII par Oschïn et fit une profes-
sion de foi catholique.
Jean XXII en fut satisfait. Il manifesta seulement le désir
que l'administration de la confirmation et la consécration de
(1) Relations avec Clément V, lib. VI, epist. 773, 774, 787; Raynaldi, an.
1311, n. 77. — Relations avec Jean XXII, ep. 782; t. I, ep. secret. 371, etc.;
Raynaldi, an. 1418, n. 8-17; an. 1319, n. 16 et suiv.; an. 1.321, n. 5-14, surtout 8,
11, 13; an. 1322, n. 32-41; an. 1323, n. 4-14, 35, 41; an. 1331, n. 30; 1332, n. 1;
1333, n. 12, 31-13.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 383
l'huile, dont on se sert pour l'extrème-onction, au lieu d'être
accomplies par un simple prêtre, fussent réservées aux évê-
ques, Jacques, au nom du roi et du patriarche, souscrivit à ses
vœux.
Le meilleur moyen de raffermir et d'étendre l'union reli-
gieuse ainsi établie, c'était sans doute d'avoir une langue com-
mune, qui put servir aux rapports d'ordre ecclésiastique et fa-
ciliter aux Arméniens la connaissance de la tradition et des
enseignements de l'Église romaine : c'est pourquoi le pape
pria Oschïn de céder aux Frères prêcheurs, dans Aïas, la place
suffisante pour un collège, où ils enseigneraient aux jeunes
Arméniens les lettres latines (1318). De semblables établisse-
ments existaient déjà en Cilicie; mais la ville d'Aïas, la plus
commerçante de la côte, offrait à cet égard de particuliers
avantages, à cause du grand nombre d'étrangers, qui y af-
fluaient.
Persuadé que ces petites concessions étaient pleinement con-
senties parles chefs politiques et religieux de la Cilicie, Jean XXII
mit tout en œuvre pour secourir les Arméniens; il envoya un
délégué pour arranger le différend qui venait de renaître entre
Oschïn et Henri II de Chypre (1318); il empêcha les Génois d'at-
taciuer Chypre et les Cypriotes d'attaquer les Arméniens. Oschïn
de son côté fut si pénétré de reconnaissance et de respect pour
le pape qu'on le vit, l'année même de sa mort (1320), lui de-
mander d'être dispensé du jeûne et de l'abstinence, en raison
de ses infirmités.
Pendant la minorité de Léon V, fils d'Oschïn, le pape mit
enfin un terme aux longs démêlés de Chypre avec la Cilicie. Il
fit si bien que le roi Henri II, oubliant ses griefs contre les
Arméniens, marcha à leur secours et attira même sur son île
les armes victorieuses des Égyptiens (1322-1323; Raynaldi,
an. 1323, n. 9). Le pape ne se contenta pas de faire remettre
30.000 pièces d'or aux Arméniens, dont il célébrait la constance
dans la foi; il parvint aussi à leur assurer pour un temps la
protection du Khan Abousaïd, après l'avoir détaché des Égyp-
tiens.
§ 41. Obstacles à V union en Occident et en Orient, vio-
lences des dissidents; instructions du pape; la Cilicie et
quelques régions de la Grande- Arménie restent catholiques.
384 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
— Malheureusement, les efforts du pape étaient mal secondés,
soit par les chrétiens d'Occident, soit par ceux d'Orient. Ses
appels aune croisade n'étaient pas entendus; la défense qu'il
avait faite aux commerçants chrétiens de trafiquer avec les
Sarrasins n'était pas généralement respectée. Les Génois lui re-
présentèrent comme imminente la ruine de leur commerce, et,
si l'on excepte les armes, le fer et le bois pour les constructions
navales, ils obtinrent de porter leurs marchandises à Laodicée,
accessible au sultan d'Egypte, et où ils entraient en relations
avec les Perses, les Tatars, les Indiens (132G).
Les chrétiens orientaux n'étaient d'ailleurs pas plus empres-
sés à s'unir contre les musulmans que les occidentaux. Même
en Arménie, la guerre des schismatiques contre les catholiques
persistait, tantôt en paroles, tantôt en actes et à main armée.
Comme la pratique de mêler un peu d'eau avec le vin du
Sacrifice était l'un des usages par lesquels se trahissait le plus
clairement aux yeux de tous la foi des prêtres catholiques,
plusieurs de ceux-ci furent chassés de leur église par des gens
que les meneurs schismatiques avaient fanatisés. L'évèque
Grégoire de Garin fut tué pour cette même raison, si l'on en
croit le continuateur de la chronique de Samuel d'Ani {Brosset,
p. 479). Les préjugés schismatiques étaient si enracinés au
cœur d'une partie de la population, et surtout chez certains
moines, que les rigueurs d'Oschïn et de Léon V contribuèrent
à aigrir les esprits, à exaspérer les résistances bien plus qu'à
les apaiser. La lettre de Jean XXII « à ses vénérables frères »
les archevêques et évêques de la Grande-Arménie, l'archevêque
d'Aghtamar, l'évèque Zacharie d'Arjisch, Zacharie de Nakhi-
tchévan, Thaddée de Paca van et aune dizaine d'autres évêques de
la partie de l'Arménie soumise aux Tatars, leur montre la né-
cessité deresserrer les liens de leurs églises avec le siège patriar-
cal de Sis et avec Rome, centre de la catholicité. Il leur rappelle
que le baptême ne se réitère pas; il résume la doctrine catho-
lique sur le purgatoire, l'efficacité du saint sacrifice en faveur
des fidèles défunts, sur le bonheur des saints, qui dès mainte-
nant contemplent Dieu face à face, enfin sur le nombre et la
nature des sacrements. Les légats pontificaux Pierre et Jacques,
de l'ordre de Saint-François, étaient chargés de compléter ces
instructions. — Le même pontife, dans deux autres lettres,
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 385
écrites aussi d'Avignon et dont Tune est datée du X des Kalendes
de décembre (22 novembre) 1321, exhortait au repentir les dis-
sidents qui, s'unissant aux musulmans, avaient chassé de leur
siège Etienne, évêque de Sarai, au nord de la mer d'Azof, et
Arachiel, archevêque des Arméniens en Crimée (Armenorum in
Gazaria archiepiscopum). Malgré la pression que subit le clergé
dans ces contrées, il persiste à recommander de mélanger un
peu d'eau avec le vin du Sacrifice : à ses yeux, ceux qui n'em-
ploient que du vin pur entendent, par cet usage, exprimer leur
foi monoph3^site.
Mais il serait injuste de rendre la Cilicie solidaire des ten-
dances schismatiques qui s'affirmaient nettement dans quel-
ques parties de la Grande-Arménie. On voit par la correspon-
dance de Jean XXII que ce pape regarde le roi Léon, le comte de
Gorighos, Osclïin, les barons et en général les fidèles de la
Cilicie « comme des athlètes invincibles de la foi catholique »...
dont la constance est, depuis des siècles, connue dans le monde
entier. Il invite, il est vrai, les prélats à réformer par leurs
exemples et leurs instructions les mœurs de leur peuple, afin
d'attirer sur le royaume la protection divine; mais, de schisme
ou même d'erreur doctrinale, il n'en est pas question.
L'orthodoxie du catholicos Constantin IV Lampronatzi (1322-
1326) et des Arméniens en deçà de l'Euphrate, ressort aussi, du
moins indirectement, d'une autre lettre de Jean XXII datée des
Kalendes de janvier (I""" janvier) 1323 et adressée au patriarche
arménien, à la requête de députés arméniens orientaux. Le pape
vient de nommer Guillaume à l'archevêché de Sultanieh (sur
la front, occid. du Khorassan) afin de donner une direction et
un appui au mouvement de retour vers l'Église catholique, qui
se propage parmi les Arméniens de Perse. Or, le pape recom-
mande à « son vénérable frère, le patriarche Constantin » de
faire ce qui convient à un Tprélat catholique , tel que lui, dont
la dignité est hors de pair dans cette partie de l'Orient ; en
d'autres termes, il prie le catholicos de faciliter par ses lettres
et ses messagers la tâche si importante contiée à son légat, l'ar-
chevêque de Sultanieh. — Des lettres du même pape au roi
Léon et au catholicos Jacques II leur recommanderont avec
non moins de confiance certains missionnaires franciscains
envoyés en Tartarie. — Rapprochons de ces témoignages les
ORIE.NT CHBÉTIE.X. 25
386 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
appels de Benoît XII aux Siciliens, auxRhodiens, aux Cypriotes,
aux Anglais et surtout aux Français, en faveur de l'Arménie,
ou, dit-il, « règne la foi catholique », et « qui reste le seul point
d'appui pour la délivrance des Lieux Saints ». Rappelons-nous
les paroles émues par lesquelles Benoit XII relève le courage de
la reine Constance (16 avril 1336), la décision enfin, par laquelle
en qualité de chef de l'Église, il déclare nul, comme extorqué
par une injuste violence, le serment de Léon V nu sultan
Nasser, de n'avoir plus aucune relation avec le pontife romain
{V mai 1337) ; et, en présence de tous ces faits, nous aurons le
droit de conclure que, dans le premier tiers du xiv" siècle, la
Petite Arménie restait, dans son ensemble, unie à l'Église ro-
maine.
Toute autre était la situation de l'Arménie orientale : nous
avons essayé de dire pourquoi. — Même là, cependant, les
partisans de l'union, les catholiques n'étaient pas rares; tels
étaient, en général, semble-t-il. les religieux du couvent de
Zorzor : L'archevêque de Saint Thaddée ou d'Ardaz (au delà de
l'Araxe et au pied de l'Ararat), Zacharie surnommé Zorzorein,
et le moine Jean d'Ezenga, célèbre vartabed plus connu sous le
nom de Jean de Zorzor, avaient pris part au dernier concile, au
dire d'un contemporain, Jean de Kerna. L'orthodoxie de Zacharie
avait même été mise en relief par ses disputes avec Etienne
Orbélian. Il est vrai que le nom de Zacharie ne figure point
parmi les signataires des conciles de Sis et d'Adana. Mais,
qu'importe? ce qu'il faut remarquer, c'est que, parmi ceux qui
signèrent les actes de l'un et de l'autre de ces conciles se trou-
vent plusieurs évêques ou vartabeds, non seulement étrangers à
la Cilicie, comme l'évêque Vartan d'Eudocias (Tokat), mais ap-
partenant à la Grande-Arménie : ainsi, Vartan évêque d'Ani,
Jean, évêque de Marantounik dans leVasbourgan, avaient signé
les actes de Sis; Jean archevêque de Daron, Marc évêque de
Cars, Jacques évêque de Salamasd, Constantin, évêque de Ma-
rantounik avaient signé les actes d'Adana.
Beyrout.
F. TOURNEBIZE.
LE CHAPITRE HEPI ANAXaPHTON AFION
ET LES SOURCES DE LA VIE DE SAINT PAUL DE THÈBES (1)
Les traductions latine (2), copte (3) et syriaque (4) de ce cha-
pitre ont été publiées ; il a été remanié et interpolé dans la Vie
d'Onuphrius qui a aussi été publiée (5) ainsi que ses traduc-
tions latine ((3), éthiopienne (1) et copte (7). Il nous semble donc
opportun de couronner la publication de tant de textes par celle
du texte original dont ils dérivent (8). Nous reconnaîtrons là
un des premiers écrits ascétiques de FÉgypte, étroitement ap-
parenté avec la Vie de S. Paul de Thèbes.
(l)'Ce travail est rédigé depuis 1902. — M. Péreira a publié depuis la version
éthiopienne de la Vie de saint Paul de Thèbes et celle de la Vie d'Onuphrius; cf.
infra, page 415, appendice.
(2) L'ancienne version latine a été publiée par Rosweyde, De vilù Palrum,
1. VI, lib. tertius, et reproduite par Migne, P. L., t. LXXIII,col. 1Û04-1014. Nous
publierons le texte grec des anecdotes 9 à 12.
(3) ]\Iingarelli, ^■Egyptiorum eodicum reliquae Venetiis in Bibl. Naniana asser-
vatae, Bononiae, 1785, pp. 337-343. — Les fragments qui nous intéressent ont
été traduits par Amélineau, Voyage d'un moine égyptien dans le désert, tirage
à part du Recueil de travaux relalifs à la philol. cl Varchéol. cg. cl assyr.^
l" année, pp. 28-30.
(4) Bedjan. Acla inarlyrum et sanclorum, t. VII (Paradisus Palrum), Paris,
1897, pp. 252-260.
(5) Acla .S'N. jun., Anvers, 1698, II, p. 519-533 et (nouvelle éd.) t. 111, p. 16-
24. Le texte grec de la Vie d'Onuphrius figure p. 24-30.
(6) Migne, P. L., t. LXXIII, col. 211-222.
(7) Amélineau, dans l'ouvrage cité plus haut.
(8) Cf. Acla S S. junii, t. III, 'p. 21 où il est écrit de notre second l'écit :
Anonymi peregrinalio ejusque de anonymo narratio persimilii; Paphnulianae et
peregrinationi et de Onuphriu narralioni, estque horuin veluli fundamenlu/n.
388 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN,
I. — Époque de la rédaction des premiers
Apophthegmata Patrum.
Il nous faut traiter d'abord des Apoplithegiiiata Patrum,
dont le chapitre irspl ho)a.yii^ç,r~^Z^^) àytwv fait partie. Ce recueil a
été jusqu'ici l'objet de deux publications principales : 1° Une
traduction latine de diverses collections (ï Apophthegmata par
ordre de matières a été publiée par Rosweyde et rééditée par
Migne (1) sous le titre Verba seniorum; 2" Un texte grec d'A-
pophthegmes rangés par ordre alphabétique d'auteurs a été
publié par Cotelier et réédité par Migne (2). Ces deux publica-
tions ne sont pas indépendantes Tune de l'autre, il n'y a même
pas indépendance entre les diverses parties de la première; de
nombreux récits leur sont communs à toutes (3).
Il semble vraisemblable que bien des auteurs en bien des
endroits ont dû rédiger des 'A-osOsvtj.aTa twv ayioiv ITa-Épwv (4)
dont l'ensemble, bien que dispersé dans de nombreux fasci-
cules, formait comme un BiSXisv rspov-r/iv (5) ou une grande
prairie (AstiJ.svâpis;" \iti7.q) (6j où les auteurs postérieurs de-
vaient trouver matière à de nombreux bouquets dans lesquels
ils inséraient toutefois des fleurs empruntées à leurs propres
serres (7). On peut même se demander si, à une certaine épo-
que, vu la vogue de ce genre de littérature, il n'y eut pas dans
certains centres monastiques, des rédacteurs attitrés d'/lpo-
phthegmata comme on avait eu, durant les dernières persécu-
tions, des rédacteurs attitrés des actes des martyrs. On lit en
(1) p. Z,., t. LXXIII, col. 739-1062.
(2) P. G., t. LXV, col. 71-446.
(3) Voir aussi l'excellente étude' consacrée aux Apophlhef/mala Palrum par
Dom Butler, The historla Lausiaca uf Palladius, Cambridge, 1898, p. 208-215. —
Nous ne faisons pas ici une étude approfondie des Apophthegmata, nous nous
proposons seulement d'exposer brièvement les idées que nous a" suggérées la
lecture rapide de plusieurs manuscrits et qui nous seront utiles pour la suite
de ce travail.
(4) Signalés par Jean Moschos, Pralum spirUuale, chap. 112.
(5) Signalé par Moschos, ch. 55, 56.
(6) Photius, Bibl., cod. 198.
(7) Les mss. que nous avons vus diffèrent les uns des autres et ne semblent
renfermer que des collections relativement récentes. La plupart mélangent aux
récits des an«iens pères égyptiens des récits de Daniel de Scété (vi" siècle), du
moine Anastase et de Moschos (vn^ siècle).
LES ANACHORÈTES ET S. PAUL DE THÈBES. 389
effet dans le ms. 159G (p. 652), après le récit de raccoEûplisse-
ment d'une prédiction que fit l'abbé Daniel à l'abbé Palladios (1) :
Kal o\.r,yriGX'^:r,'f AaOpa tw r,-{Z'j[j.ivo) -à ùtto ~o^ ^[épov'oq spaOsvTa
y.ai XaXr^OsvTa 7:plq [J.i. oCo xy.\ ùtq à'^ta y?^'?'^?» èzsTpsd^sv 5 ocièxq
'lïaày. (2) Yp«?'^''2ct y.al TsO'^vai èv ty) (j'ISaw twv GTi[j.zi.oobpijy/ r.x-.i-
p(ov (3), "pb^; C'.7.iGc;j/J;v -/.ai ov^sXsiav tojv £VT'JY"/aviv-(ov.
En somme, nous croyons donc qu'il faut soigneusement dis-
tinguer entre la date des compilations imprimées jusqu'ici, la
date des compilations encore manuscrites, et enfin la date de
la composition des premiers Apopht/iegmata. — Il nous sem-
ble a priori que la rédaction de ces petites historiettes, de ces
courts récits, ou de ces mots édifiants de tel ou tel moine, ne
présentait aucune difficulté et en présentait encore moins en
Egypte que partout ailleurs, car de nombreuses écoles chré-
tiennes, élevées en face des écoles païennes, y formaient, dès
le 111° siècle, des rhéteurs et des sophistes fort aptes à ces
petites compositions.il nous semble donc à priori que la rédac-
tion des Apopht/iegmata doit être considérée comme une suite
naturelle de la rédaction des actes des martyrs et qu'elle a dû
commencer durant la première moitié du iv" siècle (4). —
D'ailleurs, a posteriori, certaine collection était traduite en
latin par le diacre Paschasius vers l'an 500 (5). Nous croyons
aussi (6) que les vitae Patrum mentionnées dans le décret at-
tribué au pape Gélase et par Gennadius au v*" siècle, renfer-
maient surtout des historiettes extraites des Apopht/iegmata ;
d'ailleurs nombre de celles-ci figurent dans des mss. syriaques
écrits en Mésopotamie et datés de 532 et 534 (7), qui supposent
donc une très ancienne diffusion et célébrité de ces écrits
(1) Nous avons publié ce passage ROC. 1903, p. 99.
(2) Le même récit nous apprend qu'Isaac était ■< Thégoumène de Scété ••
d'alors. Cf. Migne, P. L., t. LXXIII, col. 7Ô-2.
(3) Ce livre plus ou moins modifié formait le chap. xviii du manuscrit décrit
par Photius {Bibl., cod. 198). Son titre figure encore dans bien des mss. d'.-l-
pophlhegmata.
(4) Les collections imprimées, seules étudiées jusqu'ici, sont nK'langées d'élé-
ments beaucoup plus récents. — Dom Butler plaçait dans la seconde moitié du
v° siècle la rédaction des Apophl. isolés, loc. cU., p. 213. De même M. Preu-
schen, Palladius und Hufinus, Giessen, 1897, p. 180, 1. 3-7.
(;») Butler, loc. cit., p. 211.
(6) Cf. Migne, P. L., t. LXXlll, col. 13-1 1.
(7) Butler, loc. cil., p. 212.
390 REVUE DE l'orient CHRÉTIEX.
Égyptiens. Nous sommes ainsi reportés, sans cloute possible,
au v'' siècle, mais il est facile de se convaincre que certains
Apophthegmata ont été rédigés au plus tcn^d vers le milieu du
iv*" siècle. Peu de temps après cette époque en effet, vers Tan
lîTl, nous constatons un exode de la jeunesse pieuse et instruite
de l'Italie vers l'Egypte : Rufm s'y rendait avec Mélanie (1),
Jérôme y allait de son côté avec d'autres jeunes gens. Nous ne
croyons pas que la seule Vie de S. Antoine ait pu créer ce
mouvement; pour s'en convaincre il suffit de lire la lettre
écrite à Rufin en 374 par saint Jérôme tombé malade à Antioche
avant d'avoir pu aller en Egypte (2) : Audio te, .Egyptisexreta
penetrctre, monachorum i}wiserechoros, et cœlestem in terris
circumire familiam... Tamdem plénum veritatis pundus eru-
pit. Ruffinum eiiini Nitriœ esse; et ad beatum perrexisse Ma-
carium, crebra commeantium multitudo referebat. Hic vero
tota credulitatis frena laxavi, et tune vere, a^grotiuu me
esse dolui Cet enthousiasme pour les chœurs des moines, et
surtout la mention de Nitrie et de Macaire l'Égyptien supposent
que l'Egypte n'était pas connue des occidentaux par la seule
Vie d'Antoine; d'ailleurs, si on lit attentivement la seule table
de cette Vie (3), on se convaincra, croyons-nous, qu'elle ne
repose pas seulement sur des récits oraux, mais encore sur
des écrits que saint Athanase n'a fait qu'insérer dans sa rédac-
tion (4); enlin, et c'est la dernière raison qu'il nous plaît de
donner parce qu'elle nous semble péremptoire, saint Athanase
écrivait en 357 ou en 365 (5) : n66sv vàp dq xà? S^aviaç y.yX elc
~7.z FaXAr'aç, TTwç c'.ç T"r;v 'Poji^.'/jv y.ai t'J]v 'A9p'.y,"};v àv c^ti 7.£/,pu[j.-
[j.ivc^ xal 7.a6-r,;j.£vcç r,'/,oùi%rt £'. \i:r^ z Ôsbç Y;v b Tzav-y.yoXi 'zo'jq âauTCu
YvojpiÇwv àvOpto-ou; (6). Même en faisant la part de l'exagération
(1) Cf. Migne, P. L., t. LXXIII, col. 707-713.
(2) Cf. Migne, P. L., t. XXII, col. 332.
(3) P. a., t. XXVI.
(4) Citons en particulier le discours d'Antoine aux moines traduit de l'égyp-
tien en grec (col. 865-908) et les colloques d'Antoine avec les philosophes. — Ce
sujet mériterait d'ailleurs une étude particulière (si toutefois elle n'est pas
faite) sous le titre : les sources de la Vie de saint Antoine. Nous ne croyons pas
qu'on puisse se passer de sources écrites.
(5) Ce sont les deux dates attribuées à la composition de la Vie de saint An-
toine d'où ce texte est tiré. Cf. Bidez, Deux versions grecques inédites de la Vie
de Paul de Thèbes, Gand, 1900, p. xi.n.
(6) Vie de saint Antoine, P. (V., t. XXVI, col. 971.
LES ANACHORÈTES ET S. PAUL DE TIIÈBES. 391
possible, il s'ensuit rigoureusement de ce texte qu'avant la
rédaction de la Vie de S. Antoine, ce saint était connu en Oc-
cident par d'autres récits; ces récils sont, à notre avis, des
anecdotes et des sentences que nous avons chance de retrouver
dans les Apophthegmata. Nous croyons avoir ainsi montré
par ces textes de S. Jérôme et de S. Athanasc que des récits,
sans doute des Apophiliegmata, relatifs aux moines Égyp-
tiens, à Macaire et à Antoine, avaient cours même en Occident
vers le milieu du iv° siècle (1).
Des compilateurs rangèrent ces Apophthegmata par ordi'e de
matières, il en existe en manuscrit plusieurs collections, d'ail-
leurs le contenu des chapitres diffère lors même que le titre
est identique; enfin, plus tard encore, un compilateur disposa
par ordre alphabétique d'auteurs, un choix des apophthegmes
qui avaient cours de son temps.
II. — Le CHAPITRE 7:£pl àvayo)p-^TWV àyio^v.
1° Les MANUSCRITS. — Ce chapitre est représenté dans les
Mtae Patrum par le libellus tertius du livre VI (2); mais le
titre et l'étendue de ce chapitre varient avec les divers manus-
crits grecs. On trouve : a) llsp', zzK'.~ziy.ç àvapé-rou oiaoipo^v ira-Épojv
dans Coishn 282 (fol. 93^) (8); grec 914 (fol. 135^); grec 917
(fol. 80^'); grec 1600 (fol. 1) (4). Cette famille demss. ressemble
le plus au latin imprimé dans Migne. Le titre latin est d'ail-
leurs le même : De conversatione optima diversorum sanc-
(1) Nous comparerions volontiers la Vie de saint Antoine écrite par saint
Athanase à l'ouvrage écrit sur Lourdes par M. Lasserre. Avant cet ouvrage, il
existait déjà de nombreux écrits sur Lourdes, mais il les fit tous oublier — au
lieu de dire que saint Athanase occupe la première place dans la littérature
grecque hagiographique (Bidez, p. xui), nous lui appliquerons plutôt la phrase
de saint Jérôme : \on lam ipse ante omnes fuit, quam ab eo omnium incilala
sunt sludia. — Rappelons encore que saint Athanase demandait d'interroger
tous ceux qui venaient d'Egypte, ou du pays d'Antoine, afin d'avoir peu à peu
une histoire plus complète sur son compte : -ûfisï; ôà {i.}] T:aû(jr,(î6£ toù; èvÔévSs
7r)iovTa; ÈpwTâv. "Iffo); Y^tp, IxàuTou XeyovTo; oTrep oISe, (xoYtç £7ta|îw; tj Tispi Èxetvovi
yévriTat ùinynaii (col. 808; cf. Anal. Bail., t. XX, p. 149). Il provoquait ainsi à la
rédaction d' Apophthegmata .
(2) Migne, P. L., t. LXXIII, col. 1004-1014.
(3) On trouve dans ce ms. les anecdotes 1 à 10 qui figurent dans Migne, P. L.,
t. LXXIII, col. lOÛl-1008.
(4) Le commencement du ms. IGOO, et par suite le titre, manque.
392 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
torum (col. 1004). — b) Ihpl r.oXi-dxç àvapsTcu dans Coislinl27
(fol. 295) où il a plus de matières que dans Migne (1). — c) llcpl
TioKi-sioLç oiaçispojv à-(ib)y dans Ic ms. grec 2474 (fol. 139'). On
trouve ici des anecdotes empruntées à d'autres chapitres, par
exemple l'histoire deSérapion et de la courtisane (2). — d) Ilepl
àva-/o)p-/;Trov dans Coislin 126 (fol. 185); Coislin 232 (fol. 182);
grec 890 (fol. 154). — Nous nous proposons, non pas de publier
toutes le's anecdotes que comprend ce chapitre dans les divers
manuscrits, car celles qui renferment un nom d'auteur l'ont
déjà été par Cotelier (3) et d'autres ne présentent pas d'intérêt,
mais de publier le texte grec inédit de quatre de ces anecdotes
qici se trouvent dans tous ces manuscrits (4) comme dans
les traductions latine, copte et syriaque, qui ont été remaniées
et introduites dans la Vie d'Onuphrius, et enfin qui sont visées,
croyons-nous, par S. Jérôme dans la Vie de S. Paul de Thèbes
avec laquelle elles sont étroitement apparentées. La traduc-
tion latine de ces quatre anecdotes figure dans ÎMigne, P. L.,
t. LXXIII, col. 1008-1012 sous les n°^ 9 à 12; nous les publions
d'après le ms. grec 1596, p. 310-314.
2° Contenu de ce chapitre. — a) Un anachorète (5) raconte
aux frères à Raïthou qu'il songea un jour à aller dans le désert
intérieur (6) pour voir s'il y trouverait quelqu'un plus avancé
que lui. Au quatrième jour, il vit une caverne (7), y entra et
aperçut un homme assis. // frappa à la manière des moines
pour qu'il vînt lui donner la paix, mais il était mort; il le tou-
(1) Ce ms. nous a d'ailleurs semblé le plus complet.
(2) Cf. Migiie, P. G., t. LXV, sous la lettre S.
(3) Dans les apophthegmes alphabétiques, P. G., t. LXV.
(4) Excepté dans le ms. Coislin 282 où le scribe n'a pas transcrit au delà de
la dixième anecdote (cf. supra). Ce ms. n'en renferme donc que deux ; par
contre, elles se trouvent encore toutes quatre sans titre pai'ticulier dans le ms.
Coislin 283, fol. 79-82.
(5) M. Brooks a trouve ce récit en particulier dans le ms. syriaque de Londres
aclcl. 14648 du vi"^ siècle, fol. Iti''.
(6) Nous mettons en italiques les passages qui offrent quelque analogie avec
la Vie de saint Paul de Thèbes, ou qui peuvent être visés par saint Jérôme,
comme nous le dirons plus bas.
(7) Amélineau, Voyage d'un moine égyptien... Tirage à part du Recueil de Ira-
xmux relatifs à la p/iilol. et à Varchéol. ég. et ass. {■{" année), p. 4-9, 15 et 29-30.
— Dans les Acla SS. jun. III, p. 19-20, on trouvera sur deux colonnes paral-
lèles la Vie d'Onuphrius et la traduction latine de ce premier récit.
LES ANACHORÈTES ET S. PAUL DE TIIÈBES. 393
cha et il tomba en poussière. — Plus loin, il vit une caverne et
des traces de pas. Il frappa encore et personne ne lui répondit,
la caverne était vide. Au soir il vit venir des buf/les et avec
eux le serviteur de Dieu{\) qui était nu; ses cheveux cou-
vraient sa nudité.
Celui-ci, effrayé, voulut s'enfuir, puis il se rassura et raconta
son histoire : Il avait commis une faute et il. était venu Texpier
au désert. Il avait trouvé cette caverne^ cette source et un pal-
mier qui lui portait douze spathes par année. Ses elieveux
avaient poussé pour remplacer ses habits. Il avait souffert du
foie et avait été guéri de façon miraculeuse. L'auteur demande
à rester dans la première caverne, mais le serviteur de Dieu lui
dit qu'il ne pourrait supporter les aiguillons du démon, il prie
donc sur lui et le renvoie.
b) Un autre vieillard (2), qui devint évêque d'Oxyrinque, ra-
conte qu'il alla dans le désert intérieur vers l'oasis, au pays
des Maa-z.si (3), pour voir s'il n'y trouverait pas un serviteur du
Christ. Il fut réconforté miraculeusement durant sa traversée
du désert, et, après dix-sept jours, iltrouva une cabane, un pal-
mier, de l'eau et un homme qui n'avait encore que ses cheveux
pour tout vêtement. Celui-ci se mit d'abord en prières, puis lui
demanda : « Comment es-tu venu \c,\''l Est-ce que toutes les
choses qui sont dans le inonde subsistent encore? Les persécu-
tions sévissent-elles toujours?-» L'autre lui répond qu'il parcourt
le désert pour y chercher des serviteurs du Christ et que les
persécutions ont cessé, puis il lui demande son histoire. C'était
un évêque Cjui avait sacrifié durant la persécution ( 1) et Cjui
s'était ensuite enfui au désert pour faire pénitence. Il y était
depuis quarante-neuf ans et n'avait été pardonné que l'année
précédente. — Il se mit alors en prière, son visage devint bril-
lant comme le feu et il dit à son serviteur : « Ne crains pas,
car le Seigneur fa envoijé pour prendre soin de mon corps et
Venterrer », puis il étendit les mains et les pieds et mourut.
(1) La Vie d'Onuphrius l'appelle Timothéc. Cf. Acla SS. juii. 111, p. 21.
("2) M. Brooks a trouvé ce récit dans le ms. add. 14648 du vi<^ siècle, loi. IH''.
(3) Cf. Amélineau, lue. cil., p. 9-10. — Dans les Acla SS. jun. 111, \). 21-24,
on trouve d'abord la trad. latine du présent récit, puis le passage correspondant
de la Vie d'Onuphrius.
(4) De Dèce (?) comme dans la vie de S. Paul do Tliébes.
394 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Le palmier se dessécha et la hutte tomba (1). — Son visiteur
déchira sa propre tunique en deux pour V enterrer avec une
moitié; il aurait désiré rester en ce lieu, mais il reconnut que
telle n'était pas la volonté divine et il revint à la terre habitée.
c) Deux illustres vieillards marchaient dans le désert de
Scété quand ils entendirent un murmure souterrain. Ils cher-
chèrent l'entrée de la caverne, entrèrent et trouvèrent une
vieille femme qui n'avait pas vu d'être humain depuis trente-
huit ans (2). Elle vivait d'herbes dans cette caverne en servant
le Christ. Elle leur apprit aussi que Dieu les avait envoyés
pour r enterrer. Elle mourut, ils l'enterrèrent et s'en allèrent.
d) Un anachorète (3) revêtu seulement d'un ascv^tiov (1), voya-
geait dans le désert. Au bout de trois jours, il monta sur un ro-
cher et vit au-dessous de lui un homme nu qui paissait comme
les animaux et qui s'enfuit aussitôt. Il le poursuivit en l'adju-
rant au nom de Dieu de l'attendre, mais l'autre lui répondit
que c'était aussi au nom de Dieu qu'il fuyait. L'anachorète,
sans doute pour mieux courir, eut l'idée de jeter son vêtement,
et aussitôt le fuyard s'arrêta parce que l'anachorète avait rejet(''
« la matière du monde », il lui donna un bon conseil et lui dit :
« Fuis les hommes, garde le silence et tu vivras. »
e) Dans le même chapitre (5) se trouve l'histoire, déjà pu-
bliée par Cotelier (6), de Macaire se rendant à la montagne de
Nitrie pour l'oblation d'abba Pambo. Il dit aux frères : « Je ne
suis pas encore devenu moine, mais fai vu des moines.
Car lorsque j'étais assis un jour dans ma cellule à Scété, les
pensées me tourmentèrent, disant : Va dans le désert et vois ce
que tu y verras... je partis pour le désert et j'y trouvai un lac
d'eau, et au milieu une île et les animaux du désert vinrent
y boire. Et je vis au milieu d'eux deux hommes nus... Et
ils dirent... nous sommes venus ici, voici quarante ans... Et
(1) Amélinoau, loc. cit., p. 19.
(2) Cf. Aniélineau. loc. cit., p. 28--29.
(3) M. Brooks a trouvé ce récit dans le ms. add. 14048 du vi'' siècle, fol. 72^
(4) Cf. Amélineau, loc. cit., p. 2!).
(5j Migne. P. L., t. LXXIII, col. 1006, n» 4.
(6) Cf. Migne, P. G., t. LXV, col. 260 et t. XXXIV, col. 237-240. Ce texte a
été reproduit et traduit par Amélineau : Annales du Musée Guimet, t. XXV,
p. xLvi-xLvii. JI. Brooks a trouvé ce chapitre dans le ms. add. 12175, daté de
534, fol. 55'' et dans le ms. 17177 du vi" siècle, fol. 45^
LES ANACHORÈTES ET S. PAUL DE TIIÈBES. 395
ils m'interrogèrent aussi disant : Comment va le monde?
Et Veau vient-elle en son tempa? Le monde a-t-il son abon-
dance? Et je leur dis oui, et je les interrogeai : Comment
puis-je devenir un moine? — Et ils me dirent : Si quelqu'un
ne renonce pas à toutes les choses du monde il ne peut pas
devenir moine C'est pourquoi je vous dis que je ne suis
pas encore devenu moine, mais que j'ai vu des moines. Par-
donnez-moi, frères. »
f) Cotelier a aussi publié (1) l'histoire de Sisoés mourant :
Son visage resplendit comme le soleil et il dit aux Pères :
« Voilà que abba Antoine vient. » Peu après il dit : « Voilà que
le chœur des Frophètes vient. » Son visage resplendit encore
davantage et il dit : « Voilà que le chœur des apôtres vient. »
III. — Les SOURCES de la 'V^ie de S. Paul de Thèbes.
V S. JÉIROME A CONNU UNE RÉDACTION DU CHAPITRE r.tÇil à^'X-
•/wpYjTwv à-'jMv. — S. Jérôme, après avoir écrit que Paul de
Thèbes aurait été le premier ermite, ajoute : Nonnulli et haec,
ET ALiA, prout voluntas tulit jactitant : suhterraneo specu
crinitum calcaneo tenus hominem fuisse; et multa, quae
persequi otiosum est, incredibilia fingentes. Quorum quia
impudens mendacium fuit, ne i^efellenda quidem sententia
videtur (2). On s'est demandé quels sont ces écrits fabuleux re-
latifs aux anachorètes que S. Jérôme déclare avoir déjà lus avant
376 ou même avant 374 (3). Rosweyde et les Acta SS. ont
supposé qu'il pourrait s'agir de Macaire le Romain ou d'O-
nuphrius, si toutefois ces écrits n'étaient pas trop récents (4).
Nous tenons que la Vie de Macaire le Romain (5) a été rédigée
(1) Cf. p. G., t. LXV, col. 396 et P. L., t. LXXIII, coL 1007, no 5.
l2) P. L., t. XXIII, col. 17.
(3) Date do la composition de la Vie de saint Paul. Cf. Bidoz, p. vi.
(4) Roswej'de écrit : Talis describilur sanctus iMacarius Romanus... sed ille
sanclo Paulo Thebaeo poslerior; quia vixil pont imperium Julinni, ut habelur in
cjus vita... Tali capillilio el sanctus Onuphrius... Hic eliam sanclo Paulo fuit
poslerior. Cujus et prubala irita. Quare ad aliam aliquam de fictitlo eremila
fabulam divus Ilieronymus hic respexeril. Cf. Migne, P. L., t. LXXIII, col. 108
et 211-212 et Acta SS. jun. 111, p. 10 etc. et oct. X, p. b(jl.
(5) Publiée par Rosweyde; rééditée par Migne, P. L., t. LXXIII, col. 415-42H
et dans les Acta SS. cet., t. X, p. 563-574.
396 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
après la Vie de Paul, car il y est question par deux fois (1). non
seulement de la mort de Julien l'apostat arrivée en 3(33, mais
encore d'une légende particulière relative à cette mort :
Venimus in campum magnu7n et pJanitiosmn vocabulo
Assia, in quo martyr Christi Mercurius apostatam Julianiim
peremisse legitur. Il nous semble difficile que cette légende ait
pu, de 363 à 374, se former, être mise par écrit, et populariser
Assia au point d'en faire une station obligée d'un prétendu
voyage en Perse. D'ailleurs la rédaction de ce prétendu voyage
de Théophile, Sergius et Hygin est trop savante pour être le
plus ancien des itinéraires chrétiens, et loin de précéder les
itinéraires de Paule, Sylvie, Mélanie, nous croyons qu'il les a
suivis (2). Il a ainsi utilisé la Vie de Paul, loin de l'avoir pré-
cédée (3). Il reste donc que S. Jérôme ait connu la Vie d'Onu-
phrius ou plutôt — car c'est encore là un ouvrage qui a chance
d'être un remaniement postérieur à la Vie de Paul — les
anecdotes relatives aux saints anachorètes que nous allons
publier et qui ont servi à constituer la vie actuelle d'Onu-
phriîis. On ne trouve d'ailleurs dans ces quatre récits que des
anachorètes nus et vêtus de leurs cheveux, habitant des ca-
vernes. On remarquera surtout le premier et le troisième récit.
Dans ce dernier deux pères de Scété entendent un murmure
souterrain et cherchent l'entrée de la caverne. Il n'est pas
question du vêtement de cette vieille femme qui n'avait pas vu
d'être humain depuis trente-huit ans, mais il est probable qu'il
ne devait aussi lui rester que ses cheveux comme aux ana-
chorètes des récits a) b) et d). Ainsi dans les quatre récits nous
avons crinitum calcaneo tenus hominem et dans deux récits
cet être humain demeure in subterraneo specu, les détails sont
(1) Migne, P. L., t. LXXIII, col. 416 et 426.
(2) Citons par exemple (col. 415-416) : Pust linec vcro decem et seplem ilies am-
bulantes conjunximus Jérusalem et sanctam Resurrectionem Jesu Christi et crucem
adoravimus, deinde exeuntes in Bethlehem vidlmus et salutavimus sanctum prae-
sepe... in montem quoque Oliveti ascendimus.
(3) JMacaire demande aussi : Fratres mei benedidi iinde estis? vel mule hue
advenistis? dicite nobis qualiter se habeat genus humanum, vel quomodo fides
christianorum et si Sarraceni vel ethnici hactenus Christi populo persecutlonem
ingerunt. A noter cette persécution des Sarrasins (col. 421). Ailleurs (col. 423),
un àne sauvage indique le chemin à Macaire comme Thippocentaure l'indiquait
à Antoine.
LES ANACHORÈTES ET S. PAUL DE TIIÈBES. 397
d'ailleurs incroyables {incrcdibilia fingentes) comme l'écrit
S. Jérôme.
Sulpice Sévère avait lu aussi non seulement des récits rela-
tifs à Antoine et la Vie de Paul, mais encore des apophthegmes
comme les nôtres relatifs aux anachorètes nus ffuand il écri-
vait vers Tan 400 (1) :
Duo beati Antonii monasteria adii quae hodieque ab ejus
discipulis incoluntur. Ad eiim etiam locuin, in quo beatis-
simus Pendus primus eremita est diversatus, accessi, Ru-
brum mare vidi; jugiim Sina montis ascendi, cujus sum-
mum cacumen cœlo paene contiguum, nequaquam, adiri pot-
est. Inter hujus recessus Anachoi^eta esse aliquis ferebatur,
quem diu multumque quaesitum videre non potui, qui fere
jam ante quinquaginta annos a convet^satione humana re-
motus, nullo vestis usu, setis corporis sui tectus, niiditatem.
suam divino munet^e vestiebat. Hic quoties eum religiosi viri
adiri voluerunt, cursu avia petens, congressus vitabat hu-
tnanos. Uni tantumniodo ferebatur se ante quinquennium
praebuisse qui, credo, potenti fide ici obtinere promeruit,
cui inter multa colloquia percunctanti, cur honiines tanto-
pere vitaret, respondisse perhibetur. Eum qui ab hominibus
frequentaretur non posse ab angelis frequentari. Unde non
immerito recepta opinio)w niultorum fama vulgaverat, sanc-
tum illurn ab Angelis visitari. — Cet anachorète ressemble
beaucoup au premier ci-dessus dont on racontait l'histoire à
Raïthou près du Sinaï. Il fuit les hommes comme tous nos
anachorètes et conseille aussi de les fuir.
2" Le texte grec original de la Vie de S. Paul de Thèbes.
— Avant de faire quelques rapprochements entre le chapitre
« des saints anachorètes » et la Vie de Paul, il nous faut indi-
quer les faits nouveaux ou non signalés qui militent en faveur
de notre précédent travail (2) auquel nous n'avons pas encore
trouvé d'objections sérieuses (3).
(1) Dial. I, ch. XI. Ces paroles sont placées dans la bouche de Posthumianus.
(2) Anal. BolL, t. XX (1901), pp. 121-157.
(3) Nous avons en vue la note de M. Van den Yen dans Saint Jérôme et la Vie
du moine Malchus, Louvain, 1901, p. 102-103, et le compte rendu fait par M. Cu-
mont du savant travail de jM. Bidez dans la Revue de Vinstr. publ. en Belgique,
t. XLIV, 1901, p. 310-311.
398 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Il nous fallait classer un texte latin (H) et deux textes grecs
composés souvent des mêmes mots, dont l'un a était une tra-
duction fidèle du latin tandis que l'autre b s'en éloignait sou-
vent (1). Nous avons écrit : P que le texte b était antérieur au
texte a et que ce dernier texte a n'était qu'une révision de b des-
tinée à le rapprocher du latin, et 2" que b était le texte original
traduit par S, Jérôme comme celui-ci traduisait toujours (2),
c'est-à-dire paraphrasé et interpolé.
Or, M. \'an den Yen vient de comparer trois textes de la Vie
d'Hilarion : le texte latin de S. Jérôme, un texte a qui est une
traduction fidèle et un texte b qui s'éloigne souvent du latin.
Grâce à ce que le réviseur a s'est fatigué ici de ce travail de
révision et ne l'a pas poussé jusqu'à la fin de la Vie d'Hilarion
(tandis qu'il l'a poussé jusqu'à la fin dans la Vie de Paul)
M. Van den Ven a pu montrer, avec raison, croyons-nous, que
la version fidèle a n'est qu'une révision de b (3 1. C'est là préci-
sément ce que nous avions écrit des textes analogues de la Vie
de Paul. Voici son raisonnement (4) :
Si a est une traduction littérale du latin (de la Vie d'Hilarion), b en est
une version libre, caractérisée par des remaniements... (5); b et la se-
conde partie de la version .grecque de la Vie d'Hilarion forment un travail
d'un seul jet, tandis que a est une pièce de rapport, conçue d'une tout
autre manière et dont on voit aisément le point de suture avec le reste de
l'opuscule. Le passage d'une partie à l'autre se fait d'une façon brusque
au milieu d'une phrase, dont par là même la construction est devenue
assez irréiiulière. De plus il est à remarquer que le traducteur de la Vie
(1) Ces deux textes ont été publiés pour la première fois par M. Bidez. CI'.
Deux versions grecques inédites de la Vie de Paul de Thèbes, Gand, I9U0.
(2) Saint Jérôme écrivait en effet en 395 : Ego enim non solurn f'aleor, sed
libéra voce profileor, me in inlerpretalione graecorum, absque Scripturis Sanciis,
ubi et verborum ordo mysterium est, non verbum e verbo, sed sensum exprimere
e sensu... Quanquam'hoc lanlum probare voluerim me semper ab adulescentia
non verba sed sentenlias translulisse. P. L., t. XXII, col. 571. — Nous avons déjà
cité ce texte, qui explique à lui seul les différences de b et du latin, dans notre
précédent travail (.4. B., XX, p. 125), nous le reproduisons, à cause de son impoi'-
tance, pour les lecteurs qui ne l'ont pas encore vu.
(3) Ce texte b de la Vie d'Hilarion n'est signalé jusqu'ici que dans le ms. de
Paris n» 1540, fol. 88. IM. Van den Ven l'a publié, loc. cil., p. 15U-I55.
(4) Saint Jérôme el la Vie du moine Malchus le captif, par Paul Van don Ven,
Louvain, 1901, p. 143 et 145-146.
(5) b présente aussi des additions parce qu'il n'est, d'après M. Van den Ven,
qu'une traduction libre du latin. Ainsi, dans la Vie de Paul, saint Jérôme, qui
ne faisait qu'une traduction libre, a introduit aussi de nombreuses additions.
LES ANACHORÈTES ET S. PAUL DE TIIÈBES. 399
d'Hilarion, suivant une liàbitude qui lui est familière, rappelle dans la par-
tie traduite librement certains faits énoncés dans les cinq premiers para-
iiraphes (1): or les termes dont il se sert à cet effet sont ceux de 6, et non de
(I, preuve que la première partie de son travail était b et non pas a. Est-ce
à dire que a est un travail postérieur, dû à quelque écrivain qui avait sous
les yeux le texte latin (2) et voulut en traduire les premiers paragraphes
plus fidèlement que son devancier? Cette solution paraît la plus naturelle (3;.
Maintenant donc que notre théorie pour expliquer les rela-
tions des textes a et b de la Vie de Paul a été appliquée avec
succès par un « philologue » (4) aux textes analogues a et 6 de la
Vie d'Hilarion, nous espérons qu'on ne la trouvera plus « invrai-
semblable » (Cumont) ni même « compliquée » (Van den Ven).
Puisque b est antérieur à a, il ne nous reste plus qu'à clas-
ser b et le latin H. Nous avons montré a priori que S. Jérôme
a dû utiliser des sources écrites. Nous aurions pu ajouter que
S. Jérôme nous le dit lui-même dans le texte cité plus haut :
(1) M. Van den Veii insiste beaucoup sur ce l'ait que le réviseur a n'a révisé
que le cummencemenl de la Vie d'Hilarion, il tient à nous bien montrer l'unique
motif de sa conviction. Il nous semble, en effet, que si le réviseur a avait poussé
sa révision jusqu'au bout comme il l'a fait pour Paul de Thèbes, ]\L Van den
Yen n'aurail pas reconnu le caractère de ces deux textes et aurait écrit : « le
premier texte a est une traduction du latin, peut-être contemporaine de saint
.T<''rôme. Le deuxième b est un remaniement très libre de cette traduction : le
style est simplifié, la langue vulgarisée pour rendre cette œuvre d'édilication
plus accessible au public d'humbles moines auquel elle était avant tout des-
tinée •'. Cf. F. Cumont. Revue de Vlnstr. publ. en Belg., t. XLIX, 1901, p. 340.
Ce raisonnement est certainement inexact pour les Vies d'Hilarion; nous le
croyons inexact pour les Vies de saint Paul.
(2) Il avait aussi le texte b sous les yeux et pouvait donc en conserver les
mots et les expressions.
(3) IM. Van den Ven constate quelques ressemblances entre les textes a et b
et il se croit obligé, pour les expliquer, de conclure à l'unité d'auteur. Ce n'est
pas nécessaire. Car le traducteur a qui révisait b avait lu b, Vavail sans doute
sous les yeux, et pouvait lui emprunter des mots et des locutions, même à plu-
sieurs siècles de distance.
(4) M. Cumont n'avait sans doute pas eu le temps de parcourir les dernières
pages du travail de M. Van den Ven, car il écrivait : « Nous avons reçu... un
excellent travail de M. Van den Ven sur saint Jérôme el la Vie du moine Malchus
le captif » [Revue Inslr. publ. Belg., 1901, p. 341). S'il croit aussi que la version
fidèle a de la Vie d'Hilarion est postérieure à la traduction libre b, nous serions
curieux de savoir s'il est toujours persuadé qu' « aucun philologue » ne i)eut
accepter que la traduction plus fidèle a de la Vie de Paul soit postérieure au
texte plus libre b et n'en soit qu'une révision. Qu'il lise les premières phrases
des deux textes et qu'il explique pai- le menu , s'il le peut, leurs ressemblances
et leurs différences dans une autre hypothèse, comme nous pouvons les expli-
({uer en supposant que a révise le texte b pour le rapprocher du latin.
400 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
NonnuUi et iiaec et alia prout voluntas tulit, jactitant. Ces
choses-là [et haec) sont celles dont vient de parler S. Jérôme,
c'est-à-dire l'antériorité de Paul sur Antoine; les autres choses
{et alia) sont les récits relatifs aux anachorètes nus. S. Jérôme
nous apprend qu'il avait plusieurs récits égyptiens sous les
yeux et ne s'attachait qu'au récit de la Vie de Paul [et haec); il
rejetait les autres {et alia ) comme de purs mensonges. Nous
avons rappelé que S. Jérôme, d'après sa confession, ne tradui-
sait jamais rcrô^/w? e verbo, mais seulement sensinn e sensu,
nous avons montré que tel est le caractère de sa traduction
H par rapport à b. D'ailleurs b a bien les caractères d'un texte
original écrit pour compléter et rectifier la Vie de S. Antoine
que son auteur connaissait bien, il ne renferme pas les pas-
sages personnels à S. Jérôme tandis que S. Jérôme a conservé,
en les modifiant honnêtement, les passages personnels à l'au-
teur de b: enfin nous avons ajouté, entre autres, dix critiques
intrinsèques du latin (p. 145) (1) auxquelles on a cru répondre
suffisamment en écrivant que le texte latin était mal établi (2).
La pierre avec laquelle S. Antoine frappe à la porte {b) ou
sur laquelle il glisse (H) nous a toujours été opposée. On a tou-
jours voulu voir dans a un texte intermédiaire entre H et b,
ce qui est devenu moins probable maintenant que la rédac-
tion b a toute chance d'être antérieure à la rédaction a. Mais
nous ferons encore remarquer que b est d'accord avec les usages
égyptiens où l'on frappe toujours avant d'entrer, on en trou-
vera deux exemples dans les récits « sur les saints anachorètes »
et il sera facile d'en trouver d'autres (3), tandis que le latin pré-
(1) Au 4" {Anal. BolL, t. XX, p. 145), il faut lire vexpo; qui est le texte de b
au lieu de 0v7it6ç. — Nous ne comprenons pas que M. Van den Yen puisse
interpréter ce passage en faveur du latin : car c'est saint Jérôme qui a commis
ici la faute de remplacer vsxpôç (mortuus) par murtalis et d'écrire plus bas sans
modifier b : gaudcbat... de interitu Sataniae.
(-2) II ne faut pas oublier qu'un ms. utilisé par ûligne est daté de 517 {P. L.,
t. XXIII, col. 15). D'ailleurs nous avons parcouru une dizaine de mss. latins et
n'avons pas trouvé de grandes divergences. Deux de ces mss. présentaient des
sortes de révisions littéraires, certains mots étaient barrés et remplacés par
des synonymes.
(3) Par exemple, P. G., t. LXV, col. t'64. Macaire frappe aussi à la porte
d'Antoine qui le fait attendre avant d'ouvrir. — 'Hpax>£toïiç raconte aussi qu'un
frère ayant eu le tort de quitter sa cellule, y trouva quand il revint « un
Éthiopien qui grinçait des dents >>. 11 courut le conter à l'abbé Héraclide et,
LES ANACHORÈTES ET S. PAUL DE THÈBES. 401
sente une paraphrase ampoulée et un récit peu vraisemblable
(cf. Anal. BolL, t. XX, p. 131, note 1).
Le nom d'Amatas, qui semble une création de S. Jérôme, nous
a donné occasion jadis de montrer que le latin semblait n'être
qu'une traduction d'un texte grec (1). Nous avons montré que
Amatas se trouve aussi écrit Amatus et en grec "A;j.;j.aTo-:, nous
avons alors rapproché les deux textes suivants :
AIKipcVniVIITAII |-A(> (nilllAOlITIIC IITe niLIAKApiOO
ABBA AlITtOIIIOC fîTO lilH IIO (3TAY0()I IG(| (2)
ei: Amatas vero et Macarius discipuli Antonii, quorum su-
perior magistri corpus sepelivit etiam mine affirmant...
Nous nous sommes ensuite demandé comment nous pourrions
déduire l'un de l'autre et il nous a semblé que le copte, formé
d'ailleurs entièrement de mots grecs, pouvait donner naissance
au latin en supposant que les deux mots uakapioc et abba
avaient donné les deux noms propres Macaire et Amatas (3).
un critique a trouvé cette conjecture « étrange ». Nous sommes
heureux de pouvoir lui apprendre que «[j-i^.a a donné Amata,
il ne trouvera donc plus si « étrange » que à6£a, vu la per-
mutation paléographique fréquente du 6 et ;j., ait pu être lu
o.\j.\i.x et donner Amatus. On lit en effet P. L., t. LXXIV, col.
331 :Y\i^. Amatae..., in quibus Amatam quamdam nomine
ancillam Christi senem vidi, tandis que la traduction exacte
du grec (P. L., t. LXXIll, col. 1206) porte : Vita Animae
Talida..., in quibus conveni etiam Ammam Talida, quae (4)...
De même, Amma Heraei a donné le nom Emerayes (5).
malgré sa frayeur, n'oublia pas de frapper, xai opofAO) xal 966(0 izotlq» r;Ms Tipôç
TÔv YspovTa, y.al y.poûffa; tyjv 9ûpav ).£Y£i- 'EXéricôv [A£ àêêà, xai àvoi^ov (xoi ■^a.yitùi,
m. 247 1, fol. 225' ot ms. 1596, p. 136.
(1) Cf. Amatas, disciple d'Antoine, Journal Asiatique, juillet-août 1900, pp. 23-30.
(2) Vie de saint Paul, Annales du Musée Guimel, t. XXV, p. 2, lignes 3-4.
(3) Nous avons montré d'ailleurs que le copte provenait d'un texte grec. C'est
donc le texte grec archétype du copte qui aurait conduit à introduire les deux
noms propres IMacaire et Amatas. Nous l'avons reconstitué ainsi : 'HvT^<7a[xev
yàp Twv [iaOriTÔiv toù (Aaxapîou àoêà (toO) 'Avxwvtoy, oE xal eôai^^av aùxov. Nous rap-
pelons ces textes afin que les philologues auxquels le journal Aslalique est inac-
cessible ne nous accusent plus cV introduire arbitrairement les mots (laxâpioç et
àggà. Ces mots, on le voit, figurent dans la version copte de la vie de Paul.
(4) On trouve dans le grec p(o; àtxii.à TaXt'Sa;... Su vxetû /;/)>'« à[A[JL(x Ta),i'oa, ms. grec
de Paris 1626, fol. 13-4''; puis : nepl 'AfiaTaXtôo;, grec 853, fol. 138 etc.
(.5) Cf. F. 5L E. Péreira, Marlyrio de Santa Emerayes {Jima. Heraei), Lisboa,
1902 (Lithogi-aphie).
OHIENT CIIUÉTIEN. 26
402 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Enfin, dans le ms. T de la Vie de Paul (Bidez, p. xxxv ou 2)
'A[j,aTiç s'est changé en "A[xa et MocvÂpicc en cl \j.a-Aàpioi. Il n'est
donc pas impossible que la transformation inverse ait eu lieu à
l'origine.
Notons encore, comme faits « étranges », que le nom Amatas
est devenu Hacutïvoç dans la Vie de Paul non signalée jusqu'ici
conservée dans le ms. grec de Paris n° 919 (fol. 1-3) (ij et Ma-
To'ucç dans le chapitre xxv de riiistoire lausiaque d'après le ms.
grec de Paris 853, fol. 92\ Voici ce dernier texte: "EvOa cl [/.oiH-qTai
ajTOU èy.aôc^cvTO sic to 'Ke^[ô\).evcv IKcrtp, May.âpic? y.al MaToVtcç, c'. xaî
â'Oa'l/av Tbv [xay.xpiov 'Avtwviov v.cv^.rfiév-y.. Ces noms propres man-
quent dans ce chapitre de l'histoire lausiaque tel qu'il figure
dans le ms. de Paris 919, fol. 5^ — Il ne faut donc pas croire
que le seul processus suivi dans les modifications de textes soit
un processus de suppressions et de simplifications. 11 peut aussi
y avoir des additions et des modifications du tout au tout : a;j.;j,a
(1) Ce ms. du xiv° siècle est, sinon plus important, du moins plus curieux que
le ms. do Turin n' 116 du xvi" siècle (T) (cC. Anal. BolL, t. XX, p. 153-155).
L'auteur a voulu faire une nouvelle 'collection alphabétique d'Apophthegmata
en commençant, comme toujours, par Antoine. 11 a donc mis dans la bouche
d'Antoine et de ses disciples l'histoire de Paul de Thèbes, de Paul le simple et
d'Eulogius (fol. l-ij). Viennent ensuite, d'après les apophl/iegmala existants,
Vhistorla monachorum et l'histoire lausiaque : Apollo (7-10], Amnoun (10), Bé-
sarion (10''-ll'>''i, Gérasime (11^-12''), Daniel le Sc(''tiote (ll''-22''); Daniel de Pharan,
Doula (23"), David (25^), Euplirosynos (26), .losepli (27") ; Jean de Lycopolis (2!)");
Macaire l'Égj-ptien (32''); Macaire d'Alexandrie (35); Paplinuce (37); Pachome (42),
Sérapion (44). — Voici le commencement (fol. 1) : Toù àyioy 'Avxwvtou ônfjyYien;
Ttspi ToO à6êà riaOXou toù ©rjêato-j.
AtrjyyicavTo ufiiv ol [xaôriTal loO àêêà 'Avtwvîcu, Maxtypio; xat ID.o-jTtvoç ol ÛâiLavTEi;
aÙTÔv, oTt itepl TÔ £V£vr,xoG-TÔv êxoç toù yépovTOç ^Xâev aÙTw £7rt6ûjJ.io; elaeXOcïv et? Ty)v
èctoTÉpav £pv]|xov xal Iôeïv el evipr) 8oy)>ov Ôsoù Ttva irpo aÙToù r/iv lpif)(xov sxeîvyiv oîxrj-
ffavxa. Il reçoit une révélation, part, trouve l'iiippocentaure, le satyre; enfin une
louve (XOxEva) lui indique la caverne de Paul. 6 oï ■^içui't to <snr),aiov OsaffdcjjiEvoç
yapà; xal 6u[iriotaç IjiTtXeoç ysytovs, xat TtooffeXQtov sxpoudsv. '£î; ôè tôv xpoTov vîxoy(7£v
ô Êv5ov oîxwv àvEwyjiÉVYiv ouaav Tr;V 6-jpav toO any\^.cdo\> àva<7Tà; £xX£ta£. Enfin Paul
ouvre et, après des compliments mutuels, il raconte sou histoire : il est né en
Thébaïde, il avait une sœur mariée; sous Valérien et Dèce le mari de sa sœur
veut le livrer etc. Voici la fin :
Kai Xaêwv tô oTixâpiov aÙTOù EÙXoyîaç X°'f'^5 ^''^P ayTÔ; 6 àyto; IlaùXo; èx patMv
aOxw xaTEffXEÛaTEv, ôtiécttpeiJ/e ôà Ttpô; tôv iauToO (lovaffxripiov xat TiâvTa yîjjiïv àxptSwç
ûiriyyiffaTO xal oùtw; t\yjy èxeïvo to (jTtyocpiov «o; a-jTÔv llaùXov Èv aùxio pXÉnwv. 'Eçrfpsi
Se aÙTo Ta; jjLEyàXa; éopTa; toù XpicrToù, (Lv Taîç Ttp£«jê£catç tÛ-/oi[xev xal yi(1£Î<; yEvÉsôat
TOÙ àyioy llaùXoy xal toù âyioy 'AvTwvtoy xoivuvol... £v t^ 'ôt^Épa Tyjç xpiaEWç. — Nous
croyons en somme que ce texte du ms. 919 est un remaniement de la révi-
sion a. — Sic M. de Decker, cf. Infra, p. 415.
LES ANACIIORÈrES KT S. PAUL DE TIIÈBES. 403
donne a[j.a etAmatn; Amatos donne IIXout^^c? et Ma-rono^. Il est
donc possible aussi que a65a ou un mot analogue ait donné
x[j.\m et oc,ai;,aToç, ce qui concilierait ^ouv ce passage les divers
textes de la Vie de Paul, montrerait d'où provient ce nom
<r Amatas », connu seulement par S. Jérôme et par un texte de
Pallade qui en dérive, et prouverait que le latin n'est pas le
texte original.
La lettre de S. Jérôme à Paul de Concordia s'explique mieux
d'ailleurs dans cette dernière hypothèse. En voici la lin (1) :
Et ne putes modicum esse qiiae deprecor... scilicet cornmen-
tarios Fortunatiani, et,propter notitiampersecutionum, Au-
relii victoris historiam siniulque epistolas Novatiani,ut, cluni
schismatici hominis venena cognoscimus, libentius sancti
niartyris Cypriani Jnbamus antidotum. Misirnus intérim
te tibi, id est Paulo seni Paulum seniorem : in quo propter
simpliciores quosque multum in dejiciendo sermone labora-
vimus, sed nescio quo modo etiam si aqua plena sit tqmen
eunidem odoreni lagena servat, quo, dum rudis esset, imbuta
est. Si hoc munusculum placuerit, habemus etiam a lia con-
dita, quae cum plurimis orientalibiis mercibus ad te, si Spi-
ritus sanctus afflaverit, navigabunt. — On écrit d'ordinaire
que S. Jérôme demande les commentaires de Fortunatien, l'his-
toire d'Aurelius Victor, les lettres de Novatien et qu'é'^^ retour
il adresse une petite composition littéraire, la Vie de Paul, sans
garanties d'authenticité, car il l'a écrite avant qu'il ait été en
Egypte, loin de l'Egypte et sans sources écrites, dit-on. On
écrit ensuite que S. Jérôme a pris un style simple à l'usage des
humbles, mais on doit ajouter aussitôt qud n'y parait pas
dans Vouvrage, car S. Jérôme n'a jamais dépensé plus de rhé-
torique et de citations. On lui rapporte ensuite l'allusion qui
suit : La cruche, dit-on, c'est S. Jérôme, cette cruche en 374
était pleine puisqu'il le dit, et elle conservait l'odeur du temps
où elle était neuve (?). Enfin il annonce que si ce petit présent
(1) p. L., t. XXII, col. 341. — L'interprétation donnée d'ordinaire présente
quelques difficultés, mais peut se recommander de textes parallèles et n'est pas
absurde. Elle n'est pas d'ailleurs contraire à notre thèse. L'interprétation que
nous donnons semble plus logique et, si on l'admet pour elle-même, elle suffit
encore à prouver que saint Jérôme a utilisé un texte préexistant qu'il a modifié,
mais dont on sent encore l'influence dans sa paraphrase.
404 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
' plaît, il en a d'autres tout prêts qu'il enverra avec des marchan-
dises orientales.
Dans notre hypothèse, S. Jérôme, en retour d'ouvrages im-
portants, envoie un petit ouvrage historique, compilé et tra-
duit librement de sources égyptiennes. Il a beaucoup travaillé,
en traduisant, à baisser le ton (1) de l'ouvrage à cause des fai-
bles d'esprit (2) qui auraient pu s'en offusquer, mais, malgré
les développements et les tours oratoires, la cruche (c'est-à-dire
la Vie de Paul et non pas S. Jérôme) a encore le même goût de
terroir égyptien (3) qu'elle avait dans le petit écrit original.
Si Paul de Concordia prise ce genre d'écrits, on lui en adressera
d'autres, car on a encore des apophthegmata et d'autres écrits
égyptiens (ou orientaux) sous la main.
(1) Pour le sens de dejicere, rappelons que l'on trouve les locutions : Dejecit
vultldn et demissa voce locula est, Virgile, /En., III, 320; Dejecit oculos in terram.
Quint., Inst., I, xi, 9; Dejeclus vultum, Stat., Theh., III, 367. — Nous donnons ci-
dessous, note 3, quelques exemples de ces modifications> que saint Jérôme a fait
subir au texte primitif.
(2) Freund traduitei? effet simplex par simple au moral, ingénu, naïf, etc.
(3) Nous pouvons citer quelques endroits où saint Jérôme a travaillé tout spé-
cialement à dejicere sermunem.
rvwiTÔjjiEÔx oTt oùvt £(7Tiv 'AvTwvto; Tïpw- Quod ex parte verum est. Non enim
To; ô TrpoeÀÔàw xarà xriv 'ép-i)\iov a>l' à tam ipse ante omnes fuit, quam ab eo
(xaxâpto; IlaOÀo;. omnium incitata sunt studia.
Kal Yijxst; ôè [làW.ov èv toûtm ImaTÛÔ-/]- Quod non tam nomine (juam opi-
[A£v. nione nos quoque comprobamus.
Saint Jérôme, comme un bon secrétaire de rédaction, dejicit sermonem en
modifiant et adoucissant les passages moins agréables pour saint Athanase et
saint Antoine.
OuTw S; £(JXYiu.âTia£v éa-jTÔv ô ètiooÀo; Verum haec utrum diabolus ad ter-
xa6' ÛKÔxpKTtv. rendum simulaverit, an, ut solet, ere-
mus monstruosorum animalium ferax
istam quoque gignit bestiam, incertum
habemus.
L'auteur égyptien inti-oduit immédiatement le diable comme dans tant de
récits ascétiques. Saint Jérôme dejicil sermonem à l'usage des Latins et leur
fournit une seconde hypothèse plus naturaliste. De même après l'histoire du
Satyre, il juge encore bon d'aller au-devant de l'incrédulité des lecteurs et de
dejicere sermonem en racontant que sous le roi Constantin, universo mundo
teste, on a porté un satyre salé d'Alexandrie à Antioche, etc.
En dépit de ces modifications, saint Jérôme n'a pas démarqué beaucoup
l'histoire primitive et la cruche pleine, c'est-à-dire la pai-aphrase latine, a tou-
jours le tour particulier à l'original égyptien, tour que l'on ne retrouve dans
aucun autre écrit du saint docteur.
LES ANACHORÈTES ET S. PAUL DE THÈBES. 405
D'ailleurs scribere pour S. Jérôme n'a que le sens matériel
d'écrire, car s'il dit : Ilacc scripsi : Vitam PauH monaclii,\\
dit encore quelques lignes plus bas : Haec scripsi... Chroni-
coii omnimodae historiae. Il s'agit là de sa traduction de la
Chronique d'Eusèbe qu'il continua, il pouvait donc s'agir de
même quelques lignes plus haut de sa traduction libre de la
Vie de Paul qu'il remania et augmenta. Il y a là un fait dont il
faut tenir compte quand on veut nous opposer le sens du mot
scribere. — Dans le même ordre d'idées M. Preuschen a
noté (1) que Rufm, contemporain de S, Jérôme, s'est attribué
des commentaires {Rufini in epistolam ad Romanos expla-
natiomim. libri) qui sont en réalité une traduction d'Origène,
parce que cette traduction est très libre et lui est devenue
comme personnelle. C'est encore là un fait qui explique très
bien comment S. Jérôme a pu s'attribuer là Vie de Paul, car
il y a beaucoup travaillé à dejicere sermoneni et il y a fait de
nombreuses additions (2). Il est d'ailleurs le premier qui ait
mis en latin et vulgarisé cette Vie.
3" Les sources de la Vie de S. Paul de Thèbes. — S. Jé-
rôme a donc connu le chapitre T.ip\ àvy.yi^pr,-Sy^ àvuov (cf. 1°) et
il a utilisé le texte grec b pour composer sa Vie de Paul (cf. 2°) ;
nous pouvons maintenant rapprocher ces deux ouvrages qui se
trouvent ainsi être tous deux antérieurs à 374.
Nous avons remarqué qu'un anachorète fuit durant la persé-
cution et se retire au désert (cf. supra, récit b) (3), il trouve
une caverne avec une source et vit des fruits d'un palmier (4)
(1) Palladius und Ruflnus, Gicssen, 1S97, p. 191.
Ci) Avant d'accorder tant d'importance à la finale de la Vie de saint Paul,
M. Van tien Ven devrait expliquer les finales nombreuses favorables aussi à
saint Jérôme que l'on sait d'ailleurs être inexactes, car s'il laisse dix fautes sans
explication, nous aurions le droit aussi de no pas expliquer la finale de la Vie
de Paul et de dire simplement qu'il y a là une fois de plus une de ces fausses
attributions dont saint Jérôme est coutumier. — Nous avons cependant fait re-
marquer que si les finales des mss. a sont identiques, celles des mss. b sont dif-
férentes. M. Van den Ven trouve entre ces dernières « un accord presque par-
fait ». C'est ine.xact, qu'il les dispose sur des colonnes parallèles il trouvera trois
tj^pes différents. Cf. Anal. BolL. t. XX, p. 110-142. {Le fait signalé p. 142 a été
développé Revue de l'Orient chrétien, 1900, p. 054-050.)
(3) Item Paul, cf. Bidez, p. 9, l, 3-5 et 13-15.
(4) Item Paul, p. 9, l. 16-17; p. 11, 1. 3-4; p. 23, 1. t (variante du copte : pi-ès
de la source).
406 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
(cf. a). Un autre songe à aller dans le désert intérieur (a et
b) pour voir s'il trouvera un homme plus avancé que lui (1).
Il voit une caverne, entre, aperçoit un homme assis et frappe
à la manière des moines (a) (2); on lui demande comment
il est venu, s'il n'y a rien de changé dans le monde et si les
persécutions sévissent toujours (b ete) (3); on lui apprend qu'il
a été envoyé par Dieu pour enterrer l'anachorète qui va mou-
rir (b et c) (4); il l'enterre dans la moitié de sa tunique (b) (5) ;
enfin il raconte après son retour qu'il n'est pas encore devenu
moine, mais qu'il a vu des moines (a) (6). Il est aussi question
de l'éclat que prend le visage des saints à leur mort (b et f ) et
du chœur des prophètes et des apôtres (f) (7).
Ces analogies s'expliquent si l'on suppose que l'auteur de b,
comme S. Jérôme, a lu les récits relatifs aux saints anacho-
rètes. Il leur a donc emprunté, peut-être à son insu, les traits
que nous venons de signaler et qui suffisent pour apparenter
étroitement les deux ouvrages (8). Nous ne pouvons songer à
les attribuer à un seul auteur, car l'auteur de la vie de Paul
est plus savant (il connaît et utilise la Vie d'Antoine et cite l'É-
criture de mémoire) et plus humain (Paul se fait un habit et
reste, somme toute, un être civilisé) que l'auteur du chapitre
étudié ici.
En résumé, le chapitre des saints anachorètes, écrit sans
doute vers le milieu du iv^ siècle, a été lu par l'auteur de la
rédaction b de la Vie de Paul qui écrivait aussi en Egypte
avant 374 dans le même milieu. Ces deux ouvrages Égyp-
tiens, et sans doute d'autres, sont tombés à Antioche entre
(t) 'EXoyiffàaYjv Tioxè EtffcXGsïv eU t^Îv £pyi[Aov t/]v èutoTÉpav. EÎirwç supw Ttvà èvoéte-
pôv [L0\) oiaYovxa. Cf. Bidez, p. 11, 1. 13-14 : 'E).oYK7â[iYiv èv Éaurw oti oOSeï; âp«
T(ov [xovaxûv WXY15EV ÈvûÔTEpôv [iou iv ifi içi-r\[k<jù xaûx^ (texte et variantes).
{2) Cf. Bidez, p. 19, 1. 1-3 et 5-G.
(3) Cf. Bidez, p. 21, 1. 5-6 et 1. 8-12.
(4) Cf. Bidez, p. 23, 1. 1617.
(5) Cf. Bidez, p. 25, 1. 4-6 et p. 29, 1. 10.
(6) Cf. Bidez, p. 27, 1. 1-4.
(7) Cf. Bidez, p. 27, 1. 15-18.
(8) Nous ne pouvons dire que c'est au contraire le chapitre des saints ana-
chorètes qui dépend de la Vie de Paul, car les analogies sont trop peu nom-
breuses, trop dispersées dans divers récits et trop peu textuelles. Pour voir ce
que pouvait faire un auteur postérieur qui avait lu la Vie de Paul, il faut
parcourir la Vie de Marc VAlhénien, Acla SS. mart. 111, p. 776-778 et *33-*35.
LES ANACHORÈTES ET SAINT PAUL DE TIIÈBES. 407
les mains de S. Jérôme. Il rejeta le chapitre des saints ana-
chorètes comme rempli de choses impossibles et incroyables,
mais il retint la Vie de Paul (1). Il trouva cependant que cette
Vie ne manquait pas non plus de choses contraires aux idées
reeues ou incroyables, choses que bien des Latins d'esprit peu
ouvert [siinpJiciores quosque) auraient pu lui reprocher. Il
travailla donc à clejicere sermonem, modifia et surtout ajouta,
puis adressa son opuscule à Paul de Concordia en l'avertissant
que, pour allongé et mitigé qu'il fût {etia))(si aqua plena s/i),
il conservait cependant encore sa saveur exotique initiale {qiia,
dum. rudis esset, imbuta est), si cependant cet opuscule, si
différent des écrits ordinaires de S. Jérôme, plaît à Paul de
Concordia {si hoc inuiiusculuin placuerit), on pourra lui adres-
ser encore d'autres écrits de même provenance {cuni plurùtus
orientalibus mercibus).
Ajoutons que la Vie de Paul a été à son tour imitée, sans par-
ler du chapitre des anachorètes et de la Vie d'Onuphrius, dans
les histoires de Macaire le Romain (2) et de Marc l'Athénien (3).
(1) Nous avons déjà cité sa plirase : Nonnulli et haec (la vie de Paul) el alla
prout voluntas lulil (le chapitre des saints anachorètes) jaclUanl.
(2) Cf. Migne, P. L., t. LXXIII, col. 415-427.
(3) Cf. Acta SS. niart. III, p. '33-*35. L'abbé Sérapion èv t-T) ÈTotEpa ipriiioi xr^z
AlyûnTo-j raconte qu'il reçut, en songe, l'ordre d'aller trouver Marc l'Athénien
sur la montagne de Thrace (le syriaque porte Tarmaqa) en Ethiopie. Blarc a
130 ans et n'a pas vu d'hommes depuis 95 ans. Sérapion traverse le désert où
il est miraculeusement réconforté connne nos anachorètes. Il trouve Marc vêtu
aussi de ses cheveux (ÔEaffâjAsvoi; tô aSi\>.a. aOtoù ôt' oXov xexaÀufijj-évov xatî ÔptÇiv wç
ÔYipoç). Marc lui demande si le monde existe toujours {'lata.-coLi. 6 x6(7(ao; xaî âàXXci
xarà TO àp'/aïov eôo; Kal 7tâ>>iv XÉyei (AOf 'EttIv 'EXXYiVKr[Aàç xaî Siwyjxoç sw; toù
vùv). iMarc invite Sérapion à manger et une table se trouve servie miraculeuse-
ment, il y a aussi discussion pour savoir qui ne la bénira pas. Dieu qui n'en-
voyait d'ordinaire qu'un poisson en a envoyé deux ce jour-là (ElSs; ttôitov àyaTtà
àôeXçE, ô ôeô; toùç SoûXo^jç aùtoù, xa6' vjfjiÉpav yàp elç; lyj^hz èTtÉjjiTtsTÔ [loi, xal cy|(J.£pov ô
6£o; 8tà aï àurKiTsiXe Suo). Paul de ïhèbes ne recevait que du pain, Sérapion
reçoit un poisson, le menu des anachorètes devient donc plus satisfaisant.
C'est sans dout(> une histoire analogue relative aussi à Sérapion, mais dont
nous n'avons pas encore trouvé l'original grec, qui forme la seconde partie de
Vfmtuire de Sérapion le Sindonile éditée en syriaque par le R. P. Bedjan, Acta
Mart. et Sancl., t. V, Paris, 18!)5, pp. 315-341. Dans cette seconde partie, Séra-
j)ion parcourt aussi le désert et y trouve un anachorète qu'il di'livre de visions
impures (p. 315), puis deux saints (p. 318) qui lui racontent leur liistoire:
Poiycarpe (p. 322), qu'il y irouve à trois jours de distance, lui conte aussi deux
408 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Il resterait sans doute beaucoup à dire sur cette littérature de
voyages et de découvertes dans le désert qui est de nature et
d'origine si franchement Égyptienne, car nous ne prétendons
pas avoir épuisé la question en étudiant ou en citant le cha-
pitre des saints anachorètes, et les Vies de Paul, d'Onuphrius,
de Macaire le Romain, de Sérapion le Sindonite et de Marc TA-
thénien. Il existe sans doute encore d'autres écrits composés
par la même école ou du moins avec les mêmes idées, et quel-
que philologue classera un jour ces écrits PauUnistes d'un
nouveau genre, qui ont précédé, accompagné et suivi la rédac-,
tion b de la Vie de Paul, et qui nous semblent former en
Egypte un cycle (1) que l'on comparera peut-être aux cycles
formés par certaines de nos chansons de geste.
F. Nau.
histoires dont la première au moins figure dans les apophthegmata etc. Enfin le
récit syriaque est relié à la Vie de Marc l'Athénien par deux mentions de
îMarc l'anachorète que l'on trouve p. 318 (dern. ligne) et p. 319 (1. 8).
(1) Les écrits de ce cycle seront caractérisés par leur cadre commun (un
voyage au désert pour y découvrir des ascètes) et par leurs idées communes
(celles de la Vie de Paul et du chapitre des saints anachorètes). — Peut-être
pourrait-on leur rattacher la Vie de sainte Marie Égyptienne, par Sophrone, le
compagnon de Bloschos, qui avait collectionné tant de récits égyptiens. Ce cycle
irait donc du iv° au vn^' siècle. — La légende des Réchabites et de Zozime n'en
fait pas partie, car si le cadre est le même, les idées, toutes de bonheur tem-
porel et d'oisiveté, sont difïérentes. Cf. Les fils de Jonadab fils de Réchab et les
lies Fortunées (Histoire de Zozime), Paris, 1890. — On pourrait par contre leur
rattacher quelques passages de Sulpice Sévère. Cf. supra, p. 397.
"Eti àyiwv TTaTsptov (1) p-zi^ara S:aodpo); t'/;v
/.aTz Xp'.GTOv o^ôv s/.ot.^à'j/.ovTa.
risol àvxywpviTcov àyicov.
a) Af/iy/i'cxTO (2) Tiç Tôiv àvaywpviTûv toTç à^sT^^oï;; toî^ £v TyiOoG-
ÔTTOu Ta £ê^o[j/r,/.ovTa axtXiyn tûv cpoiviz-wv k'vOx TrapevéêaT^s (3)
MwOcYi; [X£Tà Tou 'Xaou 0T£ è^TiT^ôov (4) £■/. yl^ç AiyÛTCTOu. xal
£X£y£V OUTWÇ* £>.0yl(7a(XYlV (5) TCOT£ £'-'j£X6£Î'v £1? T'flV £'p-/l[;.OV T'/IV £<>0)T£-
pa.v(6). £itc(jdç £{>p(o Tivà iv^dxspov [/.ou ^idcyovxa. x.al(7) ^ou>.£uovTa
TÔ ^£'77vdT'/) Xp'.(jTÇ)(8). xocl ô^£u<7aç vuy__0'/][7.£pa Tficcapa. £'jpOV
<7X"/iXa.tov. y-xl 7:poG£yyi(7aç, Tz^oaiy^M ïaui. xal O£wpco (9) (7uy/,y.Ô'/i'-
[A£vov avOpco-ov. xa-. y.poucaç(lO) xxtx to è'Ôo; twv [/.ovxj^oJv xpo; tô
£Ç£lOdvTa (xÙtov àaizi-axa^yJ. ]J.t. 6 rîà où/. £x,iv£rTO. T|V yàp iy.vxT:i-
TzctuyAvoc,. ijoi f^£ où^èv [/.fiV/îcra? (H)- £^cr£p5(_0[/.oci xxl /.paTÔi aùrov
TO'j co[j!.ou aÙTOu (12). xal eùÔewç sluBvi (13) y-xl £y£V£TO xdvtç. ît^
^£ XpO'7£'7-/_71)(.(î)Ç ÔpÔi (14) y-O^^dêlOV y-£XpX[/,£VOV (15). ô)Ç f)£ Xaî TOUTO
Êy.oàTvica.. §i£"Xû6ti /.xl iyévtxo dç où^sv. wç i-^à ^v/iTCopouv £C/i^Oov
£y.£ï9£v y,al ^ivipy6[xr,v t-/iv £pyi[/,ov (16). y-xl £'jpov £T£pov ctïyÎXxiov
y.xl l'yvvi àvf^pdç. £u()'j[J'.o; ^à (17) ysvo'afivo; Tupo'rriyyt^ov tw g-t,-
Xailù. cbç ^£ TCzXtV â'y.pOUGX Xxl oÙciE-'ç [i.01 ÛTTfly-OUGeV £ÎG£)^Oà)V O'J-
^£vx euûov. cTxç ^è £Çto(18) ToO aT:-/]kxio'j £"X£yov £[;-xutw' oti ^sl
A = grec 1596. — B = « 2474. — C = Coislin 126. _ D = « 127.
(1) ms. 1590, p. 310. — (2) Af/iyei-ro A. — (3) 7tapé6a).Ev B. — (4) è?y,X9£v B.
— (5) ÈXoyi(Tà(i£v A. — (C) si; tyiv ètwt. ip. CD. — (7) D om. ôiây. xal. — 1.8) tw
eeti) CD. — (9) ôpw B. — (10) xpoûwv B. xpoûw CD. — (II) [AiQÔev (aï XaX-/)<7a; B. [xy)0£v
(A£/.^(7a; D. — (12) CD oiu. aÙToO. — (13) oiîXuôev B. — (14) Ôewptô B. — (15) xpr,[ji-
[lajjLEvov B. — (16) CD oui. xal oir.p. t. Êp. — (17) ouv CD. — (18) èHwOev CD.
410 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Tov oouT^ov TO'j 0£O'j éT^ôstv. oTTouo' àv el'r,. ôiç, oï yi (t) 'i^fxspa
"XoiTirov ^v^pyzro. ôpû pouêà>.ouç £p^O[/.£vouç /.où tov ^oO'Xov toû 0£oS
yufXVOV. TXlÇ Opi^lV a.ÙTOO (>/.£7rOVTX (2) TO. àcyj/lJXOVOC |7.£X71 tou cw-
[j.aTOç. wç ^£ Tz^ocTiyyiGi [xoi, vo[Ai(jaç [j.e tcveîjjj'.x £ivai. ecrvi £Îç
7rpoc£U)(^7]'v . '/iv yàp oj; è'Xeyev uGTspov TTo'X^.à TCS'.pacOElç cctcô twv
xveujxaTCov . èyco oà vo"/i<7aç touto, £X£yov x'jtôj' àvÔpwxoç £i{J!.i ooGXe
ToO 0£oii. opa Ta lyv-zi [i-ou xal ^''''^^'''f'î'^^'' ^-^ °'^'' '^^P^ '''"''^'' ^ '[■'••*
£i[xi. tbç 8l [j.ezx TO 'A[;/^v -K^oaiGyt [xoi xxpE/Avi'ôvi. xal )^aêwv
(AS £v T(o cTT'/i'Xaiw , rjpwTa* TTwç ÈvTaOOa xocpEysvou; syw oè eitcov
^àpiv TO'J £7ïi^r,T7icai toÙ; ôouXouç toD GsoO '/l'XOov £Îç tyiv £pvi|7.ov
TotuTViv. /.al oùx- £GT£pvip,ai (3) T7ÎÇ iTTiÔujjixç [7-ou. (p. 3H) Ràyw (4)
YiptoTTiTa aÙTOV XÉytoV évTaOOa oùv xa.1 aÙTO^ 7:à)i; Tûapsyivo'j ; x,al
irdaov X_povov £/£i; /.al ttôç Tps'çrj (5) ; /.xl tcùç yufJLVQÇ wv où oév]
£v^u[xaTO(; (6);
'O ^£ e<py)' èyw £v /.oivoêtw ttïç ©viêaii^oç r,[/.viv. â'pyov sytov to
>.tvoiJ(pi/.o'v (7). ÙTZtiarfkHt ^é [/.oi \uyiGij.oq 'Xsywv "Eçfi'XOE /.al y.aTx
ceauTov xaOé^ou xoù ^uvacat vîcuya'Cs-.v /.xl 'pO.o^evEiv /.al [xicrBov
7r>.e''ova /.TViGacôai (8) aTiô toO xopou too â'pyou aou. wç oï <7uv£-
6£{/.r,v TÛ >.oyi(7[xco. xal ovi to spyov or/ivuov. oi/.ooo[7//icraç yàp [j-ova-
(jTy)'pi.ov. £lyov Toù; iTTiTaccrovTaç. ';ro7;}.à. oà 7riipi(^o)v Ta Guvay(6fx£va
viy(ovi"Cofj'-V]v TïTojyoîç /.al ^ivoiç ^iav£[J.£iv. ô ^à £/Opôç 7Î[xûv oiaêoXoç
CpGoVTiCaç COÇ à£l /.al t6t£ T-^' [/.£'XX0U'7ï1 àvTaTC0^0(7£l y£V£cOai £IÇ £[J.3.
ÙTcèp cov £G7U£L>(^ov Toùç /.Q-oi»; TO 6£a) àvaTiO£vai (9), eISov (10)
[Xtav 7rapO£V£Ûou'7av i—'.TX^uaxv [aoi £i^vi. /.al TauTz [aou 7C0i"/i'crav-
Toç(ll) /.al (^£^a)/.oToç ù— oêa>."X£'. aÙTY] 'rzdXvi ïiznx^ai ^j.oi obCkcc. wç
^£ T^oiTcov owTi^i'.y. èyÉvsTo /.al (12) T:(x.^prtciy. Tcepi^coTEpa. té^^oç /.al
àcpv) y£ip(ov. /.al yé'Aoiç xal (7uva'Xi(7[J!.oç w^iv/îcavTEç £T£XO[j.£v t'/iv
àvoy^iav. cbç Se £[j!.£iva tx£T' aÙTT,ç £v TCO XTa)[xaTi (13) [/.Yivaç 1^,
£>.oyi(7à[/,yiv oti /.av Gv{[J.£pov /.àv aupiov. xàv [;.£Tà TzoXkx £Tïi (14)
6avaTcù Û7:oêX'/iG£l; tviv aùovtov è'^w /.o'Xafjiv. £t yàp yi>vat/.a ri;
àv6p(oTC0'j ^la'^Osîpaç. y.o'kix.Ga alcovia uxo to'j vdj/.ou (15) ÛTCoêàXXfiTau
(I) CD om. Y). — (2) ÉayTov usptSsê^rijjLÉvov B. — (3) oOx taxéçriGz (le BCD. et CD
aj. 6 ôecSç. — (4) B aj. o^v; CD aj. oà. — (5) TpsœsdE A. — (6) wv èvSu[jiàxwv B. —
(7) Xtvusixôv BC. — (8) £X£iv B. — (9) àvaTÎ6£(T6at D. — (10) iSwv BCD. — (11) TtsTtoiYj-
xÔToç B. — (12) CD aj. yj. — (13) k'ji. èv tw tut. [ASTà -ra-jTa D. — (14) CD om. xàv (a.
TT. à'xy). — (15) xo^âffEt xai Tijxwpca. C.
LES ANACHORÈTES ET S. PAUL DE THÈBES. 411
TioGWV Ttatoptàiv àl^io; à T-/iv vu[J,(priV Tou XpiCTToO (1) 0 ia(pO£ipai;.
v.<xi o'JTco; SIC ty)V £pv)|;-ov xauTriV ^^aOpscoç (2) 7;xpsSp7.[^-ov (3) £Z(7aç
TuàvTO. Tfi Yuvaix''. x,7.l slBcbv £VTau6a £Opov TO (77rvi>>a.iov TO'jTO -/.ai
T71V X71Y71V TocuTïiv. /.al Tov çoiviza ©Épovxa [y-ot à(6o£x,a CTiocOia. (4)
(poiviKwv. -/.sera [j.'^va c^à cpÉpet £v <T-n:a6iov (5) ÔTvsp £7uap/.£t (6) [J.oi
TOLC, TptaxovTa -/][J!.£paç. y.al j/,£Tà (7) touto àzy.zCEi to £T£pov(8).
[X£Tà ^è ypovov 7ïO*Xùv r,uC'/l<>av aï Tpiy(^£; [J-ou xal cpOapÉVTcov [j,ou tôv
îp!,aTi(j)v, £v aùxaiç 6 7:p£ir£i tou (7W|j,aTo; Trspt.o'a'XVjy.ac [j.£poç. (wç
^è Tzxki^ vipcoTwv a'jTOV £1 £V TaT; ol^joXç iàuGji^y.vtv iy.îiai. â'^vi'
£V TaTç àoycdq Tràvu éOT^iêviv (9j. cotte (10) yy-^cà '/.iiabcci àxo toO
(p. 312) vi-TiraToç. /.al p/i ^ùvxaHcci [y.£ (11) ÉcrTÔÏTa cuva^tv £7:iT£);£Îv.
àT^là /.£i[X£Vov x_a[j.al (12) poav xpoç tov "T<];ictov. Iv àl tco gtûvi-
Xauo ovtoç [aou £v ù^ijat: tûoIV^ 5cal tto'vw. wcïte [j.£ "Xoitcov [j-t,
£^i,£vai(13). 0£wpû av^pa £Î(T£7^66vTa /al Tzl-f\ciov jaou dTavra /al
X£'yovTx (j.of Ti 'KTicyeiç', syô) Se xapaÙTa (14) £VfWap!,co6£lç [j.i/pov,
£l7iov (loV TO Tj-ap "KOLayui. y,al £Î7V£ [xor tioiI 7tà'j^£iç (16) ; w; oè
£^£i^a aÙTcp (17). Toùç rW.Tulou; T-^ç ;(^£ipos(18) aÙToO £1? ôpOôv(19)
<7i»^£U^a<;. ^tYOToy.£Î' tov to'tttov (0(j7r£p ^icpsu /al i/GTra'aaç to vÎTrap.
£^£i^£ [j.oi Ta Tpau[AaTa. /ai v^ X^'P' ^£<jaç. èv pàj(_£i(20) raç ^^yy--
paç(21} £6a'X£. /al tcxT^iv £vO£lç (22) tô viTCap, ttj ;)(_£ipl tov to'-ov
à7r/i'X£i4'£> ''-3^1 2'^'^^' P'Q'-' '^0^ '^y^"/iç yÉyovaç. oouXeue tw o£(7iroV/i Xpt-
CTw xa6coç xpÉTTE'.. /al £/ tot£ y£yova ûyiviç. /al 7.ot7rov à/.o'7ï(i)ç
^laTpiêœ èvTauOa. ttoIV/ ^è •7ïap£/.àX£Ga aÙTOV coctte [j.£ ôiaTpi<];ai
£v TÛ GTCviXawo TOJ TTpoTspw (23), /al £Itc£ (24) [J.vj f^uvaGOat (2o) Ox£-
v£y/C£Î'v Tùv ^ai[7/jvcov Taç 6p[Aa; (26). /ocyto oà aÙTCi (27) toOto
§ia/p'.6elç, 7vap£/à7^ouv £ij^à[X£Vov a-olOaai jj.e. /al EÙçay.Evoç àTr£'-
\\iQt (28). Rai TaùTa ^iviyvicra{j!,Yiv (29) ûp.ïv (30) (î)Ç£}^£iaç xapiv.
b) "Eley£ TraT^iv aXloç yÉpwv, ôç -/i^uoÔTi (31) t-^ç lirtaxoTrTÏç (32)
(1) ôoOXyiv to-j ÔcOÛ CD. — (2) XaÔpaÎMÇ D. — (3) 5pa[j.à)V C. — (4) airaôeia B, et C
aj. ToO IviauToû. — (5) crTraOtv B. — (G) àpxst CD. — (7) (/.età Se D. — (8) ôeytspov C.
(9) ÈÔXtgwiJiriv B. — (10) CD aj. ixe. — (11) CD oin. [xe. — (12j x£{(a. (xe BCD. —
(13) [j.-ii û£ enlevât Sjvaiôat D. — (14) aùxû A. — (15) ecpriv CD. — (10) CD om. xal
el. [A. t:. 7c. — (17) CD aj. tov tôtiov. — (18) D om. tïjç x^'pô;- — (!■') «p^i f*- —
(20) èv paîxet B. pâx-/; C. pâxxei D. — (21) c/.xpaç D. — (22) ôeî; D. — (23) tw upoT.
ffrt. D. — (24) D aj. (xot. — (25) D aj. (le. — (26) xàç twv S. ôp. D. — (27) àTrà A.
— (28) D aj. tj.£. — (29) D om. Ofxïv. — (30) B aj. èyw. — (31) xaTYiliobÔY) B. —
(32) CD aj. Tiôkw;.
412 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
'O^uûûyyou (!)• wç (2) éTÉpou Tivô; aÙTo> ^iviY7i(7a|;.£vo'j. r,v ^è aÙTOÇ
0 TOÙTO TÎSTCOiri/.COÇ. 8(^0^£ [XOL ^TiGlV (3) siç T/jV £pVlf/,OV TTjV £(7C0T£p7.V
T-/1V y.aT' "Oaaav (4) è'XGsîv (5). svOx to tc5v Ma'Ct/.(ov y£vo;;(6), î^£îv
£t TTOu £uû(i) Tivà tÇ) XpiTTco ôou'XeuovTa (7). 7.al àvi >v7.€iov oliyy.
TraHatxy.Tia (8). /.al w; (9) ■/î[/.£pôv TSGGapwv ûrWp T'/)v izo^tixv Èttoioo"
tj//iv, (ôç ^è ^lYjlOov al T£C'7ap£; r,p!.£pa!.. twv Tpocpwv àvalwÔEiccov*
^iTiTTwpouv Tt xpx^^- ''''C'. OappYi'aai;, £;c'rWy.a £[7,auT0v. xal ^loovj-
axç (\0) ôiXkot.q xéccx^y-q -/laépa; [/.{ï^ocç aaiTo;. t*^; oà ccciriocç '/.sa
Toûi -/.OTTOU Tvi; ô^oO T'/jv TaGiv Tou GwiJ.aTOi; [7//iy-îTt. (pspovTo;. £'!;
7;£i7ro()u[jia.v (11) yiX6ov /.al ^-/i Èjceijxviv yx\JM. èXÔwv (12) Ss ti;. tw
^a/.TuT^to aÙTOu vi«|;aTo twv yeikéoi'i [xou. /.aOz-nrcp txTpoç ttï p//iV(] tov
ôçQaT^pv (13) 7rapaTp£y^£i (1-4). (p. 313) £ÙOù; i^à (lo) £V£^uva[7.(j;)()r,v.
ôiore [A£ (16) vo[>.t(7ai. |j//iT£ ô^£u/.£vai(17) {Jt.-/iT£ T^iixw^au w; O'jv sloov
Ty;v f^'Jvaaiv zccù-ry îT:eiGz)Jio<jcxv (18) [Jt-oi. âvacràç Siw^euov t'/iv
l'pviaov. ib; 8i ^iTi'XÔov âWx'. T£<7Gap£; -/;[j-£3ai. ttzIiv •ÀTOV/ica. /.al
^^STSiva £iç tÔv oùpavov Ta; y}l^é.c, ;xou(19). /.al i^où àv/jp (20) 6 /.al
';rooT£pov sv^uvajxtocaç (;.£• xal 7ra>.iv tÇ» ^a/-TijA(p (21) j^piGaç(22) Ta
y£i'X-/l (xou, èi7T£p£to(j£ |X£ . ^ ^iviT^Oov §£ -/ijj-spat ^£/.a£';iTà, xal ;7.£T3c
TauTa £'jpi(7/.fe) /.a"X'jêriV /.al cpoivt/.a /.al uSwp (23)' /.al av^pa gtv]-
/.ovTa. ou al Tpiyat (24) ttïç /.scpaV/iç r,cav £v^u[xa aÙToj. -£zo7;iw-
[/.Évai. TTTzcai {)7r7ip)(_ov. -/iv ^è /.al ipooEpôç (2o) ty, ot];£t,. cb; ôk £Ô£a'-
craTO a£. k'TTVi £i<; xpoGEu/'/fv. /.al "cikiaxc, tÔ AfAriV. syvw Eivat [7-£
avGpcoTVOv, /.al /.paT'/iaaç [7,£ ttjÇ X^tpàç (26), vipûTa Isywv tcoç Iv-
Ta'jOa yiyova; (2~)> ''-^'^ ^- ^''^'' 'j'J''£'j~'0/.£ TcâvTa Ta sv tw /.d(7[;.c;),
/.al £i iTCi/.paTO'jTtv ÏTi o-. ^icoyjj'-oi; 'Eyo) ^i £Ï7rov yàptv oy^ôiv tcov
a£Tà àl-/lÔ£taç (28) SoU>>£l»o'vTtOV TÔJ S£Cr7rOT'/l XpiGT(0.(29), TaUTVlV T71V
î'pviy.ov ^i£pYOu,ai.. to (30) ^ï too oiwyj^.oij. TOTTauTai, ^là t*1^; ouvà-
[XEw; (31) ajTou (32). (ppaGGOv (33) ^s [7.oi xal aÙTo; titwç ivTaoGa
(I) '0;ypiV/ou A. — (2) uspl D. — (3) [loi ttotè D. — (4) 'Odcfftv A. — (5) eîffsXâeïv
CD. — (6) D aj. xaî. — (7) xiva TtTwxôv 3ouX. tw ôew CD. — (8) 7va?rj[i3c6ta B. —
(9) ëwc B. — (10) ôiû5£U(ja BD. — (11) XiTcoôuiJiîav D. — (1^' 'HWe B. — (13) twv
ô?9a>^(jLwv BD. — (14) •rtapaTpéywv D. — (15) xal eùâÉw; D. — (16) D om. (is. —
(17) wÔ£o/.. D. — (1<S) èTîeXeoûo-av CD. — (19) e^îTeiva t. -/• (J^- eU '• o. D. — (20) ô
àvrip D- — (21) D aj- aÙTOû. — (22) yipiifsoL:, B. ^ (23) xal 05. -/.. ?. D. — (24) Tpr/s;
I). — (25) xal çpoê. ôè r^v. D. — (26) xpaT. o-jv ■zft^ x- V-^'-^ D. — (27) TrapayèYova; !*•
— (28) èv àXriÔsta D. — (29) Ôeôi B. tÔ) Oew C. — (30) Ta D. — (31) yâ-oiioi; CD-
— (32) To-j XpiffToO BCD. — (33) cppàsov D.
LES ANACH0RÈTF:S et s. PAUL DE THÈBES. 413
TTxpaysyovaç ; 6 §£ à7ro§upo[;.£voç xal vSky.uov (\) . -/îp^aro ^.syeiv (2)*
syw £7iri<j>co7roç £TÛyy(_avov, y.al mtoyjxoO ysvoaévou TzoXkdv Ti[/.copuov
7;po(7£Vsy6£VTcov (3) [Aoi, /.al [;//] fWviO£lç u— £V£'yx.ai(i) toùç a.i/<.ic|j/jùç,
{><7T£pov (5) â'OïKjX, wç o£ £[7-a,"jToij (6) £y£v6p!,'/iv (7) , STCsyvcov T71V âvo-
pLtav jjLou, /.xl £owx,2C (8) £p-auTov àiroÔavEiv £v t/j £pr|i7xo TauTr,. y,7.l
£i[X'. IvTaOOx â'ixytov sV/; T£crc7ap(zx,ovT(X Ivvia £ÇO[xo}\.oyou[7.£vo; /.al
7rapxx,a>.wv t6v 6£0V , £17i:cl)ç xa^i^-riaercci [jloi vî à[/,apTÎa [j.ou, /al tt^v
JJ.èv (^W/lV (9) 'TCXp£G/_£TO [XOl ô XÙpiOÇ £)C TOO ÇpoîVtX.OÇ TO'JTOU. TTa^
pd/SkTiOiv Sk Tvjç <7i»yj^(j)pyic£coç où/. £>.aêov, à'wç £T(I)V T£(7Gapa/.ov-
Tao"/.T(ô. £V ^è Toi IviauTcp TouTw ■7rap£/.>//j'B-/iv. ojç ^è raOra £}^£y£v,
â'çpvto àvacràç r^po'xatwç à'^oj (10) â'cTTvi eîç xpo(j£i)/_viv £tcI TColXàç oioxi;.
cbç ^£ £T£7^£CT£ 7t:pOG£Uy__6(;-£VOÇ (ll),7l7^0£ TCpOÇ [A£. Oecop'^Wç ^£ (12)
t6 TtpoccoTCOV aÙTOu, eiç ïxttV/i^iv -/ilOov xal ^eikicc^. riv yàp (p. 314)
y£v6[ASVoç cb; -TTup. £t77£ o£ |7,ot,* |/,vi çoêo'j. Ci yàp /.'jpioç (13) aTTs'-
GZoCkyJ <jt 'i-ij. /.•/i§£ijcrr;ç aoi» To cùp-a xxl Gà^|>7iç(14). wç ôè £T£'X£<7£
'Xsywv, £Ù6ùç £/.T£{vaç Taç ytï^aç, /.al toÙç Trooa; T£};oç é'ay^s to'j
(3io'j. Trapa'Xucaç ^£ lyw tov 'XôêviTovâ (13) |xou. to v][7.'.<7u Èjj.auToj
Ézcxç. /.al tÔ 'fi[J.iG\> ::£pi7rTuçaç (16). tô <7à)[/a aÙToO' to ayiov.
àTO/.puJ;a(17) Trjy/i. coç Vi £GxJ;a aÙTOV (18). £ÙÔ£wçô «poivi^ i^yipâvÔY).
/.al •/) /.a'Xuêvi £X£C£V. lyco r^è xo}^^^ 'éySkxuay. o£djjt,£voç toO Osou eI'tcw;
Ty.^a.G-jrri (19) [xoi t6v <polvi/-a. 3cal ^iaT£l£<7(o £v tw to'tcco £X£Îvco
TOV ÈTTtlo'.TCo'v J/.0U ^pOVOV. côç ^è 01»/, £y£V£TO TOUTO. eItcOV /.x6'
£[Aa'jTÔv (20) [XYi filvxt Oél-fi^x Tou (21) Ôeoo. /.al £ij^a[A£V0(;. top-
(AtùV (22) TzdXiv iizX TV)v oi)cou7.£v*/iv, xxl î^O'j ô. avôpwTro; ô j^^iGxq
Ta yêiV/) [xoo v)X6£. /.xl £V£Suvàjj(,to(7£ [/.£ 6^0£l(; [/.oi. /.al £(p9x(7a (23)
Tïpoç Toùç à^£}^(poùç xal ^iyiy7i<7a(/.Viv (24) aÙTOîç. /.xl uapfixàlouv (25)
[7/^ à(p£7.7ul^£iv (26) âauToiv. ccXky. tyi ÙTro[Aovln £Opic/.eiv tov 6£ov.
c) Aûo TiV£ç yfpovTS; [X£yàXot (27) wS£uov elç Triv â'prify.ov (28) T'^;
(1) CD om. y.al -/cXaîwv. — (2) v^pÇaTo xXaîetv xat ^éy^' oyTto; B. — (3) èv£)(8r)(Tcov
B. itpoff£V£'/8yi(7(ï)V C. upoaevsxQs'ffwv D. — (4) •JTzt'^tyAtX'j D. — (5) CD om, ùgt. —
(6) èv èixaviTôJ CD. — (7) D aj. xai. — (8) [xou Héôtoxa D. — (9) xpocpriv D. — (10) D
om. £^0). — (11) £Ù)^6[jL£V0(; B. tïiv Tzpoa ev/irty D. — (12) èyà) ôè 6e. D. — (13) v.cà yàp
ô xOpio; C. — (14) CD om. xal 6â']/r];. — (15) ItSl^ut'jâ. D. — (IG) uepiiuX^ai; D.
— (17) D aj. aÙTÔ. — (18) aÙTo D. — (19) irapàaxEt D. — (20) èv £[AauT(o D. —
(21) D. om. ToO. — (22) 0£oO. vJl. o-jv ajpjj.Yiaa D. — (23) èveo. [ae. xal oijtw; EcpOaaa
ÈXÔEÏv D. — (24) D aj. TcàvTa. — (25) 7tapExâ),£<7a D. — (20) i.'KÛ.r:. D. — (27) [/.Ey.
ysp. D. — (28) Ei; ttiv ip. wô. D.
414 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Sxvi'tscoç. y.y.\ àzoucavTsç tivoç yoyyû'CovTOç va tv;ç yviç. iQ/]X-riaca
T71V £Ï(70dov Toû <77r*/ilaiou. /.y,! £WS^OovT£ç. sOpov Tivà ypai^a (1)
TTocpÔsvov âytav •/.£t|x£vr,v /.al 'Xsyouct.v aÙTrj* t^ots ti'XÔsç co^e ypau ;
/.al Ti; ac-tv 6 oia/.ovwv coi 5 oùoev yàp sûpov sv tw GTZ'riXixioi. v.
u.Yt aÙTviv [j-ôv/iv X£i|7-£vr,v /.al àTOsvoOcav. vî r^à sItts* cptaxocTov
oycioov £To; é'yw év tco (jTTYi'Àauo touto), ^oxavatç àpxoit[/,£vvi /.ai àoi>-
l£U0U(7a tÇ) Xpi(7T(p. /.al oùx, £ioov(2) avOpwTTOV. £1 [XYi '7"/îf/.£pov. àxe-
(jTei);e yàp ujj.aç 6 Oao; l'va 6âc{;7iT£ to 'X£L(];avov (j,ou(3)- /-al £iTCoij(7a
toDto VAOi[j.-r\b-ri . ot ^è y£'povT£ç eSo^acav (4) tov Geov. /.al GavJ/avT£;
TÔ cwjj'.a aÙT'^ç (5) (XV£y^(dp7i(Tav.
d) AiT/yviTavTO TTEpt Tivo; àva/_wp'/iToij. oti s^rjXôav sic tviv â'p'/ify.ov
â'y^wv T^fiê-^'rovx (6) ^.ovov. /.al 7:£pi7vaT'/i'7aç rpEÏç •iîj/.Épa;, àvaêvi
£i; x£Tpav /.al £i^£v ÛTCO/.aTO) aÙT'l^; X,^^''^^ C^)? '^5'-'- avÔpwxov ,80-
T/tow-Evov (o; Ta Ôvipia. /.al /.axÉê"/) èv /.puçfi /.al ÈTCiacEv aùxov' 6
5a y£'pti)v yufjLvôç -^iv. /.al oTv'.ywpTicaç (8) {/.'/) 5uvâ[/,£Voç (iacTaçai t'/jv
6(7[j!,7iV Ttov àvôpcoTrwv. r,^uv/]6vi à^aiV/îcai (9) àic' aÙTOo /.al cpuy£rv(10).
/.al à^vjXOév 6 y.8ek(i^o^ roéyjà-^ ôxicrco aÙTOu /.al £xpa^£(ll)* Sià tov
6£6v (p. 315) 5iG)/.to cre. [Jt,£Îvo'v (/.e. 6 5e crTpaosl^ sixEv atjTw-
/.àyw 5ià TOV Oaov o£uy<o àxo goîÏ. GcT£pov £ppn|;£ (12) tov "ke&r,-
T0va(13) xal (14) i^uo^zv (lo) oiziaù aOroO, w; 5a alSsv ôti ep3td;£v
octt' a'jTou (16) TO tpLaTiQv (17) e^E^a^aTO (18) aÙTÔv, /.al ots vîyy.cTE
aÙTÇ)(19) eItïsv ô'tl é'ppt'j/aç t-/jV uV/iv tou /.o'g'j.ou àxo (toO. /.àyoS ce
TcapEyeiva (20). IlapsxxT^îi èï aÙTOv (21) T^eywv TCaT£p. eIto [j.oi prijj.a
Ttwç cwôcô. 'O 5è eItcsv aÙToJ* ©£ijy£ Toùç àv6pw7uouç, /.ai auoTra.
/.al ccS^T; (22).
(1) Ypaw H. — (2) 'ioov B. — (o) 6. [xou 16 '>.d<\i. D. — (4) ôoÇàoavxei; D. — (5) D
om. aÙT^;. — (G) XsêtTtova D. — • (7) y_)>(î)Yiv B. — (8) o),tYwpiT7£ CD. — ■ (9) ôè IÇeiXîoiai
D. — (10) xai opuy. an' aÙToù D. — (11) xpâÇtov C. ô ôè àô. xaTeStw^sv ÔTtîffO) aOtoû
xpâîîwv D. — (12) xal pi-Laç CD. — (13) XeêÎTWva D. — (14) Izê. aÙToO CD. —
(15) îisTspov ôiavcviQsU ëppn|/îv àir' aOxoO xov XôêÎTwva, xaî yu[ivÔç Èotwxev B. — (IG) as'
éauToù B. — (17) Ëpp. TÔ l[JL. à;:' aÙToO CD. — (18) èSi^axo. — (19) CD om. ote >îy-
aÙTd). — (211) xàYw 7t£pi£[j.£tva CD. — (^l) D aj. àSeXsô;. — (22) L'anecdote suivante
qui fait partie de notre chapitre dans le ms. Coislin 127, fol. 290, est conçue
dans un esprit tout différent. Elle accorde plus de mérites aux moines qui
vivent ensemble qu'aux anachorètes et semble une première édition du mol
célèbre : Mea maxima pœnilentia, vila communis :
^Hv Ttc àvaxa)p»]Triç Po(tx6(Xsvoî (XîTà iwv poyêdt),wv, xal suSaxo Toi ôew Xsywv'
Kûpis, TÎ û(7T£pà) 5tôa?6v [jLs; Kal r,),6£v aOxû çtovri Asyo-jtra' 'TîtayE £1; xd5£ xo xoivo-
LES ANACHORÈTES ET S. PAUL DE TIIÈBES. 415
Appendices. — I. M. F. M. E. Péreira ;i publié deux fasci-
cules sous le titre A vida de Santo Paulo de Tliebas. Le pre-
mier (Lisboa, 1903) renferme la version éthiopienne d'après le
manuscrit 60 de la collection d'Abbadie. Le second (Coïmbre,
1001) renferme après une introduction (p. 1-48), la traduction
portugaise de la version éthiopienne (p. 49-05) et de la notice
consacrée à saint Paul par le synaxaire arabe jacobite au
2 Amxir (p. 66-68). La version éthiopienne, peut-être par Tin-
termédiaire d'une version arabe, dérive encore du texte b
que M. Péreira regarde aussi comme le texte original. Elle
ne porte pas cà la fin le nom de saint .Jérôme.
Le même infatigable auteur vient de publier encore Vida de
Santo Abunafre (santo Onuphrio), Lisboa, 1905, version éthio-
pienne sans traduction. Dans la version copte 'Ovcj^pio; est
appelé Bénofer, nom que l'on peut faire dériver directement de
Ojvs^pioç, car û'j se permute fréquemment avec v et b.
II. M.-J. de Decker vient de publier un consciencieux travail
[Contribution à Vètude des Vies de Paul de TJièbes, Gand,
1905, 87 pages) renfermant une étude textuelle et des colla-
tions de trois nouveaux manuscrits grecs. Pour confirmer les
conclusions de M. Bidez, il reproduit la note de M. Van den
Ven à laquelle nous avons répondu et un argument de M. Ku-
gener auquel nous répondrons plus bas. Les raisons qu'il
ajoute sont basées le plus souvent sur une différence de point
de vue. Lorsque j'écris : « S. Jérôme (H) paraphrase le texte
préexistant b », on me répond : « b réduit le texte latin H
préexistant ». — Lorsque nous affirmons que le latin H n'est
pas le texte original, il faut remarquer du moins que nous
nous appuyons : 1" sur l'historicité que S. Jérôme attribue
dans ses écrits à la Vie de S. Paul et qui ne peut s'expliquer
à l'époque et dans les conditions où il écrivait que par l'em-
ploi de sources écrites; 2° sur le témoignage de S. Jérôme
qui écrit (supra, p. 399-400) avoir lu les récits relatifs à
oyx. viôei T/iv -JTrripeffîav tûv àSôXipwv, xal D.syov aÙTw' Hoî/iirov to-jTO, lo'.ùfza:, xai
TTOÎYitrov èxetvo, caXà ylpwv. Kai 6Xiê6[X£vo; eu^axo noà; -6v 6eôv XÉytov' KOpic, oùx
otoa trjv -jirvipefftav twv àvOpwTtwv, TtÉpl/ov [X£ TïâXiv upôî xoù; pouêâXouç. xal à;teX06r)
à-Q Toy OâoO TtàXiv àTieXôîîv et; -/MÇ/iov poaxriô-^vai aeiàc tûv po'joâXwv.
416 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
S. Paul et aux anachorètes et qui nous apprend {supra, p. 398,
note 2) ne jamais traduire mais parapliraser; 3° sur le carac-
tère tout égyptien de l'ouvrage, différent du caractère des
écrits personnels à S. Jérôme; 4" sur un grand nombre de
passages du latin qui ne s'expliquent facilement que dans
l'hypothèse d'un original grec (Amathas, passages personnels
à S. Jérôme omis en b, passages personnels à l'auteur de b
modifiés par S. Jérôme et dix critiques intrinsèques). (Cf. Anal.
BolL, XX, p. 134-142 et 144-147). — Par contre lorsqu'on écrit
que b est une réduction du latin, c'est une de ces pures hypo-
thèses dont on dit : Quod gratis asseritur, gratis negatur.
En effet, d'après cette opinion opposée à la nôtre, l'auteur
de b avait sous les yeux le texte grec a, et n'avait donc
qu'à le transcrire, mais, pour expliquer les différences de
a et de b, on imagine ensuite que b, au lieu de transcrire
«, en a donné une réduction; c'est une pure hypothèse qui,
à notre avis, n'explique même pas tous les résultats.
M. Kugener (J. de Decker, p. 10-11) a écrit que S. Jérôme
s'est inspiré de la traduction latine de la Vie de S. Antoine
par Evagrius; nous le savions a priori, c2lY il la connaissait
et il paraphrase, il peut donc citer cette Vie comme il cite
Virgile (1). Dans un passage cependant il y aurait accord entre
la traduction d'Evagrius, S. Jérôme et b contre le texte actuel
de la Vie de S. Antoine et il semble — si ce n'est un pur hasard
— que b provient de S. Jérôme. Or nous venons de constater
qu'il y a un certain accord entre la version d'Evagrius et la
version syriaque de la Vie de S. Antoine contre le texte grec
actuel (2). Il s'ensuit donc simplement, sinon que b est d'ac-
cord avec « l'archétype » grec — pure hypothèse, — du moins
que cet auteur a rendu de mémoire, de manière très suffisante,
un passage obscur de la Vie de S. Antoine (Bedjan, p. 65),
(1) Cette imitation toute naturelle chez un traducteur çi<i /)«ra/)Ar«se (c'est
certainement le cas de S. Jérôme) ne se comprend pas chez tin copiste. C'est
donc encore faire une pure hypothèse que d'écrire dans la théorie adverse,
que le copiste grec b qui avait le texte grec a sous les yeux et n'avait qu'à
le transcrire, a jugé à propos de le réduire et d'y introduire des réminiscences
personnelles. Ce n'est pas impossible, mais, nous le répétons, c'est une pure
hypothèse.
(2) Evagrius : Ilunc Antonius locum | Syriaque : (mot à mot) Beatus ergo
LES ANxVCIIORÈTES ET S. PAUL DE TIIÈBES. 417
mais il ne s'est inspiré ni d'Évagrius ni de S. Jérôme. Par contre,
si la parenthèse de S. Jérôme peut provenir d'Évagrius, comme
les trois mots extrêmes proviennent de b (-/.al àyaTr-z^c-a; == Igi-
tur adamato et y.y-zvKr-.qç^iz^t = habitaculo), nous aurions ainsi la
genèse complète de son texte. — Nous voudrions voir expliquer
ainsi par le menu dans l'autre hypothèse pourquoi a (1) qui de-
vait traduire S. Jérôme lui a ajouté deux mots (tbv -rs-rrcv) et
pourquoi b qui devait transcrire a, Fa tant modifié et a ajouté
£oo^a7£v. Pour nous -bv TÔTTov est un résidu de b conservé par le
réviseur a.
En résumé nous regardons toujours comme certain que
S. Jérôme a utilisé des sources écrites et comme extrêmement
vraisemblable que a n'est qu'une révision de b, faite sur le
latin. Enfin il nous semble toujours que la rédaction b offre de
nombreux caractères qui la désignent comme « l'archétype » ,
à peu de chose près, des textes et versions (2). Nous croyons,
bien entendu, à l'existence de S. Paul de Thèbes. Les légendes
qui ont accompagné et suivi la rédaction de son histoire légen-
daire ne font que mettre sa personnalité en relief, comme les
légendes des chansons de geste ne font que mettre en relief l'em-
pereur Charlemagne et les prouesses des siens, et nous sont un
témoignage de leur rôle historique loin d'en être une négation.
F. Nau.
quasi a Doo sibi ollorrotur. amplexus
est.
Antonius, placuit illi locus et amavit
illum plene et amavit illum pra?sertim
quia Deus erat illi conductor et ad-
venire faciens ad locum illum.
Traduction libre de S. Jérôme :lgitur
adamato (quasi quod a Dco sibi of-
ferretur) habitaculo.
Texte b or'ujinal : Kat àyaTti^Ta; tov
TOTtov èSôEaasv tov 6£Ôv w; /apiaocpievov
aÙTÔ) xaToixïjxyiptov.
(1) Itcvision a : Toiyapoûv ÈTrtTtob/iffa; xôv tôttov wç Otiô 6ïoù SESopivov aÙTôi upo?
y.aToixy)(7iv.
(•2) Tels sont les (rois points sur lesquels porte la discussion. II y a avantage
à les séparer. Nous concevons seulement que l'on puisse reconstituer « l'ar-
chétype » de manière un peu diirérente.
ORIENT CHRETIEN. 27
LES VERSIONS ARABES
DU « TESTAMENTUM DOxMINI NOSTRI JESU GHRISTI »
Sa Béatitude Ignace Ephrem II Rahmani, Patriarche syrien
d'Antioche, a traduit en latin et publié (I) la version syriaque
jusqu'alors inédite du Testament de Notre-Seigneur Jésus-
Christ, qui avait été faite Tan 687 par le célèbre Jacques
d'Édesse (2).
Dans ses savants prolégomènes, Sa Béatitude nous fait con-
naître une traduction arabe du Testament de Notre-Seigneur
■Jésus-Christ, faite sur le copte par Abou Isliaq ben Fadl Allah.
Une copie de cette traduction se trouve dans les archives du Pa-
triarcat syrien. M^' Rahmani en fait souvent mention dans ses
notes et parfois en cite quelques passages.
D'autre part, M. l'abbé Nau nous a remis, il y a quelque
temps, des reproductions de trois manuscrits arabes pour
préparer une édition avec traduction française de la version
arabe du Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Deux de
ces manuscrits se trouvent à la Bibliothèque nationale de Paris
sous les numéros 251 et 252; le troisième est à la Bibliothèque
vaticane sous le numéro 150 (3). Ces trois manuscrits sont
d'origine égyptienne et contiennent la collection des canons
réunis du xii'' au xiii'' siècle par Maqàrah, prêtre attaché au
monastère de saint Jean le Nain (Jean Kolobos), dans le désert
de Scété.
Pendant la préparation de notre édition et de la traduction
française nous avons eu constamment sous les yeux la version
(1) Mayence. 1899.
(2) Cf. Proleg-., ch. ii.
(3) Le ms. 251 est daté de 1353, et le ms. 150 l'est de 1372. Li^ manuscrit 252
a été copié au Caire en 1GG4 pour Vansleb. 11 existe encore d'autres manuscrits
de la collection de Jlaqàrah à Rome (Bibl. Barberini, de 1350); à Oxford [Hunt,
31, 32, de 1680); au British Muséum (catal. Kieu n" XIX. de 1682)
LES VERSIONS ARABES DU TESTAMENTUM. 419
syriaque publiée par M^ Rahmani, ainsi que les fragments de
la version arabe qu'il a cités. De même nous avons apporté
grande attention aux divergences qu'il a signalées entre cette
même version arabe et le texte syriaque.
Après avoir lu et comparé le tout avec les trois manuscrits
dont nous disposions, nous sommes arrivés aux conclusions
suivantes :
P Les trois manuscrits 251, 252 et 150 représentent, à quel-
ques divergences près, une même version arabe.
2^" Cette version arabe, que nous désignerons désormais par
la lettre M, insérée par Maqârah dans sa collection, est différente
de la version arabe (R) découverte par M^"" Rahmani.
3° La version M a été traduite sur le syriaque tandis que la
version R a été faite sur le copte.
Le premier point résulte de la collation que nous avons faite
des trois manuscrits.
Le second résulte de la comparaison de la version M avec ce
que nous connaissons de la version R. En effet une étude
attentive nous a conduits à constater les faits suivants :
A. 11 y a dans la version R de longs passages omis et des
phrases retranchées, passages et phrases qui se trouvent pour-
tant dans la version syriaque et dans la version arabe M.
B. Au contraire, il y a dans cette version R des passages qui
n'existent ni dans la version syriaque ni dans la version M.
C. 11 y a dans la traduction R quelques interpolations ré-
centes, qui n'existent ni dans la version syriaque ni dans la
version M.
Or ces nombreuses différences qui existent entre les deux
versions arabes en question ne peuvent pas être simplement des
erreurs ou des distractions de copiste. Un copiste, en effet,
aurait pu oublier de transcrire tel ou tel mot, ou même telle ou
telle phrase, interpoler tel ou tel passage, altérer le sens de
telle ou telle idée et la remplacer par telle autre. Mais il manque
dans la version R des phrases nombreuses et même des pas-
• sages assez longs. Et en effet, en dehors de nombreux petits
passages (1), la version R omet cinq chapitres et cette omis-
(1) Par ex. édition Rahmani, lib. I, cli. xxii ot ms. 251, f" -204 ij-*^ -^^V. X?
...^^ J^,y_j J-.^.sr-'^ ^liO! tJj> "^1 'i\^\j
420 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
sion (1) ne peut s'expliquer par une simple erreur de copiste.
Ces passages et ces chapitres existent clans notre version arabe
M aussi bien que datis la version syriaque. Par ailleurs, dans
cette même version R, il existe des additions qui manquent
dans le syriaque et dans la version M (2). Ces additions sont
assez nombreuses et parfois longues et importantes. Elles aussi
s'expliquent difficilement par le fait des copistes seuls et nous
sommes conduits de nouveau à admettre que la version M est
différente de la version R. Les interpolations que nous avons
indiquées nous conduisent, elles aussi, à la même conclusion (3).
Quant aux ressemblances, en petit nombre d'ailleurs, que
l'on relève entre ces deux versions arabes M et R, elles ne
pourraient suffire seules pour établir l'unité de traduction.
Cependant nous ne prétendons pas trancher définitivement la
question. Nous connaissons, en effet, la version R uniquement
par les citations qu'en a faites M^' Rahmani dans son « Testa-
meutum D. N. J. C. ^. Par suite on ne doit pas regarder cette
étude comme définitive, et l'on doit attendre qu'une compa-
raison complète des deux versions permette d'établir d'une
et ch. .\xxix, P 272 ^Mr -<^ S: S^}^ ^y^ ^j^ ~».iJ! î3-2> JXj "^j
et lib. II, ch. 11. f" 271 S:^. ^ "^'j iàkLJ! ^^ ^! ^-^J^' fj-' ^^À5ÇJi
(1) Les chapitres xvi, xxxv, xxxvii, xlvii du livre 1 et le chapitre iv du livre II
qui figurent dans le ms. 251 aux folios 202"; 270% 271'; 273''; 274^
(2) Par ex. lib. 1, ch. xxi, p. -31, f 261; ch. xxii, f" 264; ch. xxxi, f" 269 v»;
ch. XL, f" 272, ch. xlv, f» 273, etc..
(3) Par ex. 1, cli. xliv, f" 273. La version M. porte : (**^^=^' ^^^^ w^lj
... , .. ,.. ^^^^^
Dans la version R l'Évèque commence ainsi cette exhortation : « Dico tibi N.,
considéra timoré Dei te ministrare infra presbytères et diaconos, et exequi in
justitia evangelii prœcepta etc. » Ces mots, comme le fait remarquer M^'' Rah-
mani, semblent être ajoutés après coup.
Ch. XXXI, ch. XXXIV, ch. xlv, etc.
LES VERSIONS ARABES DU TESTAMENTUM. 421
façon parfaite si elles sont complètement indépendantes l'une
de Tautre, ou si l'une d'entre elles n'est qu'un remaniement
considérable de l'autre.
D'ailleurs l'origine des deux versions nous pousse, elle aussi,
à les regarder comme indépendantes. La version R, en effet, a
été faite sur le copte. Une note du manuscrit nous en avertit (I).
La version M ne nous donne aucun renseignement explicite sur
son origine. Mais l'accord constaté à plusieurs reprises entre
le texte syriaque et la version arabe M insinue déjà que cette
version M a été faite sur le texte syriaque.
De plus, on peut relever dans cette version arabe M ce que
l'on pourrait appeler des « syriacismes » qui montrent que la
version M a été faite sur le texte syriaque. En effet, on voit
souvent les noms dépourvus de l'article là où ils devraient
l'avoir (2). Or, en copte, il y a un article, tandis qu'il n'y en a
point en syriaque. Cette omission de l'article dans notre
version semble donc s'expliquer par ce fait que le traducteur
suivait sans doute de près le texte syriaque. Cette conclusion
ne s'impose pas, il est vrai, d'une manière absolue. Elle a
pourtant sa valeur si l'on veut bien remarquer qu'on ne
connaît pas un autre /texte ayant pu servir de base à la traduc-
tion arabe M ; car il est très peu probable qu'elle ait été faite
directement sur le texte grec de l'octateuque, connu encore de
Sévère d'Antioche et de Jacques d'Édesse. Ajoutons aussi que
le traducteur suit le texte syriaque d'une manière méticuleuse.
(1) Prolegom., ch. ii. Voici sa traduction : •< Absolutum est Testamontum
Dornini Nostri Jesu Christi, quod oretenus tradidit nobis apostolis post rosiir-
rectionem a mortiiis... Vertit illud iuimillimus Abu Ishaq ben-Fadlallah ex
lingua coptica in arabicam ad fidem codicis Patris Cosmae Patriarchae Alexan
driae exarati anno 643 martynim, qui annus concordat cuni anno 313 Hegirae. >>
— Il reste à déterminer si la version d'Abù Ishaq est celle qui a dû figurer en
parallèle du copte (comme sur le manuscrit copte édité par Tattam et par Paul
de Lagarde) ou si elle en est encore différente. Dans cette dernière hypothèse, il
existerait trois versions arabes du Testauientum dont deux traduites sur le copte.
(2) Par ex. f» 271 \" <1^^) v.oUy- h^^^j, ^y_ ^~*^_j Js,. .JU-^ *^l-M
f" 277 v° '-"'5 > iAJ-^»* ^ ^^r^"*** , a a«j y^ >*»,\w . iJ x'ms.»». ^ ^o lai
422 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
jusque dans des points de détails. Il est esclave de son texte
et pousse parfois le scrupule jusqu'à transcrire simplement les
mots syriaques en termes arabes, sans rien modifier dans la
construction de la phrase (1). Souvent aussi il garde à la pensée
sa tournure syriaque et la rend ainsi obscure (2). D'autres fois,
lorsqu'il se trouA'e en face de termes ayant plusieurs sens en
syriaque, il en prend le sens littéral, bien que ce sens ne
s'accorde pas avec l'enchaînement des idées. Ainsi le mot
« icoodu » signifie en syriaque « stature, taille » et par extension
« âge ». Le traducteur prend la première signification alors
qu'il devrait prendre la seconde. Autre exemple de servilité :
il y a dans le texte syriaque une phrase où le copiste avait sans
doute oublié la particule de négation, bien qu'elle fût néces-
saire au sens. Notre traducteur, suivant en cela le syriaque,
omet lui aussi la négation (3).
(1) Par ex. lib. I, ch. xxx, f° im >-r--»^ ^Âjl >j^ j^^_ ^\ w^xj^j
|LQi>j vJjii. ).^\« pj )l.^v-> jJ |.^,>j»ao loi. ^|tJ |oO); ^t iKs> ^ • ) J'"^ Jl.'^. ^Jr^^ 5iJ>-sS
c'est-à-diro - Postquam (prosbytei-) ordinatus fiiorit otc. ».
Lib. I, ch. XXXV, f° 271 ^mn^ ^^^1 .*^-?. ^i^ iJ-^J^J^^ J^^ '^-r^-^J^
^ooNju; yooti. ^60 l-po; k^/ -ajoto 1-L.I.VLtoo ^Ji.^^io . v^-^-2j if^.^^ i*^^J r'I^
Lib. II, cil. II, f' 274 ."^ ^,' .... ^^ 'U\sr^ JULl J^ J.^! ^^ ^,1
oofj/ |..^aN ^ |joa..ov^o o/ |jl.LUIïoo jjl^^ojls o{ ^oioI^,-./ )..A.£» ^xj/ y/ ]ts. «»ao\\
Ch. IX, f" 276 ^j^. ^rrr*"*-''j J^-' ^~' ^ ^'^^ -r^-^f Isr-*-^ x^Cst^-^M
Ch. X, f° 276 V .|JL— »-o v^;.o p p 1 1 « .>n « v> . i ^ ^y^ -^-v*rr iT^ j^'^-^ JrA' / w^^
Lib. II, ch. XI. f. 276 v° ^.^-.«-iJi ?2.ik_Jj Ix* 'i33\y ïjbbj j^\y^^ U^Luî
• lu pof« oOi« ^r^ ).3>a.3 ^n «m I .juj Po .[.vin oi^ plxJ p.o L^o La^oju» |«-.*3l
(2) Parex. II,ch.xi,f''27Gv° ^^-^ d...;^'! ^^":.-^^ ^^' ix.^^ ^y^ >JjLJ
■ |m-)0 |.aa.i.>\ ^o;.£Nj | -o -> |-«.aQ-,.j |Tmg<; )(,^V^I )Ni« i ./ r'^ ^
(3) Lib. I, ch. XXXVII, f- 271 v, ligne iJ.
LES VERSIONS ARABES DU TESTAMENTUM- 423
Enfin dans le texte syriaque on rencontre des phrases dont
le sens est difficile à comprendre. Traduites littéralement sur
le syriaque, elles se trouvent par là même obscures dans la
version M. Par contre ces mêmes phrases sont assez claires
dans la version copto-arabe R (1).
Ces raisons nous permettent de conclure avec très grande
probabilité que la version M a été faite sur le syriaque.
Il semble même fort probable que Toctateuque arabe tout
entier tel qu'il figure dans la compilation de Maqârah a été
traduit sur l'octateuque syriaque, car M. l'abbé Nau a déjà
noté (2) que le dernier livre formé des canons des apôtres
semblait identique au dernier de l'octateuque syriaque édité
par Paul de Lagarde, et nous venons de montrer qu'il en est de
même du premier.
Terminons par une courte appréciation de la version M. —
C'est une traduction servile, au style aussi peu châtié que
possible, confus, obscur et parfois saccadé. Les phrases ne sont
pas bien liées entre elles et sont très souvent incomplètes.
Quant aux règles de la grammaire, elles y sont méconnues
presque à chaque ligne. Aussi a-t-on beaucoup de peine à
comprendre cette traduction, si l'on ne se trouve pas aidé par
un autre texte et surtout par celui de la version syriaque dont
dérive sans doute, d'après ce qui précède, la version M.
Ces quelques lignes n'ont point la prétention, comme on l'a
déjà dit, de donner une conclusion définitive et absolue; mais
d'annoncer aux lecteurs de Y Orient c/irétien les résultats de
notre première étude de la version arabe (M) du Testament de
N.-S. J.-C. La conclusion définitive figurera dans la publication
queferalaP^Y^>'oto(//<" orientale des deux versions arabes M et R.
S. D. DiB.
Paris.
(1) Par ex. lib. II, ch. xi, f" 270 v, ligne 5.
(2) Dictionnaire de théologie catholique, Vacant-RIangenot, articlo Canons des
Apôtres, col. 161G.
LE PASTEUR D'HERMAS
FRAGMENTS DE LA VERSION COPTE-SAHIDIQUE
Nous ne connaissons rien de certain sur l'auteur de cette
œuvre si célèbre durant les premiers siècles (1). D'aucuns ad-
mettent que les quelques renseignements épars dans le livre se
rapportent réellement à lui; les autres considèrent l'ouvrage
comme une pure fiction (2).
Le seul point qui paraisse vraiment établi, c'est que le A/.s-
teur n'a pas été composé par l'Hermas de l'Épître aux Romains,
comme le supposait Origène(3), et vraisemblablement les doc-
teurs de l'Église d'Alexandrie avec lui.
Après Clément d'Alexandrie, Origène et S. Athanase qui cite
quelquefois le Pasteur comme un livre très utile (4), Didyme
d'Alexandrie s'appuie sur le texte de la troisième Vision pour
commenter le verset 17 du VHP chapitre de Job (5).
(1) Nous n'avons pas l'intention d'exposer et do discuter les diverses opinions
sur l'auteur du Pasteur, le temps où il fut composé, les théories qu'il développe.
On les trouvera résumées dans Gebhardt et llarnack, Patr. Ap. op., III. p.
Lxxxni. On y trouve p. xl et suiv. la nomenclature des éditions et commentaires
antérieurs h, 1877; de plus récentes publications sont indiquées par G. Uhlhorn
en tête de l'article consacré à Ilermas dans le Realencyclopudie fur proteslan-
tische Théologie, t. VII, p. 714 et suiv. (Leipzig, 1899).
(2) Funk, PP. aposl. Op., t. I, p. cxiv et suiv.
(3) Comm. de VÉpHre aux Romains, Mign.. /'. C, Xl\, col. 1282.
(4) ôtà 8è Tri; wçeXijiwTaTviî P'g),o-j toù not[A£vo;. Orat. de Incarnat. Verbi, Blig.,
P. G., XXV, col. 101. - Cf. de Décréta Nicenee Synodi. Mig., P. G., XXV, 429
(Mand.ix); et 456 : In Pastore scriptum est (quando quidem librum hune citant,
quamvis non sit ex canone et c. (Mand. i). — Epistola ad Afros episcopos,Uig.,
P. G., XXVI, col. 1037. — Episf. fesl , 11, Mig., P. G. XXVI, col. 1400. — Epist.
fesl., 39, P. G., XXVI, col. 117 (le Pasteur est cité parmi les ouvrages que nous
appelons deutérocanoniques).
(5) Mign., P. G., XXXIX, col. 1141.
FHAG.MIvNTS COPTES d'HERMAS. 425
Vienne le v'' siècle, Hermas tombe clans l'oubli; du moins
n'avons-nous plus de documents provenant de l'Église d'A-
lexandrie; dans les autres Églises d'Orient, il semble avoir
perdu toute autorité : Nicéphore Callixte, au xiv° siècle, n'en
connaît que ce qui se lit dans VHistoire ecclésiastique d'Eu-
sèbe (1) et le range parmi les livres apocryphes (2). Cependant,
par Antoine d'Abbadie, fut trouvée, en 1847, une version éthio-
pienne (3) qui porte comme date : anno CXCI misericordiaï.
Quelle est cette année 191 de la miséricorde? Dillmann a
proposé l'année 1539 (4), puis plus tard 543, 1075 ou 1607
de l'ère chrétienne (5). Nous sommes donc dans une complète
incertitude sur l'origine de cette version.
Il en est de même pour les deux fragments coptes-sahidiques
que nous nous proposons d'étudier.
Le premier fait partie des collections de la Bibliothèque
nationale de Paris (Ms. Copt. 130', feuil. 120). C'est une feuille
de parchemin presque entière mesurant 265 mill. sur 200 mill. ;
l'écriture est très bien conservée au recto; chacune des deux
colonnes de la page comprend 31 lignes de texte, d'une largeur
de 60 à 64 mill. sur une hauteur de 5 mill. Le titre de chaque
Similitude est encadré de traits ; la première leitre du texte,
de même grandeur que les autres, est au commencement de
la ligne. Le recto porte en haut à droite gii ; le verso est nu-
méroté go, en haut, à gauche. En face de chaque titre, se
trouve un ornement accompagné d'un oiseau. Le texte com-
mence au verset 7 de la Similitude II (suivant la division com-
mune) et se termine par le titre de la Similitude IV (en
copte, V).
(1) Hisl. eccl. lib. II, c. 46. Mig., P. G., CXLV, col. 887.
(2) Funk, Op. cit., p. cxi.
(3) Publiée avec traduction latine en 1860 dans le vol. II, n» 1 des Abhand-
lunrjen fin- die Kunde des Morgenlandes. Le Pasteur existe aussi dans l'original
grec (2 manusc.) et dans deux versions latines, l'une dite Vulgate, mainte fois
rcMmpriniée depuis que .lacques Lefèvre d'Étaples l'édita en 1513; l'autre ap-
pelée Palatine (manus. du xiv" siècle). Des éditions critiques du texte grec et
des traductions latines ont été faites par : F. X. Funk [PP. op. Opcra, tome I,
Fribourg-en-Hrisgau. 1878 ; 2" édit. 1887), de Gebliai-dt, Ilarnack et Zahn [PP. op.
Opéra, Fasc. 3, Leipzig, 1877). Ililgenfeld illermae Pastor, Leipzig, 1866; 2" édit.
1881 ; 3" (-dit. 1887). etc.
(4) ZDMG. t. X\\ [i. ir.>. (Dillmann, Bemcrkungen zu dem tilhiopisr/ien Pastor
Ilermse).
(ô) Gebhardt et Ilarnack, Op. cit., p. xxvu, note b.
426 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
Le second porte le n" 9997 du Musée du Louvre, où il nous
a été permis de l'étudier à loisir, grâce à l'affabilité de M. le
D"" Révillout qui nous l'avait signalé. C'est un feuillet de par-
chemin, en mauvais état, dont l'écriture est cependant bien
conservée; il mesure actuellement 218 mill. sur 210 mill. ,
les lignes d'écriture ont une largeur de 60 à 66 mill. sur une
hauteur de .5 mill. Le titre de chaque Similitude est encadré
de traits; la première lettre du texte, un peu plus grande que
les autres et placée dans la marge, est accompagnée d'un
ornement analogue à ceux du feuillet de la Bibliothèque natio-
nale, mais sans l'oiseau. La première ligne du recto, marqué
Oh, à droite, contient les derniers mots de la quatrième Simili-
tude, de la cinquième selon ce feuillet dont le texte s'arrête
dans le second chapitre de la cinquième (ou premier de la
septième) Similitude.
En dehors de quelques différences secondaires, les deux
feuillets présentent les mêmes caractères paléographiques :
même calligraphie, même largeur des lignes de chaque colonne.
La pagination suppose entre les deux un seul feuillet, espace
suffisant pour contenir la quatrième Similitude. Ce sont deux
feuillets d'un même manuscrit.
Les fragments coptes-sahidiques que nous possédons font
partie du troisième livre du Pasteur, si nous adoptons la
division communément admise en trois livres comprenant
respectivement les Visions, les Mandata et les Simili-
tudes (1).
La thèse générale du livre est celle-ci : Hermas et sa maison
ont péché; ils peuvent être sauvés, s'ils se repentent sans délai,
car le jugement est proche. La révélation en est faite par une
femme et par l'Ange de la repentance qui apparaît sous la
forme d'un Pasteur.
Dans la première Vision, une vieille femme recommande à
Hermas d'amener sa maison à la repentance et lui donne lec-
ture d'un livre qu'elle lui remet dans la Vision suivante. Il
ne comprend pas d'abord le sens des mots qu'il lit. Après
(1) Cette division n'est pas celle de l'auteur, qui, d'après le contexte, forme le
premier livre des quatre premières Visions; le second livre^ de la Vision V,
des Mandata et des neuf premières Similitudes. La Similitude X constitue à
elle seule la troisième partie ou épilogue. Cf. Harnack. Op. cit.
FRAGMENTS COPTES d'iIERMAS. 427
quinze jours de jeûne, ce sens lui est révélé : ses fils et sa
femme ont péché ; s'ils font pénitence, ils obtiendront le par-
don; pour les fidèles, le temps de la pénitence va finir. Un
jeune homme apprend à Hermas que la vieille femme qui lui
apparaît, c'est l'Église.
Dans la troisième Vision, l'Église lui montre une tour dont
les pierres sont les fidèles. Dès que la tour sera achevée, ce
sera la fin du monde.
Vingt jours plus tard, Hermas voit une horrible bête qui
représente la grande persécution prochaine. Il est chargé par
l'Église d'annoncer aux élus de Dieu qu'ils pourront l'éviter
en faisant pénitence et en servant Dieu.
L'Église n'apparaîtra plus à Hermas. Voici que l'ange de la
repentance {Vis. V) se présente sous la forme d'un Pasteur
pour lui communiquer les Mandata et les Similitudes. Il lui
ordonne de croire fermement en Dieu [Mand. I), faire l'au-
mône à tous les indigents (II), toujours dire la vérité (III),
garder la chasteté (IV), éviter la colère (V), fuir l'iniquité (VI),
craindre Dieu et ne pas craindre le démon (IX), être gai (X),
éviter les faux prophètes (XI) et exhorter les autres à la péni-
tence. L'ange de la repentance est envoyé pour fortifier les
hommes dans la foi et les amener à craindre Dieu qui peut tout :
Sauver et perch'e (XI).
Dans la première Similitude, le Pasteur démontre que Dieu
a donné les richesses aux hommes pour subvenir aux besoins
des indigents.
II compare alors {Sim. H) (I) le riche à l'ormeau, qui, de lui-
même, ne porte pas de fruits, mais quand il sert de soutien à
la vigne, celle-ci produit un fruit plus abondant et meilleur,
tandis que si elle rampe à terre son fruit est mauvais et peu
abondant. L'ormeau, c'est le riche qui possède beaucoup de
biens, dont il s'occupe au détriment du service de Dieu qu'il
néglige. Qu'il vienne au secours du pauvre et lui procure le
nécessaire, il trouvera sa récompense près de Dieu, parce que
le pauvre a un grand pouvoir auprès de Dieu; le pauvre,
secouru par le riche, intercède pour lui...
(1) Dans la dixième Homélie in librum Jesu Xave (Blig., /■•. G., XII, col. 880),
Origène cite et loue cette Similitude.
428 REVUE DE l'orient CHRÉTIExX.
Nous voici parvenus au passage que contient le fragment
de la Bibliothèque nationale. Pour permettre au lecteur de
comparer le copte avec les versions latines, nous suivrons
aussi fidèlement que possible le texte latin que F'unk a com-
posé à l'aide de la Vidgate et de la Palatine (1). Les mots
entre [ ] n'existent que dans le latin de Funk; ceux entre ( ),
dans le copte seul. Les variantes qui ne peuvent être insérées
dans le texte sont indiquées en notes. Les mots en italiques et
entre [ ] correspondent aux lacunes des fragments coptes.
A]vtO I L 2U)]b Un|[2HK6 e]BOA2ll | IITA6l]o un3:()
|[eiG]. Avtu cvq|[a:]eK toiaiakoIiiicV gbo.v z\\ \ ovco-
ovTii" I epe ijpcuue tre ueeve :x€i | THirreAOA iibctatg
KAp|n()c GBOA* Av|co iiceeiLin au | ovAe iiceiioi | an
Xii epe TU I Tne etoov ] eviiTe reriTelAeA iioov :l^jao|
CAii^ iiTBa)|ije\ooAe' TB(o|iieA()()A(3 eio|u)(; eActniie |
iiovuoov e|iiA."ja)q iyACjI'h KApiux; (îiiav 1 2Apoc un Te
InTeACA* TAi I T(; oe iiiieHJKe ev^AMA I (b) z\ lipUllAO
ekpAi en3:oeio* | ce:^toK iiTev|unTpmiAo | eBOA"
iipiiuA|() ecoov evf ii|iietiKe iineJTovAyjtj evrtoi"
iineveiiT* ee[o cre iikoiikuIiioc iiiieGiiAv| ec|)toB iiaikai
loir iieTeilpe cre huai u|niiovT(3 iiAJKAAq iictuq |
AU . AAAA qiiA|,"j(()iie eqceuTT eiijvcnltoue iiiieTo|ue"
iiAiATov I iiiieTec)vii|TAV e veille xg \ ijtavaav iipu
|uA() ïiT(){)TC| I uiiA'oeie ■ iielriiAeiiie l'Ap | eiiAi'(|iiAAi
[akoiii uua|i-a()()ii :
7 [Et clives simili ter divitias, quas accepit a Douiino,
sine hœsitatione prœstat pauperi. Et hoc opus magnum et
acceptimi apud Deum, quia intellexit de divitiis suis] et ex
Domini donis opus fecit in pauperem et recte impie vit (hoc)
ministerium TDominil.
(1) Funk, op. cit., p. 445 et siiiv. Nous n'avons pu nous procurer l'ouvrage de
Drcssel {PP. aposi. Opéra, Leipzig, 1897] qui contient le texte de la version Pala-
tine. Le latin de l'édition de Funk ressemble davantage au copte que celui de
l'édition de Gebhardt et Harnack, c'est pourquoi nous le suivons de préférence.
FRAGMENTS COPTES d'iIERMAS. 429
8. Homines igitur cogitant qiiod ulmus non spargit
frucéum (1), nesciunt neque intellegunt qiiod, cian cœlmn non
pluerit (2), ulmus solct nutrire aqua (3) vitem [et] vitis (etiam
ipsa) niultam (4) liabens aquam cluplum solet dare (5) fruc-
tum, [etj pro se et pro ulmo. Sic [et] pauperes orantes 68. b.
ad Dominum pro divitibus augent divitias eorum, [et] iterum]
divitis (ipsi etiam) pauperibus clantes quœ cupiunt (6) replent
corda sua (7).
Fiunt igitur (8) ambo consortes operis justi. HiPC igitur qui
facit (Deo), non derelinquct (9) (eum), sed erit inscriptus in
libro (10) viventium.
10. Beati, qui habent, scientes quod a Domino divites
facti sunt (11); qui enim hoc scierit(12), niinistrabit bo-
nuni (13).
M A pA BOA H : A | (vei'SO, a) Jgo| aqTOVOI eeCiix'^JHII eilA^LU
\o'r 6UII (FtUliG I II2HTOT ' AAAA | eVO liée 1111(3x1
^ovojov IIIIA2PAI ne ' eiievleiiie l'Ap ik; | iiiie'repHV
I Tupov ' iie3^A(| I MAI ::ve kiiav eliiei;'jnii * iiel^^Ai iiAq
XG +|iiAV epoov ii|3:oeie eveiiie | imeveqHV ] Avto
er^ovlcooV AqoTCjul^iB eqxco ij|uoc mai y.G iie|
i^Hii eTKiiAV I epoov ne iierlovH? THpov j eu
neiAKoii ' 1 riexAi iiac| :\e | ii:2ïoeic ' eTJBe ov eeo
iioe I iiiieT^ovcolor Avto eeeilne iiiieveqHV" | se
(I) Apud homines igitur iihaus non videtur l'ructum forro. L.
[i) Cuiii siccitas fuerit. L.
(3) Nutrit. L.
(4) Perennem. L.
(5) Dat. L.
(6) Necossaria porrigentes. L.
(7) Animas suas. L.
(8) Ergo. L.
(9j Derelinquetur a Deo. L. Dans le copte, le sujet de dcreUnquel est certaine-
ment Deus sous-entendu.
(10) Libris. L.
(II) Et inteliigunt... se locupletari. L.
(12) Hœc sentit. L.
(13) Poterit aliquid boni operari. L.
430 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
ijAiKdioc I (b) n6[xAqovoii2] I eBo[\ au ottg] [ iipeq
[piJOB6'] I c\\\c\ C6[6iiie] I iiii6TepH[v] | neiiVicoii r[Ap]
I Tenpto ijiiiv[i]|KAioc Te avco | iiceoToiie | 6bo\ au
evov|H2 un iipeqlpiioBe ' iioe | iiTenpo e^ape | iix'Jhii
TiijpoT KAlnevToIoBeq|iic66i|iie iiiievHpuv | iice-
TUOTOJIie 6BOA XG A^ | 116 II6T()II2 H IIGT^MOTCO
|ov TAi Te oe eu nei|KeAiUJu uceovo|u2 eBOA au utri uai
|kaioo ovTe upeqIpuoBe . aaaa [ ceeiue uuerlepuv :
riApABOAu : K
SIMILITUDO IV (1)
69. a. Ostendit mihi arbores multas qua? folia non habebant,
sed velut arida? esse mihi videbantur; omnes enim similes (ad
invicem) erant. [Et] dixit (2) mihi : Videsne has arbores?
Di.ri ei (3) : Video, domine, similes (ad invicem) eas [esse] et
aridas. Respondit, dicens (4) mihi : ^œ arbores, qiias vi-
des, ii sunt qui in hoc saîculo degent. 2. Dixi ei : Domine,
quare [igitur] (5) velut arida? sunt et (ad invicem) similes
(sunt)? Quoniam, inquit, neque justi 69 b. manifestantur neque
peccatores [in hoc sœculo], sed similes sunt (ad invicem); hoc
enim saîculum justis hiems est, neque manifestantur cum pec-
catoribus habitantes. 3. Sicut [enim] hieme arbores (omnes)
soient deponere folia sua (6) similes sunt (ad invicem) ne-
que apparent (7) qua3 vivœ (8) sint aut [quaî] aridœ (9),
ita in hoc saîculo non manifestantur [nec] justi nec peccatores,
sed [omnes] similes sunt (ad invicem).
(1) III. L. Origène cite cette Similitude et la suivante. In Mallli. xxiv, Migne,
P. G., XIII, col. 1683. Cf. ci-dessus.
(2) Dicit. L.
(3) Video, inquam. L.
(4) Respondens, ait. L.
(5) Quare igitur, inquam. L.
(6) Abjectis foliis. L.
(7) Apparet. L.
(8) Aridœ. L.
(9) Vivœ. L.
FRAGMENTS COPTES D'hERMAS. 431
SIMILITUDO V
La cinquième Similitude (suivant la version copte) présente
comme figure des arbres verdoyants et des arbres secs. Les
premiers représentent les justes qui au siècle à venir donneront
leur fruit, comme les bons arbres le donnent en été ; les autres
sont les Gentils et les pécheurs qui seront brûlés comme du
bois, ceux-ci parce qu'ayant péché, ils n'auront pas fait péni-
tence; ceux-là, pour n'avoir pas connu leur créateur. Le Pas-
teur indique à Hermas ce qu'il faut faire pour porter du fruit
et termine en disant :
|[ob]I ...[ii]ap iiai iiaf- | KApnoc :
72. a. [Quicumque] haec fecerit, fructum feret.
napABOAH : fC [ eiiiHcreve Av|to eieuooo eilxii
OTTOOV ei^JlieilOT I IITU H^kOeiO I 6TBe eojB
liiu I 6iiTAC|AAV MAI' 1 AiiiAV ennoiIuHii 6q2iioloo
eiTovtoi eqxui mai iimai [ xe a2p[o[k akIgi 6ne[iu]A
ij|^cop[ii * njexAi I xo n[3:oeiG xg] ovItai ii[otgt]ati
[ton] 1 oc* I V I Il I G I c I il
manque 6 lignes (b) xe- nxoeic eiliiHCTere ii|TA2e
e^AïAAG" 1 iiGXAq XG iiTelriicoovii AU I iiiiHCTeve |
UnilOVTG AvlcO II TAI Ail TG | TIIHCTIA e[T]IllOqp6
eTeTiiIiiHCTere u|uoc iia(|* nej^JAi xg riacoic. | exBe
or KXiii I UHAi • nexAq | :xe fxtu uuoc | iiak xg ii tai
Ali T6 TIIHCT||a eT6TII II H|cT6Ve LlliOO* | AAAA AIIOK
-flIAlTAUOK XG A^J | T6 TIIHCTIA | fîT^HII AV«) |
GTXHK eBOA | un3:[o6ic neJIxAi [luvq iixoJleic k[iiap
uuoi] 1 ovua[kapioc ] I e | il manque une seule
ligne 1 (verso, a) eT^ynii urix[o]eic * iiea^Aq x[g] \ cujtu
uniioTJTe ove>y iihc|tia ah iitgi26 | ec^oveiT " |
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IlIzUUB llAIKAIo|cTIIH* IIHCT6vIe A6 UIIIIOVT(; | IIOVHHC-
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432 REVUE DE l'orient ciirétiex.
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nilOVTG * IIAI I 1 eK^AIIAAT. ] KIIAp OVIIOCr | llllllOTIA
ecl^HH LilIXOlC" I ClOTU 6TGl|ri ApABO AH nj-f H A3i:00(i
HAK I eT[Hll] 620VII | eT[llH]oTIA : |
[hapab]()ah : ï. I e tg 1 — o... ] ^g il man-
que plusieurs lignes.
SIMILITUDO VI (1)
I. Jejunans et sedens in monte quodam [et] Domino gratias
agens pro omnibus (rébus), qua3 fecit mihi, vidi (2) pastorem
sedentem juxta me [et] dicentem (IkTc mihi) : Cur tu (3) [tam]
mane hue venisti? Quia, inquam, domine, stationem habeo.
2. [Quid est, inquit, statio? Jejiino, inquam, domine]. Jeju-
niwn auteni, inquit, quid est hoc, quod jejunatis?] 72. b.
Sicut soleo (4) id facere, [inquam,] domine, [sic] jejuno.
3. Nescitis, inquit, jejunare Domino, neque hoc est jejeunium
utile (5), quod jejunatis ei. Quare, inquam. Domine, hoc di-
cis? Dico tibi, inquit, hoc non est (6) jejunium, quod [vos]
jejunatis (7); sed ego te docebo, quid sit jejunium acceptum
et plénum (8) Domino. Et (9) dixi ei : Felicem me faciès,
domine, si sciero quod jejunium] 73. a. acceptum [sit] Do-
(1) Y. L.
■ (2) Vidoo. L.
(3) Quid. L.
(4) Solebam. L.
(5) Neque jejunium est hoc inutile. L.
(6) Esse. L.
(7) Putatis jejunare. L.
(8) Plénum et acceptum. L.
(9) Et dixi ei... acceptum Domino se lit dans le copte et dans la version pala-
tine; ces mots se trouvaient donc dans le texte original et ont disparu de la
plupart des copies pour des raisons d'homothétie.
FRAGMENTS COPTES d'HERMAS. 433
mino. Audi, inquit. 4. Deus non vult ejusmodi jejunium
inane; sic enim jejunans Deo nihil operaris (1) justitia'.
Jejuna autem Deo jejunium hujusmodi : 5. nihil mali agas in
vita tua sed (2) servi Domino in numdo corde; serva ejus man-
data ambulans in pra^ceptis ejus [et] nihil concupiscentia'
)nalœ ascenclat in corde tuo; [crede autem Deo\. 73. b.
quod, si haîc feceris et eum timueris abstinuerisque ab omni
malo negotio, vives Deo ; [et] si ha^c feceris, magnum faciès
jejunium acccptuin (3) Deo.
II. Audi similitudinem (hanc), quam tibi dicturus sum,
spectantem ad jejunium.
SLMILITUDO VII
C'est à tort que le copte introduit une division en cet en-
droit; ce qu'il présente comme formant la Similitude VI n'est
que l'introduction à la parabole, où le Pasteur met en scène
un riche père de famille qui ayant planté une vigne promet
l'affranchissement à un esclave fidèle, s'il la cultive bien. Les
résultats sont excellents. Le maître fait alors venir son fils et
ses amis, leur raconte ce qui s'est passé et, du consentement
de son fils, attribue une part de son héritage à son ancien es-
clave. Après cette parabole seulement, viennent encore trois
autres Similitudes et enfin la dixième et dernière qui sert
d'épilogue.
Arrivé à la fin de ce court travail sur la traduction copte-
sahidique du Pasteur d'Hermas : nous espérons qu'il fournira
une contribution nouvelle à l'histoire de la diffusion de cette
œuvre célèbre du premier siècle de l'ère chrétienne. Nous avons
placé nos courts fragments dans leur cadre en donnant une
brève analyse de l'ouvrage afin de mettre notre article à la por-
tée de tous les lecteurs.
Paris, novembre 1905.
L. Delaporte.
(1) M. à m. : faciès operis.
(2) Et. L.
(3) Acceptumque. L.
OillENT CnRÉTlEN. 28
MÉLANGES
I
XpjffavOc; 5 a5-opt(ô--/]ç {HOC 1904, p. 456)
= CHRYSANTHE LOPAREV
M. Grégoire, dans la Bévue de rOrient Chrétien (1904,
p. 456), a consacré une demi-page à une note qu'il était le
premier à relever sur le ms. de Gênes n° 33, du x' siècle.
Cette note : « Chrysanthe le Sibériote, au mois d'août (902) »
l'amenait à se demander si ce Chrysanthe n'aurait pas été
de Sévérias en Cappadoce et n'aurait pas possédé ce ms. au
IX' siècle. Il s'ensuivait que le ms. devait être vieilli d'un siècle
et reporté au ix".
Le Père Aurélio Palmieri a résolu cette difficulté avec
grande verve dans le numéro du lundi 24 juillet 1905 du
journal de Gènes // Cittadino. L'auteur de Finscription est
Chrysanthe Loparev, attaché à la Bibliothèque de Saint-Péters-
bourg et membre de la Société d'ancienne littérature slave de
la même ville. La bibliothèque de Gènes lui a confié le ms. 33,
vers l'an 1900, et il a eu la déplorable idée de mettre son nom
en termes énigmatiques à la fin d'un manuscrit qui ne lui
appartenait pas.
Nous publions cette note pour ne pas laisser croire aux lecteurs
de VOrient Chrétien que le point d'interrogation posé par
M. Grégoire subsiste toujours et pour leur épargner en con-
séquence les efforts d'imagination qu'ils pourraient faire pour
résoudre, eux aussi, ce problème; mais, à un point de vue plus
général, nous voulons surtout montrer combien l'interpréta-
MÉLANGES. 435
tion des notes ajoutées sui- les manuscrits offre de difficultés
si ces manuscrits ont passé par les mains de lecteurs facétieux
ou peu respectueux de la propriété d'autrui.
X.
II
LETTRE DE S. B. W' RAHMANI AU SUJET DE LA
PUBLICATION DE LA CHRONIQUE DE MICHEL
Dans le Journal Asiatique (mars-avril 1905, p. 260), M. Tabbé
Chabot écrit « qu'on ne possède plus (à Mossoul) de traduction
arabe de Michel depuis que le ms. Orient. 4402 a été apporté
au British Muséum » et ajoute la note suivante :
« C'est du moins ce qui m'a été assuré pai* divers correspondants intelli-
gents et instruits, et notamment par feu M^" Khayyath, patriarche des Chal-
déens, qui a bien voulu faire rechercher pour moi, pendant plusieurs an-
nées, soit le texte, soit la traduction de Michel, à partir du moment où
W Rahmani s'abstint de répondre aux lettres qui lui furent adressées par
la Société Asiatique pour lui rappeler ses engagements relativement à la
publication de la Chronique. Comme j'avais été l'intermédiaire des négocia-
tions entre ce prélat et la Société, je me crus obligé de réparer la décep-
tion causée parle manque de parole d'un évêque dont j'avais fait les plus
grands éloges; et, lorsque je fus enfin en possession d'une copie de la Chro-
nique de Michel, je m"empressai de l'offrir à la Société, qui n'a pas cru à
ce moment pouvoir se charger de sa publication. »
Cette note, à côté de la grave imputation d'avoir « manqué
de parole », renferme quelques passages plutôt gais pour qui
connaît les acteurs. Pour apprécier la phrase : « un évêque
dont j'avais fait les plus grands éloges », il faut savoir que
M. l'abbé Chabot, arrivé depuis peu du diocèse de Tours à
Paris ou aux environs, y avait une situation assez précaire,
tandis que M°'" Rahmani, qui écrit également bien en français,
en arabe, en latin, en syriaque et en italien, était évêque d'Alep
et en passe de devenir patriarche. Le protectorat^ on le devine
déjà, était donc en ordre inverse. « Je m'empressai de l'offrir
à la Société » ; il faut lire : « je m'empressai de demander de
l'argent pour que je pusse faire photolithographier le texte ».
436 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
La Société Asiatique récusa cette charge et ce fut l'Institut qui
l'assuma. Enfin « j'avais été l'intermédiaire entre ce prélat et la
Société >■>, signifie que M. fabbé Chabot, membre, comme bien
d'autres, de la Société, s'imposa comme intermédiaire ainsi
qu'on va le voir et — d'après les résultats — sembla dire : « Ou
vous accepterez mes conditions, ou je commencerai par vous
déconsidérer en disant que vous ne faites rien et ne pouvez
rien faire (nous-même avons été jadis trompé ainsi), et en-
suite je vous supplanterai ».
Cette note a eu le grand avantage de décider M"^ Rahmani à
intervenir et à mettre par écrit une partie de ce qu'il nous avait
dit à l'un de ses passages à Paris. Nous sommes heureux de
donner à nos lecteurs la primeur de cette lettre adressée à M. le
Présidentdela Société Asiatique (cf Journal Asiatique, X" série,
t. VI, p. 384), pour fixer un point d'histoire et compléter ce que
nous avons esquissé l'an dernier {ROC. 1904, p. 287-288).
F. N.
_.,.*, • ' .1 r Bcvroutli, le -22 août 1905.
Patriarcat sjrien catholique
d'Antioche.
Monsieur le Président de la Société Asiatique,
Je viens de prendre connaissance de la note insérée par M. fabbé Cha-
bot dans le numéro du Journal asiatique mars-avril 1905, page 2G0, note 2,
où il est question de mon nom au sujet de la Chronique de Michel, le célèbre
patriarche jacobite.
Il importe de ne pas laisser M. Chabot me calomnier publiquement après
avoir abusé de mon amitié pour m'enlever par des moyens peu loyaux
rhonneur de la publication de ladite Chronique que j'avais découverte. Il
faut rétablir les choses dans leur véritable état :
M. Chabot persiste à nier l'existence à Mossoul d'un exemplaire de la
version arabe de la Chronique de Michel : or le contraire est certain, étant
donné que l'exemplaire dont il est question se trouve jusqu'aujourd'hui en
possession de son propriétaire, la famille Abdounnour (.jÀJl J-^^). J'ai
transcrit de ma main le susdit manuscrit il y a déjà fort longtemps (1).
(1) Nous croyons savoir que cette transcription laite de la main de M*^'' Rah-
mani se trouve à la Bibliothèque Vaticane, à la disposition de tous les savants.
Nous signalons en passant ce service rendu à la science par l'ëminent prélat.
[F. N.] ,
MÉLANGES. 437
Plus tard, précisément en 1888, j'ai découvert à Kdesse le texte syriaque
de la même Chronique et m'en suis procuré une bonne copie que l'an-
née suivante j'ai prêtée à M. le professeur Ignace Guidi, de Rome, qui l'a
eue chez lui pendant presque un an. On ne peut donc pas m'accuser d'a-
voir voulu cacher un si important document. Peu de savants, je crois, ont
montré autant de désintéressement que moi en cette occasion. J'entendais
seulement me réserver r/tonnenr de publier moi-même le Icxie syriaque.
A mon passage à Piiris, pendant l'été de 1893, j'ai été accablé par les assi-
duités de M. l'abbé Chabot; je n'ai pas vu de suite qu'il en voulait seule-
ment à ma Chronique. Ayant eu l'occasion, quelques semaines auparavant,
de voir pour la première fois M. Chabot à Jérusalem où je me suis trouvé
pour le Congrès eucharistique, et ayant lu depuis lors ses travaux sur
Mar Isaac de Ninive et Mar Bassus qui laissent tant à désirer, je ne pou-
vais pas, ainsi qu'il le convoitait, me l'associer pour la publication de la
Chronique de Michel.
Afin de favoriser cependant M. Chabot dans ses études du syriaque, je
n'ai pas omis, selon sa prière, de le recommander chaleureusement à l'ar-
chevêché de Paris. 11 m'a même supplié d'aller avec lui à Tours pour lui
obtenir les grâces de son évoque ordinaire. Il est étonnant et fâcheux à la
fois de voir M. Chabot me récompenser de ces faveurs en m'accusant
d'avoir manqué de parole envers la Société Asiatique au sujet de la pu-
blication du texte syriaque de la Chronique de Michel.
La vérité est que M. Chabot m'a développé divers plans de publica-
tions et, tant que j'ai cru qu'il agissait en ami, je l'ai laissé parler et agir.
Mais je n'ai pris d'engagement avec personne. Le jour oîij'ai vu claire-
ment que M. Chabot voulait me priver de l'honneur de la publication que
je m'étais réservée et qui devait paraître en mon nom seul, j'ai cessé de
lui répondre.
J'étais à la veille d'achever la revision de presque la moitié du texte de
la Chronique, espérant le publier à l'Imprimerie que je comptais fonder —
et que j'ai fondée depuis — grâce à la générosité du gouvernement fran-
çais, quand, à l'improviste, M. Chabot arriva à Alep, dans le dessein d'ac-
caparer la Chronique bien qu'il indiquât un tout autre but de son voyage
en Orient. Pendant son court séjour à Alep, il a même été mon hôte, m'a
baisé la main et m'a demandé des lettres de recommandation pour mes
amis d'Edesse.
Il s'est procuré a grand prix d'argent une copie du manuscrit dont j'avais
moi-même la copie et a commencé sa publication grâce au concours de
l'Institut, pendant qu'avec mes seules ressources j'en préparais pénible-
ment la publication de mon côté.
J'ai depuis publié d'autres ouvrages inédits, car il en restera longtemps
encore pour occuper les forces de tous les savants honnêtes sans qu'ils
risquent de se gêner. J'ai publié le texte syriaque du Testamentum D. N.
J. C. (I), les Actes de Gurya et Schamona (2), un volume de Sludia sy-
(1) Avec traduction latine et prolégomènes, Mayence, 1809.
{i) Rome, 1899.
438 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
rkica (1), un volume û!Une chronique inédile (2); deux autres ouvrages
également inédits sont sous presse.
Ces publications suffisent à montrer que j'aurais pu aussi publier la
Chronique de Michel si M. Chabot, par les moyens peu convenables dont
il s'est servi, ne m'en avait empêché.
J'ai conservé le meilleur souvenir des savants italiens et français que
j'ai rencontrés dans mes voyages et de la Société Asiatique en particulier
qui a bien voulu m'offrir ses bons offices. J'ai eu le regret de ne pouvoir
les accepter dans les conditions où M. Chabot me les faisait offrir : mais
je n'ai pas maïKiué à ma parole puisque je ne l'ai pas donnée, bien que
M. Chabot ait voulu me l'extorquer.
Je vous prie donc, Monsieur le Président, ainsi que toute la Société
Asiatique, d'agréer Tassurance de ma considération la plus distinguée.
Ignace Ephrem Rahmani,
Patriarche des Syriens calliolii|ues.
(1) Cf. ROC. 1904, p. -281, etc.
(2) Cf. infra, p. 439-440.
BIBLIOGRAPHIE
M^'' Rahmani. — Chronicon civile et ecclesiasticum anonymi auctoris
quod ex unico codice Edesseno primo edidit... typis patriarchalibus Sy-
rorum in seminario Scharfensi, in monte Libano 1904, 4", vii-144 pages
(texte syriaque).
Mg"" Rahmani, patinarche des Syriens catholiques, nous apprend dans sa
courte introduction qu'il a découvert la présente chronique à Constanti-
nople en 1899.
Le manuscrit, d'origine édessénienne, semble être du xiv siècle. 11 est
incomplet, mais quelques feuillets ont été rétablis de seconde main. —
L'auteur est originaire de la Mésopotamie, et peut-être d'Edesse même;
il était à Jérusalem en 1137, au moment où Saladin vint d'Ascalon pour
attaquer cette ville, et vécut sans doute jusqu'au commencement du
xiii" siècle. C'est donc un contemporain de Michel le Syrien. Les deux
Chroniques ont souvent des sources communes, mais sont cependant indé-
pendantes l'une de l'autre, car non seulement les rédactions sont diffé
rentes, mais presque toujours l'une complète l'autre en ajoutant des
détails particuliers. Cette chronique complétera donc celle de Michel et
sera d'un grand secours pour la recherche de ses sources. Dès maintenant
on peut affirmer que les parties imprimées en gros caractères dans la
traduction de Michel ne sont pas une rédaction personnelle à l'auteur, mais
ont été transcrites par lui sur un auteur antérieur aussi bien que les par-
ties imprimées en petits caractères, car des fragments des unes et des
autres se retrouvent dans la chronique anonyme.
Au point de vue matériel on peut relever quelques petites fautes d'im-
pression : quelques lomads écourtés sont devenus des aïns, p. 3, der-
nière ligne, p. 126, avant-dernière ligne, p. 132, ligne 13. On trouve, p. 136
jx> pour f>, p. VII w^ pour ^, et surtout, au commencement de l'ouvrage,
les typographes ont employé la lettre double i>^ au lieu de^, etc.
Ces petites fautes, qui ne nuisent pas d'ailleurs à la lecture de l'ouvrage,
sont inévitables, si l'on songe que l'imprimerie a été créée par Ms"" Rahmani
lui-même et que la composition de l'ouvrage ])ar des typographes impro-
visés a dû aussi être quelque peu hâtive, car nous avons eu occasion, en
1903, d'écrire à M-'' Ralimani que l'on commençait à connaître la prove-
440 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
nance de sa seconde Chronique et à savoir que le manuscrit original était
à Constantinople. Nous l'engagions donc à en publier vite une portion,
sinon, lui disions-nous, certain orientaliste apprendra où se trouvées ma-
nuscrit comme il a appris jadis où se trouvait le manuscrit de Michel (1),
et il sera tenté de nous donner une troisième édition de sa trilogie :
« 1" Ms'' Rahmani n'a rien fait, ne fait rien; 2^ M^'- Ralimani est incapable
de faire quelque chose; 3" Moi, par contre, avec les subsides d'une société
savante ou d'une personne charitable, je vais... prendre sa place » (2).
M^"" Rahmani n'est donc hâté de publier un premier volume. Nous tradui-
sons pour qu'on puisse le comparer à Michel (11, i;i, 350), le récit de l'ar-
restation de Mondar, roi des Arabes :
5Iagnus lo Sj'rien, curateiii', qui était ami do Mondar, promit à l'empereur
de l'arrêter. Comme Magnus liabitait à Édesse, il prit le ciiemin de la Syrie.
Quand il fut arrivé, soi-disant pour prendre des bains, aux (eaux) chaudes qui
sont près d'Émesse et quand il fut descendu au village, après (quelques) jours,
il fit dire à Mondar : <• .Je suis malade; je veux te voir. J'admire ton amitié!
Voilà longtemps que je suis ici et tu n'es pas venu me voir! » — A la lecture de sa
lettre, Mondar se dirigea vers lui et lui porta de gi'ands présents. Il vint avec
peu 'd'hommes parce que tous étaient éloignés les uns des autres. Quand Magnus
apprit qu'il était en route pour venir le trouver, il quitta le village et alla de-
meurer à Émesse. Mondar arriva au village, et ne le trouvant pas, alla à la ville.
(Magnus) sortit au-devant lui, le reçut avec joie et honneur, lui donna un hôtel et
dispersa par la ville les hommes qui l'accompagnaient. Quand Mondar vint au
dîner, Magnus plaça des hommes qui le saisirent, le chargèrent de chaînes et le
livrèrent au duc de la ville pour (ju'il l'envoyât à l'empereur à la ville impé-
riale.
Nombreux sont les passages où cette Clironique anonyme complète
ainsi celle de Michel. L'une semble donc le complément nécessaire de
l'autre.
F. Nau.
Dom CUTHBERT BuTLER. — The Lausiac history of Palladius, II
(t. V, n" 2, des Texls and Studies de i. Armitage Robinson), Cambridge,
1904; 8", civ-278, pages. — 10 sh. 6 net.
De D'" Ehrard, dans la Byzantin ische Lilleratur de M. Krumbacher, ré-
clamait surtout, dans le domaine de l'hagiographie, une édition critique
de l'histoire Lausiaque de Palladius. Dom Butler, depuis de longues an-
nées, s'est appliqué à ce travail dont la première partie (Cambridge, 1898)
a été annoncée en son temps dans la ROC.
La seconde partie que nous annonçons aujourd'hui comprend une lon-
gue introduction consacrée aux manuscrits et aux versions de Pallade, à
(1) La première chronique découverte par M=" R. et celle deiMiclicl le Syrien. Cf. supra.
(■2) La première édition de celte trilogie est l'iiistoire de la publication de la Chronique de
Michel (supra, p. 435) et la seconde (revue etaugmeiuée) est l'histoire de la fondation du
Corpus, comme nous espérons trouver l'occasion de le raconter un jour.
BIBLIOGRAPHIK. 141
leur classification et à la description plus détaillée des manuscrits em-
ployés dans l'apparat critique. Vient ensuite le texte grec tel ([ue Dom
Butler a été amené à le reconstituer, puis des notes critiques et histori-
ques, des appendices sur la chronologie de la vie de Pallade et les sour-
ces de ses écrits ; et cinq tables des choses, des citations de r]']criture, des
noms de personnes, des noms géograpliiques et des mots grecs intéres-
sants au point de vue de l'usage monastique ou ecclésiastique, de leur dé-
rivation du latin, ou de la linguistique.
La grande difficulté de ce travail provenait de Timmense diffusion
qu'eut en tout temps Thistoire Lausiaque. Les innombrables copistes qui
durent la reproduire, entassèrent donc, suivant leur habitude, les fautes
sur les fautes et de plus, lorsque le manuscrit leur appartenait, ajoutèrent
des histoires analogues provenant par exemple de Rufin ou de Moschos
ou supprimèrent des anecdotes ou même donnèrent une rédaction diffé-
rente en intercalant des explications ou même en fondant ensemble plu-
sieurs récits analogues.
Il fallait d'abord coUationner les manuscrits pour les partager en fa-
milles, puis reconnaître quelle famille avait le plus de chance de reproduire
le texte primitif.
Dom Butler a collationné quarante-sept manuscrits qu'il a partagés en-
trois groupes principaux dont l'un (G) est plus simple, moins chargé de
rhétorique et par suite plus court, le second (B) est plus long et figure
dans toutes les éditions précédentes, enfin le troisième (A) est une combi-
naison en proportion variable des deux premiers. Il était donc tout désigné
de reproduire le texte G (1) et de donner dans l'apparat critique les va-
riantes du groupe B. L'auteur a cité aussi les passages parallèles de So-
zomène et a tenu compte de toutes les versions. Son travail s'annonce
donc bien comme devant répondre à toutes les exigences (2).
F. N\u.
A. M ALLON S. J. — Grammaire copte, avec bibliographie, chres-
tomathie et vocabulaire, 8", .\iii-233 et 148 pages, 4 planches; Bey-
routh, imprimerie catholique, 1904 (Paris, Picard).
La présente grammaire est nécessaire et suffisante pour tout élève qui
commence le copte. Je ne dirai pas qu'elle est seule écrite en français, car
un étudiant doit pouvoir utiliser une langue étrangère, mais je puis dire
qu'en dehors de grammaires trop vieilles, elle est la' seule consacrée, sous
forme accessible aux commençants, à l'important dialecte de la Basse-
Egypte. D'autres en effet sont plutôt consacrées au sahidique ou — comme
la grammaire de Stern que nous possédons — ne peuvent être mises
entre les mains des commençants dont la naissante ardeur se brise devant
les pages massives hérissées de trop de science.
L'addition d'une chrestomatie et d'un lexique fait de cet ouvrage un
(I) D'après un manuscrit de Paris et un manuscrit d'OxIorcl.
("2) .'^u lieu de Sarapion etZacharie(p. -î") il laut lire Carion cl Zacharie. Cf. nu/jra p. -209.
442 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
tout complet ou, comme récrivent les Allemands, un manuel pour le
selbststudium, où chaque élève peut, à peu de frais, mesurer ses forces et
voir s'il peut continuer ses études dans cette direction.
F. Nau.
Le P. Constantin Bâcha. — I. L'ancienne version arabe du traité
du sacerdoce de saint Jean Chrysostome, 207 pages. — II. Le
texte arabe de neuf traités de Théodore Abou-Kurra, évêque de
Harran, 8", 200 pages, Beyrouth, 1904. — III. Un traité des œuvres
arabes de Théodore Abou-Kurra, publié et traduit en français pour la
première fois, 8", 47 et 33 pages, 1 fr. 50. — Chez l'auteur, à l'évêché
grec catholique de Tripoli de Syrie ou à la librairie Leroux, à Paris.
Le P. C. Bâcha qui est — on le voit par ses derniers ouvrages — un
des auteurs orientaux les plus féconds, a édité l'ancienne version arabe
du traité du sacerdoce, faite parle prêtre moine Jean surnommé Joanikios.
Il a utilisé un manuscrit daté de 1558 qu'il a corrigé, d'après la traduc-
tion française de l'abbé Bareille, et a ajouté en appendice la version arabe
de deux autres liomélies de saint Jean Chrysostome, l'une sur ceux qui ne
viennent pas aux saints mystères et ne s'approchent pas de la sainte
table, la seconde sur la sainte Cène, la communion pascale et le lave-
ment des pieds des apôtres.
Le P. C. B. a édité aussi pour la première fois neuf traités et une
lettre dogmatique de Théodore Abou-Kurra, Cet ouvrage tout en arabe est
accessible à peu d'Occidentaux, mais le P. C. B. leur a rendu le ser-
vice de rééditer à part l'un de ces traités en raccompagnant d'une traduc-
tion et d'une introduction sur la vie et les œuvres de Théodore qui com-
prend en particulier l'analyse des neuf traités et de la lettre publiés en
arabe, dans l'ouvrage susmentionné. Nous avions demandé à l'auteur
de rédiger cette notice sur la vie et les œuvres de Théodore pour les
lecteurs de la Revue de rOrienI Clirétien et nous avions donc toute permis-
sion de la publiera nouveau, mais le prix modique (I fr. 50) de l'ouvrage
qui la contient décidera sans doute nos lecteurs à l'acheter, il est donc
inutile d'en donner ici un extrait .
F. Nau.
Livres nouveaux.
I. Le P. Barnabe Meistermann 0. F. M. La ville de David, 8*^, xxvi-
248 pages. Picard, Paris, 1905, 5 francs.'
Disons immédiatement pour montrer l'importance de cet ouvrage, que
les diverses destructions et reconstructions de Jérusalem ont rendu diffi-
cile la localisation des diverses parties de l'ancienne ville. Il n'y a pas
moins de neuf théories topographiques sur l'emplacement de « la ville de
David », c'est-à-dire de la cité jébuséenne de Sion dont David fît sa capî-
BIBLIOGRAPHIE. 443
taie et de dix-neuf au sujet du site de Mille ou de la ville basse. Cette
diversité, dit le P. Barnabe, n'a pas de quoi nous surprendre : «e Qui entre-
prend des fouilles dans un endroit quelconque de la ville obéit, parfois,
à une préoccupation. Ses études l'ont amené à un résultat qu'il veut
contrôler. Aussitôt il creuse et il cherche là où, selon la lecture des textes,
doit se trouver un mur, un canal, un escalier, etc. Quelle tentation dès
lors à avoir dans la moindre trouvaille la confirmation de son hypo-
thèse! C'est pourquoi les découvertes archéologiques soulèvent sou-
vent plus de problèmes qu'elles n'en résolvent ». Le P. Barnabe tient
pour l'opinion traditionnelle qui place <( la cité de David » sur le plateau
actuel de Sion; à l'aide de la Bible, de Flavius Josèphe et des témoignages
plus récents il passe en revue les arguments bibliques et archéologiques
mis en avant pour localiser ailleurs la ville de David et montre que le
site traditionnel satisfait mieux que tout autre aux données du problème.
II. Rev. G. U. Pope, M. A. A catechism of Tamil grammar, S'\ 76
pages, Clarendon Press, Oxford, 1905. — 2 sh. net.
M. G. U. Pope qui a déjà publiés The first catechism of Tamil grammar ;
with an English translation by. D. S. Herrick, 8", 3 sh. », vient d'y ajouter
une seconde grammaire telle qu'elle est en usage dans les écoles Tamou-
les. Les titres seuls sont en anglais. Ce petit ouvrage contient, dit l'auteur,
tous les éléments essentiels du Tamoul, tant vulgaire que classique. Il pro-
cède par demandes et réponses (d'où son titre) et traite en quatre parties
de l'orthographe, de Fétymologie, de la syntaxe et de la Prosodie.
111. P. Bedj AN, cong. miss. Lazarista. Homiliae selectae Mar Jacobi
sarugensis, t. I, 8"^, xvii-840 pages, Paris, 1905.
Jacques, évéque du diocèse de Saroug, né en 451 et mort en 521, a laissé
surtout des homélies écrites en vers de douze syllabes. Bar Hébraeus, au
xin<' siècle, en comptait 763. Il en reste près de la moitié dans les biblio-
thèques syriaques de l'Europe. Le P. Bedjan emprunte à Jacques de Sa-
roug l'épigraphe : « Seigneur, je ne cesserai pas de louer ta Divinité, de
crainte que les pierres ne prennent ma place si je cessais », et publie en-
suite 32 homélies choisies dont il traduit les titres (p. ix-.\ii). Jacques était
un adversaire du concile de Chalcédoine, mais le monophysisme n'appa-
raît pas du moins dans ses homélies, au point qu'on a pu longtemps le
regarder comme un des rares écrivains syriens restés orthodoxes. En par-
ticulier, dans trois homélies sur saint Pierre publiées par le P. Bedjan, il
énumère avec force et abondance les prérogatives du chef des apôtres :
Élève ta dcmouro sur ce fondement si tu es sage;
Qui, en effet, supportera le poids de la maison, si ce n'est Simon.
Si tu ne disposes pas sur cette pierre l'édifice de ta tente,
Tu es en dehors de la maison, et où le maître te chercliora-t-il?
Le volume se termine par quelques extraits de la Théophanic d'Eusèbe
conservée seulement dans une traduction syriaque et par le récit de la
444 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
ruine de Jérusalem, d'après une traduction syriaque de Flavius Josèphe
{De Bello judriico, VII, l-IS^i conservée dans un manuscrit de Milan du.
vi*' siècle.
La plupart des homélies de Jacques de Saroug sont publiées d'après les
nombreuses reproductions des manuscrits de Londres et de Rome réunies
à grands frais depuis plusieurs années par M='' Graffin. C'est un nouveau
service que le distingué professeur a rendu aux lettres orientales et aux
savants; ceux auxquels il a rendu service ne lui en ont pas toujours con-
servé grande gratitude, mais du moins, dans le cas présent, comme l'écrit
le R. P. Bedjan, « la participation à une œuvre éminemment apostolique
sera la récompense des peines qu'il s'est données pour recueillir ce tré-
sor *.
Les textes édités par le R. P. Bedjan ne sont accessibles qu'aux orienta-
listes, mais nous savons que M^"" Graffin, à l'aide de ses seules ressources,
les a tous traduits ou fait traduire et compte les mettre à la portée de tous
les lecteurs. Si quelques-uns trouvent que son œuvre n'avance pas assez
vite, au gré de leurs désirs, il me sera du moins permis de leur demander
leur concours.
IV. A. Gartner. Théodore of studium. His life and times, 8". reliure
toile, .\iv-284 pages. Ed. Arnold. Londres, 1905. — 10 sli. G net.
M. A. Gartner vient de consacrer un beau volume à saint Théodore Stu-
dite (759-826) dont une partie des œuvres (lettres, instructions, hymnes,
controverses contre les Iconoclastes), forment un volume de la Patrologie
grecque de Migne (Paris, 1860), tandis qu'une autre partie a été éditée de-
puis par Mai et Pitra. L'auteur a su éclairer son sujet par l'étude de la
topographie et de l'histoire générale. Il nous fait connaître le monastère
du Studion qui a donné à Théodore le surnom de Studite. Il nous fait con-
naître son emplacement et nous donne plusieurs photographies des cons-
tructions qui en subsistent encore; il place de même son héros dans son
cadre naturel en nous esquissant l'histoire de l'Orient (et même de l'Occi-
dent) au vni'- siècle. Ce volume, comme l'indique le sous-titre, est donc
bien l'iiistoire « de la vie de Théodore et de son époque ».
L'ouvrage est rempli des luttes de saint Théodore Studite en faveur du
culte des images et aussi en faveur de l'union des Eglises sous l'autorité
spirituelle de Rome. Autour de ces sujets principaux roule toute l'histoire
politique et ecclésiastique du vni^ siècle. L'invasion arabe qui enserre Cons-
tantinople de plus en plus semble préoccuper les Byzantins beaucoup
moins que les controverses théologiques. — En somme, le présent ouvrage,
en mettant en relief les préoccupations et les luttes qui avaient cours au
vme siècle autour de saint Théodore Studite, apporte une importante con-
tribution à l'histoire et à la littérature byzantines.
r.IBLIOGRAIMIIK. 445
y. M='' Addai Sciier, archevêque chaldéen de Séert. — Catalogue des
manuscrits syriaques et arabes conservés dans la biblio-
thèque épiscopale de Séert (Kurdistan), avec notes bibliogra-
phiques, in-8", 100 pages, Mossoul, 1005.
Dans cette brochure, M^'' Addaï Schernous fait connaître 13G manuscrits
(123 syriaques et 13 arabes) qui proviennent du monastère de Saint-Jacques
le Reclus, situé à une heure au sud de Séert. Ce monastère, où résidèrent
les évêques de Séert et deux patriarches (\vi" siècle) compta beaucoup de
manuscrits, un moine jacobite témoigne dans le manuscrit 56, qu'il y relia
plus de deux cents volumes les années 1606 et 1608, mais la plupart ont
été dispersés. Il reste encore 20 manuscrits de la Bible ; 1 1 de commen-
taires sur l'Écriture; 27 sur sujets liturgiques; G de vies de saints, 7 de
canons ecclésiastiques; 10 de sujets ascétiques, plus quelques ouvrages
de théologie, de philosophie et de grammaire.
Deux de ces manuscrits (82 et 109) ont donné l'occasion à My Addaï
Scher de publier un ouvrage arabe sur VÉcole de Nisibe, son origine, ses
règlements et ses hommes célèbres (8", 64 pages, Beyrouth, 1905).
\l. D'' Stepu.an ScniwiETZ. — Das morgenlândische Monchtum, 1.
8", vni-352 pages, chez Kirchheim, Mayence, 1904.
Dans ce premier volume, le D'' Schiwietz expose l'histoire de l'ascétisme
durant les trois premiers siècles de notre ère et du monachisme égyptien
au IV'- siècle. Les deux premières parties du volume (p. 1-225) ont paru de
1898 à 1903 dans Archiv fiir kat. Kircheurecht, il ne faut donc pas s'étonner
si quelques parties ne paraissent plus au courant en 1904. Le mal, il est
vrai, n'est pas grand, car l'auteur pourra toujours ajouter quelques appen-
dices au volume suivant pour mettre le premier à jour.
L'ouvrage dénote une grande érudition et l'auteur semble bien avoir
pris à tâche de parcourir toutes les sources et toutes les dissertations simi-
laires à la sienne qui lui étaient accessibles. 11 n'est pas tombé dans le
travers assez répandu aujourd'hui qui cherche à vieillir le monachisme
par delà notre ère. Car nos moines se distinguent nettement des ascètes
qui ont pu exister ou qui existent dans d'autres religions par leur but qui
est de réaliser l'idéal proposé aux hommes dans l'Evangile. L'Evangile en
effet est nécessaire et suffisant pour nous expliquer la naissance et le dé-
veloppement de l'ascétisme puis du monachisme chrétien. Chaque pays
le réalisa d'ailleurs selon ses goûts, son tempérament et son climat. L'ou-
vrage est précédé d'un imprimatur du doyen de la cathédrale de Mayence.
Il traite même de toutes les questions connexes à la vie monacale, comme
l'organisation des couvents et leur influence sur le développement de l'i-
déal chrétien et sur les querelles dogmatiques, des relations des moines
avec le clergé, etc. En somme, cet ouvrage rendra donc grand service à
qui étudie d'après les documents, les débuts de l'ascétisme et de la vie
monacale chez les chrétiens.
VII. Jules Gay. — L'Italie méridionale et Tempire byzantin depuis
l'avènement de Basile I" jusqu'à la prise de Barl par les Nor-
446 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
mands (867-1071), 8", xxvi-636 pages, Paris, Fontemoing, 1904 (Biblio-
thèque des écoles françaises d'Atliènes et de Rome, fasc. 90).
C'est encore à l'histoire byzantine qu'est consacré le présent ouvrage.
Les historiens jusqu'ici avaient gravité autour de Byzance et de ses em-
pereurs et avaient un peu négligé ce prolongement de l'empire grec que
fut l'Italie méridionale. M. Jules Gay, avec grande érudition et sûreté de
critique (l'index de ses sources occupe les pages xui-xxvi), s'est appliqué
à combler cette lacune. Il consacre un premier livre à une étude d'en-
semble sur l'Italie méridionale avant le règne de Basile I"" et encadre
ensuite l'intrusion des Byzantins dans l'Italie méridionale, le développe-
ment, l'apogée et le déclin de leur puissance dans ces régions entre la
prise de Bari par les Francs sur les Sarrasins en 871 et la seconde prise
de Bari par les Normands sur les Byzantins en 1071. Ces matières sont
réparties, en vingt-six chapitres qui forment quatre livres : Livre II : La
politique et la conquête byzantine dans l'Italie méridionale depuis l'avè-
nement de Basile I'''" jusqu'à la victoire du Garigliano (867-915). Livre III :
de Léon Yl à Nicéphore PJiocas (886-963). Livre IV : de Nicéphore Phocas
à la mort de Constantin VIII (963-1028). Livre V : Le déclin de la domina-
tion byzantine (1028-1071). Une table des noms propres et deux cartes com-
plètent cet excellent ouvrage.
VIII. F.C. CONVBF,.\RK et A. J. M.VCLE.VN. — Rituale Armenorum being the
administration of the sacraments and the breviary rites of the armenian
church together with the greek rites of baptism and Epiphany edited
from the oldest mss and the East syrian epiphany Rites 8° re-
liure toile, xxx-536 pages, Oxford, Clarendon Press, 1905. — 21 sh. net.
Ce volume contient la traduction, faite par M. Conybeare, sur d'anciens
Mss., des livres d'office de l'Église arménienne en dehors de ce qui con-
cerne la liturgie de la Messe, car si le titre nous indique comme principal
sujet : le Rituel Arménien, c'est-à-dire l'administration des sacrements et
les diverses bénédictions, dédicaces et consécrations, deux appendices
nous donnent la traduction du bréviaire, du lectionnaire et de l'ancien
calendrier arméniens. Faute de pouvoir faire imprimer le texte, M. Cony-
beare a donné à la Bibliothèque Bodléenne ses copies et photographies de
Mss. pour qu'on puisse contrôler sa traduction. Le Rév. A. J. Maclean a
ajouté la traduction des rites du jour de l'Epiphanie (6 janvier) chez les
Nestoriens d'après un Ms. de la Propagande. Les anciens textes grecs
occupent les pages 389 à 442. Enfin des glossaires, deux reproductions de
Mss. et des traductions de pièces complémentaires destinées à illustrer la
liturgie complètent ce volume. La notoriété de ses auteurs lui est un sur
gage de succès.
IX. Dom H. LeCLERCQ. — L'Espagne chrétienne, 8°, xxxv-396 pages,
Paris, Lecoffre, 1906, 3 fr. 50 (Bibliothèque de l'enseignement de l'his-
toire ecclésiastique).
Le favorable accueil fait par le public à l'ouvrage sur Y Afrique chré-
I51RLI0GRAPIIIE. 147
a'en»e publié l'année dernière parDomH. Leclercq a encouragé l'auteur et
l'éditeur à nous donner un volume sur V Espagne chrétienne depuis l'intro-
duction du christianisme jusqu'à la conquête de la Péninsule par les Mu-
sulmans.
Dom Leclercq nous présente un tableau polititiue et religieux de l'Es-
pagne sur lequel se détachent des martyrs, quelques hommes remarquables
comme Osius de Cordoue, Prudence, Priscillien, saint Isidore de Séville et
les invasions germaniques. Les conquérants se convertissent au christia-
nisme en 587 pour finir moins d'un siècle et demi plus tard sous les coups
des Arabes. Dégagée de tout appareil d'érudition, écrite avec rapidité et
clarté, cette histoire de l'Espagne chrétienne se lit avec plaisir (>t profit.
X. Lie. D"^ Edgar Hennecke. — L Handbuch zu den Neutestamentli-
chen Apocryphen, 8°, xvi-604 pages, Tubingen. .1. C. B. Mohr, 1004. —
12 marks. — II. Neutestamentliche Apokryphen, 8°, .\li-28* et 558
pages, même librairie. — 6 marks.
Ces deux ouvrages sont en réalité l'œuvre d'une quinzaine d'auteurs.
Ils contiennent, le premier, des notices sur tous les apocryphes ou frag-
ments d'apocryplies du Nouveau Testament avec des remarques critiques
sur le texte des éditions que l'on va .traduire dans le second volume. Ce-
lui-ci renferme la traduction allemande des évangiles apocryphes; des
lettres aux Laodicéens, de Clément, d'Ignace, de Polycarpe, de Barnabas;
de la Didaché, d'une partie des vers sibyllins, des apocalypses et des actes
apocryphes et une notice sur la Didascalie.
XI. Le R. P. J. Pargoire. — L'Église Byzantine de 527 à 847, 8%
xx-405 pages, Paris, Lecoffre, 1904, .3 fr. 50 (Bibl. de l'enseignement
ecclésiastique).
Les Augustins de l'Assomption, pour répondre aux désirs de Sa Sainteté
Léon XllI, ont fondé à Constantinople un centre d'études où quelques reli-
gieux s'adonnent avec grand succès à l'étude de l'Orient et surtout du
Byzantinisme. Leur revue : les Échos (VOriott, n'absorbe que la moindre
partie de leur activité, leurs travaux se rencontrent dans toute revue
savante et les lecteurs de la Revue de POrient chrétien en particulier con-
naissent depuis longtemps les PP. Palmiéri, Pargoire, Petit, Petridès,
Vailhé. C'est de ce centre d'études que nous vient le présent ouvrage du
P, Pargoire. C'est dire que l'on peut en général avoir toute confiance
dans l'érudition de l'auteur ; la forme elle-même, pressée et alerte, sou-
tient l'attention du lecteur et lui rend très attachante la lecture de cette
partie si importante de l'histoire de l'Eglise grecque.
XII. D"' Edu.\rd Likowski. — Die Ruthenisch-romische Kirchenve-
reinigung genannt Union zu Brest, traduit du polonais en allemand
par le D'" Paul Jedzink, 8", xxvni-384 pages, librairie B. Helder, à Fri-
bourg-en-Brisgau (Allemagne). — 6 marks (7 fr. 50).
Cet ouvrage a paru en langue polonaise à Posen en 1890. pour le troi-
148 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
sième centenaire de l'union — appelée union de Brest — de l'Église Ru-
thône avec l'Eglise Romaine. L'auteur a passé onze ans à réunir les
matériaux de son travail aux Archives de la Propagande, du Vatican, de
Lemberg, de Posen, etc. En montrant comment s'est effectuée l'union de
l'Eglise ruthène, il souhaite poser une première pierre pour l'union de
l'Eglise russe avec l'Eglise catholique. Son ouvrage si consciencieux a
trouvé de nombreuses et flatteuses approbations et le D'" Paul Jedzink a
voulu le rendre accessible à tous les Allemands et en général aux savants
en nous en donnant une traduction allemande.
L'auteur commence par esquisser l'histoire de l'Église Ruthène depuis
sa constitution (x"^ siècle) et durant sa dépendance de Constantinople
jusqu'à la seconde moitié du xvr siècle. Il décrit son état à l'époque de
l'union de Brest, les intrigues qui ont précédé et accompagné ce grand
acte et enfin cite en appendice la profession de foi des évoques Ruthènes
et la constitution de Clément VI II sur l'union de l'Église Ruthène avec
l'Eglise Romaine. L'auteur semble avoir écrit de manière définitive l'his-
toire de cette époque et nous souhaitons comme lui que l'exemple des
Ruthènes soit suivi par la nation russe.
Sommaire des revues.
1. Byzantinische Zeitschrift, t. XIV, cahiers 3 et 4, 22 août 1905, I
(p. 409-619). — C. DE BooR, Weiteres zur chronik des Skililzes. — Kons-
TANTiN HoHNA, Melvische und textkritische Bemerkiingen zu den Gedichten
des Eufjenios von Palermo. — Karl Praeciiter, Zu Thomas Magistros. —
A. na-aoo::ou)vOi; K;paaE'j;, AiopOtia/jç £t; x'o « 'Avay.âXr]!J.a "9;; KtovaTavTiv6;;oXriç ».
— ■ Peter Vogt, Zivei Homilien des hl. Chrysostomus mit Unrccht unler die
Zweifelhaffenverwiesen. — Georg Graf, Die Arabische Vita des M.'Abra-
inios. — A. naj:aôoj:ouXo; Ktpoi^tûç 'AvIzootov àaixa tou ixsXwBou Koa[i3c. —
J. Haury, ijbe)' die slàrke dev Vandalen in Afrika. — J. Haurv, Petros
Patrikios Magisler und Petros Patrikios Barsymos. — Herm. Buk, Zur
àllesten Christlichen Chronographie des Islam. — Adolf Struck, Die
Eroberung Thessalonikes ditrch die Sarazenen im Jahre 90i. — A. IlaTia-
oÔTiouXo; KspajiEÛç. Ei-jiXtvc;... ; Auppdty^rjva. — ANTONIO MuNOZ, Vn avorio bi-
zantino già ne! mnseo di S. Maria Antiqua. — n. N. nar:aY£ia)pYioç. 'E;i:t-
ypotoixa. — J. Draseke, Zu den « Inschriften ans Syrien » usic. B. Z. XR',
21-26. — G. Mercati, Contributo aile « Inschriften ans Syrien ». — B. K.
^Tsoâviooç, Ol xwBi/.E? TTJ; 'Aôpixvou7:ôX£w?. — J. B. BuRV, An unnoticed Ms. of
Theophanes. — Paul Marc, Fine neue Handschrift des Donner und Erd-
bebenbuchs. — \. Gardtiiausen, Zur byzaniinischen Kryptographiè. —
ir (p. 620-657), Comptes rendus. — JII (p. 658-760), Bibliographische No-
lizen und Kleinere Mitleilungen. (Indication et souvent analyse des publi-
cations récentes disposées par lieux communs.)
Le Directeur-gérant :
F. Charmetant.
TABLES
DE LA PREMIÈRE SÉRIE
DE LÀ REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN
Tomes I à X
1896-1905
ORIKNT CHRETIEN. 29
I
TABLE DES MATIÈRES
DE CHAQUE FASCICULE (1)
I'" AI\i\ÉE (1896) (épuisée; hors le n" 1)
N" 1. — I. Avertissement, 1. — II. Notre programme, 3. — III. La Ser-
bie chrétienne, I. par M. le b"" d'Avril, 7. — IV. Une page de l'histoire
de l'Église de Mardin au commencement du XVII I^ siècle, pai- \o
R. P. ScuEii., 13. — V. Les missions latines en Orient, I, par le K. P.
Michel, 88. — VI. Mélanges : I. La lettre d'Anastase le Bibliothécaire, par
M. le b"" d'Avril, 121 ; -2. LaRélorme du calendrier, par M. P. Pisaxi 130; 3. Notice
sur les Kurdes, par M. le b"" C.\rra de Vaux, 133. —VII. Bibliographie, 112.
N° 2. (On remarquera que, pour ce fascicule/on a reconnnenci' la i)agination.)
— 1. Ordination dans le rite Jacobite, par W Oraifin, 1. — II. La
Serbie chrétienne (suite), par .Al. le b"" d'Avril, 37. — III. Vie de Mar
Joseph 1er, éditée par M. l'abbé Chabot, 6G. — IV. Les mission latines
en Orient, II, par le R. P. Michel, 91. — V. Mélanges : I. Doctrine de
l'Église chaldéonne sur la primauté de saint Pierre, par le P. Emmanuel, 0. S.
B., 137; 2. JI. Gladstone et la question des Ordinations anglicanes. 149. —VI.
Bibliographie, 157.
N" 3. — 1. Actes du concile de Florence pour la réunion des Églises,
305. — II. L'Arménie, par M. V. Ermom, 315. — III. La Serbie chré-
tienne, III, par M. le b"" d'Avril, 335. — IV. Les missions latines en
Orient, III, par le R. P. AIkhel, 379. — V. Fragments d'une chronique
syriaque inédite, par M. l'abbé Nau, 396. — VI. Mélanges : 1. Les Chré-
tiens du .Alalabar, par .M. .I.-B. Chabot, 406 ; 2. Autonomies (M-clésiastiques, par
;\I. le b"" d'Avril, 411 ; 3. La Qu(>stion serbe dans l'Empire ottoman, par M. P.
PiSAM, 420.
K° 4. — I. État religieux des diocèses formant le patriarcat chal-
déen de Babylone, jiarM. .1.-1'.. Chabot, 433. — II. Le syllogue littéraire
grec de Constantinople, par L. P., 454. — 111. Marcion dans la litté-
rature arménienne, ])ar M. V. Eriiom, 461. — IV. La Serbie chré-
tienne, IV, par M. le b"" d'Avril, 181. — V. Mélanges : L'Islam, par
M. J.-B. Chabot, 498. — VI. Bibliographie, 503.
(1) Les fascicules qui ne sont pas épuisés sont verulus 3 fr. 50 cliaciue et le volume
13 francs.
452 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN, 1" SÉRIE.
2e Ai\i\EE (1897) (épuisée)
N° 1. — 1. Notre programme, 1. — II. La Bulgarie chrétienne, I, par
M. le Y)"" d'Avril, 5. — III. Les parties inédites de la Chronique attri-
buée à Denys de Tellmahré, par M. F. Nal, 41. — IV. Les souvenirs
du concile de Florence, par M. le b°" Carra de Vaux, 69. — V. Les mis-
sions latines en Orient, IV, par. le R. P. Michel, 91. — VI. Bibliogra-
phie, 1-20.
N" 2. — I. La prise de Jérusalem par les Perses en 614, par M. le
c'"" CoiKET, 1-25. — II. La Bulgarie chrétienne, X, par M. le b"" d"Avril, 105.
— III. Les missions latines en Orient, XI, par le R. P. Michel, 176." —
IV. Note sur une lettre du sultan Bajazet II au roi de France
Charles VIII, par M. Blochet, 219. — V. Mélanges : Deux publications
nouvelles sur Tlslam, par M. le b"" d'Avril, 228. — VI. Bibliographie, 238.
N" 3 — I. La vie de Mar Benjamin, traduite du syriaiiue, par V. Scheil,
0. P.,21.j. — II. Bulgarie chrétienne, par le b"" A. d'Avril, 271. — III.
Une lettre d'Ibrahim pacha à Charles-Quint, par E. Blochet, 302. —
IV. Calendrier de l'Église copte d'Alexandrie, traduit par L. Cllgnet,
307. — V. Mélanges : Les n'iations de rLj,4ise et de l'État dans le Bas-Em-
pire d'après un ouvrage récmit, par P. 1'isani,310.
X° 4. — I. Vie du moine Rabban Youssef Bousnaya, traduite du syria-
que et annotée par M. J.-B. Charot, '.ibl. — IL Bulgarie chrétienne, IV,
par M. le b™ d'Avril, 406. — III. La légende de Bahira, ou un moine chré-
tien auteur du Coran, par M. le b"" Carra de Vaux, 439. — IV. L'Histoire
ecclésiastique de Jean d'Asie, par M. Tabbé F. Nau, 455. — V. Mélan-
ges : I. Le XP congrès des Orientalistes, 494 ; 2. Quelques mots de politique
chrétienne, à propos d'un livre russe récent, par M. le b°" C. de Vaux, 498.
— VI. Bibliographie, 507.
S'' AÎVIVÉE (1898) (épuisée)
N" 1. — I. Les Grecs melkites, par .M. le b"" A. d'Avril, 1. — IL L'ordi-
nal copte, par V. Ermom, P. M., 31. — III. La version syriaque iné-
dite des martyres de S. Pierre, S. Paul et S. Luc d'après un
ms. du Xe siècle, par F. Nau, 39. — IV. Le monastère de saint Théoc-
tiste (411) et l'Évêché de Paremboles ( 125), par S. Vailhé, A. A., 58. —
V. Vie du moine Rabban Youssef Bousnaya {suite), par J.-B. Chabot,
77. — VI. Bibliographie, 122.
N° 2. — I. Un bref de Benoît XIV sur les rites orientaux, par A. A.,
125. — IL Les offices et les dignités ecclésiastiques dans l'Église
grecque, parL. Clugnet, 142. — III. Martyre de S. Luc (siiik'),^^- F. Nau.
151. _ ly. Vie du moine Rabban Youssef Bousnaya (sinle), par .J.-B.
Chabot, 168. — V. L'ordinal copte {niile), par V^ Er.mom, 191. — VI. Mélan-
ges : Relation de l'évèque de Sidon sur les Jacobites (1587), par le b"" A.
d'Avril, 200. — \U. Bibliographie.
jS» 3. — I. Essai sur le chant liturgique des Églises orientales, par
M. Parisot, 221. — IL Les plérophories de Jean.évêque de Mayouma,
par M. l'abbé F. Nau, 232. — III. Les offices et les dignités ecclésias-
tiques dans l'Église grecque, jiar 31. L. Clucnet, 260. — IV. Les Grecs
TAIJLK DES .MATIÈRES. 453
Melkites, par M. le b"" i/Avrii., 2{\:>. — V. L'ordinal copte, i)ai-M. le ï)' E\\-
.MONi, 2Si.— VI. Vie du mqine Rabban Youssef Bousnaya, par JVl.J.-l!.
Chabot (suite), 292. — Vil. Mélanges : Relation de l'r'vrrpic do Sidon (suilr),
par M. le b°" A. d'Avkii., :J:.',S'. ~ ^ III. Bibliographie, '■'<:'<:<.
N' 1. — I. Les plérophories de Jean, évêque de Mayouma (s»/7r), jiar
M. rabb('' F. Nai , olJT. — II. Règlements généraux de l'Église ortho-
doxe en Turquie, par le R. P. L. I'f.tit, 3'.»:;. — III. L'ordinal copte {suiii'),
par M. le D' Ekmom, lit. — 1\ . Une homélie de Sévère d'Antioche
attribuée à Grégoire de Nysse et à Hésychius de Jérusalem, par
M. M. -A. KuGENER. 135. — V. Les offices et les dignités ecclésiastiques
dans l'Église grecque {sidlc), par M. L. Cluhnet, 4:y*. — VI. Vie du
moine Rabban Youssef Bousnaya [suite), par M. J.-B. Chaiîot, 458. —
VII. Mélanges : L'avenir du catholicisme en Pologne, 481. — VIII. Biblio-
graphie, 4110.
4e A^V^ÉE (1899)
N" 1. — I. Le Glagol et la congrégation des rites, par M. le b"" d'Avrii,,
ministre plénipotentiaire, I. — II. La messe copte (traduction de M=" Ma-
caire), par le R. P. Dom Paul Renaudin, 0. S. B., 12. — III. L'érection du
patriarcat de Jérusalem, 451, par le R. P. S. Vau.iié, des Augustins de
l'Assomption, 44. — lY. Lettre inédite du R. P. Jean de Camillis de
Chio sur la mission de la «Chimère », par JI. Ému.e Le^rand, professeur à
l'École des Langues Orientales vivantes, 58. — V. Frère Gryphon et le Li-
ban au XVe siècle, par le R. P. II. Lammens, S. J., G8. — \'l. L'ordinal
copte (suite), par 51. V. Ermoni, de la congrégation de la Mission, 104. —
VIL Les offices et les dignités ecclésiastiques dans l'Église grec-
que (fin), par M. L. Clugnet, IIG. — VIII. Mélanges : 1. Un saint évoque de
France honoré en Russie, par le R. P. Dom Paul Renaudin, 0. S. B., 129;
2. Sur un abrégé arménien des plérophories, par iM. Fabbé F. Nau, profes-
seur à rinstitut catholique, 134. — IX. Bibliographie, 490.
N° 2. — L Lettre autographe de S. S. Léon XIII adressée au direc-
teur de la « Revue de l'Orient chrétien », 141. — II. Les hiérarchies
en Orient, par M. le IV"' d'Avril, 145. — III. La bibliothèque du sémi-
naire syrien de Charfé, par le R. P. Dom Parisot, 0. S. B., 150. — IV.
Opuscules maronites, par M. l'abbé F. Nau, professeur à l'Institut catho-
lique, 175. — V. Règlements généraux de l'Église orthodoxe en Tur-
quie (suite), par le R. P. Petit, des Augustins de l'Assomption, 227. — VI. Le
synode de Mar Jésuyab, par W Graffin, prolesseur à l'Institut catholi"
•jue, 247. — VII. Fragment d'une version copte de l'Apocalypse de
saint Jean, par M. Jean Clédat, 2G3. — VIII. La Grande Doxologie,
étude critique, par M. Amédée Gastoué, professeur à l'École de chant litur-
gique de Paris, 280. — IX. Bibliographie, 291.
N" 3. — I. Règlements généraux des Arméniens catholiques, parle R.
P. Petit, des Augustins de l'Assomption, 305. — II. Opuscules maronites
(suite), par M. l'abbé F. Xau, 318. — III. La bénédiction liturgique des
raisins, par le R. P. Dom Parisot, 0. S. B.,351. — IV. Neuf chapitres du
(( Songe du viel pèlerin » de Philippe de Mézières, relatifs à l'O-
rient, par M. Ed. I'.lociiet, 304. — V. La vie du moine Rabban Youssef
Bousnaya (suite), ])i\r M. l'abbé J.-B. Chabot, 380. — VI. L'ordinal copte
(suite), par M. V. Eiuioni, de la congrégation de la Mission, 4IG. — Vil. Prêtes-
451 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN, 1'" SÉRIE.
tantisme et catholicisme chez le peuple nestorien. Une revue néo-
syriaque à Ourmiah, par iM. .1. Barakiian, d'Ourmiah, officiel- d'Acad('mio,
42S. — \ III. Les évêques Jacobites du Ville au XlIIe siècle d'après
la chronique de Michel le Syrien, par M. l'abbé J.-B. Chabot, 444. —
IX. Mélanges : Lo culte de S. .hdien du Mans dans l'Église russe, par le K.
r. Doni Renaldin. 0. S. iC. I."j3. — X. Bibliographie, 4.Y).
N" 1. — I. Les règles monastiques orientales antérieures au concile
de Chalcédoine, par l>oni .1. 31. Besse, 0. S. B., 465. — 11. Les Évêques
Jacobites du 'VIII' au XlIIe siècle {t^uile), par JM. l'abbé .J.-B. CiiAnor. 195.
— 111. Répertoire alphabétique des monastères de Palestine, par lo
R. P. S. Vah-iié, des Augustins de l'Assomption, 51:.*. — IV. Opuscules ma-
ronites. Histoire do Sévère, patriarche d'Antiocho (suite), par M. l'abbé F. Nau,
prolesseur à l'Institut catholique, 543. — V. Voyage au pays des No-
sairis, i)ar le R. P. H. Lammens, S. J., 572. — Yl. L'ordinal copte (suite),
]iar M. V. Ermom, de la congrégation de la Mission, ij'.U. — VII. Neuf
chapitres du « Songe du viel pèlerin » de Philippe de Mézières,
relatifs à l'Orient (suite), par M. Ed. Bi.ochet, 605. — VIII. Mélanges :
Benoit XIV et l'Église copte, par Dom P. Renaldin, 0. S. B., 615. — IX. Bi-
bliographie, 626.
5^ AIVÎVEE (IÎMM>)
X" 1. — 1. Entre Grecs et Russes, j)ar Tu. ;\liciiAii,oviTCn, 1. — II. Réper-
toire alphabétique des monastères de Palestine (suite), \ràv lo R. P.
Vau.iu';, dos Augustins de rAssoniption, 19. — 111. Vie et récits de l'abbé
Daniel de Scété. Texte grec, publié par M. Léon Clugnet, 49. — IV. Opus-
cules maronites. Histoire de Sévère, patriarche d'Antiocho (suite), par
M. l'abbé F. Nau, professeur à l'Institut catholique, 74. — V. Voyage au
pays des Nosairis (suite), par le R. P. H. Lammens, S. J., 99. — VI. Vie du
moine Rabban Youssef Bousnaya (suite), par M. l'abbé Chabot, 118. —
VII. Neuf chapitres du « Songe du viel pèlerin » de Philippe de
Mézières, relatifs à l'Orient (suite et /in), par M. E. Bi.ochet, 144. — VIII.
Mélanges : Remarques sur les traductions syriaques des formules grecques
'0 T?); EÙcreêo'j; Xr;Ë£«i); et ô Tyj; ôaîaç [j(,vr,(jiy]ç, par !\I. M. -A. Kl'GENer, 155. — IX.
Bibliographie. 161.
X ■-'. — I. Sur les couvents dédiés de Roumanie, par M. lo b"" d'Avkii.,
iiiinistio plénipotentiaire, 169. — II. Vie du moine Rabban Youssef
Bousnaya (fin), par M. l'abbé J.-B. Chabot. 182. — III. La compilation
historique de pseudo-Zacharie le Rhéteur, par M. M.-A. Kugener, 201.
— IV. Christodule, Higoumène de Saint-Jean, à Patmos (1020-1101),
par lo R. P. Dom Paui. Renaudin, 0. S. B., 215. — V. L'ordinal copte (fin),
]tar M. V. Ekmom, de la Congrégation de la Mission, 247. — VI. Vie et ré-
cits de l'abbé Daniel de Scété (suite). Texte grec, publié par M. Léon
CiACNET, 254. — VII. Répertoire alphabétique des monastères de Pa-
lestine (fin), par le R. P. Vailiié, des Augustins do l'Assomption, 272. —
YIIl. Opuscules maronites {fin), Vie de Sévère, patriarche d'Antiocho. par
M. rabb(' F. Xai, professeur à l'Institut catholique, 293. — IX. Au pays des
Nosairis {suite), par le R. P. H. Lammens, S. J., 303. — X. Mélanges : Le
monastoj'e do Sainte-Catherine au Sina'i, par le R. P. Dom Paît. Renaudin, O.
S. B., 319. — XI. Bibliographie. 322.
X° 3. — I. Les Ordinations « Per Saltum », par le R. P. Dom .J. Pakisot,
TAHI.I': DKS MATIKRKS. 155
0. S. B., 33.'). — II. Vie et récits de l'àbbé Daniel de Scété. I. To.Ntc
iii'oc, publié par M. Léon CLUiiNEi {.suite). II. Texte syrlaiinc, |uil)li('' |>:u-
M. l'abbé F. Nau, pi-ofosseur à l'Institut catholique, 370. — III. Le vénérable
Jean André Carga, évêque latin de Syra (1560-1G17), par le lî. I'. So-
l'MKONE PÉTHiiiKs, ilcs Au,i;ustiiis (11' l'Assomption, 407. — IV. Au pays des
Nosairis {suite et /in), par le R. I'. II. Lam.mens, S. .1., l",'o. — V. Rituel
copte du baptême et du mariage, par le R. P. V. Ekmoni, de la Congi'i'-
gation de la Mission, 115. — VI. La compilation historique de pseudo-
Zacharie le Rhéteur (suilc el fin). \>av 'SI. M. -A. Kugener, docteur ('.s let-
tres, 461. — Vil. Deux lettres d'Élie XI, patriarche de Babylone, par
iM. J. Babakhan, 481. — VlII. Mélanges : A propos du couvent du mont Si-
naï, par M. Tabbi' J.-B. C-habot, U>2. — IX. Bibliographie, 499.
X" 1. — I. Le chemin de fer de Damas à La Mecque, par H. Slehmax,
.")07. — II. Vie et récits de l'abbé Daniel de Scété, III. Te.xte copte,
publi(' par Si. InN. Glii:i, professeur à l'Universitc' de Konie, ,53.5. — III. Les
Églises orientales « orthodoxes » et le protestantisme, par le R. P.
l>om Henaliu.n, (). S. B., .565. — IV. Lettre de Jacques d'Édesse à Jean
le Stylite sur la chronologie biblique et la date de la naissance du
Messie, par l'ablH' V. Xai , professeur à l'Institut catholique de Pai'is, .581.
— V. Une formule magique byzantine, par le R. P. S. Pétridès, des
Augustins de l'Assomption, .597. — VI. Les évêques Jacobites du Ville
au XlIIe siècle, d'après la chronique de Michel le Syrien, par
l'abbé J.-B. Chabot, 605. — VII. Les évêchés de l'Egypte chrétienne, par
M. V. Ermoni, de la Congrégation de la Mission, 637. — VIII. Mélanges :
1. Lettre pastorale de Sa Béatitude Me' Joseph Emmanuel II, patriarche de
Babylone, traduite du syriaque par l'abbé J.-B. Chabot, 642; 2. Histoire de
Béder-Khan, par le b°" d'Avril, ministre plénipotentiaire, 649. — IX. Biblio-
graphie, 654.
6« AINIVKE (1901)
N" 1. — 1. Griefs de l'hellénisme contre la Russie, par X..., 1. — II. Les
Nosairis furent-ils chrétiens ? A propos d'un livre récent, par le
R. P. Lammens, s. J., 33. — III. Vie et récits de l'abbé Daniel, III. Texte
copte {fin), et IV, Corrections du texte éthiopien, par M. Ion. Guidi, profes-
seur à l'Université de Rome. — Introduction par M. Léon Clucxet, 51. — IV.
L'ancienne et la nouvelle théologie russe, par le R. P. Alrelio Pal-
MiERi, des Augustins de l'Assompkion, 88. — V. Lettre de Jacques d'É-
desse au diacre George, par l'abbé F. Nau, professeur à l'Institut catho-
Ii(pie de Paris, 115. —VI. Une découverte! Succession apostolique
des patriarches d'Arménie, par le R. P. Giraru, S. J., 13â. — VII. Mé-
langes : Où en est le cliemin de fer de la Mecque, par H. Si.e.mmax, 145. —
VlII. Bibliographie. 153.
X" 2. — I. Les Chorévêques, par le R. P. Pom J. Parisot, 0. .'^. 1'.., 157. —
II. Griefs de l'hellénisme contre la Russie {mite), par X..., 172. — III.
Les évêques Jacobites du Ville au XlIIe siècle d'après la chro-
nique de Michel le Syrien {suite et fin). i>ar l'abbé J.-H. ('haikit, IN'.I. —
IV. L'Islam en Chine, par II. Levantin, 221. — V. L'ancienne et la
nouvelle théologie russe {suite et fin), pai- le R. P. ArREi.in P\i.mu;ki. des
Augustins de l'Assomption, 254. — VI. Histoire de sainte Marine. I. Texte
syi-iaque. publié pai' l'abbé F. Nau, professeur à l'Iastitut catholiiiue de Paris,
456 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN, 1'" SÉRIE.
283. - VII. Eni0KliPH2li: THi: TOY K. AlOMHAOYi: KÏPIAKOÏ
0PHi:Ki<:rnKH2 EriieKîîPHSEti:!: oepi to nNEVMâ tôt 10'
AI12N02, OTTO M. F., 291. — VIII. Mélanges : Le Califat ottoman, par le
h°" d'Avril, ministre plénipotentiaire, 303. — IX. Bibliographie, 309.
N° 3. — I. SaintMichel le Syncelle elles deux frères Grapti, saint Théo,
dore et saint Théophane, par le R. P. S. Vailhé, des Augustins de l'As-
.soMPTioN, 313. — II. Griefs de l'hellénisme contre la Russie {mile), par
X., 333. — III. Vie de sainte Marine. II. Texte latin, jiublif' par Liîon Clu-
GNET (suite), 357. — IV. Autobiographie du patriarche Ignace-Michel-
Djaroué, par le R. P. L. Cheïkiio, S. J., 379. — ^ . Les Églises orientales
et « orthodoxes » et le protestantisme, par le R. P. Dom P. Renaudin,
0. S. B. {suite), 402. — VI. Les Chorévêques, par le R. P. Dom J. Pabisot
(suite et fin), 119. — VII. Les deux mélodes du nom d'Anastase, par le
R. P. S. Pétridès, des Augustins de TAssomption, 411. — VIII. Rituel copte
du baptême et du mariage, par leR. P. N .'Emio\\(snile), 453. — IX. Mé-
langes : 1. La patrice Césaria, correspondante de Sévère d'Antioclie, par
M. l'abbé F. Nau, professeur à l'Institut catholique de Paris, 470; 2. Un projet
de croisade française, par le R. P. H. Lammens, S. J., 473. — X. Bibliogra-
phie, 475.
N» 4. — I. Les études islamiques en Russie et une apologie russe de
l'Islam, par le R. P. Avuemo Palmieri, des Augustins de l'Assomption, 485.
— II. Lettre de Jacques d'Édesse sur la généalogie de la sainte
Vierge, par M. l'abbi' F. Xau, professeur à l'Institut catiiolique de Paris, ;')12.
— III. Griefs de l'hellénisme contre la Russie, par X. (/m), 532. — IV.
Vie de sainte Marine. III. Texte grec, publi('' par M. Léon Clugnet (suite),
572. — V. Traités de musique byzantine, parle R. P. .]. Thibaut, des Au-
gustins de l'Assomption, 593. — VI. Saint Michel le' Syncelle et les
deux frères Grapti, saint Théodore et saint Théophane, par le
R. P. S. Vailhé, des Augu.stins de l'Assomption (fin), GIO. — VII. Mélanges :
1. La Prise de .Jérusalem par les Perses, par le R. P. S. Vailhé, des Augus-
tins de l'Assomption, 042; 2. La Titulature des patriarches grecs-catholiques-
melkites, par H. de Saint-Guliez, 649. — VIII. Bibliographie, 651.
7^ ANNÉE (1902)
N" 1. — I. La Russie et l'Orient chrétien durant ces derniers mois,
par X., I. — II. Histoire politique et religieuse de l'Arménie, par Fr.
Tolrnebize, 26. — III. Les " projets " de Joachim III, par le R. P. H.
Lammens, S. J., 59. — IV. Les études islamiques en Russie, par le R. P.
Alrelio P.\lmieri, A. a., 71. — V. Histoire de Jean bar Aphtonia, par
M. l'abbé F. Nau, professeur à l'Institut catholique de Paris, 97. — VI. Vie de
sainte Marine IV. Texte copte publié et traduit par M. l'abbé II. Hy\t:r-
nat, professeur à l'Université catholique d'Amérique, 136. — VII. Mélanges :
1. Le pèlerinage de la Mecque en 1901, par le R. P. H. Lammens, S. J-, 153;
2. L'Immigration musulmane en Turquie, par le R. P. II. Lammens, S. .!., 157;
— 3. L'Allemagne en Turquie, 158. — VIII. Bibliographie, 161.
N" 2. — I. Le " Moutasarrifat " ou Gouvernement autonome du Li-
ban, par H. Levantin, 171. — II. Récit de Mar Cyriaque racontant
comment le corps de Jacques Baradée fut enlevé du couvent de
Casion et transporté au couvent de Phesiltha, par M. A. Kugener, 190.
TABLE DES MATIÈRES. 457
— III. Cassia, par le K. P. Soimikonk Pi-;TRini:s, A. A., i!lS. — IV. Vie de
sainte Marine (suite). Y. Texte arabe» piiljlif- jKir ^LM. I. (icini cl E. Hi.o-
ciiET, '21."). — V. Histoire politique et religieuse de l'Arménie {suite),
par Fr. Touhnebize, 277. — VI. Rituel copte du baptême et du mariage
(suite), par M. V. Ekmoni, 303. — VII. Histoire de saint Nicolas, soldat
et moine. — Texte gi-ec, publié par Léon Clugnet, 31!). — VIII. Mélanges :
I. La (luestion gréco-arabe eu Egypte, par II. Lammens, S. .1., 331; 2. Un nou-
veau diocèse grec-orthodoxe en Syrie, pai' II. Lammens, S. .1., 332; 3. Le
Sionisme et la Turquie, par IL L., 33 1. — IX. Bibliographie, 336.
N" 3. — I. L'Eucharistie et les repas communs des fidèles dans la Di-
dachè. par l'abbé' V. Ladei ze, 330. — II. Sophrone le Sophiste et Sophrone
le Patriarche, par le R. P. S. Vau.iié, A. A., 3()0. — III. L'inscription sy-
riaque de Krad ad-Dasiniya, dans l'Émésène, jiar le It. P. S. Ronze-
vai.le, s. J., oOG. — IV. Les « Madag » ou sacrifices arméniens, par
le R. P. D. (ÙHAKu. S. J., 110. - V. H OAniKH ErKÏKAIO:S K.4I H
ABHNAlAKAnnÙ/VElOSXHN, par XAPAAAMDOl XHNOIKOnOl,
423. — VI. Les Nosairis dans le Liban, par le R. P. Lammens, S. J., 142.
— VII. Vie de sainte Marine. VI. Texte haut-allemand, et VIL Texte
bas-allemand, publié par Léon Clugnet, 478. — VIII. Mélanges : 1. Le couvent
du mont Sinaï, par H. Lammens, S. J., 501; 2. Le séminaire oriental de Bey-
routh, par II. Lammens, S. J., 504. — IX. Bibliographie, 500.
N° 4. — I. Histoire politique et religieuse de l'Arménie, par Fu. Toiu-
NEBIZE {suite), 509. — IL Vie et office de saint Michel Maléinos, suivis
d'un traité ascétique de Basile Maléinos. Texte grec publii' par le IL p.
Louis Petit, A. A., 543. — 111. Vies et récits d'anachorètes (IV -VII'
siècles). I. Analyse du ms. grec de Paris 1596, par Fabbé F. Nau.
II. Textes gi'(>cs inédits extraits du mèm(^ ms. et publiés par Léon Clugnet, 604.
— IV. La rebaptisation des Latins chez les Grecs, par A. P., 618. —
V. Vie de sainte Marine. VIL Texte français, publié par Léon Clugnet,
617. — yi. Mélanges : Les formules épigraphiques : Christus hic est et
XPirrOi EN0AAli KATOIKEN, par le R. P. H. Lammens, S. J., 668. - VIL
Bibliographie, 671.
8« AIVINÉE (1903)
N" I. — I. 1. Vie de saint Auxence. Texte grec publié par Léon Clugnet.
2. Mont saint Auxence. Étudi- historique et topographique par Jules Pak-
GOiKE, A. A., I. — IL Sophrone le Sophiste et Sophrone le Patriar-
che {suite), par Siméon Vailiié, A. A., 32. — III. Nicéphore Méiissène,
évêque de Naxos et de Cotrone, par Emile Legrand, 70. — IV. Vies et
récits d'anachorètes (IV^-VII" siècles). I. Analyse du Ms. grec de Paris
1596 (suite), pai- 31. l'abbé F. Nau, 91. — V. Relations officielles entre la
cour romaine et les sultans mamlouks d'Egypte, par IL Lammens,
S. .L, 101. — VI. La rebaptisation des Latins chez les Grecs [suite),
par A. P., III. — VIL Le patriarcat maronite d'Antioche, par P. Che-
BLi, 133. — VIII. Mélanges : I. Déposition du patriarche Marc Xylocarvi,
par Louis Petit, A. A., III; 2. Russes et Nosairis, par P. Lammens, S. .L, 149.
— IX. Bibliographie, 150.
N" 2. — I. Vie et office de saint Euthyme le Jeune. Fixic grec public par
Louis Petit, A. A., 155. — 11. Histoire politique et religieuse de l'Ar-
458 REVUE DE l'orient CIIUÉTIEN, V SÉRIE.
ménie (suile), par Fk. Tolkneuize, S. J., 206. — III. Mont Saint-Auxence,
par Jli.es P.\kgoire, A. A. (suite), 240. — IV. Le patriarcat maronite d'An-
tioche, par S. Vailhé, A. A., 281. — V. Vie de sainte Marine {suite). VII.
Te.xte français publié par Léon Clugnet, 288. — Mélanges : Notes de gc'oj^'-ra-
phie ecclésiastique sj-rienne, par II. Lammens, S. J., ;5I:}. — VII. Bibliogra-
phie, :320.
N" 3. — I. Un poète royal à la cour des Omiades de Damas, par
II. Lammens, S. J., 325. — II. Sophrone le Sophiste et Sophrone le Pa-
triarche, par S. Vailiik, A. A. i/in). :!,[»(;. III. Lettre de Paul, évêque
de Saïda, moine d'Antioche, à un musulman de ses amis. Texte
aralie pulilii' et traduit par L. 1>lki-at, S. J., M88. — IV. Mont Saint-
Auxence. Étude historique et topographique (suite), par .1. l'AunouiE. A. A.,
420. — V. La forme consécratoire de l'Eucharistie d'après quelques
manuscrits grecs, i)ar ]■]. Hataheh^ii, pi'étre grec-nielchite, 1.Ô9. — VI.
Mélanges : I. Une bagarre au Saint-St'pulcrc en 1098, par L. Petit, A. A.,
171 ; 2. I/antiiiuité de la formule ■• Onmia ad niajorem Dei gloriam •■, pai-
H. Lammens, S. J., 177 : M Anciens couvents de l'Auranitide, par II. Lammens,
S. J., 478. — VII. BibUographie, 1S2.
N" 4. — I. Le mémorandum du patriarche grec orthodoxe deConstan-
tinople au Sultan sur les affaires de Macédoine, par X., iN."». — II.
Vie et office de saint Euthyme le Jeune. Texte giec publié par Louis
Petit, A. A. (^«),ij03. — III. Nahadag-Martyrs, rites et usages, par I).-
31. Girard, S. J., 537. — IV. Mont Saint-Auxence. Étude historl(|ue ettoiio-
grapliique (/?«), par J. Pakgoike, A. A., 550. — V. Histoire politique et reli-
gieuse de l'Arménie (suite), par Fu. Tolrnebize, 577. — VI. Vie de sainte
Marine [suite]. VIII. Texte éthiopien publié par F.-M. Esteves Pereira,
014. — VU. Mélanges : I. La letti-e de Philoxène de Mabboug à Abou-Niphir,
par J. TixEKONT, 023; 2. Noto inédite sur Philoxène, évèque de Maboug, par
F. Nau, 030; 3. Coptes asiatiques? par H. Lammens, S. J., 633; 4. Un document
palestinien à retrouver, par II. Lammens, S. .L, 637. — YIII. Bibliographie,
639.
9-^ .\\\Fi: (liM)4)
N" I. — I. Le dogme de l'Immaculée Conception et la doctrine de
l'Église grecque, par D. PLACinr. de Mkester, 0. S. B., I. — IL Les théo-
tokies ou office de la sainte Vierge dans le rite copte, ]iar A. .Maij.on,
S. J., 17. — 111. Un poète royal à la cour des Omiades de Damas
(///(), par IL Lammens, S. J., 32. — IV. La forme consécratoire du sacre-
ment de l'ordre dans l'Église grecque, d'après un ms. du XII' siè-
cle, par Éi.iK Patareikk, prêtre gri'c nielkitc, 05. — V. Textes orientaux
inédits du martyre de Judas Cyriaque, évêque de Jérusalem, par
I. Glidi. 1. Texte sjriaque, 79. — VI. Les colonies d'Orientaux en Occi-
dent, du Ve au Vile siècle, par L. .Ialabert, S. ,]., 90. — VIL Histoire
politique et religieuse de l'Arménie (suite), par Fr. Tournebize, S. J.,
107. — VIII. Mélanges : 1. Bulle du patriarche Métrophane sur le mariage,
par L. Petit, A. A., 139; 2. Un commentaire inédit sur la bagarre du Saint-
Sépulchre en 1698, par H. Lammens, S. .L, LU. — IX. Bibliographie, 146.
X" 2. — I. Correspondances diplomatiques entre les sultans mam-
luks d'Egypte et les puissances chrétiennes, par IL Lammens, S. J.,
151. — 11. Le dogme de l'Immaculée Conception et la doctrine de
TAIU.I<: DES .MAÏIKRKS. 459
l'Église grecque (sitilc). par D. Pi.aciok de SIkestkh, 0. S. R., IHN. — III.
Histoire politique et religieuse de l'Arménie (fotilc), par Fr. TouuMaiizE,
•21-2. — IV. Office de sainte Marine, t('.\t<'syiia(iue, parL. Clugnet, 240. —
V. Mélanges : 1. Un pati'iarchc sorcier à Constaritinople, i)ar L. Bkéiiieu,
261 ; 2. .Alai'onites, Mazonitos cl Maranitcs, par F. X.\u, 2fi8 ; 3. Denuaba de.
sainte Sylvie l't Diinip des monuments égyptiens, par II. Lammens, S. .1., 27G.
— YI. Bibliographie, 2SI.
X" 3. — I. Quelques mss. de musique byzantine, par .l.-lî. FiEmoirs, des
Pères Blancs, 209. — II. Textes orientaux inédits du martyre de
Judas Gyriaque, évêque de Jérusalem. II. Ti^xtc copt(> par I. (iiun, 3I(t.
— III. Saint Jean le Paléolaurite, précédé d'une notice sur la vieille
Laure, par ,^. Vaii.iié et S. l'ÉTtaoÈs, A. A., 333. — l\ . Correspondances
diplomatiques entre les sultans mamlucks d'Egypte et les puis-
sances chrétiennes (/in), par II. Lammens, S. .]., 359. — V. Histoire po-
litique et religieuse de l'Arménie {suite), par Fr. Tournebize, S. .1., 393.
— VI. Office de sainte Marine, par L. Clugnet, texte syriaque (suile), 400.
— VII. Mélanges : Note sur la localité palestinienne dite Maouza ou Maoza-
de Tamnia, par M. -A. Kugener, 442. — VIII. Bibliographie, 14G.
N° 4. — I. Saints jumeaux et dieux cavaliers, par H. Grégou^e, 153. — II.
Saint Jean le Paléolaurite (fin), par S, Vau^hé et S. l'ÉTRinÈs, A. A., 491.
— m. Le Dogme de l'Immaculée Conception et la doctrine de l'É-
glise grecque (suilr), \);\v D. Placide de Meester, O. S. l!., 512. — IV. Ri-
tuel copte du baptême et du mariage {suHr), par V. Er.mom, P. AI.,
526. — V. Histoire politique et religieuse de l'Arménie (sitile), par
I'r. Tournebize, 537. — VI. Vie de sainte Marine {suUe), par L. Cixgnet,
560. — VII. Bibliographie, ti()9.
N" I. — I. Quelques mss. de musique byzantine (//"), par .I.-H. Kerouks,
1. — II. Histoire politique et religieuse de l'Arménie (suilc), par Fr.
Tournerize, 15. — III. Vies et récits d'anachorètes, par L. Clugnet, o[). —
IV. Le dogme de l'Immaculée Conception et la doctrine de l'Église
grecque (snilc), pai- D. Placide de Meester, 0. S. H., 57. — V. Sivas, huit
siècles d'histoire, par P. Girard, S. .L, 79. — VI. Mélanges : I. Cliry-
sippe, prêtre d<> .h'rusalem, pjir S. Vailiié, A. A., 90. — 2. Le congrès intei'-
national des Orientalistes (10-26 a\ril 1005), par F. Nau, 100. — VU. Biblio-
graphie, PJ5.
X" 2. — I. Dans quelle mesure les Jacobites sont-ils monophysites?
par F. Nau, 113. — 11. Histoire politique et religieuse de l'Arménie
{suile), par Fr. Tournerize, 135. — 111. Le dogme de l'Immaculée Con-
ception et la doctrine de l'Église grecque (//«). par I». Pi.ai ide de Mees-
ter, 0. S. B., 1.j4. — IV. Les constructions palestiniennes dues à
sainte Hélène, d'après une rédaction du X^ siècle, source de Ni-
céphore Calliste. Vlll, 2'.t. .3n. :î2. par F. Xau, 102. — V. Sivas, huit siècles
d'histoire {suitr). par !'. Gn{ARD,S. .L, 160. — VI. Documents de source
copte sur la sainte Vierge, pai- .\. Mallon, S. .L, p. 1N2. ~ VIL Traduc"
tion des lettres XII et XIII de Jacques d'Édesse (exégèse biblique),
par F. Xau, 107. — \'lll. Mélanges : l'aiiDii et Zacdiai'ie moines de Scété,
(commencement du iv' siècle), par F. Xau, 2tlO. — L\. Bibliographie. 213.
460 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN, l'*' SÉRIE.
N" 3. — I. L'Orient latin censitaire du Saint-Siège, par C. Daux, 2ib. —
II. Documents de source copte sur la sainte Vierge [fm), par A. Mal-
LON. S. J., 251. — III. Traduction des lettres XII et XIII de Jacques
d'Édesse (exégèse biblique) (fin), par F.Nau, "258. — IV. Sivas, huit siècles
d'histoire {sidle), par D. P.i. Girard, S. J., 283. — V. Traités liturgiques
de S. Maxime et de S. Germain traduits par Anastase le bibliothé-
caire, par S. PÉïRiDKS, A. A., 289. — VI. Mélanges : I. Rabban Daniel de
Mardin, auteur syro-arabe du xiv° siècle, par F. Nau, 314; 2. Les biens de
l'Église arménienne, le divorce et le repos dominical en Russie, les massacres
du Caucase, par N. Lo.nguevili.e, 319. — Ribliographie, 320. Livres nouveaux.
Sommaire des Revues, 330.
N" 4. — 1. Sivas, huit siècles d'histoire, jiar D. M. (Jirahd, S. ,1., 337. —
II. Traités liturgiques de S. Maxime et de S. Germain, traduits
par Anastase le Bibliothécaire, i)ar S. Pétridès, A. A., 350. — III. His-
toire politique et religieuse de l'Arménie (suite), par Fr. Tolrnebize,
365. — IV. Le chapitre llspî àvaxwpyiTwv àvîwv et les sources de la vie
de S. Paul de Thèbes, par F. Nau. 387. — V. Les versions arabes
du « Testamentum Domini nostri Jesu Christi », par P. Dib, 418. —
VI. Le pasteur d'Hermas, fragments de la version copte-sahidi-
que jusqu'à ce jour inconnue, par L. Delaporte, 424. — VII. Mélanges.
I. Xo-jCTav6o<; ô (riêriptwTr); {ROC. 1901, p. 456) = Chrysanthe Loparev, par X.,
432; 2. Lettre relative à la Chronique de Michel le Syrien, par S. B. Me' Rah-
.mani, 435. — VII. Bibliographie, 439; Livres nouveaux; sommaire de la B.Z.,
442.
II
TABLE DES MATIÈRES (^
PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
Acta mylhologica apostolorum, IX, 62i.
Alexis !"■■ Commène (essai sur le règne d'),
VI, 154.
Algazel, VU, 161.
Anachorètes (Vies et récils d'), VII, 604;
VIII, 91 ; X, 39. — Cf. X, S87.
Anastase (les deux mélodcs du nom d'),
VI, UUlt.
Anastase le Bibliothécaire (la lettre d'), I,
124 (pr.).
Apocalypse (fragment d'une version copte
de 1') de saint Jean, IV, 263; Apocalypse
d'Élie et de Soplionie, V, 161.
Apocryphes (fragments d'), leur origine, IX,
613. — Cf. X, 446.
Archéologie chrétienne (éléments d'), V, 439.
Arménie (T), I, 315. — Arménien und Europn,
II, 120. — Succession apostolique des pa-
triarches d'Arménie, VI, 132. — Histoire
politique et religieuse de l'Arménie, Vil,
26, 277,509; Vlll,206, 577; 1\,107, 212, 393;
X, 15, 135, 365. — V. Nahadag. — Cf. VIII, .320.
Arménienne (Église), III, 328. — Règle-
ments généraux des Arméniens catholiques,
1\ , 305. — Le^ € madag « ou sacriliccs
arméniens, Ml, 410. —Les biens de l'Kglise
arménienne, X, 319.
Athanase (les canons de S.) d'Alexandrie, X,
215.
Auranitide. — \ . Géographie.
Autonomies ecclésiastiques, églises sépa-
rées, 1, 411.
Autriche (les Serbes en), I, 335.
Auxence. — Vie de saint Auxence, Mil, 1.
— Mont Saint-Auxence, Mil, 15, 240, 426,
550.
Bahira (la légende de) ou un moine chré-
tien auteur du Coran, II, 439.
Bajazet II (lettre du sultan) au roi de France
Charles Mil, 11,219.
Bardesane, X, 278.
Bas-Empire (les relations de l'Église et de
l'Ktat dans le), H, 340.
Basile le Grand. — V. Liturgie.
Bider-Khan (histoire de), V, 649.
Bêhémoth ou la Sauterelle, X, 262, 279.
Bénédiction (la) liturgique des raisins, IV,
354.
Benjamin (la vie de Mar), traduite du syria-
que, II, 245.
Benoît XIV (le bref de) Ai/aïae SM«i, 111,126.
— Benoit XIV et l'Église copte, IV, 615.
Beyrouth, IV, 556; VII, 504.
Bible Polyglotte (la sainte), V, 331. — Cf. X,
197, 258. — Les psaumes traduits de l'Hé-
breu, X, 335. — Les apocryphes du Nouveau
Testament, X, 446.
Bosnie-Herzégovine (les Serbes de la), 1,
37 (sec).
Bulgarie (la) chrétienne. H, 5, 165, 271, 406.
Byzantin (l'empire), IX. 615.
Calendrier (la n'forme du), I, 130 (pr.). —
Kalendarium manuale utriusque Ecclesiae,
I, 143 (pr.). — Calendrier de l'Église copte
d'Alexandrie, 11, 307.
Califat ottoman (le), M, .303.
Canons des apôtres, IX, 290. — De saint
Athanase, X, 215.
Carion et Zacharie, moines de Scété (eom-
mencenient du iv'' siècle), X, 209.
Garthage romaine, X, 105.
(1) Nous renvoyons au tome et à la page. Par suite d'une erreur dans la mise en pages, le
tome 1»" renferme deux fois la pagination 1 à 144. Nous la distinguons en la faisant suivre de
(pr.) ou de (sec.). ^p_ ^^^,_^
462
REVUE DE l'orient CHRÉTIEN, P" SÉRIE.
Cassia, Ml, 218.
Césaria (la pairice), correspondante de Sé-
vèru d'Anlioche, VI, 'iTO.
Chaldéen (les origines du patriarcal), 1, 66
(sec). — Doctrine de l'Église chaldéenne
sur la primauté de saint Pierre. 1, 137 (sec).
— État religieux des diocèses formant
le pairiarchat chaldéen de Babylone, I.
Chant. — Essai sur le chant liturgique dans
les Églises orientales, 111, 221. — Chants li-
turgiques des coptes, V, 16^i. — Vil, 169.
Charfé (la Bibliothèque du séminaire syrien
de), IV, 150.
Charles VIII (noie sur une lettre'dil sultan
Bajazet 11 au roi de France), 11. 219.
Charles-Quint (une lettre d'Ibrahim pacha
à). Il, .'502.
Chimère (mission de la) en Albanie, 1\ , 58.
Chorévêques (les), VI, 157, ?il9.
Christodule, higoumène de Saint-Jean à
Patmos, V, '215.
Chronique (fragments d'une) syriaque iné-
dite, I, 396. — Chronique du pseudo-Denys
de Tellmahré, II, ^il. — Fragments d'une
chronique syriaque maronite, IV, 318. —
Cf. X, ïi39.
Chrysippe, prêtre de Jérusalem (\» siècle),
X, 96.
Clément "VI (le pape) et les affaires d'Orient,
I\, 621.
Clément IX et la guerre de Candie. \, 327.
Concile de Florence, I, 305; 11. 69.
Congrégation des rites. — \ . Glacol.
Congrès international des orientalistes, XI"
congrès, 11, ii9'i; \l\^ congrès, X, 100.
Copte (calendrier de l'Église) d'Alexandrie,
II, 307. — L'ordinal copte, III, 31, 191, 282,
^25, fi30; IV, loa, /il6. 591: V, 247. — La
messe copte, IV, 12. — Église copte, cf.
Benoit XIV. —Cf. Rituel. — Coptes asiali-
(lues, VIII. 633.
Coran. — \ . Bahira.
Cyriaque (récit de Mar) racontant comment
le corps de Jacques Baradce fut enlevé du
couvent de Casion et transporté au couvent
Phesiltha, \ II, 196.
Cyrille et Méthode (SS.). Cf. Lettre d'Anas-
tase.
Damas (le chemin de fer de) à la Mecque.
V. 507. — V. Omiades.
Daniel (Vie de) du monastère de Scété, IV,
Itbb. Fie et récits, texte grec, V, 49, 254,
370; texte syriaque, V, 391; texte copte,
535; VI, 51.
Daniel de Mardin, IV, 335; X, 314.
David est-il l'auteur de tous les psaumes ?
X, 272.
Dennaba de S'' -Sylvie et Dunip des monu-
ments Egyptiens, IX, 276.
Denys de Tellmahré (les parties inédites
de la Chronique du pseudo-). II, 41.
Dictionnaire grec français des noms litur-
giques. I, 142 (pr.).
Didaché. — Cf. Eucharistie.
Didascalie des apôtres. — Cf. Vlll, 639.
Divorce (le) et le repos dominical en Rus-
sie, X, 319.
Documents de source copte sur la sainte
\ ierge, X, 182, 251.
Dominical (le divorce et le repos) en Russie.
X, 389.
Doxologie (la grande), étude critique, IV, 240.
Dunip. — V. Dennaba.
Église. — V. Mardin. — Les relations de l'É-
glise et de l'État dans le Bas-Empire, II,
340. — V. Jacobites; orthodoxe: Egypte.
Egypte (Histoire de l'Église d'), IV, 626. -
Les évêchés de l'Egypte chrétienne, V, 637.
— La question gréco-arabe en Egypte, Vil,
331,
Elle XI (Deux lettres d), patriarche de Ba-
bylone, \', 481.
Ephrem (S.), VI, 116.
Ethiopie. ~ Cf. Vil, 165, \, 213.
Eucharistie (1') et les repas communs des
fidèles dans la Didaché, Vil, 339. — La
forme consécratoire de l'Eucharistie d'.i-
près (|uelques mss. grecs, VIII, 459.
Euthyme le jeune (vie et office de saint),
Vlll, 155, .503.
Évangiles (les) des douze apôtres et de
saint Barthélémy. IX, 612.
Évêques (les) jacobites du viiie au xiii"
siècle d'après la Chronique de Michel le
Syrien, IV, 444, 495: V, 605; VI, 189,
Florence (actes du saint et œcuménique
concile de Florence), I, 305;. Souvenir du
concile de Florence, II. 69.
Formule « omuiaad majorem Dei gloriam >,
son antiquité, Vlll, 477.
Franciscains. — Histoire des missions
franciscaines, IV, 136. — In projet de
croisade franciscaine, VI, 473.
Géographie (notes de) ecclésiastique sy-
rienne, VIII, 313. — Anciens couvents de
l'Auranitide, Vlll, 478. — V. Dennaba;
Maouza. — Maronites, Mazonitesel Marani-
les, IX, 268. - Cf. X, 222.
Glacol (le) et la congrégation des rites, I\ ,
1.
Gladstone et la question des ordinations
anglicanes, I, 149.
Grapti. — V. Michel leSyneelle.
Grèce. — Le syllogue littéraire grec de
Conslantinople, I, 454.
Grecque (Église). — Les offices et les di-
gnités ecclésiastiques dans l'Église grec-
que, 111,142, 260, 452: IV, 116. — Entre
Grecs et Russes, \, 1. — Cf. Marc Xilo-
carvi.
Grecs (les) melkites, 111, 1, 265.
Grégoire de Nysse. Cf. Sévère d'Antioche.
Gryphon (frères) et le Liban au XV« siècle,
IV. (iî.
Hébreu (1') est-il la première des langues,
X, 273.
Hélène (sainte;. — Les constructions pales-
tiniennes dues à sainte Hélène, d'après une
TABLE DES MATIERES.
463
rt'daclion du v siècle, source de Nicé-
phore Calliste, X,162.
Hellénisme (griefs de l') contre la Russie,
\l, 1, 172, 333, 532.
Hermas (fragments coiJtes), X, 42'i.
Hésychius de Jérusalem. — Cf. Sévère
d'Antiiiche.
Hiérarchies (les) en Orient, IV, l'iri.
Histoire de l'Église de Mardin, I, Ui (pr.).
— Histoire ecch'siastique d(^ Jean d'Asie,
11, Ubb. - Histoire de Daniel de Mardin, IV,
335. — Histoire d'un bienheureux (|ui de-
meurait sur un arbre, 1\ , 337. — Histoire
de Béder-Kbau, V, 6'i9. — Histoire de Jean
bar Aphtonia, Vil, 97. — Histoire ancienne
des peuples de l'Orient, \, 328.
Hospitaliers (les) en Terre Sainte et à
Chypre, X, 330.
Ibrahim pacha (une lettre d) à Charles -
Quint, H, 302.
Ignace Michel Djaroué (autobiographie
du patriarche), M, 379.
Immaculée Conception (le dogme de 1') et
la docirine de l'Église grecciue, IX, 1, iH-<,
512 ; X, .">7, 154.
Inscription syriaque de Krad ad-Dasinya,
dans l'Eméséne, Vil, 386. — Formules épi-
graphiques. Vil, 668.
Irénée (S.), X, 326.
Islam (1'), I, 499.— Deux publications nou-
velles sur l'islam, 11, 228. — Les éludes is-
lamiques en Russie et une apologie de
l'Islam, VI, 485 ; Vil, 71.
Jacobites (ordination du prêtre dans le
rite), I, 1, (sec.) Église jacobite. Cf. Plé-
rophories; Sidon; Évêques. Cf. 1\, 201.
— Dans quelle mesure les jacobites sont-
ils nionophysites ? X, 113.
Jacques Baradée. — Cf. Cyria(|ue.
Jacques d'Édesse. — Lettre à Jean le sty-
lite sur la chronologie bibli(|ue et la date
de la naissance du Messie, V, 581. — Let-
tre au diacre Georges, VI, 115. — Lettre
sur la _ généalogie de la sainte Vierge, \l,
512. — Traduction des lettres XII et Xlll
de Jacques d'Édesse (exégèse biblique), X,
197, 258.
Jean (saint), X, 110.
Jean d'Asie (l'histoire ecclésiastique de),
II, 455.
Jean bar Aphtonia (histoire de), VU, 97.
Jean de Camillis de Chio sur la mission
de la Chimère (lettre inédite du R. P.), IV,
58.
Jean Hylilas, patriarche de Constauliuople,
IX, 261.
Jean Maron (S.), patriarche d'Autioche. Ses
œuvres traduites du syria(|ue, IV, 18s ;
Cf. VI, 117.
Jean (évr-que de Mayouma). — Cf. Pléroiiho-
ries.
Jean le Paléolaurite (saint), procédé d'une
notice sur la vieille laure, l\, 333, 491.
Jean le Stylite. — V. Jac(|ues d'Édesse.
Jérôme (saint), hagiographe, V, 654.
Jérusalem (la prise de) par les Perses en
614 ; II, 125 ; VI, 643. — L'érection du pa-
triarcat de Jérusalem en 451, IV, 44. —
Cf. Judas (lyriaque.
Jésuyab (le synode de Mar), IV, 247.
Joachim III (les projets de), VII, 59.
Job (interprétation de divers passages du
livre de), X, 260.
Joseph Emmanuel II (lettre pastorale de
S. B.), patriarche de Babylone, V, 642.
Judas Cyriaque, évèque de Jérusalem
(textes orientaux inédits du martyre de),
texte syriaque, IX, 7, 9; texte copte, l\,
310.
Julien (S.), évèque du Mans. — In saint
évéque de France honoré en Russie, IV,
129. - Le culte de S. Julien du Mans dans
l'Église russe, IV, 453.
Justin (S.), Apologies, X, 216.
Kurdes (Notice sur les), I, 133 (pr.).
La Mecque. — V. Damas. — Où en est le che-
min de fer de la Mecque'? VI, 145. — Le
pèlerinage de la Mecque en 1901, VII, 153 ;
en 1902, X, 326.
Latines (l<!s missions latines) en Orient, I,
88 (pr.), 91 (sec), 379; 11, 94, 176.
Léon XIII (Lettre autographe de S. S.), IV,
141. — Léon Xlll et l'Église d'Orient, X,
331.
Lettre d'Anastase le Bibliothécaire, I, 124
(pr.). - De Bajazet II à Charles VIII, II, 219 ;
d'Ibrahim pacha à Charles-Quint, II, 302. —
V. Jean de Camillis. — S. S. Léon Xlll. —
Elie XI. - Jacques d'Édesse. - Joseph Em-
manuel H.
Léviathan, ou le grand serpent de mer, X,
262.
Liban. — V. Gryphon ; Moutasarrifat.
Liturgie copte alexandrine dite de S. Ba-
sile le Grand, IV, 15. — V. Doxologie. —
V. Bénédiction. — Anciens morceaux litur-
giques de l'Eglise d'Egypte, IV, 293. —Litur-
gies orientales et occidentales, IV, 295. —
Cf. VIII, 150. — Les saintes et divines Litur-
gies de nos saints Pères, Jean Chrjsostome,
Basile le Grand et Grégoire le Grand, X,
334. — Traités liturgiques, X, 289, 350.
Luc (la version syriaque inédite du martyre
de S ), 111,151.
Macédoine. Le mémorandum du patriarche
grec orthodo.xe de Constautinople au sul-
tan sur les affaires de Macédoine, VIII,
485.
Maçoudi, il, 228.
Magique (une formule) byzantine, V, 597.
Malabar (les chrétiens du), I, 406.
Maléinos. Vie et office de saint Michel Ma-
léinos suivis d'un traité ascétique de Ba-
sile Maléinos, VII, 543.
Mamlouks d'Egypte. — V. Rome,
Mandaïtes (Inscriptions) des coupes de
Khouabir, V, 329.
Manuscrits, de Cliarfé. IV, 150. — De Ber-
lin VI, 475. Fac-similé de niss, grecs. VIII,
'i61: IX, 301.
464
REVUE DE l'orient CHRÉTIEN, V SÉRIE.
Maouza, ou Maôza de lamnia, IX,'iù2,
Maranites. — Cf. IX, 268.
Marc Xilocarvi (déposition du patriarche),
le 15 janvier 1467, VIII, IttU.
Marcion, dans la littérature arménienne, I,
461.
Mardin. Une page de Thistoire de l'Église de
Mardin au xviii^ siècle, I, 43 (pr.).
Mariage. — \ . Métrophane.
Marine (Vie de sainte) ; texte syriaque, VI,
283; textelalin, 357; texte grec, 572: texte
copte, VII, 136; texte arabe, 245 ; textes
haut et bas allemand. 478 ; texte fran-
çais, 647 et VIII, 288 ; texte éthiopien, Vlll,
614. — Office de sainte Marine, texte
syriaque, IX, 240, 409, 560.
Maronites (opuscules), IV, 175, 318, 543:
V, 74, 293. — V. Moutasarrifat, Vil, 171. —
Le patriarcat maronite d'Antioche, VIII-
133, 28L — Maronites, Mazoniles et Mara-
nites, IX, 268.
Massacres (les) du Caucase, X, 101.
Mazonites. — Maronites, mazonites, marani-
tes, IX, 268.
Melkites (les Grecs), III, 1, 265. — La titula-
ture des patriarches grecs-catholiques,
melldtes, VI, 649.
Métrophane, sur le mariage (bulle du pa-
triarche), IN, 139.
Michel le Syncelle (saint), et les deux
frères Grapti, saint Théodore et saint Théo-
phane, VI, 313, 610.
Michel le Syrien, chronique, IV, 444, 495:
V, 322, 605, 660 ; VI, 189: IX, 287 : X, 435.
Missions (les), latines en Orient, 1, 88 (pr.):
91 (sec); 379; 11,94,176.
Monachisme. Les règles monastiques orien-
tales antérieures au concile de Chalcédoine,
IV, 466. — Cf. Palestine (monastères de):
Roumanie; Sinai : Anachorètes ; Jérôme (S.).
Monophysites, X, 113.
Monténégro (les Serbes du), I, 42 (sec).
Moutasarrifat (le), ou gouvernement auto-
nome du Liban, Ml, 171.
Moyse, X, 25S. 11 est l'auteur du livre de
Job, X, 261.
Musique (Traité de) byzantine, VI, 594. —
Le système musical de l'Église grecque
d'après la tradition, VI, 654. — Quelques
manuscrits de musique byzantine, IX, 299:
X, 1.
Musulmans. L'émigration musulmane en
Turquie, Vil, 157. — Le messianisme dans
l'hétérodoxie musulmane, IX, 292.
Nahadag-Martyrs, rites et usages armé-
niens, Vlll, 537.
Nazareth, X, 163, 220.
Nestoriens. Leur croyance à l'autorité de
saint Pierre, 1, 141. — Protestantisme et
catholicisme chez le peuple nestorien. —
Une revue néo-syriaque à Ourmiah, IV, 428.
Nicéphor Calliste, X, 162.
Nicéphore Mélissène, évoque de Naxos et
de Cotrone, VIII, 70.
Nicolas (Histoire de saint), soldat et moine.
Vil, 319.
Nosaïris (Voyage au pays des), IV, 572: V,
99, 303, 423. — Les Nosaïris furent-ils chré-
tiens ? VI, 33.— Les Nosaïris dans le Liban,
VII, 452. — Russes et Nosaïris, Vlll, 149.
Omiades (un poète royal à la cour des) de
Damas, Vlll, 325; IX, 32.
Ordinal (I') copte, 111, 31, 191, 282, 425; IV,
104, 416, 591 ; V, 247.
Ordination du prêtre dans le rite jacobite,
1, 1 (sec). — M. Gladstone et la question des
ordinations anglicanes, I, 149. — Les ordi-
nations « per saltum », V, .335.
Ordre. La forme consécratoire du sacrement
de l'Ordre dans l'Église grecque, d'après
un ms. du xii* siècle, IX, 65.
Orient (1') latin censitaire du Saint-Siège, X,
225.
Orientaux (les colonies d') en Occident, du
v« au viii« siècle, IX, 96.
Orthodoxe (Règlements généraux de l'Église)
en Turquie, III, 393 ; IV, 227. — Les églises
orientales orthodoxes et le protestantisme,
V, 565 : VI, 402. — Un nouveau diocèse grec-
orthodoxe en Syrie, VII, 3.32. — V. Macé-
doine.
, Ourmiah (une revue néo-syriaque à), IV,
\^ 440.
Pakhôme. Étude sur le cénobitisme pakho-
mien, IV, 459.
Palestine (Répertoire alphabétique des mo-
nastères de), IV, 512; V, 19,272. — Un do-
cument palestinien h retrouver, Vlll, 637. —
Les constructions palestiniennes dues à
sainte Hélène, X, 162.
Patmos. — V. Christodule.
Patriarche sorcier à Constantinople (un)
(Jean llylilas, 8.34-843), IX, 261.
Patrologia orientalis. Cf. Vlll, 154, 642 ; IX,
284, 612; X, 108.
Paul (S.). — Cf. Pierre (S.).
Paul, évèque de Saïda, moine d'Antioche,
lettre à un musulman de ses amis, V, III,
388.
Philippe de Mézières (neuf chapitres du
« songe du viel pèlerin » de) relatifs à l'O-
rient, IV, 364, 605 ; V, 144.
Phlloxène de Mabboug. — Sa lettre à
Abou-Niphir, VIII, 623. - Note inédite sur
Philoxèue, 630. — Trois lettres de Philoxène,
640.
Pierre (S.). Doctrine de l'Église chaldéenne
sur la primauté de S. Pierre, 1, 137 (sec). —
La Russie et le Saint-Siège, I, 157. — Frag-
ments d'une chronique syriaque inédite re-
latifs surtout à saint Pierre et à saint Paul,
I, 396. — La version syriaque inédite des
martyres de saint Pierre et saint Paul, 111,
39.
Plérophories ( les ) de Jean, évèque de
Mayouma, III, 232, 337. — Sur un abrégé
arménien des Plérophories, IV, 134.
Pologne (l'avenir du catholicisme en Po-
logne), III, 481.
Prêtre (ordination du) dans le rite jacobite,
I, 1 (sec).
TABLE DES MATIERES.
465
Programme de la Revue, I, 3 (pr.); H, 1.
Protestantisme. — V. Orthodoxe.
Rahmani (MR). IX, 285; \, UM.
Rebaptisation (la) des Latins, chez les Grecs,
Vit, (118; VUL 111.
Rituel copte du baptême et du mariage, V,
^l'iâ; VI, a53; VU, 30.'?; IX, 526.
Rome (Rapports des Serbes avec), 1, 'iSl. —
Relations officielles entre la cour romaine
et les sultans mamiouks d'Ksypte, VllI, 101.
— Correspondances diplomaticiues entre les
sultans mamiouks d'Kgypte et les |>uissances
chrétiennes, IX, 151, 359. — CL IX, Vi8. —
L'Orient latin censitaire du Saint-Siège, X,
223.
Roumanie (sur les couvents dédiés de), V,
169.
Russe (Église). — V. Julien (S.). — Entre
Grecs et Russes, V, 1. — L'ancienne et la
nouvelle théologie russe, VI, 88. — Russes
et Nosoïris, VIII, IU9.
Russie (la) et le Saint-Siège, I, 157; II, 238.
— Quelques mots de politique chrétienne
à propos d'un livre russe récent. II, 'i98. —
Griefs de l'hellénisme contre la Russie, VI,
1, 172, 333, 532. — La Russie et l'Orient
chrétien durant les derniers mois, VII, 1.
— Les études islamiques en Russie, VI, 'i85;
Vil, 71. — La Russie en Palestine, VI, 657.
— Le divorce et le repos duminlcal en Rus-
sie, X. 319.
Sabba (Vie de saint), X, 331.
Sabbatiens (Hérésie des), X, 277.
Saints jumeaux el dieux cavaliers, IX, ?i53.
Salomon, ses écrits, X, 274.
Sépulchre (Saint-). Une bagarre au Saint-
Sépulchre en 1698, VllI, ^i71. — Un commen-
taire inédit sur la bagarre du Saint-Sépul-
chre en 1698, IX, 14'4.
Serbie (la) chrétienne, I, 7 (pr.); 37 (sec),
3.35, 481. —La question serbe dans l'empire
ottoman, I, 'i20.
Sévère d'Antioche. — Une homélie de Sé-
vère d'Antioche attribuée à Grégoire de
Nysse et à Hésychius de Jérusalem, III, 435.
— Histoire de Mar Sévère patriarche d'An-
tioche, lV,3'i3,.'i43; V, 7'i, 293. — V. Césaria:
cf. IX, 289, 609.
Sidon (Relation de l'év('M(ue de) sur les jaco.
bites et les Arméniens, III, 200, 328.
Sinaï(ln the shodowof), III, 'i90. -Le monas-
tère de Sainte-Catherine au Sinai, V, 319. —
A propos du couvent du mont Sinaï, V, 492.
— Le couvent du mont Sinaï, VII, 501. — Cf.
IX, 295.
Sionisme (le) el la Turi|uie, VII, 334.
Sivas, huit siècles d'histoire, X, 79, 169, "283,
337.
Sophrone le Sophiste el Sophrone le Pa-
triarche, VII, 360; Vm, 32, .356.
Synode (le) de Mar Jésuyab, IV, 247.
Syriaque (la littérature), l\ , 291; V, 330. —
Remarques sur les traductions syriaques
de deux formules grecques, V,1.55.
Syrienne (Église). — V. Charfé. — Géogra-
phie syrienne, VllI, .313. — CL VllI, 643.
Takla Haymanot (Vie de), V, lt)5.
Testamentum l).-N. J.-C. IX, 289; X, 418.
Textes. — Arabes : II, 147; VI, 290; VII, 247,
267; Mil, 412; IX, 373, 596. — Arméniens :
I, 328, 466. — Coptes : II, 310; III, 33, 191,
•282,425; IV, 104, 269, 416, 591 ; V, 2'47, 445,
5.35; VI, 453; VII, 139, 303; l\, 25, 320, 526 ;
X,183,251,424.— Éthiopiens: VI, 54; VllI, 615.
— Grecs : I, 309; II, 85, 1.33, 139; IV, 281 ;
V, 49, 254, 370, 597; VI, 291. 575, 596; VII,
323, 423, 549, 570, 598, 606; VllI, 3, 79, 91,
147, 168, 467, 475, 503; IX, 141, 304, 462; X,
8,39,.387. — Latins: VI, 360; VllI, 76; IX, 463.
— Syriaques : 1,4 (sec), 398; II, 41,455; III,
158; IV, 150, 255, 341, 359; V, 391, 583 ; VI,
120, 283, 517; VII, 113, 198; VllI, 631; IX,
87, '244, 409, 501 ; X, 316. — Turcs : II, 225.
Théoctiste (le monastère de S.), III, 58.
Théologie monophysile, X, 113.
Théotokies (les) ou office de la sainte
Vierge dans le rite copte, IX, 17.
Timothée I, patriarche ncslorien (728-823),
X, 334.
Traductions. — De l'arabe : I, 43 (pr.), 66
(sec); II, 154, 439; VII, 258, 273; VllI, 388:
IX, 151, 359; \, 117. — De l'arménien : I,
328, 470; IV, 134. — Du copte : 11, 307; III,
.37,196, 28S, 428, 433; IV, 12,112, -264, 423,
599; V,25l, 455, 553; VII, 148, 312; IX, 25,
311, 532; X, 183, 251. — De l'éthiopien :
YIII, 619. — Du grec : 1,309; II, 137; X, 164.
— Du syriaque : 1, 19 (sec), 402; II, 41, 245,
357, 455: III, 43, 77,151, 168, 232, 292, .3.37,
458: IV, 175, 248, 318, 380, 444, 495, 543; \ ,
74, 118, 182, 293, 401, 588, 605; VI, 125, 189,
286, 522; VII, 121, 202; MU, 62'i, 632; IX,
80, 242; X, 197, 258, 316. — Du turc : 11,
219, 302.
Turquie. — La question serbe dans l'empire
ottoman, I, 420. — Le syllogue littéraire
grec de Constantinople, 1, 454. — CL Mu-
sulmans. — L'Allemagne en Turquie, Ml.
158. — CL Sionisme.
Vie de MarBenjamin, traduite du syriaque,
II, 245. — Du moine rabban Youssef Buus-
naya, II, 357; III, 77, 168, '292, 458; IV, 380;
V, 118, 182. — V. Daniel de Scélé; Anacho-
rètes; Maléinos, — Vie de saint Sabba, X,
331.
Yézidis, I, 139-141 (pr.). — V, 666.
Youssef I'^' (Me de Mar), premier patriarche
chaldéen (1681-1693), I, 66 (sec).
Youssef Bousnaya (Vie du moine Rabban),
11, 337; III, 77, 168, 292, 458: IV, 380; V, 118.
182.
Zacharie le rhéteur (la compilation histo-
rique du pseudo-), \, 201, 461.
Zacharie. — Cf. Carioii. — Fils de Barakia,
X, 267.
OlllENT CHRETIKN.
30
m
TABLE ALPHABETIQUE DES AUTEURS
Avril (le baron d'), 1, 7 (pr.), 37 (sec.)), 111
(sec), 12/i (pr.), 143 (pr.), 3.S5, 513; II. 5,
165, 228, 271, ?i06 ; III, 1, 200, 265, 328; IV,
1, l'l5; V, 109, ()W);V1,303.
Babakhan (J.), IV, 428 ;V, 481.
Basset (Reiié),X, 213.
Batareikh (E.), VIII, 459; IX, 65.
Besse (Dom), IV, 460, 465.
Beurlier (labbé), I, 142 (pr.).
Blochet (K.), Il, 219, 302; IV, 364, 605; V,
l'i'i; VII, 161, 265.
Bréhier (L.), IX, ■2«>1, <'21 ; X, 105.
Buffat(leR.P. L.), VIII, 388.
Carra de Vaux (le baron), 1,133 (pr.); Il,
69, 120, 439, 498; IV, 297.
Chabot (l'abbé), I, 66 (sec), 406, 465; II,
357 : 111, 77, 168, 292, 458; IV, 380, 444, 495;
V, 118, 182, 492, 605, 642 ; VI, 189.
.\apa)a(jL7ro; yrci oèo/^v-oii, VII, 423.
Chébli (P.), \'lll, 133.
Cheïkho (le P.. P.), VI, 379.
Clédat (J.), IV, 263.
Clugnet (L.), Il, 307: 111, 142, 260, 452; IV.
116, 136, 295, 455: V, 49, 162, 254, 325, 370.
499, 502,664, 666; VI, 51, 357,-572, 650; VII,
319, 336, 478, 647, 672; VIII, 1, 150, 154,
288, 321, 323, 484; IX, 146, 240, 295. 296,
409, 431, 560. 624: X, 39.
Couret (le comte), II, 125.
Dauby (P.), X, 326.
Daux (l'abbé C), X, 225.
Delaporte (L.), X, 424.
Dlb (P.), \, 418.
Ermonl (M. V.), I, 315, 493; III, 31, 191, 282,
425: IV, 104, 416, 591; V, 247, 445,637, 659;
VI, 453; VU, 303; IX, 526.
Gastoué (A.), IV, 280,628; V, 164; Vil, 169;
1\, 294.
Girard (le R. P.), VI, 132; VII, 410; VIII, 537:
X. 79. 169, 283, 337.
Graffin (W), I. 1 (sec); 111, 490; IV, 247.
Grégoire (H.), IX. 453.
Guidi (1.), V, 5.35; VII, 245; IX, 79, 310.
Guigard (A.), VIII, 483, 645.
Hyvernat (labbé 11.), Vil, 136.
Jalabert (le R. P. L.), IX, 96, 446.
Kugener (M. A.), III, 435; V, 155, 201, 461;
VI, Ù75; VII, 166, 196; IX, 442, 609.
Ladeuze l'abbé P.), VII, 339.
Lammens (le R. P.), IV, 68, 572; V, 99, .303;
423: Vl, 33, 473; VII, 59, 153, 157, 158, 331,
.332, 452, 501, 504, 668; VIII, 101, 149, 313,
477, 478, 633, 637,643: IX, .32, 144,151, 276,
292, 359.
Laviornerie (J. de), VI, 154 ; VII, 3.37, 507,
671; VIII, 152,482, 640.
Legrand 1 Emile), IV, 58: VUl, 70.
Léon XIII (S. S.), IV, 141.
Levantin (II.), Vil, 171.
Longueville (N.), X, 319.
M... iF.), VI, 291.
Mallon (le R. P. A.), IX, 17; X, 182.
Michaïlovitch (Th.), V, I.
Michel (le R. P.), 1, 37 (sec), 88 (pr.), 91
;sfc), 379: 11.94, 176.
Monch vllermami), V, 662.
Nau (l'abbé F.), 1, 396: 11, 41, 455; III, 232,
337; IV, 134, 175, 318, 455, 543: V, 74. 293,
.327, 370, 581, 634; VI, 115, 283, 470, 481,
512 ; VII, 97, 604 ; VIII, 91, 630, 639, 640, 642 ;
IX, 268,284, 612; X, 100, 108, 110, 113,162,
197, 209, 215, 216, 220, 258, 314, 327, 328,
387, 4.39.
Palmiéri (leR. P.), VI, 88, 309, 485; VII, 71,
618: VIII, 111.
Pargoire (le R. P. J.), VIII, 15, 240, ^26, 550;
1\. 615.
Parisot (le R. P.), III, 221; IV, 150, 291, 354;
V, 322, 335, 500, 660; VI, 157, 419.
Péreira (E. , Vlll. 614.
Perruchon (F.), V, 165.
Petit (le R. P.), 111, 393; IV, 227, 305: VII,
543: Vlll, 144, 155, 471, 503; IX, 139,
Pétridès (le R. P.), V, 407, 597; VI, 444; Vil,
218; IX, 491; X, 289, 350.
TAULE AIJMIABETIQUE DES AUTEURS.
167
Pisani (l'abbt- P.), 1, 130 (pr.), 157, 'i2{), oOS;
II, 238, a/iO.
Placide de Meester (le R. P.), IX, 1, 18«,
r»12;X, 57, 15/1.
Rebours (le R. P. J. B.l, IX, 2()<); X, 1.
Renaudin ^Dom), IV, 14, 129, 203, It'il, UM,
'i6n, 6lr>, (i2(i, 027; V, 161, 215, 310, 565,605;
VI, 150, 310, '|02; Vil, 163, 105, 506, 50«.
Ronzevalle (le 1\. P.), Vil, 386.
Saint-Guliez (11. de), VI, WX
Scheil (le P.. P.), 1, 'i3 (pr.); H, 2/i5.
Slemman II.), V, 507; VI, Htb,
Thibaut (le R. P.), VI, 593, 05f|.
Tixeront (.1.!, Vlll, 623.
Tournebize (F.), Vil, 26,277. 509; Mil, 206,
320, 577; IX, 107, 212, 393, ?i51, 537; X, 1.5,
135, 305.
Tournier (L.), 1, 159.
Vailhéde R. P.), III, 5S: 1\ . Vi,512; V, 19,
272 ; VI, 313, 610, 013 ; Vil. 360 ; VIII, .32, 281.
356; IX, 333, 'lUH, 623; X. 90.
X... VI, 1, 172, 333, 532; Vll.l; Vlll, 'l85; X,
434.
I-7V.10
Revue De L'Orient Chrétien
Princeton Theological Semmary-Speer Library
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